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AG/12276
2 octobre 2020
Soixante-quinzième session, Matin & après-midi

Élimination totale des armes nucléaires : les États soutiennent la réalisation de cet objectif de paix, acte de naissance de l’Organisation

« Le monde continue de vivre dans l’ombre d’une catastrophe nucléaire », a déclaré avec gravité, ce matin, M. António Guterres, lors de l’ouverture de la Réunion de haut niveau célébrant la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires.  Pour répondre aux défis menaçant le régime de non-prolifération et enrayer toute course à de nouveaux types d’armements nucléaires, le Secrétaire général a rappelé leurs responsabilités en matière de désarmement à la Fédération de Russie et aux États-Unis, qui se partagent la majorité des quelque 14 000 têtes nucléaires de tous types actuellement déployées.  

Le Président de l’Assemblée générale, quant à lui, a mis l’accent sur la nécessité de renforcer le mécanisme onusien du désarmement nucléaire en exhortant les États Membres à mettre en œuvre les objectifs fixés par les différents instruments qui le constituent.   

Conscients que l’existence même d’arsenaux nucléaires met en péril le devenir de la planète, les ministres des affaires étrangères ont répondu aux appels de MM. Guterres et Bozkir, en reconnaissant que le seul moyen d’éliminer complètement le risque nucléaire était d’éliminer complètement et définitivement les armes nucléaires.  Plusieurs pays, comme le Costa Rica, le Pérou et l’Uruguay, ont appelé de leurs vœux un transfert des dépenses consacrées à l’arme nucléaire, lesquelles ont dépassé les 70 milliards de dollars en 2019, aux efforts de développement durable. 

Le Secrétaire général n’a pas manqué de rappeler que les Nations Unies étaient nées un an après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki de 1945, en se donnant précisément comme premier objectif de paix internationale l’élimination complète et totale des armes nucléaires.  Soulignant que l’unique instrument en vigueur de réduction des deux plus importants arsenaux, le traité américano-russe New Start, pourrait expirer au début de l’année prochaine, il a demandé à la Fédération de Russie et aux États-Unis de le proroger sans délai pour une durée de cinq ans.  La Suède a estimé que l’intégration de la Chine et l’inclusion d’armes stratégiques à la version prorogée du Traité en élargiraient la portée.  

Le Président de l’Assemblée générale a invité les États à reprendre la marche en avant vers un monde exempt d’armes nucléaires en s’accordant autour d’objectifs concrets et réalisables.  Il a salué à ce propos l’adoption, en 2017, du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, « premier instrument multilatéral juridiquement contraignant pour le désarmement nucléaire à avoir été négocié en 20 ans ».  Sur ce traité, dont toutes les puissances nucléaires ont boycotté l’adoption, la Thaïlande et l’Autriche ont noté avec satisfaction qu’avec 46 ratifications le Traité n’était plus qu’à 4 ratifications de son entrée en vigueur. 

Les dossiers nucléaires de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et de l’Iran ont été abordés.  La Suède, qui préside le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a appelé la RPDC à prendre des mesures fortes pour aider à dénucléariser de la péninsule coréenne, et l’Iran à revenir à la pleine mise en œuvre de ses engagements au titre du Plan d’action global commun (JCPOA), « essentiel pour la sécurité régionale et internationale ».   

Le Ministre iranien des affaires étrangères a jugé pour sa part que c’étaient les États-Unis qui, en développant de nouvelles armes nucléaires et en se retirant « illégalement » du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), portaient atteinte à la crédibilité au TNP et sapaient la viabilité du JCPOA. 

Son homologue saoudien a accusé son pays non seulement de poursuivre des ambitions nucléaires « dangereuses » mais également de soutenir des milices terroristes au Moyen-Orient.  Concernant la sécurité dans la région, il a appelé toutes les parties prenantes à participer activement et de bonne foi à la deuxième Conférence pour la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient

Les créations de zone de ce type ont été présentées par les Ministres africains et sud-américains des affaires étrangères comme autant de garanties de sécurité contre l’emploi d’armes nucléaires et de mesures de confiance interétatiques.  Le Guatemala et la Côte d’Ivoire ont ainsi salué l’efficacité des zones exemptes d’armes nucléaires alors que le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) n’est toujours pas entré en vigueur un quart de siècle après son adoption, et que la paralysie de la Conférence du désarmement, seul instrument habilité à négocier des traités multilatéraux de désarmement, se prolonge depuis 12 ans.  

