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ECOSOC/6984
21 mai 2019
Session de 2019, 14e et 15e séances plénières, Matin & après-midi

ECOSOC: le nouveau réseau de coordonnateurs résidents doit être au centre d’un système des Nations Unies pour le développement « revigoré »

C’est « animé par un sentiment d’urgence » que le Secrétaire général a lancé, ce matin, le débat annuel du Conseil économique et social (ECOSOC) consacré aux activités opérationnelles du système des Nations Unies au service de la coopération internationale pour le développement, dans la foulée de la transition entreprise vers un système « revigoré » de coordonnateurs résidents indépendants destiné à accompagner les États Membres dans la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. 

« Le 1er janvier dernier, nous avons basculé vers une nouvelle ère du développement durable des Nations Unies, et nous avons réalisé des avancées importantes dans ce voyage transformatif », s’est félicité M. António Guterres. 

Le Conseil avait sous les yeux le rapport* du Président du Groupe des Nations Unies pour le développement durable sur le Bureau de la coordination des activités de développement (BCAD), qui fait suite à la résolution 72/279 de l’Assemblée générale, adoptée en 2018, qui proposait notamment une « transformation fondamentale » du système de coordination des activités de développement par le biais de la « redynamisation » du rôle des coordonnateurs résidents et du renforcement du BCAD. 

Publié quelques mois à peine après la création, le 1er janvier 2019, du nouveau système, ce rapport se veut un « point d’étape transitoire », a précisé le Secrétaire général, en décrivant les progrès réalisés depuis l’adoption de la réforme, « avec le développement durable pour ADN », afin d’assurer un appui « efficace, cohérent et comptable » à la mise en œuvre du Programme 2030. 

« Notre objectif est clair » et reflète les priorités nationales, a encore dit le Secrétaire général, en précisant que « la réforme ne vise pas tant à réaliser des économies qu’à renforcer notre réponse au Programme 2030 ».  Chaque dollar épargné sera réinvesti dans le développement durable, a-t-il précisé.

Pour illustrer ce sentiment, Mme Sidibé Fatoumata Kaba, de la Guinée, a témoigné de l’expérience de son pays, où la riposte de l’ONU à la « terrible épidémie » d’Ebola a démontré la force d’une action unie, coordonnée et intégrée, en espérant que cet esprit collectif devienne la norme. 

Dans la même veine, les participants aux trois débats interactifs de la journée ont, tour à tour, partagé leurs expériences et leurs préoccupations face au repositionnement du système de développement des Nations Unies.  Pour la Suisse, l’ONU doit se concentrer sur ses avantages comparatifs, en tenant compte du fait que d’autres partenaires peuvent également apporter leur contribution.  Une position reprise par de nombreuses délégations, qui ont appelé au renforcement des partenariats avec les gouvernements, la société civile et le monde des affaires. 

D’autres délégations, comme le Brésil, ont dénoncé la concurrence entre les agences onusiennes déployées sur le terrain, qui porte atteinte au bon déroulement des activités de développement.  Pour y faire face, nous avons besoin d’une grille d’analyse conjointe, a fait valoir Mme Mbaranga Gasarabwe, Coordonnatrice résidente, Coordonnatrice humanitaire et Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général au Mali, pour qui les coordonnateurs doivent être « les gardiens des actions du système en faveur de la mise en œuvre des objectifs de développement durable ». 

« La volonté politique nécessaire pour relever ces défis existe », a relevé le Secrétaire général, pour qui le Programme 2030 constitue « notre meilleure chance de changer le monde » et d’assurer la « prospérité, la paix et la dignité de tous ».

Venu présenter, en matinée, les quatre rapports** du Secrétaire général portant sur l’application de la résolution 71/243 de l’Assemblée générale sur l’examen quadriennal complet des activités opérationnelles de développement du système des Nations Unies en 2019, le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, M. Liu Zhenmin, a déclaré que le nombre de pays qui ont demandé un appui de l’ONU en matière de développement a augmenté depuis 2016, en particulier les demandes de soutien concernant des objectifs de développement spécifiques, qui ont quadruplé. 

Par ailleurs, les fonds reçus en 2018 par le système de l’ONU pour le développement ont atteint 33,6 milliards de dollars, soit une augmentation de 13% par rapport à l’année précédente.  Mais le financement repose trop sur les ressources préaffectées et pas assez sur les ressources budgétaires qui représentent moins de 21% du financement, la part la plus basse jamais connue.

Le Conseil poursuivra son examen des activités opérationnelles de l’ONU au service de la coopération internationale pour le développement demain, mercredi 22 mai, à partir de 10 heures. 

