Soudan et Soudan du Sud: le Secrétaire général recommande au Conseil de sécurité de prolonger encore de six mois le mandat de la FISNUA à Abyei

CS/13993
24 octobre 2019
8644e séance – matin

Soudan et Soudan du Sud: le Secrétaire général recommande au Conseil de sécurité de prolonger encore de six mois le mandat de la FISNUA à Abyei

« Le Soudan et le Soudan du Sud n’ont jamais été aussi proches de la réalisation d’une paix durable entre eux », a affirmé ce matin, devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, M. Jean-Pierre Lacroix, alors qu’il présentait le rapport du Secrétaire général, dans lequel celui-ci recommande la prolongation du mandat de la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA) pour six mois supplémentaires. 

Cette possibilité de paix durable est rendue accessible par un « élan positif » né du récent changement de gouvernement à Khartoum et par le rapprochement entre les hautes autorités des deux pays, ont expliqué le Secrétaire général adjoint et l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Corne de l’Afrique, M. Parfait Onanga-Anyanga.  C’est là « une occasion unique » de faire avancer le processus politique sur les questions frontalières, ont estimé les deux hommes, appelant les autorités à renforcer ce partenariat.

Parallèlement à ce rapprochement, la FISNUA et le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière ont continué de jouer un rôle prépondérant pour stabiliser la situation sécuritaire sur le terrain.  Leur présence a eu un effet dissuasif, comblant les lacunes liées à l’absence d’institutions de gouvernance formelles, tout en soutenant la réconciliation communautaire et les efforts en faveur de l’ordre public.

Pour autant, la liste des contentieux est encore longue.  Aucune réunion du Comité mixte de contrôle d’Abyei ne s’est tenue depuis novembre 2017 et aucun progrès n’a été fait pour établir des institutions communes de gouvernance, dont la police, les tribunaux et les centres de détention, ont regretté, d’une voix, les deux hommes.  Seul un accord a été trouvé sur la question du pétrole: le Soudan du Sud a déjà payé 2,4 milliards de dollars sur les 3,02 milliards dans le cadre de l’accord financier transitionnel (TFA) de 2012. 

Ce manque de progrès est une « préoccupation majeure », étant donné la fragilité de la situation sécuritaire générale à Abyei, marquée par des tensions intercommunautaires persistantes, une augmentation de la criminalité et la présence sporadique d’éléments armés dans la région. 

À ce moment important de la transition dans les deux pays, il est crucial que le seul mandat international opérant dans la zone frontalière soit doté de capacités et des moyens appropriés.  Cela enverrait un signal fort aux parties, ont-ils encore plaidé.

Les membres du Conseil de sécurité ont rejoint le Secrétaire général adjoint et l’Envoyé spécial sur la nécessité de renforcer le dialogue politique et parvenir à la résolution de toutes les questions en suspens, en particulier celles du statut final d’Abyei et de la démarcation de la frontière.  Résoudre le statut politique d’Abyei est « essentiel » pour une paix pérenne dans la région, ont estimé les États-Unis, tandis que la France et la Belgique soulignaient que seule la négociation permettra d’éviter « un énième conflit gelé ». 

Pour y parvenir, il est « indispensable » que les décisions du Conseil soient pleinement mises en œuvre, et que la FISNUA puisse pouvoir agir « comme une mission de maintien de la paix effective ».  Les autorités soudanaises doivent permettre le déploiement des contingents de police décidé l’an dernier « dans les meilleurs délais », afin d’endiguer la criminalité et de prévenir l’escalade des tensions intercommunautaires, ont estimé les États-Unis. 

Son homologue russe l’a rejoint sur la nécessité d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité, mais aussi celles de l’Union africaine et les accords bilatéraux.  Pour cette raison aussi, sa délégation plaide pour le maintien sur place de la FISNUA pour continuer de soutenir l’élan positif entamé avec les bonnes relations entretenues ces derniers mois.  La Russie a toutefois prévenu que la proposition du Secrétaire général de créer une composante politique devait tenir compte de l’avis des deux capitales.

Certes il est impératif d’engager les deux gouvernements à poursuivre leurs négociations, mais il faut également prendre en compte la réalité du terrain, et chercher à donner à la FISNUA « les moyens de répondre aux défis sur le terrain », a relevé l’Indonésie.  Il faut pouvoir la doter de personnel civil mais surtout prendre en compte les opinions des deux capitales, celles des acteurs locaux africains et celles des pays contributeurs de troupes, ont plaidé également la Côte d’Ivoire et la Chine.  Quoiqu’il en soit, les autorités soudanaises doivent « faciliter la reconfiguration de la mission », a plaidé la délégation polonaise. 

