Conseil de sécurité: le Chef des opérations de paix de l’ONU voit dans l’évolution de la situation au Soudan une occasion de mettre fin au conflit au Darfour

CS/13929
26 août 2019
8603e séance – matin

Conseil de sécurité: le Chef des opérations de paix de l’ONU voit dans l’évolution de la situation au Soudan une occasion de mettre fin au conflit au Darfour

Aujourd’hui, au Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix a estimé que le fait que le peuple soudanais ait choisi un processus de prise de décisions plus inclusif  est une occasion de mettre définitivement fin au conflit au Darfour.

M. Jean-Pierre Lacroix a fait part de développements importants au Soudan: la signature par le Conseil militaire de transition et les forces pour la liberté et le changement des accords sur les arrangements transitionnels couvrant les 39 prochains mois; l’entrée en fonctions du Conseil souverain, la nomination de M. Abdallah Hamdouk comme Premier Ministre, la mise en place du nouveau Conseil des ministres  le 1er septembre et les pourparlers prévus entre le nouveau gouvernement et les différents groupes armés, y compris avec le Front révolutionnaire du soudanais qui englobe les mouvements du Darfour. 

Avec la mise sur pied du Conseil souverain, le calendrier du retrait de l’Opération hybride ONU-Union africaine au Darfour (MINUAD) pourrait être révisé, a estimé le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix.  La résolution 2429 du 13 juillet 2018 prenait note des recommandations du Secrétaire général et du Président de la Commission de l’Union africaine sur une approche systémique pour le Darfour, qui comprend un nouveau concept de l’Opération assorti de priorités adaptées et d’un concept de transition en collaboration avec l’équipe de pays des Nations Unies échelonné sur deux ans, dans l’optique du retrait de la Mission le 30 juin 2020 et de sa liquidation d’ici à décembre 2020, « sous réserve qu’aucun changement important n’intervienne dans les conditions de sécurité et que les grands indicateurs soient atteints ».  Le Conseil décidait que l’effectif maximum autorisé de militaires de la MINUAD serait ramené à 4 050 personnes, « à moins qu’il ne décide d’ajuster l’ampleur et le rythme de cette réduction ».

Justement par la résolution 2479 du 27 juin 2019, le Conseil décidait de prolonger, « à titre provisoire et exceptionnel », la période de réduction des effectifs militaires de l’Opération afin qu’elle puisse conserver des capacités d’autoprotection.  Une fois que le nouveau Cabinet sera formé, a expliqué aujourd’hui le Secrétaire général aux opérations de paix, la MINUAD pourra discuter de son retrait, de la planification de la transition vers la consolidation de la paix, des prochaines étapes du processus de paix au Darfour et de la future présence de l’ONU.  Compte tenu de la vision qu’a le nouveau gouvernement du règlement des conflits internes, nous allons étudier, a dit M. Lacroix, les différentes options pour aider nos interlocuteurs soudanais à s’attaquer aux moteurs du conflit au Darfour.   

En effet, a-t-il estimé, le fait que le peuple soudanais ait choisi un processus de prise de décisions plus inclusif, l’égalité et l’équité, la liberté et les droits de l’homme, est une occasion de mettre définitivement fin au conflit au Darfour.  Il faudra pour cela, a-t-il prévenu, une transition irréversible du maintien de la paix à la consolidation de la paix mais aussi l’implication des groupes qui n’ont pas pris part au Document de Doha sur la paix au Darfour.  L’appui des donateurs sera plus que jamais crucial pour soutenir les transitions simultanées au Darfour et dans tout le Soudan, compte tenu en particulier de la crise économique qui a été à l’origine du changement politique, a insisté le Secrétaire général adjoint.

Pour M. Smaïl Chergui, Commissaire de l’Union africaine pour la paix et la sécurité, il est indispensable de convaincre l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid et le Mouvement de libération du peuple du Soudan-Nord/ Abdelaziz Al-Hilu de se joindre au processus de paix.  Les États-Unis ont jugé « profondément préoccupant » que les forces d’action rapide tardent à restituer les sites aux institutions communautaires et refusent de coopérer avec le personnel de l’ONU.  « L’un des grands défis de la transition », a commenté la France en parlant de l’édification d’une paix durable au Darfour.  Elle a énuméré les autres missions « essentielles » que les nouvelles autorités du Soudan devront accomplir: des élections libres et démocratiques en 2022, la relance économique et l’état de droit.  Il nous faut, a-t-elle dit, un dialogue « franc et constructif » sur un calendrier et les conditions de retrait de la MINUAD, la question majeure étant la présence des Nations Unies après le départ de la Mission.  À l’instar de l’Allemagne, la France a penché pour une mission politique spéciale dont les objectifs seront définis en prenant pleinement en compte les priorités des Soudanais.

