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AG/12300
11 décembre 2020
Soixante-quinzième session, 42e & 43e séances – matin & après-midi

L’Assemblée générale adopte quatre résolutions sur l’aide humanitaire d’urgence en temps de COVID-19 mais se divise sur la santé sexuelle et procréative

Au titre du renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies, question rendue vitale par les impacts dévastateurs de la pandémie de COVID-19, l’Assemblée générale a adopté aujourd’hui quatre résolutions sans vote, à l’exception de trois paragraphes portant sur les besoins des femmes et des filles en matière de santé sexuelle et procréative. 

En ouverture des débats, le Président de l’Assemblée générale a mis l’accent sur la pertinence de l’action humanitaire alors que les derniers rapports de l’ONU montrent que plus de 200 millions de personnes dans le monde en auront besoin en 2021.  Parmi elles, 161 millions nécessiteront une assistance humanitaire d’urgence, à hauteur de 35 milliards de dollars, a souligné M. Volkan Bozkir, appelant en outre la communauté internationale à se préparer à une famine, 270 millions de personnes courant actuellement un risque d’insécurité alimentaire grave. 

Face à ces défis, il convient de renforcer la coordination pour atteindre ceux qui sont dans le besoin.  Il importe aussi de tenir compte de la situation des personnes déplacées et des réfugiés qui ont du mal à recevoir cette assistance, a-t-il plaidé, non sans souligner l’importance d’intégrer ces personnes dans les plans de relance post-COVID-19.  Alors que des vaccins contre cette maladie commencent à être administrés, il faut également veiller à ce que leur distribution soit équitable, « c’est la chose la plus intelligente que nous puissions faire », a-t-il dit. 

Les crises humanitaires existaient bien avant cette pandémie et celle-ci n’a fait qu’exacerber les problèmes existants, a encore constaté M. Bozkir, pour qui il reste tout aussi urgent d’œuvrer au règlement des conflits et de relever les défis climatiques et environnementaux, dans le respect du droit international humanitaire et des droits de la personne.  Dans ce contexte, a-t-il ajouté, les projets de résolution soumis à l’Assemblée générale sont essentiels non seulement pour les travaux de l’ONU mais aussi pour les peuples du monde. 

Le premier d’entre eux sur la coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite de catastrophes naturelles réaffirme que les États touchés ont la responsabilité principale du lancement, de l’organisation, de la coordination et de la mise en œuvre de l’aide humanitaire dans leurs territoires, a précisé Guyana, dans sa présentation au nom du Groupe des 77 et de la Chine. 

Le texte préconise l’engagement du secteur privé dans les activités de gestion des risques de catastrophe et dans l’aide humanitaire.  Il prône l’intensification des efforts de mobilisation de ressources supplémentaires par des approches de financement anticipé et un soutien prévisible et pluriannuel.  Surtout, a ajouté le Guyana, il encourage les États Membres, les organisations humanitaires et autres parties prenantes concernées à garantir l’accès à l’eau potable et à un assainissement et une hygiène adéquats et équitables, dans le contexte des catastrophes naturelles. 

Le projet de texte titré « Sûreté et sécurité du personnel humanitaire et protection du personnel des Nations Unies » incarne l’engagement des États à renforcer la mise en œuvre du cadre de protection internationale pour tous les agents humanitaires, a souligné l’Union européenne par la voix de l’Allemagne.  Alors que le contexte de la pandémie a eu des conséquences opérationnelles et sécuritaires néfastes pour ces personnels, leur sécurité doit rester une priorité pour nous tous si nous voulons qu’ils continuent de s’acquitter de leur mandat crucial, a-t-elle fait valoir en s’élevant contre les violations du droit international humanitaire. 

Trente ans après l’adoption de la résolution 46/182, qui a fixé 12 principes directeurs en matière d’assistance humanitaire, le projet de résolution sur le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies se justifie d’autant plus que les besoins ont augmenté de « façon exponentielle » ces dernières années, a relevé la Suède dans son introduction.  Du fait des répercussions de la pandémie, la progression risque d’atteindre 40% en 2020, a-t-elle averti. 

L’Assemblée générale a également adopté le projet de résolution intitulé « Assistance au peuple palestinien » qui prie la communauté internationale des donateurs, les organismes et institutions spécialisées des Nations Unies et les organisations non gouvernementales d’apporter « aussi rapidement que possible » au peuple palestinien une assistance économique et une aide humanitaire d’urgence, en particulier dans la bande de Gaza, en vue de remédier aux effets de la crise actuelle. 

Ces résolutions, qui, pandémie oblige, consistent en des mises à jour techniques des textes de l’an dernier, ont été adoptées par consensus.  Des votes ont toutefois été nécessaires sur trois paragraphes de deux des projets auxquels s’opposaient les États-Unis, la Libye et le Soudan en raison des références à la santé sexuelle et procréative.  Le maintien desdits paragraphes a été finalement approuvé par 128 voix pour et 3 voix contre.

À l’origine de ces votes, les États-Unis ont insisté sur l’importance de l’accès des femmes et des filles à la santé tout en estimant que celle-ci « ne saurait en aucun cas se focaliser sur l’avortement ».  Au nom de l’Union européenne, l’Allemagne a regretté ces mises aux voix sur des textes habituellement consensuels.  « Édulcorer ces libellés est un recul que nous ne pouvons soutenir », a-t-elle martelé, rejointe par le Royaume-Uni. 

L’Algérie, le Brésil, le Chili et la Hongrie se sont quant à eux dissociés des références aux Pacte de Marrakech sur les migrations, tandis que la Fédération de Russie et les Philippines ont rejeté les mentions à la Cour pénale internationale (CPI) et au Statut de Rome. 

L’Assemblée générale a prévu une autre séance en personne lundi 14 décembre, à partir de 10 heures, pour se prononcer sur plusieurs résolutions et terminer sa session spéciale sur la riposte à la pandémie de COVID-19.

RENFORCEMENT DE LA COORDINATION DE L’AIDE HUMANITAIRE ET DES SECOURS EN CAS DE CATASTROPHE FOURNIS PAR LES ORGANISMES DES NATIONS UNIES, Y COMPRIS L’ASSISTANCE ÉCONOMIQUE SPÉCIALE

Pour l’examen de cette question, l’Assemblée générale était saisie des rapports du Secrétaire général sur le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies (A/75/75); l’assistance au peuple palestinien (A/75/84); la coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite de catastrophes naturelles (A/75/238); la sûreté et la sécurité du personnel humanitaire(A/75/246); et sur le Fonds central pour les interventions d’urgence (A/75/317).

Déclaration liminaire

M. VOLKAN BOZKIR, Président de l’Assemblée générale, a ouvert la séance en soulignant que ce débat est chaque jour plus pertinent.  Le récent rapport sur l’assistance humanitaire fait en effet apparaître que plus de 200 millions de personnes auront besoin d’une assistance humanitaire en 2021, parmi lesquelles 160 millions sont plus vulnérables et ont besoin d’une assistance d’urgence à hauteur de 35 milliards de dollars.  De même, a-t-il averti, nous devons nous préparer à une famine cet année, car 270 millions de personnes courent un risque d’insécurité alimentaire grave. 

Face à ces défis, il convient de renforcer la coordination pour atteindre ceux qui ont besoin de l’aide humanitaire.  Il importe à cet égard de tenir compte de la situation des personnes déplacées et des réfugiés qui ont du mal à recevoir un soutien, a-t-il plaidé, en soulignant l’importance d’intégrer ces personnes dans les plans de relance.  Pour M. Bozkir, il est également essentiel de tenir compte des situations fondées sur le genre et d’adopter une approche prenant en considération cette problématique afin de protéger les femmes et les filles. 

