Conseil de sécurité: inquiétudes face à l’absence de formation d’un gouvernement de transition au Soudan du Sud

CS/14055
17 décembre 2019
8689e séance – après-midi

Conseil de sécurité: inquiétudes face à l’absence de formation d’un gouvernement de transition au Soudan du Sud

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan du Sud a dressé, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, un état des lieux de la situation dans ce pays qui témoigne, selon lui, d’un manque de volonté politique de parvenir à la paix que souhaite la population civile.

Alors qu’un tiers de la période de prolongation de 100 jours de la période de prétransition au Soudan du Sud s’est déjà écoulé, M. David Shearer a notamment averti que ce nouveau délai a provoqué une nouvelle désillusion pour les citoyens du pays qui considèrent que bien peu de progrès ont été faits.

Le cessez-le-feu tient et apaise les tensions, avec moins de victimes civiles et d’enlèvements, a-t-il relevé, mais les combats continuent avec des pics de violence politique par endroit.  Surtout, la décision de reporter par deux fois la désignation d’un gouvernement de transition a érodé les espoirs et la confiance et laissé penser qu’il manquait aux parties une volonté d’aboutir, a ajouté le responsable, qui a mis en garde contre un nouveau basculement dans la violence.

Dans deux mois, a-t-il enchaîné, l’arrivée de la saison sèche qui a toujours favorisé les combats, coïncidera avec le délai imposé aux dirigeants qui devront dire s’ils sont prêts à établir un gouvernement de transition pour envisager l’avenir et des élections d’ici à trois ans.  Les retards et les inondations ayant attisé les tensions, tout choix mal avisé pourrait créer les conditions idoines pour une tempête parfaite, a averti le Représentant spécial.

Parmi les signes encourageants, M. Shearer a cité la présence à Djouba de M. Riek Machar -exilé au Soudan voisin– même si ce dernier ne s’est toujours pas vu délivrer de passeport sud-soudanais.  Si les parties veulent avancer elles le peuvent: c’est une question de volonté politique et d’esprit de concessions, a insisté le Représentant spécial.  En attendant, la première occasion de déterminer si cette volonté politique existe sera l’évaluation, attendue début janvier, des progrès accomplis au bout de 50 jours de prolongation dans plusieurs domaines clefs, à commencer par la réduction des forces. 

Mais pour l’heure, chaque partie est soupçonnée de mobiliser ses forces pour la guerre, s’est-il inquiété, affirmant qu’en privé, les partisans de chaque partie conviennent qu’ils se tiennent prêts à reprendre les armes.

Lors de la récente visite du Conseil sur le terrain, les dirigeants se sont d’ailleurs accusés les uns les autres de l’absence de progrès sans parvenir à exprimer publiquement leur engagement en faveur du cessez-le-feu, a d’ailleurs déploré la délégation des États-Unis, qui a affirmé avoir « perdu confiance » dans les dirigeants du Soudan du Sud et ne plus être convaincue de leur volonté de répondre aux besoins de la population.

« Le manque de progrès est flagrant », a asséné la représentante des États-Unis qui, à l’instar de nombreuses délégations, a regretté qu’aucun compromis n’a été trouvé sur les frontières des États, une question « centrale », comme l’a souligné la France.

De son côté, la Présidente du Comité mis en place, conformément à la résolution 2206 (2015) concernant le Soudan du Sud, Mme Joanna Wronecka, qui s’est rendue sur place début octobre, s’est dite convaincue que la pleine application de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud, en particulier s’agissant des arrangements de sécurité temporaires, est cruciale pour la stabilité du pays.  Elle a également regretté que les pays de la région ne prennent pas de mesures concrètes pour appliquer les sanctions décrétées par le Conseil de sécurité, concernant notamment l’embargo sur les armes et le libre déplacement de personnes normalement frappées d’interdiction de voyager.

