Somalie: devant le Conseil de sécurité, le Représentant spécial fait état d’une « fenêtre de plus en plus étroite » pour la réussite des réformes

CS/13925
21 août 2019
8601e séance – matin

Somalie: devant le Conseil de sécurité, le Représentant spécial fait état d’une « fenêtre de plus en plus étroite » pour la réussite des réformes

Pour sa première intervention devant le Conseil de sécurité, le nouveau Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie a averti, ce matin, que « la fenêtre est de plus en plus étroite » pour permettre le succès des réformes et des processus électoraux en cours dans le pays, lesquels dépendent en grande partie de la reprise du dialogue et de la coopération entre le Gouvernement et les États fédérés. 

Selon M. James Swan qui présentait le dernier rapport du Secrétaire général, les signes de progrès sont légion dans le processus de paix et d’édification de l’État en Somalie, mais les Somaliens souhaitent à présent les voir se concrétiser, notamment au travers d’une réforme constitutionnelle, de mesures en matière de sécurité, d’un allègement de la dette et d’élections nationales en 2020/2021.  Pour espérer atteindre ces objectifs d’ici à l’an prochain, il est selon lui crucial d’« accélérer les efforts dans les mois à venir », ce qui nécessitera un consensus politique au niveau national et plus particulièrement entre le Gouvernement central et les États membres de la fédération. 

À ses yeux, le cycle électoral 2020/2021 offre l’occasion de faire progresser de manière décisive le processus de démocratisation, d’autant plus qu’un projet de loi électorale est examiné par le parlement fédéral et que la Commission électorale indépendante nationale s’apprête à enregistrer les électeurs.  Mais avant ce scrutin national, il convient de rester attentif au processus électoral dans les États membres de la fédération, a fait valoir M. Swam, indiquant suivre de près les développements dans le Galmudug, où une commission de réconciliation est à l’œuvre.  Il a également salué les efforts déployés au Djoubaland pour parvenir à un processus électoral consensuel, faute de quoi, a-t-il prévenu, il existerait un fort risque d’instabilité en cas de contestation des résultats. 

Les perspectives électorales dans ces deux États étaient également à l’esprit du Chef de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), qui a rappelé que les élections qui doivent se tenir en fin d’année dans le Galmudug permettront de sceller la réconciliation des 11 clans qui composent cet État.  M. Francisco Caetano Jose Madeira a, en revanche, prévenu que la situation politique se dégrade dans le Djoubaland, où l’AMISOM s’emploie néanmoins à créer un environnement propice à la tenue du scrutin qui devrait débuter demain.

Le représentant de la Somalie a d’ailleurs prévenu des défaillances du processus électoral en cours dans cet État, regrettant notamment les méthodes adoptées par le président sortant du Djoubaland et avertissant du risque que fait peser sur le développement de la démocratie en Somalie ce « processus corrompu ».  La délégation somalienne a, en revanche, indiqué que si la stabilité est assurée dans le Galmudug, les bases d’une réconciliation nationale seront posées pour l’ensemble du pays.

Dans son intervention, M. Swan, qui est également à la tête de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), a estimé que les Somaliens doivent parvenir à s’entendre sur les questions prioritaires, à commencer par le partage du pouvoir et des revenus des ressources naturelles, les relations intergouvernementales, le système de gouvernance et le statut de Mogadiscio.  Une liste à laquelle la France a ajouté la mise en œuvre du plan de transition sécuritaire ainsi que l’intégration des forces régionales dans l’armée nationale somalienne.  « Il est donc urgent que ce dialogue puisse reprendre », a commenté la représentante française. 

Cet appel au dialogue a été repris à son compte par la Côte d’Ivoire, qui s’est elle aussi inquiétée de la persistance de tensions entre le Gouvernement fédéral et les États fédérés, jugeant que cette crise institutionnelle est de nature à fragiliser le processus politique et à ralentir le rythme des réformes.  La Guinée équatoriale a exhorté les parties à faire preuve d’un « esprit de consensus », à l’instar de la reprise de la coopération entre la Chambre haute et la Chambre basse du Parlement fédéral, après sept mois de rupture.  « La distance qui s’instaure progressivement entre le Gouvernement fédéral somalien et ses États membres fédérés met en péril les progrès réalisés en Somalie, notamment sur le plan des élections fédérales, du renforcement de la sécurité et de l’allègement de la dette », a averti la délégation. 