L’heure est venue, a dit à son tour la Fédération de Russie, de nous concentrer sur le relèvement et la stabilisation économique du Darfour afin d’assurer son développement.  Il est temps, a acquiescé le Soudan, de passer à la reconstruction, à la sécurité et à la stabilité du peuple du Darfour.  Avant le retrait de la MINUAD en juin 2020, le Conseil de sécurité, a estimé le Soudan, doit revoir la résolution 1591 (2005), en particulier les restrictions imposées aux mouvements d’armes et de troupes vers et dans le Darfour.  Cette région, s’est-il expliqué, est entourée d’endroits instables où des groupes terroristes comme Daech, Al-Qaida et Boko Haram sont actifs et où les migrations clandestines et le trafic d’êtres humains vont croissant.  Dans ces conditions, vous conviendrez peut-être, a dit le Soudan, de la nécessité de bien équiper les différents organismes gouvernementaux chargés du maintien de l’ordre après le retrait de la MINUAD.

La paix a ses mérites et ses exigences, a souligné le Soudan, en particulier la question des déplacés et des réfugiés dont le retour exige de la communauté internationale, qu’elle aide le Soudan à créer un climat propice.  L’aide internationale est également requise pour le processus de désarmement, démobilisation et réintégration, la réhabilitation des infrastructures publiques, l’atténuation des efforts de la désertification et des changements climatiques, la justice transitionnelle et les réparations, a énuméré, à son tour, le Soudan.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, a indiqué que depuis sa dernière apparition au Conseil de sécurité le 14 juin dernier, des développements importants sont intervenus au Soudan.  Le 17 août, le Conseil militaire de transition et les Forces pour la liberté et le changement ont signé des accords sur les arrangements transitionnels couvrant les 39 prochains mois.  Quelques jours plus tard, le 21 août, les cinq militaires et six civils du Conseil souverain dont deux femmes, ont prêté serment.  M. Abdel Fattah Al-Burhan a été porté à la présidence du Conseil, sonnant ainsi la dissolution officielle du Conseil militaire de transition.  Le même jour, M. Abdallah Hamdouk a été nommé au poste de Premier Ministre.  Le nouveau Cabinet devrait prêter serment le 1er septembre.  Des pourparlers entre le nouveau gouvernement et les différents groupes armés sont prévus, y compris avec le Front révolutionnaire du soudanais qui englobe les mouvements du Darfour.  Au Darfour justement, a indiqué le Secrétaire général adjoint, la situation est demeurée globalement inchangée.  Les affrontements sporadiques entre les Forces armées du Soudan/Forces d’appui rapide et l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS-AW), se poursuivent dans le Jebel Marra.  Les tensions intercommunautaires en particulier entre les agriculteurs et les éleveurs se sont intensifiées pendant la saison des récoles.  Les éleveurs adoptent une position plus agressive mais la MINUAD continue de travailler avec les autorités publiques pour réduire les tensions.  Les manifestations pacifiques se poursuivent, en particulier dans le camp de déplacés de Kamal, où des partisans d’Abdul Wahid s’opposent aux accords signés à Khartoum.  D’autres groupes armés se tiennent toujours à l’écart du processus politique national même si l’on ne voit aucun signe d’une reprise des opérations militaires.  Le 27 juin, le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) et l’Armée de libération du Soudan-faction Minni Minawi (ALS-MM) ont signé un cessez-le-feu avec le Conseil militaire de transition lequel montre que l’environnement stratégique au Darfour n’a pas bougé depuis le Rapport spécial de juin 2019.

Avec la mise sur pied du Conseil souverain, le calendrier du retrait de la MINUAD pourrait être révisé, a estimé le Secrétaire général adjoint, après la pause de la fin du mois d’octobre.  La MINUAD est en train d’élaborer une feuille de route sur les arrangements liés au transfert des sites.  Pendant les discussions techniques, les autorités soudanaises ont réitéré leur promesse de dédier les camps de la MINUAD à des fins civiles et demandé que d’autres biens de la Mission leur soient cédés.  La Mission et les officiels soudanais se sont mis d’accord pour que les ressources soient consacrées aux organisations qui travaillent à la consolidation de la paix et à la stabilisation des communautés, conformément au concept général de la transition.  L’appui à la transition continue d’ailleurs d’être fourni par la MINUAD et l’équipe de paix des Nations Unies dans quatre domaines clefs à savoir l’état de droit, les moyens de subsistance, la fourniture immédiate des services et les droits de l’homme.  La prise du pouvoir par les militaires en avril dernier a compliqué les fonctions de liaison avec l’État, a avoué le Secrétaire général adjoint.

Pour coordonner la planification de la transition, la MINUAD et l’équipe de pays ont créé une équipe de transition provisoire à Khartoum qui s’est installée au Darfour après le changement de gouvernement en avril.  L’équipe devrait être pleinement opérationnelle au début du mois de septembre ainsi que la Cellule commune de transition qui sera appuyée par une équipe de liquidation au Siège de l’ONU, pour autant que le retrait de la Mission doive toujours se terminer d’ici à décembre 2020.  Le Département des opérations de paix a lancé des discussions avec l’Union africaine (UA) pour développer une stratégie politique conjointe pour l’après MINUAD.  Une fois que le nouveau Cabinet sera formé, la Mission pourra discuter de son retrait, de la planification de la transition vers la consolidation de la paix, des prochaines étapes du processus de paix au Darfour et de la future présence de l’ONU.  Compte tenu de la vision qu’a le nouveau gouvernement du règlement des conflits internes, nous allons étudier, a dit le Secrétaire général adjoint, les différentes options pour aider nos interlocuteurs soudanais à s’attaquer aux moteurs du conflit au Darfour.  Dans ce contexte, l’Union africaine et les interlocuteurs soudanais ont proposé une réunion du Mécanisme tripartite pour discuter plus avant du futur engagement de l’UA et de l’ONU « au Darfour et sur le Darfour », en marge de l’Assemblée générale.  Il pourrait aussi avoir une manifestation parallèle de haut niveau sur le Soudan pendant la même période, pour autant que le nouveau gouvernement ait prêté serment d’ici là. 