Rappelant que l’ONU s’emploie à faire en sorte que nul ne soit laissé pour compte, il a formulé des recommandations, en commençant par un appel en faveur d’un vaccin contre la COVID-19 dont l’accès soit équitable.  C’est la chose la plus intelligente que nous puissions faire, a-t-il dit.  Il a aussi souhaité que les mécanismes COVAX et ACT soient bien financés.  Les crises humanitaires existaient bien avant la pandémie et celle-ci n’a fait qu’exacerber les problèmes existants, a-t-il constaté.  Il est urgent, selon lui, d’œuvrer à la résolution des conflits et de relever les défis climatiques et environnementaux, dans le respect du droit international humanitaire et des droits de la personne.  De plus, a-t-il conclu, les plans de relèvement doivent se concentrer sur un monde plus résilient et plus vert.  Dans ce cadre, les résolutions présentées aujourd’hui sont essentielles pour les travaux de l’ONU et pour les peuples du monde. 

Présentation des projets de résolution

Le texte sur la « coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite de catastrophes naturelles: de la phase des secours à celle de l’aide au développement » (A/75/L.11), a été présenté par M. NEIL ORIN PIERRE (Guyana), au nom du Groupe des 77 et la Chine.  Le représentant a indiqué qu’en raison de l’impact de la pandémie de COVID-19 et des difficultés rencontrées pour mener virtuellement des négociations, le texte n’est qu’une mise à jour technique de la résolution de l’année dernière.  Cela étant, le texte reste pleinement pertinent et ses dispositions applicables.  Il réaffirme que les États touchés ont la responsabilité principale du lancement, de l’organisation, de la coordination et de la mise en œuvre de l’aide humanitaire dans leurs territoires.

Le projet de résolution réaffirme aussi que l’aide d’urgence doit être fournie de manière à soutenir le relèvement à court et moyen terme, afin de conduire au développement à plus long terme.  Il met un accent particulier sur les changements climatiques et son impact sur les catastrophes naturelles.  À cet égard, le représentant s’est félicité du Sommet Action Climat 2019 et a pris note des initiatives et engagements multipartenaires présentés à cette occasion.  Le projet de texte souligne en effet l’importance de prendre des mesures rapides pour minimiser et atténuer les effets des catastrophes naturelles.  Des dispositions concernent l’ampleur et la portée croissantes de ces catastrophes et la nécessité de redoubler d’efforts pour renforcer les capacités des communautés. 

Les États Membres sont encouragés à développer des approches cohérentes pour relever les défis du déplacement dans le contexte des catastrophes naturelles.  Avec les entités des Nations Unies et les autres acteurs concernés, les États sont aussi invités à promouvoir des approches fondées sur les écosystèmes et des solutions fondées sur la nature pour réduire les risques de catastrophe. 

Le projet de texte attire également l’attention sur l’engagement du secteur privé dans les activités de gestion des risques de catastrophe et dans l’aide humanitaire.  Il encourage l’intensification des efforts pour mobiliser des ressources supplémentaires par des approches de financement anticipé et un soutien prévisible et pluriannuel.  Surtout, a ajouté le représentant, le texte encourage les États Membres, les organisations humanitaires et autres parties prenantes concernées à garantir l’accès à l’eau potable et à un assainissement et une hygiène adéquats et équitables, dans le contexte des catastrophes naturelles. 

Au nom de l’Union européenne (UE), M. GUENTER SAUTTER (Allemagne) a présenté les projets de résolution sur « la sûreté et sécurité du personnel humanitaire et la protection du personnel des Nations Unies » (A/75/L.42) et l’« assistance au peuple palestinien » (A/75/L.43).  Il a souligné que le contexte lié à la COVID-19 a eu des conséquences opérationnelles et sécuritaires néfastes pour le travail du personnel des Nations Unies et du personnel humanitaire.  Or, sans agents humanitaires, aucune assistance n’est possible.  La première résolution, a expliqué le représentant, incarne donc l’engagement de la communauté internationale à renforcer la mise en œuvre du cadre de protection internationale pour tous les agents humanitaires.  Cette année, a rappelé le représentant, le monde a été témoin de violations du droit humanitaire et du non-respect des principes d’humanité, d’impartialité, de neutralité et d’indépendance.

De nombreux membres des personnels onusiens et humanitaires ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions.  Leur sécurité doit donc rester une priorité pour nous tous si nous voulons qu’ils continuent de s’acquitter de leur mandat crucial.  Cette année, après consultations avec les autres États Membres de l’ONU, l’Union européenne a exceptionnellement proposé de se contenter d’une mise à jour de la résolution de l’an dernier.  Les négociations de fond reprendront l’année prochaine, a promis le représentant en parlant d’une résolution « qui a été et qui doit rester véritablement consensuelle, en tant que témoignage de notre humanité ». 

S’agissant de la résolution sur l’« assistance au peuple palestinien », l’Allemagne a souligné que l’Union européenne demeure gravement préoccupée par les conditions de vie difficiles et la situation humanitaire de ce peuple.  Elle a salué le travail du Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient et prévenu que la pérennité des résultats s’agissant de l’amélioration de la situation humanitaire, de la réduction des tensions et la prévention d’un autre conflit exige « un changement fondamental ».  L’Allemagne a appelé à des mesures urgentes conformes à la résolution 2334 (2016) du Conseil de sécurité et à la réouverture des points de passage à Gaza, tout en tenant compte des préoccupations sécuritaires d’Israël.

Rappelant que l’Union européenne et ses États membres sont collectivement les contributeurs financiers les plus importants de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (UNRWA), l’Allemagne a promis qu’ils resteront un partisan fort, fiable et prévisible de l’Office.  La résolution, a-t-elle expliqué, exhorte les États et les donateurs internationaux à aider le peuple palestinien aussi rapidement et généreusement que possible et à ouvrir leurs marchés aux produits palestiniens.  La résolution appelle aussi la communauté internationale à accélérer la fourniture de l’aide promise pour répondre aux besoins urgents du peuple palestinien, en particulier à Gaza.

En présentant le projet de résolution sur le « renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies » (A/75/L.44), Mme ANNA KARIN ENESTRÖM (Suède) a rappelé que cette année marque le trentième anniversaire de la résolution 46/182.  Ces dernières années, a-t-elle constaté, les besoins humanitaires ont augmenté de « façon exponentielle », exacerbés, cette année, par la pandémie de COVID-19.  L’on parle, a-t-elle précisé, d’une hausse de 40%.  La pandémie a aussi eu des conséquences profondes sur nos méthodes de travail et nous a contraints à une mise à jour technique, a annoncé, à son tour, la représentante.  Le projet de cette année est donc « identique » à celui de 2019.  Mais, a souligné la représentante, cette mise à jour technique ne saurait constituer un précédent.  Nous espérons l’année prochaine de véritables discussions pour marquer le trentième anniversaire de la résolution 46/182 (1991), a dit la représentante. 

Débat conjoint

M. BJÖRN OLOF SKOOG, de l’Union européenne (UE), a observé que la crise sans précédent engendrée par la COVID-19 a entraîné la plus grave récession mondiale depuis les années 1930 et un retour en arrière pour des décennies de développement.  Elle a aussi provoqué une pandémie de la faim et aggravé la situation globale, en s’ajoutant aux difficultés liées à l’insécurité alimentaire, aux changements climatiques et aux conflits armés.  Dans ce contexte, les besoins humanitaires dépassent les pires prévisions, a-t-il constaté, précisant que 235 millions de personnes sont aujourd’hui concernées et que ce chiffre risque de doubler.  De plus, les catastrophes naturelles sont plus fréquentes et les conflits continuent de faire souffrir et d’entraîner le déplacement de millions de personnes.

Face à ces défis, l’UE a estimé urgent d’alléger les conditions de travail des personnels humanitaires, qui ont connu des complications opérationnelles en raison de la COVID-19.  Il convient aussi d’éviter que des barrières bureaucratiques continuent d’entraver les capacités d’acheminement de l’assistance, a souligné le représentant, déplorant que les populations de plus de 50 pays ne reçoivent pas l’aide dont elles ont besoin pour survivre.  Il a ensuite dénoncé le mépris croissant du droit international humanitaire.  À cet égard, l’UE s’emploie à promouvoir les principes de ce droit et plaide pour un renforcement de la justice pénale internationale.  Elle appelle, d’autre part, à une meilleure protection des agents humanitaires, qui sont toujours plus ciblés par les violences, 125 au moins d’entre eux ayant péri l’an dernier.

