Le Forum sur le suivi du financement du développement s’ouvre dans un environnement marqué par le manque évident de fonds dédiés au Programme 2030

ECOSOC/6972
15 avril 2019
Forum sur le suivi du financement du développement, 1ere et 2e séances - matin et après-midi

Le Forum sur le suivi du financement du développement s’ouvre dans un environnement marqué par le manque évident de fonds dédiés au Programme 2030

« Ce que nous faisons est-il suffisant pour mobiliser des ressources pour les objectifs de développement? » s’est interrogé ce matin la Présidente de l’Assemblée générale à l’ouverture du Forum sur le suivi du financement du développement du Conseil économique et social (ECOSOC).  Mme María Fernanda Espinoza a estimé que la réponse à cette question est claire: « c’est non. »    

Ce quatrième Forum se tiendra jusqu’au 18 avril et prévoit, demain après-midi, une réunion spéciale de haut niveau avec les institutions de Bretton Woods, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).  Le programme sera marqué également par un débat général et des tables rondes au niveau ministériel dont quatre ont eu lieu aujourd’hui, celles de l’après-midi portant respectivement sur la promotion d’une croissance inclusive et la réduction des inégalités, et sur la mobilisation des fonds pour l’action climatique.

Dès l’ouverture, le constat fut clair pour tous, l’économie mondiale connaît une situation morose et elle est confrontée à des obstacles majeurs qui entravent le financement du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  C’est ce qu’a notamment souligné le Secrétaire général adjoint au développement économique et social, M. Liu Zhenmin, qui a présenté le second rapport* du Groupe de réflexion interinstitutions sur le financement du développement. 

Ce rapport propose de lutter contre le « court-termisme » à tous les niveaux et de tirer parti des possibilités offertes par l’innovation, tout en gérant les risques.  Auparavant, il dresse le tableau d’un monde où la croissance économique reste stable (3%), certes, mais où plus de 500 milliards de dollars de marchandises font l’objet de restrictions commerciales, soit 7 fois plus qu’au cours de la période précédente.  En outre, il apparaît que les risques d’endettement augmentent pour plusieurs pays, ce qui entrave leur capacité d’investir dans le développement durable.  Quant aux changements climatiques, ils se poursuivent à un rythme soutenu, les émissions de gaz à effet de serre ayant augmenté de 1,3% en 2017, avec des conséquences désastreuses pour les collectivités du monde entier. 

Fort de ces constats, la Présidente de l’ECOSOC, Mme Inga Rhonda King, a demandé aux États Membres de renouveler leur engagement à travailler ensemble afin de ne laisser personne de côté.  Elle a demandé aux orateurs de « formuler des recommandations « claires et concrètes » pour accélérer le financement du développement durable.

Le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a saisi l’opportunité pour annoncer la création d’un nouveau groupe censé mobiliser les fonds du secteur privé, « l’Alliance globale pour le développement durable », qui regroupe les chefs de grandes entreprises du monde entier.  À cela s’ajoute le groupe de travail sur le financement numérique des objectifs de développement durable, créé en novembre dernier et qui publiera son rapport intérimaire d’ici à septembre, juste avant les « cinq grands sommets qui auront lieu au Siège de l’ONU ».  Le Secrétaire général a aussi mentionné la stratégie de financement qu’il a lancée l’année dernière pour que l’ONU appuie au mieux le changement fondamental du système financier international, constatant déjà des progrès.  Il a également parlé du « potentiel considérable » des nouveaux types de financement comme les obligations vertes qui sont passées de zéro à plus de 220 milliards de dollars en une décennie.

En ce qui la concerne, la Présidente de l’Assemblée générale a demandé aux pays développés de respecter leurs obligations découlant du Programme d’action d’Addis Abeba et de l’aide publique au développement (APD).  Aux secteurs privé et public, elle a demandé des investissements supplémentaires alignés sur les objectifs de développement durable, en rappelant qu’il faut créer 600 millions d’emplois décents d’ici à 2030.

Chacun doit déjà commencer « à la maison » afin de garantir une croissance économique nationale, a suggéré le Directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI).  M. Tao Zhang a fait une autre recommandation: « dépenser davantage, mais de manière intelligente dans les infrastructures, l’éducation et la santé ». 

Alors que la plupart des intervenants ont insisté sur l’importance de l’APD, un représentant de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a déploré que les débats se focalisent plus sur le volume, alors que la qualité de l’aide et les politiques ciblées sont tout aussi importantes.  Selon M. Jorge Moreira Da Silva, il faut par exemple investir davantage dans l’autonomisation des femmes, un secteur qui reçoit en ce moment à peine 4% de l’APD.  L’APD doit être, selon lui, comme un « bimoteur » qui s’appuie d’un côté sur « le financement » et de l’autre sur « l’efficacité ».

Pour le Secrétaire d’État au développement international de la Norvège, M. Aksen Jakobsen, la confiance est aussi un facteur déterminant de développement.  Pour rétablir une confiance érodée chez la population, les gouvernements se doivent de réduire et éliminer les flux financiers illicites et lutter contre la corruption qui représente tout de même 5% du PIB mondial. 

Le financement du climat était également au centre des préoccupations.  Certains pays ont perdu le total de leur PIB annuel en une journée de catastrophe, a fait remarquer l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Sommet sur le climat de 2019.  Le Ministre des finances de Saint-Vincent-et-les Grenadines a regretté que « les températures augmentent pendant que les fonds pour financer les mesures d’atténuation et d’adaptation baissent ».  Des pistes pour changer la donne ont toutefois été discutées dans l’après-midi, comme les Fidji qui ont créé une obligation environnementale cotée à la bourse de Londres.

Le Forum sur le suvi du financement du développement se poursuivra demain, mardi 16 avril, dès 10 heures avec une table ronde ministérielle sur « les cadres financiers nationaux intégrés pour le développement durable ».   

*(E/FFDF/2018/2)

FORUM SUR LE SUIVI DU FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT (E/FFDF/2019/1) et (E/FFDF/2019/2)

Déclarations liminaires

Mme INGA RHONDA KING, Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), a rappelé la création, il y a quatre ans, d’un cadre mondial pour le financement du développement -le Plan d’action d’Addis-Abeba-, qui a été suivi de progrès au niveau national, régional et mondial.  Déjà de nombreux gouvernements ont aligné leurs plans nationaux de développement avec le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  De plus, l’intérêt pour le financement durable a fait des émules dans le secteur privé. 

Mais en dépit des progrès, nous n’avons pas vu la transformation nécessaire pour atteindre les objectifs du Programme 2030, a tempéré Mme King.  Elle a noté que les risques mondiaux se concrétisent et menacent les aspirations communes, avec des risques économiques et non économiques.  Les changements climatiques, qui sévissent des Caraïbes jusqu’au Sahel, ont renversé les acquis.  Récemment, le cyclone Idai a causé des destructions importantes au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi, qui se chiffrent en milliards de dollars.  Les niveaux des dettes ont augmenté ainsi que la vulnérabilité, étranglant l’investissement dans le développement durable en particulier dans les pays en développement, a encore regretté Mme King, avant de pointer aussi les tensions commerciales qui ralentissent la croissance économique et creusent les inégalités.

