Print
CS/14038
3 décembre 2019
8676e séance – matin

Conseil de sécurité: l’Iraq appelé à cesser les violences contre les manifestants et à s’engager sur la voie des réformes

Cesser la répression contre les manifestants, former d’urgence un gouvernement crédible et répondre aux revendications légitimes de la population en engageant les réformes que celle-ci réclame: telle est la liste des priorités dressées, ce matin au Conseil de sécurité, par la Représentante spéciale du Secrétaire général pour l’Iraq et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies dans ce pays (MANUI).

L’Iraq est à un véritable carrefour, a fait valoir Mme Jeanine Hennis-Plasschaert, en dénonçant une atmosphère dangereuse de peur et de colère: il ne faut pas laisser l’histoire se répéter, a-t-elle prévenu, en affirmant que les manifestants sont déterminés à prolonger le mouvement.  « Des mesures coercitives ou cosmétiques ne suffiront pas », a-t-elle mis en garde.

Depuis le début du mois d’octobre, des centaines de milliers d’Iraquiens sont descendus dans les rues « au nom de la patrie » et de leur identité nationale, fait nouveau après des décennies de conflits sectaires, pour demander un avenir meilleur.  Ils ont payé leur décision au prix fort, avec plus de 400 morts et plus de 19 000 blessés, a déploré la haute fonctionnaire.  Les annonces de réformes, trop tardives, sont perçues comme peu réalistes ou insuffisantes, de même que les enquêtes menées par le Gouvernement sur les violences sont incomplètes, a-t-elle ensuite constaté.

Or, c’est la responsabilité première de l’État de protéger son propre peuple, a-t-elle relevé, en dénonçant la présence de gangs et de bandes armées dont certains sont liés à des « puissances étrangères ».  Leurs agissements fournissent une « excuse cynique » à l’inaction politique et à la « répression violente des manifestations pacifiques ».  De même, elle a dénoncé la corruption qui gangrène le pays et appelé les autorités à réagir pour libérer le potentiel considérable du pays.

Sous ses auspices, la MANUI a conduit une série de consultations et proposé des mesures de dialogue, initiatives unanimement saluées par les membres du Conseil.  Mais pour qu’elles réussissent, a prévenu Mme Hennis-Plasschaert, il faut que cessent les effusions de sang et les responsabilités établies, sinon il sera impossible de convaincre le peuple que les autorités souhaitent sincèrement s’engager sur la voie des réformes. 

En attendant, le Président doit désigner un nouveau Premier Ministre qui devra former un gouvernement sans tarder.  Tous doivent se montrer à la hauteur, c’est une responsabilité de la classe politique dans son ensemble, a insisté la Représentante spéciale.  Ces manifestations sont le signe d’un rejet de la classe politique et des structures mises en place après 2003, a insisté Mgr Bashar Warda, l’archevêque d’Erbil, qui y a vu aussi le rejet d’une constitution basée sur le sectarisme et heurte la pluralité de « l’Iraq historique ».

Pacifiques depuis le début, les manifestations sont maintenant confrontées à la violence « extrême » de « milices », a dénoncé le responsable religieux en exhortant la communauté internationale à réagir et à ne pas se satisfaire de « faux changements de leadership ».  Faute de quoi, l’Iraq sombrera dans la guerre civile et deviendra une zone de non-droit, poreuse aux guerres de voisinage, a-t-il prédit en appelant d’urgence à la tenue d’élections inclusives, comme le réclament les manifestants.  « Nous avons droit à un avenir, ne nous tournez pas le dos », a-t-il conclu.  Pour les États-Unis, qui ont salué le rôle de la MANUI dans l’organisation d’un dialogue inclusif, « il est trop tard pour faire marche arrière »: la représentante a mis en garde les autorités contre les restrictions à la liberté d’expression et contre toute ingérence extérieure, dénonçant à cet égard celle de l’Iran voisin.

Dénonçant une « répression systématique, disproportionnée et inacceptable » des manifestations, la France a appelé à faire toute la lumière sur ces incidents et à faire traduire les responsables de ces actes en justice: sans réaction rapide et crédible, les violences s’aggraveront, risquant d’entraîner le pays dans le chaos, une situation dont Daech, notamment, tirerait parti.  L’Afrique du Sud a suggéré d’impliquer la Commission de consolidation de la paix pour étayer les efforts du Gouvernement dans l’édification des institutions et les efforts de reconstruction.  Et la Fédération de Russie a espéré une réponse « au plus vite » aux revendications sociales et la formation rapide d’un nouveau gouvernement afin d’éviter la déstabilisation du pays.  Le représentant russe a par ailleurs souhaité que le dialogue initié se poursuive entre Bagdad et Erbil, en prenant en compte la protection de « toutes les communautés » dans le contexte de la lutte contre le terrorisme de l’organisation État islamique.  « L’échec à se mettre d’accord est insupportable », a relevé Mme Hennis-Plasschaert, tout aussi inquiète de l’afflux de nouveaux réfugiés dans la région de Dohuk, frontalière de la Syrie, qui oblige à ouvrir de nouveaux camps.  « Une catastrophe est en gestation », a-t-elle mis en garde à propos du camp de Hol, déplorant l’absence de réponse collective et de réflexion internationale sur le long terme.

