Maintien de la paix: le Conseil de sécurité prend acte des évolutions opérées pour appuyer les processus politiques et améliorer les performances

CS/13943
9 septembre 2019
8612e séance – matin

Maintien de la paix: le Conseil de sécurité prend acte des évolutions opérées pour appuyer les processus politiques et améliorer les performances

À l’occasion d’un débat marquant le premier anniversaire de la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix a fait le point, ce matin, sur la réforme engagée dans la conduite de cette activité, assurant, en présence des principaux pays contributeurs de contingents, que le maintien de la paix est désormais « mieux préparé, plus robuste et plus réactif ».  Il a également fait part des efforts destinés à appuyer les processus politiques et à améliorer la performance, ce qui n’a pas manqué de faire réagir, à différents niveaux, des délégations impliquées sur le terrain. 

Sur fond d’attentat meurtrier au Burkina Faso, pays auquel la plupart des délégations ont adressé leur condoléances tout en réitérant leur appui au G5 Sahel, M. Jean-Pierre Lacroix a rappelé qu’en mars 2018, le Secrétaire général avait lancé l’initiative Action pour le maintien de la paix, qui vise à répondre de manière collective aux défis qu’affronte ce secteur d’activité.  Dans ce cadre, que la Belgique considère comme « notre feuille de route à tous », les missions de l’ONU jouent à présent un rôle proactif pour « maintenir l’espace nécessaire permettant de dégager une solution politique », a souligné le Secrétaire général adjoint, citant en exemple la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) qui, en partenariat avec l’Union africaine (UA) et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), a instauré un climat qui a permis au Gouvernement et aux 14 principaux groupes armés de signer, en février, l’Accord pour la paix et la réconciliation. 

Dans le même ordre d’idées, M. Lacroix a indiqué que l’appui de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) à la mise en œuvre de l’accord politique du 31 décembre 2016 avait été crucial pour créer l’espace politique nécessaire à la première passation pacifique et démocratique du pouvoir dans le pays, qui a eu lieu en février 2019.  De même, a-t-il ajouté, l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) continue d’appuyer la résolution pacifique des différends fonciers et des conflits intercommunautaires.  Il a aussi insisté sur l’importance des partenariats avec les organisations régionales et sous-régionales pour faciliter les processus de transition.

Les assurances de M. Lacroix n’ont pas eu l’heur de convaincre l’Égypte, laquelle a appelé à mettre davantage l’accent sur la dimension politique du maintien de la paix, au lieu de « passer cette dernière sous silence » au profit des seuls aspects opérationnels.  Une approche qui a jusqu’alors conduit à insister « injustement » sur les « manquements » des pays fournisseurs de contingents, a déploré la délégation, avant d’appeler, à l’instar d’autres pays comme le Chine et l’Italie, au renforcement du dialogue entre le Conseil, le Secrétariat et ces pays, et même à son élargissement aux pays hôtes, dans le cadre d’une coopération non plus triangulaire mais quadripartite. 

Tout en se disant encouragé par la réponse des États Membres aux besoins des missions en termes d’équipement spécialisé, M. Lacroix a mis l’accent sur le renforcement de l’évaluation interne des performances.  Il a notamment indiqué qu’en cas de sous-performance, des mentors et des équipes de formateurs sont aujourd’hui déployés.  De plus, a-t-il dit, le lancement du système global d’évaluation de la performance (CPAS) au sein de six missions a permis de renforcer, pour quatre d’entre elles au moins, l’unité d’objectif et la planification intercomposantes.

Favorable à une mise en place effective et partagée du CPAS et à son extension à l’ensemble des missions, la France a fait valoir que l’objectif de performance ne touche pas que les militaires et les policiers mais aussi les civils.  Pour Paris, il importe donc d’établir une « vraie culture de la performance, mesurable, fondée sur des objectifs et adossée à des mécanismes clairs de responsabilité et d’incitation, et de mesures correctives ».  Une position reprise à son compte par le Rwanda, qui a toutefois relevé que la performance peut être compromise par des mandats « ambigus », les retards dans le remboursement des pays contributeurs de troupes et les restrictions imposées par les pays hôtes. 

Les États-Unis ont, quant à eux, appelé à promouvoir une « culture de la responsabilisation » dans le cadre des opérations de maintien de la paix, afin notamment d’améliorer la sécurité des personnels déployés et l’efficacité des missions.  À cette fin, il importe, selon eux, que le Conseil de sécurité soit davantage tenu au courant de la performance des missions sur le terrain, via des séances d’information axées sur l’analyse des données collectées. 

Les fonctions de renseignement et de collecte d’informations ne peuvent toutefois se faire que dans un cadre précis, avec l’assentiment des États concernés, a rétorqué la Fédération de Russie.  Quelle que soit l’évolution de la réforme en cours, il faut qu’elle soit centrée sur le respect de la souveraineté des pays hôtes, de la Charte et de principes fondamentaux comme la neutralité et le non-emploi de la force, a-t-elle insisté, non sans exprimer ses réserves quant aux opérations dites « robustes et proactives ».  Rejointe par l’Éthiopie, elle a d’autre part souhaité que le rôle du Comité spécial des opérations de maintien de la paix (Comité des 34) -organe subsidiaire de l’Assemblée générale réunissant des pays fournisseurs de contingents et de forces de police, les pays principaux contributeurs financiers et les pays hôtes des opérations- soit davantage reconnu, de même que celui de la Cinquième Commission pour ce qui est des ressources budgétaires. 

À cet égard, plusieurs délégations ont appelé à améliorer le financement prévisible des missions, condition essentielle, à leurs yeux, d’une réforme efficace du maintien de la paix.  L’Afrique du Sud s’est ainsi prononcée pour un renforcement de la coopération entre le Conseil et l’UA, insistant pour que les opérations menées sous l’égide de cette dernière bénéficient d’un financement « prévisible et durable ».  Elle a, du reste, rappelé que le Conseil s’était engagé, dans sa résolution 2378 (2017), à envisager les moyens de financer les opérations de l’UA via des contributions des États Membres auprès des Nations Unies.  La Belgique a, de son côté, estimé que les opérations africaines, complémentaires des opérations de l’ONU, « doivent pouvoir bénéficier d’un financement solide ». 

« Nous sommes également en train de devenir plus intelligents en ce qui concerne notre approche de la formation », a encore affirmé M. Lacroix, lors de son exposé, indiquant que des séminaires sur la préparation opérationnelle des opérations permettent maintenant aux pays fournisseurs de contingents d’être informés des dernières mesures et d’interagir directement avec les hauts fonctionnaires du Département des opérations de paix.  Fortement investie dans la formation des soldats africains susceptibles d’être déployés en opérations, la France a indiqué qu’elle maintiendrait son engagement de même que son appui pour l’apprentissage du français, convaincue que « la dimension linguistique est structurante pour le succès des missions en environnement francophone ». 

M. Lacroix a, par ailleurs, souligné que l’augmentation du nombre de femmes Casques bleus est essentielle pour améliorer la performance des missions, se félicitant notamment que le nombre de femmes officiers d’état-major ou occupant les fonctions d’observateur militaire aient doublé depuis 2017.  Il a, en revanche, déploré que le nombre de femmes au sein des contingents ne soit passé que de 3,6% en 2017 à 4,4% en juillet 2019, un constat auquel la majorité des délégations se sont montrées sensibles. 

OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, a rappelé qu’il y a un an et demi, le Secrétaire général avait lancé l’initiative Action pour le maintien de la paix, qui vise à répondre de manière collective aux défis qu’affronte le maintien de la paix.  Soulignant que les solutions politiques figurent au cœur de cet agenda, il a indiqué que lorsque leur mandat le leur permet, les missions de l’ONU jouent un rôle proactif pour maintenir l’espace nécessaire permettant de dégager une solution politique.  Il a cité en exemple la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) qui, en partenariat avec l’Union africaine (UA) et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), a instauré un climat qui a permis au Gouvernement et aux 14 principaux groupes armés de signer, au mois de février, l’Accord pour la paix et la réconciliation.  Les effets positifs de cet accord se sont déjà manifesté avec une baisse notable de la violence, s’est-il félicité.