La communauté internationale a une obligation à leur égard, a souligné le délégué, ajoutant qu’en ces temps de pandémie, ces agents sont des « personnels essentiels » qui doivent être à la fois protégés et respectés.  L’UE considère par ailleurs que cette période extraordinaire donne l’occasion d’établir des synergies entre les organismes de l’ONU pour venir en aide aux plus vulnérables et jeter les bases d’une relance verte et résiliente.  Cette initiative s’inscrit dans le droit fil du processus de réforme des Nations Unies, a souligné le représentant, assurant que l’objectif est de placer les peuples au cœur des efforts de relance.

Avant de conclure, il a rappelé que la crise actuelle exacerbe les inégalités structurelles et a plaidé pour un accès sans entrave de l’aide humanitaire partout dans le monde.  Selon lui, appuyer les projets de résolution revient à soutenir le cadre normatif des Nations Unies, qui est essentiel pour relever les défis humanitaires.

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), Mme NOOR QAMAR SULAIMAN (Brunéi Darussalam) a rappelé que la région de l’ASEAN est vulnérable à plusieurs catastrophes naturelles, dont les typhons, les inondations, les sécheresses, les tremblements de terre et les éruptions volcaniques.  La région subit des dégâts estimés à plus de 4,4 milliards de dollars chaque année.  L’Indonésie, les Philippines et le Viet Nam ont été parmi les plus exposés aux catastrophes naturelles en 2019, mais plusieurs typhons frappent toutes les terres de la région, depuis le mois dernier.  Les inondations et les glissements de terrain ont causé d’importants dégâts et des pertes en vies humaines au Cambodge, en République démocratique populaire lao, aux Philippines, en Thaïlande et au Viet Nam.  La lutte contre ces catastrophes naturelles a compliqué les efforts pour maîtriser la propagation de la COVID-19. 

La représentante s’est donc félicitée du lancement, le 14 octobre dernier, des Lignes directrices de l’ASEAN sur la protection sociale dans le contexte des catastrophes pour accroître la résilience des communautés, avec l’assistance des agences des Nations Unies et d’autres partenaires extérieurs comme l’Union européenne, la Banque asiatique de développement ou encore le Gouvernement du Canada.  L’ASEAN et les Nations Unies ont aussi adopté, le 21 octobre dernier, un plan d’action quinquennal pour mettre en œuvre leur déclaration commune sur le partenariat et améliorer la coopération dans la réduction des risques de catastrophe et les interventions d’urgence. 

Ce plan concerne aussi la gestion du Système d’intervention logistique d’urgence (DELSA), les activités du Groupe de réaction militaire et le renforcement de la capacité du Centre de coordination de l’aide humanitaire de l’ASEAN pour la gestion des catastrophes (Centre AHA).  Quelque 188 catastrophes naturelles ont été enregistrées dans la région, touchant environ 13 millions de personnes et causant le déplacement de plus de 1,2 million de personnes et la destruction de plus d’un million d’habitations, s’est désolée la représentante.

Aujourd’hui, a constaté Mme AYŞE ŞEBNEM MANAV (Turquie), le système humanitaire doit s’adapter à la nature changeante des situations d’urgence.  Elle a estimé l’impact positif des fonds de financement communs lesquels sont l’un des moyens les plus faciles et les plus efficaces de répondre aux besoins urgents.  La dichotomie croissante entre les besoins croissants et les ressources limitées nous oblige à explorer les financements innovants, a estimé la déléguée, insistant sur la nécessité d’étudier de nouvelles sources de revenus pour créer un meilleur ensemble d’outils grâce un large éventail de partenariats publics-privés.  

La Turquie, a indiqué sa représentante, accorde la priorité aux politiques centrées sur l’homme dans sa diplomatie internationale.  En 2019, le pays était toujours premier donateur de l’aide humanitaire, avec 7,6 milliards de dollars.  Dans sa contribution à la lutte mondiale contre la COVID-19, il a répondu aux besoins médicaux de plus de 156 pays et 11 organisations internationales.  Depuis 2014, a poursuivi la représentante, tous les besoins humanitaires dans le nord-ouest de la Syrie ont été satisfaits par le mécanisme transfrontalier de l’ONU dont la Turquie est une pièce centrale.  Au Yémen, le pays contribue à « la plus grande crise humanitaire causée par l’homme ».  Cette année, d’Afrique en Asie-Pacifique et en Asie centrale, la Turquie va au secours des zones sinistrées.  Elle n’a pas manqué de contribuer aux efforts internationaux après l’explosion catastrophique à Beyrouth, a ajouté la représentante.

M. SORAWUT NORAPOOMPIPAT (Thaïlande) a estimé que la crise liée à la COVID-19 rend plus complexes les efforts d’assistance, les défis graves qui se posaient avant la crise sanitaire s’étant complexifiés en raison de la pandémie.  Il a souligné que le Programme 2030 et l’aide humanitaire sont interconnectés et que la couverture sanitaire universelle met en meilleure posture les pays qui l’ont adoptée face à la pandémie et d’autres urgences et défis sanitaires. 

Il a appelé à accorder une attention particulière aux conséquences disproportionnées de la pandémie sur les femmes, les filles et les autres groupes vulnérables.  Les mesures d’urgences doivent impérativement inclure une approche sexospécifique, a-t-il souligné.  Le représentant a également insisté sur l’importance de la préparation et de la résilience, citant la politique de « philosophie de l’économie suffisante » adoptée par la Thaïlande pour placer la population au cœur de ses efforts ainsi que le renforcement des capacités de ses équipes de recherche et sauvetage en ville.

Notant que le succès de l’action humanitaire est tributaire des fonds qui sont versés, le représentant a également énuméré certaines des récentes contributions financières de la Thaïlande qui a notamment contribué 100 000 dollars au Fonds des Nations Unies pour l’action face à la COVID-19 et pour le relèvement.  Il a de plus estimé que les vaccins et les traitements contre la COVID-19 doivent être considérés comme un bien public mondial et être distribué de manière équitable.

M. ADRIAN DOMINIK HAURI (Suisse) a noté à son tour que la COVID-19 a exacerbé la crise humanitaire dans les pays les plus vulnérables.  Il a salué à cet égard la mobilisation de l’ONU par le biais de ses agences, programmes et résolutions, se disant particulièrement impressionné par le premier Plan mondial humanitaire de riposte à la COVID-19.  En parallèle, a-t-il ajouté, les besoins humanitaires ne font qu’augmenter et le nombre des personnes contraintes à un déplacement forcé est en expansion.  Sur ce point, a-t-il dit, la Suisse se félicite des travaux du panel de haut niveau sur les déplacements internationaux, dont le secrétariat est basé à Genève. 

Déplorant que l’accès à l’assistance humanitaire soit toujours plus complexe, il a aussi observé que les mesures de confinement ont entraîné une « pandémie fantôme » de violences domestiques.  Il est urgent de répondre à ces défis induits par la pandémie et les résolutions adoptées doivent en être l’expression, a souligné le représentant, avant de réaffirmer que la fourniture de l’aide humanitaire doit se faire dans le cadre des principes d’impartialité et d’indépendance.  Il convient également de ne pas négliger les besoins qui existaient avant cette crise, a-t-il encore fait valoir, jugeant que les principes énoncés dans les résolutions doivent être respectés en permanence. 

De plus, a-t-il poursuivi, nous devons être innovants dans la localisation de l’aide et dans la promotion de la participation des personnes directement concernées.  Enfin, le droit international humanitaire doit rester le cadre universel pour la protection des populations dans les situations d’urgence et de conflits armés, a plaidé le délégué.  À ses yeux, la crise liée à la pandémie est aussi une crise de la protection. 

Mme AZNIFAH ISNARIAH ABDUL GHANI (Malaisie) a rappelé que la « crise de la COVID-19 est aussi une crise humanitaire » et a félicité l’ONU pour ses efforts à maintenir en opération le système d’aide humanitaire international.  Elle a indiqué que la pandémie a exacerbé les difficultés à acheminer une aide efficace et gravement affecté les communautés vulnérables, en particulier dans les pays en butte à la pauvreté, aux conflits, aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques ainsi qu’aux sanctions unilatérales.  Elle a par ailleurs appelé, dans les zones de conflits, les parties à respecter l’appel au cessez-le-feu mondial émis par le Secrétaire général.  La représentante a fait savoir que la Malaisie s’est engagée à apporter une contribution financière à OCHA afin d’appuyer l’aide humanitaire en Iraq.  Elle continue également de soutenir les opérations de riposte à la COVID-19 en contribuant un million de dollars par an pour couvrir les coûts opérationnels de l’Entrepôt de fournitures humanitaires des Nations Unies de Subang.