Sur un tout autre sujet, le Directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), M. Robert Mardini, a confirmé la découverte en mars 2019 –la première fois en 14 ans- des restes d’un ressortissant koweïtien en Iraq et l’identification de deux possibles fosses communes de ressortissants koweïtiens dans la province d’Al Mouthanna.  En août dernier, les autorités iraquiennes avaient restitué 46 boîtes et deux sacs contenant ces restes: s’il s’avérait qu’ils correspondent à des personnes disparues, ils seraient transmis aux familles, a précisé le délégué à l’attention de son homologue du Koweït: ce dernier a réitéré la préoccupation de son pays au sujet des Koweïtiens enlevés ou disparus en 1990-1991 et salué la coopération dont l’Iraq fait preuve sur cette question.

Le représentant iraquien a d’ailleurs assuré que son pays restait engagé à compenser les pertes causées au Koweït, notant qu’il reste 3,5 milliards de dollars à régler d’ici à 2020.  Mais il a contesté les observations contenues dans le rapport du Secrétaire général: pour lui les mouvements actuels en Iraq sont le signe du développement d’une conscience et d’une maturité politiques et démontrent que le peuple soutient les efforts de réformes engagés.  La répression est selon lui le fait de « groupes illicites qui ont infiltré les manifestations et attaqué les manifestants et les autorités », faisant 300 morts et 1 500 blessés parmi les manifestants et les forces de sécurité.

LA SITUATION CONCERNANT L’IRAQ – (S/2019/865,S/2019/903)

Déclarations

Mme JEANINE HENNIS–PLASSCHAERT, Représentante spéciale du Secrétaire général pour l’Iraq et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies dans ce pays (MANUI), a concentré son intervention sur la situation intérieure et les manifestations initiées par la jeunesse, contre le manque de perspectives économiques et sociales, la corruption et les intérêts partisans ainsi que l’ingérence étrangère.

Des centaines de milliers d’Iraquiens sont descendus dans les rues « au nom de la patrie et de leur identité nationale » et pour demander à vivre dans un pays réalisant son entier potentiel, a expliqué la haute fonctionnaire.  Ils en ont payé le prix fort avec plus de 400 morts et plus de 19 000 blessés, a déploré Mme Hennis–Plasschaert, qui a raconté avoir rencontré la semaine dernière un jeune blessé de 16 ans dans un hôpital de Bagdad dont la mère lui a confié que la « jeunesse était désespérée ».  Ces jeunes n’ont aucun souvenir de la vie sous Saddam Hussein mais savent parfaitement qu’un meilleur avenir est possible.  Après des années et même des décennies de conflits sectaires, un nouveau sens de la patrie a émergé, a relevé la Représentante spéciale.  Or, les autorités ont dès le premier jour recouru à un usage excessif de la force, comme en témoignent les lourds bilans des manifestations, conduisant à une crise de confiance profonde, malgré des annonces et promesses de réformes perçues comme peu réalistes ou insuffisantes et trop tardives.  Les enquêtes menées par le Gouvernement sur les violences de début octobre sont considérées comme incomplètes, a-t-elle affirmé.  La Chef de la MANUI reconnaît que des mandats d’arrêt ont bien été délivrés, mais la Représentante spéciale a insisté pour que les coupables soient tenus pour comptables de leurs actes. 

Le Gouvernement s’est engagé à réduire la force létale, et ses troupes ont fait preuve de davantage de retenue ces derniers temps, sans renoncer aux balles réelles et aux armes non létales qui causent de graves blessures voire des décès et de graves abus se poursuivent, tels des enlèvements et disparitions.  Elle a donc réitéré l’importance de garantir les droits fondamentaux et la reddition de comptes à tous les niveaux.  La fermeture d’Internet et des médias sociaux alimentent l’idée que les autorités ont quelque chose à cacher, a-t-elle encore dénoncé.  Elle s’est par ailleurs inquiétée de la présence de gangs et de bandes armées qui risquent de semer le chaos et la confusion, dont certains sont liés à des puissances étrangères, ce qui complique, selon elle, le travail des forces de sécurité.  « Et cela fournit une excuse cynique pour l’inaction politique ou pire: une excuse pour toutes sortes de complots pour justifier une répression violente des manifestations pacifiques. »  Or, la grande majorité des manifestants sont pacifiques et espèrent une vie meilleure, a-t-elle souligné: c’est donc la responsabilité première de l’État de protéger son peuple.  Toute forme de violence est intolérable face à l’exigence légitime de réforme.  En face, la capacité du Gouvernement à réformer s’étiole à chaque nouveau décès.

L’immensité des problèmes rend certainement difficile d’agir rapidement, cependant, les demandes de longue date sont bien réelles, a insisté Mme Hennis-Plasschaert, en citant la demande d’élections libres, crédibles et équitables et la demande de réformes électorales dans tout le pays.  De même, la corruption gangrène le pays et la classe politique doit montrer l’exemple en abolissant les « postes économiques »: ces efforts seront essentiels pour débloquer le potentiel du pays.  Sans progrès sur ce front, on reculera sur tous les autres, a-t-elle prévenu.  Suite à une série de consultations il y a trois semaines, des mesures de dialogue ont été proposées, mais pour qu’elles réussissent, il faut que cessent les effusions de sang.  En l’absence d’établissement des responsabilités, il sera impossible de convaincre le peuple que les autorités souhaitent sincèrement s’engager sur la voie des réformes, a-t-elle dit. 