M. Lacroix a aussi indiqué que l’appui de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) à la mise en œuvre de l’accord politique du 31 décembre 2016 avait été crucial pour créer l’espace politique nécessaire à la première passation pacifique et démocratique du pouvoir dans le pays, qui a eu lieu en février 2019.  Et au Darfour, a-t-il poursuivi, l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) continue d’appuyer la résolution pacifique des différends fonciers et des conflits intercommunautaires: elle a arbitré plus de 2 000 différends l’an dernier.  M. Lacroix a aussi insisté sur l’importance des partenariats avec les organisations régionales et sous-régionales pour faciliter les processus de transition.

Le Secrétaire général adjoint a ensuite appelé les États Membres, le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale à veiller à ce que les nouvelles priorités définies dans les mandats de mission se voient allouer les ressources nécessaires.  Il a notamment pointé le cas de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), dont le mandat vise désormais à appuyer le rétablissement de l’autorité de l’État et la protection des civils, sans pour autant qu’il y ait d’augmentation de ses ressources.

Poursuivant, M. Lacroix a signalé qua la volatilité des environnements politiques et sécuritaires où sont déployés de nombreuses missions de maintien de la paix exige de doter celles-ci de composantes militaires, policières et civiles bien équipées et compétentes.  C’est pour cela, a-t-il expliqué, que nous essayons dorénavant d’ajuster l’impact des missions et de renforcer leurs capacités pour pouvoir disposer d’une approche opérationnelle plus mobile, plus robuste, plus avertie et mieux intégrée.

La MONUSCO a par exemple remplacé, dans certains lieux, des bases statiques par des bataillions rapidement déployables capables de prévenir, atténuer et répondre aux menaces de protection au fur et à mesure qu’elles émergent.  Lorsque des attaques contre des civils ont éclaté en 2018 dans la province de l’Ituri, ces bataillons ont établi quatre bases de déploiement temporaires dans les points chauds, donnant l’espace sécuritaire nécessaire au personnel civil pour qu’il puisse mener ses activités de suivi sur les droits de l’homme et l’engagement communautaire.  M. Lacroix a toutefois reconnu qu’il fallait en faire plus dans ce sens, notamment dans les zones touchées par les groupes armés les plus violents ou par Ebola.

Le Secrétaire général adjoint a aussi parlé de l’action de la MINUSCA au sein de laquelle des unités militaires avec des capacités de réaction rapide et de protection ont été créées pour être plus mobile face aux difficultés du terrain.  Ces derniers jours, par exemple, la Mission a renforcé les troupes à Birao, dans l’est du pays, et ainsi pu désamorcer les tensions entre groupes armés.

M. Lacroix s’est ensuite dit encouragé par la réponse des États Membres aux besoins des missions en termes d’équipement spécialisé, tout en signalant que des efforts supplémentaires s’imposent.  Pour la MINUSMA, par exemple, les besoins de certaines de ses unités ne sont pas comblés en termes d’hélicoptères.  De manière générale, M. Lacroix a fait part des manques de moyens spécifiques, non seulement en matière d’ingénieurs polyvalents, de transports, de signalisation et d’unités médicales, mais aussi de moyens rapidement déployables et d’unités francophones.  Les drones, les systèmes d’alerte et les capteurs sont aussi devenus une nécessité pour le personnel en uniforme, a-t-il dit.  Il a appuyé les solutions novatrices dans tous ces domaines, comme les pays contributeurs d’équipements et les déploiements conjoints.  Il a aussi estimé que les unités militaires et de police devaient être équipées de véhicules capables de résister à l’impact des engins explosifs improvisés.  À cet égard, la MINUSMA a besoin de 80 véhicules blindés, a-t-il indiqué, avant de plaider pour une meilleure connaissance de la situation pour répondre au mieux aux besoins.

Tournant ensuite son attention sur le renforcement de l’évaluation interne des performances, M. Lacroix a indiqué qu’en cas de sous-performance, des mentors et des équipes de formateurs sont déployés.  De plus, le déploiement du système global d’évaluation de la performance au sein de six missions a permis de renforcer, pour quatre d’entre elles au moins, l’unité d’objectif et la planification intercomposantes tout en améliorant la collecte de données.

Nous sommes également en train de devenir plus intelligents en ce qui concerne notre approche de la formation, a poursuivi le Secrétaire général adjoint.  Nous avons modifié notre manière d’interagir auprès des pays fournisseurs de contingents, en organisant notamment des séminaires sur la préparation opérationnelle qui leur permettent d’être informés des dernières mesures et d’interagir directement avec les hauts fonctionnaires du Département des opérations de paix.  De leur côté, les nouveaux pays contributeurs de troupe obtiennent des conseils sur la façon de créer des forces. 

De plus, a-t-il enchaîné, des mesures précises sont mises en place pour veiller à ce que le personnel de l’ONU obtienne les meilleurs soins en cas de blessure ou de maladie.  Un programme « ambitieux » de réforme du secteur de la santé est d’ailleurs en train d’être mis en œuvre pour établir une chaîne de soins fiable jusqu’à la prise en charge par un hôpital.  Par ailleurs, des normes mises à jour et révisées ciblent plusieurs domaines, dont les politiques liées aux armes et aux munitions et le renseignement. 

Par ailleurs, M. Lacroix a souligné que l’augmentation du nombre de femmes Casques bleus est essentielle pour améliorer la performance des missions.  Il a indiqué que le nombre de femmes officiers d’état-major ou occupant les fonctions d’observateur militaire avait doublé depuis 2017, mais que le nombre de femmes au sein des contingents n’était passé que de 3,6% en 2017 à 4,4% en juillet 2019.  Il a déploré la lenteur de ces progrès et a appelé les pays contributeurs de contingents à redoubler d’efforts dans ce domaine.

Le Secrétaire général adjoint a de plus fait état d’une baisse continue des allégations d’exploitation et d’atteintes sexuelles qui sont passées de 104 en 2016 à 55 en 2018.  Les efforts de prévention et de redevabilité se poursuivront et seront renforcés, a-t-il assuré.

S’exprimant ensuite en français, M. Lacroix a souligné que les partenariats sont au cœur de l’Action pour le maintien de la paix et que les progrès dans la mise en œuvre de cette initiative sont le résultat d’une collaboration étroite du Département des opérations de paix avec le Département de l’appui opérationnel et le Département des stratégies et politiques de gestion et de la conformité.  Il a également cité la « collaboration intense et inestimable » dans la lutte contre l’Ebola entre l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la MONUSCO et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).  M. Lacroix a toutefois fait observer que le succès de l’Action pour le maintien de la paix repose sur des partenariats forts qui s’étendent au-delà du système des Nations Unies, citant la coopération « étroite et profonde » entre son département et la Commission de l’UA.  Et par-dessus tout, a-t-il ajouté, c’est l’engagement fort et concret des États Membres qui est d’une importance vitale pour assurer le plein accomplissement des objectifs de l’Action pour le maintien de la paix.

Terminant son intervention en anglais, le Sous-Secrétaire général a déclaré que le maintien de la paix est dorénavant « mieux préparé, plus robuste et plus réactif ».  Il s’est engagé à renforcer les efforts destinés à appuyer les processus politiques et à améliorer la performance, notamment en renforçant l’intégration au niveau du commandement et du contrôle.  Il a aussi fait part de son intention de transmettre aux membres du Conseil, sur une base plus régulière, des éléments d’information sur les avancées accomplies, avant de les inviter à se rendre sur le terrain d’opérations des missions.  Nous avons besoin de vos observations pour aller de l’avant et changer de voie si nécessaire, a-t-il expliqué.

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a salué l’adoption de la résolution 2378 (2017), qui a été la première à aborder la question de la réforme des opérations de maintien de la paix de l’ONU sous ses différents aspects.  Le représentant a rappelé que cette résolution s’inscrivait dans le cadre des efforts déployés par le Secrétaire général, en vue de réformer l’architecture de paix et de sécurité des Nations Unies, sur la base des recommandations du rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix.  « Cette réforme apparaît plus que jamais nécessaire », a-t-il estimé.

Le représentant s’est félicité de la prise en compte de « l’impératif d’action collective » dans la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix, à laquelle plus de 152 pays ont adhéré à ce jour.  Il a précisé que, dans la perspective d’une mise en œuvre adéquate de la réforme du maintien de la paix, le Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les opérations de maintien de la paix, présidé par la Côte d’Ivoire, avait été chargé d’engager des réflexions thématiques sur les initiatives de réforme.  Au cours de l’année 2018, a poursuivi le représentant, ce groupe de travail s’est penché sur des thématiques diverses, telles que l’amélioration de la coopération triangulaire, la protection des civils, le rôle des femmes dans le maintien de la paix, la constitution stratégique des forces et la planification des capacités.