Pour relever ces risques, nous avons besoin d’agir de manière urgente et de trouver des solutions, a lancé la Présidente, qui a avancé trois pistes d’action.  Premièrement, la coopération multilatérale: « il faut renouveler notre engagement à travailler ensemble afin de ne laisser personne sur le côté ».  Deuxièmement, elle a recommandé d’aligner les cadres de financement avec les objectifs de développement durable.  Si de nombreux pays ont pris des initiatives pour intégrer le Programme 2030 dans leurs stratégies de développement national, beaucoup d’autres n’ont pas de plans de financement adéquats, a noté Mme King.  En troisième lieu, elle a demandé de formuler des recommandations « claires et concrètes » pour accélérer le financement du développement durable.  « Dans tous nos efforts, la participation de la société civile reste la caractéristique spécifique de l’ECOSOC. »

Mme King a rappelé que 2019 marquait la fin du cycle de quatre ans depuis l’adoption du Programme 2030 et du Plan d’action d’Addis-Abeba.  Ainsi se tiendra en septembre le premier Forum politique de haut niveau pour le développement durable sous les auspices de l’Assemblée générale et le premier dialogue sur le financement du développement.  Le Forum sur le suivi du financement du développement qui commence aujourd’hui doit donner le ton, a-t-elle souhaité, en espérant un document final qui constitue un jalon et affiche une ambition commune.

Mme MARĺA FERNANDA ESPINOSA, Présidente de l’Assemblée générale, a jugé le contexte économique actuel « peu encourageant » dans la perspective de réaliser le Programme 2030, qui exige la mobilisation de 6 000 millions de dollars par an.  Si la croissance économique mondiale est restée stable, les marchés financiers sont très volatiles, a-t-elle remarqué en précisant que 30 pays en développement connaissent de grands risques et difficultés financières.  En outre, le taux de croissance des transactions commerciales est passé de 5,3% en 2017 à 3,8% en 2018, tandis que le déficit du financement climatique a augmenté passant de 2,5 à 4,5 milliards de dollars. 

S’appuyant toujours sur le rapport 2019 sur le financement du développement durable, Mme Espinosa a noté également des signaux positifs: certains pays d’Afrique et de l’Asie du Sud-Est ont fait des investissements importants pour financer des projets d’infrastructure, principalement grâce à des fonds publics.  Elle a toutefois posé la question suivante: « ce que nous faisons est-il suffisant pour mobiliser des ressources correspondant au niveau d’ambition de nos objectifs? ».  « La réponse est claire: c’est non », a-t-elle affirmé en regrettant les failles dans le financement.

La Présidente de l’Assemblée générale a donc demandé aux pays développés de respecter leurs obligations découlant du Programme d’action d’Addis Abeba et de l’aide publique au développement (APD).  Il faut également que le secteur privé et le secteur public fassent des investissements supplémentaires alignés sur les objectifs de développement durable, et que les systèmes financiers apportent un appui concret, le tout dans le cadre d’environnements politiques propice à tous les niveaux.  Il faut, a-t-elle rappelé, créer 600 millions d’emplois décents d’ici 2030.

Mme Espinosa a souligné les exigences de volonté politique, de cadres normatifs, de ressources nationales, de politiques fiscales redistributives, de coopération internationale en matière fiscale.  De leur côté, les systèmes financiers internationaux doivent se renouveler.  Il faut aussi renforcer le cadre multilatéral de commerce, encourager le transfert de technologies, a-t-elle ajouté avant d’inviter à aborder la question de la soutenabilité de la dette. 

L’intégration du secteur privé comme acteur clef est également importante, a poursuivi Mme Espinosa.  Elle a souligné la nécessité de développer des technologies à faible teneur en Carbonne et de miser sur l’économie circulaire.  En ce qui concerne les petites et moyennes entreprises, qui représentent 60 à 70% des sources d’emploi dans le monde, elle a appelé à les promouvoir.  De même pour les entreprises du secteur de l’économie sociale et solidaire.  Autre cheval de bataille, la participation pleine et égale des femmes à l’économie, a ajouté Mme Espinosa en faisant remarquer que les femmes autonomisées sont des agents de changements économique et social.  Elle a par ailleurs encouragé la coopération Sud-Sud et le renforcement des banques de développement régionales et sous-régionales.

Les résultats des débats d’aujourd’hui seront très utiles pour les prochains évènements de l’Assemblée générale, l’un sur le développement inclusif et les inégalités, l’autre sur les marchés de produits de base, ou encore la réunion sur les flux financiers illicites, les 14, 15 et 16 mai respectivement.  Et bien sûr pour le Forum politique de haut niveau qui se tiendra en septembre.

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a rappelé que le monde dispose des outils nécessaires pour lutter contre la pauvreté, les inégalités, les changements climatiques et les pressions environnementales: les grands accords multilatéraux conclus en 2015, à savoir le Programme de développement durable à l’horizon 2030, le Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement et l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  Les objectifs de développement durable constituent le plan directeur pour une voie de développement juste et durable qui ne laisse personne pour compte, a-t-il souligné en mettant l’accent sur le caractère concret du Programme 2030.  Il doit en effet être à l’origine de politiques susceptibles d’améliorer la vie de centaines de millions de femmes, filles, hommes et garçons à travers le monde.

Notant que 2019 est une année déterminante pour la mise en œuvre des objectifs de développement durable et de l’Accord de Paris, le Secrétaire général a fait le constat suivant: jusqu’à présent, nous ne suivons pas le rythme.  « Nous sommes confrontés à de graves défis et à des risques en constante évolution. »  Il a cité la croissance inégale, les niveaux d’endettement en hausse, une éventuelle hausse de la volatilité financière et des tensions commerciales mondiales accrues, ainsi que les changements climatique et les émissions de gaz à effet de serre à nouveau à la hausse.  Autres facteurs de complications, les nouvelles technologies qui peuvent perturber les marchés du travail et mettre à mal les systèmes de protection sociale.

Il en résulte que la plus grande partie de la population mondiale vit dans des pays où les inégalités sont en hausse, notamment entre les sexes.  Face à ces développements « très préoccupants », M. Guterres a misé sur la coordination d’une réponse mondiale urgente capable d’inverser ces tendances.  Il a cité une étude récente du Fonds monétaire international (FMI) selon laquelle les pays en développement ont un déficit de financement annuel moyen d’environ 2 600 milliards de dollars dans les domaines de la santé, de l’éducation, des routes, de l’électricité, de l’eau et de l’assainissement.  Pour les pays en développement à faible revenu, cela signifie des dépenses annuelles supplémentaires pouvant atteindre 15% de leur PIB.  « Nous avons tout simplement besoin de plus d’argent pour mettre en œuvre les objectifs de développement durable », en a conclu le Secrétaire général.

Il a dès lors appelé tous les États à respecter les engagements pris dans le Programme d’action d’Addis-Abeba, et « particulièrement les pays développés ».  Si l’aide au développement est toujours essentielle, il ne faut pas négliger d’encourager la mobilisation nationale des ressources, a-t-il dit en recommandant notamment d’augmenter les recettes fiscales.  D’où la nécessité pour la communauté internationale de lutter toujours plus contre l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et les flux financiers illicites.  Ces mesures, si elles sont efficaces, peuvent suffire à elles seules à financer les services publics indispensables à la réalisation des objectifs de développement durable dans certaines économies de marché émergentes.