En ce qui concerne la demande du Conseil de nommer un chef civil adjoint à la FISNUA, le Soudan a maintenu son objection, tandis que le Soudan du Sud l’a soutenue au motif que cela améliorerait les efforts en cours pour la réconciliation et le développement menés par les chefs locaux et le peuple d’Abyei. 

Le Soudan ne s’est pas opposé au renouvellement du mandat de la FISNUA mais a tenu à rappeler qu’elle doit s’acquitter « de tâches spécifiques de manière temporaire », comme convenu par toutes les parties.  Le pays a souligné sa souveraineté sur les questions en présence avant de demander au Conseil de sécurité de prendre en compte les évolutions récentes.  Le mandat renouvelé doit avoir pour effet d’appuyer les efforts des deux pays « sans saper les progrès réalisés sur le terrain », a-t-il réclamé.

Le Soudan du Sud, pour sa part, a demandé que le Soudan, comme il s’y est engagé, travaille à finaliser le statut d’Abyei.  Il espère aussi que la présence de la FISNUA s’étende au-delà de la zone d’opération actuelle d’Abyei dans le but de permettre le retour des populations civiles déplacées.  Or cet objectif ne sera pas atteint si les effectifs des troupes sont réduits, a prévenu sa délégation. 

À ce propos, M. Lacroix a exprimé, comme le Secrétaire général dans son rapport, sa préférence pour la deuxième option envisagée pour l’adaptation de la structure de la FISNUA: si le Conseil approuvait cette option, la réduction supplémentaire de l’effectif militaire de 295 personnes décidée par le Conseil dans sa résolution 2469 (2019) serait reportée à la fin de la saison sèche, en mai 2020.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD (S/2019/817)

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, a estimé que la poursuite du partenariat entre le Soudan et le Soudan du Sud, malgré le récent changement de gouvernement à Khartoum, présente une occasion unique de faire avancer le processus politique sur les questions frontalières.  En plus des visites réciproques du Président Salva Kiir et du Premier Ministre Abdalla Hamdok dans leur capitale respective au cours des deux derniers mois, Djouba accueille des pourparlers de paix entre l’autorité de transition soudanaise et des groupes d’opposition armés depuis le 14 octobre.  Le 21 octobre, les parties aux négociations ont signé un accord politique inclusif de renouvellement du cessez-le-feu.  La délégation du Conseil de sécurité a également rencontré le Président Kiir et Riek Machar à Djouba il y a quelques jours, en appui à la mise en œuvre de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit en République du Soudan du Sud.  Un accord pour lequel le Soudan fait partie des garants.

Les deux pays ont tenu, les 2 et 13 octobre derniers à Djouba, des réunions du Mécanisme conjoint pour les questions politiques et la sécurité.  Les deux parties ont réaffirmé leur attachement à la mise en œuvre de l’Accord du 27 septembre 2012, ainsi que, entre autres, le retrait immédiat de toutes les forces -y compris le Mouvement/l’Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition (M/APLS dans l’opposition- de la zone frontalière démilitarisée et sécurisée.  Les parties ont également convenu d’établir des couloirs de passage aux frontières; de rouvrir la rivière Kosti-Renk et les corridors routiers Meiram-Aweil; et d’établir les postes de douane et d’immigration.  Le Mécanisme conjoint a également exhorté la FISNUA d’accélérer l’ouverture de bureaux régionaux à Malakal et Buram.

Ces avancées positives n’ont pas été prolongées par un règlement du statut final d’Abyei.  Aucune réunion du Comité mixte de contrôle d’Abyei ne s’est tenue depuis novembre 2017 et aucun progrès n’a été fait pour établir des institutions communes de gouvernance, y compris la police, les tribunaux et les centres de détention.  Alors que le Gouvernement du Soudan a indiqué sa volonté de participer à un exercice conjoint de planification pour la création du Service de police d’Abyei, le Soudan du Sud n’a pas encore répondu à une telle initiative.  Pour le Secrétaire général adjoint, il s’agit là d’une préoccupation majeure, étant donné que la situation générale en matière de sécurité à Abyei reste fragile, avec des tensions intercommunautaires persistantes, une augmentation la criminalité et la présence sporadique d’éléments armés dans la région.  De ce fait, le mécanisme alternatif de réponse de sécurité locale, soit les comités de protection des communautés (CPC), continue de souffrir du manque de ressources logistiques, administratives et financières. 