Le fait que le peuple du Soudan ait choisi un processus de prise de décisions plus inclusif, l’égalité et l’équité, la liberté et les droits de l’homme est une occasion de mettre définitivement fin au conflit au Darfour, a estimé le Secrétaire général adjoint.  Il faudra pour cela, a-t-il prévenu, une transition irréversible du maintien de la paix à la consolidation de la paix mais aussi l’implication des groupes qui n’ont pas pris part au Document de Doha sur la paix au Darfour.  L’appui des donateurs sera plus que jamais crucial pour soutenir les transitions simultanées au Darfour et dans tout le Soudan, compte tenu en particulier de la crise économique qui a été à l’origine du changement politique.  Le Secrétaire général adjoint a dit son intention de se rendre au Soudan au début au du mois d’octobre. 

M. SMAÏL CHERGUI, Commissaire de l’Union africaine pour la paix et la sécurité, a tout d’abord félicité le peuple du Soudan pour la signature, voilà deux semaines, de la Déclaration constitutionnelle qui, selon lui, fait entrer le pays dans une nouvelle phase de son histoire et lui permet de progresser vers la démocratie et la paix.  Dans ce contexte d’évolution rapide de la situation politique, qui a culminé avec la chute du précédent gouvernement du Parti du congrès national, l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) a continué de s’acquitter de son mandat tel que prévu par la résolution 2429 (2018), puis par la résolution 2479, a rappelé le Commissaire.  Il a ajouté que l’UA soutient le ralentissement du retrait de la MINUAD, lequel prévoit de ramener le plafond de sa composante militaire à 4 050 hommes afin de permettre à la Mission de protéger ses sites et installations.  Pour l’heure, a-t-il dit, la MINUAD maintient une force de 4 375 hommes. 

Selon M. Chergui, la situation sécuritaire au Darfour demeure précaire, avec des affrontements sporadiques entre les forces gouvernementales et l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS-AW) près de Golo, dans le Jebel Marra.  Durant la période visée, l’ALS-AW a enlevé des civils locaux ainsi que des membres d’ONG en échange de rançons, dérobé des camions commerciaux et pillé des propriétés appartenant à des organisations humanitaires et médicales locales.  En dépit de l’amélioration relative de la situation sécuritaire, a-t-il poursuivi, les personnes déplacées continuent d’exprimer leurs préoccupations en raison de la hausse de la criminalité, de destructions de fermes et de l’occupation de terre.  Avec le début de la saison agricole en juin, les tensions vont croissant entre agriculteurs et éleveurs.  Cela a débouché sur une augmentation du nombre d’attaques menées par des éleveurs contre des fermiers locaux et des déplacés dans tout le Darfour.  De plus, a-t-il encore indiqué, le renvoi de responsables gouvernementaux et le redéploiement des forces de sécurité vers Khartoum a créé des vides administratifs et sécuritaires qui constitue un défi pour la gestion de ces tensions. 

Alors que la saison agricole locale devrait s’accompagner de nouvelles violences liées à la terre, la MINUAD a mis en place des mesures destinées à réduire les tensions et les menaces, notamment en intensifiant les échanges inclusifs avec les communautés et les responsables nationaux, tout en jetant les bases d’une consolidation de la paix, dans le cadre du processus de transition de la Mission, a indiqué le Commissaire.  Celle-ci, a-t-il dit, continue d’engager le Gouvernement à renforcer les mécanismes relatifs à la protection des droits humains au Darfour.  Elle mène également des contrôles, des enquêtes et des vérifications sur les violations et abus commis dans la région en matière de droits de l’homme et de droit international humanitaire.     

Pour M. Chergui, l’insuffisance des capacités des institutions du Darfour s’agissant de l’état de droit continue d’avoir un effet néfaste sur la situation sécuritaire et l’établissement des responsabilités pour les crimes graves ou les violations des droits de l’homme.  Il a ajouté à ce sujet que des cas de violences sexuelles ont été rapportés dans la zone du Jebel Marra, en particulier à Golo, Kass, Kabkabiya et dans d’autres secteurs du Darfour.  Dans le même temps, a-t-il précisé, les racines des conflits et des tensions intercommunautaires ne sont pas traitées et des affrontements impliquant l’ALS-AW se poursuivent, entraînant des déplacements de population. 