Mme Abdul Ghani s’est dite préoccupée par les problèmes de sécurité que rencontrent l’ONU et le personnel humanitaire dans des régions où ont lieu des violations du droit humanitaire et des obstacles à l’acheminement de l’aide.  Elle a déploré, particulièrement en Palestine, la crise du système de protection, les profondes carences de financement et les obstacles à l’accès à des services essentiels et appelé les parties à respecter les règles et principes du droit international, des droits de l’homme et des résolutions du Conseil de sécurité.  Notant que le monde risque d’être confronté, l’an prochain, à une crise humanitaire sans pareil, elle a exhorté la communauté internationale à avancer sur la voie de la solidarité et de la coopération internationale.

Mme FELFALD (Norvège) a félicité l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) pour leur leadership face à la pandémie de COVID-19.  Elle a particulièrement salué l’action des agents humanitaires qui sont en première ligne.  Elle a précisé que la Norvège copréside le Dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (Accélérateur ACT), une nouvelle collaboration mondiale « novatrice » visant à accélérer la mise au point et la production des tests de dépistage, des médicaments et vaccins contre la COVID-19 et en assurer un accès équitable.  Par ailleurs, la représentante a appelé à renforcer la protection des civils, dans les situations de conflit, par le respect du droit international humanitaire. 

Parmi les priorités, elle a cité l’accès humanitaire et la protection des enfants, des femmes et des filles.  Nous devons redoubler d’efforts pour financer les services de santé sexuelle et procréative, a-t-elle dit, avant de souligner le besoin urgent de services de santé, de logements et d’assainissement pour les réfugiés et les déplacés.  La représentante a conclu sur la protection due aux agents humanitaires qui risquent leur vie pour sauver les autres. 

Mme ALNASER (Koweït) a indiqué que son gouvernement a doublé son aide au développement par rapport au taux internationalement convenu.  Elle a ajouté que 10% de l’aide totale du Koweït est versée aux entités de l’ONU dont 1 million de dollars pour le Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF) et le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) et 2 millions pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).  Le Koweït a également contribué 287 millions de dollars à la riposte à la pandémie COVID-19 et apporté des dons en appui à l’Alliance du Vaccin (GAVI) pour le développement et la distribution de vaccins.  Le pays a aussi versé des aides financières pour appuyer la création d’un centre épidémiologique pour l’Afrique et appui le moratoire sur la dette des pays d’Afrique adopté par le G20.  Le Koweït a enfin accepté de prendre en charge près d’une vingtaine de personnels de l’ONU atteintes de la COVID-19 en Asie, a informé la représentante.

M. AGUSTÍN SANTOS MARAVER (Espagne) a salué « l’excellent travail » réalisé par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en 2020, dans des circonstances extrêmement difficiles, pour assurer la cohérence du système humanitaire, l’analyse des besoins et la réponse humanitaire dans les contextes sous-financés.  Il a particulièrement félicité l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour la coordination de la riposte sanitaire mondiale, le Programme alimentaire mondiale (PAM) pour son appui logistique et alimentaire et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) pour ses efforts dans l’éducation et la protection de l’enfant.  Le représentant a estimé que le lien entre activités humanitaires, développement et maintien de la paix devra être une priorité de l’ONU en 2021.  Il faut des solutions multiformes et complémentaires.

Après avoir demandé que 2021 soit aussi l’occasion de mettre l’accent sur la protection des femmes et des filles, dans les situations de conflit armé ou d’urgence, le représentant a salué le travail que le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et ONU-Femmes accomplissent.  Il a aussi souligné l’importance des programmes de lutte contre la violence sexuelle du Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF).

Le représentant a particulièrement condamné les attaques contre tous les travailleurs humanitaires qui ont augmenté « de façon exponentielle » ces derniers mois, avant d’exhorter les États à enquêter sur ces attaques et traduire en justice leurs auteurs.  Il a remercié le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour sa contribution au respect du droit international humanitaire et pour ses efforts dans des situations de conflit armé.  Le travail du CICR mérite d’être reconnu, mais aussi son leadership dans la protection des civils, a-t-il insisté.

M. ROBERT KEITH RAE (Canada) a déclaré que l’année 2020 a été difficile et a remis en cause les acquis du développement, soulignant que les femmes sont les plus touchées car elles sont en première ligne, dans leurs familles ou leurs emplois, soumises de surcroît à des violences sexuelles et sexistes et privées d’un accès suffisant aux services primaires.  Le représentant a rappelé que 1,5 milliard d’enfants sont privés d’écoles dans le monde, une situation dévastatrice pour les filles, qui endurent des violences et sont plus fréquemment contraintes aux mariages forcés.

Il a souligné que 270 millions de personnes connaîtront la faim cette année, un chiffre qui s’ajoute aux 670 millions déjà dans cette situation.  « Nous sommes au bord du gouffre », a-t-il déclaré, craignant la perspective d’une famine imminente.  La riposte exige déjà 35 milliards de dollars pour aider 170 millions de personnes vulnérables, a-t-il ajouté, car « nous n’avons pas agi suffisamment ensemble pour répondre à la crise ».  Le représentant a insisté sur la nécessité d’un financement prévisible et innovant, incluant la participation du secteur privé.

Le représentant a plaidé pour la levée des obstacles au travail des agents humanitaires et déploré que leur protection ne soit pas assurée aujourd’hui.  Il a dénoncé le fait que, dans les situations de conflit, des enfants soient tués, car ils sont directement ciblés.  Ils ne sont pas des dommages collatéraux, mais ils sont poursuivis et tués.  Les auteurs de ces crimes devront répondre de leurs actes, a insisté le représentant qui a plaidé pour une assistance « directe » aux organisations locales.  La voix des plus vulnérables, des femmes, des handicapés, des migrants doit être entendue.  Aujourd’hui, a rappelé le représentant, un enfant migrant a cinq fois plus de chances d’être déscolarisé.

Le représentant a décrit les efforts spécifiques du Canada, notamment le 1,1 milliard de dollars fournis aux pays en développement pour la riposte à la COVID-19 et les 8,8 milliards déjà engagés au Sahel, au Yémen, en Amérique du Sud et en Amérique centrale, au Venezuela et au Tigré.

M. DAI BING (Chine) a estimé que la communauté internationale doit renforcer le multilatéralisme et aider les pays et les peuples qui font face à la COVID-19, parce que le tableau est « sombre ».  Il faut s’en tenir au respect du droit international et aux normes régissant les relations internationales.  L’assistance humanitaire doit se faire dans le plein respect de la Charte et la souveraineté des pays récipiendaires doit avoir être pleinement respectée, a insisté le représentant.  Toutes les parties aux conflits doivent respecter le droit humanitaire, en permettant l’acheminement de l’assistance.  Il faut aussi, a plaidé le représentant, œuvrer à la levée immédiate de toutes les mesures coercitives unilatérales.  Il faut renforcer les réponses d’urgence et les capacités en la matière des pays en développement.