M. Lacroix a poursuivi en notant qu’en conformité avec le paragraphe 34 de la résolution 2469 (2019), le Secrétariat avait mené une mission d’évaluation conjointement avec une étude sur les capacités militaires de la FISNUA en août-septembre 2019.  Il a salué la décision du Conseil de sécurité d’autoriser la prolongation technique de la partie du mandat de la FISNUA qui consiste à apporter son soutien au Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière, pour un mois supplémentaire, soit jusqu’au 15 novembre 2019, rappelant que le Secrétaire général avait proposé une prolongation de six mois.  M. Lacroix a dit que l’ONU était prête à déployer tous les efforts nécessaires pour atteindre la pleine capacité opérationnelle du Mécanisme conjoint, à condition que les deux pays respectent leur engagement de mettre en œuvre les résultats de ces discussions sur la gestion de la frontière.

En ce qui concerne la reconfiguration de la FISNUA, il a dit que les composantes police et militaire avaient recommandé des actions comme un renforcement de la mobilité avec des moyens de vol de nuit, des capacités médicales et en ingénierie renforcées, et le déploiement de personnel ayant des compétences appropriées.  Il faudrait six mois pour mettre en œuvre le nouveau concept opérationnel, a-t-il précisé.  Deux options sont proposées au Conseil de sécurité: poursuivre la réduction fixée par la résolution 2469 (2019), ou alors reporter la deuxième phase de la réduction impliquant 295 soldats jusqu’à la fin de la saison sèche en avril 2020.  M. Lacroix a marqué sa préférence pour la deuxième option qui permettrait à la FISNUA de conserver une force suffisante pour son mandat, en tenant compte des derniers développements sécuritaires et politiques sur le terrain.  Quelle que soit l’option retenue, il a souligné l’importance de respecter les dispositions de la résolution 2469 (2019) en ce qui concerne les forces de police, notamment le déploiement d’au moins une unité de police constituée (FPU) et 140 policiers d’ici à janvier 2020. 

La mission d’examen a également souligné la nécessité urgente de déployer du personnel civil spécialisé dans les affaires politiques et civiles au quartier général de la FISNUA, au quartier général du Mécanisme conjoint et dans les Bureaux de liaison à Khartoum, Djouba et Addis-Abeba.  Un petit bureau devrait également être établi dans le cadre du Bureau de liaison communautaire afin de se focaliser sur la criminalité, la justice et la détention.  En ce qui concerne la demande du Conseil de nommer un chef civil adjoint à la FISNUA, le Soudan maintient son objection pour des motifs qu’une telle nomination serait incompatible avec l’accord de mandat de 2011.

M. Lacroix a en outre affirmé que les deux les pays n’ont jamais été aussi proches de la réalisation d’une paix durable entre eux et avec leurs oppositions armées, étant donné qu’ils continuent de soutenir les processus de paix respectifs.  S’appuyant sur ces évènements positifs dans leurs relations bilatérales, il a invité les deux parties à reprendre immédiatement les pourparlers directs pour résoudre les problèmes en suspens en ce qui concerne le statut final d’Abyei et les problèmes frontaliers.  Pour sa part, l’ONU continue de travailler en étroite collaboration avec l’Union africaine, en particulier son Groupe de mise en œuvre de haut niveau, afin de soutenir le processus politique entre les deux parties.

En attendant, la FISNUA et le Mécanisme conjoint ont continué de jouer un rôle prépondérant pour stabiliser la situation sécuritaire sur le terrain, a souligné le Secrétaire général adjoint.  Il a ajouté que leur présence a eu un effet dissuasif, comblant les lacunes dues à l’absence d’institutions de gouvernance formelles, tout en soutenant la réconciliation communautaire et les efforts en faveur de l’ordre public.  Il a rappelé que le Secrétaire général avait recommandé le renforcement du rôle et de la capacité de la FISNUA de participer à la médiation locale, d’apporter un soutien politique au dialogue entre les deux parties, et s’acquitter de tâches liées à la protection.  En effet, à ce moment important de la transition dans les deux pays, il est crucial que le seul mécanisme international opérant dans la zone frontalière soit doté d’un mandat, de capacités et des moyens appropriés.  Et cela enverrait également un signal fort aux parties sur le fait que les Nations Unies restent attachées au maintien de la stabilité dans la zone.  Il a donc conclu en exhortant le Conseil à suivre les recommandations du Secrétaire général en prorogeant de six mois le mandat de la FISNUA et du Mécanisme conjoint.

