Les membres africains du Conseil de sécurité demandent une coopération renforcée entre le Conseil et l’Union africaine, y compris sur la Libye

CS/14001
30 octobre 2019
8650e séance – matin

Les membres africains du Conseil de sécurité demandent une coopération renforcée entre le Conseil et l’Union africaine, y compris sur la Libye

À l’occasion du débat sur la coopération entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales aux fins du maintien de la paix et de la sécurité internationales, débat centré aujourd’hui sur l’Union africaine (UA), les trois pays africains membres non permanents du Conseil de sécurité, les A3 -Côte d’Ivoire, Guinée équatoriale et Afrique du Sud– ont jugé « impératif » que le Conseil de sécurité prenne en compte le rôle et la contribution du Conseil de paix et de sécurité de l’UA dans ses efforts pour résoudre le conflit en Libye, y compris sa requête de nommer un envoyé spécial conjoint.

La coopération entre les deux organisations n’a pas cessé de progresser depuis la signature, en avril 2017, du Cadre commun ONU-UA pour un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité, ont d’abord souligné les deux intervenantes de la séance, en visioconférence depuis Djibouti: l’Observatrice permanente de l’Union africaine auprès des Nations Unies, Mme Fatima Kyari Mohammed, et la Représentante spéciale du Secrétaire général auprès de l’Union africaine, Mme Hanna Serwaa Tetteh.

Le Cadre commun offre des mécanismes pour résoudre les défis en présence, comme l’échange d’informations, la mise en commun des systèmes d’alerte précoce, les bons offices, la médiation et les visites conjointes.  Ces dernières, très importantes, doivent se systématiser car elles permettent des analyses conjointes de la situation, a plaidé la Représentante spéciale .  La République dominicaine a d’ailleurs espéré voir l’adoption d’un protocole sur les modalités des visites conjointes en Afrique.

Détaillant les succès des efforts communs de l’ONU et de l’UA, Mme Mohammed a signalé qu’ils ont permis la signature d’un accord de paix en République centrafricaine, ce qui a entraîné une réduction de la violence.  Au Soudan, ils ont permis une gestion pacifique de la transition et le retrait du pays de la liste des États soutenant le terrorisme.  En Somalie, ils ont permis l’adoption d’une loi électorale avec la mise en place d’un système constitutionnel devant conduire à la tenue d’élections en 2020-2021.

Sur la base de ces succès, il faudrait renforcer la coopération entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA), y compris sur la Libye, ont plaidé les A3, déplorant l’aggravation de la situation dans ce pays. En effet le rapport* du Secrétaire général dont était saisi le Conseil affirme que la Libye connaît une escalade de la violence et une augmentation des flux entrants d’armes et de munitions sophistiquées, ce qui fait peser une menace permanente à la paix et la sécurité dans le pays et le Sahel.  De plus, le blocage du processus politique et les conditions de sécurité actuelles ont compromis davantage les possibilités d’organiser des élections, a encore dit le rapport.

Ces défis, et d’autres similaires que l’on retrouve sur le continent africain, justifient que cette coopération soit davantage renforcée et étendue.  Sur la question de la Libye en particulier, « l’UA doit être davantage impliquée et non pas mise à l’écart », a insisté Mme Mohammed, jugeant « impératif d’avoir une approche coordonnée ».

Cette approche a été soutenue par quelques délégations, dont celles de la Fédération de Russie, pour laquelle « le meilleur moyen » de relever les défis liés à la sécurité en Afrique est de s’appuyer sur le principe « des solutions africaines aux problèmes africains ».  Les organisations africaines sont les plus à même de connaître le terrain et ses spécificités, a dit le représentant, estimant que pour autant le Conseil de sécurité ne doit pas totalement se retirer ni laisser les organisations africaines porter le fardeau en la matière.  Du même avis, la Pologne a jugé « de la plus haute importance » de permettre aux deux organisations de faire face aux nouvelles menaces et de s’attaquer aux sources complexes d’instabilité en Afrique.

Un tel partenariat revêt même aujourd’hui une « importance stratégique » pour la France, tandis que l’Allemagne, qui défend fermement le bilatéralisme et le multilatéralisme, a estimé que cette coopération devait même aller au-delà et inclure l’Union européenne.  Celle-ci, qui est « voisine du continent africain », doit être un partenaire actif dans les efforts de paix.