Il faut, à cet égard, plus de ressources pour le renforcement des capacités dans les domaines de la santé publique et de la sécurité alimentaire, a insisté le représentant.  Parlant du premier domaine, il a souligné que les vaccins doivent être considérés comme un bien public mondial abordable.  L’être humain doit être au centre de nos efforts et l’éradication de la pauvreté, un de nos objectifs principaux à financer adéquatement.  Le représentant a rendu hommage aux personnels humanitaires des Nations Unies.  Il a salué le travail de l’ONU contre la pandémie de COVID-19 et a rappelé que la Chine a envoyé 36 équipes d’experts médicaux dans une trentaine de pays et fourni plus de 50 millions de dollars à l’OMS.  Une fois que nous aurons développé et testé nos vaccins, nous en ferons bien public mondial et nous les offrirons aux pays en développement, a promis le représentant.  « Ce sera notre contribution à la création d’une communauté de santé pour tous. »

M. OMAR HILALE (Maroc) a souligné le caractère alarmant de la situation humanitaire mondiale alors que sévit la pandémie de COVID-19.  À la fin de 2019, a-t-il rappelé, 145 millions de personnes avaient besoin d’une assistance humanitaire.  En 2020, ce chiffre est passé à 168 millions et il devrait atteindre 235 millions en 2021, soit une augmentation de près de 40% en l’espace d’une année.  Dans ce contexte, il importe, selon lui, de mieux comprendre les défis et de se mobiliser au service des communautés ravagées par les effets des conflits, de la faim, des changements climatiques et, maintenant, de la COVID-19.  Tout en se félicitant de ce que les Nations Unies restent « la voix des plus vulnérables », il a appelé à une action collective au sein du système humanitaire international pour sauver des vies et atténuer les souffrances des populations. 

À cette fin, a ajouté le représentant, il est impératif d’intensifier la coopération à tous les niveaux.  Pour sa part, le Maroc a fait de l’accès humanitaire un aspect fondamental de sa politique étrangère.  Il fournit des produits alimentaires, des tentes et des hôpitaux, tout en renforçant sa participation aux opérations de maintien de la paix et à l’action humanitaire.  En 2020, année marquée par la pandémie, le Maroc a ordonné l’envoi d’une aide médicale à une dizaine de pays. 

Toutefois, a relevé le délégué, l’action du Maroc ne se limite pas à l’aide d’urgence mais s’inscrit dans une optique globale visant à réduire les souffrances, notamment par le biais de la coopération Sud-Sud.  En tant que président du segment humanitaire du Conseil économique et social (ECOSOC), le pays a également lancé un appel à l’action afin d’appuyer l’assistance humanitaire dans la lutte contre la COVID-19.  Cet appel, qui propose des mesures concrètes et opérationnelles, n’omet pas d’aborder la question de la spéculation, qui peut entraver l’accès à des médicaments et fournitures essentiels.  Nous appelons à cet égard à un accès libre et équitable de tous les produits médicaux.  L’appel invite aussi les États Membres à prendre en compte la situation de vulnérabilité des pays en développement, a noté le représentant.  L’aide humanitaire est une expression de la valeur de solidarité, « alors soyons solidaires », a-t-il conclu. 

M. MITCHELL FIFIELD (Australie) a souligné l’émergence de la solidarité humaine face aux besoins humanitaires alors que le monde fait face à diverses urgences exacerbées par la pandémie de COVID-19.  La région du Pacifique n’a pas été épargnée par la pandémie où la crise économique a pris le dessus sur la crise sanitaire.  Mais pour le représentant, l’aide humanitaire n’est pas la solution.  Il faut trouver une solution politique, a-t-il insisté.  Il a souligné que les partenaires et les populations locales doivent être au cœur de la prise de décisions humanitaires.  Alors que de nombreux pays de la région du Pacifique ont évité les pires effets sur la santé de la COVID-19, les impacts économiques ont été profonds, aggravés par des catastrophes de plus en plus graves. 

Le représentant a ajouté que 2021 sera une année de défis pour la communauté internationale.  Il faudra non seulement des efforts humanitaires mais aussi des solutions politiques qui comprennent l’établissement des responsabilités des parties belligérantes et l’accès humanitaire.  Il a insisté sur l’importance d’investir dans des approches multisectorielles et a ajouté qu’en 2021, l’Australie accueillera, dans un format virtuel, la neuvième Conférence ministérielle Asie-Pacifique sur la réduction et la résilience aux risques de catastrophe.  La Conférence mettra l’accent, entre autres, sur l’expérience des femmes et des filles, les connaissances locales et autochtones et les défis spécifiques auxquels la région est confrontée.

Mme JENNIFER YUE BARBER (États-Unis) a déploré l’augmentation des besoins humanitaires, aggravés par la crise de la COVID-19 et rappelé, comme les autres délégations, que 235 millions de personnes, soit une sur 33 dans le monde, auront besoin d’une aide en 2021 alors que l’année 2020 a déjà connu un record, avec 145 millions de personnes dans cette situation.  La représentante a souligné son pays, « toujours prêt à voler au secours de ceux qui en ont besoin » est le premier donateur individuel, avec 19,5 milliards de dollars engagés en 2020.  Nous sommes attachés, a-t-elle affirmé, au multilatéralisme et à l’assistance humanitaire.  Elle a salué les 10 premiers donateurs qui à eux seuls ont fourni près de 17 milliards de dollars l’année dernière.  D’autres États doivent participer à cet effort, a-t-elle martelé.

La représentante a précisé le rôle de son pays dans les efforts de réforme du système de l’aide humanitaire pour améliorer la cohérence et à l’équilibre, par une évaluation impartiale, des volets développement, consolidation de la paix et humanitaire.  Elle a particulièrement insisté sur l’attention qui doit être accordée à la situation humanitaire en Syrie et s’est félicitée de la résolution sur la sûreté des personnels humanitaires.  S’insurgeant contre les attaques subies par ces personnels, victimes d’un terrorisme odieux ou pris en otage comme au Yémen, la représentante a décrié ces violations qui reflètent « un mépris patent » du droit international.  Elle a appelé à une bonne protection de ces personnels et demandé que les coupables d’exactions à leur encontre, par exemple en Syrie, soient poursuivis en justice.  Elle a tout de même ajouté que les travailleurs humanitaires doivent être eux-mêmes confrontés à leurs responsabilités lorsqu’ils se rendent coupables d’exploitation ou de violence sexuelles.  Les organisations qui les emploient doivent se faire preuve de la plus grande vigilance, a-t-elle préconisé.

La représentante a ajouté que son pays, « en tant que meneur humanitaire et diplomatique », considère que les documents non contraignants peuvent aussi apporter des solutions.  Les États-Unis, a-t-elle rappelé, ne souscrivent pas « à tout » dans les accords internationaux et rejettent toute mention de la Cour pénale internationale (CPI), du Statut de Rome ou d’un prétendu « droit International » à l’avortement.  Nous ne souscrivons pas non plus au Pacte de Marrakech sur les migrations, car a expliqué la représentante, nous revendiquons notre « droit souverain » de décider de l’accès à notre.

La représentante a aussi rappelé que son pays s’est retiré de l’Accord de Paris sur le climat et qu’il n’est donc pas lié par les dispositions pertinentes des résolutions, même s’il tient compte de la préservation de l’environnement dans sa politique de sécurité énergétique.

Mme ENGELBERG (Danemark) a souligné, à son tour, que 235 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire dans le monde, ce qui représente le plus grand défi humanitaire que nous n’ayons jamais connu.  Les besoins humanitaires ont explosé avec les conséquences néfastes du dérèglement climatique et de l’insécurité alimentaire.  Pour la première fois en 22 ans, la pauvreté extrême est en hausse.  La solidarité internationale est plus nécessaire que jamais, a estimé la représentante.

Elle s’est attardée sur la « pandémie fantôme », à savoir les violences faites aux femmes et aux filles, qui accompagnent la pandémie, y compris au Danemark, a-t-elle noté.  En trois mois de confinement, on enregistre dans le monde plus de 15 millions de cas supplémentaire.  Tous les cas de violence et de soumission font obstacle à l’égalité des sexes prônés dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Cela fait partie des crises les plus généralisée dans le monde.  Le 1er janvier, a indiqué la représentante, le Danemark prendra la tête de l’appel à l’action pour la riposte à ces phénomènes, une initiative qui vise à changer « de fond en comble » la façon dont on traite de la violence sexiste dans les situations de crise humanitaire.  Il faut veiller à ce que les femmes et les filles aient voix au chapitre dans les efforts humanitaires et puissent recevoir une éducation de qualité pour créer des sociétés plus égalitaires.  Les partenaires de l’ONU doivent harmoniser leurs efforts pour contrer la violence sexiste, a insisté la représentante.

Mme NATALIA A. KARMAZINSKAYA (Fédération de Russie) a insisté sur l’importance de disposer de données fiables, notamment en ce qui concerne les attaques contre les installations humanitaires, décriant que l’ONU utilise, selon elle, des données provenant de sources non vérifiées qui n’opèrent même pas sur le terrain.