L’Inde a répété que ce n’est qu’au sein d’une Conférence du désarmement revitalisée qu’un traité interdisant la production de matières fissiles à des fins militaires pourra être négocié.  La conclusion d’un tel traité, couplé au TICE, renforcerait une architecture de sécurité propice au désarmement et à la non-prolifération nucléaires, a-t-il été dit.   

Concernant le renforcement du Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), qui demeure la pierre angulaire du régime de désarmement et de non-prolifération nucléaires, le Secrétaire général a demandé aux États Membres d’utiliser le temps accordé par le report de la dixième Conférence d’examen du TNP pour renforcer le socle du Traité et prévoir « des progrès tangibles vers l’élimination totale des armes nucléaires ».  «  Nous avons besoin d’un multilatéralisme renforcé, inclusif et renouvelé, fondé sur la confiance, sur le droit international et ayant en son centre la sécurité humaine », a plaidé M. Guterres.  

RÉUNION PLÉNIÈRE DE HAUT NIVEAU POUR CÉLÉBRER ET PROMOUVOIR LA JOURNÉE INTERNATIONALE POUR L’ÉLIMINATION TOTALE DES ARMES NUCLÉAIRES

Déclarations d’ouverture

M. VOLKAN BOZKIR (Turquie), Président de la soixante-quinzième session de l’Assemble générale, a rappelé que les terribles conséquences des armes nucléaires avaient été démontrées il y a 75 ans quand quelque 226 000 personnes avaient perdu la vie du fait des bombardements atomiques sur le Japon.  L’ONU, a-t-il rappelé, est née de la dévastation de ces années, et l’Assemblée générale a été clairement attachée au désarmement nucléaire depuis sa création, puisque sa toute première résolution, adoptée en 1946, visait à réaliser le désarmement nucléaire mondial.

Aujourd’hui encore, les armes nucléaires constituent une grave menace pour la paix et la sécurité internationales et le seul moyen sûr d'éliminer cette menace est d'éliminer les armes elles-mêmes, a poursuivi M. Bozkir, pour qui « il n’y a pas d’alternative ».

Le Président de l’Assemblée générale a donc regretté les « pressions considérables » qui pèsent sur l’architecture de désarmement et de sécurité développée au fil des décennies, du fait de la montée des tensions mondiales.  Il a rappelé que des États parties à des accords relatifs au nucléaire s’en étaient retirés, que d’autres accords étaient sur le point d’expirer et que certains États dotés d’armes nucléaires avaient menacé d’en reprendre les essais.

M. Bozkir a appelé à un retour à « l’objectif commun » d’un monde exempt d’armes nucléaires, par le biais d’objectifs concrets réalisables et d’actions proportionnées.  À cette fin, il rappelé l’existence d’« outils » et en premier lieu le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires adopté en 2017, « premier instrument multilatéral juridiquement contraignant pour le désarmement nucléaire à avoir été négocié en 20 ans ».  Par ailleurs, le Programme de désarmement du Secrétaire général vise à engager les parties prenantes dans des discussions novatrices, afin de ramener le désarmement au cœur de nos efforts communs pour la paix et la sécurité, a ensuite expliqué le Président de l’Assemblée générale.

Cette année marque aussi le cinquantième anniversaire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), pierre angulaire du régime mondial de désarmement et de non-prolifération, a poursuivi M. Bozkir.  Lors de la Conférence d’examen du TNP de 2020, qui se tiendra l’année prochaine, les États parties feront le bilan des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Traité depuis 2015 et exploreront les moyens de faire avancer les progrès accomplis jusqu’à présent.  Pour le Président de l’Assemblée générale, ils devront en profiter pour renouveler leurs engagements et s'engager dans un dialogue inclusif pour prendre des mesures pratiques en matière de désarmement nucléaire.  Le désarmement nucléaire doit rester une priorité pour nous tous et nous devons continuer de poursuivre notre objectif commun, celui d’un monde exempt d’armes nucléaires, sans perdre davantage de temps, a poursuivi M. Bozkir, qui a conclu en se disant déterminé à dialoguer avec les États Membres pour discuter de la meilleure façon de progresser vers cet objectif.   