Cette coopération renforcée doit inclure la médiation, la diplomatie préventive, le maintien de la paix et la consolidation de la paix, ont précisé les A3.  Elle doit par ailleurs se baser sur trois principes clefs: la collaboration inclusive et significative, des approches communes, et des mécanismes consultatifs efficaces.

Les membres du Conseil de sécurité ont également discuté du financement des opérations de maintien de la paix décidées par l’UA et autorisées par le Conseil de sécurité.  La Chine a recommandé que l’ONU aide l’UA à mettre en place un mécanisme viable et prévisible de financement de ces opérations qui, à son avis, sont aujourd’hui une « solution efficace » face aux crises du continent.  La France, qui a dit soutenir « pleinement » cette approche, a suggéré de puiser dans les contributions obligatoires.  Elle reste disposée à trouver une solution qui réponde aux besoins opérationnels et fasse consensus au Conseil de sécurité.

Les États-Unis ont aussi plaidé pour un financement « sûr, prévisible et durable » pour de telles opérations à l’avenir.  Ils souhaitent cependant que leurs préoccupations « de longue date » soient prises en compte, notamment l’exigence de transparence et le respect des conditions posées par les résolutions 2320 (2016) et 2378 (2017).  Mais « il reste encore du travail », a observé leur représentante.  Pour le Royaume-Uni en revanche, un tel soutien doit se faire « au cas par cas ». 

De manière générale, cette même délégation a appelé à « faire preuve de franchise quand nous ne sommes pas d’accord » pour voir comment avancer ensemble.  Il faut « des discussions plus franches et plus honnêtes » entre les deux organisations, a renchéri l’Indonésie qui a aussi réclamé un partenariat complété par la communauté internationale « de bonne foi, honnête et sincère », ainsi qu’un meilleur respect des accords conclus dans différentes situations.

COOPÉRATION ENTRE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES ET LES ORGANISATIONS RÉGIONALES ET SOUS-RÉGIONALES AUX FINS DU MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES (S/2019/759)

Déclarations

Mme HANNA SERWAA TETTEH, Représentante spéciale du Secrétaire général auprès de l’Union africaine, a déclaré que la nature des conflits en Afrique étant complexe, aucune organisation à elle seule ne peut prétendre les résoudre toute seule.  Ce qui justifie donc une coopération renforcée entre les Nations Unies, l’Union africaine et les organisations sous-régionales, qui n’a cessé de progresser ces dernières années, est fructueuse: les efforts conjoints ont abouti en République centrafricaine à la conclusion d’un accord de paix qui a permis une réduction significative des violences; au Soudan, ils ont permis l’adoption d’une déclaration constitutionnelle et la signature de l’accord régissant la transition.

Cependant, tout n’est pas réglé et des défis demeurent, justifiant une amélioration de cette coopération.  Parmi les défis à relever sur le continent, Mme Tetteh a cité la persistance de la discrimination, la mauvaise gouvernance et la mauvaise gestion des institutions, la corruption ou encore les effets des changements climatiques.  Entre tous les pays touchés par ces défis, le Soudan du Sud inquiète particulièrement, comme ont pu le constater les membres du Conseil de sécurité qui se sont rendus sur place, a-t-elle dit.  Dans ce pays en effet les progrès sont lents dans la mise en œuvre de l’accord de paix, a précisé Mme Tetteh en parlant notamment des retards pris dans la formation d’un gouvernement.  La date butoir du 12 novembre pour sa mise en place doit être maintenue selon elle, au risque de voir la situation s’aggraver à nouveau.

S’agissant de la Somalie, elle a également souhaité que les réformes se poursuivent, notamment par l’adoption d’une loi électorale et la mise en place d’un système constitutionnel, et ce, avant décembre 2020.  La situation en Libye aussi reste préoccupante pour la communauté internationale, dans la mesure où environ 255 000 personnes se trouvent dans les zones impactées par le conflit, dont des migrants.  De plus, a encore relevé Mme Tetteh, les membres du Conseil de sécurité ont entendu les préoccupations quant à la violation de l’embargo sur les armes qui détériore gravement la situation sécuritaire, avec des conséquences au Sahel.