Le Secrétaire général a également préconisé d’augmenter à la fois le montant et l’impact des investissements, en impliquant toutes les parties prenantes (secteur privé, aide publique au développement, institutions de financement internationales, société civile et secteur de la philanthropie).  Les ressources fournies par les institutions financières internationales peuvent réduire la perception de risque et encourager les autres parties prenantes à investir, tandis que les fonds provenant d’activités philanthropiques peuvent être utilisés dans des partenariats public-privé.  Réduire les risques passe aussi par des cadres politiques nationaux capables de créer un environnement commercial porteur, d’inciter les investissements à atteindre les objectifs publics et d’harmoniser les systèmes financiers avec le développement durable à long terme.

Le Secrétaire général a aussi parlé du « potentiel considérable » des nouveaux types de financement, tels que les instruments financiers innovants (obligations vertes, obligations d’investissement social, financement participatif et entrepreneuriat social).  Les obligations vertes, par exemple, sont passées de zéro à plus de 220 milliards de dollars des États-Unis en une décennie.

« Nous devons également élargir l’accès au financement », a ajouté M. Guterres en ayant à l’esprit les femmes et les micro, petites et moyennes entreprises.  À cet égard, il a vanté le potentiel considérable qu’offrent les nouvelles technologies, institutions et marchés financiers pour élargir l’inclusion financière et faciliter les investissements.

Le Secrétaire général a mentionné la stratégie de financement qu’il a lancée l’année dernière pour que l’ONU appuie au mieux le changement fondamental du système financier international, constatant tant déjà des progrès.  Il a aussi indiqué constituer un nouveau groupe, l’Alliance globale pour le développement durable, qui regroupe les chefs de grandes entreprises du monde entier.  À cela s’ajoute le groupe de travail sur le financement numérique des objectifs de développement durable, qui publiera son rapport intérimaire d’ici à septembre.

Au niveau régional, nous renforçons notre collaboration avec les banques de développement multilatérales afin d’intensifier le financement consacré au climat et d’accroître l’accès au financement pour les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement (PEID).  Au niveau des pays, conformément à la réforme du système de développement des Nations Unies, nous renforçons notre capacité à aider les gouvernements à mobiliser leurs ressources nationales et à débloquer de nouvelles sources de financement privé et public.

Le Secrétaire général a rappelé aux participants que leurs débats d’aujourd’hui seraient « un jalon sur la voie menant aux cinq grands sommets qui auront lieu ici en septembre ».  Il les a appelés à faire preuve d’audace dans leurs recommandations et à identifier les domaines critiques qui mériteront davantage d’attention et de discussion.

M. TAO ZHANG, Directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), a déclaré que si la croissance économique mondiale est lente, les perspectives pour l’an prochain sont prometteuses.  Le FMI est engagé sur trois fronts: l’amélioration des politiques nationales pour renforcer la résilience; l’amélioration de la coopération internationale; et l’engagement à œuvrer de concert face aux grands défis internationaux.  Dans cette perspective, le FMI met l’accent sur le commerce international, a indiqué son Directeur général adjoint, qui a plaidé pour un système commercial multilatéral fondé sur des règles et susceptibles de stimuler la croissance et la création d’emplois.

M. Zhang a également souligné la nécessité de trouver des solutions aux problèmes que posent les changements climatiques, sans manquer de demander de repenser le système fiscal international afin de réduire les fraudes fiscales qui affectent particulièrement les pays les moins avancés (PMA).  À l’échelle internationale, il a évalué à 15 000 milliards de dollars par an le coût de la corruption et de la fraude fiscale.  Il a en outre attiré l’attention sur la situation de surendettement de certains pays en développement, soulignant que le FMI et la Banque mondiale s’attèlent à trouver des solutions à cette question.  Face aux défis majeurs de notre temps, il a plaidé non seulement pour des mesures au niveau national, mais également pour le renforcement de la coopération internationale. 

M. MAHMOUD MOHIELDIN, Premier Vice-Président au Groupe de la Banque mondiale pour le Programme du développement durable à l’horizon 2030, les relations avec les organismes des Nations Unies et les partenariats, a rappelé que la croissance économique mondiale perd de sa dynamique: 3,4% au troisième trimestre 2018 et 2,4% au quatrième trimestre 2018.  La principale source de préoccupation est la pauvreté qui, a-t-il craint, ne sera pas éradiquée d’ici à 2030 si on maintient les pratiques actuelles.  De même pour l’extrême pauvreté.  Il faut agir vite, a dès lors recommandé M. Mohieldin, notamment dans le domaine du commerce.  Le rôle du secteur privé est aussi indispensable selon lui.  Il a cité la technologie comme facteur d’accélération du développement, avant d’appeler à mener à bien « l’action climat indispensable ».  Les gouvernements doivent investir dans les individus, a-t-il aussi prôné. 

M. Mohieldin a ensuite transmis le message clef de la réunion de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI): il faut des réformes de la politique de développement.  « Mais comment faire? »  Il y a quatre niveaux d’implication, a-t-il expliqué en commençant par le niveau régional où il faut mettre l’accent sur le commerce, la logistique et les investissements sur les personnes.  Il faut travailler davantage dans les pays fragiles, a-t-il ajouté.  En ce qui concerne le niveau local, M. Mohieldin a appelé à renforcer les capacités des communautés.  Au niveau national, il a invité à améliorer le financement de la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Enfin, concernant le niveau international, il a appelé à profiter du Sommet de septembre pour donner un coup d’accélérateur à l’action, aligner les financements privés, nationaux et internationaux, et agir au niveau local.

M. TIM YEEND, Chef de Cabinet et Conseiller principal du Directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a fait valoir que l’intégration des pays en développement dans le système commercial international permet d’offrir à ces derniers des opportunités de développement, mais a averti que les gains obtenus peuvent être réduits à néant si des obstacles systémiques ne sont pas éliminés.  Il a rappelé notamment la nécessité de régler les différends entre les principaux pays qui portent haut les échanges internationaux.  Selon lui, la situation actuelle est même une occasion unique de repenser les éléments fondamentaux du système commercial multilatéral.  Les membres de l’OMC ont déjà entamé une réflexion à cet effet, a-t-il dit.  L’un des sujets de préoccupation est l’absence de définition claire du concept de « pays en développement » au sein de l’OMC, définition importante, a-t-il expliqué, car cela induit des facilités et des conditions particulières qui leur sont accordées pour leur essor.  Ces discussions devraient également mettre l’accent sur la coopération internationale, qui est indispensable pour la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, a—t-il conclu. 

M. THARMAN SHANMUGARATNAM, Vice-Premier Ministre de Singapour, Président du Groupe de personnalités éminentes du G20 sur la gouvernance financière mondiale, a d’emblée prévenu que le Programme 2030 ne sera certainement pas atteint si d’importantes réformes ne sont pas menées.  « Ce risque est bien réel », a-t-il assuré en soulignant les grandes divisions sur les plans commercial, technologique et financier.  Il a prôné un nouvel ordre international, un monde davantage multipolaire et décentralisé dans la prise de décisions, un monde plus interconnecté.

