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AG/12274
30 septembre 2020
Sommet sur la biodiversité, Matin & après-midi

Sommet sur la biodiversité: concilier relance économique et restauration des écosystèmes, nouveau nœud gordien pour la communauté internationale

Redresser les économies nationales meurtries par la COVID-19 tout en sauvegardant les écosystèmes abîmés par l’activité humaine.  Le Sommet des Nations Unies sur la biodiversité, aujourd’hui, à New York, a mobilisé l’attention de la communauté internationale sur ce sujet en envisageant comment mener une « action urgente en faveur de la biodiversité pour un développement durable », le thème de la réunion.

Le Sommet, le tout premier du genre, a bénéficié d’un intérêt renouvelé à cause de la pandémie.  Comme plusieurs intervenants l’ont affirmé, l’origine animale du virus et sa transmission à l’homme sont pour une large part dus aux écosystèmes endommagés par ce dernier; il est même « révélateur » que ce soit précisément une telle pandémie d’origine animale qui ait reporté la quinzième Conférence sur la diversité biologique (initialement prévue en octobre) à mai 2021, et empêche les dirigeants de se réunir en personne pour le Sommet d’aujourd’hui, a pointé la Présidente de la Commission de l’Union européenne, Ursula van der Leyen.

La situation a donc recentré la défense de la biodiversité dans l’agenda international.  « L’humanité fait la guerre à la nature, et nous devons changer cette relation », a résumé le Secrétaire général.  « Les massifs coralliens en danger, la vie sauvage sur le déclin, la déforestation et les changements climatiques mettent en péril notre existence et nos écosystèmes fragiles, dont nous avons besoin pour vivre », a en effet relevé António Guterres.  Beaucoup de délégations ont appuyé son appel à « changer la donne », à l’instar de la chancelière allemande Angela Merkel.

La Décennie des Nations Unies pour la diversité biologique (2011-2020) tirant à sa fin, une nouvelle feuille de route se dessine.  La Chine, a rappelé son Président Xi Jinping, accueillera donc en mai prochain, à Kunming, la quinzième réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP 15), l’occasion d’adopter une nouvelle stratégie pour la gouvernance mondiale en matière de biodiversité.  Le Conseil mondial de la biodiversité a défini, en 2019, ce que cela exigerait, a rappelé Mme Merkel: en substance, étendre les aires protégées et restaurer les écosystèmes. 

Concernant la préservation des océans, le Forum des îles du Pacifique a réaffirmé sa détermination à mener à bien, dans des délais raisonnables, l’adoption d’un instrument international juridiquement contraignant, « solide et efficace », au titre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, pour la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones situées au-delà de la juridiction nationale.

Le Prince Charles de Galles, en sa qualité de Président du Prince of Wales Conservation Trust, a plaidé pour des « plans Marshall » pour sauver la planète en mettant en place une économie circulaire.  Des initiatives régionales ont également été présentées, comme le « Green Deal européen », dont l’ambition est de faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre à l’horizon 2050.

Mais les tensions entre sauvegarde des économies et sauvegarde de la biodiversité sont vite apparues.  Le Groupe des 77 et la Chine a soutenu que la pandémie minera les efforts futurs pour réaliser les objectifs de développement durable.  Il a donc appelé la communauté internationale à « accroître la mobilisation des ressources », suggérant en particulier aux pays développés d’augmenter « considérablement » leur engagement financier pour la mise en œuvre d’un cadre mondial pour la biodiversité post-2020 dans les pays en développement.

Pour l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), c’est justement la disparition de la biodiversité qui sape les efforts mondiaux de lutte contre la pauvreté et la faim.  « Il n’y a pratiquement aucun secteur économique qui ne dépende directement ou indirectement de la biodiversité », a insisté son Directeur, qui a appelé à transformer radicalement les économies et les comportements, en s’assurant qu’ils soient « ouverts, verts et durables ».  Et la Secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique (CDB) de rappeler que, pendant le confinement dû à la COVID-19, beaucoup d’écosystèmes avaient « poussé un soupir de soulagement ».  Dans le même sens, l’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a noté qu’on ne se rendait pas toujours compte de l’importance de la nature ni de la valeur des écosystèmes.

Alors que les gouvernements négocient le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, la FAO a souligné le soutien fourni par le système onusien pour la « difficile » intégration de la biodiversité dans les économies et les sociétés, l’ONU aidant notamment les États Membres à l’intégrer dans des stratégies de développement vert. Chaque investissement dans la relève économique doit prendre en compte la biodiversité, a ajouté la Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) après avoir demandé de remettre en question l’exploitation sans limites des ressources naturelles: « on pensait pouvoir polluer, polluer pour parvenir à la richesse », mais les trois crises planétaires actuelles (crise climatique, crise de la biodiversité et pollution) montrent que « nous avions tort ».  « Si l’on accule la nature, on en paie le prix. » 

Concilier reprise économique et défense de la biodiversité est du domaine du possible, selon le Forum économique mondial: 191 millions d’emplois pourraient être créés d’ici à 2030 grâce aux opportunités commerciales émergeantes en lien avec la nature.  Le Secrétaire général a pris l’exemple de l’Afrique, où la Grande Muraille verte pour le Sahara et le Sahel « a déjà permis de créer 335 000 emplois ».  Le Président du Fonds mondial pour la Nature (WWF International) est allé plus loin: Une transition positive pour la nature « pourrait générer jusqu’à 10 milliards de dollars en valeur commerciale annuelle et créer près de 400 millions d’emplois au cours de la prochaine décennie » si les conditions sont remplies.  Enfin, M. Guterres a appelé les gouvernements à prendre en compte les ressources naturelles et la biodiversité comme valeurs économiques et financières, et à les « taxer ».

Le PNUE a appelé à ne pas laisser de côté les peuples autochtones, qui « possèdent ou s’occupent d’un quart des terres mondiales ».  Ils étaient représentés à ce Sommet par une jeune autochtone et membre du Conseil consultatif des jeunes sur les changements climatiques, qui a appelé les dirigeants à tenir compte des pratiques autochtones et à respecter « leur consentement préalable éclairé ».  Si elle a loué les ambitions à la hausse concernant l’établissement de zones protégées, lesquelles doivent représenter 30% de la superficie de la planète, elle a mis en garde contre d’éventuelles violations si des États Membres se lancent « dans des activités de saisie des terres ».

OUVERTURE DU SOMMET DES NATIONS UNIES SUR LA BIODIVERSITÉ

M. VOLKAN BOZKIR (Turquie), Président de la soixante-quinzième session de l’Assemble générale, a rappelé que notre existence sur la planète dépendait « entièrement » de notre capacité à protéger la nature.  Or, a-t-il rappelé, 13 millions d’hectares de forêts sont perdus chaque année, un million d’espèces risquent l’extinction et de nombreuses espèces ont perdu jusqu’à 60% de leur population en 50 ans.  Cette situation met en péril notre sécurité alimentaire, notre approvisionnement en eau, notre capacité à faire face aux maladies, a poursuivi M. Bozkir.  Il a rappelé que nos systèmes de santé dépendent de la biodiversité, notant par exemple que 70% des traitements anticancéreux proviennent de la nature.  Économiquement, la moitié du PIB mondial, soit 44 000 milliards de dollars, émane de la nature.  La perte de la biodiversité est la menace principale qui pèse sur l’humanité, a averti M. Bozkir.

Or, la dégradation des écosystèmes, ou encore les pratiques agricoles non durables mettent les écosystèmes sous pression, a poursuivi le Président de l’Assemblée générale, qui a appelé à écouter les scientifiques et à respecter le monde dans lequel nous vivons.  La COVID-19 nous offre une occasion de réagir, d’atténuer les risques, de créer un monde plus durable, a encore affirmé M. Bozkir.  Pour lui, un relèvement « vert » permettrait de dégager 10 000 milliards de dollars, ce qui rendrait possible la création de 395 millions d’emplois d’ici à 2030 et encouragerait une économie plus verte.

Aujourd’hui nous allons jeter les bases d’un nouvel ordre économique mondial en faveur d’une protection de la diversité et d’un mode de développement plus durable, a poursuivi M. Bozkir, qui a appelé à une mobilisation politique pour la biodiversité.  Il a rappelé que le sommet de ce jour comprenait deux événements distincts afin d’entendre les interventions des chefs d’État, gouvernement et ministres.  Pour M. Bozkir, la COP15 de la Convention sur la diversité biologique, en 2021 à Kunmin (Chine), doit être l’équivalent de la COP21 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques tenue à Paris en 2015.  Elle doit permettre de créer une plateforme pour le secteur privé afin d’investir dans la protection et la promotion de la biodiversité.  Elle doit aussi permettre d’impliquer la société civile et de la faire passer d’un rôle militant à un rôle d’accompagnateur, a conclu le Président de l’Assemblée générale.

Selon le Secrétaire général de l’ONU, M. ANTÓNIO GUTERRES, « l’humanité fait la guerre à la nature, et nous devons changer cette relation ».  Les massifs coralliens en danger, la vie sauvage sur le déclin, la déforestation et les changements climatiques « mettent en péril notre existence et nos écosystèmes fragiles, dont nous avons besoin pour vivre ».

Il a lié la propagation de virus mortels comme le VIH, Ebola ou l’actuelle pandémie de COVID-19, toutes transmises aux humains par les animaux, à la dégradation de la biodiversité.  Ces virus sont la preuve de « la relation étroite entre la biodiversité et notre santé » et des incalculables conséquences de cette dégradation sur la santé des humains.

Au-delà des engagements des États Membres sur la base de l’Accord de Paris, M. Guterres a appelé à « davantage d’ambition » et à prendre conscience que la défense de la biodiversité rejoint logiquement les questions économique, sociale et des droits de la personne.  « Trop souvent, la santé environnementale est sous-estimée par les autres secteurs », a-t-il déploré en plaidant pour que les solutions fondées sur la nature soient impérativement inclues dans les plans nationaux de développement.

D’après le Forum économique mondial, 191 millions d’emplois pourraient être créés d’ici à 2030 grâce aux opportunités commerciales émergeantes en lien avec la nature, a noté le Secrétaire général.  Il a donné l’exemple de l’Afrique, où la Grande Muraille verte pour le Sahel a déjà permis de créer 335 000 emplois.