*E/2019/62
**A/74/73-E/2019/14; A/74/73/Add.1-E/2019/14/Add.1 à A/74/73/Add.3-E/2019/14/Add.3

ACTIVITÉS OPÉRATIONNELLES DU SYSTÈME DES NATIONS UNIES AU SERVICE DE LA COOPÉRATION INTERNATIONALE POUR LE DÉVELOPPEMENT

Déclarations liminaires

Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines), Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), a rappelé que cette session sur les activités opérationnelles de l’ECOSOC pour le développement est la première à se tenir après l’adoption de la résolution 72/305 sur le renforcement de l’ECOSOC.  Au cours de la session, il y aura aussi une évaluation de la mise en œuvre de la résolution 72/279 sur le repositionnement du système des Nations Unies pour le développement, tout comme de la résolution 71/243 sur l’examen quadriennal complet des activités opérationnelles de développement.  La Présidente a également souligné que le travail de ce segment sur les activités opérationnelles de l’ECOSOC permettrait de préparer le prochain cycle de l’examen quadriennal complet prévu en 2020. 

Mme KIRA CHRISTIANNE DANGANAN AZUCENA (Philippines), Vice-Présidente de l’ECOSOC, a présenté le programme de travail du segment des activités opérationnelles, affirmant que les différentes sessions ont été préparées dans l’objectif de faciliter l’interaction entre les différentes parties prenantes, notamment les États Membres.  Ce segment de la session 2019 de l’ECOSOC est une plateforme qui permet de mettre en jeu la responsabilité du système des Nations Unies pour le développement et des résultats plus rapides, dans le cadre de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Le segment offre aussi des orientations pour la coordination globale du système des Nations Unies pour le développement. 

Pour le Secrétaire général de l’ONU, M. ANTÓNIO GUTERRES, le rapport portant sur l’examen quadriennal des activités opérationnelles de développement du système des Nations Unies permet de mesurer les progrès réalisés depuis l’adoption de la résolution 72/279 par l’Assemblée générale, tout en assurant un appui « efficace, cohérent et comptable » à la mise en œuvre au Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Ces mesures incluent notamment les instruments mis au point par le Groupe des Nations Unies sur le développement durable, tels que de nouvelles lignes directrices.  Le 1er janvier dernier, nous avons basculé vers une nouvelle ère du développement durable des Nations Unies, et nous avons réalisé des avancées importantes dans ce voyage transformatif, s’est félicité le Secrétaire général. 

Nous avons effectué une transition vers un système revigoré de coordonnateurs résidents indépendants, « avec le développement durable pour ADN », a poursuivi le Secrétaire général.  De même, le Bureau de la coordination des activités de développement apporte son appui aux coordonnateurs résidents et au Groupe sur le développement durable.  Nous sommes arrivés à établir une « nouvelle génération » d’équipes de pays des Nations Unies, plus intégrées et comptables, à l’aide de nouveaux outils, a-t-il précisé. 

« Déjà, nous avons mis en place des mécanismes permettant aux équipes de pays d’occuper progressivement des locaux communs là où il est possible de le faire », a poursuivi M. Guterres, en ajoutant qu’une nouvelle méthodologie permettrait de détecter les mesures actuelles qui sont inefficaces.  « Notre objectif est clair », a dit le Secrétaire général, pour qui cette réforme ne vise pas tant à réaliser des économies qu’à renforcer notre réponse au Programme 2030.  « Chaque dollar épargné sera réinvesti dans le développement durable », a-t-il précisé.  En collaboration avec le Corps commun d’inspection, nous renforcerons le système indépendant d’évaluation, tandis que le Bureau de la coordination des activités de développement mettra la dernière main, en consultation avec les États Membres, à son projet de document stratégique. 

Le Secrétaire général a renouvelé sa confiance dans le succès de cette réforme, notamment parce que les objectifs sont « clairs » et reflètent les « priorités nationales » des États Membres.  Il a aussi dit que « nous sommes animés par un sentiment d’urgence afin de faire en sorte que personne ne soit laissé de côté ».  Alors que « nous perdons la course contre les changements climatiques, nous devons combler les lacunes en matière financement en puisant dans l’ensemble des ressources disponibles, privées comme publiques », a-t-il ajouté.  Pour M. Guterres, « aucun pays ou institution ne peut faire face à ces défis seul ».  Il est donc essentiel de travailler ensemble. 

« La volonté politique nécessaire pour relever ces défis existe », a relevé le Secrétaire général, en se félicitant de l’appui des États Membres, exprimé dans les divers forums de l’ONU.  De plus, il s’est réjoui que plusieurs pays aient déjà contribué au Fonds d’affectation spéciale afin de soutenir le système de coordonnateurs résidents.  Il s’est dit confiant que le prélèvement de 1% permettrait de combler les lacunes budgétaires après 2019. 