Le Groupe de personnalités du G20 a identifié les difficultés principales à surmonter et fait des propositions afin de créer ce nouvel ordre international, a-t-il indiqué.  Le défi immédiat est que « nous ne sommes pas prêts pour créer les emplois nécessaires aux milliards de jeunes du monde en développement, dont ceux d’Asie et d’Afrique ».  Ils sont trois fois plus nombreux que ceux que la Chine a connus il y a 30 ans au début des années 90, ce qui a fait dire à M. Shanmugaratnam que « nous sommes moins préparés que la Chine il y a 30 ans ».  Le deuxième défi sont les changements climatiques qui sont un « mélange inflammable », a-t-il ajouté en citant notamment les pertes en diversité, en eaux et en résistante antimicrobienne. 

Le Vice-Premier Ministre a poursuivi en expliquant un autre défi à relever:  le système financier mondial n’est pas adapté à l’avenir.  Il a donc plaidé en faveur d’un système plus fiable dans lequel le capital circule d’un pays à un autre, du Nord au Sud, pour un rendement plus élevé.  Les flux de capitaux doivent aller dans les deux sens, a-t-il insisté.  Comme autre difficulté, il a fait remarquer que les capacités des pays à élaborer des stratégies sont limitées.  Auparavant, les pays arrivaient à combler leurs déficits, même avec des déficits de 5% du PIB, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec un déficit de 2%.  Le système est trop volatile et les pays en développement sont devenus trop dépendants de quelques pays développés.  Ce système n’est pas favorable à la croissance mondiale dont un tiers vient pourtant des pays en développement.  Il faut donc réfléchir sous l’angle des intérêts nationaux et internationaux, a recommandé M. Shanmugaratnam.

Le dernier obstacle est la crise du multilatéralisme.  « Nous avons besoin d’un nouveau système. »  L’expert a invité à réinstaurer tout d’abord la confiance dans les institutions nationales.  Plusieurs propositions ont été avancées à ce sujet par le Groupe de personnalités, a indiqué le Vice-Premier Ministre en assurant qu’il n’y avait que des choix « gagnant-gagnant ».  Estimant qu’on ne peut revenir à l’ancien multilatéralisme, il a énuméré les différents ingrédients nécessaires pour trouver une nouvelle harmonie: il faut une partition pour différents orchestres jouant les mêmes notes, un système de réseautage, de normes partagées et de nouvelles politiques nationales.  Cela requiert des mesures ambitieuses, des mécanismes de transparence et une bonne répartition de travail.  Pour des résultats à long terme, il faut construire des plateformes régionales réunissant toutes les institutions et acteurs qui se complètent.  Il faut aussi se mettre d’accord sur des normes applicables à la dette et au financement durable.  Inclure l’ONU dans toutes les actions permet de bénéficier de sa légitimité et de son savoir-faire.  Autres pistes à suivre: utiliser les plateformes des différents pays pour l’agriculture durable, impliquer la population dans le système bancaire, ou encore investir dans les technologies.

« Il faut accepter le fait que le financement traditionnel n’est pas suffisant », a ajouté le Vice-Premier Ministre, qui a invité à réorienter les banques et les capitaux privés vers le développement durable.  Il faut permettre à tout un pan de l’économie de participer au développement.  Parallèlement, le développement et les risques doivent être diversifiés.  Parmi les sources de financement à utiliser, il a mentionné les fonds de pensions, les fonds souverains ainsi que les assurances qui sont prêts à contribuer si il y a suffisamment d’actifs. 

M. RAGHURAM G. RAJAN, Professeur d’économie à l’Université de « Chicago Booth School of Business », a évoqué le fait que les pays développés qui ont tiré profit du système financier international actuel sont, paradoxalement, ceux-là qui en sont les plus grands pourfendeurs aujourd’hui.  Il a dit que pendant des décennies, les pays en développement se sont entendu dire qu’il fallait ouvrir les marchés locaux et embrasser le système international, ce qui a marché pendant un certain temps.  Mais de nos jours, ce sont les pays développés qui accusent ceux en développement de ne pas respecter les normes, ce qui a conduit à l’élan mondial actuel de protectionnisme.  Le Professeur d’économie a averti que le protectionnisme n’offre pas de garantie sur le long terme en matière de préservation d’emplois.  Il a noté, par exemple, que les pays industrialisés qui ont une population vieillissante auront besoin de main d’œuvre des pays en développement et du marché de ces derniers. 

L’économiste a relevé que la mondialisation et l’intégration des marchés n’a pas forcément permis aux populations et communautés de s’autonomiser.  C’est cette situation, selon lui, qui aurait conduit à des velléités d’autonomisation comme cela s’est vu avec le Brexit.  Il a expliqué que certaines communautés sont en péril du fait de la révolution technologique.  Aujourd’hui, a-t-il remarqué, les populations veulent plus de contrôle sur leur avenir, et peut-être que l’on est allé trop loin dans l’intégration des marchés internationaux. 

M. Rajan a noté que de plus en plus d’économistes réclament désormais des politiques plus ciblées sur les communautés en déliquescence.  Il a parlé de l’expérience malheureuse du projet d’installation de l’entreprise Amazon à New York.  Si cela avait l’air attrayant en termes de création d’emplois, les politiciens locaux ont rejeté l’offre, arguant que les membres des communautés locales ne pouvaient prétendre à ces emplois techniques et que les loyers des sites environnants allaient probablement grimper.  Il s’est appuyé sur cet exemple pour dire que les dirigeants locaux peuvent orienter les efforts et privilégier les communautés locales.  Les gouvernements nationaux doivent également cibler les communautés vulnérables en y investissant par exemple dans les larges bandes passantes.  En conclusion, M. Rajan a estimé qu’au vu des répercussions différentes de la mondialisation, il faut que les pays choisissent leur propre manière de traiter de ses conséquences.  Cela est valable aussi bien pour les pays en développement que pour les pays développés, a-t-il précisé.

Table ronde 1: Naviguer avec des vents favorables et des vents contraires: contexte économique mondial actuel et tendances émergentes

M. LIU ZHENMIN, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, a présenté le second rapport du Groupe de réflexion interinstitutions sur le financement du développement » (E/FFDF/2018/2).  Ce rapport souligne que la mobilisation de financements suffisants reste un défi majeur dans la mise en œuvre du Programme 2030.  Malgré des signes de progrès, les investissements indispensables à la réalisation des objectifs de développement durable restent sous-financés et certaines parties du système multilatéral sont sous pression.  Ainsi, l’intérêt pour le financement durable s’accroît, mais la transition vers un système financier durable n’intervient pas à l’échelle requise.  Le rapport suggère donc que la communauté internationale saisisse cette occasion pour remodeler les systèmes financiers nationaux et internationaux dans l’optique du développement durable, faute de quoi, elle ne parviendra pas à mettre en œuvre le Programme 2030.

Le rapport fait un certain nombre de constats: la croissance de l’économie mondiale reste stable aux alentours de 3%, mais elle a probablement atteint un sommet; plus de 500 milliards de dollars de marchandises font l’objet de restrictions commerciales, soit 7 fois plus qu’au cours de la période couverte par le précédent rapport; les risques d’endettement augmentent et plusieurs pays, dont une trentaine de PMA et d’autres pays vulnérables, sont déjà en situation de surendettement ou risquent fort de l’être, ce qui entrave leur capacité d’investir dans les objectifs de développement durable.  En outre, les changements climatiques se poursuivent à un rythme soutenu, les émissions de gaz à effet de serre ayant augmenté de 1,3% en 2017, avec des conséquences désastreuses pour les collectivités du monde entier.

