Bosnie-Herzégovine: à l’unanimité, le Conseil de sécurité autorise la reconduction du mandat de l’EUFOR ALTHEA pour un an

CS/14013
5 novembre 2019
8658e séance – matin

Bosnie-Herzégovine: à l’unanimité, le Conseil de sécurité autorise la reconduction du mandat de l’EUFOR ALTHEA pour un an

À l’unanimité de ses 15 membres, le Conseil de Sécurité a autorisé, ce matin, la prolongation d’un an du mandat de l’EUFOR ALTHEA, la force multinationale de stabilisation de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine.

Cette force multinationale, composée de personnels mis à disposition par les États Membres, agissant par l’intermédiaire de l’Union européenne ou en coopération avec elle, a le rôle principal dans la mise en œuvre des aspects militaires de l’Accord-cadre général pour la paix en Bosnie-Herzégovine, également connu sous le nom d’Accord de Dayton et signé en 1995.

Dans la résolution 2496 (2019) adoptée, le Conseil en profite pour exhorter les parties à poursuivre la mise en place du gouvernement et de l’administration à tous les niveaux et à accélérer la mise en œuvre de réformes globales, de manière inclusive, au bénéfice de tous les citoyens et conformément à la perspective européenne.

Le maintien de l’EUFOR ALTHEA intervient en effet dans un contexte où, près de 25 ans après la signature de cet accord, la Bosnie-Herzégovine a « montré de sérieuses difficultés à assurer son fonctionnement, imposer l’état de droit, lutter contre la corruption et assurer la liberté des médias », s’est alarmé le Haut-Représentant pour la Bosnie-Herzégovine, M. Valentin Inzko.

Pour preuve, le pays est sans gouvernement légitime depuis les élections générales d’octobre 2018 en raison de l’incapacité des dirigeants à s’entendre sur sa composition.  Dans le même temps, certains acteurs politiques de la Republika Srpska professent une « rhétorique séparatiste » et envisagent même de se retirer des institutions de la Bosnie-Herzégovine.  À cela s’ajoute une militarisation progressive de la police de la Republika.

Le climat politique en Bosnie-Herzégovine est aussi marqué par des progrès lents en matière de réconciliation.  On assiste au contraire à une « rhétorique perverse » qui domine l’espace public, avec des médias et des personnalités qui glorifient des criminels de guerre, rendant « possible » la survenue de nouveaux conflits à l’avenir, a prévenu la Cheffe du programme de TRIAL International, Mme Selma Korjenić. 

Ce tableau a été qualifié « d’alarmant » par nombre de délégations.  Pour celle des États-Unis, la Bosnie-Herzégovine ne peut tolérer la propagande de haine qui a sapé la stabilité pendant tant d’années.  Il faut que les dirigeants optent pour la réconciliation et s’engagent sur la voie de l’intégration euro-atlantique, leur a-t-elle conseillé.

Ils doivent de toute urgence avoir un « esprit de compromis », afin que le pays puisse aller de l’avant, a plaidé la Pologne, assurant qu’il serait du « plus grand intérêt » de la Bosnie-Herzégovine de pouvoir jouir de la stabilité et la sécurité que confère l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). 

Cette entrée dans l’OTAN, tout comme dans l’Union européenne (UE), ne se fera que lorsque « toutes les conditions seront remplies », a temporisé la France, jugeant « inacceptable » toute initiative visant à remettre en cause les décisions du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, notamment celle relative au génocide de Srebrenica.  À ce sujet, l’Allemagne a interpelé les pays voisins de la Bosnie-Herzégovine en leur demandant comment ils comptaient aider à lutter contre le déni de génocide.  Il les a invités à faire pression pour qu’un dortoir de la cité universitaire de Palé, qui porte le nom de Radovan Karadžić, soit débaptisé.

La priorité de la Bosnie-Herzégovine reste en tout cas l’intégration euro-atlantique.  Cet objectif fait consensus dans toute sa classe politique et toutes les mesures nécessaires sont prises pour entreprendre les réformes exigées par l’UE pour y parvenir, a assuré le représentant du pays.

Il n’empêche, a observé la délégation de l’UE, que l’absence de gouvernement et le blocage du Parlement empêchent la mise en œuvre de réformes indispensables et jette le doute sur la volonté des responsables politiques de répondre aux aspirations de la population qui souhaite rejoindre l’Union européenne.

Cette dernière attend que les nouvelles autorités, une fois en place, poursuivent activement et avec sérieux les réformes espérées, portant notamment sur le renforcement de l’état de droit et la lutte contre la corruption et le crime organisé.  Elle espère également des mesures urgentes pour gérer les flux de migrations et une révision du système d’asile.

L’absence de gouvernement ne peut qu’aggraver l’instabilité politique et institutionnelle dans le pays, a dit la délégation croate, ajoutant que cette situation est contreproductive et freine l’essor du pays.  Un an sans gouvernement, c’est une année de perdue pour l’intégration du pays dans l’UE.

Mais de l’avis de la Fédération de Russie, il n’y a pas de consensus dans le pays sur l’adhésion à l’Union européenne.  Le plus « important » est de respecter les termes de l’Accord de paix de Dayton, a plaidé le représentant russe.  Selon lui, les difficultés énumérées fournissent un prétexte pour maintenir une présence internationale dans le pays.

Déséquilibrer le modèle établi il y a 25 ans ne permettra pas la stabilité pleine et entière de ce pays, a rejoint le représentant serbe, assurant être préoccupé par les mesures unilatérales contraires à l’Accord de Dayton, qui résulte pourtant d’un « équilibre complexe et délicat ». 

