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DH/5436
1 mai 2019
Dix-huitième session, 15e séance – matin

Instance permanente: les délégations autochtones appellent à la défense de leurs droits et réclament un appui plus ferme du Secrétaire général

La poursuite, ce matin, des travaux de l’Instance permanente sur les questions autochtones a été marquée par les réactions à l’intervention du Président du Congrès mondial des Ouïghours, l’appel à un appui plus ferme du Secrétaire général ainsi que par une vive dénonciation de l’absence de répudiation de la doctrine de la découverte. 

L’Instance permanente sur les questions autochtones s’était réunie pour poursuivre son examen des activités menées dans les six domaines d’action en relation avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et la suite donnée au Document final de la Conférence mondiale sur les peuples autochtones.

Les six domaines en question sont la gouvernance autochtone, les processus internationaux, les technologies de l’information et des communications, les femmes et filles autochtones, les défenseurs autochtones des droits de la personne, les institutions nationales de défense des droits de l’homme, les conflits, la paix et la sécurité et les peuples autochtones et entreprises.

L’Instance a notamment entendu le Président du Congrès mondial des Ouïghours, M. Dolkun Isa, vigoureusement dénoncer la répression politique exercée par la Chine contre son peuple dont des milliers, a-t-il affirmé, sont emprisonnés et disparaissent dans des camps de concentration. 

« Je suis moi-même sans nouvelle de ma famille depuis deux ans et ai appris le décès de ma mère, déportée il y a 25 ans, sans avoir pu entendre sa voix une dernière fois », a-t-il indiqué.  « La Chine, a-t-il accusé, veut éliminer la langue ouïghoure en imposant à sa place le mandarin, tandis que la liberté politique, religieuse et civique est bafouée. » 

La Chine a exprimé son « vif mécontentement » suite à cette déclaration, accusant même M. Isa d’être un terroriste et le Congrès mondial des Ouïghours d’être « un groupe affilié à une organisation figurant sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité » qui ne serait pas non plus dotée du statut consultatif auprès du Conseil économique et social (ECOSOC). 

« Faux », a rétorqué la délégation des États-Unis qui a souligné que le Congrès mondial des Ouïghours, « qui défend la liberté de tous les Ouïghours », fait un travail important de défense des droits de l’homme.  « Critiquer les actions du Gouvernement chinois n’est pas un acte de terrorisme », ont ajouté les États-Unis pour lesquels le représentant de l’ONG n’aurait jamais pu pénétrer au Siège des Nations Unies, obtenir le visa américain et la nationalité allemande s’il était un terroriste.  Le représentant de l’Allemagne s’est d’ailleurs enorgueilli de pouvoir compter un Ouïghour parmi sa délégation et a insisté sur l’importance de parler du destin et de garantir la sécurité de ce peuple. 

Le représentant des Tatars de Crimée est également intervenu pour dénoncer l’invasion et l’occupation de la Crimée par la Russie et a recommandé à l’Instance de faire respecter les droits des peuples autochtones en situation d’occupation et de conflit.  La teneur politique de certains de ces discours a toutefois préoccupé Mme Zhang Xiaoan, membre de l’Instance permanente, qui a demandé aux délégations de ne pas politiser les débats.

La réunion d’aujourd’hui a également été marquée par l’intervention de « Seventh Generation Fund for Indigenous Peoples » qui a vivement dénoncé le fait que malgré leurs bonnes paroles, aucun État au monde n’avait, à ce jour, répudié la doctrine de la découverte.  « Pire encore, que ce soit en Australie, en Nouvelle-Zélande ou ailleurs, les États dépensent actuellement des dizaines de millions de dollars pour organiser des reconstitutions historiques des “découvertes”.  Ces célébrations d’invasions culturelles parrainées par les États doivent cesser », s’est insurgée la représentante, qui a demandé à l’Instance d’exhorter les États Membres à aider les peuples autochtones à lancer des activités dans les six domaines d’action.

Pour sa part, l’Église épiscopale a assuré avoir renoncé à la doctrine de la découverte et avoir traduit ses chants, rites et hymnes dans toutes les langues des peuples autochtones membres de l’Église.  Le Népal a également mis en avant son travail dans le domaine linguistique, précisant que sur les 123 langues autochtones recensées dans le pays, 24 sont déjà enseignées et dotées de manuels scolaires.  Ces efforts ont été salués par M. Les Malezer, membre l’Instance, qui a toutefois appelé à aller plus loin, notant que 43% des langues du monde sont menacées de disparition, et avec elles, les connaissances, les pratiques et les expressions culturelles qui préservent la biodiversité. 

De son côté, Mme Terri Henry, membre de l’Instance permanente, s’est préoccupée du sort des peuples autochtones migrants à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, soulignant que les autorités américaines doivent respecter leur droit de parler leurs langues et d’avoir des services d’interprétariat. 