S’exprimant aussi à titre national, la représentante de la Pologne a dénoncé l’absence totale de reddition de comptes, et signalé, comme l’a fait notamment la Belgique, que des individus auteurs de crimes et de graves crimes, violations et d’abus contre des enfants ont pu être renommés à des fonctions officielles, encourageant ainsi une culture d’impunité.  Avec la France et la République dominicaine notamment, l’Allemagne a aussi dénoncé le recrutement d’enfants par des groupes armés et la perpétuation de violences sexuelles, même si celles-ci tendent à baisser. 

Pour la Fédération de Russie en revanche, il est inutile de « dramatiser »: prolonger la période de prétransition était indispensable et la réduction des affrontements, comme l’acheminement de l’aide humanitaire, ont déjà eu une influence positive sur le retour des réfugiés.  La délégation russe a également appelé à s’abstenir de toutes sanctions, affirmant que l’embargo sur les armes avait déjà eu des répercussions négatives sur le maintien de la sécurité.

La Chine aussi a salué « d’importants progrès » depuis la signature de l’Accord revitalisé.  La délégation a appelé à épauler les autorités du Soudan du Sud en s’appuyant sur les organisations régionales comme l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD – (S/2019/936)

Déclarations

M DAVID SHEARER, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan du Sud, a indiqué qu’à ce jour, un tiers de la période de prolongation de 100 jours de la période de prétransition au Soudan du Sud s’était déjà écoulé.  Même si ce nouveau délai a permis d’apaiser les tensions parce que le cessez-le-feu a tenu, il a cependant provoqué une nouvelle désillusion pour les citoyens du Soudan du Sud qui considèrent que bien peu de progrès ont été faits.

M. Shearer a signalé qu’en optant pour la paix l’an dernier, les parties ont lancé un processus de transformation qui a déjà porté ses fruits avec moins de victimes civiles et d’enlèvements.  Même si la violence sexuelle demeure un problème atroce, 295 victimes ont été enregistrées en 2019 contre 1 300 signalées l’an dernier et au moins 645 000 personnes déplacées ont par ailleurs pu regagner leur foyer.

Mais la décision de reporter par deux fois la nomination d’un gouvernement de transition a érodé les espoirs et la confiance et laissé penser qu’il manquait aux parties une volonté politique, a poursuivi le responsable.  Selon lui, deux voies s’ouvrent dorénavant au pays: la première consisterait à former un nouveau gouvernement d’unité qui rétablirait la confiance et la paix, permettrait le retour des déplacés et, à terme, la tenue des élections.  L’alternative serait une incapacité des parties à aboutir et un nouveau basculement dans la violence, a dit M. Shearer qui a mis en garde contre des « souffrances immenses » pour la population et un pays privé d’avenir.  « Tel est le choix à faire maintenant, pour les générations futures », a-t-il insisté.

Le Représentant spécial a indiqué que les soutiens au Soudan du Sud n’ont pas manqué tout au long des trois derniers mois: l’Ouganda a accueilli un sommet tripartite et des réunions de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) sans compter les visites de son Président ainsi que du vice-président sud-africain.  Pour sa part, l’Union africaine a gardé l’œil en permanence sur la situation et les 15 membres du Conseil de sécurité se sont rendus à Djouba pour y rencontrer les parties sur leur terrain.

M. Shearer a aussi dit que la présence de M. Riek Machar à Djouba depuis cinq jours et ses discussions en tête à tête avec M. Salva Kiir ont redonné espoir.  « On peut toujours trouver de bonnes raisons pour justifier un nouveau retard mais si les parties veulent avancer elles le peuvent: c’est une question de volonté politique », a-t-il insisté. 

Selon le Représentant spécial la première occasion qui permettra de déterminer si cette volonté politique existe sera l’évaluation, début janvier, des progrès accomplis au bout de 50 jours dans plusieurs domaines clefs, à commencer par la réduction des forces.  Il a aussi insisté sur l’importance d’accélérer la formation et l’unification des forces nationales, se préoccupant toutefois du fait que seulement 76 000 soldats ont été cantonnés et que souvent, les combattants abandonnent les sites de cantonnement pour se nourrir.  De plus chaque partie est soupçonnée de mobiliser ses forces dans la perspective de combats.  M. Shearer a aussi indiqué que le Comité de travail sur la prétransition doit veiller à acheminer les ressources là où elles sont nécessaires mais que la transparence du financement est nécessaire pour atténuer les soupçons, comme l’ont rappelé les Nations Unies, l’UA et l’IGAD.  Il importe également de résoudre la question du statut de Riek Machar qui attend toujours de se voir délivrer un passeport sud-soudanais, a enchaîné le Représentant spécial qui a toutefois qualifié d’encourageante la présence de ce dernier à Djouba depuis cinq jours.