S’agissant de la situation sécuritaire, qualifiée de préoccupante par le Représentant spécial en dépit d’une reconquête de territoires par les forces de sécurité somaliennes et leurs partenaires dans le Bas-Chébéli, la Fédération de Russie a relevé qu’elle est actuellement exacerbée par les affrontements interclaniques et le lancement du cycle électoral.  La délégation a ainsi plaidé pour l’édification d’un système de sécurité national unique, en mesure d’assurer à terme le transfert des prérogatives sécuritaires aux Somaliens eux-mêmes.  Un appel repris par les États-Unis qui ont mis l’accent sur l’important défi représenté par les Chabab, citant les récentes attaques à Mogadiscio et à Kismayo. 

Le Chef de l’AMISOM s’est cependant préoccupé de savoir qui contrôlera les nouvelles villes libérées, sachant que les Somaliens ne sont, pour le moment, pas en mesure de mettre en place des forces suffisamment formées et équipées.  « À quoi sert-il que l’AMISOM continue d’avancer et de libérer des villes au prix d’un coût immense si la Somalie ne peut pas prendre le relais pour contrôler et gérer ces villes? », s’est interrogé M. Madeira qui a regretté que la communauté internationale n’ait pas su anticiper les conséquences du rôle offensif de l’AMISOM. 

Sur une note plus positive, plusieurs délégations ont salué l’adoption, début août, entre le Gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI), d’un quatrième programme de référence pour la période allant de mai 2019 à juillet 2020 préparant ainsi la Somalie à un allégement de la dette au titre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).

Cette réunion a également été l’occasion d’entendre la Représentante spéciale du Secrétaire général sur les violences sexuelles en période de conflit, Mme Pramilla Patten, et la Directrice exécutive du Somali Women Development Center (SWDC), Mme Amina Arale, qui, toutes deux, ont dénoncé la stigmatisation des femmes en Somalie, dont les droits sont violés par toutes les parties en présence, et la faiblesse du système judiciaire à leur égard. 

LA SITUATION EN SOMALIE

Rapport du Secrétaire général sur la Somalie (S/2019/661)

Déclarations

M. JAMES SWAN, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), s’est dit heureux de s’exprimer pour la première fois devant le Conseil de sécurité depuis sa prise de fonctions en juin.  De retour dans un pays dont il suit l’évolution de près depuis des années, M. Swan s’est déclaré impressionné par les multiples signes de progrès.  Au cours de ses déplacements dans le pays, il a pu relever de nombreux exemples de relèvement, de développement, d’amélioration de la sécurité et des institutions.  Il a avoué avoir été ému par la résilience et le courage des Somaliens rencontrés.  Ce progrès est le témoin de ce que font les Somaliens et leurs partenaires dans le cadre du programme de consolidation de la paix et d’établissement d’un État, a-t-il souligné.  Ils souhaitent, selon lui, voir ces progrès avancer d’ici à la fin de 2020 au travers d’une réforme constitutionnelle, de mesures en matière de sécurité, d’un allègement de la dette pour financer le développement et d’avancées en vue des élections nationales. 

Si les progrès sont indéniables, la fenêtre qui s’offre à nous est de plus en plus étroite.  On risque de connaître des reculs et de ne pas respecter les délais fixés si le dialogue et la coopération ne reprennent pas entre les parties prenantes, a averti M. Swan.  Pour espérer atteindre ces objectifs, il faut accélérer les efforts dans les mois à venir, a-t-il dit.  Cela nécessitera également un consensus politique parmi les dirigeants somaliens au niveau national et particulièrement entre le Gouvernement central et les États membres de la fédération.  Il a dit attendre avec impatience la prochaine réunion du Forum de partenariat sur la Somalie, en octobre, qui donnera au pays et à ses partenaires internationaux l’opportunité de s’entendre sur les domaines d’action prioritaires. 

Pour le Représentant spécial, le cycle électoral 2020/2021 offre l’occasion de faire progresser de manière décisive le processus de démocratisation.  Les préparatifs techniques avancent, un projet de loi électorale est examiné par le Parlement fédéral et la Commission électorale nationale indépendante enregistre les électeurs.  M. Swan a encouragé la Chambre basse du Parlement à adopter ce projet de loi et le Gouvernement fédéral à mettre en place une mission chargée de la sécurité des élections.  Il a également souhaité que ces élections soient l’occasion de renforcer la participation des femmes au processus politique.  