« Nous devons maintenir cet élan.  Ce sont vos réformes », a encouragé M. Guterres, pour qui les investissements dans le développement conduiront à de meilleurs résultats, à une plus grande transparence et à un « impact plus grand sur les personnes que nous aidons ».  Le Secrétaire général a énuméré de nouvelles propositions destinées à améliorer le système, notamment l’amélioration des bureaux multipays, la refonte des actifs régionaux et l’adoption par l’ECOSOC du pacte de financement. 

« Toutes ces mesures sont reliées entre elles et se renforcent mutuellement », a expliqué M. Guterres.  « Nous mettons en œuvre un changement à une cadence et une échelle jamais vues », a-t-il observé avant de conclure que « le Programme 2030 constitue notre meilleure chance de changer le monde et d’assurer la prospérité, la paix et la dignité de tous ».

Mme SIDIBÉ FATOUMATA KABA, Représentante permanente de la Guinée auprès des Nations Unies, a invité les États Membres à apporter tout le soutien nécessaire aux « réformes courageuses » entreprises sous la direction du Secrétaire général dans le cadre du repositionnement du système de développement des Nations Unies pour atteindre les objectifs de développement durable.  Elle a appelé à être « pragmatique » et a recommandé de viser des « résultats réalisables », en tenant compte des changements que connaissent progressivement les institutions, de l’ONU ou autre, et les processus de prise de décisions.  Elle a affirmé que la cohérence, l’efficacité et l’efficience sont des entreprises complexes, en particulier dans le cas d’un système de développement développé sur près d’un siècle, sachant que les agences, les fonds et les programmes n’ont pas toujours évolué ensemble. 

Quant aux États Membres, a-t-elle préconisé, ils doivent faire preuve de « cohérence et fermeté » dans la nouvelle approche du repositionnement du système de développement.  Le changement étant un impératif incontournable, il est nécessaire d’avoir des leaders au Siège qui peuvent identifier les objectifs communs et les priorités, galvaniser les partenaires autour de ces objectifs et favoriser l’appropriation nationale des objectifs du développement, a-t-elle plaidé.  Et dans la phase actuelle de changement de paradigme, nous avons besoin de managers pour qui « cohérence, collaboration et coopération » sont le leitmotiv. 

Mme Kaba a ensuite relevé que, dans les moments critiques et difficiles pour les nations, le système de développement des Nations Unies était venu au secours pour aider à construire la résilience et remettre les États concernés sur la voie du développement durable.  L’exemple frappant, a-t-elle témoigné, est mon propre pays, la Guinée, où la riposte des Nations Unies à la terrible épidémie d’Ebola a démontré la force d’une action unie, coordonnée et intégrée.  Cette leçon a montré combien sont efficaces la bonne gouvernance, la générosité financière et les réponses organisationnelles bien pensées et apportées en temps voulu, lors de situations critiques.  Elle a dit espérer que cela devienne la norme, avant de plaider pour une volonté politique renouvelée et un soutien efficace pour accompagner les efforts visant à atteindre les objectifs de développement durable.

Discussion interactive entre les États Membres et le Secrétaire général

Participant à ce segment interactif, le Secrétaire général de l’ONU a répondu aux questions et préoccupations des États Membres, tout en reconnaissant que la réforme et le repositionnement du système des Nations Unies pour le développement est une entreprise difficile à mettre en œuvre.

La première question a été posée par la représentante de l’Irlande qui a voulu savoir comment rendre plus efficaces les bureaux multipays chargés de s’acquitter de tâches immenses dans des zones reculées, là où se trouvent la plupart des petits États insulaires en développement (PEID).  Le Secrétaire général a promis de renforcer les ressources humaines de ces bureaux, annonçant un redéploiement du personnel en appui aux États Membres dans ces régions difficiles d’accès.  Le délégué du Danemark a rappelé qu’il fallait en outre doter urgemment les fonctionnaires de l’ONU sur le terrain des bons outils, afin qu’ils soient à même d’appuyer les pays. 

Le Secrétaire général a précisé que les équipes de pays étaient désormais coordonnées pour apporter un appui à la mise en œuvre des priorités nationales.  Pour être pleinement efficace, la coordination de ces équipes de pays doit s’accompagner d’une coordination au sein des gouvernements, afin de renforcer l’appropriation nationale.  M. Guterres a aussi fait remarquer que le travail commun dans les trois domaines interconnectés -développement, action humanitaire et consolidation de la paix- avait permis de créer des liens avec des structures régionales qui s’attèlent au développement durable. 