LA SITUATION EN BOSNIE-HERZÉGOVINE - S/2019/843

Texte du projet de résolution S/2019/8519

Le Conseil de sécurité,

Rappelant toutes ses résolutions antérieures relatives aux conflits dans l’ex‑Yougoslavie et les déclarations de son président sur la question, y compris ses résolutions 1031 (1995) du 15 décembre 1995, 1088 (1996) du 12 décembre 1996, 1423 (2002) du 12 juillet 2002, 1491 (2003) du 11 juillet 2003, 1551 (2004) du 9 juillet 2004, 1575 (2004) du 22 novembre 2004, 1639 (2005) du 21 novembre 2005, 1722 (2006) du 21 novembre 2006, 1764 (2007) du 29 juin 2007, 1785 (2007) du 21 novembre 2007, 1845 (2008) du 20 novembre 2008, 1869 (2009) du 25 mars 2009, 1895 (2009) du 18 novembre 2009, 1948 (2010) du 18 novembre 2010, 2019 (2011) du 16 novembre 2011, 2074 (2012) du 14 novembre 2012, 2123 (2013) du 12 novembre 2013, 2183 (2014) du 11 novembre 2014, 2247 (2015) du 10 novembre 2015, 2315 (2016) du 8 novembre 2016, 2384 (2017) du 7 novembre 2017 et 2443 (2018) du 6 novembre 2018,

Réaffirmant son attachement à un règlement politique des conflits dans l’ex‑Yougoslavie qui sauvegarderait la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les États à l’intérieur de leurs frontières internationalement reconnues,

Se déclarant résolu à appuyer l’application de l’Accord-cadre général pour la paix en Bosnie-Herzégovine et de ses annexes (appelés collectivement Accord de paix, S/1995/999, annexe), ainsi que des décisions correspondantes du Conseil de mise en œuvre de la paix,

Prenant acte des rapports du Haut-Représentant, dont le plus récent date du 28 octobre 2019,

Encourageant les autorités de la Bosnie-Herzégovine à intensifier, avec l’aide de la communauté internationale, les efforts qu’elles accomplissent en vue d’éliminer les munitions excédentaires,

Exprimant ses remerciements au commandant et au personnel de la Force multinationale de stabilisation (EUFOR ALTHEA) ainsi qu’au personnel des autres organisations et organismes internationaux présents en Bosnie-Herzégovine pour leur contribution à la mise en œuvre de l’Accord de paix,

Rappelant tous les accords sur le statut des forces visés à l’appendice B de l’annexe 1-A de l’Accord de paix et rappelant aux parties l’obligation qui leur est faite de continuer d’en appliquer les dispositions,

Rappelant également les dispositions de sa résolution 1551 (2004) concernant l’application à titre provisoire des accords sur le statut des forces figurant à l’appendice B de l’annexe 1-A de l’Accord de paix,

Se félicitant de la présence ininterrompue de l’EUFOR ALTHEA, de la volonté de l’Union européenne de continuer à ce stade de jouer un rôle militaire exécutif afin d’aider les autorités de la Bosnie-Herzégovine à maintenir un climat de sûreté et de sécurité, de l’orientation actuelle du mandat de l’opération et de son réexamen régulier, notamment en fonction de la situation sur le terrain,

Demandant une nouvelle fois aux autorités compétentes de la Bosnie‑Herzégovine de prendre les mesures nécessaires pour mener à bien le programme « 5 plus 2 », qui demeure nécessaire pour la fermeture du Bureau du Haut-Représentant, comme l’a confirmé le Comité directeur du Conseil de mise en œuvre de la paix dans ses communiqués,

Réaffirmant les dispositions relatives au Haut-Représentant énoncées dans ses résolutions antérieures et réaffirmant également l’article V de l’annexe 10 de l’Accord de paix en ce qui concerne le pouvoir du Haut-Représentant, sur le théâtre des opérations, d’interpréter en dernier ressort la mise à effet du volet civil de cet accord,

Conscient de l’importance de la transition engagée par la Bosnie-Herzégovine pour se muer en un pays européen fonctionnel, soucieux de réforme, moderne et démocratique,

Appelant les parties à poursuivre les négociations pour la mise en place du gouvernement et de l’administration à tous les niveaux, et soulignant l’importance d’un gouvernement stable, capable d’agir dans l’intérêt de tous les citoyens,

Prenant note de l’Accord de paix et de l’engagement des dirigeants de la Bosnie‑Herzégovine en faveur d’une perspective européenne, qui s’est notamment manifesté par la présentation de la demande d’adhésion à l’Union européenne faite par la Bosnie-Herzégovine en février 2016 et par l’application des recommandations formulées par la Commission de l’UE dans l’avis qu’elle a publié en mai 2019, et rappelant que cet engagement doit se traduire d’urgence par des réformes globales et concrètes,

Observant avec préoccupation la persistance de politiques, d’actions et de discours non constructifs et semant la division en Bosnie-Herzégovine, et enjoignant de nouveau aux dirigeants politiques de promouvoir la réconciliation et la compréhension mutuelle,

Constatant avec satisfaction que l’exécution du programme de réforme a initialement fourni les premières mesures d’ajustement structurel à l’économie du pays, se félicitant de l’adoption par les autorités de l’entité, en octobre 2019, de directives relatives à de nouvelles réformes socio-économiques, et appelant les autorités à se coordonner à chaque niveau pour mettre en œuvre ces réformes au bénéfice de tous les citoyens,

Soulignant qu’il faut que la Bosnie-Herzégovine redouble d’efforts en ce qui concerne le fonctionnement et l’indépendance de la magistrature, la répression de la corruption et de la criminalité organisée ainsi que la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation,

Soulignant qu’il est urgent de mettre à exécution les arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l’homme et par la Cour constitutionnelle de Bosnie‑Herzégovine, et de faire progresser la réforme électorale dans un esprit de consensus durant la période législative en cours, afin de permettre au pays d’avancer vers des normes démocratiques modernes, conformément aux recommandations du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe visant à améliorer le cadre électoral,

Encourageant les parties à mettre en œuvre le Plan d’action national sur les femmes, la paix et la sécurité de la Bosnie-Herzégovine de manière inclusive, et attendant avec intérêt la poursuite de son application,

Prenant acte de l’examen stratégique de l’EUFOR ALTHEA, réalisé en 2019,

Constatant que la situation est restée calme et stable sur le plan de la sécurité et notant que les autorités de la Bosnie-Herzégovine se sont jusqu’ici montrées capables de faire face aux menaces qui pèsent sur la sûreté et la sécurité,

Constatant également que la situation dans la région continue de menacer la paix et la sécurité internationales,

Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,

1.    Souligne de nouveau que c’est à l’ensemble des autorités de la Bosnie‑Herzégovine qu’il incombe au premier chef de continuer à assurer l’application efficace de l’Accord de paix, constate que la communauté internationale et les principaux donateurs restent disposés à les y aider et leur demande de coopérer pleinement avec le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux;

2.    Se félicite de l’intention manifestée par l’Union européenne de poursuivre son opération militaire (EUFOR ALTHEA) en Bosnie-Herzégovine après novembre 2019;