Poursuivant son intervention, elle a estimé que le Cadre commun ONU-UA pour un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité, signé en avril 2017, offre des mécanismes pour résoudre ces défis, notamment avec l’échange d’informations, la mise en commun des systèmes d’alerte précoce, le recours des bons offices, la médiation et les visites conjointes.  Ces dernières sont importantes et elles doivent se systématiser, car elles permettent des analyses conjointes de la situation, a plaidé la Représentante spéciale.

Elle a ensuite reconnu que la question du financement des opérations de paix en Afrique reste un défi à relever.  Pour cette raison, elle s’est félicitée que le Fonds pour la paix de l’Union africaine soit actuellement doté de 131 millions de dollars.

Mme FATIMA KYARI MOHAMMED, Observatrice permanente de l’Union africaine (UA) auprès des Nations Unies, a fait valoir que depuis la signature du Cadre commun ONU-Union africaine pour un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité, en 2017, les efforts communs sont devenus plus fréquents.  Elle a souligné les progrès engagés ainsi que les visites de terrain conjointes dont la plus récente dans la Corne de l’Afrique qui avait pour thème « femmes, paix et sécurité ».  En République centrafricaine, les efforts conjoints ont permis la signature d’un accord de paix et de réconciliation, a-t-elle rappelé en signalant qu’une visite conjointe avait pu être effectuée, au début du mois, sur place.

De même, les efforts ont contribué à des progrès au Soudan mais le retrait du Soudan de la liste des États parrainant le terrorisme est absolument essentiel pour le relèvement du pays, a-t-elle dit.  Parlant ensuite du Soudan du Sud, Mme Mohammed a indiqué que les deux organisations essaient de soutenir les deux parties et de parvenir à des élections à la fin de la période de transition, en insistant sur la mise en œuvre de l’Accord revitalisé.  En Somalie, l’Union africaine et les Nations Unies ont repris leurs efforts pour permettre la tenue d’élections en 2020-2021.  Quant à la Libye, la situation demeure inquiétante, a mis en garde Mme Mohammed en expliquant que l’Union africaine insiste sur la nécessité d’être davantage impliquée et non pas mise à l’écart.  Elle a jugé impératif d’avoir une approche « coordonnée » dans ce pays.

Enfin au Sahel, les partenaires doivent continuer d’appuyer la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali  (MINUSMA) et d’apporter ressources et finances au G5 Sahel, a-t-elle prôné car, malgré les efforts concertés, la situation reste marquée par des graves et complexes atteintes à la paix et la sécurité dans la région.  Elle a cité notamment la prolifération des armes, la propagation du crime organisé et transfrontalier ainsi que les affrontements violents qui y ont lieu et qui sont exacerbés par les effets des changements climatiques dans la région.

Pour l’Union africaine, il est d’ailleurs impératif de renforcer en général les efforts régionaux face aux effets des changements climatiques, de « l’insécurité climatique », a-t-elle insisté, faisant valoir que ces problèmes exacerbent les tensions intercommunautaires et les affrontements de plus en plus fréquents sur le continent.  L’Union africaine a déjà déployé d’importants efforts mais il faut aussi mettre l’accent sur la prévention.  La coopération entre les deux organisations doit être encore renforcée en matière de maintien de la paix et de redressement après conflit, dans la gestion et la planification, ainsi que dans le financement des missions et la reddition de la justice.

Pour l’UA, le partenariat avec les Nations Unies doit s’appuyer sur le respect mutuel et l’analyse commune.  Le fait de ne pas pouvoir intervenir ensemble est une frustration pour les deux organisations, a estimé la représentante.  Mme Mohammed a regretté que l’évaluation conjointe des missions comme la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) constitue encore un point de friction, avec des désaccords entre les deux organisations.  La position des Nations Unies prend souvent le dessus, a-t-elle regretté.  On peut avoir des divergences mais la perception selon laquelle la positon de l’Union africaine ne compte pas sape la confiance, comme c’est notamment le cas dans la crise libyenne, a-t-elle illustré.