M. PARFAIT ONANGA-ANYANGA, Envoyé spécial de l’ONU pour la Corne de l’Afrique, intervenant par visioconférence a déclaré que le changement de gouvernement au Soudan du Sud avait donné un nouvel élan à l’amélioration des relations entre ce pays et le Soudan, une tendance déjà constatée dans les rapports du Conseil de l’an dernier.  Le nouveau Gouvernement de transition à Khartoum a encouragé le Président sud-soudanais Salva Kiir à intensifier ses efforts de médiation entre Khartoum et les groupes armés soudanais.  Le Président Kiir, qui a accepté l’offre, a déjà déployé des efforts considérables en ce sens.

Avec la mise en place de ce nouveau partenariat, une série de visites de haut niveau se sont succédées ces cinq derniers mois entre Khartoum et Djouba.  En juillet, le général Burhan et son adjoint au Conseil militaire de transition, le général Mohamed Hamda Dagalo –aussi connu sous le nom de Hemedti– se sont rendus à Djouba.  Deux mois plus tard, le général Hemedti –cette fois en qualité de Vice-Président du Conseil souverain– et le nouveau Premier Ministre Abdalla Hamdok se sont rendus chacun à son tour au Soudan du Sud.  Chacun a assisté à des réunions avec les groupes armés soudanais à Djouba, en plus de leurs appels téléphoniques officiels au Président Kiir. 

En août et septembre, Djouba a tenu des pourparlers entre et avec les mouvements armés du Darfour et des deux zones.  Ces pourparlers ont amené à l’union des groupes armés du Darfour -à l’exception du Mouvement de libération du Soudan (MLS) d’Abdul Wahid El Nur, et du Mouvement populaire de libération du Soudan -Nord (MPLS-N) de Malik Agar– sous l’égide du Front révolutionnaire soudanais.  L’initiative de médiation sud-soudanaise a culminé par la signature de la « Déclaration de Djouba pour renforcer la confiance entre les parties en vue de la préparation des négociations », le 11 septembre, entre les mouvements armés soudanais et le Conseil souverain soudanais. 

Dès lors, le Général Hemedti a pris contact avec le chef du MPLS-N Abdalla Aziz al-Hilu, qui, pour prouver sa bonne foi, a renouvelé le cessez-le-feu unilatéral pour trois mois supplémentaires et s’est dit prêt à participer aux futures négociations à Djouba.

Jusqu’ici, l’opposition soudanaise semble d’accord pour que le Président Kiir facilite les négociations avec Khartoum.  Cela dit, a appuyé l’Envoyé spécial, d’autres pays ont exprimé leur intérêt d’accueillir les négociations à venir, et certaines parties prenantes soudanaises ont demandé à Djouba de parler aux capitales des pays voisins, qui poursuivent leurs propres efforts de médiation.

Comme décidé dans la Déclaration de Djouba, le Gouvernement soudanais a lancé des pourparlers substantiels avec les groupes armés soudanais le 14 octobre, qui se poursuivront jusqu’au 14 décembre. 

Le 21 octobre, le Conseil souverain et le Front révolutionnaire soudanais ont signé un accord initial renouvelant la cessation des hostilités et ouvrant un couloir humanitaire, depuis et vers le Soudan, dans les territoires contrôlés par les groupes armés.  C’est un progrès important, a souligné l’Envoyé, puisque précédemment toutes les négociations avaient échoué sur cette question de couloir humanitaire vers ces zones. 

Les pourparlers entre le Conseil souverain et le MPLS-N n’ont pas abouti à un accord similaire mais les deux parties se sont engagées à continuer les négociations en novembre pour la prochaine phase de pourparlers.  Elle se concentrera entre autres sur un accord de cessez-le-feu permanent, l’assistance humanitaire, l’ouverture d’un espace politique et le retour des réfugiés. 

La visite à Djouba du nouveau Premier Ministre soudanais, Abdalla Hamdok, en septembre, son premier déplacement en dehors du pays depuis sa nomination, a été l’occasion pour lui de parler des processus de paix dans les deux pays, des questions relatives au commerce, au pétrole, aux frontières et à la libre circulation des personnes.  Le Premier Ministre Hamdok a aussi exprimé sa volonté de réparer les dégâts commis par le précédent régime de Khartoum et de restaurer les liens traditionnels entre « un seul peuple, vivant dans deux États ». 