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a rappelé combien le désarmement nucléaire était une priorité de l’ONU depuis l’acte de naissance de l’Organisation.  À cet aune, il a déploré que 75 ans après la fondation de l’ONU et en dépit des terribles bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, « le monde continue de vivre dans l’ombre d’une catastrophe nucléaire ».  Certains États considèrent les armes nucléaires comme vitales pour leur sécurité nationale, a-t-il ajouté, soulignant qu’à rebours de ces doctrines, l’élimination des armes nucléaires transcende les intérêts nationaux puisque d’elle dépend « la survie de la planète. 

Constatant que les progrès vers l’élimination totale des armes nucléaires sont au point mort et risquent de reculer, M. Guterres a déploré les tensions accrues entre États qui détiennent des armes nucléaires, lesquelles augmentent mécaniquement le risque nucléaire. 

Le Secrétaire général a ainsi exprimé son inquiétude devant le développement de programmes de modernisation des arsenaux, à l’origine d’une course à des armes nucléaires plus rapides, furtives et précises.  Confiant sa stupéfaction quant aux dépenses consacrées à cette modernisation, il a ensuite rappelé les États Membres à leurs responsabilités en matière de paix et de sécurité internationales. 

Après avoir rappelé que le seul traité en vigueur limitant la taille des plus grands arsenaux nucléaires mondiaux -le traité New Start- est appelé à expirer au début de l’année prochaine, « ce qui soulève la possibilité alarmante d’un retour à une concurrence stratégique sans retenue », il a exhorté la Fédération de Russie et les États-Unis à le proroger sans délai, et ce, pour une durée maximale de cinq ans. 

Pour M. Guterres, si le monde doit reprendre sa marche en avant vers le désarmement nucléaire, il revient en premier lieu aux États dotés d’armes nucléaires de montrer la voie en honorant leurs engagements et en prenant des mesures pratiques pour réduire le risque nucléaire.

En fin de compte, le seul moyen d’éliminer complètement le risque nucléaire sera d’éliminer complètement les armes nucléaires, a rappelé, à l’instar de ses prédécesseurs, le Secrétaire général.  S’adressant aux États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), « qui reste la pierre angulaire du régime de désarmement et de non-prolifération nucléaires », il leur a demandé d’utiliser le temps supplémentaire qui leur a été accordé par le report de la dixième Conférence d’examen -initialement prévue au printemps 2020- pour s’assurer de résultats significatifs renforçant le socle du Traité et prévoyant des progrès tangibles vers l’élimination totale des armes nucléaires.

« J’attends avec intérêt l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, qui traduit le désir d’un grand nombre d’États de libérer le monde de cette menace », a par ailleurs indiqué M. Guterres. 

Évoquant la pandémie de COVID-19, qui a tant coûté en vies humaines et causé tant de ravages économiques, le Secrétaire général a exprimé sa conviction que, pour faire face aux menaces mondiales, « nous avons besoin d’un multilatéralisme renforcé, inclusif et renouvelé, fondé sur la confiance, sur le droit international et ayant en son centre la sécurité humaine ».  « C’est cette approche qui nous guidera vers notre objectif commun d’un monde exempt d’armes nucléaires », a conclu M. Guterres.

Débat général

Désarmement nucléaire général, y compris le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires du 7 juillet 2017 et l’état de la Conférence du désarmement.

L’Inde a formé le vœu que l’événement d’aujourd’hui puisse sensibiliser la communauté internationale sur la nécessité de mobiliser la volonté mondiale en faveur d’un monde sans armes nucléaires.  Le Mahatma Gandhi, dont nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de naissance, avait déclaré: « Ce que vous ferez sera insignifiant, mais il est très important que vous le fassiez. »  C’est dans cet esprit que l’Inde est prête à travailler avec d’autres États pour atteindre le noble objectif d’un monde sans armes nucléaires.

Comme l’a rappelé notamment le Chef de la diplomatie de la République-Unie de Tanzanie à la suite du Président de l’Assemblée générale, le désarmement nucléaire a été l’objet de la toute première résolution de l’Assemblée générale.  Pour sa part, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) a été salué comme la pierre angulaire du mécanisme onusien de désarmement, y compris nucléaire.  C’est pourquoi le Ministre des affaires étrangères de Maurice a souhaité son renforcement, afin de lui permettre de retrouver efficacité et crédibilité.