3.    Autorise les États Membres, agissant par l’intermédiaire de l’Union européenne ou en coopération avec elle, à créer pour une nouvelle période de douze mois à compter de la date d’adoption de la présente résolution une force multinationale de stabilisation (EUFOR ALTHEA) succédant juridiquement à la SFOR avec une structure de commandement et de direction des opérations unifiée, qui remplira ses missions liées à la mise en œuvre des dispositions des annexes 1-A et 2 de l’Accord de paix en coopération avec le quartier général de l’OTAN sur place, conformément aux arrangements qui ont été conclus entre l’OTAN et l’Union européenne et qui lui ont été communiqués par ces deux institutions dans leurs lettres du 19 novembre 2004, par lesquelles elles conviennent que l’EUFOR ALTHEA jouera le rôle principal dans la stabilisation de la paix s’agissant des aspects militaires de l’Accord de paix;

4.    Décide de renouveler l’autorisation qu’il a accordée au paragraphe 11 de sa résolution 2183 (2014) pour une période de douze mois à compter de la date d’adoption de la présente résolution;

5.    Autorise les États Membres à prendre, en vertu des paragraphes 3 et 4 ci‑dessus, toutes les mesures nécessaires pour faire appliquer et respecter les annexes 1-A et 2 de l’Accord de paix, souligne que les parties continuent de répondre à égalité de l’observation des dispositions de ces annexes et qu’elles encourent à égalité les mesures coercitives que l’EUFOR ALTHEA et la présence de l’OTAN pourraient juger nécessaires pour assurer l’application des annexes en question et leur propre protection;

6.    Autorise également les États Membres à prendre, à la demande de l’EUFOR ALTHEA ou du quartier général de l’OTAN, toute mesure nécessaire pour défendre l’EUFOR ALTHEA ou la présence de l’OTAN et pour aider ces deux entités à remplir leur mission, et reconnaît à l’une comme à l’autre le droit de prendre toute mesure de protection nécessaire en cas d’attaque ou de menace;

7.    Autorise en outre les États Membres, agissant en vertu des paragraphes 3 et 4 ci-dessus et conformément à l’annexe 1-A de l’Accord de paix, à prendre toute mesure nécessaire afin de faire respecter les règles de fond et de procédure organisant la maîtrise de l’espace aérien de la Bosnie-Herzégovine pour l’aviation civile et militaire;

8.    Exhorte les parties à poursuivre la mise en place du gouvernement et de l’administration à tous les niveaux et à accélérer la mise en œuvre de réformes globales, de manière inclusive, au bénéfice de tous les citoyens et conformément à la perspective européenne en faveur de laquelle le pays s’est engagé et, à cet égard, les invite à s’abstenir de toute politique, de toute action ou de tout discours non constructif et semant la division;

9.    Demande instamment aux parties, conformément à l’Accord de paix, de respecter leur engagement de coopérer pleinement avec toutes les institutions participant à la mise en œuvre des mesures de paix établies, ainsi qu’il est prévu dans l’Accord de paix, notamment l’annexe 4;

10.   Réaffirme que, selon l’Accord de paix, la Bosnie-Herzégovine se compose de deux entités, dont l’existence est reconnue juridiquement par sa Constitution, et réaffirme également que toute modification de celle-ci doit être effectuée conformément à la procédure qui y est prévue;

11.   Décide de rester saisi de la question.

Déclarations

M. VALENTIN INZKO, Haut-Représentant pour la Bosnie-Herzégovine, a déclaré qu’en dépit des élections générales d’octobre 2018, la Bosnie-Herzégovine reste sans gouvernement à la tête du pays.  L’ancien gouvernement, issu des précédentes élections est toujours en fonction et se trouve mains et poings liés par le blocage de l’Assemblée parlementaire et les calculs politiques, a-t-il ajouté. Cela signifie qu’aucune loi ne peut être adoptée, pas plus que le budget.  Le pays est donc obligé de fonctionner avec des budgets à court terme, ce qui a des conséquences sur la capacité à répondre aux questions urgentes, y compris la crise migratoire.  De plus, depuis 2012 la Republika Srpska oppose des blocages au fonctionnement des institutions fédérales, y compris en matière budgétaire, tout en augmentant son propre budget, a encore indiqué le Haut-Représentant.

M. Inzko a ensuite indiqué qu’en mai dernier, la Commission européenne avait publié son avis sur la candidature de la Bosnie-Herzégovine à devenir membre de l’Union européenne (UE).   La commission a listé 14 domaines dans lesquels la Bosnie-Herzégovine devrait apporter des améliorations, en guise d’étape pour pouvoir commencer des négociations en vue d’une adhésion à l’UE.  Alors que cet objectif fait consensus parmi les acteurs politiques, cette occasion devrait donner l’occasion aux dirigeants politiques de se rassembler pour répondre à ces défis, selon M. Inzko.  Mais il semble que le bocage de la situation, matérialisé par l’absence du Gouvernement, n’offre aucune possibilité pour mener les réformes exigées dans les domaines identifiés par l’avis de la Commission européenne, a-t-il dit, avant de souhaiter « bonne chance » au nouveau Représentant de l’UE en Bosnie-Herzégovine, M. Johann Sattler.

M. Inzko a ensuite indiqué qu’il n’y avait eu aucun progrès pour la mise en œuvre du programme « 5 plus 2 », qui contient les cinq objectifs à atteindre et les deux conditions à réunir avant la fermeture du Bureau du Haut-Représentant.  De plus, les autorités de la Republika Srpska, qui avaient déjà par le passé remis en cause l’autorité du Haut-Représentant, ont annoncé lors d’une session du Parlement national leur intention de discuter de ses décisions, tout comme de la validité de celles qui ont établi ou aidé à établir les institutions fédérales. Les autorités ont même suggéré que la Republika Srpska pourrait se retirer de ces institutions.  Or le retrait, même d’une seule institution fédérale, aurait pour effet de porter atteinte à la souveraineté de l’État, a prévenu M. Inzko, ajoutant qu’il suivait cette situation et tiendrait le Conseil de sécurité informé.

Ce qui est le « plus alarmant », a-t-il poursuivi, est la tendance de certains acteurs politiques de la Republika Srpska à tenir une rhétorique séparatiste, prédisant la dissolution de la Bosnie-Herzégovine, tandis que certains représentants croates cherchent un réaménagement territorial du pays.  Ce contexte est encore aggravé par la militarisation de la police de la Republika Srpska, a dit le Haut-Représentant, estimant que cela lançait un mauvais signal. « Nous n’avons pas besoin d’une course aux armements de la police.  Nous avons au contraire besoin de moins de police, et non de plus de police », a-t-il insisté.