La liste des contentieux entre les deux États est encore longue, et les engagements de 2012 n’ont pas encore été respectés, a regretté l’Envoyé.  Sauf l’accord sur le pétrole.  Le Soudan du Sud a déjà payé 2,4 milliards de dollars sur les 3,02 milliards dans le cadre de l’accord financier transitionnel (TFA) de 2012, et le 7 octobre, le Soudan du Sud a déclaré qu’il comptait demander à Khartoum une extension de la date limite de paiement initial de décembre 2019. 

En conclusion, M. Onanga-Anyanga a évoqué le conflit dans le Kordofan du sud et l’État du Nil Bleu.  Un calme relatif a régné dans les deux zones, en partie grâce au changement de situation à Khartoum, et aux déclarations de cessez-le-feu du Gouvernement et du MPLS-N.  Les affrontements dans les Monts Nouba continuent, et les forces loyales à Abdalla Aziz al-Hilu maintiennent leurs positions.  Dans l’État du Nil Bleu, le Gouvernement est en position de force, tandis que l’opposition est divisée entre les partisans d’Al-Hilu et les partisans de Malik Agar, récemment élu vice-président du Front révolutionnaire soudanais. 

M. JONATHAN R.  COHEN (États-Unis) a salué le rôle de l’Éthiopie et sa contribution à la FISNUA.  Résoudre le statut politique d’Abyei est essentiel pour une paix pérenne dans la région et les changements intervenus au Soudan et au Soudan du Sud ont donné un élan nouveau, sans toutefois résoudre le problème.  Pour le représentant, la FINSUA doit pouvoir agir « comme une mission de maintien de la paix effective ».  Or, a-t-il souligné, la sécurité demeure précaire, avec des attaques contre le personnel de la Force intérimaire, la criminalité et les violences entre communautés.

M. ANTOINE IGNACE MICHON (France) a espéré que la nouvelle donne au Soudan permettra enfin de prendre la question d’Abyei « à bras le corps » et de régler la question de la démarcation de la frontière.  Seule la négociation permettra d’éviter « un énième conflit gelé », a-t-il estimé, avant d’inviter l’Envoyé spécial pour la Corne de l’Afrique à appuyer pleinement la reprise du dialogue entre les deux parties.  Mais il est simultanément indispensable que les décisions du Conseil soient pleinement mises en œuvre, a prévenu le représentant.  Les autorités soudanaises doivent permettre le déploiement des contingents de police décidé l’an dernier « dans les meilleurs délais » afin d’endiguer la criminalité et de prévenir l’escalade des tensions intercommunautaires.  Le Soudan du Sud doit sur ce point collaborer de bonne foi à la constitution du service de police commun.

M. Michon s’est prononcé en faveur du renforcement de la composante civile de la FISNUA afin de soutenir activement le dialogue entre les parties au niveau local, de mieux prévenir les conflits locaux et de contribuer à relancer le processus politique.  En conclusion, il s’est dit prêt à étudier la possibilité de donner davantage de temps à la Force intérimaire.

Mme KAREN VAN VLIERBERGE (Belgique) a adressé ses vœux de réussite aux nouvelles autorités soudanaises et salué les priorités définies par le Premier Ministre, M. Abdalla Hamdok.  En ce qui concerne le Soudan du Sud, elle a exhorté les parties prenantes à progresser rapidement sur les questions clefs dans la mise en œuvre du processus de paix, en particulier la mise en place des dispositifs de sécurité, le statut de Djouba, la finalisation des limites internes et la libération complète des fonds pour la mise en œuvre annoncée par le Gouvernement. 

Après avoir noté la fragilité de la situation en matière de sécurité dans la zone d’Abyei, la représentante a plaidé pour le maintien de la FISNUA.  Elle a souligné que ce sont aux gouvernements des deux pays que revient la responsabilité principale de la mise en œuvre des Accords de 2011 et 2012 mais regrette que très peu de progrès aient été faits dans la tenue des engagements convenus par les parties depuis avril dernier.  Pour elle, le Conseil de sécurité doit encourager les Gouvernements soudanais et sud-soudanais à continuer le dialogue et à élaborer une solution politique qui permette le règlement de la question du statut final de la zone d’Abyei et des autres litiges frontaliers.  Comme son nom l’indique, la FISNUA a été établie comme force intérimaire, a fait valoir Mme Van Vlierberge, et le différend ne doit pas devenir « un autre conflit gelé ».