Le rapport appelle à une action multilatérale pour relever les défis mondiaux, à un réexamen de l’architecture institutionnelle mondiale et au renforcement de la coopération régionale et de l’action nationale, notamment l’adaptation des politiques à l’évolution du paysage mondial.  Il s’agit notamment de lutter contre le « court-termisme » à tous les niveaux et de tirer parti des possibilités offertes par l’innovation, tout en gérant les risques.  Ainsi, une action multilatérale est nécessaire pour faire face aux risques mondiaux, y compris la lutte contre les changements climatiques, et réaliser le Programme 2030.  Pour ce faire, le rapport invite les États à renouveler leur engagement en faveur du Programme d’action d’Addis-Abeba qui constitue un cadre mondial pour le financement du développement durable, et de renforcer l’action collective pour surmonter les obstacles mondiaux au développement durable.

Dans le même temps, les solutions mondiales doivent être complétées par des actions nationales.  Il est donc question d’adopter des cadres de financement nationaux intégrés et d’adapter les politiques aux nouvelles réalités.  Ainsi, les États Membres sont invités à établir un nouveau contrat social, fondé sur une société plus équitable et plus inclusive avec de justes contributions de tous.  Ce nouveau contrat social doit se refléter dans les stratégies nationales de développement durable et les cadres de financement intégrés.  Sa réalisation exige que les ressources soient mobilisées équitablement et utilisées pour financer des dépenses efficaces et la prestation de services publics responsables, note le rapport. 

Dans le cadre de la coopération internationale pour le développement, le rapport souligne qu’alors que l’aide publique au développement (APD) n’a cessé de croître au cours de la dernière décennie, la croissance globale en termes réels est restée stable en 2017.  Les flux à destination des PMA ont augmenté de plus de 10%, mais cette augmentation reflète essentiellement des situations d’urgence humanitaire dans un petit nombre de pays.  Les fournisseurs d’APD doivent donc continuer à redoubler d’efforts, notamment collectivement, pour honorer les engagements qu’ils ont pris et faire en sorte que l’APD, en tant que source essentielle de financement du développement, puisse être à la hauteur des objectifs du Programme 2030.

En outre, la coopération Sud-Sud apporte une contribution essentielle à la mise en œuvre du Programme 2030, en complément, et non en remplacement, de la coopération Nord-Sud.  S’agissant des flux de financement consacrés à la lutte contre les changements climatiques, ils ont augmenté de 17% entre 2013-2014 et 2015-2016, mais ils restent inférieurs à l’engagement pris par les pays développés de mobiliser conjointement 100milliards de dollars par an d’ici à 2020 auprès de sources très diverses pour répondre aux besoins de financement des pays en développement.  Pour lutter contre les changements climatiques et réduire les risques liés aux catastrophes naturelles de plus en plus dévastatrices et coûteuses, le rapport propose de redoubler d’efforts pour honorer les engagements existants.

Par ailleurs, pour que les actions engagées pour améliorer les outils d’analyse et la gestion de la dette soient pleinement efficaces, il faudra une plus grande transparence de la dette.  Le rapport demande également de s’attaquer aux problèmes systémiques.  En effet, les facteurs géopolitiques, les différends commerciaux, la volatilité des marchés financiers et les facteurs non économiques, tels que les changements climatiques, risquent d’entraver davantage la croissance, la stabilité et le développement, ainsi que d’aggraver la pauvreté, les inégalités et la vulnérabilité.  Il est donc urgent de s’attaquer aux risques économiques et financiers systémiques et aux lacunes de l’architecture qui menacent la mise en œuvre du Programme 2030.

Après cet exposé, l’animatrice de la table ronde, Mme RANA FOROOHAR, rédactrice adjointe au Magazine Financial Times, a demandé aux panélistes s’ils partageaient cette lecture alarmiste du Groupe de réflexion interinstitutions.

« Il y a effectivement un grave déficit de financement du développement », a répondu M. TAO ZHANG, Directeur général adjoint du FMI, qui a appelé à agir sur deux niveaux: prendre des mesures sur le plan national et renforcer la coopération internationale.  Il a suggéré que chacun commence « à la maison » afin de garantir une croissance économique nationale.  Il faut donc, suggère le FMI, « dépenser davantage, mais de manière intelligente, dans les infrastructures, l’éducation et la santé ».  De plus, il faut une bonne gouvernance et une bonne coordination entre les différentes parties prenantes dans les sociétés pour parvenir à un compromis sur ces priorités.

« Il est curieux de voir que ceux qui ont établi les règles essayent aujourd’hui de les changer », a estimé de son côté M. CAMILLO GONSALVES, Ministre des finances, de l’économie, de la planification, du développement durable et des technologies de l’information de Saint-Vincent-et-les Grenadines.  Il a cité le secteur bancaire des petits États insulaires, notamment « dans les Caraïbes où les établissements bancaires locaux sont coupés de tout lien avec les marchés internationaux sous le fallacieux prétexte de la lutte contre les paradis fiscaux », a—t-il déploré.  Il a également parlé du financement de la lutte contre les changements climatiques, présentant une situation qui fait voir que les températures augmentent pendant que les fonds pour financer les mesures d’atténuation et d’adaptation baissent. 

Pour Mme VERA SONGWE, Secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), qui s’exprimait au nom de toutes les Commissions économiques de l’ONU, il y a de l’espoir avec la mise en place de la zone de libre-échange africaine qui concerne près de 50 pays, et les chances de croissance que cela pourrait induire.  Elle a aussi parlé des avantages que l’économie numérique peut jouer dans l’inclusion des économies africaines.  S’agissant de la question de la dette, elle a plaidé pour une restructuration de celle-ci, avant d’appeler à des financements qui ciblent les femmes, notamment dans les pays en conflit ou qui en sortent.

Justement, Citi Group, le groupe banquier américain, a promis de faire de l’égalité des sexes son cheval de bataille, a assuré Mme DANA PETERSON, Directrice de Citi Global Economics.  Selon elle, il faut partir des chiffres, et c’est pourquoi le groupe bancaire a fait un examen interne qui a dévoilé que les femmes sont moins bien payées que les hommes à travail équivalent.  Le salaire des femmes a depuis lors augmenté dans cette entreprise qui a également mis en place des mesures pour protéger les femmes faisant face aux contraintes de la maternité. 

M. JORGE MOREIRA DA SILVA, Directeur à la Direction de la coopération pour le développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a estimé pour sa part que « l’APD doit aller là où les financements privés ne vont pas ».  Sur la question de l’aide au développement, les débats se focalisent plus sur le volume, alors que la qualité de l’aide et les politiques ciblées sont tout aussi importantes, a-t-il estimé.  Selon lui, il faut par exemple investir davantage dans l’autonomisation des femmes, un secteur qui reçoit en ce moment à peine 4% de l’APD.  De même, la question vitale des changements climatiques est oubliée, a-t-il regretté en appelant à une APD ciblant des secteurs clefs et qui soit gérée de manière plus transparente, selon un modèle de voyage dans un « bimoteur » dont le premier moteur est le financement et l’autre l’efficacité.