La représentante a ensuite dénoncé les restrictions imposées par les donateurs en contournant les décisions du Conseil de sécurité.  Elle a notamment jugé inhumaines les tentatives de restrictions imposées par certains pays dans le contexte de la pandémie avant de fustiger les sanctions unilatérales qui entravent la fourniture des médicaments nécessaires à l’aide humanitaire.  Le Rapporteur spécial sur les effets négatifs des mesures coercitives unilatérales sur l’exercice des droits de l’homme en parle avec une solide base de preuves, a précisé la représentante russe, avant de citer les appels du Secrétaire général à mettre un terme à ces sanctions unilatérales.

Mme Karmazinskaya a également signalé que les « prétendues » dérogations humanitaires ne fonctionnent pas, car les entreprises refusent de mettre en œuvre des projets humanitaires, craignant d’être incluses sur les « listes noires » des contrevenants aux régimes de sanctions.  « Les auteurs de restrictions inhumaines préfèrent fermer les yeux », a décrié la représentante, avant de fustiger les États qui, d’une main, imposent des sanctions et, de l’autre, appellent au respect des droits de l’homme et de l’humanité depuis la tribune de l’ONU.  Elle a exhorté tous les acteurs de la communauté internationale à s’abstenir de politiser l’aide humanitaire et au développement.

M. MILENKO ESTEBAN SKOKNIC TAPIA (Chili) a estimé qu’au-delà de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de COVID-19, ce sont les effets secondaires de la pandémie qui ont dévasté les populations.  Soulignant les risques de retour en arrière en matière d’éducation, le représentant a mis l’accent sur la nécessité d’explorer des moyens de rendre l’enseignement à distance accessible aux enfants, dans les contextes humanitaires.  Il a ajouté que les risques pour les personnes âgées, les femmes et les filles, les réfugiés et les personnes déplacées sont aggravés par des obstacles à l’accès à l’information et à l’aide humanitaire.

Face à cela, a-t-il suggéré, le soutien et la collaboration du secteur privé dans la production et la distribution de vaccins aux plus vulnérables seront indispensables.  Des partenariats multisectoriels sont également nécessaires pour couvrir les limites de l’accès et des ressources humanitaires.  Le représentant a voulu que l’on soutienne le leadership des femmes, dans les contextes humanitaires.  Dans ces situations, ce sont les organisations locales dirigées par des femmes qui sont en première ligne.  Il faut répondre à leur engagement et assurer leur accès aux processus décisionnels, aux mécanismes de coordination et aux financements pour qu’elles puissent aider au mieux leurs communautés.

Également au nom de la Suède, M. NAGARAJ NAIDU KAKANUR (Inde) a rendu hommage aux travailleurs qui se sont attachés à répondre à des crises humanitaires plus complexes que celles que l’on a connues précédemment.  Ces crises exigent davantage de coordination entre les différents acteurs, a-t-il estimé, car les besoins humanitaires aggravés par les conflits et la pandémie ont atteint un niveau sans précédent.  Le taux de chômage s’est accru et des millions de jeunes risquent de ne pas retourner à l’école, notamment 11 millions de filles.  Néanmoins, malgré de terribles perspectives d’emploi, les jeunes se sont mobilisés pour répondre à cette crise.  Leur leadership est à prendre en considération, a estimé le représentant. 

Internet et le numérique doivent être plus développés, a-t-il prôné, car l’intelligence artificielle peut, par exemple, contribuer à localiser les situations où des drones peuvent larguer l’assistance médicale.  Aujourd’hui, a rappelé le représentant, les Nations Unies doivent aider 160 millions de personnes dans 66 pays, ce qui nécessite une somme 35 milliards de dollars, « la plus importante de l’histoire de l’Organisation ».  Le représentant a demandé aux pays d’accroître leurs contributions et a souligné l’importance d’un financement « souple et non conditionnel ».

Nous restons attachés aux principes d’humanité, d’indépendance, de neutralité et d’impartialité dans toutes les situations humanitaires, a-t-dit.  Davantage de coordination sera nécessaire, ce qui demande la mobilisation des acteurs locaux.  Le représentant a déploré que les acteurs non étatiques, dans les conflits armés, continuent de bloquer l’assistance humanitaire.  Les attaques contre les travailleurs humanitaires sont inacceptables, a-t-il martelé.

L’Inde, a-t-il souligné, a toujours été en première ligne de l’assistance humanitaire.  Au cours de la pandémie, elle a été, comme toujours, « la pharmacie du monde » et envoyé des médicaments dans près de 150 pays.  Lorsqu’ils seront prêts, ses vaccins seront fournis dans le monde entier, a promis le représentant, qui n’a pas manqué de souligner la fierté de la Suède d’être l’un des principaux fournisseurs d’aide humanitaire grâce à des financements « souples ».  Avec la Suède, a conclu le représentant, nous sommes préoccupés par le défi de la faim, sachant que plusieurs pays sont « au bord du gouffre ».  La Suède, a-t-il ajouté, est fière d’être l’un des principaux bailleurs de fonds du Programme alimentaire mondial (PAM). 

Mme SARA OFFERMANS (Pays-Bas) a estimé que le lancement d’un plan de riposte mondial à la pandémie de coronavirus constitue un exemple de la résilience et de la persévérance de la communauté humanitaire.  Elle a rendu hommage à tous les travailleurs humanitaires sur le terrain, qui travaillent sans relâche et font face à des difficultés croissantes, avant de regretter que 125 d’entre eux aient été tués dans l’exercice de leurs fonctions en 2019, un nombre qui pourrait augmenter en 2020.  La communauté internationale doit user de son influence afin que ceux qui ont attaqué des travailleurs humanitaires aient à rendre des comptes, a-t-elle dit.  Elle a également noté les efforts des intervenants locaux, qui permettent aux travailleurs humanitaires d’atteindre les personnes dans le besoin.  Le meilleur moyen de rendre hommage aux acteurs humanitaires, c’est d’adopter par consensus toutes les résolutions examinées aujourd’hui, a-t-elle estimé.

M. YURIY VITRENKO (Ukraine) a déploré qu’aux crises dues aux conflits armés et aux changements climatiques s’ajoute celle due à la pandémie qui révèle les faiblesses de la protection sociale et génère des problèmes alimentaires graves.  Il a prôné une coordination des efforts par une approche intégrée et complète.

Le représentant a particulièrement insisté sur les conséquences humanitaires de « l’agression russe dans l’est de l’Ukraine », qui nuit aux conditions de vie des civils et menace leur sécurité en raison de la présence dangereuse de mines antipersonnel.  Il a décrit les efforts entrepris par son gouvernement pour alléger les souffrances de la population, notamment en appuyant l’intégration sociale des déplacés internes, appelant l’ONU à s’impliquer davantage dans cette région.  Le représentant a indiqué que suite au plan intégré pour le Donbass lancé par le Président ukrainien, un demi-milliard de dollars ont déjà été engagés, « au titre de la riposte humanitaire à l’agression russe » pour l’aide alimentaire, le logement, l’éducation et la santé en faveur de 1,9 million de personnes dans l’est de l’Ukraine.  Il a de plus appelé à une réponse unie face aux crises mondiales dues aux pandémies, aux catastrophes et aux conflits armés, qui serait « la preuve de l’efficacité de l’ONU ».

M. ALISTAIR ROBERT STEVEN KELSEY (Royaume Uni) a déploré la perte, en 2020, de décennies de progrès en raison de la pandémie de COVID-19, des changements climatiques et de la poursuite de conflits qui nuisent aux civils et aux plus vulnérables, dont les femmes, qui souffrent de la famine et de l’insécurité, en particulier au Burkina Faso, au Nigéria et au Yémen.  Le représentant a rappelé, à son tour, que 235 millions de personnes nécessiteront une aide humanitaire en 2021 et a jugé important de ralentir « la progression » des besoins financiers.  Précisant qu’en tant que donateur « essentiel », le Royaume-Uni a déjà fourni 19 millions de dollars au Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF) et 10 millions au Yémen, le représentant a noté que les 10 premiers bailleurs de fonds représentent à eux seuls 83% de l’aide humanitaire.