Des forêts, des océans, des écosystèmes intacts sont des possibilités pour piéger le carbone, a-t-il poursuivi.  Ces solutions sont à portée de main pour sauvegarder l’emploi selon M. Guterres, qui a appelé les gouvernements à prendre en compte les ressources naturelles et la biodiversité comme valeurs économiques et financières, et à les « taxer ».

Il a aussi invité la communauté internationale à fixer des objectifs ambitieux tout en ne laissant personne de côté, notamment les communautés rurales et forestières, et préconisé une pêche et une agriculture durables, dont dépendent bien des peuples autochtones.

Appelant à inverser la tendance, et en perspective la prochaine COP de la Convention sur la diversité biologique, le Secrétaire général a souligné qu’un Cadre 2020 de la biodiversité devra permettre de fixer des cibles mesurables et d’incorporer des mesures financières et d'évaluation des résultats.

« La nature est résiliente.  Elle peut se relever si nous cessons nos assauts incessants à son encontre », a conclu le Secrétaire général.

M. MUNIR AKRAM, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a rappelé que notre planète « diverse et accueillante » garantit l’alimentation mais aussi un air propre, des médicaments naturels et une vaste richesse pour l’humanité, tout en permettant l’évolution de notre civilisation.  Malheureusement, a-t-il constaté, « nous avons abusé de la nature ».  Ces 50 dernières années, notre économie a augmenté de 400%, ce qui a entraîné une forte hausse de la demande en énergie et en matières premières.  Ce faisant, la pollution a également progressé, avec des effets néfastes sur la nature, a souligné M. Akram, avant d’alerter contre les répercussions des pertes de biodiversité, qui sont à la fois « pernicieuses et dangereuses » pour l’humanité, notamment parce qu’elles augmentent la probabilité des zoonoses.

La COVID-19 nous a rappelé ce lien entre la nature et l’humanité, a poursuivi le Président de l’ECOSOC.  Or, a-t-il averti, lorsque nos terres et nos océans ne donneront plus de richesses, nous serons perdus.  Dans ce contexte, il est selon lui « tragique » de constater qu’aucune des cibles de Haichi pour la biodiversité ne sera atteinte d’ici à 2020.  Nous devons donc redoubler d’efforts pour protéger la biodiversité, en commençant par la réalisation des 17 ODD, tous étroitement liés les uns aux autres, a-t-il prôné.  Il a jugé à cet égard qu’il est grand temps de renoncer au modèle actuel poussant les États à lutter contre la nature et les uns et contre les autres.  Il convient de faire le choix d’un « nouveau paradigme » qui donne la priorité à la nature plus qu’à la croissance et au PIB par habitant.

À ses yeux, la mise en œuvre des objectifs de Haichi fera partie intégrante de la mise en œuvre des ODD.  L’ECOSOC s’emploiera à harmoniser les ODD avec la biodiversité, a-t-il assuré.  Il importe de lutter pour la planète plutôt que contre la planète, a insisté M. Akram.  Toutefois, alors que nous luttons contre la COVID-19, éradiquer la pauvreté et créer des infrastructures durables nécessite des moyens financiers, a-t-il relevé.  Selon lui, « la finance n’est pas la clef, c’est la volonté politique qui l’est ».  Cette volonté, « nous pouvons la trouver collectivement parmi les dirigeants du monde », a-t-il conclu, estimant que ce Sommet a « une importance existentielle ».      

M. ABDEL FATTAH AL SISI, Président de l’Égypte, pays hôte de la quatorzième session de la Conférence des Parties (COP) à la Convention sur la diversité biologique (CDB), a déclaré que le rythme croissant de la dégradation de l’environnement et de la perte de biodiversité nous obligeait désormais à agir plus rapidement et plus efficacement.  Ces changements menacent nos pays dans le monde entier, creusent le fossé entre les pays développés et les pays en développement et sapent nos efforts pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD), en particulier dans les pays en développement et les pays les moins avancés (PMA), a-t-il déclaré.  Cette dégradation, qu’aggravent les effets négatifs des changements climatiques sur la biodiversité, représente un véritable défi dans notre relation avec la nature, selon le Président Al Sisi qui a conseillé de vivre en meilleure harmonie avec la nature et de lier la biodiversité au développement durable d’une manière qui reflète la véritable essence de notre cause collective.

M. Al Sisi a rappelé que c’est pour mettre en œuvre cette vision et surmonter les lacunes que la quatorzième session de la Conférence des Parties (COP) à la Convention sur la diversité biologique (CDB), qui s’est tenue en 2018 à Charm el-Cheikh, a vu le lancement du processus sur le « Cadre de la biodiversité pour l’après-2020 », visant à atteindre un ensemble d’objectifs ambitieux soutenus par des moyens pour leur mise en œuvre.  L’Égypte veut assurer l’adoption de ce nouveau cadre lors de la prochaine COP, qui se tiendra en Chine, a annoncé le Président.  Cette adoption doit se faire de manière juste, équitable, équilibrée et inclusive, avec l’aide des gouvernements, de la société civile et du secteur privé, a poursuivi M. Al Sisi.  Il a mentionné qu’à cette fin, l’Égypte a lancé une initiative globale visant à introduire la biodiversité dans les différents secteurs en exploitant les complémentarités entre les trois conventions de Rio sur les changements climatiques, la biodiversité et la désertification.

M. Al Sisi a également rappelé que, pour soutenir les efforts de l’Afrique pour améliorer sa biodiversité, l’Égypte avait, en marge de la Conférence de Charm el-Cheikh, accueilli une réunion africaine de haut niveau consacrée aux priorités du continent en matière de préservation et de protection de la nature.  La capacité de l’Afrique en ce domaine reste subordonnée à un soutien extérieur, sous forme de financement, de transfert de technologies et de renforcement des capacités conformément au principe de la responsabilité commune mais différenciée et des capacités respectives, a ajouté le Président.

M. Al Sisi a expliqué que son pays avait depuis longtemps pris des mesures pour préserver la diversité biologique, en particulier en ce qui concerne le Nil, qu’il a qualifié de « bouée de sauvetage » d’une civilisation qui a toujours incarné les valeurs de gestion responsable des ressources.  Il a appelé à un renforcement de la coopération transfrontalière des pays voisins du fleuve, rappelant que l’eau demeurait « la pierre angulaire de tous nos efforts » pour préserver la nature et protéger la biodiversité.

Le Président égyptien a conclu en rappelant que la pandémie de COVID-19, en même temps qu’elle constitue un défi et impose des contraintes à l’action multilatérale, renforce la reconnaissance d’une responsabilité partagée envers l’avenir de cette planète et le sort des générations futures.  Il a donc souhaité que le sommet de ce jour contribue à une meilleure compréhension de l’ampleur de cette responsabilité et aboutisse à des résultats clairs qui reflètent la volonté politique commune d’améliorer la situation actuelle.

M. XI JINPING, Président de la Chine, a estimé qu’au moment où l’ONU célèbre son soixante-quinzième anniversaire et où les pays luttent contre la COVID-19, ce Sommet revêt une « portée lointaine ».  Rappelant que la Chine accueillera, en mai prochain à Kunming, la quinzième réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique, il a assuré que ce rendez-vous sera l’occasion d’adopter une nouvelle stratégie pour la gouvernance mondiale en matière de biodiversité.  En effet, a-t-il souligné, la perte de biodiversité et la dégradation des écosystèmes constituent une menace majeure pour la survie de l’humanité.  « Il y a urgence à agir », a insisté M. Xi.

À ses yeux, il importe de promouvoir la « civilisation écologique » car la biodiversité touche au bien-être de l’humanité.  Il faut pour cela protéger la nature et concilier le développement économique et la protection écologique.  Le Président chinois a également plaidé pour une protection de l’inviolabilité des règles internationales pour renforcer la gouvernance de la biodiversité.  Il a par ailleurs noté que la biodiversité est une base du développement durable et un moyen pour le réaliser.  Il convient donc, selon lui, d’accroître nos capacités d’action face aux défis environnementaux, d’honorer nos engagements et de travailler à la réalisation des objectifs pour inverser la perte de biodiversité.

La Chine, qui dispose d’une « vision » pour la défense de la diversité biologique, œuvre à une modernisation du cadre dans lequel l’homme et la nature peuvent vivre en harmonie, a précisé M. Xi, assurant que son pays remplit scrupuleusement ses obligations au titre des conventions environnementales et a, d’ores et déjà, atteint ses objectifs pour 2020.  Il a ajouté que la Chine poursuivra ses efforts pour élever d’ici à 2030 le niveau de ses contributions à la lutte contre les changements climatiques, son but étant de parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2060.  Mais protéger la biodiversité nécessite « un effort constant et de tous » pour bâtir un « beau monde », a-t-il souligné en conclusion. 

« Conversation au coin du feu »

L’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), M. ACHIM STEINER, modérateur de cette conversation, a noté qu’on ne se rendait pas toujours compte de l’importance de la nature, de la valeur des écosystèmes, et a parlé d’un « angle mort » de nos économies.  Il a aussi mis en avant le rôle de l’éducation, et dans ce cadre celui des peuples autochtones, souvent en première ligne dans la protection de l’environnement. 

« Si nous n’y prenons garde, nous allons nous transformer en gardiens d’espèces disparues », a averti M. Steiner, pour qui il faut changer la dynamique.  Pour la première fois depuis le Sommet de Rio en 1992, la biodiversité occupe le premier plan, a-t-il également fait observer.

M. Steiner a ensuite présenté trois hautes responsables de questions environnementales, en commençant par Mme Ana María Hernández Salgar, Présidente de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques.  Rappelant qu’un million d’espèces animales et végétales étaient menacées d’extinction, il lui a demandé ce que cela signifiait sur le plan scientifique et pour l’avenir des peuples.

Mme ANA MARÍA HERNÁNDEZ SALGAR, Présidente de la Plateforme intergouvernementale science-politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), a attiré l’attention sur une étude d’ampleur mondiale ayant révélé qu’en 50 années, le monde avait perdu 14 des 18 contributions de la nature aux processus qui rendaient la vie humaine possible.

Les contributions régulatrices -telles que la pollinisation ou la capacité à réguler la qualité de l’air- ont été perdues, tout comme d’autres contributions non matérielles importantes pour le sentiment d’identité ou d’appartenance culturelle des populations, comme la production de nourriture, de fibres ou d'énergie, par exemple. 