Pour M. KAVALJIT SINGH, Directeur de Madhyam, il est évident que les systèmes de filets de sécurité à l’échelle internationale ne permettent pas de bien gérer les crises financières.  Il devient donc urgent de promouvoir des programmes qui permettent une meilleure compréhension des technologies financières en vue de financer les objectifs de développement durable. 

Table ronde 2

Infléchir la courbe: tendances non économiques et nouvelles opportunités

Ce débat, également animé par Mme RANA FOROOHAR du Magazine Financial Times, a mis l’accent sur les tendances non économiques dont il faut obligatoirement tenir compte pour parvenir à la réalisation des objectifs de développement durable, notamment les tendances qui modifient le contexte et les priorités du financement du développement.

Pour le Secrétaire d’État au développement international de la Norvège, M. AKSEL JAKOBSEN, la confiance est un facteur déterminant du développement, car cruciale pour motiver et galvaniser les populations à s’engager en faveur de programmes de développement.  Malheureusement, le niveau de confiance est des plus bas dans un contexte de pauvreté.  Pour la rétablir, les gouvernements se doivent donc de réduire et éliminer les flux financiers illicites, et de lutter contre la corruption qui représente tout de même 5% du PIB mondial.  De même, une fiscalité efficace permet de bien collecter les devises et de les investir pour le développement, a-t-il argué. 

M. Jakobsen a également fait observer que l’exclusion coûte cher à nos sociétés, soit près de 7% de leur PIB, notamment dans le pays en développement.  Il a cité les cas des quelque 1 milliard de personnes handicapées qui font souvent face à la stigmatisation ou à divers obstacles dans les sociétés.  Il a donc recommandé l’inclusion des exclus, une stratégie qui peut apporter d’importants dividendes économiques. 

L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Sommet sur le climat de 2019, M. LUIS ALFONSO DE ALBA, a parlé des différentes catastrophes naturelles dues aux changements climatiques comme d’une autre tendance négative pour la réalisation des objectifs de développement durable.  Il a relevé que certains pays ont même perdu le total de leur PIB annuel en une journée de catastrophe.  L’Envoyé spécial appelle donc à la mobilisation de ressources publiques et privées pour atteindre au moins les 100 milliards de dollars par an dédiés au Fonds vert pour le climat.  Il a aussi demandé la réduction d’investissements dans les énergies fossiles au profit de ceux ciblant les sources d’énergie renouvelables.  Il a dit espérer que le Sommet sur le climat de septembre prochain au Siège de l’ONU permettra de prendre un nouvel élan en faveur de la lutte contre les changements climatiques.

M. RONAN RYAN, Président de IEX Group, une entreprise du secteur financier, a expliqué que la réalisation des objectifs de développement est confrontée à un manque des données.  Son expérience dans le domaine de la finance lui fait croire qu’il est crucial d’avoir les bonnes données afin de pouvoir évaluer les défis et mesurer la mise en œuvre du Programme 2030. 

La Fédération de Russie, parlant au nom d’un groupe de neuf pays, a relevé que les sanctions économiques unilatérales sont un obstacle au développement international.  Le représentant a cité les États-Unis qui, en appliquant de telles mesures, « violent la Charte des Nations Unies ».  Selon ce groupe de pays, les mesures coercitives ont un effet négatif sur le commerce international.  Pour le délégué, s’il faut effectivement « ne laisser personne à la traine », alors il faut éviter ce genre de pratique et plutôt renforcer la coopération internationale. 

Dialogue ministériel I : « Promouvoir une croissance sans exclusives et réduire les inégalités »

En guise d’introduction, le modérateur, M. JOHN AUTHERS, Rédacteur-en-chef pour les marchés à Bloomberg, a fait observer que les différents processus visant à promouvoir une croissance sans exclusives et réduire les inégalités avaient été lancés à Monterrey, il y a 17 ans.  Il reste encore beaucoup à faire pour remédier aux injustices, a-t-il indiqué, constatant également l’existence d’une « grogne croissante contre le capitalisme dans le monde ».

M. MAATIA TOAFA, Premier Ministre adjoint et Ministre de la finance et de la planification économique du Tuvalu, a alors fait le point sur l’action de son pays, l’objectif étant, a-t-il expliqué, d’accroître la somme des capitaux à disposition.  Il n’y a pas de réponses simples, a-t-il indiqué, expliquant que l’effet redistributeur des politiques signifie qu’il faut accorder une grande attention aux réformes fiscales.  Celles lancées à Tuvalu à la fin des années 2000 prévoient un système de taxation progressif qui tient compte des différents niveaux de revenu et du coût de la vie, et qui met aussi l’accent sur la fiscalité des petites et moyennes entreprises, notamment celles qui sont dirigées par des femmes.  Il existe une taxe sur la consommation, et le pays est conscient des impacts de la taxation indirecte.  Le Premier Ministre s’est aussi enorgueilli des programmes de transfert de liquidité à l’intention des groupes marginalisés, de la gratuité de l’éducation et des services de santé, ainsi que des systèmes de crédits pour les entreprises.  De plus, un programme spécial permet aux femmes d’obtenir un emploi temporaire en Australie.  Il a insisté sur l’importance de la transparence fiscale.

Tuvalu s’est aussi doté d’une législation robuste pour les marchés publics, et chaque ministère dispose d’un budget sexospécifique.  M. Toafa a cependant alerté que la menaces des catastrophes naturelles rend les économies des pays comme le sien particulièrement vulnérables, d’où l’importance des contributions des partenaires pour consolider les efforts déployés par les autorités nationales.

M. GIOVANNI TRIA, Ministre de l’économie et des finances de l’Italie, a souligné que l’hyper connectivité exige une catégorie de travailleurs plus qualifiés, évoquant l’existence d’une polarisation des avancées économiques, y compris au sein des pays riches.  Il a jugé nécessaire d’accroître les investissements publics et de promouvoir la protection sociale.  Il y a beaucoup de liquidité, mais pas assez d’investissement, d’où l’importance de coordonner les politiques fiscales au niveau national et international, a-t-il prôné, avant d’encourager également les politiques favorables à l’éducation et à l’innovation.

De plus, si on augmente les investissements uniquement dans l’éducation de haut niveau, on est confronté au problème de fuite de cerveaux, d’où l’importance de faire parallèlement des progrès dans les domaines de l’innovation et de pérenniser les investissements dans les infrastructures, sans oublier la nécessité d’accorder toute l’attention nécessaire à la productivité et à la croissance.

« Mais comment créer une croissance sans exclusive si les politiques fiscales sont limitées? », s’est interrogé le modérateur, suite à quoi le Ministre italien a insisté sur l’importance des recettes fiscales pour financer les programmes publics.  Pour ne pas décourager l’investissement ou entraîner un non-respect des règles, il a recommandé des programmes fiscaux progressifs et bien-conçus, sans oublier d’investir dans le capital humain et d’encourager la productivité et la croissance.  Il a aussi parlé des plans « agressifs » des multinationales en termes de fiscalité, ce qui nécessite de savoir combien d’impôts elles paient et où.

À son tour, M. MANGALA SAMARAWEERA, Ministre de la finance du Sri Lanka, a indiqué que le denier budget de son gouvernement, adopté il y a tout juste un mois, avait été placé sous le thème de l’autonomisation de la population et la protection des pauvres.  Pays à revenu intermédiaire, le Sri Lanka a réussi à enregistrer des progrès notables sur le plan de la santé, entre autres, et des politiques ont été déployées pour lutter contre la pauvreté.  Cependant, de nombreuses inégalités existent dans les zones urbaines, où 20% des salaires supérieurs représentaient 20% des revenus en 2016. 