Après avoir relevé le manque de progrès dans les questions relatives à la démarcation de la frontalière et au statut final d’Abyei, Mme MADUISCA BATISTA DÍAZ (République dominicaine) a appelé le Soudan et le Soudan du Sud à redoubler d’efforts et à consolider la mise en place d’institutions conjointes telles que le Comité mixte de contrôle d’Abyei et le Mécanisme conjoint pour les questions politiques et la sécurité.  Le manque d’institutions dans la zone affecte la vie, la sécurité et le bien-être de plus de 200 000 personnes vulnérables ayant des besoins humanitaires, a-t-elle fait observer. 

Concernant la reconfiguration de la FISNUA, la représentante a jugé positives l’augmentation de la composante policière et la proposition de renforcer le soutien politique.  Quant au Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière, il s’agit d’un élément essentiel dans le cadre règlementaire de la relation entre le Soudan et le Soudan du Sud et pour que la FISNUA puisse accomplir son mandat de protection des civils et de maintien de la paix. 

Déplorant le manque de progrès dans la mise en œuvre des Accords de 2011 et 2012 concernant les arrangements de sécurité temporaires dans la zone d’Abyei et la coopération entre les deux pays, M. TIEMOKO MORIKO (Côte d’Ivoire) a jugé impératif d’engager les deux gouvernements à poursuivre leurs négociations.  Malgré la présence de la FISNUA, « d’immenses défis restent à relever », a-t-il souligné en énumérant la forte recrudescence d’activités criminelles, la présence de groupes armés et la persistance des tensions intercommunautaires.

M. Moriko a appelé les deux parties, le Soudan et le Soudan du Sud, à mettre en place d’urgence le Service de police conjoint d’Abyei pour combler le vide sécuritaire dans la zone et à faciliter la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité.  Il a rappelé la corrélation entre la paix et le développement et la nécessité d’appliquer des programmes de développement et d’assurer la fourniture de services sociaux de base aux populations.  Enfin, s’agissant du renouvellement du mandat de la FISNUA, le représentant a jugé essentiel de « prendre en compte la réalité de la situation sur le terrain ».  Il a exhorté tous les acteurs du conflit à tirer profit de « la dynamique positive » observée ces derniers mois entre les deux pays.

M. YAO SHOJUN (Chine) a déclaré que la situation dans les deux pays est stable et est marquée par la coopération entre le Soudan et le Soudan du Sud, y compris sur la question d’Abyei.  La Chine, qui soutient le renouvellement du mandat de la FISNUA, reste d’avis que le Conseil de sécurité doit encourager ce dialogue et « écouter la voix des acteurs locaux africains », dans le strict respect du principe des solutions africaines aux problèmes africains.

M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a estimé que la présence de la FISNUA était essentielle à la stabilité à Abyei et tout le long de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud.  C’est pour cette raison que la délégation regrette que le travail de la Force soit entravé par des capacités limitées.  Pour autant, l’Indonésie est d’avis qu’il faut accélérer les discussions entre les deux pays sur les questions en suspens, d’autant que les progrès dans la mise en œuvre de l’Accord du 20 juin 2011 sur Abyei restent limités. 

S’agissant du mandat de la FISNUA, M. Syihab a estimé qu’il fallait avancer « avec prudence » dans sa reconfiguration.  À l’heure du renouvellement du mandat, il faudra prendre en compte les défis politiques internes dans les deux pays et chercher à donner à la FISNUA « les moyens de répondre aux défis sur le terrain », y compris par le déploiement de personnel civil.  Pour que cette reconfiguration soit efficace, il sera également important de prendre en compte l’avis des deux pays, mais aussi celui des pays contributeurs de troupes, a dit le représentant. 

Pour M. ALEXANDER V.  REPKIN (Fédération de Russie), les résolutions adoptées par l’UA et le Conseil de sécurité, ainsi que les Accords bilatéraux de septembre 2012, doivent fournir la base des négociations.  Il a enjoint les deux parties à négocier pour les appliquer, d’autant que leurs relations se sont améliorées ces derniers mois: cet élan positif doit être utilisé pour régler la situation à Abyei, a-t-il souhaité.  Les mesures prises par l’ONU sur place pour améliorer les relations entre les communautés doivent être appuyées pour rétablir la confiance et aboutir à une réconciliation, a encore plaidé le représentant en soulignant que le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière est un élément essentiel de stabilité.  La FISNUA doit continuer de le soutenir, a-t-il dit en souhaitant que la Force reste sur place.  Il a donc appuyé le renouvellement de son mandat et de celui du Mécanisme pour six mois.  En revanche le représentant a estimé que la proposition du Secrétaire général concernant la création d’une composante politique devrait tenir compte de l’avis des deux capitales, Khartoum et Djouba.