M. NICOLAS DE RIVIÈRE, (France) a déclaré que son gouvernement soutenait le partenariat entre l’ONU, l’UA et les organisations sous-régionales africaines, qui revêt aujourd’hui une « importance stratégique » pour la prévention et la résolution des crises en Afrique.  Il a aussi soutenu le développement de la coopération trilatérale entre l’ONU, l’UA et l’Union européenne (UE).  Ce partenariat a fait ses preuves à plusieurs reprises, notamment à Madagascar, en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan, en Éthiopie ou encore en République centrafricaine.  Au Sahel, l’action conjointe entre l’ONU et l’UA est « indispensable » pour la mise en œuvre complète de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, a rappelé le représentant en expliquant, dans ce cadre, avoir proposé la mise en œuvre d’un nouveau partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel, une initiative franco-allemande, lancée cet été lors du Sommet du G7 de Biarritz.

Il a ajouté que son pays juge « utile et nécessaire » que le travail engagé par les Nations Unies et l’Union africaine puisse se poursuivre pour faire avancer les problématiques clefs pour le développement des organisations africaines de paix.  Il a pensé aux cadres budgétaires et financiers, aux cadres de conformité en matière de droits de l’homme ou encore aux cadres de présentation de rapports. Pour cette raison, la France soutient pleinement le développement et le financement durable et prévisible d’opérations de paix de l’UA et de l’ONU, y compris en ayant recours aux contributions obligatoires.  La France reste à l’écoute de ses partenaires de l’UA et du A3 pour trouver une solution qui réponde aux besoins opérationnels et fasse consensus au Conseil de sécurité, a conclu son représentant.

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a déclaré qu’en tant que membre de l’Union européenne (UE), l’Allemagne estime que la coopération entre les Nations Unies, l’Union africaine et les organisations sous-régionales doit s’étendre au-delà.  En tant que fervent défenseur du bilatéralisme et du multilatéralisme, sa délégation estime que l’Union européenne peut être invitée à cette coopération, en tant que partenaire déjà actif dans les efforts de paix et en tant que voisin du continent africain.  Cette coopération tri ou quadri partite doit se faire à tous les niveaux, tant politique, tactique que stratégique, a recommandé le représentant. Par ailleurs, la délégation a invité les pays en situation de conflit à saisir la Commission de consolidation de la paix.

Pour Mme JOANNA WRONECKA (Pologne), l’ONU, l’UA ainsi que les communautés économiques régionales et les mécanismes régionaux doivent élargir leur coopération à tous les niveaux et sur un large éventail de questions comme le développement, l’élaboration de politiques et les opérations de réponse aux crises.  Une coopération étroite ne signifie cependant pas qu’il faut laisser la responsabilité aux organisations régionales et sous-régionales, a-t-elle précisé.  L’ONU, a-t-elle recommandé, doit contribuer à résoudre les conflits de manière complète en utilisant tous les instruments à sa disposition comme la prévention, le règlement de différend, le maintien de la paix et le relèvement après conflit. 

La représentante a en outre estimé essentiel l’appui constant de l’ONU aux efforts de l’UA en matière de capacité, d’outils et de moyens nécessaires pour une action efficace.  Il est de la plus haute importance de permettre aux deux organisations de faire face aux nouvelles menaces et de s’attaquer aux sources complexes d’instabilité en Afrique, a encore déclaré Mme Wronecka qui a considéré les interactions régulières entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’UA comme un instrument important pour élargir leur partenariat.  Elle a souligné l’importance du Bureau des Nations Unies auprès de l’Union africaine en offrant son soutien et en assurant une action concertée entre les deux Conseils.

Mme KELLY CRAFT (États-Unis) a déclaré avoir vu de ses propres yeux, lors de sa visite au Soudan du Sud, l’implication et la capacité de l’Union africaine (UA) à résoudre les crises en Afrique, continent qui concentre à lui seul près de 80% du budget consacré au maintien de la paix.  Mais selon la représentante, l’UA pourrait faire davantage et apporter son soutien à la paix, notamment au Burundi ou au Cameroun, en invitant les gouvernements de ces pays au dialogue.  Les États-Unis estiment d’ailleurs que l’ONU et l’UA devraient envisager une visite conjointe au Cameroun.  Reconnaissant ensuite que la situation en Libye impacte de nombreux autres pays africains, Mme Craft a salué dans ce contexte l’appui apporté par l’UA à l’Envoyé spécial du Secrétaire général.  Mais elle s’est dit très préoccupée par la violation de l’embargo sur les armes en Libye et a enjoint les États responsables à cesser ces livraisons d’armes.