Avant ces élections nationales, il convient de rester attentif au processus électoral dans les États membres de la fédération, a poursuivi le Représentant spécial.  Il a dit suivre de près les développements au Galmudug, où, avec le soutien du Gouvernement fédéral, un forum de réconciliation est mis en œuvre.  Nous encourageons ces efforts destinés à parvenir à un large consensus sur le processus électoral au sein de cet État membre de la Fédération, a-t-il indiqué.  Au Djoubaland, a ajouté M. Swan, des efforts sont également déployés pour parvenir à un processus électoral consensuel, faute de quoi il existerait un fort risque d’instabilité en cas de contestation des résultats.  À cette fin, l’ONU et les autres partenaires internationaux maintiennent leurs pressions sur les parties afin de trouver un compromis.  Tout échec mettrait en péril non seulement les processus électoraux dans cet État membre mais aussi certaines priorités nationales, notamment la préparation des élections de 2020, la lutte contre les Chabab et le programme de développement, a-t-il prévenu. 

De l’avis du Chef de la MANUSOM, la Constitution fédérale, une fois adoptée, fournira une vision pour tous les Somaliens, tout en définissant clairement les rôles respectifs des différents organes de l’État fédéral, ainsi que les relations avec et entre les État membres de la fédération.  Les Somaliens doivent désormais mener un dialogue inclusif pour parvenir à des accords sur les questions prioritaires, à commencer par l’attribution du pouvoir, les relations intergouvernementales, le système de gouvernance, le partage des ressources et le statut de Mogadiscio. 

Le Représentant spécial a ensuite indiqué que la situation sécuritaire demeure préoccupante, évoquant l’attaque perpétré par les Chabab contre l’administration régionale de Benadir, le 24 juillet.  Il a rendu hommage aux victimes de cet acte de violence, tout en faisant état de signes encourageants dans le domaine de la sécurité.  Les forces de sécurité somaliennes, qui œuvrent aux côtés de la MANUSOM, de l’ONU et des partenaires internationaux, progressent dans la reconquête et la stabilisation des territoires du Bas-Chébéli, à la périphérie de la partie de Mogadiscio un temps sous le contrôle des Chabab, s’est-il félicité, saluant l’efficacité de cette collaboration. 

Sur le plan économique, a poursuivi le Représentant spécial, des progrès sont réalisés en vue d’une reprise; les autorités gouvernementales ont considérablement amélioré les performances fiscales et renforcé la gouvernance.  Le point de décision en vertu de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) est à présent proche et c’est au Gouvernement fédéral de s’assurer que les préconditions seront remplies début 2020, a-t-il indiqué.  Dans le même temps, la crise humanitaire demeure l’une des plus longues dans le monde, a-t-il déploré, précisant que 2,2 millions de Somaliens sont aujourd’hui confrontés à une insécurité alimentaire aiguë.  De plus, a-t-il ajouté, on recense 2,6 millions de déplacés internes dans le pays.  L’ONU et le Gouvernement somalien ont lancé un plan de riposte à la sécheresse qui nécessite un financement de 686 millions de dollars.  Pour l’heure, seuls 350 millions ont été collectés, a-t-il précisé, appelant les États Membres à y contribuer de toute urgence.  Parallèlement, a souligné M. Swan, il convient de ne pas oublier les priorités de développement à long terme, lesquelles sont prises en compte dans le cadre du nouveau programme national de développement. 

M. FRANCISCO CAETANO JOSE MADEIRA, Représentant spécial du Président de la Commission de l’Union africaine et Chef de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), a estimé que, malgré les défis, la situation politique, sécuritaire et économique demeure encourageante en Somalie.  Durant la période examinée, nous avons constaté les efforts du Gouvernement fédéral pour mettre en œuvre des engagements en matière de paix et sécurité et d’inclusion, s’est-il félicité, avant de citer aussi des progrès sur le plan de la réconciliation.

Il s’est félicité des initiatives d’intégration et de la préparation des élections qui doivent se tenir à la fin de l’année dans l’État de Galmudug.  Il a indiqué avoir rencontré la commission de réconciliation pour parler de sa composition, son degré de représentativité et sa mission.  Ces élections sont l’occasion de déboucher sur la formation d’un gouvernement et la réconciliation des 11 clans qui composent cet État, a-t-il précisé. 