M. MATHIAS LICHARZ (Allemagne) a regretté que les progrès intervenus entre les deux pays ne se soient pas encore traduits par un règlement de la question d’Abyei.  « C’est au Soudan et au Soudan du Sud de résoudre ce problème frontalier.  La communauté internationale ne peut que les aider à y parvenir », a dit le représentant.  Concernant le mandat de la FISNUA, il a appuyé le renouvellement de son mandat, mais aussi sa dotation en personnel civil, dont des femmes.  D’après lui, ce mandat doit également contenir une composante surveillance de la situation des droits de l’homme et des violences sexuelles. 

Mme AMPARO MELE COLIFA (Guinée équatoriale) a salué le rôle de la FISNUA et considéré que le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière continue d’être un outil indispensable.  Elle s’est félicitée des mesures encourageantes prises par les deux pays pour améliorer leurs relations et a demandé au Conseil de leur apporter son appui.  Mais elle s’est montrée préoccupée par les tensions persistantes entre les communautés de part et d’autre de la frontière, et par la criminalité, la présence d’éléments armés ou encore la pauvreté.  Elle a également regretté l’absence de progrès politiques sur la négociation du tracé de la frontière entre les deux pays.  Enfin, la représentante a exhorté les deux parties à poursuivre leurs discussions sur ce litige et à prendre en compte le concept de « frontière souple » défini en 2012.  L’avènement d’un gouvernement de transition à Khartoum pourrait y contribuer, a-t-elle espéré, mais toutes les parties doivent clairement réaffirmer leur attachement aux accords signés.

M. BADER ABDULLAH N.  M. ALMUNAYEKH (Koweït) a dit souhaiter le déploiement complet de la FISNUA conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.  Sa délégation souhaite aussi l’acceptation du mandat de la mission par les pays concernés, c’est-à-dire, le Soudan, le Soudan du Sud et l’Éthiopie.  Pour l’heure, la délégation apprécie la coopération qui existe entre les deux pays.  Concernant Abyei et le mandat de la FISNUA, le représentant a estimé que compte tenu de la transition que vivent le Soudan et le Soudan du Sud, le Conseil de sécurité devrait faire preuve de patience et tempérer ses exigences pour leur permettre de régler les questions en suspens.  Le Koweït reste pour sa part disposé à aider à une solution, a-t-il conclu.

M. DAVID CLAY (Royaume-Uni) a espéré que les deux gouvernements sauront profiter de leur rapprochement pour parvenir à un règlement pérenne à Abyei.  Il a appelé les forces armées des deux parties, qui continuent d’occuper la zone démilitarisée à la frontière, à se retirer.  Le Gouvernement du Soudan a levé des obstacles bureaucratiques pour permettre un accès humanitaire qui reste essentiel dans les deux zones, a-t-il salué. 

Le représentant a regretté que la composante civile de la FISNUA n’ait toujours pas été déployée alors qu’elle constitue un élément important de succès de la mission.  La situation sécuritaire demeure fragile et la FISNUA continue d’avoir un rôle vital dans le maintien de la stabilité, aussi a-t-il appelé le Conseil à veiller à ce que la Force dispose des moyens nécessaires pour assurer son mandat, notamment le déploiement des forces de police.

Se félicitant des signes encourageants sur la détermination de Khartoum et Djouba à améliorer les relations bilatérales, Mme VERÓNIKA BUSTAMANTE (Pérou) a espéré que les prochaines réunions entre les deux parties annonceront des avancées importantes, comme le retrait des forces de la zone frontalière démilitarisée.  La représentante a en revanche regretté le manque de progrès dans le processus politique sur la délimitation de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud.  Elle s’est dite préoccupée par l’insuffisante représentation des femmes à tous les niveaux décisionnels à Abyei et a salué les travaux d’intercession de la FISNUA dans l’objectif de protéger les droits de la femme et d’encourager leur participation dans les processus de prises de décisions.  Pour le Pérou en outre, il est urgent de mettre en place le Service de police d’Abyei et le Gouvernement du Soudan doit accélérer l’expédition des visas au personnel de police de la FISNUA, afin d’instaurer pleinement l’état de droit à Abyei.

M. MARIUSZ LEWICKI (Pologne) a regretté le manque de progrès sur la démarcation de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud à Abyei et s’est inquiété du manque de réelle coopération sur ce point entre les deux pays pour combler le vide administratif.  La sécurité demeure fragile et la criminalité augmente, a-t-il déploré.  « L’absence d’autorité se traduit par l’absence de gouvernance » et de respect de l’état de droit et alimente la pauvreté et le chômage. 