Certains intervenants sont vu dans le report à 2021 de la dixième Conférence d’examen du TNP, initialement prévue au printemps 2020, l’occasion d’utiliser ce délai supplémentaire pour s’accorder sur une relance du traité, qui, a rappelé la Ministre des affaires étrangères du Liechtenstein, a rendu illégale l’acquisition de l’arme nucléaire par de nouveaux États tout en invitant ceux déjà dotés à réduire et éliminer à terme leurs stocks, ce qui hélas, n’est toujours pas d’actualité.  Le Président de l’Afrique du Sud a rappelé de son côté que son pays était le seul à avoir renoncé volontairement à l’arme nucléaire.  Il a également regretté l’existence actuelle de 45 000 têtes nucléaires, tandis que son homologue du Mozambique a indiqué que le récent comportement des pays dotés de l’arme nucléaire n’était pas « passé inaperçu ».  Le Ministre des affaires étrangères de l’Argentine a déploré avec d’autres que les États dotés ignorent leurs obligations au titre de l’Article VI du TNP, notamment celles de s’engager dans des négociations de bonne foi visant à un désarment nucléaire général.  

« Soixante-quinze ans après que les États-Unis ont largué des bombes atomiques sur des civils innocents à Hiroshima et Nagasaki -la première et la seule utilisation d’armes aussi horribles- cette réunion offre une occasion unique de mobiliser le monde pour libérer l'humanité du cauchemar nucléaire », a dénoncé le Ministre des affaires étrangères de la République islamique d’Iran, qui s’est livré à un réquisitoire contre Washington, auquel a fait écho son homologue de Cuba.  Le Chef de la diplomatie iranienne a accusé les États-Unis de développer de nouvelles armes nucléaires et de causer « d’immenses dommages » au TNP en se retirant illégalement du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) et du Plan d’action global commun (JCPOA).  

En outre, le « seul auteur d’une attaque nucléaire au monde » apporte un soutien « aveugle » au « seul détenteur » de l’arsenal nucléaire au Moyen-Orient, a martelé le Ministre iranien, en faisant allusion à un « régime hors-la-loi qui a ouvertement menacé les autres d’annihilation nucléaire, tout en criant au loup à propos de la prolifération ».  La communauté internationale doit contraindre Israël –qui a « l’agression inscrite dans son ADN même »– à adhérer rapidement au TNP et à se soumettre au régime d’inspection le plus rigoureux que les États parties au TNP les plus respectueux observent.  « Nous demandons également à l’Assemblée générale de déclarer comme norme juridiquement contraignante du droit international qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée.  Cela devrait être suivi d’un programme concret de désarmement nucléaire limité dans le temps et de garanties de sécurité pour les États non dotés d’armes nucléaires dans l’intervalle », a ajouté le Chef de la diplomatie iranienne.

Les neuf pays détenteurs de l’arme nucléaire dans le monde ont dépensé, en 2019, 72,9 milliards de dollars –« dont la moitié par les États-Unis », selon le Ministre iranien -pour l’entretien de leurs arsenaux, a dénoncé le Ministre des affaires étrangères du Costa Rica, en demandant à ces puissances de procéder à leur élimination, à l’instar de ses homologues du Pérou et de l’Uruguay.

La Ministre des affaires étrangères de la Suède a de son côté appelé les États-Unis et la Fédération de Russie à étendre rapidement le traité New START, en se félicitant à cet égard des discussions récentes sur un accord de suivi plus large, « qui pourrait également inclure la Chine ».  Par ailleurs, en tant que Présidente du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, la Suède, a-t-elle dit, a œuvré en faveur d’un ordre international fondé sur des règles.  « Nous soutenons les efforts visant à préserver le JCPOA et appelons l’Iran à revenir à la pleine mise en œuvre de ses engagements au titre de ce Plan d’action.  La République populaire démocratique de Corée (RPDC) doit quant à elle respecter ses obligations internationales et prendre des mesures en vue de la dénucléarisation, a ajouté la Chef de la diplomatie suédoise.