Mais ce qui est le plus répréhensible, c’est selon lui le révisionnisme et le déni de génocide, en particulier de celui de Srebrenica qui est un fait juridique reconnu par divers jugements aux plans national et international, dont celui du Tribunal international chargé de juger les personnes accusées de violations graves du droit international humanitaire commises sur le territoire de l'ex-Yougoslavie depuis 1991 (Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie). « Le génocide de Srebrenica a été commis en 1995.  Rien ni personne ne peut changer ce fait », a-t-il lancé, avant d’appeler le Parlement de la Bosnie-Herzégovine à adopter des lois traitant de la question du déni du génocide et de la glorification des criminels de guerre.

M. Inzko a aussi expliqué que près de 10 ans après la décision de la Cour européenne des droits de l’homme concernant le cas « Sejdic et Finci contre la Bosnie-Herzégovine », datant du 22 décembre 2009, la Bosnie-Herzégovine n’a toujours pas amendé sa Constitution et ses lois afin de lutter contre la discrimination et permettre que tous les citoyens de Bosnie-Herzégovine puissent se présenter aux élections.  De plus, près de 25 ans après la signature de l’Accord de paix de Dayton (1995), les attentes de nombre de citoyens de la Bosnie-Herzégovine et de la communauté internationale ne sont pas satisfaites: la Bosnie-Herzégovine a montré de sérieuses difficultés à assurer son fonctionnement, imposer l’état de droit, lutter contre la corruption et assurer la liberté des médias.  À cela s’ajoutent la persistance du séparatisme et de la division dans tout le pays, de même que l’incapacité de l’élite à se concentrer sur les questions importantes pour les populations, a conclu le Haut-Représentant.

Mme SELMA KORJENIĆ, Cheffe du programme de TRIAL International en Bosnie-Herzégovine, une ONG qui lutte contre l’impunité pour les crimes internationaux et soutient les victimes, a expliqué que la vie quotidienne de son pays reste marquée par la guerre qui s’est achevée il y a 24 ans et dont il continue d’en porter le fardeau.  Faire traduire les responsables d’atrocités en justice, répondre aux besoins des victimes et de leur famille, réconcilier les populations et les communautés sont des questions qui ne sont pas convenablement traitées, a-t-elle affirmé.  Nous pensions que traduire en justice les responsables de crimes permettrait la réconciliation,  mais en dépit de certains développements positifs, les progrès sont restés trop lents, a-t-elle expliqué.  À ce rythme, la société civile craint que les institutions judiciaires ne puissent respecter la date butoir de 2023 pour tous les crimes de guerre et pour les victimes oubliées, ce déni de justice accroît les souffrances de la guerre.

Cependant, pour donner davantage de justice aux survivants, la poursuite des auteurs de crimes ne suffira pas à elle seule à normaliser les relations entre personnes et communautés.  Certains nient que les crimes ont été commis, une rhétorique perverse domine l’espace public, des médias et des personnalités dénoncent ouvertement certains crimes commis par « l’autre partie » et on assiste même à une glorification accrue des criminels de guerre.  Elle a cité en exemple des rues ou des monuments qui ont reçu les noms de criminels de guerre condamnés, comme à Pale.  Ces groupes concentrent l’attention uniquement contre les crimes commis contre leur propre communauté au lieu de reconnaître que des crimes ont été commis par tous et contre tous.  Parfois les photos de condamnés sont brandies et ceux qui ont été libérés sont parfois élus à des postes politiques.  Même les organisations fascistes ne craignent plus d’apparaître en public.  Les femmes qui ont survécu à des violences sexuelles continuent de se battre pour leurs droits mais les efforts de réconciliation et de consolidation de la paix sont bloqués à tous les niveaux politiques.  Malheureusement, a-t-elle poursuivi, il est risqué de condamner la rhétorique nationaliste, ceux qui expriment des divergences s’exposant à des attaques publiques et à des menaces, au point de devoir parfois s’exiler.  Même les écoles sont influencées par ces politiques avec des programmes qui selon elle « rendent possible de nouveaux conflits à l’avenir ».  Ainsi, un manuel d’Histoire en República Srpska présente Radovan Karadžić comme un « poète » sans mentionner les crimes de génocide et les crimes contre l’humanité qui lui ont valu une condamnation à perpétuité par le TPIY.  À ce jour, trois générations ont goûté au poison de la haine et il en faudra très peu pour que ça se reproduise, a-t-elle insisté. 

Il reste pourtant quelques espoirs grâce à la société civile et aux militants des droits de l’homme, a-t-elle affirmé.  TRIAL International travaille depuis 12 ans à aider les survivants et victimes de crimes sexuels, ce qui a rendu la justice un peu plus efficace.  Ces résultats et d’autres montrent que de telles initiatives peuvent aider à rendre justice et à soutenir la réconciliation car il est clair que ce ne sont pas les citoyens ordinaires qui entravent la paix.  Mais sans l’appui de l’État, la paix ne pourra être durable et la Bosnie-Herzégovine continuera d’être une bombe à retardement, a-t-elle prévenu.  Samedi prochain, le pays commémore la destruction du vieux pont de Mostar en 1993, sur la Drina: il a été reconstruit depuis, mais la Bosnie-Herzégovine a besoin encore de la communauté internationale pour reconstruire les nombreux ponts entre les communautés, a-t-elle souligné.

Enfin, Mme Korjenić a appelé le Conseil et la communauté internationale à ne pas permettre au déni et à la haine de s’enraciner: « ne craignez pas d’être plus stricts avec mon pays, exigez que les victimes aient droit à la justice, c’est la condition pour avancer comme nation », a-t-elle insisté en appelant à ne pas désespérer de la Bosnie-Herzégovine pour qu’elle puisse « transmettre à (ses) enfants un pays débarrassé de la haine »: pour ceci, le pays a besoin du soutien de la communauté internationale.

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne), dont la délégation est porte-plume de la résolution prolongeant le mandat de l’opération EUFOR ALTHEA, a dit avoir été choqué par ce qu’ont rapporté les premiers intervenants: il a notamment relevé que persiste en Bosnie-Herzégovine le déni des crimes passés, la glorification des criminels de guerre et l’absence de réconciliation.  S’adressant au Haut-représentant Inzko, puis au représentant de la Bosnie-Herzégovine, il a voulu savoir comment ils envisagent de combattre ce phénomène de déni et par quelles initiatives.  