Le représentant a estimé que la réforme du maintien de la paix devait accorder une place prépondérante aux processus d’élaboration des mandats, à la coopération entre les parties prenantes, au rôle des organisations régionales, à la parité entre hommes et femmes, ainsi qu’au financement, à la formation et au renforcement des capacités des composantes militaires, de police et civiles, notamment en matière de protection des civils et de promotion des droits de l’homme.  Selon lui, ces exigences ont été prises en compte par la Côte d’Ivoire lors de la formation du bataillon projetable ivoirien qui sera prochainement déployé au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). 

S’agissant du partenariat entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales, le représentant a plaidé en faveur d’une collaboration plus étroite et mieux coordonnée entre les Nations Unies et l’Union africaine (UA) en matière de prévention des conflits, notamment à travers des visites conjointes sur le terrain et des consultations plus approfondies sur les causes des conflits et les moyens d’y remédier.

Le représentant a en outre appelé à faire en sorte que la réforme du maintien de la paix intègre pleinement la dimension de genre, conformément aux résolutions 2244 (2015) et 2382 (2017) du Conseil.  Il a salué la convergence des points de vue sur la nécessité d’accroître la prévisibilité et la durabilité du financement des opérations africaines de soutien à la paix autorisées par le Conseil.  Des efforts considérables ont été déployés pour renforcer l’élaboration des mandats, la gestion, le contrôle et la redevabilité de ces opérations, a-t-il salué, appelant à poursuivre sur cette lancée et à réaliser des « compromis courageux », afin de traduire les intentions de la résolution 2378 (2017) en actes.

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a tout d’abord condamné les attaques au Burkina Faso et adressé ses condoléances aux familles des victimes.  Il a ensuite rappelé que lors de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale, l’année dernière, 52 pays avaient dans un premier temps souscrit à la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix.  Un an après le lancement de l’initiative du Secrétaire général Action pour le maintien de la paix, il est temps, selon le délégué, de faire un premier bilan et de tracer les perspectives pour l’année à venir.  Le représentant s’est ainsi félicité que depuis la réunion de septembre dernier, 100 autres pays ont rejoint la Déclaration.  « C’est donc l’immense majorité des États Membres qui s’est engagée avec le Secrétariat pour que le maintien de la paix se réforme et soit à la hauteur des enjeux du XXIe siècle », a-t-il dit.  Il s’est également réjoui que les structures aient été mises en place pour évaluer efficacement les missions et que la logique de partenariat fonctionne.  Toutefois, a-t-il remarqué, il faut maintenant passer à l’étape suivante car des défis importants restent à relever. 

Si de nouveaux mécanismes ont été créés et des succès obtenus, il ne faut pas relâcher le rythme si nous voulons faire de cette réforme une réussite, a plaidé M. de Rivière.  C’est pour lui l’affaire de tous, tant au Secrétariat qu’au sein du Conseil de sécurité et parmi les États Membres.  « Contributeurs financiers, contributeurs de troupes, initiateurs des mandats, nous avons tous un rôle à jouer, et c’est bien là l’idée de la coopération triangulaire », a-t-il souligné.  Il a aussi appelé à une poursuite de la recherche de la performance, de disant favorable à la mise en place effective et partagée du système global d’évaluation de la performance (CPAS) et à son extension à l’ensemble des missions.  Il a noté à cet égard que l’objectif de performance ne touche pas que les militaires et les policiers mais aussi les civils.  Pour la France, l’objectif est bien d’établir une « vraie culture de la performance, mesurable, fondée sur des objectifs et adossée à des mécanismes clairs de responsabilité et d’incitation, et de mesures correctives ». 

Le représentant a ensuite assuré que la France serait au premier rang pour garantir la bonne mise en œuvre de l’initiative pour le maintien de la paix.  Un appui à la fois politique au sein du Conseil de sécurité, afin que ces opérations bénéficient d’un mandat clair, séquencé et priorisé -comme la France l’a fait pour la FINUL, la MONUSCO, la MINUSCA et la MINUSMA- et technique, en termes de formation et de fourniture d’équipements.  La France, qui s’investit fortement dans la formation des soldats africains susceptibles d’être déployés en opérations chaque année, va maintenir son engagement, a indiqué M. de Rivière.  Elle poursuivra aussi son appui pour l’apprentissage du français, convaincue que la dimension linguistique est structurante pour le succès des missions en environnement francophone.  Enfin, la France augmentera son engagement financier auprès du Département des opérations de paix.  En conclusion, le délégué a rappelé l’importance d’un financement adéquat des missions et d’une bonne coopération avec les différents acteurs locaux et régionaux présents sur le terrain, plaidant pour la mise en place, aussi rapidement que possible, d’un soutien des Nations Unies aux opérations africaines de paix. 

À l’entame de son intervention, M. MA ZHAOXU (Chine) a condamné les attaques terroristes perpétrées hier au Burkina Faso, dans lesquelles au moins 29 personnes ont trouvé la mort.  Le représentant a ensuite salué l’adoption par le Conseil de la résolution 2378 (2017), ainsi que l’initiative Action pour le maintien de la paix, lancée en septembre 2018 par M. António Guterres, et la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix.  Sur la base de ces engagements, le représentant a appelé à améliorer l’efficacité et l’efficience des opérations de maintien de la paix, dans le respect des principes de la Charte des Nations Unies, y compris la souveraineté et la non-ingérence dans les affaires intérieures des États Membres, ainsi que la résolution pacifique des différends.  Pour ce faire, il a jugé nécessaire de renforcer les consultations avec les pays hôtes.

Le représentant a par ailleurs appelé à développer davantage les partenariats dans le cadre des opérations de paix de l’ONU, y compris avec les organisations régionales telles que l’UA, notamment en apportant un soutien financier prévisible aux opérations de cette dernière.  Les pays fournisseurs de contingents doivent, quant à eux, veiller à ce que leurs Casques bleus soient dotés des ressources et du matériel suffisants pour réaliser leur mandat.  Le représentant a en outre appelé à améliorer les résultats des opérations de maintien de la paix, notamment au moyen d’évaluations récurrentes des performances.  En tant que l’un des principaux pays fournisseurs de contingents, la Chine a procédé à la création d’un fonds pour la paix ainsi qu’à la constitution d’une force pour la paix en attente de déploiement, dotée de 8 000 hommes et femmes, a enfin indiqué le représentant. 

M. Marc Pecsteen de Buytswerve (Belgique) a salué les efforts visant à réformer les opérations de maintien de la paix de l’ONU.  L’initiative Action pour le maintien de la paix est désormais notre feuille de route à tous, a-t-il indiqué, soulignant que le Comité spécial des opérations de maintien de la paix (Comité des 34) avait choisi cette initiative comme cadre de référence pour la formulation de son rapport.  Il s’agit désormais de mettre en œuvre cette feuille de route, a insisté M. Pecsteen de Buytswerve, saluant l’exercice d’enquête en cours auprès des États Membres, à l’occasion du premier anniversaire de la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix.

Le représentant a ensuite souligné le rôle central du Conseil de sécurité dans la définition des mandats des opérations de paix.  « Ces mandats doivent être clairs, lisibles et séquencés », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de faire en sorte que ces mandats soient « compréhensibles » et « non équivoques ».  Ces mandats doivent aussi être réalisables, a poursuivi le représentant, dans le sens où les moyens mis à disposition des missions doivent, selon lui, être en adéquation avec l’ambition du mandat. 

Abordant, par ailleurs, la question de la performance, le représentant a indiqué que cette dernière dépendait fortement de la manière dont les missions fonctionnent, à commencer par l’intégration des différentes composantes.  Il a en outre appelé à adapter les opérations de maintien de la paix à la complexité des conflits, en particulier ceux marqués par des groupes armés utilisant des tactiques terroristes.