M. Madeira a ensuite prévenu que la situation politique se dégrade dans le Djoubaland.  Il a cité des accords conclus entre les parties prenantes sur le rôle de l’AMISOM afin de créer un environnement propice à la tenue des élections et à la création d’un climat de sécurité à Kismayo et ailleurs.  Il a estimé qu’il est encore temps pour les parties de trouver un accord pour permettre la tenue d’élections dans cet État.  Il a appelé à examiner la loi électorale et l’enregistrement des électeurs et à identifier les emplacements qui peuvent être sécurisés grâce à l’intervention de l’AMISOM.

Le Chef de l’AMISOM a fait savoir que la Commission de l’Union africaine a animé un atelier à Kampala sur les mécanismes de règlement des différends électoraux à l’horizon 2020 et 2021.  Il a cité un plan qui prévoit la mise en place, par le Gouvernement, d’une équipe spéciale électorale chargée de mettre au point les concepts clefs pour cette élection. 

Poursuivant, M. Madeira s’est félicité de la bonne santé de l’économie somalienne avec des prévisions de croissance de 3% à 3,2% pour 2019, contre 2,8% en 2018.  Il a dit que le quatrième programme de référence conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) devrait attirer l’octroi d’une tranche de crédit supérieure du FMI et de la Banque mondiale afin de permettre aussi un allègement de la dette.

L’AMISON a mené des opérations offensives ciblées dans plusieurs localités, dont Awdheegle, de façon à perturber les opérations des Chabab et les affaiblir.  Des villes ont été libérées en avril dernier et notre coopération avec le service de déminage des Nations Unies est de plus en plus étroite alors que nous avançons davantage dans les territoires ennemis. 

S’agissant de l’appui de l’AMISOM à la police et à l’armée, il s’est félicité du déploiement de policiers de l’AMISOM dans 31 centres, précisant par ailleurs que 970 policiers somaliens avaient suivi une formation sur les questions de genre.  M. Madeira a aussi cité des formations à l’attention des forces de maintien de la paix en matière de droit international humanitaire, droits de l’homme, droits des femmes et des enfants, conduite et discipline et les questions de violences sexuelles liées au conflit. 

M. Madeira s’est cependant préoccupé de savoir qui contrôlera les nouvelles villes libérées, sachant que les Somaliens ne sont, pour le moment, pas en mesure de mettre en place des forces suffisamment formées et équipées.

« À quoi sert-il que l’AMISOM continue d’avancer et de libérer des villes au prix d’un coût immense si la Somalie ne peut pas prendre le relais pour contrôler et gérer ces villes? » s’est interrogé le Chef de l’AMISOM. Il a regretté que la communauté internationale ne soit pas préparée à cette situation et n’ait pas su anticiper les conséquences du rôle offensif de l’AMISOM. Afin de permettre la consolidation des gains et le transfert des responsabilités de l’AMISOM aux forces somaliennes, il a appelé à poursuivre et accélérer nos efforts de formation des troupes somaliennes pour leur permettre de contrôler des villes et territoires repris. 

Mme PRAMILA PATTEN, Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles en période de conflit, a rappelé qu’elle s’était rendue en Somalie en juillet cette année, pour la première fois, bien que le pays soit une de ses priorités depuis une dizaine d’années.  Depuis 2013, son bureau, par le biais de l’Équipe d’experts sur l’état de droit et la Mission d’assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM), aide le Gouvernement somalien à renforcer son système judiciaire officiel, a-t-elle dit. 

Relatant sa visite sur le terrain, Mme Patten a indiqué s’être rendue à Mogadiscio et à Baidoa, où elle a rencontré des officiels du Gouvernement, des parlementaires, des responsables de l’ONU et de l’Union africaine (UA), ainsi que du personnel de premier secours et des représentants de la société civile.  Si elle n’a pas pu rencontrer de survivants, elle a dit être satisfaite par le niveau d’informations qu’elle a obtenues par le biais du système de l’ONU et des partenaires, qui ont souligné combien la violence sexuelle en Somalie continue à être une grave source de préoccupation.  Selon eux, le nombre de cas répertoriés n’est que la pointe de l’iceberg, c’est-à-dire du grave problème structurel qui fait que d’innombrables femmes et filles sont soumises à la violence sexuelle ou vivent dans la peur de l’être.  Ces sources d’information ont insisté sur le mot « innombrable » car les victimes sont souvent invisibles ou inaccessibles, avec personne pour les aider ou pour signaler les cas.