Sur le plan politique, a poursuivi le Commissaire, grâce aux pressions et aux efforts de médiation de l’Union africaine et de l’Éthiopie, le Conseil militaire de transition et l’alliance des Forces de la liberté et du changement sont tombés d’accord sur une déclaration politique et une déclaration constitutionnelle, respectivement les 17 juillet et 17 août.  Ces deux documents permettent un partage du pouvoir au Soudan durant une période de transition de 39 mois.  Les six premiers mois seront consacrés aux négociations de paix et à l’établissement de la paix dans toutes les zones en conflits, y compris le Darfour, le Kordofan méridional et le Nil Bleu.  Toutefois, a-t-il noté, les mouvements armés représentés par le Front révolutionnaire du Soudan, qui sont également membres de la FFC, considèrent que leurs préoccupations n’ont pas été suffisamment reflétées dans ces documents. 

Dans ce contexte, a indiqué M. Chergui, la mise en œuvre du Document de Doha pour la paix au Darfour est dans une impasse.  La Déclaration constitutionnelle, qui couvre la période de transition, prévoit l’instauration d’une paix globale dans une période de six mois après la signature d’un accord.  Au vu de ces développements, a souligné le haut responsable de l’UA, l’inclusion des mouvements armés dans le nouveau processus est une priorité absolue.  Favorable à une poursuite du processus sur la base du Document de Doha, il a estimé que renvoyer les négociations à Khartoum nécessiterait un accord sur la cessation des hostilités et de fortes garanties de sécurité. 

Dans l’immédiat, a plaidé le Commissaire, il importe que la communauté internationale adopte une approche coordonnée et soutienne au mieux le processus de paix afin d’obtenir un résultat positif.  À cet égard, il a jugé important de relever que le dirigeant de l’ALS-AW, Abdul Wahid Nour, et son homologue du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan-Nord, Abdelaziz Al-Hilu, restent en dehors du processus de paix et refusent de s’y engager.  Pour M. Chergui, il est indispensable de les convaincre de s’y joindre, faute de quoi ils continueront de nuire à ce processus.    

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a félicité l’Union Africaine et le gouvernement de l’Éthiopie pour leurs efforts de médiation.  Nous appuierons, a-t-il promis, le Conseil souverain et le nouveau Premier Ministre dans toute la mesure du possible.  Le représentant s’est félicité de l’engagement de respecter les libertés et les droits de l’homme et de créer une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur les troubles du 3 juin 2019.  Alors que s’ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire du Soudan et que le peuple soudanais peut nourrir de nouveaux espoirs », tous les groupes armés, a insisté le représentant, doivent s’engager dans ce nouveau processus de paix.

Précisant que son pays est l’un des bailleurs de fonds les plus généreux de l’aide humanitaire au Darfour, le représentant a appelé le Gouvernement soudanais à prendre des mesures immédiates pour améliorer la situation dont la garantie d’un accès sans entrave aux acteurs humanitaires et la levée de toutes les barrières bureaucratiques imposées par le régime précédent.  Se tournant vers le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, il a demandé si les forces d’action rapide se sont bien retirées des camps de la MINUAD.  Quel est le statut actuel de ces sites? Le représentant a aussi demandé des précisions sur ce qui est prévu pour soutenir la mise en œuvre des futurs accords de paix et sur l’appui qu’il faut pour répondre aux besoins des deux millions de déplacés au Darfour.  Il a félicité le peuple soudanais pour la transformation « incroyable » qu’il a opéré après des décennies de conflit. 

M. JUERGEN SCHULZ (Allemagne) s’est félicité, à son tour, de la signature de la Déclaration constitutionnelle, le 17 août, et de la mise en place d’un gouvernement au Soudan.  Saluant cette stabilisation politique, le représentant a jugé important que les auteurs de violence contre les manifestants soient à présent traduits en justice.  Le nouveau Gouvernement et le peuple du Soudan ont besoin de l’appui de la communauté internationale pour couronner ce processus de transition, a-t-il ajouté, rappelant l’engagement dans la durée de l’Allemagne dans les efforts de stabilisation et de l’appui humanitaire.  Toutefois, a averti le délégué, il n’y aura pas de retombées automatiques de la paix à la suite de l’accord.  La paix pérenne n’a toujours pas été assurée, c’est pourquoi, a-t-il dit, il faut saluer les efforts du Gouvernement pour conclure un accord avec les différents mouvements d’opposition au Darfour.  Parmi les nombreuses priorités fixées par Khartoum, l’instauration d’une paix durable au Darfour tient une bonne place, a insisté le représentant qui a jugé essentiel que le nouveau Gouvernement du Soudan relève ce défi et regagne la confiance de sa population.  Dans ce contexte, la MINUAD continue de protéger les civils, de lutter contre les causes profondes du conflit et présente de fortes capacités de médiation, a relevé le représentant.  Il convient, a-t-il poursuivi, que le Conseil de sécurité envisage les différentes modalités possibles pour venir en aide au Soudan au-delà de la durée de vie de la MINUAD.  Dans l’attente du rapport spécial du Secrétaire général en octobre, il s’est prononcé en faveur d’une mission politique se concentrant sur la paix.  Dans l’immédiat, il est essentiel, a-t-il conclu, d’éviter un vide sécuritaire et une résurgence du conflit. 