M. PAUL DUCLOS (Pérou) s’est alarmé du peu de progrès accomplis vers la pleine autonomie du pays en raison selon lui du manque d’engagement de la classe politique, du manque de respect des institutions nationales et de leurs décisions, et de l’exacerbation des messages belliqueux et sécessionistes.  Il a dès lors réitéré la nécessité, tant pour la Fédération que pour la Republika Sprska, de faire preuve de volonté dans la mise en œuvre de l’Accord-cadre général de paix de 1995, reconnaissent le rôle du Bureau du Haut Représentant, et réaffirment la souveraineté et l’intégrité territoriales de la Bosnie-Herzégovine.  Il a également jugé fondamental le respect, par ces entités, de la Constitution, des institutions et des compétences étatiques à tous les niveaux.  En outre, a-t-il suggéré, les cantons de la Fédération doivent adapter leur législation, et la République Sprska, respecter les dispositions de l’Accord afférentes au registre des propriétés militaires et au transfert des impôts indirects.  Le représentant a néanmoins salué l’adoption, par les deux parties, d’une série de réformes allant dans le sens de l’intégration européenne, tout en estimant qu’il est crucial de sortir de l’impasse politique pour pouvoir nommer un conseil des ministres et reprendre les travaux parlementaires.

Le représentant a aussi espéré voir, à titre prioritaire, des progrès dans les réformes relatives aux questions migratoires, à la criminalité organisée et à la corruption.  Le représentant a notamment appelé à la création d’un bureau du procureur et d’une cour spécialisée dans la lutte contre la délinquance organisée et la corruption, ce qui contribuera à lutter contre l’impunité et à asseoir la légitimité et la confiance de la population en ses institutions.  Ce faisant, l’accès à la justice s’avère crucial, a-t-il souligné, déplorant que le bureau du procureur ne soit pas en mesure d’achever son travail concernant les cas de crimes de guerre: c’est un impératif juridique et moral à l’endroit des victimes de ces crimes et de leur famille, qui contribuera également à la réconciliation, a-t-il opiné.  Il a condamné à cet égard les discours et initiatives fomentant la division et la haine, en particulier lorsqu’ils visent à restreindre la liberté d’expression et de la presse, et le droit de réunion et de manifestation pacifique.  Il a enfin espéré que le Haut-Représentant et l’opération EUFOR ALTHEA jouissent de la pleine coopération des parties et des ressources nécessaires à l’accomplissement de leurs mandats respectifs.  

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a déploré le fait qu’un an après les élections générales, les gouvernements de la fédération et des cantons ne sont pas encore formés en Bosnie-Herzégovine.  Elle a invité les dirigeants à le faire de toute urgence, dans un esprit de compromis, afin que le pays puisse aller de l’avant.  Elle a salué le fait que tous les partis politiques et la majorité des citoyens partagent l’objectif d’intégrer l’Union européenne (UE).  Selon la déléguée, il serait également du plus grand intérêt de la Bosnie-Herzégovine de pouvoir jouir de la stabilité et la sécurité que confère l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).  Au rang des défis que le pays connaît, la représentante a évoqué le taux élevé de chômage, l’émigration des jeunes générations, la corruption et la criminalité organisée. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a estimé que le renouvellement du mandat de l’EUFOR ALTHEA envoie un signal fort qui doit inciter la communauté internationale à maintenir son soutien aux efforts de stabilité en Bosnie-Herzégovine.  Il a salué le rôle de l’EUFOR ALTHEA qui opère sous la houlette de l’Union européenne.  L’accord cadre pour la paix est la pierre angulaire de la réconciliation et de la stabilité dans le pays, a-t-il insisté se disant préoccupé par les discours de haine entre dirigeants politiques.  Il a appelé à dépasser « les intérêts ethniques étroits » et à s’appuyer sur les élections d’octobre dernier. 

Des réformes doivent être adoptées pour donner aux autorités judiciaires les outils nécessaires à la lutte contre la criminalité et le terrorisme, et ce, afin de donner de bons fondements à l’état de droit et d’ouvrir la voie à l’adhésion à l’Union européenne, a-t-il estimé.  Il a conclu sur la nécessité de respecter la souveraineté et l’indépendance du pays et des décisions rendues par ses autorités judiciaires en appelant « toutes les parties » à faire un effort pour mettre en œuvre l’accord cadre pour la paix.

M. MARTHINUS VAN SHALKWYK (Afrique du Sud) a appelé toutes les parties à s’engager de nouveau dans la formation d’un gouvernement inclusif, sans délai et conformément aux engagements précédemment convenus, et à respecter l’état de droit et les instruments juridiques qui sous-tendent les structures politiques dans le pays.  Cela implique de prendre rapidement les mesures nécessaires pour harmoniser les constitutions de certains cantons avec la Constitution nationale, a précisé le représentant.  Il a rappelé qu’un dialogue politique direct entre les parties était essentiel afin de résoudre les questions en suspens.  La coopération et les pourparlers entre les différentes structures bosniaques et le Haut-Représentant est également d’une grande importance.  C’est le seul moyen de progresser dans la recherche d’un accord sur des questions vitales pour toutes les communautés, a insisté M. Van Shalkwyk. 

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a regretté le blocage institutionnel de la Bosnie-Herzégovine qui ne parvient pas à former un gouvernement depuis les élections du 7 octobre 2018.  Il a dénoncé les « les rhétoriques et comportements de certains leaders politiques qui continuent d’entraver la marche vers la réconciliation nationale ».  Le représentant a aussi déploré les difficultés d’ordre juridique et les tensions ethniques qui empêchent la tenue d’élections municipales dans la ville de Mostar.  Il a dit craindre que ces obstacles « remettent en cause les maigres acquis en matière de réconciliation nationale ». 

Le délégué s’est par ailleurs félicité de l’adoption par la Serbie et la Bosnie-Herzégovine d’un programme commun de réformes socio-économiques.  Il a dit espérer que « ce train de réformes pourra accroître les chances d’une intégration à l’Union européenne ».  M. Adom s’est inquiété des conditions de vie difficiles des migrants en Bosnie-Herzégovine.  Selon lui, l’État n’a pas pris les mesures adaptées à l’ampleur du défi.  Il a aussi dénoncé « une rhétorique hostile à l’égard des migrants ». 