Le représentant a enfin insisté sur l’importance des partenariats pour mener à bien la réforme du maintien de la paix.  L’Union européenne (UE) et les Nations Unies ont construit un partenariat « fort et concret », a-t-il estimé, notamment en République centrafricaine et au Mali.  Le représentant a également mentionné le partenariat entre l’ONU et l’UA, y compris au niveau du financement onusien des missions de l’organisation régionale.  Il a salué la trajectoire empruntée par l’UA, dans le cadre de la revitalisation du Fonds pour la paix, qui vise à assurer le financement « prévisible et durable » des initiatives de paix sur le continent.  « Les opérations africaines, complémentaires des opérations de l’ONU, doivent pouvoir bénéficier d’un financement solide », a-t-il estimé en conclusion.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a souhaité mettre l’accent sur les partenariats en matière de maintien de la paix, observant que celui-ci est un des outils qui rassemble le plus grand nombre d’acteurs et de mécanismes.  Soulignant le consensus dont bénéficie le maintien de la paix parmi les États Membres, le représentant a estimé que le Secrétariat avait un rôle crucial à jouer pour que les pays fournisseurs de contingents suivent la dynamique qu’il impulse en la matière.  Il s’est par ailleurs félicité de la forte implication arabe dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, notamment en Somalie et au Darfour.  Saluant l’élan représenté par la Déclaration d’engagements communs et l’initiative Action pour le maintien de la paix, il a déclaré attendre avec une certaine impatience le rapport du Secrétariat sur le suivi de la réforme en cours.  Si la plupart des huit volets de la Déclaration sont assortis de déclarations présidentielles et de résolutions, il reste, selon lui, deux domaines où il faut encore avancer: les partenariats et l’importance des pays fournisseurs de contingents.  Sur ce dernier point, le Conseil de sécurité devrait se fonder sur le consensus actuel concernant ces pays, tout en tenant compte des travaux du Groupe de travail présidé par la Côte d’Ivoire.  Il a ajouté que le Koweït avait fait des propositions sur la coopération triangulaire et la nécessité d’associer les pays fournisseurs de contingents et les pays hôtes afin d’avoir une paix durable après le départ des missions. 

M. MARIUSZ LEWICKI (Pologne) a, après son Président en septembre dernier, cité le terrorisme, les changements climatiques et les nouvelles armes au nombre des facteurs qui influencent l’environnement opérationnel actuel des Casques bleus.  Les choses ont-elles changé depuis la réunion de haut niveau sur l’Action pour le maintien de la paix, il y a un mois? s’est demandé le représentant.  La réponse n’est pas facile, a-t-il concédé: d’un côté, nous voyons des progrès dans la sûreté des Casques bleus mais de l’autre, nous avons toujours besoin de meilleures analyses pour mieux comprendre les situations sur le terrain, formuler des plans plus intégrés, affiner la hiérarchisation des priorités et allouer les ressources avec plus d’efficacité. 

Le représentant a poursuivi en soulignant que le processus de préparation de la composante polonaise de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) montre clairement la manière dont on peut traduire dans la réalité la Déclaration d’engagements communs, à savoir investir massivement dans la formation prédéploiement, établir un partenariat responsable entre les pays contributeurs de troupes et l’ONU et enfin assurer une vraie mise en œuvre des recommandations contenues dans les documents stratégiques.  Le représentant a conclu sur la nécessité de déployer plus de femmes parmi les Casques bleus.  Il a rappelé que son pays compte parvenir à un taux 7% dans son contingent de la FINUL, soit le taux le plus élevé de participation féminine. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a tout d’abord rendu hommage à l’officier péruvien Edwin Augusto Chira Reyes, qui a perdu la vie alors qu’il était déployé en République centrafricaine, pour ensuite saluer les efforts menés par le Secrétariat et les pays contributeurs de contingents pour améliorer les normes d’efficacité et d’accomplissement des missions.  Il a également cité les efforts du Conseil de sécurité pour adopter des documents de consensus sur ces questions, ainsi que les quelque 150 adhésions à la Déclaration d’engagements communs. 

Le représentant a ensuite insisté sur la nécessité cruciale de mettre en œuvre des politiques visant à renforcer l’action des opérations de paix, ainsi que sur la nécessité des examens stratégiques des missions, afin d’identifier leurs points forts et leurs faiblesses pour réorienter, au besoin, les priorités.  À son avis, les pays contributeurs de contingents doivent recevoir des informations actualisées qui précisent les attentes, les défis et les exigences des opérations.  M. Meza-Cuadra a aussi jugé nécessaire de renforcer les liens entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales, afin de tirer parti de leurs avantages respectifs.  Un renforcement du dialogue et de la coopération entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de contingents s’impose également afin de dégager des stratégies novatrices et cohérentes, a-t-il ajouté.

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) s’est dit préoccupé par la hausse des violences et attaques contre des civils au Burkina Faso, comme en témoignent selon lui les attaques meurtrières perpétrées hier dans le pays.  Passant au thème à l’ordre du jour du Conseil, le représentant a appelé à promouvoir une « culture de la responsabilisation » dans le cadre des opérations de maintien de la paix, afin notamment d’améliorer la sécurité des personnels déployés et l’efficacité des missions.  Dans ce cadre, il a demandé à ce que le Conseil de sécurité soit davantage tenu au courant de la performance des missions sur le terrain, notamment via l’organisation de séances d’information axées sur l’analyse de la performance des missions.  Cela permettrait également aux membres du Conseil de bénéficier d’un retour sur l’efficacité des formations dispensées aux personnels déployés, a-t-il ajouté, appelant le Secrétariat à rédiger régulièrement des rapports et évaluations sur la performance des opérations de maintien de la paix.

Le représentant a par ailleurs salué la politique de tolérance zéro adoptée par l’Organisation en matière de violences, d’atteintes et d’exploitation sexuelles perpétrées par des Casques bleus et du personnel de l’ONU déployés sur le terrain.  Il a toutefois jugé insuffisants les progrès en la matière et regretté le manque d’informations provenant des pays fournisseurs de contingents concernant les mesures prises pour y remédier.  Le représentant a également estimé que le Conseil devrait être mis au courant des cas et allégations davantage en amont, y compris lors de séances officieuses, ce qui lui permettrait de mieux anticiper les problèmes.

Le représentant a ensuite rappelé que les États-Unis sont le principal contributeur financier aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies et que « cela ne changera pas ».  Il a fait valoir les partenariats à long terme de son pays avec les pays fournisseurs de contingents et de forces de police, qui contribuent à développer les capacités institutionnelles et à mieux préparer et soutenir les soldats de la paix.  Il a rappelé que « la paix est une responsabilité partagée qui requiert un partage des coûts », appelant tous les États Membres à redoubler d’efforts pour s’assurer que les soldats de la paix sont bien formés et bien équipés pour œuvrer à la réalisation des mandats.  « Il ne s’agit pas de pointer certains pays du doigt », a-t-il affirmé, mais bien d’œuvrer collectivement à l’amélioration du maintien de la paix.

M. PROTASIO EDU EDJANG NNAGA (Guinée équatoriale) a insisté sur l’importance, pour les troupes et les unités de police des missions, de disposer des meilleurs entraînements et équipements possibles.  En effet, nombre d’entre elles sont la cible d’attaques asymétriques, a-t-il relevé.  Le représentant a salué l’initiative Action pour le maintien de la paix, ainsi que tout changement positif visant à améliorer l’équilibre des capacités au sein des opérations de paix.  Il a aussi salué l’impact politique des missions.  Le représentant a ensuite appelé les États Membres à améliorer leur appui à l’Union africaine dans le but de renforcer les capacités et d’améliorer les possibilités de financement et la souplesse de celui-ci pour le bon fonctionnement des opérations menées par l’UA et autorisées par le Conseil de sécurité.

M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a estimé qu’un an après le lancement de l’initiative Action pour le maintien de la paix, il est temps de faire le point sur ce qui a été accompli et sur ce qui doit encore être fait pour faire progresser la réforme engagée.  Plaidant pour que le Conseil agisse « plus fort et plus vite » à cet égard, le représentant a mis l’accent sur trois points, à commencer par la nécessité de maintenir l’élan positif de l’initiative Action pour le maintien de la paix et d’assurer sa mise en œuvre effective.  À ses yeux, l’adoption par 152 États Membres de la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix est le signe du large soutien dont bénéficie cette réforme.  Dans ce cadre, a-t-il indiqué, l’Indonésie s’est portée volontaire pour devenir championne en matière de formation et de renforcement des capacités, tout en contribuant aux autres aspects de la réforme. 

En second lieu, a poursuivi le délégué, les Casques bleus doivent être équipés de manière adéquate et bénéficier de la formation nécessaire.  Bien entraînés, ils seront en mesure de mieux se protéger et de protéger les populations locales.  C’est pourquoi l’Indonésie a choisi de s’impliquer sur cette question, qui avait donné lieu à un débat public lors de sa présidence du Conseil en mai, a rappelé le représentant.  Elle a aussi organisé un séminaire international sur ce même thème en mai, à Jakarta, en présence du Secrétaire général adjoint, M. Jean-Pierre Lacroix. 