« Les gens devraient s’inquiéter de ces tendances négatives », a-t-elle déclaré, car elles impliquent que les objectifs de 2020 en matière de biodiversité ne seront pas atteints, pas plus que les objectifs de développement durable liés à la pauvreté, à la faim, au climat, à l’eau, à la santé, à la terre et aux océans.  « Nous devons écouter les données scientifiques et prendre des décisions en conséquence », a-t-elle lancé.

Reprenant la parole, M. Steiner a présenté Mme ELIZABETH MARUMA MREMA, Secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique, à qui il a demandé d’expliquer les conséquences potentielles à attendre si le monde ne prenait pas la bonne direction face à la crise de la biodiversité.

Mme Elizabeth Maruma Mrema a rappelé que la biodiversité constituait le socle du bien-être des populations humaines.  La réalisation de nombreux objectifs de développement durable dépend de la biodiversité, qui est la base de notre développement à l’avenir, a-t-elle expliqué.  Donc, si la tendance actuelle à la perte de biodiversité se poursuit, nous ne parviendrons pas à réaliser les ODD, a-t-elle averti.  Elle a aussi rappelé que, pendant le confinement dû à la COVID-19, beaucoup d’écosystèmes avaient « poussé un soupir de soulagement ».

M. Steiner a enfin présenté Mme INGER ANDERSEN, Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

Mme INGER ANDERSEN, a évoqué des solutions pour lutter contre la perte de la biodiversité, comme « intégrer la nature dans nos villes » et dans les infrastructures agricoles.  En raison de nos modes de consommation non durable, trois crises se profilent, a-t-elle résumé: crise climatique, crise de la biodiversité et pollution.  Mme Andersen a appelé à « repenser la manière de produire et de consommer », à « prendre à bras-le-corps les problématiques d’urbanisme » et à procéder à « la restauration à grande échelle », citant en exemple la Grande Muraille verte pour le Sahel.  La représentante du PNUE a aussi appelé à ne pas laisser de côté les peuples autochtones, qui « possèdent ou s’occupent d’un quart des terres mondiales », sur le bord du chemin.

Répondant au modérateur qui lui demandait comment éviter le dilemme entre relance économique et protection de la nature, Mme Andersen a appelé à remettre en question le statu quo au sujet de l’exploitation sans limites des ressources naturelles.  « On pensait pouvoir polluer, polluer, polluer pour parvenir à la richesse.  Mais ces trois crises planétaires montrent que nous avions tort.  La COVID-19 nous l’a montré.  C’est un réveil difficile.  Si l’on accule la nature, on en paie le prix. »  Chaque investissement dans la relève économique doit prendre en compte la biodiversité, a-t-elle insisté.

Déclaration d’une personne éminente

Le PRINCE CHARLES DE GALLES, Président du Prince of Wales Conservation Trust, a dit travailler avec différents groupes pour trouver des solutions plaçant la nature au cœur des économies.  Il a rappelé ses appels lancés en faveur de « plans Marshall » pour sauver la planète en mettant en place une économie circulaire avec la nature et la restauration naturelle au cœur de tous les efforts.

Dans le cadre de cette économie circulaire, le Prince Charles a cité six éléments.  Le premier est l’application d’un calcul de prix équitable du carbone, à faire payer aux pollueurs, pour accélérer la décarbonation de l’économie.  Dans ce même objectif, il faut accélérer le développement de systèmes de capture et de stockage du carbone, a-t-il dit, avant d’appeler à la mise en place d’un marché de compensation du carbone et à la lutte contre les « subsides pernicieux » à certaines pratiques agricoles ou de pêcheries.  Le cinquième point consisterait à créer un marché des services écosystémiques pour pousser les agriculteurs à réduire les émissions de carbone et mieux utiliser les ressources en eau.  Enfin, il faut garantir un urbanisme vert qui trouve un équilibre entre urbanisation et zones rurales.

Avec tous ces éléments en tête, il faut prendre des mesures pratiques pour changer la donne sur le terrain, a poursuivi le Prince Charles.  « Si nous voulons restaurer les équilibres, il faut investir dans la nature », a-t-il poursuivi, en faisant observer que ce cercle vertueux de la nature est bien connu des peuples autochtones, qui doivent donc être mieux écoutés.

Le Prince Charles a encore plaidé pour que les systèmes agricoles et forestiers adoptent des pratiques plus durables.  Il a cité en exemple le recours à l’agriculture biologique et à la rotation des cultures, y voyant des moyens de réduire, voire d’annuler, les émissions de carbone du secteur agricole.  Pour y parvenir, les grandes entreprises agroindustrielles devront apporter leur contribution, tout comme les petits agriculteurs, a recommandé le Prince Charles.

Il a ensuite appelé à une transformation de l’industrie, là aussi, pour parvenir à une économie circulaire.  En outre, il a préconisé un accès plus facile au financement des innovations « vertes » et plaidé pour une intégration des connaissances sur la nature dans l’éducation afin d’inculquer aux enfants une perception différente des relations entre l’homme et la nature.  « Nous sommes au bord du précipice, nous savons ce que nous avons à faire.  Il nous faut à présent nous lancer », a-t-il conclu.

Déclaration d’un représentant de la jeunesse

Mlle ARCHANA SORENG, jeune autochtone et membre du Conseil consultatif des jeunes sur les changements climatiques, a présenté son intervention comme « l’appel de toute une génération » mais aussi « des peuples autochtones ».  Pour assurer la protection de la biodiversité, les dirigeants du monde doivent tenir compte des pratiques autochtones et respecter leur consentement préalable éclairé, a-t-elle demandé.  La jeune militante a également plaidé pour une approche responsable face à la perte de biodiversité: « il faut savoir ce que nous voulons protéger » et ne pas agir « aux dépens de nos droits », notamment les droits sur les terres, a-t-elle fait valoir.  À ses yeux, il convient de « défendre les deux ».

Pour Mlle Soreng, il est essentiel de revoir nos ambitions à la hausse pour les zones protégées, lesquelles doivent représenter 30% de la superficie de la planète.  Mais ce processus doit se faire sans entraîner de violation des droits de la personne, a-t-elle soutenu.  Or, « c’est ce que nous risquons de provoquer si nous nous lançons dans des activités de saisie des terres ».

« Nous, les jeunes, sommes votre principal allié pour inverser les pertes de biodiversité », a-t-elle poursuivi, regrettant que sa génération soit « marginalisée dans les prises de décisions », alors même qu’elle subit la dégradation de l’environnement.  « Nous sommes prêts à travailler avec vous », a-t-elle assuré, concluant son intervention par une question: « Êtes-vous prêts? » 

Déclarations des groupes de pays

Pour M. MOHAMED IRFAAN ALI, Président de Guyana, au nom du Groupe des 77 et de la Chine (G77 et la Chine), ce Sommet doit montrer une volonté politique d’« établir un cadre mondial pour la biodiversité après 2020, en cohérence avec le Programme 2030 ».  Ce cadre, selon M. Ali, doit également comporter un important volet de mobilisation des ressources.  Les délibérations devraient propulser la communauté mondiale sur la voie de la réalisation de Vision 2050 pour la biodiversité, à savoir « Vivre en harmonie avec la nature ».  Cela ne peut être réalisé qu’en abordant, de manière équilibrée, les trois objectifs de la Convention sur la diversité biologique, qu’il a énumérés: « la conservation de la diversité biologique, l’utilisation durable de ses éléments et le partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressources génétiques ».

Le Groupe des 77 et la Chine s’est dit profondément préoccupé par les difficultés de développement « déjà redoutables » provoquées par la pandémie de COVID-19.  Ses effets vont certainement se faire sentir bien au-delà de 2020, érodant les progrès réalisés en matière de développement depuis de nombreuses décennies, et pourraient entraver les efforts visant à stopper la perte de biodiversité mondiale, a craint le Président Ali.  Il a prévenu que les effets de la pandémie « vont exacerber la dégradation de la biodiversité » et « entraîner une augmentation considérable de la pauvreté dans le monde ».  La COVID-19 va compromettre la capacité financière des pays en développement à mettre en œuvre le programme de développement durable, a-t-il ajouté.

Le Groupe a aussi réclamé « des actions urgentes et importantes » pour réduire la dégradation des habitats naturels, stopper la perte de biodiversité ainsi que protéger et prévenir l’extinction des espèces menacées.  « Un million d’espèces sont actuellement menacées d’extinction, plus qu’à aucun autre moment de l’histoire de l’humanité », a-t-il rappelé, regrettant le nombre potentiellement élevé d’espèces qui ont disparu au cours des siècles passés, dont la plupart n’ont pas été recensées.  M. Ali a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour inverser ces tendances et protéger les écosystèmes, y compris par la restauration des forêts dégradées, une hausse sensible du boisement, le reboisement et la conservation au niveau mondial, sur la base du principe de la responsabilité commune mais différenciée.  « Mettre un terme à la perte de biodiversité est un objectif commun de l’humanité.  Chaque pays devrait s’engager dans cette entreprise pour atteindre cet objectif », a-t-il souligné.

Enfin, concernant les océans, le G77 et la Chine a appelé à conclure les négociations sur un instrument international juridiquement contraignant, dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones situées au-delà de la juridiction nationale.

M. LAZARUS McCARTHY CHAKWERA, Président du Malawi, qui s’exprimait au nom du Groupe des pays les moins avancés (PMA), a déploré que, selon les Perspectives mondiales de la diversité biologique rendues publiques par le Secrétaire général, aucun des 20 objectifs d’Aichi n’ait été atteint intégralement et que 6 seulement l’ait été partiellement.  Aujourd’hui, a-t-il souligné, plus de 60% des récifs coralliens du monde sont menacés.  De plus, la dégradation des terres a réduit la productivité dans 23% de la superficie terrestre mondiale et un million d’espèces animales et végétales sont menacées d'extinction.  Si cette tendance se poursuit, entre 30 et 50% de toutes les espèces pourraient être perdues au cours de ce siècle, ce qui représente aussi « d’énormes risques pour le bien-être humain ».