Les États-Unis soutiennent les efforts de l’ONU et de l’UA pour assurer un financement prévisible, durable et fiable des opérations futures en Afrique, a poursuivi Mme Craft.  Mais ils souhaitent que les préoccupations qu’ils expriment « de longue date » soient pris en compte, notamment en ce qui concerne la transparence financière et les mesures commerciales, le partage adéquat du fardeau et le respect des normes de l’ONU pour la conduite des opérations de maintien de la paix.  Ils souhaitent également que les conditions posées par les résolutions 2320 (2016) et 2378 (2017) soient d’emblée respectées.  « Il reste encore du travail », a conclu la représentante.

M DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a insisté sur l’importance de maintenir la communication entre l’UA et l’ONU, arguant qu’un partenariat entre les deux organisations est essentiel pour faire face aux défis complexes du continent.  Il a appelé à des « discussions plus franches et plus honnêtes » entre les deux et à un meilleur respect des accords conclus dans différentes situations en réfléchissant à des opérations hybrides entre les deux organisations.  Il a insisté sur le rôle des « A3 » [les trois pays africains membres élus du Conseil de sécurité] pour apporter une perspective africaine au Conseil.  Le développement des capacités est une condition sine qua non si l’on veut une paix durable en Afrique, a fait valoir le représentant en plaidant pour que l’UA et l’ONU travaillent à davantage de collaboration et de synergies.  Il faut pour cela une meilleure coordination entre les deux organisations, d’une part, et avec les institutions financières internationales, d’autre part.

L’Indonésie appuie le Fonds pour la consolidation de la paix et soutient le travail de la Commission de consolidation de la paix des Nations Unies, qui se penche sur des causes profondes des conflits et s’emploie à les prévenir par le biais du développement.  Mais ce partenariat entre les Nations Unies et l’Union africaine doit être complété par la communauté internationale, « de bonne foi, honnête et sincère », a demandé le représentant. Il a rappelé que, pour sa part, l’Indonésie compte actuellement 3 000 personnels déployés dont 128 femmes dans les missions de paix en Afrique.

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a déclaré que « le meilleur moyen » de relever les défis liés à la sécurité en Afrique au titre du Chapitre VIII de la Charte est de s’appuyer sur le principe « des solutions africaines aux problèmes africains ». Les organisations africaines sont les plus à même de connaître le terrain et ses spécificités, a dit le représentant.  Dans le même temps, la délégation russe reste d’avis que le Conseil de sécurité ne doit pas totalement se retirer ni laisser les organisations africaines porter le fardeau en la matière.  Pour ce qui est du financement des opérations de maintien de la paix en Afrique, la délégation reste disposée à discuter et à faciliter les résolutions sur le sujet.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a appuyé le soutien des Nations Unies aux opérations de l’UA au cas par cas, jugeant également que l’engagement de l’UA à financer 25% de ses opérations est un symbole important.  Il a insisté sur l’importance des normes concernant le cadre et en matière de conduite et de discipline, regrettant que la création de postes relatifs à ces questions au sein de l’AMISOM n’ait pas été appuyée par les membres du Groupe des États d’Afrique à la Cinquième Commission.  Il est essentiel, de son point de vue, de continuer de renforcer le partenariat entre l’UA et les organisations sous-régionales, notamment pour mettre en œuvre les accords au Soudan du Sud, appelant à cet égard à respecter le délai du 12 novembre.  Les Nations Unies –« et l’Union africaine aussi sans doute »- ont exprimé leur engagement à mettre en œuvre tout ce qui est nécessaire dans la poursuite des tâches relatives à cet accord, « tout en restant déterminés à débusquer les fauteurs de troubles », a-t-il dit. 