Le Ministre est revenu sur la signature de l’accord de paix en 2009, notant que la situation du pays s’était améliorée de façon notable depuis.  Néanmoins, des défis persistent, notamment en termes d’égalité entre les sexes.  L’an dernier, un programme d’envergure sur l’entreprise au Sri Lanka a été créé pour permettre à plus de 100 000 entrepreneurs de zones rurales de lancer leur projet, lequel prévoit aussi des incitations supplémentaires pour les femmes.  Le Sri Lanka vise à créer un écosystème plus sain pour connecter les technologies et le savoir technique.  Ces six derniers mois, plus de 60 000 personnes de moins de 30 ans ont ainsi pu lancer leur entreprise grâce à ce programme.

« Ce chiffre est impressionnant, mais quels types d’entreprises ont été créés », a voulu savoir le modérateur, à quoi le Ministre du Sri Lanka a répondu que les domaines de prédilection des jeunes entrepreneures sont l’agriculture et les technologies de l’information et de la communication (TIC). 

Suite à ces échanges, Mme NORMA ALLEGRA CERRATO, Vice-Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Honduras, a parlé d’une stratégie spéciale pour que son pays soit délivré de la pauvreté extrême et soit générateur d’opportunités.  Pour remédier à la persistance des inégalités, le Gouvernement encourage les investissements étrangers dans le but de créer des emplois décents.  Mais on constate alors des « confrontations » avec notre système d’entreprises nationales, s’est souciée la Ministre qui a en outre souligné que dans les pays en développement, toutes les mesures fiscales et macroéconomiques doivent être axées sur l’être humain « avant tout ».

« L’insécurité peut-elle être un obstacle à l’inclusivité? », a voulu savoir le modérateur.  Effectivement, a acquiescé la Ministre hondurienne, et cela crée un cercle vicieux dans la mesure où les investisseurs évaluent le potentiel de risque avant de se prononcer.  Le Honduras a donc mis en œuvre une stratégie qui a porté ses fruits, le taux d’homicide étant passé de 90 à 40 pour 10 000 habitants ces dernières années.

Prenant à son tour la parole, Mme ALICIA TAURO, Représentant du Grand groupe des enfants et des jeunes, a appelé à s’engager en faveur de la création d’emplois décents pour les jeunes.  Elle a aussi demandé d’aller au–delà de la mesure du PIB, « qui ne mesure pas les inégalités », pour repenser l’approche en matière d’aide au développement, déplorant qu’on persiste à utiliser ce critère comme étalon-or.  Elle a aussi insisté sur l’importance de l’éducation, de la garantie d’emploi et d’un socle de protection sociale.  Une coopération internationale s’impose également pour lutter contre l’évasion fiscale, a-t-elle ajoutée.  Elle s’est aussi exprimée en faveur de l’imposition sur les grandes fortunes et pour une redistribution équitable des richesses, déplorant l’existence d’inégalités extrêmes qui, a-t-elle alerté, entravent la réalisation des objectifs de développement durable.  Elle a aussi appelé à concevoir de nouvelles normes au niveau international pour empêcher la violation des droits des travailleurs.  Mme Tauro a de plus estimé que l’entrepreneuriat n’est pas une panacée.  « Comment s’attendre à ce qu’un enfant ait de bon résultat scolaire s’il n’a pas assez à manger, ou qu’un jeune entrepreneur puisse s’épanouir s’il croule sous le poids des dettes? »

« Ce sont là des contre-arguments convaincants », a reconnu le modérateur qui a relevé que la redistribution ne peut en effet fonctionner à elle seule, car l’imposition des entreprises les incitent à se déplacer.  « Comment éviter alors l’évasion fiscale? », a-t-il demandé.  À ce propos, la représentante du Grand groupe des enfants et des jeunes a insisté sur l’importance des changements structurels.

Intervenant en tant qu’orateur principal, M. MAMADOU DIALLO, Secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale internationale, a indiqué qu’en dépit des progrès enregistrés, les salaires sont en baisse et les inégalités se creusent, même plus que lors de la dernière crise financière.  Il a rejeté le discours selon lequel l’augmentation des salaires, la présence des syndicats et la négociation collective sont néfastes pour la croissance.  Au contraire, l’expansion de la protection sociale peut accroître la consommation et stimuler la productivité et l’économie, tout en réduisant les inégalités et en créant des situations de concurrence égale.

Les travailleurs pauvres représentent 207 millions de personnes et il sera impossible de réaliser les objectifs de développement durable si la question d’un salaire adéquat n’est pas abordée, a-t-il insisté, d’où l’importante de mobiliser des ressources nationales pour assurer l’extension des systèmes de protection sociale qui doivent assurer une couverture universelle.  Les gouvernements doivent aussi veiller à l’application de politiques fiscales efficaces en s’assurant que les entreprises apportent leurs contributions et en luttant contre l’évasion fiscale, a-t-il souligné, dénonçant le fait que jusqu’à 10% du PIB mondial est détenu dans des paradis fiscaux.  Il a aussi insisté sur la nécessité de mettre en place des cadres juridiques nationaux pour appliquer les conventions de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur la liberté syndicale et la négociation collective. 

Comment inciter les membres de l’économie informelle à passer dans l’économie formelle? a alors demandé le Modérateur.  Il faut, dans un premier temps, identifier les obstacles qui empêchent d’intégrer l’économie formelle, a répondu le Ministre de l’Italie, évoquant notamment le problème d’accès aux services de base comme l’eau, ainsi que le défaut d’éducation qui empêche certaines personnes d’obtenir un emploi « normal ».  Il faut aussi mieux concevoir les systèmes fiscaux pour éviter les pressions trop élevées sur certaines personnes.  L’économie informelle existe en partie pour éviter les charges fiscales, a-t-il fait valoir.  Il a aussi évoqué la migration et a appelé à la pleine application des règles par les parties nationales. 

C’est exactement ce que nous essayons de faire au Sri Lanka en déployant différentes stratégies pour attirer les travailleurs vers le secteur formel, a commenté le Ministre sri-lankais.  Il a expliqué que le secteur touristique, qui est en plein essor, voit se multiplier des activités informelles, comme la location non-déclarée de maisons d’hôtes.

Sur ces commentaires, la représentante de l’OIT a souligné que la protection sociale est un droit humain et un besoin économique, mais que 55% de la population mondiale en est exclue en raison d’un manque d’investissements et de volonté politique.  Il faut donc mobiliser des ressources nationales par l’intermédiaire de l’imposition fiscale et appuyer l’extension des systèmes d’assurance sociale pour les travailleurs du secteur informel.  Il faut aussi créer plus de liens avec le secteur privé et les organisations d’employeurs, et privilégier, à l’instar d’une politique récemment adoptée en France, le devoir de vigilance.