Troisièmement, le représentant a appelé à une augmentation de la participation des femmes dans les opérations de maintien de la paix, jugeant qu’à l’évidence, elles apportent une valeur ajoutée significative au succès des opérations et des processus de paix en général.  Comme l’a résumé en mai dernier la Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie, Mme Retno Marsudi, « investir dans les femmes revient à investir dans la paix », a rapporté M. Syihab, se disant fier que son pays fournisse 26 Casques bleus femmes dans huit missions.  Assurant que ce nombre irait croissant, il a rappelé que l’Indonésie avait organisé une session de formation régionale sur les femmes et la paix en avril et a annoncé qu’elle entendait créer un réseau de Casques bleus femmes en Asie du Sud-Est.  Avant de conclure, il a souligné que les missions de maintien de la paix de l’ONU ne pouvaient remplir au mieux leur mandat que si elles étaient soutenues politiquement, financièrement et matériellement. 

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a adressé ses condoléances au peuple du Burkina Faso à la suite de « l’attaque terrible » subie par ce pays.  Relevant qu’il existe des « solutions africaines » aux problèmes que connaît le continent africain, il a réitéré l’appui de sa délégation au G5 Sahel.  « Il nous faut stabiliser cette région et le faire de toute urgence », a-t-il lancé.  Revenant au maintien de la paix assuré par les Nations Unies, le représentant a constaté, en écho aux précisions apportées par M. Lacroix, qu’il « change pour le mieux ».  Toutefois, a-t-il nuancé, des progrès restent à réaliser dans l’établissement des mandats, afin notamment de garantir la sécurité des faiseurs de paix sur le terrain.  « Un mort chez les Casques bleus est un mort de trop », a-t-il souligné, encourageant le Secrétaire général à poursuivre la politique de réforme déjà engagée et à rendre compte des obstacles et problèmes qui persistent.  Pour le délégué, le maintien de la paix n’est pas un effort isolé et doit au contraire faire partie d’un processus intégré de renforcement de l’état de droit et des pouvoirs judiciaires, mais aussi de développement.

Pour ce qui est de l’initiative Action pour le maintien de la paix, l’Allemagne s’est engagée à assurer son succès, a souligné M. Heusgen.  Elle a même, selon lui, un rôle de « championne » dans ce cadre, comme l’atteste son appui aux formations préalables aux déploiements et l’organisation d’ateliers sur la sûreté et la sécurité des missions.  L’Allemagne est également engagée en faveur de la protection des femmes et des filles contre les violences sexuelles et sexistes, a poursuivi le représentant, précisant que le pays pèse pour l’intégration de cette problématique dans le mandat des opérations de maintien de la paix.  L’Allemagne mène aussi sa propre initiative pour le réseau mondial des femmes Casques bleus et conduit des études nationales sur les formations en la matière.  Avant de conclure, le délégué a appelé à un meilleur suivi et à des examens ciblés des opérations de maintien de la paix dans le cadre du partenariat stratégique afin d’évaluer les lacunes en vue d’y remédier. 

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a plaidé en faveur d’une action accrue du Conseil de sécurité pour atteindre les objectifs énoncés dans la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix et dans l’initiative Action pour le maintien de la paix.  À ses yeux, les États Membres, y compris les pays fournisseurs de contingents, les pays donateurs et les pays hôtes, doivent agir collectivement dans le cadre de partenariats avec les organisations régionales et sous-régionales. 

S’agissant du Comité des 34, tout en regrettant qu’il ne soit pas parvenu à se mettre d’accord sur la rédaction de son rapport annuel, le représentant a salué la décision du Comité de se baser sur l’initiative Action pour le maintien de la paix pour formuler son prochain rapport annuel.  Le représentant a en outre encouragé tous les États Membres à adhérer à la Déclaration d’engagements communs.

Par ailleurs, le représentant a appelé, dans le cadre de la réforme, à renforcer la sécurité des Casques bleus sur le terrain, à augmenter la proportion de femmes déployées dans le cadre d’opérations de maintien de la paix et à intégrer les Principes de Vancouver sur la protection des enfants dans tous les mandats des missions.  Il a également insisté pour que toutes les opérations incorporent des initiatives de promotion de la jeunesse et tiennent compte de l’impératif de ne pas contribuer à la détérioration de l’environnement dans le pays hôte.  Enfin, le représentant a appelé à améliorer les relations entre le Conseil et le Commission de consolidation de la paix (CCP).

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) s’est félicité de ce point d’étape effectué par le Secrétaire général adjoint, qui donne aux États Membres la possibilité de voir où en est la réforme, où elle a eu un impact et ce qu’il faut encore améliorer.  Le représentant a indiqué que son pays était honoré de figurer parmi les 152 pays ayant entériné la Déclaration d’engagements communs de septembre 2018.  Il a souligné à cet égard le rôle important joué par le Royaume-Uni pour promouvoir dans ce cadre la paix et la sécurité internationales ainsi que la responsabilisation.  En tant que porte-plume pour plusieurs missions, dont la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), le Royaume-Uni a fait le choix de simplifier les mandats, a souligné le délégué, suggérant à la France de relever également ce défi avec la MINUSCA.  Après avoir salué la MINUAD et l’exemple de « transition réussie » qu’elle évoque, il a indiqué que son pays avait doublé sa contribution annuelle au Fonds de consolidation de la paix et a invité les autres États Membres à faire de même.  En octobre prochain, le Royaume-Uni accueillera une conférence visant à améliorer la transition en ce qui concerne la collaboration des acteurs de paix et de développement, a annoncé le représentant. 

M. Allen a aussi souligné l’importance d’une plus grande participation des femmes aux opérations de maintien de la paix.  Il a précisé que le Royaume-Uni avait contribué à hauteur de 1,2 million de dollars à l’établissement d’un réseau mondial de femmes Casques bleus.  Il a d’autre part annoncé qu’à compter de 2020, son pays fournirait 250 Casques bleus à la MINUSMA et compléterait cette action avec un nouveau bureau de formation.  De fait, a-t-il assuré, « les Casques bleus que nous enverrons au Mali seront bien formés et à la hauteur de la tâche ».  Enfin, reconnaissant le rôle crucial joué par les organisations régionales et sous-régionales, notamment l’UA pour les missions sur le continent africain, il a demandé à tous les États Membres d’appuyer l’AMISOM lorsque la question est abordée à la Cinquième Commission.  Il a plaidé à cet égard pour une grande transparence et une meilleure prévisibilité dans le financement des opérations, ce qui dépend en grande partie de l’évaluation des performances sur le terrain, a-t-il conclu. 

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a rappelé que son pays privilégiait la médiation, la négociation et le dialogue pour résoudre les conflits en cours.  À cet égard, il a salué l’évolution positive de la situation au Soudan, au Soudan du Sud, en Érythrée et au Mozambique.  Toutefois, le représentant a estimé qu’il convenait d’améliorer et de réformer le maintien de la paix de l’ONU, pour l’adapter aux menaces sécuritaires changeantes dans tout le continent africain.  Dans ce cadre, il a appelé à améliorer la définition des mandats, la collaboration entre les parties prenantes, le financement prévisible des opérations, le rôle des organisations régionales, la parité entre hommes et femmes, ainsi que les capacités et la formation des personnels déployés.  Le représentant a en outre appelé à renforcer la coopération entre le Conseil, l’Assemblée générale et les pays fournisseurs de contingents, aussi bien lors de la définition des mandats que durant les phases de déploiement et d’évaluation des missions, conformément à la résolution 1353 (2000) du Conseil. 