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a relevé que les réalisations au Darfour, comme l’amélioration de la sécurité, restent fragiles.  Il a craint que la MINUAD quitte le Darfour avant l’entrée en vigueur d’un accord politique intégral qui inclue tous les groupes, et que la transition se fasse dans un contexte de difficultés en matière de protection, de droits de l’homme, de consolidation de la paix et de développement.  Pour éviter cela, M. Singer Weisinger a conseillé au Conseil de sécurité de donner suffisamment de souplesse à la Mission, afin qu’elle puisse ajuster les activités de transition à l’environnement politique.  Toute présence de l’ONU après la MINUAD doit être dotée des capacités nécessaires pour surveiller le cessez-le-feu, le désarmement et la démobilisation, a-t-il recommandé en souhaitant que la planification du processus de retrait de la Mission se fasse en même temps qu’un processus politique viable.  Le Conseil doit laisser à la Mission la flexibilité nécessaire pour lui permettre de naviguer dans cette situation politique fragile, a insisté le représentant. 

À son tour, M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a félicité le peuple soudanais pour s’être engagé en faveur d’une transition démocratique.  La signature d’un accord sur la transition n’est que le premier pas d’une série de pas difficiles pour parvenir à la paix et au développement économique, a-t-il prévenu.  Il a insisté sur l’importance d’un dialogue inclusif et si la sécurité au Darfour est restée relativement stable, il a regretté l’enlisement du processus de paix et la persistance de violations des droits de l’homme, notamment à l’encontre des femmes, des enfants et déplacés.  Le représentant s’est félicité de ce que le Premier Ministre soudanais se soit engagé à faire de la paix sa priorité.  Les nouvelles autorités doivent lever toutes les entraves à l’aide humanitaire, a-t-il poursuivi.  Douze ans après la mise en place de la MINUAD, a-t-il conclu, le maintien de la paix a montré ses limites.  Les défis persistants, a-t-il estimé, relèvent tous de la consolidation de la paix.  Il faut donc veiller à un retrait « raisonnable » de la MINUAD, basé sur une évaluation « prudente ».  Ce faisant, a insisté le représentant, le nouveau gouvernement doit être consulté systématiquement. 

Mme ANNE GUEGUEN (France) a dit qu’une étape majeure a été franchie, au Soudan, avec la signature, le 17 août, de la Déclaration constitutionnelle définissant le cadre de la transition.  La représentante a appelé les parties à la respecter et s’est réjouie que le Conseil de sécurité ait exprimé son soutien à cet accord.  Elle a adressé ses vœux de réussite aux nouvelles autorités soudanaises dans les missions essentielles qu’elles devront accomplir notamment la conclusion d’un accord de paix avec les groupes armés, des élections libres et démocratiques en 2022, la relance économique et l’état de droit.  Saluant la médiation de l’Union africaine et du Premier Ministre éthiopien, Mme Gueguen a ajouté que cet investissement diplomatique ne doit pas retomber.  Il est important que l’Union africaine, l’IGAD, la Ligue arabe, l’OCI, les Nations Unies et tous les amis du Soudan restent mobilisés durant cette période de transition, a indiqué la représentante qui a demandé que les femmes et les jeunes soient pleinement associés à la transition. 

Mme Gueguen a également vu une opportunité historique de construire une paix durable au Darfour qui sera l’un des grands défis de la transition.  Elle a appelé tous les groupes armés et les nouvelles autorités à s’engager de bonne foi vers l’édification de cette paix durable.  Le Darfour est une région fragile, a estimé la représentante, qui a aussi souligné l’importance de lutter contre l’impunité pour les violations graves des droits de l’enfant et les violences sexuelles.  Enfin, a exhorté la déléguée, il est temps d’engager un dialogue, avec les nouvelles autorités, sur la présence des Nations Unies au Soudan.  Nous avons désormais de nouvelles autorités légitimes et crédibles avec lesquelles nous pouvons travailler, en attendant la formation d’un gouvernement à la fin du mois.  Il nous faut un dialogue franc et constructif sur un calendrier et les conditions de retrait de la MINUAD.  Il est impératif que nous ayons la garantie que les sites transférés soient utilisés à des fins civiles, conformément aux accords conclus entre l’ONU et le Soudan.  La question majeure est la présence des Nations Unies après le départ de la MINUAD.  La stratégie politique de l’ONU et de l’Union africaine sur le mécanisme de suivi sera à cet égard essentielle.  La France, a dit sa représentante, est favorable à la mise en place d’une mission politique spéciale dont les missions seront définies en prenant pleinement en compte les priorités des Soudanais.  La France est aussi favorable à une présence substantielle du Haut-Commissariat aux droits de l’homme au Darfour, a souligné Mme Gueguen.   

