Le Secrétaire général de l’ONU et le Président du Comité international de la Croix-Rouge lancent un appel conjoint contre l’emploi d’armes explosives dans les villes

SG/2251
18 septembre 2019

Le Secrétaire général de l’ONU et le Président du Comité international de la Croix-Rouge lancent un appel conjoint contre l’emploi d’armes explosives dans les villes

Le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, et le Président du Comité international de la Croix-Rouge, M. Peter Maurer, ont lancé un appel conjoint sur l’emploi d’armes explosives dans les villes, appelant à mettre fin à la dévastation et aux souffrances humaines. 

Edleb et Tripoli sont actuellement la cible de bombardements incessants, comme l’ont été d’innombrables villes avant elles: Mossoul, Alep, Raqqa, Taëz, Donetsk, Faloujat ou encore Sanaa, pour ne citer que les exemples les plus récents.

Bien qu’elles causent des destructions et des souffrances atroces, les guerres en milieu urbain font rarement la une des journaux.  Elles mériteraient pourtant davantage d’attention, sachant qu’elles touchent aujourd’hui pas moins de 50 millions de personnes.

Préoccupés par les conséquences dévastatrices des guerres urbaines sur le plan humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l’Organisation des Nations Unies (ONU) appellent conjointement les États et toutes les parties aux conflits armés à éviter d’employer des armes explosives à large rayon d’impact dans des zones habitées.

À mesure que notre monde s’urbanise, il en va de même des conflits armés.  Mais quand des villes entières sont bombardées –qu’il s’agisse de frappes aériennes, de tirs de roquettes ou d’artillerie ou d’engins explosifs improvisés–, ce sont les civils qui paient le prix fort.  De fait, l’immense majorité des victimes, plus de 90%, selon une estimation, sont des civils.  Les images choquantes d’agglomérations en ruines qui nous parviennent entre autres d’Afghanistan, d’Iraq, de Syrie et d’Ukraine, pour ne citer que quelques-unes, mettent en évidence des dommages civils systématiques et étendus qu’il est impossible d’ignorer, mais qui sont pourtant souvent oubliés.

Les parties aux conflits doivent admettre qu’elles ne peuvent pas combattre de la même façon dans des zones habitées et sur des champs de bataille ouverts.  Elles doivent reconnaître que l’emploi d’armes explosives à large rayon d’impact dans des villes, des villages et des camps de réfugiés expose les civils à un risque élevé de dommages aveugles.

Les conflits armés dans les villes font d’innombrables morts et blessés graves parmi les civils, dont beaucoup gardent des handicaps ou des séquelles psychologiques pour le restant de leurs jours.  Les infrastructures nécessaires au fonctionnement des services essentiels, comme l’eau, l’électricité, l’assainissement et les soins de santé, sont endommagées ou détruites, ce qui entraîne des réactions en chaîne lesquelles aggravent les souffrances.  Pour ne donner qu’un seul des innombrables exemples, le mois dernier à Aden, au Yémen, au moins 200 000 personnes ont été privées d’eau potable après des combats intenses.

Et quand l’approvisionnement en eau ou en électricité est interrompu parce que les conduites ou les lignes ont été détruites, il devient extrêmement difficile, voire impossible, d’assurer les soins médicaux.  En effet, les bombardements dans les villes frappent aussi de plein fouet les soins de santé: le personnel médical est tué ou blessé, les ambulances ne parviennent plus jusqu’aux blessés et les hôpitaux subissent des dommages irréversibles.

Les conditions de vie deviennent intenables pour ceux qui survivent, et beaucoup sont forcés de fuir.  L’été passé, en deux mois seulement, environ 100 000 personnes ont fui les bombardements massifs sur la ville de Tripoli.  Or les déplacés, en particulier les femmes et les enfants, sont particulièrement exposées à divers risques qui menacent leur vie et leur santé.  L’Iraq compte 1,5 million de déplacés qui ne peuvent pas rentrer chez eux.  Ceux qui s’y risquent malgré tout font face à d’immenses difficultés pour reconstruire leur vie: leurs maisons ont été détruites, les réseaux de services essentiels se sont effondrés et la menace des restes explosifs de guerre est omniprésente.