Concernant la Libye, il s’est dit « très inquiet », estimant très important que l’Union africaine soit représentée en tant qu’acteur clef dans le processus de Berlin.  Une coopération plus étroite entre Union africaine, Nations Unies et organisations régionales devrait aussi permettre de déployer une action plus rapide et plus efficace pour empêcher les crises à basse intensité de dégénérer en conflit: en ce sens, l’initiative de l’UA « Faire taire les armes d’ici à 2020 » est essentielle.  Enfin, a conseillé le représentant, il faut « faire preuve de franchise quand nous ne sommes pas d’accord » pour voir comment avancer ensemble.  Il a conclu en souhaitant que les canaux de communication restent ouverts.

M. YAO SHAOJUN (Chine) a estimé que la relation entre les deux organisations est particulièrement fructueuse sur les questions de paix.  Elle a également salué le fait que des programmes de développement se mettent en place, améliorant la paix et la sécurité sur le continent.  Mais il faut faire davantage, a plaidé le représentant souhaitant que cette coopération soit renforcée, non affaiblie.  Il a appelé la communauté internationale à soutenir la recherche de solutions africaines aux problèmes africains en s’appuyant sur la connaissance qu’ont les acteurs régionaux des situations locales.  Les opérations de paix de l’Union africaine sont aujourd’hui une solution efficace face aux crises du continent et complètent les opérations des Nations Unies, aussi l’ONU devrait-elle aider l’UA à mettre en place un mécanisme viable et prévisible de financement de ces opérations, a estimé la Chine.  Le représentant a aussi demandé que la coopération entre les deux organisations s’améliore sur les questions de développement, afin de mieux prévenir les causes profondes des conflits.

Mme SANDRA RODRÍGUEZ (Pérou) a vu dans le Plan d’action de l’Union africaine (UA) pour « faire taire les armes » d’ici à 2020 un exemple d’engagement et de responsabilité des pays africains pour construire un continent exempt de conflits, ce qui implique en premier lieu de faire face à leurs causes profondes, comme la pauvreté, les inégalités, les changements climatiques et la faiblesse institutionnelle.  Dans ce contexte, les synergies et la complémentarité entre l’ONU et l’UA sont évidentes, a dit la représentante. 

Se félicitant de la constitution du Réseau de femmes africaines dans la prévention et la médiation des conflits, la représentante a estimé que des mécanismes pourraient être mis en place pour en tirer parti dans les opérations de maintien de la paix, en particulier dans les pays qui organisent des élections l’année prochaine.  En outre, elle a jugé possible d’augmenter la coopération existante à partir des expériences de terrain dans la lutte contre le terrorisme, soulignant que des initiatives novatrices comme la Force multinationale mixte contre Boko Haram ou la Force conjointe du G5 Sahel méritent une meilleure attention.

M. JOSÉ MANUEL TRULLOLS YABRA (République dominicaine) a salué les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Cadre commun de l’ONU et de l’UA pour un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité tout en s’inquiétant des défis posés par l’extrémisme violent, le terrorisme, la criminalité organisée, la corruption, l’impunité, les effets adverses des changements climatiques, qui menacent la stabilité politique et socioéconomique dans une grande partie de l’Afrique.  Cette situation exige un soutien plus solide et des initiatives plus proactives et mieux coordonnées de prévention, a-t-il ajouté.  Il est nécessaire d’investir dans l’éducation, la création d’emplois et des initiatives bénéficiant en particulier aux femmes et aux jeunes, qui jouent un rôle comme médiateurs et promoteurs de la paix. 

S’agissant du renforcement de la coordination entre l’ONU et les organismes régionaux, le représentant a espéré voir l’adoption d’un protocole sur les modalités des visites conjointes en Afrique.  Il s’est félicité de l’approbation de la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et a souhaité l’adoption de procédures visant à augmenter la prévisibilité, la durabilité et la flexibilité du financement des opérations de maintien de la paix ou des forces conjointes dirigées par l’UA et autorisées par le Conseil.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a jugé que le partenariat entre l’ONU et l’Union africaine (UA) a fait des progrès considérables, grâce à une stratégie visant à relever les défis complexes à la paix et la sécurité en Afrique, et qu’il constitue un exemple à suivre en matière de coopération régionale.  D’autant que l’Afrique est omniprésente dans les activités de l’ONU et de ses fonds et programmes.  Les opérations de paix sont les vitrines les plus importantes de cette coopération, a rappelé le représentant.  Sur les 14 opérations de paix en Afrique, sept sont celles de l’UA.  Il a appelé à consolider les acquis pour que ces opérations soient plus efficaces et mieux équipées.