Le Kazakhstan a d’ailleurs insisté sur l’approche régionale pour faire face aux problèmes transfrontaliers, suggérant même la création d’un nouveau poste de coordonnateur régional ou sous-régional.  Pour le Mexique également, il est important de renforcer les efforts régionaux et la coordination régionale dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable. 

Répondant sur le ton de l’humour, le Secrétaire général a rappelé que le point de départ de cette coordination régionale était « le chaos ».  Après ces propositions, il est maintenant question de coordonner au niveau régional le pilier paix et sécurité avec les piliers développement et activités humanitaires.  Maintenant, a-t-il poursuivi, on s’assure que les commissions économiques régionales de l’ONU travaillent avec les équipes de pays.  « Auparavant, les deux entités ne se parlaient pas et on a essayé de faire changer les choses », a-t-il reconnu, ajoutant que les agences et fonds ont également leurs représentations régionales qui doivent aussi être mises à contribution.  C’est pourquoi il faut « trouver des solutions structurelles pour faire en sorte que ces pièces du puzzle s’imbriquent désormais les unes dans les autres ». 

La Chine a aussi milité pour une meilleure coordination entre le Siège et le terrain, alors que Cuba a rappelé qu’il n’y a pas de solution de développement « unique » ou de formule appropriée qui sied à toutes les situations.  La délégation cubaine a insisté sur l’appropriation nationale des projets de développement, un vœu partagé par M. Guterres.

De l’avis de la Suisse, l’ONU doit se concentrer sur ses avantages comparatifs, en tenant compte du fait que d’autres partenaires peuvent apporter leur contribution.  Le Brésil a demandé plus d’informations sur la fonction de coordonnateur résident, avant que le Maroc n’insiste pour un soutien renforcé à ces fonctionnaires qui ont « un rôle majeur à jouer » dans les pays.  Justement, le Royaume-Uni a annoncé une contribution supplémentaire de 1,5 million de dollars en soutien aux coordonnateurs résidents.  Son homologue des États-Unis a plaidé pour que ces coordonnateurs résidents soient indépendants et responsables au niveau des pays.  En ce qui concerne l’efficacité du système, il a demandé que l’on ne perde pas de vue la nécessité de faire des économies à l’échelle du système par le biais de la réforme.

Une réforme pour laquelle le représentant du Japon a avoué ne plus comprendre les tenants et les aboutissants.  Ainsi, les réponses du terrain semblent confuses en ce qui concerne l’installation des coordonnateurs résidents et la coordination avec l’équipe de pays des Nations Unies, a-t-il observé. 

« La réalité est tout à fait confuse », a acquiescé le Secrétaire général en provoquant des rires.  Il a assuré que le terrain restait engagé à mettre en œuvre les réformes, même si les blocages et résistances apparaissent souvent au niveau intermédiaire.  En effet, a-t-il témoigné, on voit parfois des chefs d’agences onusiennes demander expressément à leurs collaborateurs de ne pas travailler avec le coordonnateur résident.  Le Secrétaire général a admis que ce genre de réaction était « normal » face à une révolution dans la manière de faire.  Il a assuré qu’il était déterminé à aller jusqu’au bout, puisque qu’il est « quelqu’un de particulièrement têtu ». 

Renforcer l’examen quadriennal complet des activités opérationnelles de développement du système des Nations Unies

M. LIU ZHENMIN, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a présenté le rapport du Secrétaire général (A/74/73–E/2019/14) sur la mise en œuvre de la résolution 71/243 de l’Assemblée générale sur l’examen quadriennal complet des activités opérationnelles de développement du système des Nations Unies.  Le rapport, a—t-il expliqué, est accompagné d’addenda qui contiennent des informations et chiffres appuyant le présent document. 

M. Zhenmin a souligné les difficultés que rencontre le système des Nations Unies pour le développement dans son soutien aux pays qui élaborent des politiques intégrées en vue de réaliser les objectifs de développement durable.  Les examens nationaux volontaires menés dans le cadre du Forum politique de haut niveau pour le développement durable ont révélé que de nombreux pays ont besoin de soutien.  Le nombre de pays demandant un soutien de l’ONU en matière de développement a même augmenté depuis 2016, tandis que les demandes de soutien concernant des objectifs de développement spécifiques ont quadruplé.  Malgré cette augmentation, les équipes de pays de l’ONU ont pu apporter un soutien à ces demandes, mais ces réponses n’ont pu être apportées dans un cadre intégré que dans 13% des cas, ont relevé les coordonnateurs résidents. 