La démission du Premier Ministre a été acceptée par le Parlement dimanche dernier, le Président aura 15 jours pour désigner son successeur qui aura lui-même 30 jours pour former un gouvernement: les discussions sont en cours, mais celui-ci a insisté sur l’urgence.  Tous doivent se montrer à la hauteur et proposer des solutions réelles plutôt que de s’en remettre à une personnalité qui serait privée de soutiens suffisants.  C’est une responsabilité de la classe politique dans son ensemble, a insisté la Représentante spéciale.

S’agissant d’Erbil, elle a ensuite regretté l’absence d’avancées concrètes: à Sinjar, les restrictions aux actions humanitaires se poursuivent, a-t-elle assuré en appelant Bagdad et Erbil à former rapidement une administration commune car « l’échec à se mettre d’accord est insupportable », a fait valoir Mme Hennis-Plasschaert.  À Dohuk, plus de 160 000 réfugiés syriens sont arrivés jusqu’à présent, d’autres continuent d’arriver chaque jour et il a fallu ouvrir de nouveaux camps de réfugiés.  Ils viennent s’ajouter au quart de millions de Syriens déjà accueillis dans la région.  Une catastrophe est en gestation, a-t-elle également mis en garde à propos du camp de Hol: ces menaces exigent une réponse collective a-t-elle martelé en dénonçant l’absence de réflexion internationale sur le long terme.  Enfin, s’agissant des koweïtiens disparus, elle a salué les progrès enregistrés malgré la situation actuelle, l’Iraq ayant ainsi remis quelque 200 000 livres appartenant à la bibliothèque du Koweït.

En conclusion, a noté la Représentante spéciale, l’Iraq est à un véritable carrefour, les manifestants étant déterminés à prolonger leur combat tant qu’il n’y aura pas de solution.  Des mesures coercitives ou cosmétiques ne suffiront pas; défendre des intérêts politiques ou réprimer violemment les manifestants ne constitue pas une stratégie.  Rien n’est plus dommageable qu’une atmosphère de colère et de peur, a insisté Mme Hennis-Plasschaert, soulignant qu’il ne faut « pas laisser l’histoire se répéter ».  Ce pays a un potentiel immense, il faut donc saisir cette occasion pour bâtir un Iraq sain et prospère, a insisté la Représentante spéciale.

M. ROBERT MARDINI, Directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a rappelé que son organisation préside la Commission tripartite, chargée de retrouver la trace des personnes disparues.  Depuis sa création en 1991, cette Commission a participé au rapatriement de plus de 75 000 individus, de détenus civils et de prisonniers de guerre.  Après 2003, les restes de 275 personnes en Iraq et de 98 personnes au Koweït ont été retrouvés.  Il a précisé que 1 080 cas sont en cours devant la Commission, dont 371 sont des personnes disparues portées à l’attention de la Commission par le Koweït, 700 par l’Iraq et 9 par l’Arabie saoudite. 

Le Directeur général a confirmé la découverte, en mars 2019, pour la première fois en 14 ans, des restes d’un ressortissant koweitien à d’Al Mouthanna, en Iraq.  Il a aussi mentionné les nouveaux éléments d’information ayant conduit à l’indentification de ce qui pourrait être deux fosses communes de ressortissants koweïtiens dans la province d’Al Mouthanna.  En août dernier, les autorités iraquiennes ont restitué 46 boîtes et deux sacs contenant ces restes, qui sont à l’heure actuelle étudiés par les autorités koweïtiennes.  Si ces restes correspondent à des personnes disparues, ils seront alors transmis aux familles, a précisé le délégué, ajoutant que le processus d’identification doit prendre un an.  Il a rappelé que la blessure laissée par la disparition des personnes est profonde et que le travail pour retrouver leurs traces demande une détermination sans faille.  La Commission entend poursuivre son travail d’indentification, le CICR étant pleinement engagé à concrétiser le droit des familles à connaître le sort de leurs bien-aimés, a conclu le délégué.

M. BASHAR MATTI WARDA, archevêque d’Erbil, a déclaré que les manifestations actuelles en Iraq sont le signe d’un rejet de la majorité de la population de la structure mise en place après 2003 et du Gouvernement actuel.  C’est un rejet d’une constitution basée sur un sectarisme qui divise l’Iraq et l’empêche de devenir un pays uni et fonctionnel, a-t-il assuré, ajoutant qu’au lieu d’apporter de l’espoir et la prospérité, la structure du Gouvernement actuel n’a apporté que le désespoir et la corruption.  M. Warda a également jugé important de comprendre que les chrétiens sont, non seulement au côté des manifestants, mais qu’ils ont été bien accueillis par les manifestants musulmans.  D’autres minorités, dont les yézidis, ont eux aussi été bien accueillis.  Cela montre donc la richesse et la pluralité de « l’Iraq historique », a-t-il insisté, ajoutant que cette ouverture est aussi l’espoir d’un changement positif sur lequel un nouveau gouvernement, « s’il y a en a un », pourra faire fond pour mettre fin à « la maladie sectaire qui a violemment heurté tout le monde ». 