Il a mis en garde contre cette « situation intenable » qui nécessite l’implication d’autres intervenants, un travail de réflexion sur des financements plus prévisibles et un travail en amont sur des données fiables, afin de réduire les coûts d’au moins 30%, en s’attachant aussi à des solutions politiques qui sont autant de leviers de paix. 

En attendant, le représentant a appelé à la levée des obstacles à l’acheminement de l’aide et à la protection des civils, rappelant les principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance de l’aide humanitaire.  Il a rendu hommage aux personnels humanitaires qui prennent des risques pour aider 80 millions de personnes sur la planète.

M. NAZIR AHMAD FOSHANJI (Afghanistan) a constaté que la situation humanitaire se dégrade en raison des conflits, de la pauvreté et de la crise climatique.  Mais à ces défis s’ajoute à présent la pandémie de COVID-19.  Dans ce contexte, les besoins humanitaires sont sans précédent en Afghanistan, a souligné le représentant, applaudissant l’action menée par les travailleurs humanitaires et les membres de la société civile.  Leur courage et leur dévouement sont un symbole de notre humanité partagée, a-t-il estimé, avant de rendre un hommage particulier aux personnels de l’ONU qui ont perdu la vie en servant des personnes vulnérables.

Le délégué a noté que, selon dernier rapport, 18,4 millions d’Afghans ont désormais besoin d’une assistance humanitaire, un chiffre en nouvelle hausse cette année.  Nous ne pouvons accepter que l’ampleur des besoins nous submerge, a-t-il dit.  Assurant que son pays met tout en œuvre pour répondre aux besoins de sa population, il a appelé la communauté internationale à lui prêter main forte.  La priorité de l’Afghanistan est de parvenir à un cessez-le-feu durable, a indiqué le représentant.  À cette fin, il a exhorté les Taliban à réfléchir aux conséquences des faits de violence alors des millions d’Afghans ont besoin d’aide pour survivre.

De même, a-t-il ajouté, nous devons veiller à ce que toutes les personnes vulnérables aient accès au vaccin contre la COVID-19.  « Nous ne pouvons nous permettre d’échouer », a insisté le représentant, précisant que son pays se prépare à une distribution dans toutes les provinces et qu’il a créé un groupe pour administrer cette riposte.  Toutefois, il lui faudra davantage d’aide pour vacciner toute sa population, a-t-il affirmé, formant le vœu que l’assistance humanitaire devienne plus durable et la coopération entre les acteurs humanitaires et de développement, renforcée.  Enfin, il a salué les solutions financières innovantes, notamment les financements par anticipation qui, selon lui, doivent être utilisés plus souvent.

Mme LAETITIA MARIE ISABELLE COURTOIS, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a mis l’accent sur les impacts de la pandémie de COVID-19, qui a mis à nu les fragilités des individus et les carences préexistantes.  Cela entraîne notamment un retour en arrière inquiétant dans les campagnes d’immunisation contre d’autres maladies, a-t-elle noté.  Selon elle, les retombées de la pandémie sur le plan humanitaire ont différentes facettes et les tendances qui existaient précédemment n’ont pas disparu.  Tout au contraire, la pauvreté s’est creusée et les inégalités ont été exacerbées, ce qui rend une riposte systémique plus essentielle.  La situation des personnes que nous servons dans les communautés touchées montre que la pandémie n’est pas la seule responsable des besoins humanitaires croissants, a insisté l’observatrice, appelant la communauté internationale à aider ces populations à gérer les chocs.  C’est, à ses yeux, « une question de dignité ».

Face à ces défis, le CICR exhorte les États à s’acquitter de leurs obligations et à s’appuyer sur une action commune fondée sur des principes.  Sa représentante a relevé, à cet égard, que l’acheminement impartial de l’aide permet de nouer des relations de confiance avec les populations.  Cet aspect sera essentiel pour garantir que les vaccins contre la COVID-19 parviennent aux plus vulnérables, a-t-elle souligné.  Il faut également veiller à ce que les acteurs humanitaires puissent opérer sans être la cible d’attaques, a poursuivi l’observatrice, indiquant qu’entre février et août, 650 incidents contre des travailleurs humanitaires ont été signalés, dans le contexte de la pandémie.

Les règles du droit international humanitaire doivent être appliquées en tout temps, a-t-elle martelé.  Elle a par ailleurs dénoncé les attaques cybernétiques contre des établissements médicaux, qui mettent gravement en danger le fonctionnement des structures de santé.  Enfin, elle a invité les organismes humanitaires à se saisir de cette crise pour moderniser leur action, en particulier par le biais d’un recours aux nouvelles technologies, en prenant soin de prévenir toute utilisation illicite des données.

M. RICHARD BLEWITT, de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), a indiqué que les changements climatiques ont exacerbé les besoins humanitaires toujours croissants dans le monde.  Au cours des 10 dernières années, 83% de toutes les catastrophes naturelles ont été causées par des phénomènes météorologiques extrêmes et climatiques tels que les inondations, les tempêtes et les vagues de chaleur.  Dans une décennie, 150 millions de personnes pourraient se retrouver dans le besoin chaque année si rien n’est fait pour répondre aux changements climatiques, a-t-il averti.

Il a également signalé que ce sont les personnes les plus vulnérables qui n’ont pas la capacité d’adaptation qui souffrent le plus des effets combinés des changements climatiques et de la COVID-19.  L’IFRC a constaté qu’en 2020 seulement, 132 phénomènes météorologiques extrêmes se sont produits, et 92 d’entre eux ont croisé la pandémie de COVID-19.  Au moins 51,6 millions de personnes ont été touchées par des inondations, des tempêtes ou la sécheresse et 2,3 millions par d’importants feux de forêts, tandis que 437 millions des personnes les plus vulnérables ont dû affronter des vagues de chaleur extrême tout en gérant les répercussions sanitaires directes de la pandémie et des mesures de confinement.  Les catastrophes climatiques et la pandémie de COVID-19 ne font que souligner davantage la nécessité urgente d’investir dans la préparation et l’action précoce, a insisté M. Blewitt qui a appelé à intégrer de manière plus consistante le climat, la santé et d’autres risques dans les décisions.

En outre, a poursuivi l’observateur, la riposte mondiale n’est pas proportionnelle aux besoins mondiaux.  En dépit de sa connaissance des défis, la communauté internationale contribue trop peu, trop tard ou échoue entièrement à atteindre les personnes les plus nécessiteuses.  La Fédération craint que le monde ne saisisse pas l’occasion de se relever d’une manière plus verte, plus inclusive et résiliente.  Le monde, a alerté M. Blewitt, est en train d’enclencher des politiques et des structures qui causeront plus de dommages au système climatique et poseront des menaces existentielles à de nombreuses communautés et États.

Disant craindre que les vaccins contre la COVID-19 ne soient disponibles que pour quelques pays, l’observateur a affirmé qu’en plus des considérations d’humanité et d’équité, il est dans l’intérêt national critique de chaque pays de veiller à ce que le vaccin soit distribué rapidement dans tous les foyers d’infection du monde au risque de voir une multitude de vagues revenir menacer la vie de leurs citoyens et provoquer de nouveaux confinements.

De plus, le déploiement d’un vaccin contre la COVID-19 ne sera couronné de succès que s’il est accompagné d’un effort immédiat pour renforcer la confiance au sein des communautés grâce à une communication accrue des risques.  Garantir un accès équitable à l’ensemble des personnes les plus à risque est un impératif de santé publique, a-t-il souligné.

M. Blewitt s’est par ailleurs préoccupé du sort des migrants et des réfugiés qui, a-t-il indiqué, font face à des risques sanitaires et sécuritaires « extraordinaires » dans le contexte de la pandémie en raison notamment de leur manque d’accès aux filets de sécurité sociale et du risque de déportation et de détention injustifiées.