De même, sur les 29 entités du système des Nations Unies pour le développement qui ont participé au sondage initié par le Département des affaires économiques et sociales (DAES), 14 ont indiqué faire des rapports au coordonnateurs résidents sur la planification et la mise en œuvre des programmes, alors que seulement 12 le font en ce qui concerne la mobilisation des ressources.  Plusieurs de ces agences ont promis qu’elles allaient mettre à jour les termes de référence de leurs représentants pays afin d’intégrer le nouveau cadre de gestion qui encourage un travail commun et des résultats partagés au niveau du pays.  En outre, 54 coordonnateurs résidents ont indiqué avoir établi des liens entre activités de développement et activités humanitaires et consolidation de la paix.  Sur un autre aspect, la plupart des entités des Nations Unies ont réalisé ou même dépassé les objectifs du Plan d’action à l’échelle du système des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. 

En matière de financement, le Secrétaire général adjoint a affirmé que des fonds appropriés en quantité et en qualité pourraient permettre aux entités onusiennes de véritablement travailler selon une approche conjointe.  A contrario, les ressources volontaires qui sont généralement préaffectées attisent la compétition entre agences et conduisent à des incohérences dans le travail au sein du système et partant, constituent des obstacles dans la réalisation des objectifs de développement. 

Les fonds reçus en 2018 par le système des Nations Unies pour le développement ont atteint 33,6 milliards de dollars, soit une augmentation de 13% par rapport à l’année précédente.  Cependant, les ressources de base ont augmenté de seulement 3% alors que les autres ressources ont fait un bond de 15 points entre 2016 et 2017.  Les ressources de base sont désormais estimées à environ 21% des ressources totales, soit le niveau le plus bas jamais atteint.  L’une des raisons de cette baisse est l’augmentation des contributions pour les activités humanitaires qui reçoivent généralement des fonds préaffectés, ainsi que les apports d’organisations multilatérales et du secteur privé qui sont estampillés comme « autres ressources ».  M. Zhenmin a souligné que le quart des contributions versées par les États Membres ne sont pas des ressources de base.  Il a donc conclu que sans des ressources adéquates et prévisibles, le système des Nations Unies pour le développement ne pourra pas atteindre ses objectifs.  En tout cas, a-t-il annoncé, le prochain examen quadriennal complet en 2020 devrait apporter des éclaircissements sur le fonctionnement du système en rapport à la mise en œuvre du Programme 2030. 

Discussion sur le rapport sur le Bureau de la coordination des activités de développement des Nations Unies

Pour Mme MICHELLE GYLES-MCDONNOUGH, Directrice de l’Unité du développement durable au Bureau exécutif du Secrétaire général, la réforme répond à un objectif clair, celui de garantir que le système de Nations Unies pour le développement soit à même de guider les États Membres vers la réalisation des objectifs de développement durable.  Elle a estimé que la transformation entreprise avait été un succès, expliquant que le processus s’était déroulé selon le plan de mise en œuvre.  Le transfert de responsabilités du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Bureau de la coordination n’a pas entraîné de rupture dans le fonctionnement des opérations, a précisé la Directrice. 

La présentation de ce rapport marque non seulement un jalon essentiel de la réforme, mais aussi une étape dans un processus qui se poursuivra au cours des prochains mois, a expliqué Mme Gyles-McDonnough.  « Nous avons remanié le processus de recrutement et le programme de fonctionnement, en plus de nous assurer que les coordonnateurs résidents possèdent une connaissance approfondie du Programme 2030, notamment en termes d’équilibre géographique et d’égalité entre les sexes.  Nous prévoyons de recruter au niveau national 67% du personnel des coordonnateurs résidents », a encore noté la Directrice de l’Unité du développement durable.  Le nouveau Bureau de la coordination est en place et le recrutement suit son cours, a-t-elle assuré. 

Sur les 77 millions de dollars reçus jusqu’à maintenant pour le financer, 75 ont déjà été transférés au Fonds d’affectation spéciale.  La « taxe de 1% » a permis de récolter 31 millions de dollars au cours de la première année, pour atteindre entre 60 et 80 millions par la suite.  Néanmoins, nous manquons de ressources financières, a-t-elle déploré, en appelant les États Membres à apporter leur contribution.  L’objectif fondamental de la réforme est de parvenir à des efforts plus coordonnés pour mieux servir les populations, a-t-elle conclu. 

Pour la modératrice, Mme MONA JUUL (Norvège), la réforme vise à garantir que personne ne soit laissé pour compte.  Elle a souligné la collaboration du PNUD avec le Bureau de la coordination lors de la phase transitoire.  Selon elle, un financement adéquat est essentiel à une réforme de grande échelle, de même que le dialogue et la participation des États Membres.  Elle a dit attendre du prochain rapport du Bureau de la coordination qu’il traite des difficultés rencontrées et de leurs conséquences sur les activités de développement. 