L’archevêque a ensuite déclaré que, alors que les manifestations sont depuis le début pacifiques, elles sont maintenant confrontées à la violence « extrême » et quotidienne de « milices ».  Pas moins de 400 manifestants ont ainsi déjà été tués, sans compter les milieux de blessés, a-t-il chiffré, ajoutant qu’en dépit de cela, les manifestants restent non-violents.  Du point de vue de l’archevêque, l’enjeu de ces manifestations est l’émergence d’un Iraq débarrassé du « traumatisme » causé par Saddam Hussein et les 16 dernières années.  Le but est de devenir un pays indépendant et fonctionnel, a poursuivi l’archevêque.  Or, si ces manifestations ne réussissent pas à obtenir un nouveau gouvernement, si la communauté internationale autorise que le meurtre d’innocents se poursuive, l’Iraq sombrera dans la guerre civile et deviendra une zone de non-droit, ouverte aux guerres de voisinage servant des intérêts sectaires décidés hors de l’Iraq, a-t-il prévenu, ajoutant que cela enverrait par ailleurs des millions d’Iraquiens, dont des chrétiens et des yézidis hors de leur pays, « dans la diaspora ».  Dans ce contexte, a poursuivi l’archevêque, la communauté internationale ne peut se satisfaire des « faux changements dans le leadership », qui ne sont pas un vrai changement.  Selon lui, il est clair que le groupe au pouvoir n’a pas l’intention de perdre le contrôle, tant il fera tout pour maintenir la structure actuelle.  La communauté internationale doit comprendre que les manifestants ne l’accepteront pas, a-t-il encore mis en garde, l’appelant à ne pas soutenir de « faux changements ».  

Cela ne veut pas dire, a-t-il nuancé, que certains groupes n’ont pas de demandes légitimes en ce qui concerne leur représentation au sein d’un nouveau gouvernement, mais ces demandes doivent être prises en considération, en tenant compte de la nature actuelle du Gouvernement iraquien et du besoin fondamental de son remplacement et d’un changement.  Mais pour parvenir à un tel changement, la première étape est la tenue d’élections inclusives, a observé M. Warda.  Les manifestants insistent sur ce point et la communauté internationale doit les appuyer, a-t-il dit, ajoutant que ces élections devraient être supervisées par l’ONU.  Ce n’est que de cette manière qu’un nouveau gouvernement pourra émerger pour un Iraq débarrassé de la corruption et où tous ses citoyens, dont les chrétiens, pourront jouir des mêmes opportunités.

Mme KELLY CRAFT (États-Unis) a reconnu que le pays est à un véritable tournant de son histoire: ces dernières semaines le monde a vu toutes les confessions descendre dans les rues et proclamer leur unité, ce qui constitue une lueur d’espoir selon elle.  Elle a indiqué que son pays appuie « fermement » la population iraquienne qui cherche à créer un pays prospère pour tous en éradiquant la corruption, mais il faudra avant tout que les responsables iraquiens rendent des comptes.  À ce moment crucial, la MANUI a, selon elle, un rôle indispensable à jouer en promouvant un dialogue politique inclusif et en appuyant la promotion d’une nouvelle constitution.  La Représentante spéciale a déjà organisé un dialogue qui doit permettre de répondre aux exigences de la population, a-t-elle rappelé en demandant aux responsables iraquiens de s’atteler à la rédaction d’une feuille de route permettant de répondre aux exigences des manifestants.  Les Iraquiens ont le droit à la liberté d’expression, a insisté Mme Craft, en exprimant sa vive préoccupation face à la violence disproportionnée employée par les forces gouvernementales et les milices.  Toute tentative visant à limiter la liberté d’expression ou l’accès à l’Internet doit cesser et les acteurs étrangers ne pas s’immiscer dans les affaires iraquiennes,  a-t-elle insisté.  La déléguée américaine a ensuite salué les succès de la MANUI, grâce à laquelle une visite du Conseil a été organisée il y a six mois.  Pour l’année qui vient, a-t-elle préconisé, il faudra encore s’appuyer sur ces progrès et la Mission devra coopérer avec le pays pour promouvoir l’organisation d’élections libres et la lutte contre l’impunité.  Elle a conclu en appelant les dirigeants à avancer, car il est, selon elle, trop tard pour faire marche arrière.

M. MANSOUR AYYAD SH.  A.  ALOTAIBI (Koweït) a déclaré suivre les manifestations qui secouent l’Iraq depuis quelques semaines.  La délégation a condamné ces violences, estimant qu’il ne faudrait pas permettre aux « fauteurs de trouble » de s’en prendre aux manifestants pacifiques et de détruire des biens.  C’est la raison pour laquelle elle a appelé les autorités iraquiennes à ouvrir des enquêtes et tenir les auteurs de ces violences comptables de leurs actes.  Le représentant a également déclaré être conscient des difficultés que traverse l’Iraq.  Le Koweït, a-t-il assuré, met tout en œuvre pour aider les autorités de Bagdad, dans le plein respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale de l’Iraq, tout en rejetant la non-ingérence dans les affaires internes de l’Iraq.  Sur un autre sujet, le représentant a exprimé sa préoccupation concernant la question des koweïtiens enlevés ou disparus.  La délégation a dit apprécier la coopération dont l’Iraq fait preuve sur cette question, même s’il reste encore des choses à régler.  Le Koweït a apprécié aussi le fait que l’Iraq ait restitué des biens et des avoirs koweitiens en sa possession.  Il reste cependant des progrès à faire, a observé la délégation, en particulier en ce qui concerne la restitution des archives « inestimables » qui ont été pillées lors de l’invasion du Koweït. 