La Ministre des affaires étrangères de l’Irlande a annoncé que le 6 août dernier, qui marquait le soixante-quinzième anniversaire du bombardement d’Hiroshima, l’Irlande avait ratifié le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), ratification qui reflète la profonde préoccupation de son pays face aux conséquences catastrophiques d’une explosion nucléaire, et la « pure impossibilité de toute réponse humanitaire adéquate ».  La Cheffe de la diplomatie de la Jamaïque a d’ailleurs annoncé que son pays ratifierait « bientôt » le TIAN, tandis que le Ministre des affaires étrangères de la Malaise soulignait que celle-ci vient de déposer ses instruments de ratification.

Contrôle des armements nucléaires et non-prolifération, y compris l’avenir des traités sur les armements nucléaires et les questions de proliférations des armes, dont le Plan d’action global commun

Soixante-quinze ans après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, les délégations se sont accordées pour déplorer qu’il existe encore près de 14 000 armes nucléaires dans le monde.  Un constat qualifié de « déprimant » par le Ministre des affaires européennes et internationales de l’Autriche, selon lequel la menace d’une confrontation nucléaire s’intensifie puisque les arsenaux nucléaires se modernisent et que de nouveaux systèmes de livraison sont en cours de développement.  

Son homologue de Cuba a, lui, trouvé « consternant » que sur les quelque 13 800 armes nucléaires comptabilisées, presque1 800 soient en état d’alerte opérationnelle et 3 720 aient déjà été déployées.  « Plus de la moitié de ces armes appartiennent aux États-Unis », a-t-il ajouté, enjoignant à la communauté internationale de ne pas « rester impassible » face à la « révision de la posture nucléaire » de ce pays, qui réduit le seuil de recours à ce type d’armes, « même en réponse à de soi-disant menaces stratégiques non nucléaires ».  Le Ministre cubain a donc rejeté la décision américaine de retrait du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) signé avec l’ex-Union soviétique, tout en exhortant Washington à reconduire le nouveau traité de réduction des armes stratégiques (New Start) conclu avec la Russie et dont la durée court jusqu’en 2021. 

« Les États dotés d’armes nucléaires ont une responsabilité particulière », a renchéri la cheffe de la diplomatie de la Suède, avant d’appeler, elle aussi, Américains et Russes à proroger rapidement le New Start, « traité essentiel pour la sécurité mondiale ».  À l’instar de son homologue autrichien, la Ministre suédoise s’est toutefois félicitée des discussions récentes sur « un accord de suivi plus large, qui pourrait également inclure la Chine ».  À ses yeux, l’inclusion d’armes non stratégiques dans un tel accord serait particulièrement importante.  

Dans ce contexte, de nombreux pays ont jugé essentiel de préserver le TNP, auquel 191 États ont adhéré depuis 1970.  Pour le Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie, le TNP doit d’abord être appliqué.  À cette fin, a-t-il dit, des progrès égaux sur les trois piliers du traité sont essentiels, « y compris l’obligation pour tous les États dotés d’armes nucléaires de faire progresser le programme de désarmement ».  Un avis partagé par son homologue du Lesotho, qui a regretté que ce pilier n’ait toujours pas atteint l’universalité, 50 ans après son adoption, alors qu’il s’agit de «  l’unique régime juridique » tendant à empêcher la diffusion de la technologie des armes nucléaires, à promouvoir la coopération dans l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire et à parvenir au désarmement nucléaire.  

À cette aune, la Ministre du Lesotho a espéré que la dixième Conférence d’examen du TNP, initialement prévue cette année mais reportée à 2021 en raison de la crise liée à la COVID-19, « donnera à tous les États Membres l’occasion de parvenir à un consensus et de travailler sérieusement à la réalisation des objectifs du TNP ».  Lui emboîtant le pas, son homologue du Guatemala a souhaité que ce rendez-vous crucial ne se contente pas d’être « une répétition des accords contractés par le passé ». 

De ce point de vue, la course aux armements nucléaires à laquelle on assiste en pleine période de pandémie de COVID-19 n’augure de rien de bon, a observé le Ministre secrétaire politique du Nicaragua, estimant que « la solution à cette boîte de Pandore réside dans l’application effective de l’Article VI du TNP ». De fait, a-t-il martelé, « soit nous mettons en œuvre l’Article VI, soit nous devons nous préparer à une guerre nucléaire qui sonnera le glas de l’humanité ». 