En outre, les parties sont encore divisées au sujet du tracé des frontières et donc sur l’accès aux ressources et ces divisions sont de plus en plus liées à l’appartenance ethnique.  M. Shearer a appelé les parties à examiner ces questions de façon ouverte et à « accepter une solution qui ne sera idéale pour personne ».  Il a en outre estimé que cette question ne devrait pas être l’objet d’un référendum qui, a-t-il expliqué, serait beaucoup trop onéreux et risquerait d’aggraver les divisions ethniques. 

Quand on rencontre les différentes parties, le message est toujours le même: personne ne veut reprendre la voie de la guerre, a enchainé M. Shearer.  Mais en privé, certains responsables reconnaissent qu’ils sont prêts à prendre les armes si leurs leaders le leur ordonnent.  Jusqu’ici le cessez le feu a été respecté mais il faut rester vigilant, a-t-il prévenu.  Un pic de violence communautaire peut déboucher sur des violences politiques plus graves comme on l’a vu autour de Maiwut, et ce sont toujours les civils qui en payent le prix. 

Il a également cité les inondations qui ont touché 900 000 personnes et indiqué que dans le cadre de sa réponse d’urgence le Programme alimentaire mondial (PAM) a utilisé les stocks prépositionnés pour 2020 et que 72 000 tonnes de vivres avaient été perdues.  Cette situation signifie que les besoins seront importants pour venir en aide à 5,6 millions de personnes, pour un coût de 1,5 milliard de dollars, a prévenu M. Shearer.

Dans deux mois, a-t-il enchaîné, l’arrivée de la saison sèche qui a toujours favorisé les combats, coïncidera avec le délai imposé aux dirigeants qui devront dire s’ils sont prêts à établir un gouvernement de transition pour envisager l’avenir et des élections d’ici à trois ans.  Les retards et les inondations ayant attisé les tensions, tout choix mal avisé pourrait créer les conditions idoines pour une tempête parfaite, a averti le Représentant spécial, insistant sur l’importante responsabilité qui revient aux dirigeants de mettre un terme à la crise.

Mme JOANNA WRONECKA, Présidente du Comité mis en place conformément à la résolution 2206 (2015) concernant le Soudan du Sud, a détaillé la visite qu’elle a effectuée au Soudan du Sud, en Ouganda, au Soudan et en Éthiopie du 6 au 15 octobre 2019 afin notamment de mieux se rendre compte de la mise en œuvre des sanctions et de renforcer la coopération avec les États concernés. 

Sur le plan politique, elle s’est dit convaincue que la pleine application de l’Accord revitalisé, en particulier s’agissant des arrangements de sécurité temporaires, est cruciale pour la stabilité du pays.  Déplorant les violences de la « terrible guerre civile » au Soudan du Sud, elle a souligné, avec une vive préoccupation, l’absence de toute reddition de comptes.  « Lors de ma visite à Djouba, Bentiu et Yei, certains de mes interlocuteurs ont indiqué que les communautés dans le pays ne comprennent pas pleinement ce régime de sanctions », a-t-elle dit. 

Elle s’est inquiétée du fait que la région ne prend pas les mesures concrètes s’agissant de la mise en œuvre des sanctions et a encouragé les pays voisins à conduire les inspections en application de la résolution 2428 (2018) concernant l’embargo sur les armes.  « Il est également déplorable que des individus visés par des sanctions continuent de se déplacer sans entraves dans la région, parfois grâce à des passeports de pays de la région. » Dans seulement un très petit nombre de cas, les États ont transmis au Comité les demandes d’exemptions d’interdiction de voyager. 