D’autres États Membres sont également intervenus pour faire le point sur les efforts déployés au niveau national en faveur des communautés autochtones.  Le Paraguay s’est ainsi doté d’un plan de développement national qui comporte un volet consacré aux 120 000 autochtones du pays, ainsi que du programme Tekopora qui cherche à rompre la pauvreté intergénérationnelle.  Le Viet Nam se concentre sur le développement socioéconomique dans les « zones ethniques » en investissant dans les infrastructures et en octroyant des terres aux peuples autochtones.  Le Gouvernement a aussi fait adopter des lois interdisant l’exclusion et la discrimination des peuples autochtones notamment de l’administration locale et nationale.  Les Philippines ont également dressé une liste de leurs domaines d’action, se disant notamment fières que la culture philippine soit enrichie par celles des peuples autochtones. 

« Certes, mais vos actions n’ont aucun impact sur le terrain », a réagie la représentante des autochtones des Philippines, qui a regretté la dispersion des services de l’État chargés de la question autochtone et leur inefficacité pour traiter les problèmes quotidiens des autochtones, notamment en ce qui concerne l’invasion de leurs terres par les sociétés de l’industrie du bois.

Le représentant des Massaïs du Kenya a dénoncé la perte écologique et la dégradation des moyens de subsistance subies par son peuple à la suite de l’implantation de Tata Chemicals Magadi Soda Company sur le territoire de Magadi « sans le consentement préalable des Massaïs ».  Pour sa part, l’« Assyrian Aid Society », de l’Iraq, a exhorté le Gouvernement iraquien à veiller à ce que les terres autochtones ne deviennent pas des champs de bataille dans le cadre de la lutte contre Daech.

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a jugé crucial de transmettre les connaissances autochtones qui sont essentielles à la survie des peuples autochtones et à la préservation de l’environnement.  L’exploitation à des fins commerciales des connaissances et des terres autochtones a également préoccupé Cuba, qui a par ailleurs dénoncé la lenteur de la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies des droits des peuples autochtones.

La représentante de « Kolonialismo Osteko Ikasketa Zentroa » et son homologue de Colombie ont aussi demandé à l’Instance de mener des études sur l’impact des projets miniers sur les conditions de vie des peuples autochtones, la disparition des langues autochtones, et des conséquences des migrations.  Plus de 35 groupes autochtones colombiens sont menacés de disparition à terme, a alerté le représentant, à cause des violations de leurs droits sur la terre, la santé et la subsistance.

La représentante des tribus de Standing Rock a signalé qu’un projet d’oléoduc de 1 900 km menace des sites sacrés, avant que la délégation d’« Aim West » annonce la création d’une coalition pour la protection de l’eau.  « Il faut en finir avec la pollution de l’eau ou la pollution de l’eau nous achèvera », a notamment tonné ce représentant.

S’agissant de la suite donnée au Document final de la Conférence mondiale sur les peuples autochtones, si le Canada a assuré s’efforcer d’aligner sa législation à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, Mme Zhang Xiaoan, membre de l’Instance, s’est inquiétée du décalage entre les objectifs du Document final de la Conférence et leur mise en œuvre par les États Membres. 

La représentante des organisations autochtones du Honduras s’est plus particulièrement inquiétée du sort des femmes autochtones et a voulu que l’Instance interpelle le Gouvernement sur son projet de loi sur les peuples autochtones qui est en cours d’examen à l’Assemblée nationale sans consultation des peuples autochtones.  Le représentant des organisations autochtones du Mexique a dénoncé l’absence de loi sur le consentement, donné librement et en toute connaissance de cause. 

Le Parlement sami de Finlande a recommandé à l’Instance permanente de convoquer une réunion d’experts sur les bonnes pratiques afin de lutter contre l’ignorance des peuples autochtones dans les programmes scolaires et universitaires ainsi que dans les médias.  L’Instance a également été appelée à nommer un expert sur le suicide chez les jeunes autochtones, le phénomène atteignant des taux particulièrement élevés dans ces communautés.

Enfin, le représentant de l’« Indigenous World Association » a remarqué que le Secrétaire général n’avait pas participé à cette dix-huitième session dont le thème est « Connaissance traditionnelle: développement, transmission et protection ».  Contrairement à ses deux prédécesseurs, il n’est venu ni à la séance d’ouverture ni aux manifestations parallèles, a dénoncé le représentant, qui a prié M. António Guterres de « manifester un appui plus ferme au travail de l’Instance et d’être beaucoup plus présent et plus visible ». 

L’Instance permanente tiendra sa prochaine réunion vendredi 3 mai, à partir de 15 heures. 

 

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