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a apporté son soutien à la population iraquienne qui manifeste pacifiquement, se disant vivement choquée par les décès constatés depuis le début des protestations.  Elle a appelé à des réponses proportionnées de la part des autorités et dénoncé l’utilisation de balles réelles, en réclamant des enquêtes crédibles sur ces violences et l’établissement des responsabilités de la part des autorités.  Mme Pierce s’est également dite vivement préoccupée des attaques commises contre les consulats iraniens.  Elle a ensuite salué les efforts de la Représentante spéciale pour promouvoir un dialogue inclusif répondant aux défis et aux griefs de la population et appelé le Gouvernement à coopérer avec l’ONU.  Mais mettre fin aux discours de haine ne signifie pas museler la liberté d’expression, a-t-elle prévenu.  Il est clair par ailleurs que Daech constitue toujours une menace qui pèse sur la paix et la sécurité en Iraq: l’équipe d’enquête et d’établissement des responsabilités continue cependant de progresser, a-t-elle noté, avant de saluer l’aide fournie par la MANUI à cet égard.  Par ailleurs, la représentante britannique a relevé des informations faisant état de retours forcés de réfugiés syriens dans leur pays.  Enfin, elle a insisté sur la restitution des dépouilles de koweïtiens, avant de réclamer des enquêtes crédibles sur les victimes des manifestations et de lancer un appel à l’unité derrière la MANUI qui accompagne l’Iraq sur la voie de réformes de large portée.

M. VASSILY A.  NEBENZIA (Fédération de Russie) a dit que son pays suivait de près la situation en Iraq, attribuant ces mouvements protestataires à des facteurs socioéconomiques.  La délégation a souhaité que les autorités répondent au plus vite aux revendications sociales et former un gouvernement, afin d’éviter une déstabilisation de ce pays, susceptible d’avoir des répercussions régionales, a insisté le représentant.  M. Nebenzia a également déclaré qu’il convenait aussi d’entamer et de poursuivre un dialogue entre Bagdad et Erbil, tout en veillant à ce que les intérêts de toutes les communautés soient pris en compte et protégés, dans le contexte de la lutte contre Daech.  Concernant la question de l’Iran, le représentant a réitéré l’importance de la non-ingérence dans les affaires internes des États.  La Fédération de Russie a défendu les relations de bon voisinage entre États, estimant que tout différend doit être réglé par le dialogue, a ajouté le représentant.

M. NÉSTOR POPOLIZIO (Pérou) s’est dit préoccupé face à la situation d’instabilité sociale en Iraq et aux manifestations de grande ampleur qui ont eu lieu au mois d’octobre à travers le pays.  Le représentant a notamment regretté l’usage excessif de la force contre les manifestants, au détriment du droit de la population à s’exprimer pacifiquement, ainsi que les attaques lancées au moyen d’armes létales dans diverses villes iraquiennes, qui ont fait de nombreux morts et blessés. 

Pour mettre un terme à ce « cercle vicieux de la violence et de la méfiance », le représentant a appelé les autorités iraquiennes à prendre de toute urgence en considération les demandes légitimes des manifestants, à savoir la lutte contre la corruption, la création d’emplois, l’amélioration des services publics et le respect des droits de l’homme.  Ces mesures doivent selon lui s’accompagner de réformes structurelles en matière de sécurité, de façon à organiser des élections transparentes et pacifiques en 2020, avec l’aide de la communauté internationale.  Le représentant a salué les mesures d’urgence prises par les autorités iraquiennes ces dernières semaines pour protéger les plus vulnérables et promouvoir l’action positive des jeunes iraquiens.  Ces derniers sont en effet la cible de groupes extrémistes qui tentent de les recruter en déversant sur eux leur « message de haine et de destruction », a-t-il déploré, appelant les États Membres à ne pas sous-estimer la menace présentée par Daech et d’autres groupes armés dans le pays, ainsi que leur influence au sein de « nouveaux territoires ».

Dans ce contexte difficile, le représentant a cependant salué l’action du Gouvernement iraquien en vue d’instaurer un climat régional pacifique et, sur le plan intérieur, d’intégrer les femmes à la vie politique du pays, à l’image de la nomination de Suha Ali Bek au poste de Ministre de l’éducation.  Le représentant a enfin appelé à régler le sort des réfugiés et déplacés iraquiens, ainsi que des 30 000 Iraquiens affiliés à Daech, en se basant sur le principe d’un retour ordonné, volontaire, sûr et digne.

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a dit appuyer le droit légitime à manifester et à condamner les actes de violence et la destruction de propriétés publiques et privées.  Dans la même veine, la délégation a condamné l’usage de la force à l’encontre de manifestants qui ne représentent aucun danger.  La délégation a cependant apprécié les décisions prises avant la démission du Premier Ministre qui allaient, selon lui, dans le sens des revendications des manifestants.  La République dominicaine a cependant estimé qu’il est « primordial » de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Iraq.  Toutes les difficultés internes à l’Iraq ne peuvent se régler que par le dialogue, a dit le représentant, ajoutant que la MANUI devrait pouvoir appuyer l’Iraq dans cette optique de dialogue interne.