La Présidente a ensuite rappelé le rapport intérimaire soumis par le Groupe d’experts sur le Soudan du Sud et exhorté les pays de la région à renforcer leur coopération avec ledit groupe et le Comité.  Elle a ensuite détaillé les réunions tenues par le Comité durant l’année écoulée, mentionnant notamment l’exposé fait en août dernier par la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit.  Elle a également indiqué que depuis son dernier exposé devant ce Conseil, le Comité a reçu quatre demandes d’exemption à l’embargo sur les armes, qui ont toutes été accordées.  Aucune demande d’exemption aux interdictions de voyager n’a été reçue.

Enfin, la Présidente a exhorté les États Membres à renforcer leur engagement avec le Comité, à rechercher des clarifications sur les mesures et procédures d’exemption et à lui soumettre leurs demandes en exemption. 

Mme KELLY CRAFT (États-Unis) a indiqué que son pays et la communauté internationale ont « perdu confiance » dans les dirigeants du Soudan du Sud et ne sont plus convaincus de leur volonté de répondre aux besoins de la population, qui aspire à la paix.  Lors de la récente visite du Conseil sur le terrain, a-t-elle noté, les dirigeants se sont accusés les uns les autres de l’absence de progrès sans parvenir à exprimer publiquement leur engagement en faveur du cessez-le-feu.  Depuis un mois que le délai a été accordé, les progrès sont limités, les parties sont officiellement engagées à trouver des modalités de sécurité pour le cantonnement de leurs troupes, mais il existe des informations crédibles faisant état de recrutement des deux côtés.  En outre des bâtiments civils sont toujours occupés et Djouba reste militarisée.

Aucun compromis n’a été trouvé sur les frontières des États, a encore regretté Mme Craft.  Aux appels à l’application du principe de responsabilité, le Gouvernement répond en nommant à des postes des personnes accusées de crimes graves.  Les violations des droits de l’homme, notamment ceux des enfants, se poursuivent et les conseils d’experts sont ignorés.  Des dirigeants ont autorisé, pour certains d’entre eux, des dépenses de santé qui dépassent les dépenses de santé de tout le pays, s’est-elle indignée.  En outre, les femmes sont empêchées de participer au processus de paix, tandis que la sécurité des travailleurs humanitaires est menacée et leur accès au terrain entravé.

« Le manque de progrès est flagrant », a asséné la représentante.  Or, la prolongation du délai de 100 jours doit permettre aux dirigeants de s’engager en faveur d’un gouvernement d’unité.  Si l’Accord de paix revitalisé est véritablement mis en œuvre, il peut garantir la paix et la sécurité, a-t-elle dit, mais pour que des progrès tangibles soient constatés, les pays de la région doivent s’assurer que les dirigeants rendent de comptes.  Toute la région souffrira si le processus de paix échoue, a-t-elle mis en garde.  « Il faudra davantage que des mots pour parvenir à la paix. »  Ainsi, les parties doivent s’engager à garantir un accès humanitaire sans entrave et sans délai.  Enfin, a fait valoir Mme Craft, la volonté des groupes armés de s’en prendre aux civils justifie un embargo strict sur les armes et le maintien des sanctions.  De plus, si les dirigeants s’avèrent incapables d’appliquer les clauses de l’Accord, il conviendra d’envisager un régime des sanctions élargi.  À ce stade, c’est la crédibilité des dirigeants du Soudan du Sud qui est remise en question, a conclu la représentante américaine.

M. XOLISA MFUNDISO MABHONGO (Afrique du Sud), s’exprimant au nom des trois pays africains membres du Conseil de sécurité, Afrique du Sud, Guinée équatoriale et Côte d’Ivoire (A3), a déclaré que l’Accord revitalisé continuait d’être la « lueur d’espoir » et le « gouvernail » qui guidera la reconstruction du Soudan du Sud et apportera la paix et la stabilité au pays.  Pour cette raison, la prorogation de la période de prétransition pour une durée de 100 jours supplémentaires est une aubaine qui devrait permettre au gouvernement de progresser sur les questions contentieuses, dont la résolution est nécessaire à la pleine mise en œuvre de l’Accord revitalisé.  Parmi celles-ci, il y a notamment les questions portant sur les arrangements de sécurité et les frontières.  Les A3 encouragent les parties, et plus particulièrement Salva Kiir et Riek Machar, à continuer le dialogue en se saisissant des cadres de l’Union africaine et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).  Les A3 demandent aussi à cette dernière organisation de régler la question du statut final de Riek Machar. 