Tout en saluant le rôle de la FISNUA, le représentant a jugé qu’elle ne pouvait se substituer à l’État, d’autant que la décision adoptée l’an dernier par le Conseil de sécurité de renforcer la Force à travers ses capacités civiles et ses effectifs de police n’a pas été suivie d’effet et que le chef adjoint de la mission n’a toujours pas été nommé.  Il a donc encouragé les autorités soudanaises à « faciliter la reconfiguration de la mission ».  Il a enfin soutenu le renouvellement du mandat de la FISNUA pour six mois et le renforcement de sa composante politique, tout en soulignant que la responsabilité première concernant le respect et la mise en œuvre des Accords de 2011 et 2012 incombe aux deux pays qui doivent aussi envisager une solution politique à long terme. 

M. XOLISA MFUNDISO MABHONGO (Afrique du Sud) s’est dit encouragé par l’amélioration des relations entre le Soudan et le Soudan du Sud.  Le soutien que ces deux pays apportent à leur processus de paix respectif montre qu’ils vont de l’avant, a-t-il dit, jugeant fondamental le rapprochement de ces deux pays.  Le délégué a exhorté le Soudan et le Soudan du Sud à mettre en œuvre les dispositions de l’Accord de juin 2011 sur le statut final d’Abyei.  Le délégué a salué la décision du Conseil de renouveler l’appui de la FISNUA au Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud, en vertu de la résolution 2492 (2019).  Ce Mécanisme et la Mission jouent un rôle crucial de stabilisation, a-t-il estimé.  Le délégué a en outre reconnu l’importance stratégique de la zone d’Abyei pour les deux pays.  Enfin, M. Mabhongo a appuyé la recommandation du Secrétaire général dans son rapport du 15 octobre 2019 de considérer la seconde option en ce qui concerne le mandat de la FISNUA. 

M. YASIR ABDALLA ABDELSALAM AHMED (Soudan) a insisté sur la volonté de son pays de coopérer pour que tous ses engagements soient respectés et que la FISNUA puisse continuer de jouer son rôle le long de la frontière avec le Soudan du Sud.  Il a dit que l’Accord sur les arrangements temporaires conclu en 2011 prévoit qu’aucun changement ne peut intervenir sans l’Accord des trois parties, Soudan, Soudan du Sud et Éthiopie.  La FISNUA a été déployée pour s’acquitter « de tâches spécifiques de manière temporaire », comme convenu par toutes les parties, mais « le Soudan détient toute la souveraineté en la matière », a-t-il insisté.

M. Ahmed a rappelé que le Soudan a accueilli des négociations qui ont abouti aux accords de paix et appuyé les efforts de médiation pour parvenir à une paix juste, durable et complète avec le Soudan du Sud.  Les efforts des deux pays visent à assurer paix et stabilité et doivent être appuyés afin de bénéficier aux deux peuples.  Ils doivent permettre de parvenir à un accord de règlement sur la situation à Abyei.  Au début du mois, les deux parties ont réaffirmé leur attachement aux Accords de septembre 2012 et la Commission frontalière mixte s’est réunie avec succès.  Quant à la possibilité de prolonger le mandat de la FISNUA, le représentant a espéré que le Conseil de sécurité prendra en compte ces évolutions récentes et que ce mandat aura pour effet d’appuyer les efforts des deux pays sans saper les progrès réalisés sur le terrain.

Mme CECILIA A.  M.ADENG (Soudan du Sud) a déclaré que son gouvernement souhaitait que la présence de la FISNUA s’étende au-delà de la zone d’opération actuelle d’Abyei dans le but de permettre le retour des populations civiles déplacées.  Or cet objectif ne sera pas atteint si les effectifs des troupes sont réduits, a-t-elle craint.  Elle a également dit que ses autorités espèrent que le Soudan travaillera à finaliser le statut d’Abyei, comme il s’y est engagé.  Pour sa part, le Soudan du Sud est disposé à faciliter la délivrance de visas à ceux qui désirent se rendre à Abyei. 

Par ailleurs, le Soudan du Sud soutient l’appel du Secrétaire général en vue de la nomination d’un civil comme chef adjoint de la FISNUA.  Cette nomination, a dit la représentante, améliorerait les efforts en cours pour la réconciliation et le développement menés par les chefs locaux et le peuple d’Abyei.  Le Soudan du Sud est enfin d’avis que le soutien à la FISNUA et au Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière permettra davantage de progrès, a conclu la représentante. 

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