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a rappelé que lors du renouvellement technique du mandat de la MINUAD, en juin dernier, il s’était prononcé pour un délai réduit à un ou deux mois.  Les faits survenus au Soudan depuis ont montré que nous avions raison, a-t-il commenté.  Le représentant a ensuite salué la signature, le 17 août, de la Déclaration constitutionnelle entre le Conseil militaire de transition et l’alliance d’opposition, voyant dans cet accord un pas important sur la voie de la stabilisation du pays à long terme.  Il a également rendu hommage aux Soudanais qui ont su surmonter leurs désaccords, et ce, en dépit d’une « influence externe incessante ».  Régler la crise interne est l’affaire des Soudanais eux-mêmes, a-t-il insisté, qualifiant d’« intolérables » les ultimatums et les ingérences dans les affaires intérieures d’un État souverain.  Le représentant a, par ailleurs, constaté une amélioration notable de la situation sécuritaire ainsi que dans le domaine humanitaire.  Selon lui, la dynamique dans les zones où les Casques bleus ne sont plus déployés n’a pas changé, ce qui justifie la décision de réduire la présence de la MINUAD.  Affirmant attendre des propositions concrètes sur l’après-MINUAD au Darfour, le représentant s’est élevé contre les tentatives de modifier le plan de retrait de la Mission.  En conclusion, il, a estimé que l’heure est venue de nous concentrer sur le relèvement et la stabilisation économique du Darfour afin d’assurer son développement. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a estimé que l’amélioration de la sécurité et de la stabilité, parallèlement au retrait de la MINUAD, montre le caractère adéquat de ce processus de retrait progressif.  Les défis à relever aujourd’hui, tels que les changements climatiques, l’accès à la propriété et le sort des déplacés ne relèvent pas du maintien mais bien de la consolidation de la paix.  Le représentant a donc appelé à une stricte mise en œuvre de la résolution 2479 (2019).  Il a souhaité que le prochain mandat de la MINUAD soit « court, concis et clair ». 

M. TIEMOKO MORIKO (Côte d’Ivoire) a déclaré que la mise en place du Conseil souverain et la désignation d’un nouveau Premier Ministre ouvrent un nouveau chapitre dans l’histoire du Soudan.  Le représentant a dit croire en la capacité des forces vives soudanaises à dépasser leurs divergences pour créer un environnement politique et social favorable à la préservation de la paix et de la stabilité.  Il a exhorté les autorités et les acteurs politiques à œuvrer de concert à la relance économique en vue de satisfaire les demandes sociales pressantes des populations.  Pour M. Moriko, la stabilité relative de la situation au Darfour ne saurait occulter la persistance des fragilités illustrées par des incidents sporadiques entre les forces de sécurité et les populations civiles, des tensions intercommunautaires et les activités criminelles des mouvements armés.  Il a rappelé aux parties que la réconciliation et la paix durable au Darfour ne seront possibles que dans un environnement marqué par le silence définitif des armes et la conduite d’un processus de sortie de crise fondé sur le dialogue.  Il a encouragé les nouvelles autorités à y contribuer activement en engageant des négociations avec les mouvements armés au Darfour, en vue de créer les conditions propices au retrait de la MINUAD en juin 2020. 

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) a félicité le « pays frère du Soudan » pour la signature de l’accord du 17 août qui permet la création d’un gouvernement de transition.  Il a salué le rôle constructif joué, à cette occasion, par l’Union africaine et le Gouvernement éthiopien, dont la médiation a été cruciale pour parvenir à cet accord historique.  Le représentant s’est aussi dit satisfait de l’appui apporté par l’IGAD, les Nations Unies, la Ligue des États arabes et les autres acteurs de la communauté internationale.  Il a d’autre part salué l’action des organisations régionales et sous-régionales dans ce processus.  Ce sont là les acteurs qui connaissent le mieux la situation sur le terrain, a-t-il relevé.  Cela étant, a poursuivi le représentant, le nouveau Gouvernement soudanais doit, sans attendre, établir les conditions d’un relèvement de l’économie locale,  d’une relance du processus de paix et de l’organisation d’élections inclusives et transparentes, a-t-il plaidé.  À cet égard, il a exhorté les parties à reprendre sans délai les négociations pour parvenir à un accord au Darfour, au Kordofan méridional et dans le Nil Bleu.  Se félicitant de la visite conjointe que vont faire l’Union africaine et les Nations Unies sur le terrain, le délégué a souligné le fait que les Soudanais ont su faire passer les intérêts suprêmes du pays et du peuple avant tout autre considération, ce qui doit, selon lui, être applaudi.  Enfin dans le contexte du retrait de la MINUAD, il a estimé que le Document de Doha pour la paix au Darfour doit rester la base des discussions à venir.  « Il est essentiel que Khartoum s’engage sur cette voie », a-t-il insisté. 

Après s’être félicité de l’évolution de la situation au Soudan, M. PAUL DUCLOS (Pérou) a souligné la responsabilité du Conseil de sécurité de garantir le succès du retrait de la MINUAD.  « Il ne faut pas créer de vide qui risquerait d’entraîner de nouvelles tensions » a-t-il prévenu, insistant sur la nécessaire appropriation nationale du processus.  Le représentant a dit attendre l’évaluation du Secrétaire général sur les effectifs de la MINUAD et la stratégie conjointe des Nations Unies et de l’Union Africaine sur la suite à donner à la Mission.  Il faut des institutions nationales capables de prendre le relais, a conclu le représentant, en invitant le futur gouvernement à s’attaquer à l’impunité et aux racines des conflits. 