Pour le dirigeant, la COVID-19 démontre que la destruction de l’environnement et des habitats naturels augmente le risque de contacts entre les humains et le monde sauvage, et donc de maladies infectieuses d’origine animale.  Avertissant que les PMA subiront probablement les pires effets de cette pandémie, il a appelé à des « mesures collectives » pour stopper la dévastation de la biodiversité, et notamment l’édification d’une « économie mondiale durable ».  Cela implique, selon lui, d’intégrer la réduction des inégalités dans les modèles de développement, d’améliorer les mécanismes d’accès et de partage des avantages, de réduire la production et la consommation non durables et d’éviter le gaspillage.

Si la Convention sur la diversité biologique prévoit de tenir compte de la situation particulière des PMA dans leurs actions en matière de financement, force est de constater que les financements ont stagné dans de nombreux pays, a souligné le Président du Malawi.  Il a donc proposé, au nom de son Groupe, que le financement public international de la biodiversité en faveur des PMA soit doublé d’ici à 2030.  Il a également appelé à soutenir le renforcement des capacités et le transfert de technologies vers les PMA pour la conservation et la restauration durable de la biodiversité.

Mme URSULA VON DER LEYEN, Présidente de la Commission de l’Union européenne, s’est demandé ce qu’il faudrait encore présenter pour plaider haut et fort en faveur de la biodiversité.  Des chiffres?  Des photos?  On fournit depuis des années les chiffres les plus frappants sur les espèces menacées de disparition, tandis que documentaristes et photographes nous montrent ces espèces qui sont en danger de disparition.  « Fallait-il qu’on fût directement et massivement affectés dans notre vie, comme par une pandémie nous enfermant tous chez nous, sans possibilité de voyager? »  Pour Mme Von der Leyen, il est révélateur que ce soit précisément une telle pandémie d’origine animale qui ait reporté la COP15 prévue en octobre à Kumming et qui empêche les dirigeants de se réunir en personne pour ce Sommet.  Nous avons toutes les informations nécessaires pour comprendre, a-t-elle affirmé.  « Le changement climatique et la perte de biodiversité se produisent sous nos yeux et se renforcent mutuellement.  Nous devons arrêter cette boucle de malheur. »  La Présidente de la Commission européenne a dit y voir une source de motivation.

Mme Von der Leyen a rappelé que 11 jours seulement après sa prise de fonctions à la tête de la Commission européenne, elle avait présenté le « Green Deal européen », feuille de route pour faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre à l’horizon 2050.  Cinquante actions pour 2050 ont été définies et, en mars, la Commission a proposé la toute première loi climatique continentale.  « Faut-il arrêter du fait de la pandémie?  Bien sûr que non », a-t-elle lancé.  Elle a rappelé qu’elle avait aussi proposé en mai une « stratégie de l’UE pour la biodiversité à l’horizon 2030 » pour s’attaquer aux causes de la perte de biodiversité: utilisation non durable des terres et de la mer, surexploitation des ressources naturelles, pollution et réchauffement climatique.  Cette stratégie, a-t-elle expliqué, propose des obligations légales, des objectifs et des actions, par exemple restaurer les écosystèmes et les rivières endommagés; améliorer la santé des habitats et des espèces protégés par l’UE; ramener les pollinisateurs sur les terres agricoles; verdir les villes; valoriser l’agriculture biologique; ou encore améliorer la santé des forêts européennes. 

La biodiversité est bien plus que la simple protection de la nature, a affirmé Mme Von der Leyen, qui a rappelé l’adoption par l’Union européenne d’une « stratégie de la ferme à l’assiette » car santé alimentaire et biodiversité se renforcent mutuellement.  L’Union européenne appelle tous ceux qui veulent agir à la rejoindre: États de toutes les régions du monde mais aussi organisations de développement et humanitaires, entreprises et villes, organisations de jeunesse et confessionnelles.  La Présidente de la Commission européenne a appelé à un esprit d’équipe et à un leadership déterminé, afin d’établir un nouveau cadre mondial de la biodiversité lors de la COP de Kunming, en 2021.  Elle a demandé des « règles mondiales claires et mesurables », qui nous permettent de nous responsabiliser mutuellement, et qui permettent de protéger les espèces et de renforcer notre résilience et notre bien-être.

S’exprimant au nom du Groupe des pays en développement sans littoral, M. MAGZUM MIRZAGALIYEV, Ministre de l’écologie, de la géologie et des ressources naturelles du Kazakhstan, a relevé que la biodiversité est au fondement même de la vie sur terre.  À cet égard, il a noté que la pandémie de COVID-19 vient confirmer le lien étroit unissant la protection de la nature et la santé publique.  Pour les 32 pays en développement sans littoral qu’il représente, ce sujet est d’autant plus important qu’ils ont une situation géographique défavorable.  Le Ministre a ainsi rappelé que ces pays enclavés, qui abritent 500 millions d’habitants, manquent d’accès à la mer et sont isolés des principaux marchés internationaux.  En outre, ils n’ont que de faibles capacités pour faire face aux chocs extérieurs et aux catastrophes naturelles telles que le cyclone qui a frappé le Zimbabwe et les inondations enregistrées au Népal.  Ces sinistres ont entraîné une perte de diversité biologique et des extinctions d’espèces, a déploré le Ministre.  

Dans la mesure où la biodiversité existe indépendamment des frontières, il importe que la communauté internationale augmente son ambition s’agissant de la protection des écosystèmes, a plaidé M. Mirzagaliyev.  À cette fin, le Groupe demande une accélération de l’action mondiale afin de mettre au point un cadre sur cette question et sur la réalisation des ODD d’ici à 2030.  Il nous faut aussi parvenir aux objectifs d’Aichi alors que 20 pays du Groupe accusent un retard en la matière, a-t-il ajouté, qualifiant cette mobilisation de cruciale pour l’atténuation des catastrophes naturelles, le recul des glaciers et la désertification.  

À titre national, il a assuré que son pays était attaché aux écosystèmes, comme en témoigne son projet de plan de protection de la biodiversité pour 2020 et au-delà.  Ce plan prévoit la protection de zones naturelles, notamment forestières, a-t-il précisé.  Avant de conclure, le représentant a rappelé le soutien de son Groupe à un programme mondial pour la biodiversité et espéré que ce Sommet fournira un cadre pour l’après-2020.  

Premier dialogue entre décideurs: « Combattre l’appauvrissement de la biodiversité et généraliser l’idée d’une biodiversité concourant au développement durable »

Dans une introduction liminaire au premier dialogue de cette journée, M. LIU ZHENMIN, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a appelé les États Membres à prendre cette année des engagements ambitieux pour la sauvegarde des océans et des forêts, mais aussi en matière d’énergies et de transports durables.  Le Secrétaire général adjoint a ainsi invité les délégations à profiter de ce Sommet sur la biodiversité pour faire avancer la mise en œuvre des objectifs de développement durable, dans le but, à terme, de sauver la planète.

La Chancelière de l’Allemagne, Mme ANGELA MERKEL, Coprésidente du premier dialogue, a rappelé que la destruction de l’environnement et les changements climatiques, et donc aussi la perte de diversité biologique, s’accélèrent à un rythme jamais vu auparavant dans l’histoire de l’humanité.  « Cela représente à la fois une menace pour notre qualité de vie, nos systèmes économiques et notre cohésion sociale. »  Mme Merkel a estimé que nous n’avons plus d’autre choix que de lancer ou d’intensifier des mesures durables et efficaces pour protéger nos ressources naturelles vitales.  « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre plus de temps. »  Elle a salué au passage l’ONU pour avoir organisé ce sommet sur la biodiversité pour que la communauté internationale puisse se mettre d’accord sur les étapes suivantes. 

L’année prochaine, lors de la COP15, il va falloir adopter un nouveau cadre pour la protection de la biodiversité après 2020 pour inverser la tendance à l’échelle mondiale, a souligné la Chancelière.  Le Conseil mondial de la biodiversité avait défini, en 2019, ce que cela exigerait, à savoir étendre les aires protégées et restaurer les écosystèmes.  Pour Mme Merkel, cela signifie qu’à l’avenir, nous devons utiliser la terre et la mer de manière plus durable et les gérer de manière plus écologique.  Par « nous », elle entend tous les États, a-t-elle précisé.  Elle a salué à cet égard les nombreux États qui ont déjà fait la preuve de leur engagement en faveur d’une protection plus ambitieuse de la biodiversité en approuvant l’engagement des dirigeants en faveur de la nature, récemment présenté, et dont l’Allemagne fait partie. 

« C’est une question qui me tient à cœur », a déclaré Mme Merkel, indiquant que l’Allemagne fournit déjà un financement solide pour les mesures de protection: depuis de nombreuses années, le pays alloue annuellement 500 millions d’euros à la protection de la biodiversité dans le monde.  L’Allemagne, a ajouté sa Chancelière, souhaiterait travailler avec des donateurs privés pour créer un nouvel instrument de financement des aires protégées: le Legacy Landscapes Fund.  Avant de conclure, Mme Merkel a souligné les immenses défis à relever et les conséquences de l’inaction, qui ne fera qu’aggraver les problèmes.  « C’est à nous tous de changer la donne! »

M. IMRAN KHAN, Premier Ministre du Pakistan et Coprésident du premier dialogue, a souligné que son pays est riche en biodiversité, avec un territoire qui s’étend des massifs montagneux jusqu’aux tropiques.  Le Pakistan est de plus dominé par le deuxième sommet le plus élevé au monde, le K2.  « Nous nous sommes engagés à préserver ce patrimoine », a assuré le Chef de gouvernement, en rappelant que le Pakistan est parmi les 10 pays les plus vulnérables aux changements climatiques.  Il a rappelé que des dizaines de milliards d’arbres avaient été plantés à travers tout le pays en coopération avec la communauté locale. 

Au nom du Forum des îles du Pacifique, M. KAUSEA NATANO, Premier Ministre des Tuvalu, a souligné que la région du Pacifique possédait une biodiversité « unique », pourvue de nombreuses espèces de la flore et de la faune « que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre ».  Cependant, a-t-il mis en garde, ce caractère unique est aujourd’hui en péril.  « Nous avons l’opportunité d’agir maintenant pour faire face à cette menace mondiale, mais cela exige un véritable engagement de tous les États à prendre des mesures urgentes », a estimé le Premier Ministre.  De fait, il a salué l’élan international créé par les négociations sur le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, au titre de la Convention sur la diversité biologique.