Le représentant a ensuite estimé que bien que les progrès dans la mise en œuvre de l’Accord revitalisé demeurent limités, le maintien de la cessation des hostilités est encourageant.  Pour cette raison, les A3 appellent au maintien du cessez-le-feu pour le bien des populations.  IL a appelé tous les groupes de rejoindre le processus politique et en particulier l’IGAD à faire en sorte que Thomas Cirillo et Paul Malongo rejoignent l’Accord revitalisé.  Les A3 saluent par ailleurs l’intention du Gouvernement de débloquer 40 millions de dollars pour la mise en œuvre de cet Accord.  Ils l’encouragent enfin à continuer sa lutte contre les graves défis auxquels est confronté le pays, en particulier les violences sexuelles et les violations des droits de l’homme.  Les auteurs doivent être tenus responsables, a conclu le représentant, appelant aussi la communauté internationale à continuer d’apporter son assistance aux plus vulnérables au Soudan du Sud. 

M. JUERGEN SCHULZ (Allemagne) a déclaré que de toute évidence, le processus de paix au Soudan du Sud se trouve à une étape cruciale.  Il est donc nécessaire de surpasser les obstacles, en réglant des questions clefs sur les arrangements de sécurité et les frontières, a dit le représentant.  Il a également souligné le rôle primordial des organisations régionales dans la résolution de la situation.  L’Allemagne se félicite des pressions que ces dernières exercent sur les parties.  Elle souhaite aussi que l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) partage avec le Conseil de sécurité son rapport à mi-parcours. 

Par ailleurs, l’Allemagne qui vient de contribuer à hauteur de cinq millions de dollars au Fonds d’affectation spéciale pour la résilience de la MINUSS estime aussi que les questions humanitaires et des droits de l’homme doivent être une priorité.  À ce titre, M. Schulz a dit que le recrutement des enfants par les groupes armés doit cesser, de même que les violences sexuelles.  Les auteurs doivent être tenus responsables, a-t-il encore plaidé.

Mme ANNE GUEGUEN (France) a regretté que la formation du Gouvernement de transition ait été à nouveau reportée.  « Ce report doit être le dernier », a prévenu la délégation, ajoutant qu’il était indispensable de rester sur le chemin tracé par l’Accord revitalisé.  « C’est la seule option dont nous disposons. »  Pour cette raison, la France demande au Gouvernement sud-soudanais et à l’opposition d’utiliser les 65 prochains jours pour créer les conditions nécessaires à la formation d’un gouvernement d’unité nationale.  « Même si tout ne pourra pas être réglé en 65 jours », la question des frontières intérieures est « centrale » dans ce conflit, a poursuivi la représentante, appelant les parties à faire, à court terme, preuve d’un esprit de compromis et s’engager sur le nombre d’États et sur un mécanisme de négociation.  La question du statut final de M. Riek Machar doit également être réglée et un passeport lui être délivré, a plaidé la délégation. 

Mme Gueguen a également déclaré que la paix ne pourra être durable que si elle est inclusive.  Cela signifie que la participation des femmes et le respect des quotas prévus par l’Accord sont essentiels.  Pour cette raison, la France appelle les garants de cet accord, ainsi que les acteurs régionaux à ne ménager aucun effort.  Car, selon elle, seule une pression régionale concertée pourra inciter les parties à faire des concessions nécessaires.  Il serait enfin important de réfléchir au meilleur moyen pour les Nations Unies d’appuyer les efforts régionaux, a conclu la représentante. 