Les destructions massives causées par les conflits armés en milieu urbain peuvent entraîner un recul des indices de développement de plusieurs années, voire de plusieurs décennies en arrière.  Par exemple, après les quatre premières années du conflit armé au Yémen, les indicateurs de développement humain sont revenus à leur niveau d’il y a 20 ans.  Cela porte un terrible coup d’arrêt à la réalisation de plusieurs des objectifs de développement durable.  Lorsque des centres urbains autrefois animés et prospères se transforment en villes fantômes, ce sont plusieurs décennies de progrès qui sont réduites à néant.

Cette année marque le soixante-dixième anniversaire des Conventions de Genève de 1949.  Universellement ratifiées, elles offrent le pouvoir protecteur du droit international humanitaire pour autant que ses règles soient pleinement respectées.  Ce droit interdit expressément les attaques contre des civils ou des biens à caractère civil, les attaques aveugles ou disproportionnées, l’emploi d’armes sans discrimination et l’utilisation de civils comme boucliers humains.  Le droit international humanitaire fait obligation aux parties aux conflits de prendre des mesures pour réduire au minimum les dommages qu’elles pourraient causer incidemment à la population et aux biens civils.  Impératif dans toutes les situations de conflit armé, le respect de ces règles l’est plus encore lorsque les combats se déroulent dans des zones habitées où cibles militaires et structures civiles sont voisines et où les civils risquent donc davantage d’être blessés ou tués.

Compte tenu de la vulnérabilité intrinsèque des civils, les États doivent impérativement, d’une part, réexaminer et repenser leurs choix d’armes et de tactiques de guerre pour épargner la population et les biens civils, et, d’autre part, préparer, former et équiper leurs forces armées en conséquence.  Ils doivent en outre user de leur pouvoir d’influence pour que leurs partenaires et les autres parties aux conflits fassent de même.  Enfin, ils doivent impérativement inscrire la protection des civils au rang des priorités stratégiques de la planification et de la conduite des opérations militaires.  Des efforts ont été entrepris à cet égard, mais il reste encore beaucoup à faire, et le temps presse.

Plusieurs initiatives visant à renforcer la protection des civils et des biens de caractère civil dans les conflits armés en milieu urbain sont déjà en cours, ce qui est encourageant.  En premier lieu, nous soutenons les efforts déployés par les États pour élaborer une déclaration politique et définir les restrictions, normes communes et procédures opérationnelles qui doivent encadrer, conformément au droit international humanitaire, l’emploi d’armes explosives dans des zones habitées.

Nous demandons en outre aux États et aux autres parties prenantes de collecter davantage de données sur les victimes civiles, de mettre en place des mécanismes d’atténuation des risques et d’enquêter sur les cas de dommages civils, de se montrer comptables de leurs opérations et d’en tirer les enseignements pour les futures opérations.

Nous encourageons également les États à recenser et mettre en commun les bonnes pratiques d’atténuation des risques auxquels sont exposés la population et les biens civils dans les conflits armés en milieu urbain, notamment les restrictions à l’emploi d’armes explosives lourdes dans des zones habitées, et nous nous engageons à soutenir les efforts déployés dans ce sens.

Nous appelons par ailleurs toutes les parties aux conflits armés à recourir à des stratégies et tactiques militaires qui maintiennent les combats à l’écart des zones peuplées afin que les centres urbains ne soient plus le théâtre d’affrontements, et nous leur demandons instamment de laisser partir les civils retenus dans des zones assiégées.

Enfin, nous appelons les États à adopter des politiques et des pratiques qui concourent à mieux protéger les civils dans les conflits armés en zone habitée, en préconisant notamment d’éviter l’emploi d’armes explosives à large rayon d’impact compte tenu des dommages indiscriminés qu’elles sont fortement susceptibles de causer.  Tous ces efforts combinés contribueront de manière significative à réduire les effets des conflits en milieu urbain et à prévenir les souffrances parmi la population civile.

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