M. Natano a déclaré que les membres du Forum des îles du Pacifique étaient engagés en faveur du renforcement de la gestion, de l’utilisation et de la conservation de « notre vaste océan Pacifique riche en biodiversité ».  L’océan est inséparable des peuples du Pacifique, de ses cultures, de ses économies et de ses sociétés, a poursuivi le Premier Ministre, précisant que les eaux océaniques représentaient 98% du territoire de sa région.  De sorte que les États insulaires du Pacifique « sont les gardiens » de plus de 40 millions de kilomètres carrés d’océan, a-t-il précisé. 

Dans ce cadre, M. Natano a condamné la pollution marine et la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, qui sapent selon lui les efforts de développement durable, lesquels reposent sur des « services écosystémiques marins sains ».  Dans le même temps, le Premier Ministre a rappelé que les changements climatiques menaçaient les systèmes et les espèces océaniques, mettant en péril la viabilité des pays de la région, y compris celle des grands États insulaires océaniques.

Le Premier Ministre a rappelé l’engagement de longue date du Forum des îles du Pacifique en faveur des océans durables, notamment par le biais de la Politique océanique régionale des îles du Pacifique de 2002; du Cadre pour le paysage océanique du Pacifique de 2010; de la feuille de route régionale pour des pêches durables dans le Pacifique; et du Cadre pour la conservation de la nature et les aires protégées dans la région des îles du Pacifique.  Selon lui, le leadership du groupe en la matière a abouti à la formulation de l’objectif 14 de développement durable et de ses cibles.  « L’importance de garantir un océan sain, productif et résilient doit être proprement reflétée dans le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020 », a-t-il souhaité.

M. Natano a plaidé en faveur d’une action urgente de la communauté internationale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.  Il a également appelé à utiliser le prochain dialogue sur les océans et les changements climatiques de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques pour examiner le lien entre le climat et les océans.  Le Premier Ministre a aussi invité les pays voisins des membres du Forum à se joindre au Plan d’action régional du Pacifique sur les déchets marins 2018-2025.  Il a, enfin, réaffirmé sa détermination à mener à bien, dans des délais raisonnables, l’adoption d’un instrument international juridiquement contraignant, « solide et efficace », au titre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, pour la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones situées au-delà de la juridiction nationale.

De même que nous plaidons pour la santé de notre biodiversité océanique, nous continuons à militer pour la réduction et l’élimination de toute menace à l’encontre de nos populations et écosystèmes, notamment la pollution causée par les déchets nucléaires et radioactifs, les épaves et les reliques de la Seconde Guerre mondiale.  À cette fin, il a précisé que les dirigeants du Forum avaient approuvé la mise en service d’un organe pour entreprendre une évaluation scientifique de la contamination nucléaire dans le Pacifique, y compris sur le site d’essais nucléaires de Runit, dans la République des Îles Marshall.

M. Natano a par ailleurs mentionné les effets de la pandémie de COVID-19, dans les années à venir, sur les problèmes existants de développement régional.  Il a appelé à adopter des stratégies « claires » pour sauvegarder à la fois la biodiversité et la santé humaine tout au long de la période de récupération à venir.  « Nous devons sortir de cette pandémie unifiés, résilients et mieux placés pour protéger la biodiversité de notre Pacifique bleu et de notre planète bleue », a-t-il estimé.

Nous sommes au cœur d’une urgence planétaire alors qu’une crise en engendre une autre à un rythme accéléré, a constaté avec inquiétude le Ministre des affaires étrangères et du commerce de Bélize, M. WILFRED P. ELRINGTON, qui s’exprimait au nom de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS).  La vitesse sans précédent à laquelle les écosystèmes sont compromis et la biodiversité se dissipe pourrait, à elle seule, déclencher un effondrement de la société humaine, a-t-il mis en garde.  L’érosion côtière et les événements météorologiques extrêmes mettent en péril les moyens de subsistance liés aux industries du tourisme et de la pêche, qui représentent plus de la moitié du PIB de nombreux petits États insulaires en développement (PEID), a expliqué le Ministre.  « Pour nos îles, la biodiversité transcende la simple valeur économique.  Notre relation avec la nature fait partie intégrante de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de notre identité. »

Alarmé par le fait que les espèces autochtones des PEID soient les plus exposées au risque d’extinction, l’AOSIS a également souligné que les PEID sont les plus vulnérables à la dégradation et à la perte des récifs coralliens, dont plus de 25% sont sous leur juridiction.  Les causes de ces pertes irréversibles, telles que les changements climatiques, la pollution, la surexploitation, le braconnage et le commerce illégal d’espèces sauvages, sont le fait de l’homme et peuvent être évitées, a martelé M. Elrington, affirmant que nous avons les moyens de mettre un terme à cet abus de la nature et de l’inverser à condition de se fixer des objectifs mondiaux ambitieux, fondés sur la science, et de les atteindre.  Rappelant qu’en 2010, les 20 objectifs d’Aichi pour la biodiversité avaient précisément cette ambition, il a constaté à regret qu’une décennie plus tard, aucun d’entre eux n’a été pleinement atteint, et que six seulement l’ont été partiellement.  De même, en 2014, la communauté internationale s’est engagée à soutenir les efforts des PEID pour conserver la diversité biologique dans les Orientations de Samoa.  Bien que nous ayons mesuré périodiquement le progrès de la mise en œuvre, les données sont insuffisantes pour indiquer un progrès notable, a, là encore, regretté le Ministre pour lequel il ne fait pas de doute que le monde n’est pas sur la bonne voie. 

Dès lors, il a appelé à prendre des actions concrètes avant la quinzième Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique l’an prochain, en souhaitant notamment un cadre mondial de la biodiversité qui soit à la fois ambitieux et transformationnel pour la période post-2020.  Ce cadre devra être assorti de ressources adéquates et devra traiter de manière adéquate le cas particulier des PEID, a précisé M. Elrington, en insistant sur l’importance d’exploiter les synergies entre la protection de la biodiversité et le développement durable. 

« Il faut des stratégies cohérentes dans les domaines interdépendants du climat, des océans et du développement durable dans le but d’offrir des avantages optimaux aux personnes et à la nature. »  Ces stratégies, a-t-il précisé, doivent miser sur l’inclusion de toutes les parties prenantes concernées, y compris le secteur privé, la société civile, les peuples autochtones et les communautés locales.  Pour réussir la transition envisagée vers des voies durables, il faut mener un effort mondial en vue de réorienter les flux financiers vers un développement respectueux de l’environnement, a-t-il aussi recommandé, avant de conclure en réaffirmant la détermination des PEID à enrayer et à inverser la perte de biodiversité d’ici à 2030.  Le Belize et certain autres PEID ont d’ailleurs déjà adhéré à l’engagement des dirigeants pour la nature, qui a été approuvé il y a deux jours. 

« La biodiversité est indispensable et elle disparaît rapidement », a mis en garde M. QU DONGYU, Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).  Parmi ses rôles essentiels, a expliqué le Chef de la FAO, la biodiversité est la garante du cycle des nutriments, de la qualité de l’air et de celle de l’eau.  C’est aussi une ressource scientifique, économique, environnementale et culturelle d’une valeur inestimable.  « Il n’y a pratiquement aucun secteur économique qui ne dépende directement ou indirectement de la biodiversité », a-t-il insisté.

Pour M. Qu, la disparition de la biodiversité sape les efforts mondiaux de lutte contre la pauvreté et la faim.  « Sans biodiversité, pas de diversité alimentaire », a-t-il ainsi noté.  Le Directeur général a par conséquent appelé à transformer radicalement nos économies et nos comportements, en s’assurant qu’ils soient « ouverts, verts et durables ».

Alors que les gouvernements négocient le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, M. Qu a noté que le système des Nations Unies s’engageait à appuyer la « difficile » intégration de la biodiversité dans les économies et les sociétés.  L’ONU et ses agences veillent également à ce que la biodiversité soit intégrée dans leurs opérations, programmes et procédures internes, a-t-il précisé.  En ce sens, M. Qu a indiqué que le système des Nations Unies aidait les États Membres à faire de la biodiversité une partie intégrante des stratégies de développement vert, des approches innovantes dans la gestion des risques de catastrophe et de la mise en œuvre des accords internationaux et politiques publiques visant à garantir la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et la durabilité des sociétés.

Aux yeux du Directeur général, la restauration des écosystèmes terrestres et aquatiques, la conservation des espèces génétiques et des ressources naturelles, l’utilisation de solutions fondées sur la nature, la finance « verte » et « bleue » et les chaînes de valeur durable, ainsi que l’évolution des modes de consommation et de production sont autant de priorités qui doivent guider les démarches de la communauté internationale.

Soulignant le lien entre ce Sommet des Nations Unies sur la biodiversité et le futur Sommet de l’Organisation sur les systèmes alimentaires, qui aura lieu en 2021, M. Qu a indiqué que l’avenir de nos systèmes agroalimentaires dépendait de la biodiversité.  Quant à l’avenir de la biodiversité, il dépend de la transformation de notre système alimentaire, du développement économique vert et de la nature, a-t-il précisé.

« N’abandonnons ni les personnes ni la terre! » a conclu le Directeur général de la FAO.  « Faisons cela de manière historique, holistique, cohérente et collective! »

Mme AUDREY AZOULAY, Directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a considéré que toute crise est aussi une opportunité, avant d’évoquer la mise en œuvre d’un projet ambitieux lancé en Italie par l’organisation qu’elle dirige dans le domaine de la préservation du patrimoine en danger, en coopération avec les jeunes.  L’éducation, la science et la culture doivent être mobilisées afin de protéger les écosystèmes, a-t-elle affirmé, avant de plaider pour la conclusion d’un pacte entre les humains et la nature, pour lequel un large consensus est nécessaire, sur tous les plans, y compris le plan éthique.  Mme Azoulay a donc annoncé la création à cet égard d’un partenariat avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

M. BRUNO OBERLE, Directeur général de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a souligné que la biodiversité était menacée comme jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité.  Il a appelé à lutter de front contre la disparition de la biodiversité, parallèlement à la lutte contre les changements climatiques, notamment en se dotant du cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020.  Ce dernier devrait permettre de donner un coup d’arrêt à la perte de la biodiversité mondiale d’ici à 2030, a estimé M. Oberle, dans l’espoir d’inverser la tendance d’ici à 2050.  Pour y parvenir, le Directeur général a appelé les gouvernements à travailler main dans la main avec les peuples autochtones et la société civile.