Dialogue ministériel II: « Mobiliser le financement pour l’action climatique »

La Modératrice de la discussion Mme SATU SANTALA, Directrice générale de « Development Policy » en Finlande, a prié M. RICHARD CANTOR, Membre du Groupe spécial du financement du climat à Moody’s, de présenter l’action de son groupe.  Celui-ci a commencé par poser la question suivante: « qui va financer l’investissement climatique? »  Les banques et les acteurs du privé vont le faire, a-t-il assuré, mais ils ont besoin de mécanismes incitatifs qui n’existent pas encore.  Cependant, ce manque est en train d’être comblé.  Plus de 1 100 milliards de dollars de financement vert ont été recensés par le Groupe spécial de financement, a-t-il poursuivi en dénombrant plus de 600 organisations qui ont entériné ses recommandations.  Le Groupe présentera un rapport de mise en œuvre au prochain sommet du G20.  Le panéliste s’est réjoui de voir que les marchés comprennent mieux les risques et les opportunités environnementaux.  Les agents du marché, comme Moody’s, adoptent une approche plus méthodologique sur la question climatique et ses incidences sur les marchés.  Comme on n’a plus le temps de s’atermoyer, il y a un élan positif du marché sur la question du climat, a-t-il constaté.

La Modératrice a ensuite invité M. PETER ERIKSSON, Ministre de la coopération internationale pour le développement de la Suède, à parler du rôle de la coopération entre le secteur public et les marchés en matière de mobilisation de financements pour le climat.  Le privé doit recevoir un message clair, a répondu celui-ci en soulignant la nécessité de disposer d’un cadre législatif et d’un mécanisme d’incitation.  En Suède, cela a permis d’obtenir d’importants financements dans l’éolienne et l’énergie propre.  Le Ministre a fait valoir la loi sur le climat adoptée dans son pays, en plaidant pour la prise en compte de l’action climatique dans la planification nationale et la budgétisation.  Il faut supprimer la subvention de l’énergie fossile, a-t-il ajouté en prédisant que cela changera beaucoup de choses.  Il a misé sur l’Accord de Paris, qui fournit de nouvelles pistes pour renforcer l’action climatique.  « Nous devons rejeter la politique politicienne si nous voulons atteindre nos objectifs. » 

M. AIYAZ SAYED-KHAIYUM, Ministre de l’économie, de la justice, du service public et des communications des Fidji, a dit que pour mobiliser le financement climatique, il est important que les États puissent susciter des perspectives de financement.  Nous avons besoin de quelque 9 milliards de dollars pour l’action climatique dans les prochaines années, a-t-il indiqué, avant de mentionner le fonds spécial climat dans son pays, qui finance les projets de relocalisations des villages dont plus de 40 sont menacés.  Le Ministre a également recommandé aux pays de procéder à l’examen de leur vulnérabilité environnementale.  Les Fidji ont créé une obligation environnementale cotée à la bourse de Londres, a-t-il poursuivi.  Pour le Ministre, le financement mixte est nécessaire si l’on veut financer efficacement les différents projets climatiques.  La question climatique ne peut réussir que si elle est traitée par tous les ministères, a-t-il ajouté. 

M. NIGUEL CLARKE, Ministre des finances et du service public de la Jamaïque, a parlé de l’expérience de son pays très endetté, qui a pris des mesures pour réduire l’endettement à moins de 50% du PIB.  C’est dans ce cadre que nous menons notre action climatique, a-t-il expliqué.  Il a notamment précisé que la Jamaïque déplace les priorités en cas de catastrophes pour affecter les ressources aux situations les plus urgentes.  Une certaine marge budgétaire est également prévue pour les événements climatiques et il existe un compte spécial pour les situations d’urgence.  Le pays a aussi accès à des prêts auprès de certains partenaires, ce qui fait qu’en cas de catastrophes, le Gouvernement est prêt à agir tout de suite.  Ces ressources ne couvrent cependant pas tous les coûts climatiques, a reconnu le Ministre, avant d’indiquer de discuter avec des partenaires bilatéraux sur la possibilité de mettre en place des primes sur les transactions qui seraient utilisées en cas de catastrophe.  

« Comment envisagez-vous l’adaptation et le financement de la résilience? » a ensuite demandé la Modératrice au Ministre de l’économie, de la justice, du service public et des communications des Fidji.  Nous avons mis en place un projet sur l’eau, a d’abord répondu celui-ci en précisant avoir obtenu pour cela un prêt de 32 millions de dollars du Fonds vert pour le climat.  Avec l’agence du développement du Japon (JICA), nous avons en outre mis en œuvre un projet de préservation du sol.  En ce qui concerne le secteur privé, il doit être en mesure d’évaluer le retour sur investissement, a-t-il estimé, même s’il ne faut pas s’attendre à des taux élevés.

Abordant le thème de la « résilience climatique », M. YANNICK GLEMAREC, Directeur exécutif de « Fonds vert pour le climat », a parlé des instruments politiques et des outils nécessaires pour débloquer les ressources financières.  Le Fonds travaille avec les secteurs privé et public, ainsi qu’avec la société civile, a-t-il indiqué.  Il verse une subvention pour aider les pays notamment à développer leur action climatique.  « Nous sommes prêts à prendre des risques plus importants pour canaliser les financements dans la technologie au service du climat », a-t-il précisé.  Le Directeur exécutif a aussi parlé d’exemples de coopération avec l’Égypte sur l’énergie solaire, avec le Kenya sur l’agriculture verte.  Il a conseillé d’utiliser des coalitions de partenaires de différentes régions.  Le Fonds s’engage à codifier les différentes expériences et à les partager avec les membres de la communauté internationale.

Pour garantir la résilience, le Ministre des finances et du service public de la Jamaïque, a relevé qu’il fallait d’abord avoir un budget pour garantir les dépenses urgentes et investir dans la couverture des risques.  De son côté, le membre du Groupe spécial du financement du climat à Moody’s a voulu examiner les différentes approches possibles pour l’investissement dans la résilience. Il faut avant tout des projets finançables qui puissent attirer le secteur privé, a estimé pour sa part le Ministre de l’économie, de la justice, du service public et des communications des Fidji.  Le secteur des assurances doit aussi être impliqué dans le transport, la construction, les infrastructures durables, a-t-il ajouté.  Il a dit que son pays en aidait d’autres pour ce qui est de l’économie bleue.  Autre mesure dans son pays: chaque fois qu’un avion de la compagnie nationale atterrit et décolle, la compagnie plante un arbre.  Les compagnies étrangères sont priées de faire de même.  « Nous avons dans ce secteur une approche transfrontière car les changements climatiques n’ont pas de frontières. »

Une représentante de la société civile a abordé la question sous un autre angle en disant que les pays développés doivent venir en aide aux pays en développement sur l’action climatique.  En outre, il existe des moyens d’obtenir des financements sur l’action climatique en éliminant les subventions de l’énergie fossile et en réduisant les dépenses militaires, a-t-elle fait remarquer avant de demander que le financement climatique soit sensible au genre.  Le Népal a insisté sur le fait que l’action climatique repose sur le développement de capacités, ce qui nécessite des ressources financières.  Les pays en développement ont besoin de financement pour leur adaptation, a enchaîné Belize avant d’appeler la communauté internationale et le système des Nations Unies à apporter une réponse aux besoins de développement des pays en développement et des PMA.

La question la plus importante est le temps, a conclu le Ministre suédois de la coopération internationale pour le développement.  La situation doit être abordée ensemble pour que les pays ne se sentent pas abandonnés, a-t-il aussi fait observer.  

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