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) s’est félicité de l’unanimité au Conseil de sécurité en vue de reconduire pour un an la mission EUFOR ALTHEA qui « contribue à la viabilité d’un État bosniaque uni, souverain et multi-ethnique ».  « Nous sommes fortement préoccupés par les sérieuses carences observées en matière de respect de l’état de droit et par les derniers incidents qui ont eu lieu au sein du Haut conseil de la magistrature », s’est-il inquiété.  Le représentant a insisté sur la nécessité d’adopter des réformes afin de renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire.  Il a aussi exprimé sa forte préoccupation quant à « la multiplication des atteintes à la liberté d’expression, de rassemblement et de la presse au cours des derniers mois ».  Enfin, M. Pecsteen de Buytswerve a réitéré « la forte préoccupation » de son pays « par rapport aux propos visant à nier le génocide de Srebrenica, à glorifier les crimes de guerre et leurs auteurs et à attiser la haine ». 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a tenu à envoyer trois messages dont le premier est la nécessité d’arrêter les discours déstabilisateurs.  Toutes les parties doivent s’abstenir de déclarations qui peuvent mener à la destruction et à l’instabilité, a précisé le représentant en faisant valoir qu’elles ne font qu’accroître les tensions et aboutissent à faire payer le prix au peuple de Bosnie-Herzégovine.  Pour résoudre ce conflit de manière pacifique, les parties ont besoin de dialogue, a-t-il dit en invitant à instaurer la confiance.  Son deuxième message est le respect de l’état de droit.  Ainsi, le représentant a apporté son appui à la vision du Haut-Représentant Inzko sur la nécessité de maintenir l’état de droit, en particulier en ce qui concerne le statut de nombreuses questions relatives aux décisions judiciaires non exécutées.  Le manque d’engagement envers l’état de droit dans toute la Bosnie-Herzégovine est un problème fondamental qui doit être résolu rapidement, a insisté M. Djani dont le dernier message concernait l’unité.  Celle-ci est importante et, bien que les différences soient réelles, « nous devons agir pour un avenir meilleur », a-t-il exhorté.  Il a terminé en appelant toutes les parties à respecter la Constitution de la Bosnie-Herzégovine, ainsi que les lois et l’intégrité des institutions de l’État. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a regretté, à son tour, la lenteur dans la formation d’un nouveau gouvernement à l’issue des élections du 7 octobre 2018.  Il a exhorté les parties à œuvrer de concert pour garantir la stabilité politique en vue de favoriser la réconciliation entre leurs différents groupes et communautés ethniques.  Il les a plus particulièrement encouragées à amender les lois relatives à la Maison de la Fédération des peuples, à renforcer l’état de droit et à veiller à la pleine mise en œuvre des résultats électoraux.  Il faut, a-t-il ajouté, ne ménager aucun effort pour contenir et éliminer les divisions ethniques, ainsi que lutter contre la criminalité, la corruption, l’extrémisme violent et le terrorisme, qui demeurent des questions fondamentales à régler pour garantir la stabilité et la prospérité du pays et de la région.  En conclusion, le représentant a exprimé son ferme appui au plein respect de la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine.   

M. HAITAO WU (Chine) a dit espérer que toutes les parties en Bosnie-Herzégovine pourront mettre en œuvre l’Accord de paix de Dayton (l’Accord-cadre général pour la paix en Bosnie-Herzégovine), afin que tous puissent partager les « dividendes de la paix et du développement ».  La Chine, qui a toujours respecté et appuyé la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine, estime que la communauté internationale doit accompagner les réformes dans le pays, tout en respectant et en tenant compte des opinions et choix de sa population.  Le représentant a dit espérer également que le Haut-Représentant Inzko respectera son mandat et promouvra la réconciliation en Bosnie-Herzégovine.

Mme ANNE GUEGUEN (France) a jugé très préoccupante l’absence de gouvernement et d’institutions fonctionnelles en Bosnie-Herzégovine un an après les élections générales d’octobre 2018, qui dénote selon elle un climat de défiance entre les communautés et empêche la mise en œuvre de réformes nécessaires au pays.  Elle a également insisté sur la tenue des élections locales à Mostar l’an prochain, pour la première fois depuis plus de 10 ans, comme la Cour européenne des droits de l’homme vient de le rappeler.

Par ailleurs, elle a condamné vivement la façon « alarmante » dont la Bosnie-Herzégovine fait face à son passé alors que la justice nationale et internationale a fait un travail qu’elle a qualifié de « remarquable » pour poursuivre et condamner les responsables des atrocités commises pendant le conflit.  Toute initiative visant à remettre en cause les décisions du TPIY notamment celle relative au génocide de Srebrenica est inacceptable, a-t-elle insisté.  Comment s’assurer que la justice pourra continuer d’instruire les crimes de guerre? a-t-elle aussi demandé.  Enfin, elle a estimé que des réformes sont indispensables pour que le pays puisse envisager de rejoindre l’Union européenne quand les conditions seront remplies: il est de la responsabilité des autorités d’adopter les réformes profondes nécessaires dans les domaines de l’état de droit et du développement économique et social, selon Mme Gueguen.  Elle a conclu en soulignant que le renouvellement du mandat de l’EUFOR ALTHEA pour un an, qui vient d’être décidé par le Conseil de sécurité, témoigne du soutien de l’UE.

Mme KELLY CRAFT (États-Unis) a fait remarquer que, plus de 20 ans après la signature de l’Accord de Dayton, les jeunes de Bosnie-Herzégovine se heurtent à toutes sortes de difficultés qui les poussent à quitter le pays, faute de perspectives.  La Bosnie-Herzégovine ne peut tolérer la propagande de haine qui a sapé la stabilité pendant tant d’années, a-t-elle lancé en conseillant aux dirigeants d’opter pour la réconciliation et de dépasser l’héritage de la guerre afin de s’engager sur la voie de l’intégration euro-atlantique.  La population mérite d’avoir des dirigeants élus qui tiendront leurs promesses, des dirigeants qui mettront les besoins de la population en premier.

Les États-Unis appuient le cadre de Dayton pour maintenir la paix et la stabilité dans la région, a assuré Mme Craft en mentionnant aussi leur soutien aux efforts de développement.  Cependant, les États-Unis exigent aussi que ceux qui menacent la stabilité rendent des comptes et que ceux qui ont été reconnus coupables de crimes de guerre soient jugés.  Mme Craft a salué la contribution européenne de l’EUFOR ALTHEA qui joue selon elle un rôle essentiel, disant soutenir le renouvellement de son mandat.  Nous saurons que sommes parvenus à une solution pérenne quand toutes les générations et toutes les communautés pourront profiter d’une nation stable et prospère, a-t-elle conclu.