M. Oberle a également insisté pour inscrire les actions de préservation de la biodiversité dans le cadre des objectifs de développement durable du Programme 2030.  La nature sera un allié essentiel dans cette entreprise, a-t-il souligné, appelant à utiliser des solutions naturelles, fondées sur des normes nouvelles.  Sur le plan économique, le Directeur général a appelé à cesser d’investir dans des activités qui appauvrissent la nature.  Selon lui, les industries extractives, l’agriculture, le secteur forestier et les pèches doivent ainsi changer leurs méthodes de production.  M. Oberle a indiqué que le secteur financier était d’ailleurs de plus en plus conscient des risques présentés par la perte de la biodiversité et commençait à prendre en compte cette dimension dans ses pratiques, notamment au niveau de l’octroi de prêts. 

Mme GABRIELA CUEVAS BARRON, Présidente de l’Union parlementaire internationale, a indiqué que la pandémie de COVID-19 pousse la communauté internationale à tirer la sonnette d’alarme.  Mais les résolutions agréées à l’ONU et ailleurs doivent maintenant se traduire dans les législations nationales et dans des accords au niveau local, a-t-elle exhorté, en soulignant l’importance d’œuvrer à la mobilisation de ressources budgétaires pour concrétiser les engagements pris.  Pour cela également, il faut des lois claires qui doivent être promulguées par les parlements.  Aujourd’hui, nous pouvons être la génération qui sauve la planète, qui décide de faire face aux changements climatiques, celle que l’Union a décidé d’incarner, a ajouté sa Présidente.

« Nous sommes dans un état d’urgence planétaire », a déclaré M. PAVAN SUKHDEV, Président de WWF International.  « Lorsque j’aurai fini de parler, nous aurons perdu encore 48 hectares de forêts dans le monde.  Nos océans sont exploités jusqu’à épuisement, tout en étant remplis d’environ 12 millions de tonnes de plastique chaque année.  Le rapport Planète vivante du WWF révèle un déclin de 68% des espèces sauvages depuis 1970, causé par la perte et la dégradation de l’habitat dues principalement à un système alimentaire non durable », a-t-il précisé.  Alors que se multiplient les signes avant-coureurs d’une défaillance systémique, le message est clair, a tranché M. Sukhdev: nous devons prendre des mesures décisives aujourd’hui, pour éviter des effets désastreux sur l’humanité.  Une transition positive pour la nature pourrait générer jusqu’à 10 milliards de dollars en valeur commerciale annuelle et créer près de 400 millions d’emplois au cours de la prochaine décennie, a-t-il argué, en soulignant trois actions prioritaires.

La première, a indiqué le Président, c’est d’assurer un leadership ambitieux, en mettant la nature au centre des décisions politiques pour qu’elles répondent à cette urgence.  « Le droit à un environnement sain doit être reconnu comme fondamental », a-t-il affirmé.  Ensuite, les États doivent s’engager en faveur d’un cadre mondial de transformation de la biodiversité et de sa mise en œuvre immédiate, afin de garantir que le monde renoue avec une « nature positive » d’ici une décennie.  Pour y parvenir, il a dit qu’il fallait conserver au moins 30% de la planète et restaurer et gérer durablement le reste, en reconnaissant les droits des peuples autochtones et des communautés locales et leur rôle essentiel dans la protection de la nature.  Il a également préconisé de freiner le commerce non durable des espèces sauvages et la surpêche et de réduire de moitié l’empreinte de la production et de la consommation humaines.  Enfin, M. Sukhdev a suggéré de mettre la nature au cœur d’une relance verte et juste, d’augmenter le financement des solutions fondées sur la nature et d’éliminer les subventions qui nuisent à la nature. 

« Aujourd’hui marque une opportunité unique dans l’histoire. »  De nombreux chefs d’État ont déjà approuvé un engagement des dirigeants pour la nature afin d’inverser la perte de biodiversité d’ici à 2030, a conclu le Président: « Tous les gouvernements participant à ce Sommet des Nations Unies sur la biodiversité doivent tenir compte de cet engagement et l’accepter, si nous voulons atteindre les objectifs de développement durable pour nos enfants. »

Dans les interventions qu’ils ont faites en vidéo, COVID-19 oblige, les présidents et chefs de gouvernement ont unanimement souligné la situation « d’urgence planétaire » dans laquelle nous nous trouvons et les risques liés à la perte de la biodiversité, y compris en termes de développement durable.  Pour le Président du Costa Rica, M. CARLOS ALVARADO QUESADA, il est impératif aujourd’hui de réarticuler nos modèles de développement pour qu’ils tiennent compte de l’interdépendance entre biodiversité, changements climatiques et développement durable.  Cela suppose de réorienter les ressources vers des pratiques sans carbone qui ne détruisent plus les écosystèmes, et de pratiquer l’économie verte.  Même son de cloche du côté de la Grèce, pour laquelle la protection de la biodiversité doit faire partie intégrante du modèle de développement durable car, comme l’a dit le Ministre de l’environnement et de l’énergie de la Grèce, M. KONSTANTINOS HATZIDAKIS, « lorsque nous détruisons la biodiversité, nous détruisons le système qui protège la vie humaine », une question hautement d’actualité dans le contexte actuel de la COVID-19.

Alors qu’aujourd’hui ce sont un million d’espèces d’animaux et de plantes qui sont menacées, le Président chilien, M. SEBASTIÁN PIÑERA ECHENIQUE, a tiré la sonnette d’alarme et appelé à écouter la science et à être plus ambitieux.  Vivre en harmonie avec la nature signifie pour lui qu’il faut changer du tout au tout nos modes de vie.  Son homologue, la Présidente de l’Estonie, Mme KERSTI KALJULAID, a en effet accusé les modèles actuels de production et de consommation, d’être à l’origine de la situation actuelle, et a exigé que l’on mette fin aux pratiques néfastes d’utilisation des terres et de pollution des océans actuelles.  Cette opinion a été largement partagée par ses pairs qui ont également pointé du doigt la surexploitation des ressources naturelles à des fins économiques comme principale cause de cette perte alarmante de la biodiversité.  Pour y remédier, la France et le Chili ont lancé la coalition de haute ambition pour la nature, l’an dernier, une initiative qui vise à protéger 30% des écosystèmes de la planète d’ici à 2030, et qui s’inscrit dans le droit fil de la diplomatie écologique qu’a prônée le Président kirghize, M. SOORONBAI ZHEENBEKOV.

Beaucoup de pays ont répondu présent à l’appel lancé, en 2019, par le Conseil mondial de la biodiversité pour étendre les zones protégées et sanctuaires et restaurer les écosystèmes.  Ainsi, le Mozambique, où vivent70% des espèces endémiques africaines, a créé des zones transfrontalières de protection de ces espèces, a indiqué son Président, M. FILIPE JACINTO NYUSI, se faisant l’écho de l’appel du Président kirghize, qui a lui aussi mis l’accent sur l’importance de la coopération transfrontière pour la protection de la biodiversité et qui s’apprête même à présenter un projet de résolution sur cette question. 

D’autres pays, comme la Zambie qui compte plus de 12 500 espèces différentes de flore et de faune, ont promulgué des cadres législatifs et des politiques pour promouvoir la protection de la biodiversité et la gestion durable de l’environnement.  Concrètement, cela englobe des programmes de reforestation, ou encore la réintroduction d’espèces en voie de disparition dans les sanctuaires, a expliqué le Président de la Zambie, M. EDGAR CHAGWA LUNGU.  Sur une note positive, le Président du Botswana, M. MOKGWEETSI ERIC KEABETSWE MASISI, a fait état d’une augmentation significative de la population d’éléphants dans son pays et de la réintroduction des rhinocéros sur son territoire dont 40% sont des zones protégées.  De son côté, la Thaïlande est en train de rédiger une loi sur la biodiversité nationale et a opté pour la fermeture annuelle de ses parcs naturels pendant trois mois pour permettre à la nature de se régénérer, a expliqué son Premier Ministre, M. PRAYUT CHAN-O-CHA. 

Le Premier Ministre du Canada, M. JUSTIN TRUDEAU, a annoncé avoir dépassé sa cible de 2020 en termes de protection de 10% des zones marines canadiennes.  De plus, le Canada cherche à réaliser un plan qui consiste à conserver 25% des terres et 25% des océans du Canada d’ici à 2025 et 30% d’ici à 2030. 

Ces approches ambitieuses ont amené la Présidente de la Géorgie, Mme SALOME ZOURABICHVILI, à inciter ses pairs à repenser les dépenses faites dans la protection de la biodiversité comme un investissement porteur dans une avenir plus vert en vue de « débloquer le potentiel économique de la biodiversité ». 

Si tous s’accordaient à dire que les moyens existent pour inverser la tendance actuelle, ils ont placé leurs espoirs dans une action mondiale ambitieuse à travers le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020 qui vise à intensifier les efforts pour sauver l’écosystème mondial à l’horizon 2030.  Ce cadre devrait être adopté lors d’une prochaine conférence des Nations Unies sur la biodiversité en Chine, alors que des fonctionnaires et des experts se réuniront au siège de la FAO, à Rome, du 24 au 29 février 2021, pour des négociations sur le projet initial de ce cadre et des objectifs mondiaux de biodiversité post-2020. 

M NETUMBO NANDI-NDAITWAH, Vice-Première Ministre et Ministre des relations internationales et de la coopération de la Namibie, a toutefois souligné que le succès de la mise en œuvre de ce cadre dépendra largement des moyens qui l’accompagneront, y compris en termes de transfert de technologies et de ressources financières vers le monde en développement, une opinion partagée par Mme ELBA ROSA PÉREZ MONTOYA, la Ministre de la science, la technologie et l’environnement de Cuba.  D’autres, comme la Thaïlande, ont insisté sur une approche inclusive qui implique toutes les parties prenantes, y compris le secteur privé et la société civile, et ont appelé à éduquer les jeunes générations sur les enjeux relatifs à la perte de la biodiversité. 