M. HAITAO WU (Chine) s’est elle aussi félicitée de l’évolution du Soudan vers une stabilisation politique et sécuritaire.  La signature de l’accord du 17 août est un signe d’espoir pour le pays ainsi que pour le Darfour, a estimé le représentant.  Dans ce contexte encourageant, la communauté internationale devrait maintenir son aide à ce pays afin qu’il puisse poursuivre son processus de reconstruction, a-t-il plaidé.  Il a aussi espéré que toutes les parties impliquées dans le conflit au Darfour renonceront aux options militaires afin de permettre à la région de parvenir à une paix durable.  Pour le délégué, le processus de reconstruction doit être accéléré.  La communauté internationale doit, à cet égard, se monter active en apportant une aide économique et aider les personnes déplacées à regagner leurs foyers.  Il s’agit, a-t-il dit, de contribuer au relèvement d’une économie indépendante.  La Chine qui n’a cessé de prêter assistance à la région et qui est un des principaux fournisseurs de contingent de la MINUAD, est disposée à jouer un rôle constructif pour accélérer le développement du Darfour, a-t-il conclu. 

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) s’est réjoui de la signature, le 17 août dernier, de la Déclaration constitutionnelle et de l’accord politique entre les Forces pour la liberté et le changement et le Conseil militaire de transition.  Il s’est dit encouragé par la première étape qu’est la mise sur pied d’un gouvernement de transition dirigé par des civils.  La communauté internationale doit maintenant, a-t-il estimé, voir la mise en œuvre rapide de l’accord du 17 août, y compris la formation du Conseil des ministres et de l’Assemblée.  Le représentant a aussi dit attendre de voir les progrès que fait la MINUAD en fonction des critères fixés dans le rapport de septembre dernier.  Il a dit compter sur une bonne coopération de toutes les parties prenantes soudanaises avec la MINUAD, s’agissant de la protection des civils, de la fourniture de l’aide humanitaire et du retour des déplacés.  La Mission, a-t-il insisté, doit avoir un accès sans entrave à tous les sites.  Le fait, a-t-il avoué, que les forces d’action rapide tardent à restituer ces sites aux institutions communautaires et refuse de coopérer avec le personnel de l’ONU est « profondément préoccupant ».  Le représentant a appelé les autorités soudanaises à respecter leurs engagements pour que la Mission puisse poursuivre le retrait de ses forces et que la transition vers la consolidation de la paix puisse démarrer. 

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) s’est félicité du « jalon historique » que constitue l’accord du 17 août au Soudan.  Il a salué, à cet égard, les efforts de médiation opérés par l’Éthiopie, l’IGAD et l’Union africaine.  « C’est maintenant que commence le travail », a-t-il ajouté, appelant toutes les parties à mettre en œuvre les dispositions de la Déclaration constitutionnelle.  « Le peuple du Soudan n’a que trop attendu la paix », a-t-il encore commenté.  À ses yeux, les aspirations de la population doivent se traduite en résultats tangibles, et ce, sans attendre.  Le représentant a appelé tous les acteurs à reconstruire le pays et la communauté internationale à consolider le travail effectué à cette fin par le Gouvernement et la région.  Il a notamment souhaité que soient mis à profit les mécanismes internationaux permettant au Soudan de relever son économie.  Il faut aussi protéger le pays des ingérences étrangères, a-t-il plaidé, jugeant que l’amélioration de la situation des pays de la région est encourageante et contribue aux « idéaux de l’Afrique » qui souhaite faire taire les armes d’ici à 2020.  Concernant le Darfour, il a constaté une amélioration globale tout en faisant état de la persistance de signes d’insécurité.  Dans ce contexte, il est « impératif » que la MINUAD continue de s’acquitter de son mandat, a souligné le représentant, qui a dit attendre avec impatience le rapport conjoint UA-ONU sur la situation sur le terrain et la stratégie retenue pour les opérations post-MINUAD.  Il a enfin estimé que la relance du Document de Doha est très importante pour la paix au Darfour et que les nouveaux espoirs suscités par l’accord constitutionnel au Soudan, donneront un nouvel élan à ce processus. 