M. JOSÉ MANUEL TRULLOLS YABRA (République dominicaine) s’est dit préoccupé par la prolongation de la période transitionnelle et par le fait que l’Accord de paix reste, dans une large mesure, non appliqué.  La mise en œuvre de cet accord est « une obligation morale et éthique aux innombrables avantages sociopolitiques et économiques pour la population » sud-soudanaise, a insisté le représentant.  À cet égard, il a salué la récente réunion entre le Président Kiir et M. Machar, qui ont annoncé leur décision de former le Gouvernement d’union nationale même s’ils ne parviennent pas à résoudre tous leurs différends avant la date limite.

Néanmoins, M. Trullols Yabra a regretté que ce scénario soit assombri par les tensions intercommunautaires ainsi que par la grave situation humanitaire.  Aussi, a-t-il jugé nécessaire de lancer des programmes pour le développement de la résilience et l’atténuation des risques liés aux changements climatiques.  Il a en outre lancé un appel pour que des mesures soient adoptées afin de mettre un terme aux violences sexuelles et au recrutement d’enfants soldats, ainsi que pour la signature du mémorandum d’accord sur le Tribunal mixte pour le Soudan du Sud.  À cet égard, il a salué les forces pro-Machar pour la mise en place des plans d’action relatifs à la violence sexuelle et félicité la MINUSS pour la coordination des cours mobiles dans les zones ayant un accès limité à la justice et pour son rapprochement avec la police sud-soudanaise.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a déclaré que la réunion qui a eu lieu la semaine dernière entre Salva Kiir et Riek Machar marque un pas important dans la mise en œuvre de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud.  Ces rencontres en face à face sont des mesures de confiance extrêmement précieuses mais elles ne sauraient remplacer la mise en œuvre globale des dispositions de l’Accord de paix, a-t-elle néanmoins souligné, surtout pour ce qui est des arrangements sécuritaires et du nombre d’États et de leur frontière.  La représentante a affirmé que les citoyens du Soudan du Sud attendent un gouvernement transitionnel inclusif et fonctionnel et a demandé à tous les signataires de l’Accord de travailler ensemble dans un esprit de compromis et de bonne foi.

La représentante s’est dite préoccupée par la lenteur dans la mise en place des arrangements nécessaires et a dit déceler un manque de volonté politique de la part des signataires de l’Accord.  Ces derniers doivent faire le nécessaire pour assurer une bonne transition et la formation d’un gouvernement transitionnel, a-t-elle insisté.  À ce sujet elle a réaffirmé qu’il ne peut y avoir de paix durable sans inclusivité, en plaidant notamment pour une plus forte représentation des femmes dans les organes et institutions de prise de décisions impliqués à tous les stades du processus de paix.

Tout en saluant le fait que le cessez-le-feu a très largement été respecté, la représentante est néanmoins alarmée par les affrontements qui ont eu lieu dans certaines zones de l’Équatoria-Occidental et de l’Équatoria-Central et par leurs conséquences sur la population civile.  Elle a demandé au Gouvernement de traduire les responsables de ces actes en justice et d’assurer la protection des civils.  La Pologne insiste en outre sur l’importance de l’engagement régional pour parvenir à une paix durable au Soudan du Sud, et salue le rôle joué par l’ Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).

Pour M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique), les défis de la mise en œuvre du processus de paix au Soudan du Sud sont nombreux et complexes.  « Les civils ont besoin que tous les combats cessent pour pouvoir reconstruire leur vie, leur maison et leurs moyens de subsistance. »  La réalisation la plus importante du processus de paix actuel est probablement le cessez-le-feu, a relevé le représentant, et il appartient entièrement aux dirigeants politiques de veiller à ce que leurs troupes le respectent.  Il a ajouté qu’il était préoccupé par le fait que des combats continuent dans certaines parties des Équatorias et que la violence intercommunautaire et sexuelle et la criminalité persistent.  Les conditions ne paraissent pas encore propices pour un retour volontaire, sûr et digne et bien informé des personnes déplacées.  Ensuite, a poursuivi M. Pecsteen de Buytswerve, « le peuple sud-soudanais a besoin de justice ».  Il a ainsi exhorté le Gouvernement à mettre fin à la culture de l’impunité, à enquêter de manière approfondie sur tous les abus et à traduire en justice les responsables des crimes.  Il faut également rendre opérationnels rapidement tous les mécanismes de justice transitionnelle, notamment le Tribunal mixte pour le Soudan du Sud. 