À Baidoa, le Président de l’État du Sud-Ouest et d’autres membres du Gouvernement ont indiqué que l’insécurité persistante, notamment dans les camps de personnes déplacées, plaçait les femmes et les filles de groupes minoritaires à un haut risque d’être victimes de violences sexuelles, à cause d’un accès limité ou inexistant aux services de protection.  Ayant rencontré également plus de 35 organisations de la société civile et de services de secours à Mogadiscio, Mme Patten a dit avoir entendu décrire les problèmes que posent les prédateurs sexuels qui profitent de la faiblesse du système judiciaire et de la stigmatisation. 

Comme autres défis, a-t-elle dit, ils ont cité le fait qu’il est difficile d’aider les femmes handicapées à cause de l’insécurité et des attaques qui visent les secouristes.  La majorité des survivants n’ont en outre pas accès aux services de santé sexuelle et reproductive, tandis qu’il y a de nombreux enlèvements commis par les Chabab qui forcent les familles à accepter des mariages forcés.  Mme Patten a salué à ce propos une initiative pilote menée à Baidoa avec le soutien de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui offre une assistance pour la réintégration des femmes et filles libérées des Chabab.  Elle a cité les informations données par les travailleurs sociaux et notamment le cas d’une fille de 17 ans enlevée et mariée de force à un membre des Chabab, mais qui a réussi à s’échapper.  Dans ce contexte, Mme Patten a souligné la nécessité urgente d’aider davantage de victimes de l’extrémisme violent et du terrorisme.

Dans la deuxième partie de son exposé, la Représentante spéciale a parlé de l’impunité des auteurs de crimes de violence sexuelle en en expliquant les raisons: les victimes craignent souvent des représailles et souffrent des insuffisances du système judiciaire national, tandis que le recours au système de justice transitionnelle empêche de signaler les cas.  Malgré les efforts menés par le Gouvernement pour renforcer le système de justice officiel, beaucoup de survivants de violences sexuelles dépendent en effet de ces mécanismes de justice traditionnelle, ce qui comprend le droit coutumier, le xeer et la charia.  Mme Patten a rappelé que les filles sont souvent mariées à leur violeur pour éviter à leur famille la honte et l’opprobre.  Elle s’est inquiétée notamment du cas d’une fillette de 9 ans violée par un soldat quelques jours avant sa visite. 

Toutefois, la Représentante spéciale a fait part du dialogue constructif qu’elle a eu avec les autorités nationales, en se félicitant de l’absence de tentatives de nier la réalité de ces crimes.  La violence sexuelle continue à être perpétrée par toutes les parties au conflit, ont reconnu les instances nationales qui ont aussi exprimé leur volonté politique de combattre ce fléau.  Le Gouvernement s’est d’ailleurs engagé, à l’issue de la visite de terrain, à travailler avec le système des Nations Unies pour élaborer un nouveau plan de mise en œuvre du Communiqué conjoint, sous la forme d’un plan d’action pour mettre un terme à la violence sexuelle en période de conflit, qui se concentrera sur les éléments clefs des résolutions 2331 et 2467 du Conseil de sécurité. 

Parmi les messages clefs qu’elle a transmis au Gouvernement, elle a cité les suivants: la nécessité de lutter contre la violence sexuelle en période de conflit en tant que menace à la paix et à la sécurité, l’importance de s’atteler aux causes profondes et de lutter contre les inégalités, l’adoption rapide des projets de loi sur les délits et crimes sexuels, la nécessité de renforcer la participation des États fédérés à toutes les initiatives du Gouvernement fédéral, et l’implication d’un vaste panel de parties prenantes, dont la société civile.  Elle a assuré que son bureau continuerait à travailler avec le Gouvernement pour soutenir ses actions en ce sens.

Mme AMINA ARALE, Directrice exécutive de l’organisation Somali Women Development Center (SWDC), s’est présentée comme une jeune défenseure des droits humains et de la paix, née et élevée en Somalie.  Affirmant avoir été le témoin de violations des droits de l’homme dans son pays depuis 30 ans, elle a précisé que son organisation lutte contre les violences sexistes à l’égard des femmes et des filles.  Le SWDC, a-t-elle indiqué, a établi la première assistance téléphonique pour les victimes de violences sexuelles et sexistes.  Elle fournit également un appui médical, psychosocial, juridique et technique aux victimes, qui représentent plusieurs milliers de survivantes chaque année. 