La mise en place des coordonnateurs résidents a été un succès, s’est à son tour félicitée la France, en prévenant que la prochaine phase devra assurer la pérennité des mesures adoptées et leur coordination.  Toutefois, nous devons faire en sorte que le processus de recrutement en cours conduise à une « vraie mobilité interne au service des Nations Unies ». 

Pour la Suisse, l’Allemagne et la Chine, le coordonnateur résident doit être recruté sur la base de ses compétences dans le domaine du développement, sans égard aux attentes des États Membres.  De plus, ce recrutement devrait se fonder sur les besoins spécifiques des pays où ils seront appelés à exercer leurs fonctions.  Comme d’autre délégations, la Suisse a demandé des précisions sur le rôle du PNUD dans le cadre du nouveau système. 

Réagissant à ces préoccupations, la Directrice de l’Unité du développement durable au Bureau exécutif du Secrétaire général a précisé que les coordonnateurs n’auraient pas de rôle opérationnel ni de financement direct.  Elle s’est engagée à cet égard à mettre en place un processus destiné à examiner des candidatures externes, selon des modalités à définir. 

Pour Cuba, il est essentiel d’assurer une communication efficace entre les États Membres, les programmes de pays et le Siège des Nations Unies afin d’assurer le succès de la réforme.  De même, le lien entre le système des coordonnateurs résidents et les commissions économiques régionales doit être précisé, tout comme la nature des relations politiques entre les diverses entités impliquées dans les questions de développement.  Avec 131 équipes de pays, il va de soi que nous aurons besoins d’une approche coordonnée et efficace, a concédé la Directrice de l’Unité du développement durable.

De son côté, le Canada a déclaré avoir reçu des échos positifs sur le terrain depuis la mise en place du nouveau système de coordonnateurs résidents.  Toutefois, la délégation canadienne a demandé de préciser les cibles et les objectifs de résultats pour 2020.  En outre, la cohérence et la coordination doivent être assurées au niveau transfrontalier pour parvenir à des résultats positifs sur le terrain. 

À cet égard, la Directrice de l’Unité du développement durable a précisé que des consultations étaient en cours afin d’assurer la mise en place de cibles précises et mesurables dans la durée.  Les coordonnateurs résidents devront en outre fournir des rapports annuels aux États Membres. 

Discussion sur les changements apportés sur le terrain à la suite de la reforme

Mme MBARANGA GASARABWE, Coordonnatrice résidente, Coordonnatrice humanitaire et Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général au Mali, a déclaré que l’équipe des Nations Unies au Mali apporte des connaissances, une expérience et une confiance dans les activités humanitaires et de développement qui favorisent le maintien de la paix.  Le Mali, a-t-elle rappelé, dispose de divers plans stratégiques et humanitaires, notamment le Cadre stratégique pour la relance économique et le développement durable et le Cadre stratégique intégré de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). 

Après avoir rappelé qu’au cours des trois dernières années, les missions sur le terrain avaient permis de relever les défis dans ce pays, Mme Gasarabwe a dit s’attendre à ce que la synchronisation des activités politiques, humanitaires et de développement se fasse au bénéfice des populations.  « Les coordonnateurs résidents sont les gardiens des actions du système en faveur de la mise en œuvre des objectifs de développement durable », a analysé Mme Gasarabwe, avant de s’attarder sur la situation du Mali depuis l’entrée en vigueur de la réforme en janvier dernier.  Elle a notamment souligné les effets au Mali de la dynamique du nexus humanitaire-développement, avec également la participation de partenaires financiers et techniques.  Néanmoins, le contexte spécifique au Mali, notamment en matière de sécurité, continue de présenter des difficultés particulières.  Des plans de réponse humanitaire et un cadre de coopération portant sur plusieurs années ont donc été mis en place. 

M. PHILIPPE LAZZARINI, Coordonnateur résident, Coordonnateur humanitaire et Représentant spécial adjoint du Secrétaire général au Liban, a dit que ce pays faisait preuve d’une solidarité exceptionnelle avec l’arrivée de plus d’un million de réfugiés syriens au cours des dernières années.  Aujourd’hui, une personne sur trois au Liban est un réfugié syrien ou palestinien.  Le taux de chômage s’établit maintenant à plus de 40% dans le nord, une réalité qui touche surtout les jeunes, a relevé le Coordonnateur.  La situation économique et humanitaire continue de se détériorer alors que la lassitude s’installe dans les communautés.  De plus, une concurrence accrue pour les emplois non qualifiés a pour effet d’accroître les tensions.  Presque tous les acteurs des différentes entités onusiennes sont présents au Liban, avec un coût qui a atteint 1,2 milliard de dollars l’an dernier, a-t-il noté. 