M. STEPHEN MAHLABADISHAGO NTSOANE (Afrique du Sud) a apporté son soutien au mandat de la MANUI, laquelle promeut le renforcement du Gouvernement et les processus électoraux à venir.  Il a salué les progrès accomplis dans les relations entre le Gouvernement iraquien et celui du Kurdistan sur la répartition des revenus pétroliers.  Mais il a noté avec inquiétude la répression des manifestations, appelant le Gouvernement à répondre aux griefs et à lutter contre l’impunité.  Le représentant a salué les réformes annoncées pour les services publics, souhaitant la formation d’un gouvernement inclusif.  La réconciliation nationale est essentielle pour éviter que les politiques et actions à venir ne soient fragilisées, a-t-il insisté, de même que les relations avec les pays voisins.  La sécurité est indispensable pour que l’Iraq puisse fournir des services de base à ses citoyens, a souligné M. Ntsoane.  La question du retour des personnes déplacées vers leur zone d’origine est prioritaire pour le délégué, qui a suggéré d’impliquer la Commission de consolidation de la paix dans les efforts gouvernementaux pour édifier les institutions et dans les efforts de reconstruction.

M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a dit sa préoccupation devant la violence des manifestations, appelant les parties au dialogue et à la retenue.  Après avoir défendu la souveraineté et l’intégrité territoriales de l’Iraq, le représentant a aussi estimé que l’inclusion et la protection des minorités, de même que la coopération avec ses pays voisins sont des éléments favorisant la paix et la stabilité de l’Iraq.  Pour cette raison, la délégation a salué les progrès faits s’agissant de la question des disparus et des biens koweïtiens.

Pour M. HAITAO WU (Chine), maintenir la stabilité et rétablir l’ordre en Iraq est une priorité.  Le Gouvernement iraquien a pris un certain nombre de mesures pour répondre aux revendications des manifestants, a-t-il indiqué, estimant que le pays a certainement la sagesse et la capacité de répondre aux troubles actuels.  Rappelant que le Conseil de sécurité s’était rendu sur place en juin, il avait ainsi témoigné de son soutien au pays: dans un esprit de respect mutuel et de coopération ce dernier a effectué des progrès de bonnes relations dans la région, a-t-il insisté.  Mais le pays reste en cours de consolidation des efforts de consolidation de la paix; il convient de soutenir un dialogue inclusif et les efforts de réconciliation nationale.  L’Iraq a travaillé dur à sa stabilité et sa sécurité, les gouvernements ayant promu la réconciliation et le dialogue.  Aussi, la communauté internationale, plus que jamais doit soutenir ces efforts sur la voie d’une coexistence harmonieuse, a préconisé le délégué.  M. Wu a rappelé que l’Iraq avait consenti de grands sacrifices dans la lutte contre le terrorisme.  La communauté internationale doit pleinement respecter la souveraineté nationale de ce pays et continuer d’honorer ses engagements, en l’aidant à concevoir un projet de développement adapté. 

Mme ANNE GUEGUEN (France) a dit que l’Iraq vit actuellement une période déterminante pour son avenir démocratique, avant de condamner avec fermeté la répression systématique des manifestants et l’usage disproportionné de la force à leur encontre.  Toute la lumière doit être faite sur les circonstances de cette répression et les responsables doivent être traduits en justice, a souhaité la représentante.  Elle a appelé les autorités iraquiennes à garantir la liberté d’expression, de réunion et de manifestation comme le prévoit la Constitution du pays.  Face à cette crise sans précédent depuis la lutte contre Daech, l’immobilisme n’est pas une option, a poursuivi Mme Gueguen.  Sans réaction rapide et crédible, l’aggravation des violences et la détérioration de la situation économique et sociale risquent d’entraîner l’Iraq dans le chaos.  « Nous sommes conscients de l’ampleur des défis auxquels le pays fait face », a reconnu la diplomate française qui a aussi indiqué que des progrès réels ont été accomplis au cours des dernières années, lesquels doivent être préservés notamment s’agissant des résultats obtenus dans la lutte contre Daech.

Mais il importe parallèlement d’apporter une réponse crédible aux aspirations exprimées depuis plusieurs semaines par les Iraquiens.  Cela passe par un véritable dialogue démocratique, seul à même de préserver sur la durée de la stabilité de l’Iraq.  Pour créer les conditions d’un tel dialogue, l’Iraq doit se doter rapidement d’un gouvernement capable d’adopter les mesures d’urgence qui s’imposent, en particulier la réforme de la loi électorale, la réintégration effective des groupes paramilitaires sous l’autorité du Premier Ministre ou encore l’adoption de mesures robustes de lutte anticorruption.  « Nous soutenons le travail de la MANUI, en particulier son action en faveur de la réconciliation entre les différentes composantes de la société iraquienne, de la stabilisation et du processus politique », a déclaré la représentante qui a terminé en disant que « sur le chemin du dialogue démocratique et des réformes », l’Iraq doit pouvoir compter sur le soutien résolu de la communauté internationale. 