M. Matjila a également appelé à renforcer la coopération entre le Conseil et l’UA, insistant notamment pour que les opérations menées sous l’égide de cette dernière bénéficient d’un financement « prévisible et durable ».  À cette fin, il a rappelé que le Conseil s’était engagé, dans sa résolution 2378 (2017), à envisager les moyens de financer les opérations de l’UA via des contributions des États Membres auprès des Nations Unies.  Par ailleurs, le représentant a salué la poursuite d’initiatives de paix régionales, telles que la Force africaine en attente, ainsi que les initiatives visant à accroître la présence des femmes au sein des missions.  Il a appelé les États Membres à faire en sorte que le Comité des 34 puisse s’acquitter de son mandat.  L’impasse dans laquelle se trouve le Comité, qui n’a toujours pas adopté son rapport annuel, ne devrait pas se reproduire, a-t-il insisté.  M. Matjila a enfin appelé à renforcer les relations entre le Conseil et la Commission de consolidation de la paix (CCP), notamment lorsque le Conseil envisage le renouvellement ou le retrait d’une opération de maintien de la paix.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a adressé ses condoléances au Burkina Faso après l’attentat qui a entraîné la mort de 29 personnes.  Au sujet du maintien de la paix, « activité phare des Nations Unies », il a rappelé son incidence directe sur la vie de millions de personnes dans le monde et sa contribution au règlement des conflits sur le long terme.  Plaidant pour une « nécessaire adaptation » des dispositifs de maintien de la paix actuellement mis en œuvre, le représentant a salué les efforts déployés personnellement par le Secrétaire général dans le contexte de son initiative Action pour le maintien de la paix, dont la Fédération de Russie partage notamment les objectifs en matière de partenariats.  Cela suppose, selon le représentant, un respect scrupuleux de toutes les parties dans les instances intergouvernementales. 

Compte tenu des divergences persistantes entre États Membres au regard de la Déclaration d’engagements communs, le délégué a jugé important de noter la décision prise par le Comité des 34 lors de sa dernière session, laquelle devrait permettre la mise en adéquation de son rapport avec les points de la Déclaration.  Quelle que soit l’évolution de réforme, a poursuivi M. Nebenzia, il faut qu’à son centre, nous ayons le respect de la souveraineté des pays hôtes, de la Charte et des principes fondamentaux comme la neutralité et le non-emploi de la force.  Il a également exprimé les réserves de sa délégation quant aux opérations dites « robustes et proactives ».  À ses yeux, les fonctions de renseignement et de collecte d’informations ne peuvent se faire que dans un cadre précis, avec l’assentiment des États concernés.  Le stockage et le traitement des informations sensibles sont un élément crucial dans ce contexte, a-t-il souligné. 

Pour le représentant, le partenariat entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents est essentiel si l’on souhaite faire évoluer positivement le maintien de la paix.  Il s’est, à cet égard, félicité de la participation des principaux pays fournisseurs de contingents à cette réunion du Conseil.  La coopération du Secrétariat avec le pays hôte doit être la « pierre angulaire du maintien de la paix », a-t-il insisté, estimant ensuite qu’une bonne coopération avec les organisations régionales et sous-régionales, dans le cadre du Chapitre VIII de la Charte, revêt également une importance considérable, comme en atteste le rôle joué par l’UA ou encore l’Organisation de Shanghai pour la coopération.  S’agissant des Casques bleus de l’ONU, leur principale mission doit être de créer sur le terrain les conditions d’une solution politique.  Plaidant enfin pour une politique d’optimisation du maintien de la paix, le délégué a relevé que cette activité dépendait en grande partie de la répartition des tâches.  Il a ainsi souhaité que le rôle du Comité spécial du Conseil de sécurité sur les opérations de maintien de la paix soit reconnu, de même que celui de la Cinquième Commission pour ce qui est de la logistique et des ressources budgétaires. 

Après avoir expliqué la manière dont son pays améliore sa participation aux opérations de paix de l’ONU, M. GEBEYEHU GANGA GAYITO (Éthiopie) a appelé à des directives « concrètes » sur la manière dont les parties prenantes doivent contribuer à la réforme de ces opérations.  Il faut, a-t-il dit, un audit pour restructurer le pilier paix et sécurité.  Nous devons mieux comprendre, a-t-il par exemple expliqué, le travail que fait la Cinquième Commission chargée des questions administratives et budgétaires parce qu’allouer les ressources nécessaires aux opérations est une question urgente.  Le Conseil de sécurité, a insisté le représentant, doit examiner les moyens de résoudre les problèmes posés par l’inadéquation entre les ressources et les mandats. 

Il est important, a-t-il poursuivi, que nous nous mettions tous d’accord sur l’« essence même » de la réforme.  Nous devons assurer une communication constante entre toutes les parties prenantes pour combler les lacunes dans la mise en œuvre de la résolution 2378.  Le rôle et la contribution de chaque acteur des opérations de paix doit être réaffirmé et la sûreté et la sécurité des Casques bleus qui opèrent dans des environnements dangereux et menaçants doivent être notre priorité.  Aujourd’hui, a conclu le représentant, ce sont les pays contributeurs de troupes et de personnel de police qui assument les sacrifices humains et le fardeau financier des opérations de paix.  « Ce n’est ni juste ni acceptable » et il faut espérer qu’à l’avenir, on fera tout pour corriger « le déséquilibre » dans la coopération entre le Conseil de sécurité, les pays contributeurs de troupes et le Secrétariat. 

Mme VALENTINE RUGWABIZA (Rwanda) a plaidé pour une compréhension « commune » de tous les partenaires du maintien de la paix de ce que veut dire « protection des civils » et pour un appui collectif aux mesures prises.  La représentante a dit l’attachement de son pays au Principes de Kigali sur la protection des civils.  Elle a ensuite souligné que l’évaluation de la performance d’une opération de paix ne doit pas se limiter aux hommes en uniforme.  La performance peut en effet être compromise par des mandats « ambigus », les retards dans le remboursement des pays contributeurs de troupes et les restrictions imposées par le pays hôte.  Nous voulons une évaluation globale des performances qui ne se focalise pas sur certains partenaires tout en en épargnant d’autres. 

La formation est au cœur de la performance, a ajouté la représentante.  Elle a expliqué qu’en partenariat avec l’armée américaine, d’autres États africains et des organisations internationales, les Forces de défense du Rwanda viennent de réussir un « exercice d’accord commun » le mois dernier.  La représentante s’est aussi félicitée des efforts pour accroître le nombre de soldates et de policières dans les opérations de paix.  Elle a par ailleurs souligné que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales doit se fonder sur le partage du fardeau, des consultations pour toute prise de décisions, les avantages comparatifs, une bonne division du travail et la responsabilité mutuelle.  Soulignant le rôle de la Police des Nations Unies, en particulier au moment de la transition du maintien à la consolidation de la paix, la représentante a plaidé pour le renforcement des capacités et l’augmentation des ressources de la Division de la Police et des composantes police des opérations de paix. 

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a souligné la « souplesse, la capacité d’adaptation et la résilience » dont font preuve les parties prenantes du maintien de la paix dans le cadre de la réforme en cours, notamment afin de construire des partenariats solides entre le Conseil de sécurité, les pays contributeurs de contingents et d’unités de police, le Secrétariat et les pays hôtes.  Dans ce cadre, a indiqué le représentant, le Bangladesh appuie les efforts de mise en œuvre de l’Action pour le maintien de la paix et salue les initiatives visant à renforcer l’exemplarité du comportement des soldats de la paix.  M. Bin Momen a réaffirmé l’engagement du Bangladesh, en tant que pays fournisseur de contingents, envers la politique de tolérance zéro de l’ONU concernant les cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles perpétrés par le personnel déployé.  Le Bangladesh, a-t-il ajouté, est à l’avant-garde de l’amélioration de la protection des civils dans le cadre des missions, comme en témoigne l’action des soldats de la paix issus du Bangladesh au sein de la MINUSMA, notamment pour aller à la rencontre des communautés locales.  Il a également soutenu les efforts déployés pour réduire l’empreinte environnementale des missions.

Toutefois, le représentant s’est dit préoccupé par la sécurité des personnels déployés au sein des missions, rappelant que 236 soldats de la paix ont trouvé la mort dans l’exercice de leurs fonctions depuis janvier 2013.  Il a appelé à analyser les causes directes de ces décès pour y remédier.  Il a notamment souligné le besoin d’améliorer le déploiement rapide et sans entrave des contingents, la sécurité physique du personnel, la collecte de renseignements et la formation préalable au déploiement en matière sécuritaire et médicale.  Il faut également s’attaquer aux problèmes du stress post-traumatique, a-t-il ajouté.  Le représentant a ainsi appelé le Conseil à adopter une résolution sur la sécurité du personnel déployé.  Il a également a appelé à renforcer la coopération triangulaire entre le Conseil, le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents.  Tout en soulignant, enfin, l’importance de l’évaluation de la performance des missions, M. Bin Momen a appelé à ne pas oublier le lien entre la performance et l’allocation de ressources adéquates et prévisibles aux opérations de maintien de la paix. 