Tout aussi circonspect, le Ministre des affaires étrangères et européennes de Malte s’est déclaré préoccupé par le non-respect par « certains États » des obligations au titre du Chapitre VI du TNP, mais aussi par la disparition du FNI et par les « revers » essuyés par le Plan d’action global commun (JCPOA), accord sur le nucléaire iranien signé en 2015 et dont les États-Unis se sont retirés en 2018.  Il a invité les parties concernées à redoubler d’efforts pour qu’elles puissent « se concentrer sur les avantages qu’une diplomatie nucléaire efficace apporterait à toutes et à tous ».   

Signe des difficultés auxquelles se heurte cette diplomatie, le Ministre des affaires étrangères du Bahreïn a reproché à l’Iran de violer le plafond fixé pour l’uranium enrichi par le JCPOA.  Il a également rappelé que son pays avait appelé Téhéran à « coopérer en toute transparence » avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en plaçant ses installations nucléaires sous la surveillance de l’agence onusienne et ce, afin de « rassurer les pays arabes qui se trouvent de l’autre côté du Golfe arabo-persique  ».  Même son de cloche de la part de son homologue de l’Arabie saoudite, qui a accusé l’Iran de poursuivre des activités nucléaires « dangereuses » tout en soutenant des milices terroristes au Moyen-Orient.   

Leur collègue de la Suède, dont le pays préside le Conseil des gouverneurs de l’AIEA, a quant à elle appelé l’Iran à « revenir à la pleine mise en œuvre de ses engagements » dans le cadre du JCPOA.  Selon elle, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) doit également adhérer à ses obligations internationales et « prendre des mesures en vue de la dénucléarisation ». 

Zones exemptes d’armes nucléaires, y compris le projet de zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient

L’importance de la création de zones exemptes d’armes nucléaires a été au cœur de très nombreuses interventions, un nombre considérable d’intervenants rappelant l’adhésion de leur pays à l’un des traités créant une telle zone.  Ce fut le cas notamment des Présidents du Nigéria, des Comores et de la Guinée équatoriale, qui ont rappelé la participation de leur pays respectif au Traité de Pelindaba, qui a créé une telle zone en Afrique, confirmant ainsi, selon l’expression du Président comorien, leur engagement dans la « bataille contre les armes nucléaires. »  Le Groupe africain dans son ensemble a réaffirmé son engagement en faveur du Traité de Pelindaba, estimant qu’il protège le continent en évitant que n’y soient déployés des explosifs ou effectués des essais nucléaires.  Le Ministre des affaires étrangères de Maurice a rappelé que son pays avait été le premier État africain, en 1993, à avoir ratifié ledit Traité.  

Le Président du Kenya en a lui aussi souligné l’importance de ce Traité, avant d’appeler à la création de zones similaires dans d’autres régions du globe, tout comme le Lesotho, pour lequel encourager la création de zones exemptes permettra de préserver des régions entières du risque nucléaire dans le contexte actuel de défis à la paix et à la sécurité internationales et de crise du mécanisme onusien de désarmement et de non-prolifération.  Pour le Ministre de la recherche scientifique et innovation technologique de la République Démocratique du Congo, agir ainsi, c’est répondre à l’un des objectifs de notre Organisation sur le désarmement général et complet en vue d’atteindre un monde exempt d’armes nucléaires.  Le Président de la Gambie a, quant a lui, rappelé les différents protocoles de l’AIEA adoptés par son pays.  Le même engagement a été réaffirmé par le Ministre de la défense, de la justice et de la sécurité du Botswana.  

Dans le même ordre d’idée, le Premier Ministre et Ministre des finances et de la Gouvernance d’Entreprise d’Antigua-et-Barbuda et le Ministre des affaires étrangères de l’Uruguay ont souligné l’importance du Traité de Tlatelolco, qui vise à l’interdiction des armes nucléaires en Amérique latine.  Trinité-et-Tobago a salué l’efficacité de ces zones en tant que mesure de confiance pour avancer sur la voie d’un monde sans armes nucléaires.  Le Guatemala a invité les États-Membres qui ne l’ont pas encore fait à ratifier les traités portant création de telles zones, cela dans un contexte sécuritaire mondial que fragilisent les ambitions nucléaires déclarées de certains États et alors que le TICE échoue encore à entrer en vigueur, un demi-siècle après son adoption.  