Pour M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique), la liberté d’expression et de réunion pacifique sont des droits fondamentaux qui doivent être respectés.  La Belgique, a-t-il ajouté, est profondément préoccupée par le fait que certaines des manifestations ont donné lieu à des actes de violence par les forces de l’ordre, et de la présence des éléments qui feraient dérailler des manifestations pacifiques.  Ceci place l’Iraq sur une trajectoire dangereuse, a prévenu M. Pecsteen de Buytswerve qui a demandé « comment peut-on sortir de cette dynamique? ».  Le représentant a ainsi appelé tous les acteurs, en particulier les forces de sécurité, à suivre les directives du Président visant à agir à tout moment avec la plus grande retenue.  Toutes les parties devraient s’engager dans un dialogue constructif, a salué le délégué, qui a encouragé le Gouvernement à accélérer ses efforts pour répondre aux exigences des manifestants: la lutte contre la corruption, une relance économique, la création d’emplois, la fourniture de services de base à la population et l’amélioration tangible de la vie des gens.  La réforme électorale a été une revendication centrale de nombreux manifestants pacifiques, a encore rappelé le représentant.  Afin de garantir la stabilité du pays à long terme, M. Pecsteen de Buytswerve a encouragé le Gouvernement à poursuivre ses efforts dans les domaines de la réconciliation, de la réforme du secteur de sécurité et la mise en place de mesures propices au développement du secteur privé, y compris des mesures visant à améliorer la confiance des investisseurs et commerçants dans l’état de droit qui protège leurs investissements.  Enfin, il a encouragé l’Iraq à poursuivre sa politique d’engagement constructif avec ses voisins. 

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a déploré la vague de violence actuelle qui compromet gravement les acquis démocratiques et politiques en Iraq et fait courir le risque à ce pays de voir s’installer durablement l’anarchie et l’instabilité.  Il a exhorté le Gouvernement iraquien à entreprendre les réformes nécessaires pour éviter l’embrasement généralisé d’un pays qui continue de faire face à la menace terroriste.  Le représentant a mis en garde contre le risque d’une résurgence des actes de Daech en Iraq et appelé au renforcement de la coopération entre la MANUI, l’Équipe d’enquête et le Gouvernement dans la lutte contre Daech.  Il a en outre souligné l’impérieuse nécessité d’assurer la lutte contre l’impunité s’agissant des crimes commis par Daech.  Selon la délégation ivoirienne, il est plus que jamais nécessaire que la communauté internationale apporte son appui aux efforts de reconstruction, de développement et de consolidation de la paix entrepris en Iraq.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a exprimé sa vive préoccupation quant à l’évolution de la situation en Iraq, alarmée par le nombre de tués et de blessés et le recours aux balles réelles à l’encontre des manifestants.  Elle a condamné toutes les violences, y compris celles commises par des groupes armés non identifiés, appelant tous les acteurs à la retenue.  La représentante a demandé l’ouverture d’enquêtes rapides, indépendantes et crédibles pour établir les responsabilités de ces actes.  Les aspirations légitimes des citoyens iraquiens à des opportunités professionnelles et aux services de base sont toujours lettre morte, a-t-elle déploré.  Il est donc indispensable de redoubler d’efforts pour lancer un dialogue inclusif et transparent permettant de répondre à ces priorités.  La représentante a ensuite pris note des mesures annoncées par les autorités, encourageant la classe politique iraquienne à s’unir pour garantir des réformes indispensables.  Mme Wronecka a ensuite salué la nomination de la première femme au sein du Gouvernement, au Ministère de l’éducation.  Mais un des facteurs de stabilité décisifs à long terme sera l’unité et la réconciliation nationales, a-t-elle analysé, en affirmant que la communauté internationale doit soutenir la conduite d’enquêtes, les droits des minorités vulnérables et la reconstruction de secteurs précédemment aux mains de Daech, condition indispensable au retour des déplacés, a-t-elle insisté.  L’Iraq et la région ont plus que jamais besoin de calme et de stabilité, a-t-elle conclu en saluant le « travail remarquable » effectué par la MANUI.

M. JUERGEN SCHULZ (Allemagne) a déclaré qu’en tant que « pays ami » de l’Iraq, le sien déplore l’usage excessif de la violence et rappelle que le recours aux balles létales ne doit intervenir qu’en dernière instance.  Sa délégation a également déploré l’arrestation de journalistes et la fermeture de certains médias.  Il a insisté sur la nécessité de respecter la pluralité des opinions.  Concernant la situation politique, l’Allemagne a déploré la démission du Premier Ministre, déclarant qu’elle attendait du prochain gouvernement qu’il réponde aux demandes des manifestants et lutte contre la corruption.  Le représentant a également déclaré que son pays, en tant que partenaire dans les domaines de la reconstruction et de l’énergie, avait octroyé depuis 2014, pas moins de 2,2 milliards d’euros à ces secteurs en Iraq.  Le délégué a souhaité en conclusion, que les discussions reprennent très vite entre Bagdad et Erbil afin de résoudre toutes les questions en suspens, notamment celles relatives au partage des revenus pétroliers.

Mme AMPARO MELE COLIFA (Guinée équatoriale) s’est dite préoccupée par les développements récents en Iraq, à la suite des manifestations qui ont eu lieu début octobre à Bagdad, dans lesquelles plus d’une centaine de personnes ont trouvé la mort et plus de 6 000 autres ont été blessées, y compris des membres des forces de l’ordre.  « Nous regrettons que ces manifestations aient atteint une telle ampleur », a-t-elle déclaré, appelant toutes les parties à faire preuve de retenue.  De son point de vue, les citoyens iraquiens ont le droit de manifester pacifiquement et les forces de l’ordre doivent se montrer responsables afin de protéger l’ensemble de la population.  La représentante s’est faite l’écho des préoccupations de la population iraquienne, qui appelle de ses vœux un gouvernement efficace, capable de répondre aux besoins de sa population et d’œuvrer dans l’intérêt national.  Faute de quoi, a-t-elle mis en garde, l’Iraq risque de revenir sur les progrès réalisés ces dernières années, y compris sa « victoire territoriale » sur Daech. 