Le Liban, un pays où il n’y a pas eu de plan de développement depuis les années 1970, se concentre davantage sur les objectifs de développement durable, a poursuivi M. Lazzarini.  La réforme exige un changement de la part de tous, non seulement des organisations des Nations Unies mais également du Gouvernement, de la société civile et d’autres institutions.  Nous devons renforcer nos efforts pour améliorer la mise en œuvre des programmes par les agences de l’ONU au Liban, notamment par l’élimination des doublons, a-t-il recommandé.  À Beyrouth, les agences des Nations Unies seront bientôt regroupées sous le même toit, ce qui permettra d’économiser des sommes considérables.  M. Lazzarini a jugé essentiel pour les bailleurs de fonds d’encourager les efforts de financement collectifs, qui demeurent trop fragmentés.  Il a d’ailleurs vu d’un bon œil l’adoption d’un pacte de financement. 

La réforme du système de l’ONU ne peut être menée par les seuls coordonnateurs résidents, a noté Mme DEIDRE BOYD, Coordonnatrice résidente en Thaïlande, en appelant les équipes de pays des Nations Unies à changer de mentalité.  À cet égard, elle a déclaré avoir déjà relevé un changement de dynamique et une meilleure cohésion, notamment avec la plus grande participation des équipes de l’ONU aux mécanismes conjoints.  En outre, le recrutement au Bureau de la Coordonnatrice résidente est désormais plus structuré, et la gestion des ressources plus standardisée.  Le financement des objectifs de développement durable a eu notamment pour effet de rapprocher quatre agences au sein de programmes communs.  Selon Mme Boyd, la mise en place de coordonnateurs résidents indépendants a permis de renforcer la confiance des agences de l’ONU dans la fonction représentative des coordonnateurs. 

Pour profiter de cet élan, elle a appelé à une plus grande orientation et un sentiment d’urgence de la part du Siège de l’ONU.  Elle a souligné que le Gouvernement de la Thaïlande avait été l’un des premiers à participer au Fonds d’affectation spéciale.  La Coordonnatrice a appelé à une plus grande transparence dans la gestion des ressources financières et à un meilleur partage des données.  De plus, elle a vu d’un bon œil le fait que les coordonnateurs résidents soient maintenant invités à des forums internationaux tels que l’Assemblée d’ONU-Habitat, afin de mieux servir les pays où ils sont affectés. 

En tant que pays à revenu intermédiaire, le Costa Rica doit faire face à plusieurs défis pour atteindre les objectifs de développement durable, a reconnu Mme ALICE SHACKELFORD, Coordonnatrice résidente au Costa Rica.  Cependant, les changements sont en cours, tant au sein des entités des Nations Unies que du Gouvernement.  La reconnaissance du rôle des coordonnateurs résidents en tant que facilitateurs commence d’ailleurs à faire son chemin, s’est félicitée Mme Shackelford, notamment par le Gouvernement costaricien et la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC).  Le Costa Rica accueille nombre de réfugiés des pays voisins, ce qui entraîne une coopération avec les agences de l’ONU à ce sujet, a-t-elle ajouté. 

Toutefois, le financement du Programme 2030 reste insuffisant, a alerté la Coordonnatrice en faisant remarquer que le Gouvernement du Costa Rica ne peut financer seul ces activités.  Il faut donc pouvoir compter sur l’appui de l’ONU et d’autres partenaires, d’autant plus que les pays à revenu intermédiaire disposent de peu de financement.  Sur le plan pratique, elle a invité les États Membres à faire preuve de leadership et à faire appel aux services des coordonnateurs résidents en cas de besoin.  Concernant le personnel des agences sur le terrain, elle a regretté qu’il perde son temps en débats futiles sur des directives contradictoires ou mal adaptées au contexte costaricain.

Mme SEZIN SINANOGLU, Coordonnatrice résidente en Bosnie-Herzégovine, a déclaré que le pays est toujours aux prises avec un héritage de conflits qui affecte son développement.  Les réformes visant à intégrer l’Union européenne n’ont pas eu le succès escompté, alors que plus de 100 000 jeunes ont quitté le pays au cours des dernières années.  L’une des raisons de cet exode est l’absence de plan de développement et d’objectifs communs, a analysé la Coordonnatrice.  Se tournant vers les objectifs de développement durable, elle a annoncé que la Bosnie-Herzégovine prévoyait de soumettre sa déclaration volontaire cette année.  Bien que des divisions demeurent, nous avons développé une approche régionale à la prévention des conflits, a-t-elle indiqué.  Ces mesures ont aidé le pays à avancer sur deux voies, en s’appuyant notamment sur une plus grande cohésion dans l’ouest du pays et sur les activités locales.  En 2014, les agences de l’ONU ont commencé à se regrouper dans la Maison des Nations Unies, malgré les résistances initiales, ce qui a permis d’économiser 20% de coûts, a-t-elle relevé. 