En outre, le peuple doit pouvoir exercer ses droits civils et politiques, a défendu le représentant qui s’est dit « inquiet des pouvoirs apparemment incontrôlés des services de sécurité nationale ».  Il a demandé des enquêtes sur les informations faisant état de détentions illégales de membres de la société civile et des médias.  Les prisonniers politiques et les prisonniers de guerre doivent être libérés sans délai.  Enfin, la population souffre d’une grave crise humanitaire, a constaté M. Pecsteen de Buytswerve.  D’importants défis à l’accès humanitaire persistent, que ce soit à cause des hostilités ou à cause des attaques contre le personnel et les biens des organismes humanitaires.  Les experts estiment que les perspectives de sécurité alimentaire n’ont jamais été aussi terribles, a rappelé le délégué qui a encouragé l’élite politique du Soudan du Sud « à se mettre au travail ». 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a salué les rencontres qui ont eu lieu en novembre et encore récemment à Djouba entre MM. Machar et Kiir et remercié l’Ouganda et l’Éthiopie, ainsi que l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) pour leur appui.  Sur le plan humanitaire, le représentant a espéré qu’avec le cessez-le-feu un environnement propice serait mis en place pour le retour des réfugiés et des personnes déplacées.  Il a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour alléger les difficultés de la population, rappelant que près de 6 millions de personnes souffrent de la faim ou de la malnutrition au Soudan du Sud.  Le représentant a salué le rôle de la MINUSS, en particulier ses activités de bons offices pour consolider la paix au Soudan du Sud.  Il a condamné les attaques contre les volontaires de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en octobre, appelant au respect par tous du droit humanitaire et des droits de l’homme.  Il a conclu en espérant que des progrès seraient prochainement enregistrés par le Conseil.

Concernant la situation politique, M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) s’est dit convaincu que l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud offrait des opportunités uniques pour la paix et la stabilité dans le pays.  Au sujet de l’extension de 100 jours de la période de prétransition, il a remarqué que « l’heure tournait » et que les parties prenantes devaient utiliser ce laps de temps pour progresser dans leurs négociations, en faisant preuve de bonne volonté et de compromis.  Il a appelé au déboursement rapide et transparent des fonds pour l’Accord, et soutenu le rôle de conseil et d’assistance technique de la MINUSS pour la mise en œuvre de l’Accord.

Sur le volet sécuritaire, M. Djani a souligné que le cessez-le-feu dans le pays devait être préservé.  Il s’est réjoui de la diminution générale de la violence, excepté dans la région de l’Équatoria, tout en notant que les récents combats tribaux et affrontements internes signalés dans des régions pourtant relativement calmes ces derniers mois montrait que la situation sécuritaire demeurait fragile.  S’agissant de la situation humanitaire, le représentant a déploré que 7,5 millions de personnes aient besoin d’assistance, y compris à la suite des inondations récentes, que 4,54 millions d’individus se trouvent en situation d’insécurité alimentaire sévère, et qu’une solution durable soit désespérément attendue par 1,5 million de déplacés internes et 2,2 millions de réfugiés.  Il a conclu en réclamant que les acteurs humanitaires disposent de l’espace nécessaire au Soudan du Sud afin qu’ils puissent effectuer leur travail. 

M. HAITAO WU (Chine) a déclaré que depuis la signature de l’Accord de paix revitalisé, la situation a fait d’importants progrès, notamment en termes de sécurité et de violence.  La Chine, qui reconnaît cependant que des défis demeurent, estime que la communauté internationale doit continuer d’appuyer les efforts du Gouvernement.  Cela dit, elle doit reconnaître le rôle premier des autorités soudanaises.  C’est à elles que revient la responsabilité de mettre en œuvre de cet Accord.  Il ne faut que les appuyer, les assister et les soutenir financièrement le cas échéant, a insisté le représentant.  Selon lui, la communauté internationale doit également s’appuyer sur les organisations régionales, dont l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).  Elle doit enfin pourvoir l’aide humanitaire dont les populations ont besoin.  En ce qui la concerne, la Chine n’a cessé d’appuyer le processus politique au Soudan du Sud.  Elle a également envoyé des convois d’aide humanitaire, a assuré le représentant, appelant les autres pays à faire de même. 