La représentante a en outre salué les consultations entre les différents leaders politiques du pays, qui ont permis selon elle de lever les obstacles à la formation du Gouvernement, ainsi que les premières mesures prises par le Gouvernement en réaction aux manifestations.  Elle a également accueilli favorablement les négociations bilatérales entre le Gouvernement fédéral iraquien et le Gouvernement de la Région du Kurdistan, en vue de résoudre les questions en suspens concernant le pétrole, la distribution des revenus et les arrangements sécuritaires.  De manière générale, la représentante a vu dans les soubresauts traversés par le pays la preuve du bon fonctionnement de ses institutions démocratiques.  Elle a appelé à nommer rapidement un Premier Ministre pour combler le vide laissé par la démission de M. Adil Abdul-Mahdi.

Pour M. MOHAMMED HUSSEIN BAHR ALULOOM (Iraq), les manifestations remarquables ont été entachées par les agissements de groupes illégaux qui s’en sont pris aux manifestants et aux autorités.  Ces gens, a-t-il assuré, n’ont rien à voir avec les manifestants et les utilisent comme des boucliers humains pour bloquer des routes, incendier et piller, attaquer les autorités avec des armes à feu, détruire les écoles et les infrastructures portuaires.  Le représentant a donc voulu apporter les précisions suivantes: son gouvernement a pleinement reconnu le droit de manifester garanti par la Constitution et reste déterminé à donner au peuple la possibilité de s’exprimer sans remettre en cause l’ordre public.  Il n’épargnera aucun effort pour répondre aux exigences légitimes des manifestants, a-t-il promis.

Le Gouvernement a lancé des enquêtes au plus haut niveau pour identifier les groupes illicites qui ont infiltré les manifestations et attaqué les manifestants et les autorités, la banque centrale, les médias et incendié des magasins, faisant 300 morts et 1 500 blessés, parmi les manifestants et les forces de sécurité.  Le rapport du Secrétaire général à l’ordre du jour porte sur les événements récents et il est question d’un certain nombre de violences contre les manifestants: or, le Gouvernement iraquien a respecté la Constitution, a-t-il affirmé.  Il a donné des instructions strictes contre l’utilisation d’armes létales et les forces de sécurité ont adopté une posture défensive, s’est-il justifié.  Mais les groupes illicites infiltrés les ont en revanche attaquées, a déploré le représentant.  Le Premier Ministre a ordonné la formation de comités chargés d’enquêter et de transmettre leur dossier aux autorités judiciaires afin d’identifier les auteurs de ces troubles, en outre, le Gouvernement assumera les coûts des soins dispensés aux blessés.  Sur la suspension des services de l’Internet, il l’a jugée nécessaire pour défendre la Constitution et noté qu’ils avaient été rétablis.

Les autorités religieuses suprêmes de Najaf ont appuyé les manifestants, appelant le Gouvernement à honorer son obligation de protection tout en condamnant les ingérences extérieures.  Le Gouvernement a adopté un train de réformes larges pour promouvoir la justice sociale et contre la corruption.  Il a adopté une nouvelle loi pour éliminer les privilèges des fonctionnaires et prévu un nouveau code électoral et un projet de loi sur la création d’une commission électorale indépendante.  Il a en outre salué les consultations en cours entre la MANUI, le Président et le Premier Ministre et la Chambre des députés pour répondre aux revendications des manifestants, l’engageant à respecter son mandat.  Le Premier Ministre a soumis sa démission après le discours des autorités religieuses de Najaf, laquelle a été acceptée le 1er décembre.

Les autorités ont donc répondu aux exigences des manifestants, a-t-il insisté, en citant notamment l’embauche des jeunes diplômés dans les ministères et les efforts pour faciliter la concession de prêts pour la reconstruction de logements et la répartition des terres.  Il œuvre en outre à accroître les revenus autres que pétroliers, prévoyant la création d’un conseil de reconstruction.  M. Bahr Aluloom a assuré le retour de 80% des déplacés et mis en place des services et des programmes de stabilisation en coopération avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Il présentera son budget 2020 sous peu, a-t-il souligné, en se disant prêt à adopter un plan d’action pour prendre en charge les enfants recrutés par Daech et les familles des combattants ainsi que les victimes de viols.  Le représentant a salué les pays ayant décidé de rapatrier leurs ressortissants, appelant les autres à faire de même, notamment ceux qui ont purgé leur peine et les mineurs qui ne peuvent être pénalement tenus pour responsables.  

S’agissant de la remise des dépouilles de 47 Koweïtiens disparus découverts dans un charnier, il a assuré que son pays reste engagé à restituer les biens confisqués et continuera de payer son dû au Koweït, notant qu’il reste 3,5 milliards de dollars à régler d’ici à 2020.  Les mouvements actuels en Iraq sont le signe du développement d’une conscience politique, a-t-il estimé.  Ils démontrent que le peuple soutient les efforts de réformes actuels et sont le signe d’une maturité politique cultivée par le Gouvernement, a-t-il encore affirmé.  Les jeunes ont grandi dans un environnement démocratique qui encourage la revendication de tels droits et ces efforts vont se poursuivre, a-t-il promis en conclusion.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.