Après avoir salué le peuple soudanais pour son action ferme mais pacifique, M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a dit qu’à présent, tous les efforts doivent porter sur la mise en œuvre de l’accord, dans le même esprit de compromis et de réconciliation qui a permis de franchir cette étape historique.  À cet égard, il a souligné l’importance, entre autres, d’assurer l’inclusivité y compris des femmes en plus des représentants de toutes les régions du pays, de respecter les droits l’homme et des libertés fondamentales des Soudanais, de lutter contre l’impunité y compris par la commission d’enquête indépendance sur les événements du 3 juin, l’établissement d’un bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme au Soudan ou encore le dialogue avec la Cour pénale internationale afin d’assurer que les personnes visées par un mandat d’arrêt soient traduites en justice, devant la CPI ou au Soudan.  Il est enfin important d’assurer la protection des civils, y compris un accès humanitaire libre et sans entrave.  La Belgique, a ajouté son représentant, est préoccupée par la situation au Darfour.  Le fait que certains groupes armés au Darfour aient rejeté l’accord du 17 août montre qu’il faut continuer à œuvrer pour une solution pacifique et équitable pour tous, et pour un accord de paix entre toutes les parties soudanaises et les différents groupes rebelles.  Ce moment représente une occasion unique de mettre fin aux multiples conflits qui déchirent le pays depuis trop longtemps, a estimé le représentant. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) s’est, elle aussi, félicitée de l’accord portant création d’un nouveau gouvernement dirigé par des civils et d’une situation transitionnelle au Soudan.  Elle a également rendu hommage au peuple soudanais qui a rendu possible cette transition pacifique.  À ses yeux, il est essentiel que le Darfour participe à cette transition et que le peuple de cette région en touche les retombées positives.  La représentante a d’autre part espéré que ces développements feront progresser le processus de paix au Darfour et pousseront les groupes rebelles non signataires du Document de Doha à s’y joindre.  Elle a toutefois déploré la poursuite de violations des droits de l’homme dans tout le Darfour, notamment de violences sexuelles à l’encontre des femmes et des filles.  Elle a aussi dénoncé le fait que des civils soient encore pris pour cible par les forces armées soudanaises et les milices.  Il importe que les auteurs de ces actes soient dûment poursuivis et que l’impunité n’ait plus sa place au Soudan, a-t-elle martelé, en appelant les autorités à déférer les cas les plus graves devant la Cour pénale internationale.  Dans ce contexte général, la Pologne continuera de suivre de près la situation et étudiera toutes les possibilités pour l’après-MINUAD, a-t-elle poursuivi, plaidant pour que le respect des droits de l’homme et des civils soit reflété dans le dispositif de suivi.  Il faut aussi qu’un accent particulier soit placé sur les conditions socioéconomiques et sur la mise en place d’un état de droit efficace au Darfour, a-t-elle ajouté, avertissant en conclusion que faute d’un appui de la communauté internationale et de financements « nous risquons de perdre les acquis de cette dernière décennie ». 

M. OMER MOHAMED AHMED SIDDIG (Soudan) a déclaré que le Darfour d’aujourd’hui est complètement différent du Darfour de l’époque où le Conseil de sécurité discutait de la situation, il y a quelques années.  Même le Soudan d’aujourd'hui n'est plus le Soudan que vous avez connu ces 30 dernières années.  Le Soudan d’aujourd'hui, s’est enorgueilli le représentant, est un pays qui défend la démocratie, la justice, l’état de droit, la transparence et la liberté.  Mon Gouvernement, a-t-il poursuivi, a dédié les six premiers mois de son mandat transitionnel à la réalisation d’une paix durable dans le pays.  Nous appelons, a dit M. Siddig, la communauté internationale à aider le Gouvernement à impliquer « les révolutionnaires » qui se sont battus pour renverser le régime précédent dans les efforts pour améliorer le sort de notre peuple qui a tant subi les conséquences de la guerre.  Le représentant a encouragé les pays qui ont accueilli les groupes armés à les convaincre de faire la paix, de bonne foi, étant donné que les raisons qui les ont poussés à prendre les armes n’existent plus.

Compte tenu de cette réalité, le maintien de la paix n’est pas la bonne option pour le Darfour, a tranché le représentant.  Il est temps de passer à la consolidation de la paix, à la reconstruction, au développement, à la sécurité et à la stabilité du peuple du Darfour.  Le postulat de la résolution 2479 (2019) s’est avéré faux, a-t-il martelé, appelant les membres du Conseil de sécurité à ouvrir la voie au retrait de la MINUAD d’ici à juin 2020.  Avant cette date, le Conseil doit revoir la résolution 1591, en particulier les restrictions imposées aux mouvements d’armes et de troupes vers et dans le Darfour, a suggéré le représentant.  Il est particulièrement important d’aider les forces de l’ordre soudanaises à bien s’équiper pour faire respecter la loi, protéger la stabilité et à prévenir toute rechute ou tout recours à la violence.

Le Darfour, a poursuivi le représentant, est entouré d’endroits instables où des groupes terroristes comme Daech, Al-Qaida et Boko Haram sont actifs et où les migrations clandestines et le trafic d’êtres humains vont croissant.  Dans ces conditions, vous conviendrez peut-être, a dit le représentant aux membres du Conseil, de la nécessité de bien équiper les différents organismes gouvernementaux chargés de l’application de la loi après le retrait de la MINUAD.  Le représentant a souligné que la paix a ses mérites et ses exigences, en particulier la question des déplacés et des réfugiés dont le retour exige de la communauté internationale qu’elle aide le Soudan à créer un climat propice.  L’aide internationale est également requise pour le processus de désarmement, démobilisation et réintégration, la réhabilitation des infrastructures publiques, l’atténuation des efforts de la désertification et des changements climatiques, la justice transitionnelle et les réparations, a énuméré le représentant.

Répondant au Royaume-Uni et aux États-Unis, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix a expliqué que la MINUAD n’a pas été en mesure de vérifier si les forces d’action rapide ont bien évacué les camps.  L’interaction a été assez limitée entre la MINUAD et les équipes de la Force d’appui rapide.  Mais la MINUAD a reçu les assurances des nouvelles institutions de transition qui ont indiqué, à l’instar du représentant du Soudan, que les camps évacués seront exclusivement réservés aux civils et à l’aide humanitaire.  S’agissant des camps non encore restitués par la MINUAD, nous attendons, a dit le Secrétaire général adjoint, d’en parler avec les autorités.  Le Mécanisme tripartite qui doit se réunir à New York sera très utile à cet égard.  

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