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a estimé que la tâche du Conseil était d’aider ce jeune État à surmonter ses défis et a appelé à ne pas dramatiser la situation, soulignant les efforts déployés et notant certains progrès.  Il a jugé essentiel que les parties fassent montre de disposition à dialoguer et d’esprit de compromis et a salué les rencontres régulières entre MM. Machar et Kiir, qualifiant ce type de contact d’indispensable.  Il a également salué la conclusion d’un accord sur un cabinet de ministres tout juste annoncée par M. Machar. 

La réduction des affrontements et l’acheminement de l’aide humanitaire ont eu une influence positive sur le retour des réfugiés du Soudan du Sud, a poursuivi le représentant pour qui ces événements sont liés au renforcement de la confiance entre belligérants sur le terrain.  Le plus important est que les parties respectent le cessez-le-feu et s’en tiennent à ces accords, a-t-il dit.  À cet égard, prolonger la période de prétransition était indispensable, même si cela ne répondait pas totalement aux attentes des habitants du Soudan du Sud.

S’agissant des non signataires, le délégué russe les a appelés à souscrire le plus rapidement possible aux engagements de l’État.  Il a également appelé les acteurs régionaux à conserver l’unité de leur approche afin d’apporter une solution africaine aux problèmes africains.  Il faut renforcer la confiance pour éviter de répéter les erreurs du passé, a-t-il insisté. 

Enfin, la Russie demande de ne pas exercer de pression en imposant des sanctions ou des restrictions unilatérales sur les dirigeants, a indiqué M. Polyanskiy pour qui le fruit des efforts des médiateurs régionaux a fait apparaître une lueur d’espoir.  Il a également relevé que la mise en œuvre de l’embargo sur les armes a sapé certains secteurs des forces de sécurité et les ont empêchées de régler le conflit.  Le représentant a souhaité que la formation du Gouvernement soit suivie d’un examen du régime de sanctions.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a déclaré que le Conseil de sécurité doit répéter le message déjà lancé en juin dernier, à savoir que toutes les parties doivent s’engager à mettre en œuvre l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud, y compris en formant un gouvernement de transition.  Tout en se félicitant des rencontres de haut niveau entre le Président Salva Kiir et M. Riek Machar, le représentant a dit « ne pas comprendre » pourquoi ce dernier n’a toujours pas de passeport sud-soudanais, alors qu’il négocie pour faire partie du Gouvernement de transition.  En outre, le représentant britannique a estimé que le cessez-le-feu actuel doit être maintenu.  Le Conseil de sécurité doit pour sa part se tenir aux côtés des Sud-Soudanais pour « les protéger des comportements d’une élite égoïste » et faire en sorte que ceux qui commettent des crimes rendent des comptes, a-t-il conclu. 

M. LUIS UGARELLI (Pérou) a regretté les retards permanents pour mettre en place un gouvernement provisoire d’union nationale revitalisé, qui ne font qu’alimenter l’incertitude de la population sud-soudanaise et exacerber la violence ethnique et intercommunautaire.  Soulignant l’urgence de plus grandes avancées dans les accords transitoires de sécurité, il a qualifié l’atelier sur les Mécanismes conjoints de sécurité, qui s’est tenu en novembre, de « pas positif » qui ne demande qu’à être suivi de mesures concrètes.  Il a espéré que la rencontre récente entre MM. Kiir et Machar y contribuera, de même qu’elle permettra de poser les bases d’un accord sur la question du nombre et des limites des États. 

Préoccupé par les affrontements sporadiques entre le Gouvernement et les forces d’opposition dans la région de l’Équatoria, le représentant a de nouveau appelé les groupes non signataires à s’engager pour la paix au Soudan du Sud, le dialogue étant le seul moyen de parvenir à une paix définitive.  L’intérêt collectif doit prévaloir pour parvenir à un cessez-le-feu définitif, a-t-il conclu.

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