Deuxième dialogue entre décideurs: « Mettre la science, la technologie et l’innovation, le renforcement des capacités, l’accès aux ressources biologiques et le partage des bénéfices, le financement et les partenariats au service de la biodiversité »

« Notre monde souffre », a lancé d’emblée M. RALPH GONSALVES, Premier Ministre de St-Vincent-et-les Grenadines, et la seule solution est la coopération multilatérale, ainsi que l’établissement de partenariats essentiels entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile.  Il a expliqué qu’en 2018, à St-Vincent-et-les Grenadines, un système d’alerte précoce avait été mis en place pour les coraux.  Le Gouvernement a décidé de travailler avec les entreprises et les consommateurs pour réduire les plastiques à usage uniques, a-t-il ajouté avant de signaler que le pays compte aussi agir au niveau des crèmes solaires afin de protéger ses atouts côtiers.  Des poubelles se trouvent pratiquement à chaque coin de rues et les coopératives sont mises à contribution pour protéger les ressources marines et terrestres.  Le Ministre a souligné que la pandémie a braqué les projecteurs sur les dangers de la perte en biodiversité et a appelé à reconstruire de manière durable. 

Face à la « perte catastrophique » de biodiversité, Mme ISABELLA LÖVIN, Vice-Premier Ministre et Ministre de l’environnement et du climat de la Suède, a appelé à l’élaboration d’une architecture qui appuie des solutions durables et des écosystèmes capables de protéger la nature, comme le préconise le Programme d’action d’Addis-Abeba.  Elle a expliqué que les investissements de la Suède dans la biodiversité et les transports durables doivent lui permettre d’émerger à nouveau de la crise, de façon plus durable, notamment en mettant un terme à l’extinction des espèces, en promouvant la propreté des eaux et en assurant la protection des zones marines, entre autres.  Elle a appelé à prêter davantage attention aux solutions naturelles, soulignant en outre l’importance de l’éducation.  Il faut donner de l’espoir aux jeunes et reconstruire mieux, a-t-elle lancé.  Elle a aussi appelé au renforcement des capacités scientifiques. 

S’exprimant au nom des 12 petits États insulaires en développement du Pacifique, M. JOSAIA VOREQE BAINIMARAMA, Premier Ministre des Fidji, a exigé une action urgente pour protéger la flore et la faune qui ornent leurs forêts et récifs.  L’océan Pacifique, a résumé M. Bainimarama, est la plus grande masse d’eau de la planète et abrite certains des écosystèmes marins les plus riches. Près de 98% de la région du Pacifique est océaniques et, par conséquent, l'océan et ses vastes ressources sont au cœur de la vie et de la prospérité future des peuples des îles du Pacifique. 

Le Pacifique, s’est alarmé le Premier Ministre, fait face à un calcul existentiel car « le monde est dans un état d'urgence planétaire ».  Sur terre, dans l’air et en mer, nous perdons la nature à un rythme sans précédent. Or la perte de biodiversité a des implications critiques pour l’humanité, de l’effondrement des systèmes alimentaires et de santé à la perturbation des chaînes d’approvisionnement. 

Alors même que le monde est aux prises avec une récession économique causée par la COVID-19, les dirigeants doivent reconnaître qu’une récession écologique pourrait avoir des conséquences pires et permanentes, a averti M. Bainimarama. C’est pourquoi « nous devons reconstruire mieux et plus bleu », a-t-il plaidé. « Nous ne pouvons pas revenir au statu quo.  »  La mort des récifs, l'épuisement des stocks de poissons et le réchauffement des mers entraînerait l'effondrement d'écosystèmes entiers, ainsi que des sociétés et des économies qui dépendent de leur vitalité. 

Dans le cadre de leur « Stratégie 2050 du continent bleu du Pacifique », a assuré le Premier Ministre fidjien, les PEID de la région travaillent à réduire leurs émissions et à renforcer leur résilience ; ils luttent pour protéger leurs océans et leurs ressources et pour montrer l’exemple. 

Au cours de ce deuxième dialogue virtuel du Sommet, les chefs d’État et de gouvernement ont souligné les priorités urgentes dans la protection de la biodiversité ainsi que les mesures déjà prises en ce sens aux niveau national et régional.  

Relevant que trois-quarts des nouvelles maladies sont dues à une relation préjudiciable entre l’homme et la nature, le Président de l’Équateur a jugé prioritaire de changer les modes de production et de consommation.  Il a également alerté sur le fait que des pratiques humaines délétères mettent en péril les Îles Galápagos, dont la conservation, a-t-il ajouté, doit être une responsabilité partagée.  Outre la consommation non durable, c’est la pollution plastique qui a le plus préoccupé le Président des Maldives car les déchets plastiques représentent 80% des débris marins en surface.  Il a appelé à l’interdiction des plastiques à usage unique d’ici à 2023, comme c’est déjà le cas aux Maldives. 

Alarmé du fait qu’un million d’espèces animales et végétales sont menacés d’extinction le Premier Ministre du Luxembourg a appelé au renforcement de l’interface entre la science et la politique et demandé de renforcer l’action multilatérale pour l’utilisation durable des ressources naturelles.  Les oiseux, les fleuves et les virus ne s’arrêtent pas aux frontières, a-t-il commenté.  Il a également jugé nécessaire de faire évoluer les systèmes financier et économique à l’image du lancement, par le Luxembourg, des premières obligations souveraines durables de l’Europe. 

« Des solutions naturelles pour l’action climatique doivent figurer au cœur des efforts », a renchérit la Premier Ministre de la Norvège, pays qui lancera, en décembre avec les Palaos, un programme de transition pour des océans propres et productifs.  La Norvège se mobilise aussi pour aider les pays avec un couvert forestier tropical à combattre la déforestation et a par ailleurs renforcé ses cibles nationales découlant de l’Accord de Paris. 

« En provoquant les extinctions d’espèces, nous nous dirigerons vers l’extinction de l’être humain », a alerté à son tour la Premier Ministre du Bangladesh qui a appelé à mettre l’accent sur la durabilité dans le cadre des investissements, et à renforcer les législations nationales et les mécanismes de surveillance.  L’accès mondial au partage des avantages doit en outre être garanti pour les véritables propriétaires des ressources et des connaissances connexes, a-t-elle souligné.  

À son tour, le Taoiseach de l’Irlande a souligné que la crise climatique et la crise de la biodiversité vont de pair et que c’est sur cette base que s’élabore la politique de son pays qui est notamment en train de créer une zone maritime protégée.  De son côté, le Premier Ministre de la République tchèque a insisté sur l’importance d’axer les démarches sur la science afin de prendre des décisions plus éclairées et mieux ciblées.  

Partisan de l’innovation, le Premier Ministre du Népal a appelé à trouver un meilleur équilibre entre les droits des personnes et l’utilisation des ressources naturelles.  Il a aussi cité les mérites de l’énergie hydraulique et fait savoir que le Népal était parvenu à éliminer le braconnage des rhinocéros et à multiplier par deux le nombre de tigre sur son territoire. 

« L’urgence environnementale est sans précédent et seul le multilatéralisme permettra d’y remédier », a déclaré à son tour le Premier Ministre de l’Espagne qui a appelé les États Membres à renforcer leurs engagements, à l’image de l’Espagne qui s’est engagé à protéger 30% de ses surfaces terrestres et maritimes.  

Préoccupé par la dégradation des sols en Afrique, le Ministre des affaires étrangers et des Sénégalais de l’étranger du Sénégal a passé en revue les initiatives prises par son pays pour protéger sa biodiversité, qui recèle 7830 espèces animales et végétales.  Le Sénégal aura toutefois besoin de coopération et d’un appui financier dans le cadre de la coopération Nord-Sud, Sud-Sud et triangulaire, a-t-il fait savoir. 

En matière de financement, le Ministre de l’énergie et des ressources naturelles de la Malaisie a expliqué que, dans son pays, des subventions sont accordées aux projets de conservation des populations autochtones et que des incitations sont versées pour encourager à élargir les zones protégées.  En outre, les populations autochtones, les communautés locales, le monde universitaire et le secteur privé sont autonomisés pour permettre à tous de participer à la protection de la biodiversité.  Le Ministre a également signalé l’établissement en cours d’un centre de biodiversité en Malaisie.  

De son côté, le Ministre de l’agriculture et de l’environnement de Cabo Verde s’est préoccupé des capacités de réaction réduites des pays insulaires face aux changements climatiques, et a appelé à plus de souplesse pour leur permettre d’accéder aux fonds existants ainsi qu’aux technologies. 

La pandémie de COVID-19 a souligné de façon brutale la nécessité de « réinitialiser la relation de l’humanité avec la nature  », a déclaré M. GUY RYDER, Directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT)

« Notre prospérité future, notre survie même, exigent que nous agissions de manière décisive et que nous agissions maintenant pour protéger la biodiversité.  »   

Pas moins de 1,2 milliard d’emplois dépendent directement des écosystèmes et des services qu’ils fournissent, qu’il s’agisse de nourriture et d’eau, de la régulation de notre système climatique ou de la lutte contre les vecteurs de maladies.  Donc, si nous voulons vraiment créer un travail décent pour tous dans la ligne des ODD, nous ne devons pas oublier que les emplois d’aujourd’hui et de demain dépendent de la préservation des écosystèmes et qu’ils sont sensibles à la perte de biodiversité, a expliqué M. Ryder.  

« En d’autres termes, sans planète saine, il ne peut y avoir d’économies productives ni de travail décent. »  Le relèvement post-pandémie doit s’appuyer sur la reconstruction de la relation entre les personnes et la nature.  Pour l’OIT, a rappelé son Directeur général, l’environnement est l’un des principaux moteurs du changement dans le monde du travail.  Le monde du travail a un rôle essentiel à jouer dans l’élaboration de solutions centrées sur l’homme et fondées sur la nature qui peuvent générer des emplois et des revenus, réduire la pauvreté et restaurer la biodiversité et les écosystèmes.  Enfin, a assuré M. Ryder, l’OIT peut déployer des solutions reposant sur la science et la technologie ainsi que sur les connaissances des peuples autochtones en harmonie avec la nature. 