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a dit regretter le manque de progrès dans la mise en œuvre de l’Accord général de paix (Accord de Dayton) et le programme « 5 plus 2 ».  Ce manque de progrès doit être le sujet de réflexion de ce conseil, a-t-il dit.  Le représentant a ensuite appelé les parties à faire montre d’une volonté politique, y compris en accélérant la formation d’un gouvernement, en promouvant l’état de droit, en luttant contre la corruption, en œuvrant en faveur de l’unité et en acceptant le fait que la Bosnie-Herzégovine est une entité unique et souveraine.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a estimé que le rapport du Haut-Représentant ne dresse pas un tableau juste et équilibré de ce qui se passe.  Il a constaté qu’il y a de manière chronique des préconceptions à l’égard des Serbes et des Croates sur qui on fait porter directement toute la responsabilité des problèmes du pays.  Le Bureau du Haut-Représentant devrait au contraire mettre l’accent sur le dialogue et les missions de bons offices, a-t-il conseillé.  Selon lui, ce bureau utilise toutes ses ressources pour tenter de prouver que les dirigeants serbes et croates seraient anti-Dayton, alors que ceux-ci ont dit maintes fois le contraire et l’ont démontré.  Il est important de respecter les termes de l’Accord de paix de Dayton et le fait que les deux entités ont des responsabilités distinctes, a souligné le délégué.

Le représentant russe a ensuite démenti les difficultés énumérées, estimant qu’elles fournissent un prétexte pour maintenir le mandat international sur le pays.  La Russie appelle plutôt à relancer les efforts visant à fermer le Bureau du Haut-Représentant, a-t-il dit en citant en exemple la région de Brcko, où le bureau été fermé et où cela se passe très bien.  La Russie, a-t-il ajouté, estime que le représentant des Nations Unies n’est pas compétent pour faire du lobbying au profit de l’intégration euro-atlantique de la Bosnie-Herzégovine.  On a l’impression que la Bosnie-Herzégovine n’a rien de plus pressant à faire que d’intégrer l’OTAN, a-t-il relevé à cet égard, en affirmant qu’il n’y a pourtant pas de consensus dans le pays sur l’adhésion à l’Union européenne.

Concernant la commission internationale d’enquête sur les crimes contre l’humanité commis contre les Serbes de Bosnie, il a dit ne pas comprendre pourquoi la représentation de la Republica Srbska était diabolisée, estimant que c’était dû aux lacunes du mécanisme résiduel du TPIY.  La Commission doit faire la lumière sur une série de graves crimes de guerre auxquels le TPIY n’accorde aucune attention, a-t-il accusé. 

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a dit avoir un avis différent de la Fédération de Russie en ce qui concerne le Bureau du Haut-Représentant.  Le Royaume-Uni soutient ce mandat, car l’Accord de paix de Dayton prévoit que la Bosnie-Herzégovine est composée de deux entités, dont la Republika Srpska.  Il prévoit aussi que ces entités ne sont pas au-dessus de l’État.  Tant que ces conditions ne sont pas remplies et acceptées par les parties, le Bureau du Haut-Représentant « restera en place », a dit Mme Pierce.

La représentante a également déclaré que rien dans le droit en vigueur en Bosnie-Herzégovine, pas plus que dans l’ensemble des décisions de la communauté internationale, ou même le souhait de la population, ne va à l’encontre de l’intégration euro-atlantique de la Bosnie-Herzégovine.

Mme Pierce a également affirmé que le massacre de milliers de musulmans à Srebrenica n’était en aucun cas un événement mineur pour la Bosnie-Herzégovine. C’est un génocide reconnu par le Tribunal pénal international pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY), a-t-elle insisté.

M. VALENTIN INZKO, Haut-Représentant pour la Bosnie-Herzégovine, répondant aux questions posées, a dit qu’il n’y avait pas de panacée dans les solutions à apporter.  Il faudrait simplement que les candidats sélectionnés à la cour constitutionnelle soient compétents, sans autre considération.  Il a également déclaré que les criminels n’ont pas de place dans la société, une fois qu’ils ont été reconnus comme tels.

Le représentant a ensuite déclaré que tout citoyen devait avoir le droit de se présenter à la présidentielle.  Or. ce n’est pas le cas en Bosnie-Herzégovine, a-t-il dit, qualifiant cette situation de « scandale ».  Il faudrait également des femmes au Gouvernement fédéral, car aujourd’hui, il n’est composé que d’hommes. 

Concernant la question de l’intégration euro-atlantique, M. Inzko a dit ne pas avoir de commentaires à faire.  Il constate cependant que la loi de la Bosnie-Herzégovine y est favorable.  S’agissant de la fermeture de son bureau, il a plaidé pour une fermeture progressive.

La cheffe du programme de TRIAL International en Bosnie-Herzégovine, Mme KORJENIC, a repris la parole pour appuyer les derniers propos du Haut-Représentant.  Elle a ajouté que la primauté du droit est la seule façon de garantir la justice, l’égalité et la stabilité pour créer un environnement de justice et de dignité pour tous, en priorité toutes les victimes du conflit.

M. SVEN ALKALAJ (Bosnie-Herzégovine) a salué la reconduction du mandat de la mission EUFOR ALTHEA avec laquelle la Bosnie-Herzégovine a toujours coopéré.  La Bosnie-Herzégovine est en outre désireuse de rejoindre l’Union européenne et les organisations euro-atlantiques, a-t-il ajouté en expliquant que c’est une priorité pour le pays et que cet objectif est soutenu par l’ensemble de sa classe politique.  Pour ce faire, la Bosnie-Herzégovine a poursuivi ses réformes, notamment en matière d’état de droit et de lutte contre la corruption, a fait valoir le représentant.  Il a aussi indiqué que son pays avait poursuivi ses enquêtes pour les crimes de guerre, quelle que soit l’origine ou l’ethnicité des victimes.

Le représentant a par ailleurs assuré que son pays joue un rôle au sein de sa région, avec le Processus de coopération d’Europe du Sud-Est notamment et le Fonds des Balkans occidentaux.  La Bosnie-Herzégovine joue aussi un rôle sur le plan international en participant aux missions de maintien de la paix des Nations Unies: 45 de ses ressortissants y servent à travers le monde.  En outre, la Bosnie-Herzégovine a pris des mesures pour accueillir les migrants qui entrent dans son pays, en dépit de la forte augmentation du nombre de migrants illégaux.  Cependant, l’une des préoccupations de la Bosnie-Herzégovine est aujourd’hui l’exode des jeunes cerveaux, a signalé le représentant en assurant que toutes les mesures sont prises pour stopper ce phénomène, tant il risque d’entraver le développement du pays.  Enfin, il a insisté à nouveau sur le désir de son pays d’adhérer à l’Union européenne.  