Droit de réponse

La Fédération de Russie a accusé l’Ukraine de politiser ce débat humanitaire, en s’appuyant sur une vision « déformée » de ce qui se passe dans le sud-est ukrainien.  Elle a rappelé que c’est en réaction au coup d’État de 2014 en Ukraine que 1,5 million de citoyens ukrainiens se sont tournés vers la Fédération de Russie pour obtenir la nationalité russe ou le statut de réfugié et le soutien humanitaire qui l’accompagne.  Pourquoi ces gens n’ont pas choisi de se tourner vers l’Ukraine pour obtenir une meilleure vie?

Déclaration de clôture

Le Président de l’Assemblée générale a repris la parole pour remercier les délégations d’avoir contribué à ce débat centré sur le rôle des Nations Unies dans la fourniture de l’aide humanitaire en cette période de pandémie.  Il a salué à cet égard l’action menée par le système de l’ONU et ses agences, à commencer par le Programme alimentaire mondial (PAM), ainsi que celle des acteurs humanitaires locaux.  Face à une pandémie qui a aggravé la situation des personnes les plus vulnérables, les efforts doivent se poursuivre pour sauver des vies et protéger ceux qui sont dans le besoin, a-t-il conclu.

Explications de vote et de position

Toutes les résolutions ont été adoptées sans vote, à l’exception du paragraphe 62 de la résolution sur la « coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite de catastrophes naturelles: de la phase des secours à celle de l’aide au développement » (A/75/L.11).  Adopté par 128 voix pour et l’opposition des États-Unis, de la Libye et du Soudan, la paragraphe se lit: « Encourage les gouvernements, les autorités locales, les organismes des Nations Unies et les organisations régionales, et invite les donateurs et les autres pays fournisseurs d’aide à prendre en considération les vulnérabilités et les capacités des femmes et des filles en mettant en place des programmes soucieux de l’égalité des genres, qui tiennent notamment compte de leurs besoins en matière de santé sexuelle et procréative et envisagent des moyens de lutter, pendant des situations d’urgence et après une catastrophe, contre la violence sexuelle et fondée sur le genre et diverses formes d’exploitation, et en allouant les ressources nécessaires aux activités de réduction des risques de catastrophe, aux interventions et aux activités de relèvement qu’ils mènent en coopération avec les gouvernements des pays touchés ».

Les trois pays se sont également opposés, dans un vote au même résultat que le premier, aux paragraphes 58 et 59 de la résolution sur le « renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies » (A/75/L.44).  Le paragraphe 58 se lit: « Encourage les États Membres à veiller, en coopération avec les organismes humanitaires compétents des Nations Unies, à ce que les besoins humanitaires de base des populations touchées, notamment pour ce qui est de l’eau potable, de l’alimentation, du logement, des soins de santé, y compris en matière de sexualité et de procréation, de l’éducation et de la protection, de l’énergie, de l’informatique et des communications, lorsque cela est possible, soient pris en compte dans l’action humanitaire, notamment en fournissant, en temps opportun, des ressources suffisantes, tout en faisant en sorte que leur mobilisation collective respecte strictement les principes humanitaires ».

Le paragraphe 59 se lit: « Encourage également les États Membres à veiller, en coopération avec les organismes humanitaires compétents des Nations Unies, à ce que les femmes et les filles bénéficient, dès le début des situations d’urgence, de services de soins de santé de base, y compris d’un accès fiable et sans risque aux services de soins de santé sexuelle et procréative et de soins de santé mentale, et à un soutien psychosocial, estime à cet égard que cette aide protège les femmes, les adolescentes et les nourrissons contre des maladies ou des décès évitables lors des situations d’urgence humanitaire, et demande aux États Membres, à l’Organisation des Nations Unies et aux autres acteurs intéressés d’accorder à ces programmes l’attention qu’ils méritent ».

Au nom de l’Union européenne, l’Allemagne a profondément regretté que les États-Unis aient demandé ces votes, sur des résolutions adoptées traditionnellement par consensus.  Nous ne comprenons pas pourquoi, alors que nous n’avons que des modifications techniques dont nous avons dûment débattu, il faut se résoudre à un vote.  Ce manque de consensus est un « retour en arrière » qui ne peut avoir que des conséquences négatives pour les femmes et les filles.  La communauté internationale s’est engagée, a rappelé l’Allemagne, en faveur de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes, ce qui passe par l’accès à la santé sexuelle et procréative.  Édulcorer ces libellés est « un recul » que nous ne pouvons soutenir, a annoncé l’Allemagne. 

À son tour, le Royaume-Uni a déploré ces votes, en réaffirmant son engagement en faveur de la santé sexuelle et procréative.  Il s’est préoccupé par les tentatives d’en restreindre l’accès aux femmes et aux filles, au risque de compromettre leur vie, surtout dans le contexte de la COVID-19.  Nous ne pouvons accepter cette tentative de revenir sur des libellés « déjà agréés », a prévenu, à son tour, le Royaume-Uni. 

Les États Unis ont dit condamner les violences sexuelles et fondées sur le sexe et toutes formes d’exploitation des femmes et des filles.  Ils ont insisté sur l’accès de ces dernières à la santé, laquelle ne saurait en aucun cas se focaliser sur l’avortement.  Ils ont donc dit se dissocier de tous les paragraphes soumis au vote et ont rappelé leur retrait de l’OMS.  Nous nous dissocions donc aussi de toute mention à cette Organisation, ont-ils ajouté.

La Hongrie s’est, quant à elle, dissociée de toutes les mentions au Pacte de Marrakech sur les migrations sûres, régulières et ordonnées.  L’amélioration de la situation des migrants passe par celle des conditions de vie dans leur pays d’origine, a tranché la Hongrie.

Rappelant son opposition aux paragraphes soumis au vote, le Soudan a souligné que sa position ne remet absolument pas en question son appui aux résolutions dans leur ensemble. 

La Fédération de Russie s’est dissociée de toutes les références à la Cour pénale internationale (CPI) et au Statut de Rome auquel elle n’est plus partie.  Nous nous en sommes retirés en 2007 quand la Cour a montré qu’elle n’avait rien d’une autorité indépendante.

L’Algérie a réitéré ses réserves sur le Pacte de Marrakech sur les migrations sûres, ordonnées et régulières car ce document ne fait pas de distinction claire entre migrants légaux et illégaux.  La résolution sur la coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite de catastrophes naturelles n’établit pas de procédures pratiques pour affronter la question des migrations illégales.  L’Algérie a attiré l’attention sur les particularités de chaque État, s’agissant des migrations.  Il faut, a-t-elle tranché, respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de chacun de ces États.  L’Algérie a insisté sur l’importance d’un « partage équitable » du fardeau des migrations et mis en garde contre la tentation de se servir de ces questions pour s’ingérer dans les affaires intérieures des États.

Le Brésil a estimé que répondre aux besoins nés d’une catastrophe naturelle est « le devoir » de la communauté internationale, en particulier dans le cadre de la pandémie de COVID-19.  Toutefois, a confié le Brésil, ne nous pouvons que nous dissocier des mentions au Pacte de Marrakech.  Les questions et les cadres migratoires relèvent de la souveraineté nationale, a-t-il martelé.

À leur tour, les Philippines se sont dissociées des références à la Cour pénale internationale (CPI).  Nous nous sommes retirées du Statut de Rome et nous ne reconnaissons plus la juridiction de la Cour, ont-elles précisé.

La Libye s’est, à son tour, dissociée des références à la santé sexuelle et procréative, motivant sa décision par l’absence d’un consensus international sur ces questions et sur le fait qu’elles sont contraires aux préceptes de l’islam.

Se dissociant des références au Pacte de Marrakech sur les migrations, le Chili a expliqué qu’il est en train de réexaminer ses lois migratoires qui formeront la base des mesures législatives propres à assurer des migrations sûres, ordonnées et régulières.

En tant membre du Groupe des 77 et de la Chine, le Qatar s’est dit attaché au consensus sur la résolution relative à la coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite des catastrophes naturelles.  Toutefois, a-t-il précisé, nous aborderons les questions liées à la santé sexuelle et procréative à la lumière de nos « spécificités » législatives, culturelles et religieuses.  Le Qatar a avancé les mêmes arguments s’agissant de la résolution sur le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies, dont il s’est porté coauteur.  Il a appelé l’ONU à augmenter le financement de cette aide d’urgence.

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