Dans le cadre de cet exposé, Mme Arale a souhaité développer quatre points, à commencer par l’impact du conflit sur les femmes et les filles en Somalie.  Selon elle, le pays reste très inégalitaire et les discriminations entre les sexes touchent principalement les femmes.  À cet égard, la Somalie a un indice d’inégalité des genres de 0,77 sur un maximum de 1.  De fait, a insisté l’oratrice, la violence sexuelle et sexiste est persistante et entourée de silence.  Les groupes minoritaires ne s’expriment pas lorsque ce type de violence affecte leur communauté, par crainte de stigmatisation.  Dans ce contexte, Mme Arale a salué le projet de loi sur les crimes sexuels ainsi que les efforts visant à tenir les auteurs pour responsables.  Le processus législatif a été, selon elle, un exemple positif de politique inclusive tenant compte des besoins des survivantes. 

Toutefois, a-t-elle noté, beaucoup reste à faire.  Le pays n’a ainsi ni signé, ni adopté, ni mis en œuvre la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, tandis que le plan d’action national basé sur la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité reste lettre morte.  À ses yeux, il importe que le Gouvernement somalien accélère la mise en place d’une commission nationale des droits de l’homme et assure le respect du droit international humanitaire.  Le Gouvernement fédéral et les autorités régionales doivent aussi veiller à ce que l’impunité ne soit plus tolérée et que les violences sexuelles soient sanctionnées, y compris celles perpétrées par des membres des forces de sécurité.  Il est pour cela essentiel que le Gouvernement fasse des efforts pour sensibiliser les parties prenantes à ces violences, y compris les responsables religieux et les autorités locales et judiciaires. 

Mme Arale a, d’autre part, relevé que l’accès des femmes à la justice est particulièrement difficile en Somalie.  De fait, les femmes se retrouvent privées de leurs droits, tandis que les hommes continuent de rendre la justice.  À ce sujet, a-t-elle indiqué, la participation des femmes dans les autorités et les professions judiciaires est également très faible.  S’il y a maintenant quelques femmes procureures, il n’y a toujours aucune femme exerçant les fonctions de juge en Somalie, a-t-elle déploré.  L’inclusion des femmes en tant que juges et procureures permettrait, selon elle, de rendre le système judiciaire somalien plus représentatif.  L’accès à la justice doit en outre aider à autonomiser les femmes et à éliminer les inégalités sous-jacentes qui rendent les femmes plus vulnérables à la violence. 

Évoquant ensuite la participation des femmes au secteur de la sécurité, Mme Arale a rappelé que les femmes ont activement contribué à la paix en Somalie, après des années de guerre civile.  Pourtant, a-t-elle observé, 14 des accords de paix conclus au cours des trois dernières décennies ont échoué en raison de l’exclusion des femmes.  Si l’accord de 2020 a été signé après l’inclusion des femmes, le rôle de ces dernières en tant que contributrices clefs à la paix n’est pas reconnu, a encore dénoncé la Directrice exécutive du SWDC.  De fait, a-t-elle martelé, le Gouvernement somalien doit veiller à ce que les droits des femmes figurent au cœur des décisions relatives à la paix et à la sécurité.  Elle s’est félicitée à cet égard que les femmes représentent désormais 11% des effectifs des forces de police en Somalie, ce qui place le pays au troisième rang en Afrique. 

S’agissant enfin de la participation des femmes à la vie politique et économique, Mme Arale a regretté que les femmes aient été exclues des postes décisionnaires alors même qu’elles sont les principales sources de revenus pour 80% des foyers du pays.  Les femmes politiques font par ailleurs face à des mesures d’intimidation visant à les décourager.  Pour l’oratrice, le Conseil de sécurité devrait appeler la MANUSOM à travailler avec le Gouvernement au développement d’un mécanisme de protection des femmes dirigeantes et à la publication des progrès réalisés en faveur des femmes dans la société civile.  Il devrait également exhorter explicitement le Gouvernement à respecter les droits des femmes et de tous les défenseurs des droits de l’homme. 