M. SYED AKBARUDDIN (Inde) a estimé que le maintien de la paix de l’ONU se trouvait actuellement dans un « no man’s land », tentant d’une part de maintenir la paix dans des environnements fragiles et de l’autre, de renforcer le maintien de la paix, « là où il n’y en a pas à maintenir ».  Il a appelé à institutionaliser une approche qui permette aux acteurs, notamment les pays contributeurs de contingents, d’être associés de manière cohérente et prévisible au processus de prise de décisions, « comme on en discute déjà depuis des décennies ».  Malgré les déclarations présidentielles de 1994 et 1996, les résolutions 1327 (2000) et 1353 (2001) et la rapport Brahimi, nous ne constatons dans la pratique aucune amélioration efficace de la coopération entre les pays fournisseurs de contingents et le Conseil de sécurité, a-t-il déploré.

Le représentant a aussi appelé à motiver davantage les femmes Casques bleus, notant qu’elles ne représentent que 6% des effectifs, et que ce taux n’a augmenté que de 5% en 26 ans.  À ce rythme, il est peu probable que l’on atteigne les objectifs même les plus minimes, a-t-il signalé.  M. Akbaruddin a ensuite appelé à donner la priorité à l’innovation dans le renforcement des capacités, afin de se départir de la « culture des règles d’exception » qui mine, selon lui, le maintien de la paix pour en faire une « activité segmentée ».  Il a notamment salué des mesures novatrices telles que le codéploiement de Casques bleus originaires de pays différents, ainsi que le renforcement de capacités au travers des équipes de formation mobiles.  De plus, l’élargissement des initiatives en ligne visant à renforcer les capacités des futurs commandants et gérants mérite d’être davantage promu, selon le représentant.

M. AMRIT BAHADUR RAI (Népal) a relevé que les retards de paiement et la retenue des contributions provoquent un manque de ressources qui se traduit aussi par un remboursement différé aux pays fournisseurs de contingents.  Par conséquent, a-t-il alerté, les Casques bleus voient leur performance compromise dans les théâtres d’opérations.  Il a également appelé à appuyer un processus politique sans exclusive, les opérations de paix devant, selon lui, compléter et appuyer les capacités institutionnelles des pays touchés par les conflits.  Il faut aussi une bonne analyse des racines des conflits pour guider le processus de définition des mandats, a-t-il ajouté avant d’appeler les délégations porte-plume à consulter les pays contributeurs de contingents avant de finaliser le processus.  En outre, a plaidé le représentant, le Programme de développement durable à l’horizon 2030 doit être intégré aux opérations, en mettant davantage l’accent sur la lutte contre la pauvreté et le développement socioéconomique.

Le représentant a aussi voulu que les mandats soient dotés de ressources adéquates et prévisibles et que le leadership des missions soit autonomisé et redevable de la performance des missions.  Sur ce dernier point, a-t-il estimé, les indicateurs de performance de chaque mission doivent se fier aux mandats et à la réalité du terrain.  Enfin, le représentant a prôné la participation des femmes, des jeunes et des communautés en demandant de la promouvoir, arguant que cela aide à obtenir la confiance des populations.

Après avoir adressé ses condoléances au Burkina Faso et réitéré le ferme soutien de son pays au G5 Sahel, M. OMAR HILALE (Maroc) a souligné l’engagement du Maroc en faveur de l’initiative Action pour le maintien de la paix en rappelant que le Roi Mohammed VI avait été parmi les premiers chefs d’État à exprimer un plein soutien à cette initiative.  Ce débat vient donc « à point nommé » pour évaluer collectivement les avancées réalisées et les défis qui demeurent en la matière, a estimé le représentant.  Saluant le leadership du Secrétariat pour la mise en œuvre de la Déclaration d’engagements communs, le représentant a indiqué que son pays accueille favorablement le concept de « champions » et s’est engagé en faveur du soutien à la performance, à la reddition des comptes et à l’amélioration des partenariats dans le maintien de la paix. 

Le Maroc a récemment procédé à l’envoi d’un bataillon à déploiement rapide au sein de la MONUSCO, a indiqué le délégué.  Son déploiement n’a pris que deux mois entre l’expression d’intérêt et l’arrivée sur le terrain, a-t-il indiqué, imputant cette « prouesse » à la collaboration exemplaire avec le Secrétariat, laquelle pourrait, selon lui, « être érigée en bonne pratique ».  Évoquant ensuite le renforcement des capacités, il a noté que le Maroc entretient une coopération sécuritaire avec de nombreux pays amis et alliés, y compris en termes de formation et de renforcement des capacités militaires.  S’agissant du partenariat triangulaire, il a expliqué que son pays avait décidé d’entreprendre une série de formations destinées principalement aux pays africains francophones.  Une première formation d’officiers planificateurs est en cours en ce moment au Maroc et une autre, en génie, se déroulera d’octobre à décembre, tandis qu’une formation dans le domaine médical est programmée au premier semestre 2020.  Le Maroc, a encore souligné M. Hilale, œuvre également au renforcement de l’impact des opérations de maintien de la paix sur les efforts visant à pérenniser la paix, notamment par son rôle de président de la formation République centrafricaine de la CCP. 

M. MOHAMED FATHI AHMED EDREES (Égypte) a appelé à mettre davantage l’accent sur la dimension politique du maintien de la paix, au lieu de « passer cette dernière sous silence » en insistant uniquement sur les aspects opérationnels.  À ses yeux, cette approche a jusqu’ici conduit à insister « injustement » sur les « manquements » des pays fournisseurs de contingents.  Dans ce cadre, le représentant a appelé à renforcer le dialogue entre le Conseil, le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents, lesquels ne sont toujours pas satisfaits, selon lui, par l’étendue du dialogue actuel. 

Le représentant a également appelé à faire de la Feuille de route du Caire la pierre angulaire de l’amélioration de la performance des opérations de paix.  Cette feuille de route, a-t-il expliqué, met notamment les aspects opérationnels du maintien de la paix sur un pied d’égalité avec la dimension politique.  Le document appelle également, a-t-il ajouté, à passer d’une coopération triangulaire entre le Conseil, le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents à une coopération quadripartite incluant les pays hôtes.

M. ABDOULAYE BARRO (Sénégal) a estimé qu’il restait encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs définis par le Secrétaire général dans son initiative Action pour le maintien de la paix.  En dépit des améliorations en matière de réformes politiques et administratives, la situation sécuritaire de certains pays comme le Mali, la République démocratique du Congo, la Somalie et le Soudan demeure en effet volatile, a-t-il déploré, attribuant cela notamment à la recrudescence d’attaques terroristes et de tensions intercommunautaires.  Il a par conséquent insisté sur la nécessité de poursuivre les efforts visant à rendre les mandats de ces opérations plus « ciblés, clairs, réalistes et réalisables », ce qui suppose d’allouer à chacune des opérations de maintien de la paix un financement « prévisible et durable ».  À cet égard, le représentant a appelé le Conseil à œuvrer, dans l’esprit du rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix et de ses résolutions 2320 (2016) et 2378 (2017), à poursuivre des consultations sur la question du financement des opérations de l’UA.

Le représentant a en outre appelé à doter les opérations de maintien de la paix de troupes « bien formées, suffisamment équipées et initiées aux rudiments du droit humanitaire ».  Il a également appelé à renforcer la lutte contre l’exploitation et les atteintes sexuelles au sein des missions, ainsi qu’à renforcer le déploiement des femmes sur le terrain.  En outre, étant donné l’engagement croissant des pays francophones au sein des opérations de maintien de la paix, ainsi que l’implantation de ces opérations dans plusieurs pays francophones, le représentant a insisté sur « l’impératif de promotion du multilinguisme » au sein des missions.

M. MODEST JONATHAN MERO (République-Unie de Tanzanie) a estimé qu’il était encore trop tôt pour évaluer l’impact positif des réformes entreprises dans le secteur du maintien de la paix à l’ONU, notant que les changements structurels visent à permettre une plus grande intégration des activités avec les piliers paix et sécurité, développement et droits de l’homme.  S’agissant de la réforme de la gestion des opérations de paix, il a salué le fait que le Secrétariat ait réussi à éliminer la plupart des structures administratives redondantes et à créer un cadre de gestion plus simple et plus facile d’emploi.  Il a notamment salué le système de guichet unique de la gestion des approvisionnements, ainsi que le nouveau système d’évaluation des performances à « 360 degrés », de même que les efforts du Secrétariat visant à réaliser une plus grande diversité régionale.