M. SILVIO GONZATO, de l’Union européenne, a noté avec préoccupation qu’un an s’était écoulé depuis les élections générales sans que le Gouvernement ait été formé ni que le Parlement fonctionne, ce qui empêche la mise en œuvre de réformes indispensables: ceci pose la question quant à la volonté des responsables politiques de répondre aux aspirations de la population qui souhaite rejoindre l’Union européenne (UE).  Dans ce contexte, l’UE presse les responsables politiques d’assumer leurs responsabilités et de former un gouvernement sans autre délai, dans un esprit de compromis et avec la détermination de surmonter les derniers points de discorde.  L’Accord d’août constitue sur ce point un élément positif, a estimé M. Gonzato.  Il a surtout appelé les responsables politiques à se dispenser de toute rhétorique nationaliste et provocante, rappelant que le révisionnisme et la glorification des criminels de guerre sont contraires aux valeurs de l’UE.  

La Bosnie-Herzégovine a été claire quant à sa volonté de rejoindre l’Union européenne, a relevé M. Gonzato.  L’UE attend des autorités qu’une fois en place, elles poursuivent activement et avec sérieux les réformes espérées.  Elles doivent renforcer l’état de droit, en particulier l’indépendance et l’impartialité de la justice, lutter contre la corruption et le crime organisé, contrer la radicalisation, garantir l’indépendance des médias et la sécurité des journalistes, et enfin promouvoir l’emploi des jeunes et l’éducation.  Elles doivent en outre prendre des mesures urgentes à l’approche de l’hiver pour gérer les flux de migrations et revoir le système d’asile, notamment en fermant les camps insalubres comme Vučjak, a plaidé le représentant.  Enfin, il a rappelé la nécessité urgente d’organiser des élections locales, dès que possible.

M. ANDREJ DOGAN (Croatie) a estimé que la non formation de gouvernements de la fédération et des cantons en Bosnie-Herzégovine, depuis les élections d’octobre 2018, contribue à renforcer l’instabilité politique et institutionnelle dans le pays.  De ce fait, c’est une année de perdue pour l’intégration du pays dans l’UE, a-t-il argué, ajoutant que la Bosnie-Herzégovine était déjà en retard dans le processus d’intégration par rapport à ses voisins des Balkans.  Pour le délégué, la situation actuelle, ainsi que la rhétorique des politiciens, sont contreproductives et freinent l’essor du pays. 

M. Dogan a déclaré que la Croatie soutient fermement l’ambition européenne de la Bosnie-Herzégovine, soulignant que cette voie implique une série de réformes afin de bâtir un État réellement fonctionnel.  Il a dit qu’en assurant la présidence du Conseil de l’UE au premier semestre de l’année prochaine, la Croatie œuvrera à l’élargissement de l’UE. 

Poursuivant, le délégué a indiqué que les trois peuples formant la Bosnie-Herzégovine doivent rester la base de la structure institutionnelle du pays.  C’est dans ce cadre que la Croatie a appelé à la réforme de la loi électorale afin d’assurer une représentativité légitime au sein des institutions à tous les niveaux.  M. Dogan a jugé que cela était urgent à l’approche des élections locales prévues l’an prochain.  Il a mis en garde contre l’imposition de politiciens issus d’un groupe donné comme représentants d’un tout autre groupe, à quelque niveau de gouvernement que ce soit.  Il a souhaité que ces choix de candidats soient faits en respectant l’arrêt de la Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine dans l’affaire Ljubić et de sa décision concernant le système électoral de la ville de Mostar.  M. Dogan a en outre invité la Bosnie-Herzégovine à réguler les migrations en contrôlant ses frontières, avant de conclure en lançant un appel en faveur de la réconciliation entre les trois composantes du pays.

Mme MARINA IVANOVIC (Serbie) a estimé que le respect de la Serbie pour l’indépendance et la souveraineté de la Bosnie-Herzégovine n’était pas discutable ni à mettre en doute, en tant que pays garant de l’Accord de Dayton.  La Serbie a eu souvent l’occasion d’apporter son appui à tous les niveaux, dont les élections de 2018, pour contribuer à la stabilité de la région, a-t-elle précisé.  Un an après le scrutin, il n’y a cependant aucune raison de repousser encore la formation du Gouvernement, a-t-elle estimé, affirmant que la rhétorique de déstabilisation de la part de nombreux dirigeants constituait un frein.  Elle a appelé ces derniers à faire preuve de retenue et s’est dit préoccupée par les mesures unilatérales contraires à l’Accord de Dayton, qui résulte pourtant d’un « équilibre complexe et délicat ».  Déséquilibrer le modèle établi il y a 25 ans ne permettra pas la stabilité pleine et entière de ce pays, a-t-elle insisté. 

La représentante serbe a également appelé la communauté internationale à faire preuve de davantage de retenue, arguant que le dialogue au sein des institutions de la Bosnie-Herzégovine est le seul moyen de maintenir un compromis pour l’avenir et la stabilité de la région.  « Nos deux pays ont donné la preuve de leur engagement à établir et améliorer les relations bilatérales et régionales », a-t-elle affirmé.  Pour illustrer la tendance à renforcer la coopération économique entre les deux pays, elle a rappelé que la Bosnie-Herzégovine est depuis de nombreuses années l’un des principaux partenaires commerciaux de la Serbie.  En tant que pays candidat à l’Union européenne, la Serbie peut apporter beaucoup aux autres candidats, a-t-elle plaidé en se disant prête à partager sa propre expérience.  Elle a terminé en affirmant que la Serbie était engagée envers la paix, la stabilité, la sécurité, ainsi que la coopération régionale et internationale.

M. HEUGSEN (Allemagne) a souhaité reposer sa question aux pays voisins de la Bosnie-Herzégovine, notamment pour savoir en quoi ils peuvent aider à lutter contre le déni de génocide.  Sont-ils prêts à faire pression pour que le dortoir de la cité universitaire de Palé qui porte le nom de Radovan Karadžić soit débaptisé, a demandé le représentant.

En réponse, Mme IVANOVIC (Serbie) a redit que tous les crimes de guerre commis en Bosnie-Herzégovine doivent faire l’objet d’enquêtes et de poursuites, peu importe l’endroit où se trouve le criminel.  C’est la bonne voie vers la réconciliation, a conclu la représentante.

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