« Les États dotés doivent dépasser leurs intérêts étroits et ne peuvent, comme ils semblent vouloir le faire, défendre le multilatéralisme tout en promouvant les armes nucléaires », a déclaré avec force le Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda.  Le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Viet Nam s’est voulu plus encourageant en notant les grands progrès accomplis avec notamment la création de cinq zones exemptes d’armes nucléaires dans le monde, y compris en Asie du Sud-Est depuis le Traité de Bangkok.  La Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie a, au contraire, estimé que l’objectif d’élimination des armes nucléaires était loin d’être atteint, en notant « la méfiance de plus en plus grande » entre États à ce sujet. Le Ministre du pouvoir populaire pour les affaires étrangères du Venezuela a ainsi dénoncé l’utilisation par les États-Unis de la dissuasion nucléaire à des fins « bellicistes et d’ingérence dans les affaires intérieures d’autres États. »  La Ministre des affaires étrangères de la Suède a, elle, exhorté l’Iran et la République populaire démocratique de Corée à s’acquitter de leurs obligations dans le domaine nucléaire.  

Pour l’Asie centrale, le Ministre des affaires étrangères du Kirghizstan a rappelé que son pays était l’un des parrains de l’important Traité de Semipalatinsk de 2006 portant création d’une zone exempte d’armes nucléaires dans la région.  Le Ministre des affaires étrangères du Kazakhstan a, quant à lui, tenu à rappeler la vision audacieuse et inébranlable de son pays pour parvenir à un monde exempt d’armes nucléaires, dont atteste « notre décision historique et courageuse » de fermer le site d’essais nucléaires de Semipalatinsk et de renoncer au quatrième plus grand arsenal nucléaire du monde ».  

Le Vice-Ministre des affaires étrangères du Cambodge a, pour sa part, défendu l’idée d’une Asie du Sud qui serait elle aussi exempte d’armes nucléaires et appelé le Conseil de Sécurité à œuvrer pour la réalisation de cet objectif.  

De nombreux pays ont également mis en avant le projet de zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient.  « Nous estimons, qu’il est dans l’intérêt de la paix et de la sécurité internationales, de faire du Moyen-Orient une zone exempte d’armes nucléaires, a affirmé le Ministre d’État du Qatar.  En effet, a-t-il poursuivi, cette région est confrontée à de multiples défis toujours plus nombreux et des efforts concertés sont nécessaires pour désamorcer les crises existantes, étant donné le danger que représente la prolifération des armes nucléaires au Moyen-Orient, lequel a besoin de paix et de stabilité.  Pour le Qatar, la création d’une telle zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient est un élément essentiel de la prorogation du TNP. 

Le Groupe arabe, qui s’exprimait par la voix du Ministre des affaires étrangères de l’Égypte, rejette les arguments selon lesquels  il serait nécessaire de disposer de l’arme nucléaire en ces temps de tensions ou encore que l’environnement internationale ne serait pas propice au désarmement nucléaire.  Pointant du doigt Israël, dont le comportement irait, selon lui, à l’encontre des résolutions internationales pertinentes, le Ministre a jugé « urgent de redoubler d’effort pour combler les lacunes dans notre région ».  Un avis partagé par la Turquie, le Mouvement des pays non alignés (MNA) et le Groupe africain qui se sont prononcés eux aussi en faveur d’un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires.  

Déclaration de clôture 

Dans ses remarques de clôture, le Président de l’Assemblée générale, M. Volkan Bozkir, a déclaré que ce débat avait permis aux États Membres et à la communauté internationale dans son ensemble de réaffirmer son attachement au désarmement nucléaire.  Le Président de l’Assemblée générale a rappelé que ces armes qui ont tué des centaines de milliers de personnes à Nagasaki et Hiroshima, sont toujours à portée de main de nombreux États et que des organisations terroristes cherchent à s’en approprier.  Alors que l’architecture de désarmement internationale est menacée par les divisions entre pays, M. Bozkir a jugé impératif que chaque État Membre agisse sans tarder pour s’acquitter de ses obligations en matière de désarmement nucléaire et de non-prolifération. 

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