Mme MALEEHA LODHI (Pakistan) a relevé qu’avec le temps, les opérations de maintien de la paix sont devenues « l’activité phare » des Nations Unies et l’un de ses principaux outils pour gérer des conflits représentant une menace pour la paix et la sécurité internationales.  « En raison de leur travail, de leur dévouement et de leur sacrifice, les Casques bleus sont aujourd’hui reconnus et respectés partout dans le monde », a-t-elle observé.  La représentante a constaté que l’accent avait été mis ces derniers mois sur l’amélioration de la performance des opérations de maintien de la paix grâce au cadre normatif et aux concepts d’agilité et de protection par projection, qui reposent en grande partie sur l’action des pays fournisseurs de contingents.  Elle a rappelé à cet égard que le Pakistan était l’un de ces pays les plus fiables depuis 1960, ayant fourni plus de 200 000 soldats de la paix à 46 missions différentes. 

Le Pakistan, a poursuivi le représentant, accueille l’une des plus anciennes missions de l’ONU, le Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies dans l’Inde et le Pakistan (UNMOGIP), qui est chargé de surveiller la situation des deux côtés de la Ligne de contrôle dans le territoire contesté du Jammu-et-Cachemire.  Le rôle de cette mission s’est accru dramatiquement depuis l’annexion par l’Inde du Jammu-et-Cachemire occupé, le 5 août, en violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité, a-t-elle souligné, saluant le rôle joué par l’UNMOGIP pour maintenir la stabilité régionale.  Pour Mme Lodhi, il est important que le Conseil continue sa surveillance de la situation et envisage également un renforcement de cette mission.  À cette fin, il devra aussi s’assurer que l’Inde donne les nécessaires libertés d’accès et de mouvement afin de lui permettre d’exécuter son mandat, a-t-elle fait valoir. 

En tant que pays fournisseur de contingents, attaché au renforcement des capacités des pays concernés et souhaitant une plus forte participation des femmes aux opérations de maintien de la paix, le Pakistan est partisan d’une meilleure adéquation entre les moyens dont disposent les pays fournisseurs de contingents et les attentes des missions, a indiqué la déléguée.  À ses yeux, l’évaluation des performances doit commencer avec l’examen des mandats et leur mise en conformité avec les ressources des pays fournisseurs de contingents.  Il convient en outre de bannir les retards dans les déploiements et de procéder à un meilleur partage des responsabilités, comme prévu dans la Déclaration d’engagements communs, a-t-elle conclu. 

M. MARC-ANDRÉ BLANCHARD (Canada), s’exprimant tout d’abord en sa qualité de Président du Comité spécial des opérations de maintien de la paix (Comité des 34), a salué le fait que cet organe subsidiaire de l’Assemblée générale comprenne à la fois des pays fournisseurs de contingents et de forces de police, les pays principaux contributeurs financiers et les pays hôtes des opérations.  C’est cette diversité d’expériences qui enrichit la capacité du Comité à contribuer à la compréhension collective des opérations de maintien de la paix des Nations Unies et de leur évolution, a-t-il fait remarquer.  Il a aussi témoigné du sérieux avec lequel est négocié le rapport annuel du Comité des 34, assurant de la volonté commune d’améliorer la conception et l’exécution des opérations.  Parlant ensuite du Conseil de sécurité, il a souligné l’une de ses plus grandes responsabilités qui consiste à déterminer l’éventail des tâches assignées aux opérations de l’ONU et les plafonds de troupes.  Mettant l’accent sur la complexité de plus en plus grande des opérations et sur la grande crédibilité du Comité des 34, il a invité le Conseil à prendre en compte les points de vue de ce comité.  Il a mentionné « l’accord de principe » trouvé cet été par le Comité, après trois mois de consultations intersessions, sur une nouvelle structure pour son rapport annuel: il doit s’appuyer sur l’initiative Action pour le maintien de la paix. 

Intervenant ensuite à titre national pour le Canada, le représentant a réitéré son engagement à soutenir le secteur du maintien de la paix aux Nations Unies, expliquant payer ainsi l’intégralité de ses cotisations à l’ONU à temps et sans conditions, depuis la création de l’Organisation jusqu’à la date d’aujourd’hui, donc pour 2019 également.  Le Canada, a-t-il ajouté, a en outre ajouté une force opérationnelle aérienne à la MINUSMA et procédé à 11 évacuations aéromédicales avancées, dans un environnement d’une grande complexité.  Il s’est félicité de ce travail et a salué ses partenaires roumains qui ont permis une transition en douceur.  Le représentant a aussi mentionné un avion C130 fourni par le Canada à Entebbe, au profit des opérations de maintien de la paix des Nations Unies en Afrique.  Enfin, il a plaidé en faveur de la promotion de l’agenda femmes, paix et sécurité, avant de se prévaloir de sa contribution de 15 millions de dollars au Fonds de l’Initiative Elsie pour accroître le nombre de femmes en uniforme dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU.

M. SATYENDRA PRASAD (Fidji) a rappelé que 100 000 soldats de la paix, policiers et personnels civils étaient à l’heure actuelle déployés au sein de 14 opérations de maintien de la paix à travers le monde, avant de saluer les efforts en cours pour améliorer l’efficacité de ces missions.  Pour mener à bien ces réformes, le représentant a mis en garde contre les « approches fragmentées ».  En l’absence de processus politiques ouverts, a-t-il affirmé, le maintien de la paix est en effet « inefficace ».  Il a appuyé l’initiative Action pour le maintien de la paix et appelé à adapter la formation, la protection et les compétences des personnels déployés sur le terrain aux nouveaux défis présentés par les conflits « asymétriques » modernes.  Les soldats de la paix doivent également être en mesure de mieux communiquer et interagir avec les communautés locales, a-t-il estimé, ainsi que d’identifier les « signes systémiques d’exploitation » plus rapidement.

« Attendre des missions de maintien de la paix qu’elles fassent davantage avec moins de ressources est une erreur », a en outre estimé le représentant, estimant que les missions avaient besoin de « bien plus de souplesse et de capacités ».  À cette fin, le représentant a appelé à allouer aux opérations de maintien de la paix un financement « prévisible et durable ».  Le représentant a enfin appelé à améliorer la participation des femmes aux opérations de maintien de la paix et à réduire l’empreinte environnementale des missions.

M. ALIE KABBA (Sierra Leone) a noté des divergences de vues entre les membres du Conseil de sécurité et les autres États sur plusieurs questions liées au maintien de la paix.  Il en a voulu pour preuve le fait que le rapport annuel du Comité spécial des opérations de maintien de la paix n’ait pas pu être adopté cette année à cause, entre autres, des divergences sur les modalités de financement des opérations d’appui à la paix de l’Union africaine.  Il a espéré que le débat que le Conseil tient aujourd’hui permettra de tirer les leçons de l’expérience, un an après la Déclaration d’engagements communs.  Les membres du Conseil, a-t-il insisté, doivent identifier les domaines qui exigent davantage de travail et formuler un plan pour concrétiser les engagements. 

En tant que représentant du principal pays fournisseur de Casques bleus au sein du bloc occidental, M. STEFANO STEFANILE (Italie) s’est dit bien conscient des multiples défis qui pèsent sur les opérations de maintien de la paix.  Dans ce cadre, il a rappelé que son pays appuyait la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix.  À ses yeux, les efforts actuellement déployés par le Secrétariat de l’ONU et les États Membres pour identifier les lacunes du maintien de la paix offrent un bon exemple du type de « dialogue vertueux » qu’il convient d’instaurer entre les parties prenantes du maintien de la paix.

S’agissant de la performance, le représentant a insisté sur la nécessité de dispenser au personnel des formations appropriées avant le déploiement et durant les missions.  Il a également appelé les pays fournisseurs de contingents à augmenter le nombre de femmes déployées, ainsi qu’à fournir les « meilleurs troupes » et « des équipements de première qualité ».  Selon lui, c’est là le meilleur moyen d’améliorer la performance des missions, tout en garantissant la protection des civils et la sécurité des soldats de la paix et du personnel humanitaire.  Le représentant a également appelé à renforcer la coopération entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat, les pays hôtes et les pays fournisseurs de contingents.  Enfin, il a souligné que son pays appuyait fortement une réduction de l’empreinte environnemental des missions.

 

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