Mme MARI PANGESTU, Directrice à la Banque mondiale, a déclaré que, selon le Forum économique mondial, les risques découlant de pertes de biodiversité pèsent sur plus de la moitié du PIB mondial.  « C’est seulement si le secteur privé, les gouvernements, les institutions telles que les nôtres et les communautés travaillent ensemble que nous pourrons y remédier. »  Elle a insisté sur les multiples partenariats noués entre la Banque mondiale et le secteur privé.  La Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique doit être, selon elle, l’occasion d’aboutir à une nouvelle donne pour la nature.  Elle a misé sur le cadre post-2020 sur la biodiversité pour insuffler une nouvelle urgence en vue de sortir de la pauvreté mondiale et retrouver une harmonie avec la nature. Enfin, elle a recommandé que les plans de relance en vue du relèvement post-pandémie soient élaborés pour le long terme et s’efforcent de forger un avenir durable. 

M. THOMAS BUBERL, Directeur exécutif du Groupe AXA, a indiqué que la perte de la biodiversité est un défi majeur et demandé des mesures urgentes pour y remédier.  AXA a rejoint l’initiative française « Act for nature » et signé un partenariat avec le WWF, a-t-il indiqué.  Il a également signalé que son groupe compte investir dans un fonds pour la biodiversité et choisir un nouveau fournisseur de données sur les risques liés à la biodiversité.  Le secteur privé est engagé pour relever le défi de la biodiversité, mais l’action publique demeure primordiale, sur la base de données scientifiques solides, a déclaré M. Buberl.  « Les décideurs politiques doivent encourager les efforts. »  Enfin, il a espéré que la prochaine Conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique aboutira à un accord robuste, servant de feuille de route pour les années à venir. 

Mme SHINTA KAMDANI, Directrice exécutive de SINTESA Group, groupe d’investissements stratégiques indonésien, a fait remarquer que le besoin de créer des économies et des sociétés plus résilientes n’a jamais été aussi pressant.  Elle a déclaré que, selon le Forum économique mondial, des risques découlant de pertes de biodiversité pèsent sur plus de la moitié du PIB mondial.  L’Indonésie a intégré la question de la nature dans sa stratégie de développement, s’est félicitée Mme Kamdani avant de parler de son entreprise qui a, elle aussi intégré le développement durable dans son modèle, en ajoutant à son portefeuille d’activités l’énergie renouvelable et le développement d’un tourisme vert.  Une tendance qui est également à l’œuvre au sein du secteur des affaires indonésien. Elle a exhorté les gouvernements à adopter des politiques publiques permettant de remédier aux pertes en biodiversité et à aboutir à un cadre post-2020 sur la diversité biologique « robuste ».  « Ensemble, nous devons créer un monde équitable, neutre en carbone et favorable à la nature », a-t-elle conclu, en disant que la nature est « l’affaire de tous ». 

Mme VALÉRIE PLANTE, Mairesse de Montréal et Ambassadrice mondiale d’ICLEI pour la biodiversité locale, a déclaré que la pandémie de COVID-19 invite à une réflexion sérieuse quant à notre rapport avec la nature.  Alors que la perte de la biodiversité va à un rythme plus effréné que jamais, elle a jugé qu’il était temps de repenser la relation entre les humains et la nature, et de poursuivre un développement qui respecte les limites de notre planète.  

C’est pourquoi, a-t-elle enchainé, partout à travers le monde, des villes sont déjà en mode action pour protéger les écosystèmes, que ce soit par la mise en place de ceintures vertes, de corridors de biodiversité, d’aires protégées ou par la plantation d’arbres.  Et les villes, tout comme les gouvernements régionaux et locaux, sont prêtes à un partenariat pour un agenda mondial ambitieux en matière de biodiversité, tel qu’exprimé dans la Déclaration d’Édimbourg.  La communauté internationale a une occasion à saisir avec l’élaboration d’un cadre mondial pour la biodiversité, lors de la COP 15, a-t-elle ajouté.  

Après avoir informé qu’ICLEI a exprimé son appui formel à l’Engagement des dirigeants pour la nature, Mme Plante a souligné que pour que les nouveaux objectifs de protection de la biodiversité soient « enfin  » un succès, il faudra qu’ils soient ambitieux, et qu’ils prennent part à la relance face la pandémie actuelle.  Nous avons surtout, a-t-elle insisté, l’obligation d’une relance verte, durable et résiliente.  

Mme HINDOU OUMAROU IBRAHIM, Dirigeante autochtone, Défenseure des objectifs de développement durable, a déclaré que la nature est un véritable mode de vie pour les peuples autochtones.  « Elle est comme un restaurant et un supermarché ouverts à toute heure du jour et de la nuit, elle est aussi une pharmacie pour se soigner. »  Nous avons un pacte avec la nature, et si nous la protégeons, alors elle nous protégera, a-t-elle déclaré.  Elle a ajouté que les peuples autochtones sont les « ingénieurs et docteurs » de la nature et, qu’à ce titre, le monde a beaucoup à apprendre d’eux.  Le temps est venu de conclure un pacte avec la nature, a conclu la Défenseure.

Déclarations de clôture

« Le sommet d’aujourd’hui a souligné l’urgence de la lutte contre la perte de biodiversité mondiale », a déclaré Mme AMINA J. MOHAMMED, Vice-Secrétaire générale de l’ONU, dans son intervention de clôture.  Cette inquiétude est partagée par un nombre croissant d’individus dans le monde, a-t-elle observé.  Les personnes –plus d’un million- ayant répondu à la consultation mondiale organisée à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de l’ONU ont cité les changements climatiques et la destruction de leur environnement comme leur principale préoccupation à moyen et à long terme, a indiqué la Vice-Secrétaire générale, appelant les États à « plus d’ambition et d’action ».  

Pour Mme Mohammed, la pandémie de COVID-19 a démontré que la dégradation des écosystèmes, l’empiètement humain sur ces écosystèmes et la perte d’habitats naturels peuvent conduire à l’émergence de maladies infectieuses mortelles.  Ces mêmes maux menacent la réalisation des ODD et les objectifs de l’Accord de Paris visant à limiter l’élévation de la température mondiale à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels.  Or, a-t-elle constaté, nous n’avons pas réussi à atteindre les objectifs internationaux en matière de biodiversité fixés en 2010, dont beaucoup ont été intégrés aux ODD.   

Alors que le dérèglement climatique cause d’immenses dommages aux personnes et aux économies tout en accélérant les pertes naturelles, il se révèle que les solutions fondées sur la nature offrent certains des meilleurs remèdes au réchauffement de la planète et à ses impacts sur les sociétés, a poursuivi la Vice-Secrétaire générale.  C’est pourquoi ces solutions doivent avoir une place dans les contributions déterminées au niveau national, a-t-elle préconisé.   

Dans ce contexte, a-t-elle encore noté, le travail de la communauté scientifique nous permet de mesurer l’ampleur de cette urgence planétaire.  Nous prenons conscience de ce que nos modes de production et de consommation ne sont pas durables: ils vont au-delà des limites environnementales de la planète.  Mme Mohammed a donc plaidé pour que les systèmes financiers intègrent la biodiversité dans leurs calculs.  En effet, a-t-elle insisté, plus de la moitié du PIB mondial dépend en partie de la biodiversité et d’écosystèmes sains.  

Affirmant que la gestion durable de la nature est une « question fondamentale de développement durable », la Vice-Secrétaire générale y a vu une stratégie efficace pour lutter contre la pauvreté et le réchauffement climatique, à la fois en matière d’adaptation et d’atténuation.  À cette aune, a-t-elle ajouté, nous devons veiller à ce que les ambitions formulées par les chefs d’État et de gouvernement soient soutenues dans le cadre du système multilatéral, notamment à travers le développement du cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020, et qu’elles se concrétisent sur le terrain.  La reprise post-COVID-19 « nous offre l’opportunité de transformer notre relation avec notre environnement », a-t-elle conclu, en souhaitant que les plans de redressement soient « centrés sur les personnes et sensibles à la planète ».  

M. VOLKAN BOZKIR, Président de lAssemblée générale, a conclu ce sommet en soulignant que les initiatives et engagements entendus aujourd’hui posent les bases de la COP15 (Kunming, Chine).  Tout en notant l’ampleur des défis en matière de protection de la biodiversité, le Président a estimé que les messages entendus aujourd’hui donnent de l’espoir.  Il s’est dit persuadé que l’humanité est capable d’exploits incroyables.  

Malgré les difficultés imposées par la pandémie, M. Bozkir a dit que la COVID-19 donne une occasion unique de remettre les compteurs à zéro de manière verte.  Il a rappelé que la protection des moyens de subsistance passe par la protection de la biodiversité, avant d’appeler à une amélioration des modes de production et distribution des denrées alimentaires.  La dégradation de la biodiversité sape les efforts mondiaux contre la faim, a-t-il aussi souligné. 

Après avoir mis l’accent sur la nécessité de développer une agriculture durable, il a jugé important d’avancer sur les acquis de ce sommet afin de les intégrer aux préparatifs du Sommet de l’ONU sur les systèmes alimentaires prévu en 2021, dans le cadre de la Décennie d’action pour la réalisation des objectifs de développement durable.  En outre, il a jugé déterminant d’intégrer les connaissances des populations autochtones afin de reconnecter les êtres humains avec la nature. 

Le Président de l’Assemblée générale s’est dit encouragé d’avoir entendu aujourd’hui les dirigeants économiques et du monde de l’entreprise en appeler à la volonté du monde politique pour créer des lois favorables à la nature.  Il s’est félicité de la signature de la déclaration d’Édimbourg par les gouvernements infranationaux et locaux du monde entier le 31 août dernier qui demande à la Convention sur la diversité biologique de prendre des mesures fortes et audacieuses pour enrayer efficacement la perte de biodiversité et appuyer la pertinence d’un cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020. 

Il a appelé tous les acteurs à prendre des engagements ambitieux pour appuyer la protection de la biodiversité.  « Pour ce faire il faut que le multilatéralisme serve les besoins des peuples », a-t-il insisté avant de conclure : « Nous sommes tous dans le même bateau, mettons-nous au travail. »

La longue liste d’orateurs inscrits –plus de 90 pour le seul débat plénier– a contraint l’Assemblée générale à prolonger la séance au-delà de l’heure de fin du Sommet.  Les chefs d’État et de gouvernement, ainsi que les Ministres et tous les participants au Sommet sont intervenus par vidéo interposée, avec des discours préenregistrés.  Seuls le Secrétaire général, la Vice-Secrétaire générale, le Président de l’Assemblée générale et le Président de l’ECOSOC ont pris la parole à la tribune de l’Assemblée, tout en respectant les mesures barrières adoptées en temps de pandémie.  

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