Le modérateur du débat interactif, M. VALENTIN RYBAKOV (Bélarus) a dit que le nouveau système de coordonnateurs résidents est « le cœur même » de l’exercice de repositionnement du système des Nations Unies pour le développement, dans le cadre de la mise en œuvre du Programme 2030.  Afin de mieux répondre aux attentes des États Membres, des mesures ont été prises pour harmoniser les compétences et profils des coordonnateurs résidents avec les contextes nationaux. 

Au nom du Groupe des 77 et de la Chine, la Palestine a souligné le rôle des gouvernements nationaux dans la mise en place des différents cadres de développement et la soumission de rapports réguliers détaillant les activités du plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au développement (PNUAD).  Pour son représentant, le repositionnement entrepris doit aller plus loin et être soumis à une plus grande responsabilisation.

S’adressant au panel de coordonnateurs résidents, la Chine a demandé quelles mesures permettraient de renforcer la coopération avec les gouvernements hôtes et de quelle façon les coordonnateurs font rapport aux pays hôtes.  Pour être efficace, la relation entre les coordonnateurs résidents, les gouvernements et les bailleurs de fonds doit aller dans les deux sens, a répondu Mme Shackelford, Coordonnatrice résidente au Costa Rica

Pour sa part, la Suisse a demandé aux coordonnateurs résidents ce qu’ils attendaient de l’ECOSOC, que ce soit en termes d’appui financier ou technique.  Pour l’Iraq, il faut assurer une meilleure coordination entre les bureaux des coordonnateurs et renforcer les partenariats afin de réaliser les objectifs de développement durable.  Dans la même veine, la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) a déclaré que les coordonnateurs régionaux pourraient servir de « courroie transversale et intersectorielle » permettant de renforcer les mécanismes de coordination. 

Une position reprise par le Costa Rica, qui a déploré avoir pour « talon d’Achille » le fait d’être un pays à revenu intermédiaire, ce qui limite son accès au financement pour réaliser les objectifs de développement durable. 

Le Liban s’est pour sa part attardé sur les liens avec les commissions économiques régionales, tandis que Cuba s’est interrogé sur le partage d’informations avec les gouvernements, prônant la mise en place de mécanismes de notification. 

Le Canada a été d’avis que les coordonnateurs résidents devraient venir chaque année au Siège de l’ONU pour discuter des progrès et des obstacles qu’ils rencontrent dans la réalisation du Programme 2030.  De son côté, le Royaume-Uni a demandé aux coordonnateurs résidents de décrire précisément de quelle façon l’ECOSOC peut leur venir en aide.  À cette question, la Coordonnatrice résidente en Thaïlande, Mme Boyd, a répondu que seules des données fiables pouvaient assurer la mise en place de politiques de développement « pertinentes et efficaces » sur le terrain. 

Quant au Brésil, il a dénoncé la concurrence entre les agences des Nations Unies déployées sur le terrain, en appelant au renforcement de la coopération Sud-Sud.  Pour répondre aux problèmes posés par la concurrence, M. Lazzarini, Coordonnateur résident, Coordonnateur humanitaire et Représentant spécial adjoint du Secrétaire général au Liban, a appelé à changer de façon fondamentale les façons de faire sur le terrain en faveur d’une « plus grande ouverture intersectorielle ». 

Pour relever les défis du développement et aller au-delà de la concurrence, nous avons besoin d’une grille d’analyse conjointe, a fait valoir Mme Gasarabwe, Coordonnatrice résidente, Coordonnatrice humanitaire et Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général au Mali

Pour sa part, la Russie a demandé des informations précises sur le comité directeur conjoint et le respect des prérogatives de chaque agence.  « Nous entendons beaucoup de belles idées et de slogans » mais peu de substance, a-t-elle relevé. 

Enfin, Mme Sinanoglu, Coordonnatrice résidente en Bosnie-Herzégovine, a vanté l’appui fourni par le BCAD aux activités de développement sur le terrain, ajoutant que ce soutien lui permettait de ne pas se sentir « seule » dans ses démarches et d’avoir le sentiment « faire partie d’un tout ». 

 

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