Le délégué s’est félicité de l’engagement de l’UA à couvrir 25% des coûts de ces opérations de manière permanente, saluant le fait que le Fonds pour la consolidation de la paix dispose de 124 millions de dollars, et a appelé de ses vœux à une résolution du Conseil de sécurité qui autoriserait à financer les opérations de paix de l’UA.  Alors qu’une aube nouvelle se lève sur le Soudan, et que la réconciliation est aboutie entre l’Éthiopie et l’Érythrée, il est essentiel que le Conseil poursuive son appui au partenariat entre les deux organisations, a-t-il conclu.

Mme KAREN VAN VLIERBERGE (Belgique) a souligné l’intérêt des approches communes entre l’Union africaine (UA) et l’ONU dans le contexte de la prévention des conflits et des opérations de maintien de la paix, que ce soit en République centrafricaine ou en Somalie avec l’AMISOM, mais aussi dans la consolidation de l’état de droit.  Cependant ce partenariat crucial doit être renforcé davantage a-t-elle estimé, en appelant à financer adéquatement « l’impressionnante » architecture de paix et de sécurité façonnée par l’UA, sur la base d’une revitalisation du Fonds pour la consolidation de la paix.  « Les opérations de paix de l’Union africaine doivent pouvoir disposer d’un financement plus prévisible, plus durable et plus souple », a-t-elle insisté.  Enfin, la collaboration entre les deux organisations doit aussi être renforcée au niveau thématique, qu’il s’agisse de la jeunesse, des femmes, ou du lien entre climat et sécurité, ainsi qu’au niveau opérationnel avec une meilleure coordination des agendas des deux conseils.  Leur collaboration sera d’autant plus importante lors des élections prévues en 2020 dans 14 pays africains, a relevé la représentante.

Mme NOSIVIWE NOLUTHANDO MAPISA-NQAKULA, Ministre de la défense et des vétérans de l’Afrique du Sud, s’exprimant au nom des trois pays africains membres non permanents du Conseil de sécurité (Côte d’Ivoire, Guinée équatoriale et Afrique du Sud), les A3, a assuré que l’Union africaine et les organisations et communautés économiques sous-régionales du continent étaient toutes engagées à la résolution des conflits en Afrique.  L’Union africaine a ainsi développé un cadre de paix et de sécurité pour s’assurer une paix durable en Afrique.  Mais l’engagement actif de l’UA et de ses partenaires internationaux a également contribué à la résolution de conflits, notamment au Soudan, en Somalie, et en République centrafricaine, a cité la représentante, ajoutant que beaucoup a été fait depuis avril 2017 avec la signature et les effets positifs de Cadre commun ONU-UA pour un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité.

Les A3 reconnaissent et saluent donc ces efforts et progrès.  Ils cherchent même à les renforcer par un partenariat encore plus stratégique, incluant la médiation, la diplomatie préventive, le maintien de la paix et la consolidation de la paix.  Les principes qui doivent guider cette coopération sont les suivants: une collaboration inclusive et significative, des approches communes, et des mécanismes consultatifs efficaces.  Pour les A3, l’un des domaines où cette coopération doit continuer d’être renforcée est celle qui existe entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’UA, d’autant que si les deux organes ont des vues communes sur certains sujets comme la situation au Soudan, il y a encore des divergences, en particulier sur la Libye.

Sur ce dernier point, les A3 estiment qu’il est « impératif » que le Conseil de sécurité prenne en compte le rôle et la contribution du Conseil de paix et de sécurité de l’UA dans ses efforts pour résoudre le conflit en Libye, y compris sa requête de nommer un envoyé spécial conjoint pour la Libye.  Il est de la même manière « impératif » que le Conseil de sécurité continue d’analyser l’efficacité du partenariat entre les deux conseils, sur la base de l’expérience et des conclusions de la treizième réunion consultative conjointe, a conclu la Ministre.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.