M. STEPHEN HICKEY (Royaume Uni) a estimé que l’ONU doit continuer de jouer un rôle vital en Somalie.  Il a aussi jugé que le régime de sanctions est une partie importante du processus de réforme de la sécurité.  Tout en reconnaissant que l’adoption d’un plan d’action sur la violence sexuelle en temps de conflits témoigne de la volonté du Gouvernement somalien d’avancer sur cette question, le représentant s’est dit préoccupé par le fait que le projet de loi sur la violence sexuelle n’ait pu être adopté.  Concernant l’élection prévue dans le Djoubaland, il a appelé tous les acteurs à s’abstenir de recourir à la violence dans cet État et à impulser des changements positifs.  S’agissant de l’élection nationale prévue en 2020 et 2021, il a jugé vitale l’adoption d’une loi électorale en novembre 2019.  « Nous sommes inquiets que la représentation des groupes minoritaires, notamment des femmes, ne soit pas assez prise en considération », a dit le représentant du Royaume-Uni. 

Pour ce qui est de la sécurité, M. Hickey a appelé à une meilleure coopération entre les autorités somaliennes et la communauté internationale pour mettre en œuvre l’architecture nationale de sécurité arrêtée lors de la conférence de Londres.  Il a estimé que les opérations conjointes sont un bel exemple d’une coopération réussie entre les forces internationales et les forces de sécurité somaliennes, mais qu’il restait encore beaucoup à faire pour contrôler l’ensemble des territoires. 

M. JONATHAN R.  COHEN (États-Unis) a constaté que la Somalie continue de faire face à d’importants défis pour bâtir un État stable et prospère, évoquant notamment les récentes attaques perpétrées par les Chabab à Mogadiscio et à Kismayo, lesquelles ont notamment couté la vie au maire de la capitale.  Cependant, a-t-il noté, les efforts de réforme du Gouvernement fédéral sont source d’espoir.  Il a encouragé l’AMISON et les Somaliens à continuer d’œuvrer vers un transfert de responsabilités dans le domaine de la sécurité afin de stabiliser les zones libérées des Chabab.  Il a aussi souligné l’importance, pour les forces de police somaliennes, d’obtenir un appui dans le domaine du renforcement des capacités afin de stabiliser les zones reprises aux Chabab.

Sur le plan politique, M. Cohen a estimé que les réformes lancées par le Gouvernement, notamment le projet de loi électorale et la réforme constitutionnelle en cours, sont source d’espoir pour le développement et la croissance économique du pays.  Il a cependant regretté que ces réformes importantes n’aient pas encore été finalisées, ni mises en œuvre.  Le représentant a ensuite salué les efforts déployés par le Premier Ministre Khavre pour promouvoir la réconciliation entre les différents clans du pays et le Gouvernement fédéral, ainsi que l’appui qu’il accorde à l’intégration des milices locales à l’architecture sécuritaire nationale.  Il a appelé l’ensemble des parties à appuyer le déroulement d’élections pacifiques.

Alors que le pays avance sur la voie d’un système démocratique sur la base d’« une personne, une voix » pour préparer les élections nationales, les États-Unis soulignent l’importance d’une bonne coopération entre l’équipe spéciale du Gouvernement, la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et le Bureau d’appui des Nations Unies en Somalie (BANUS) pour assurer la sécurité à chaque étape du processus de planification et de mise en œuvre. 

M. Cohen s’est, par ailleurs, préoccupé du fait que le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë était estimé à 2,2 millions et que 5,4 millions de personnes ont besoin d’assistance humanitaire urgente.  Les États-Unis ont consacré 670 millions de dollars à l’aide humanitaire en Somalie depuis 2018.

M. MANSOUR AYYAD SH.  A.  ALOTAIBI (Koweït) a mis l’accent sur la situation politique de la Somalie, se félicitant notamment des mesures prises par le Gouvernement et les États de la fédération pour promouvoir la réconciliation.  Dans ce contexte, le représentant a appelé les parties à surmonter les obstacles actuels et à accorder la priorité aux intérêts de l’État car, a-t-il souligné, la phase à venir sera décisive pour l’avenir de la Somalie, avec les élections nationales de 2020.  Le succès de ce processus de reconstruction permettra de renforcer les progrès réalisés, notamment dans l’approche nationale en matière de sécurité.  Il permettra également de venir à bout de la réforme constitutionnelle, a souligné le délégué, espérant que le Gouvernement fédéral mettra en œuvre son plan de réformes politiques. 

Malheureusement, a poursuivi M. Alotaibi, la situation sécuritaire rappelle la menace terroriste des Chabab qui prennent pour cibles les personnels de l’ONU et ceux qui viennent en aide aux habitants dans le besoin.  Il a relevé que ces groupes ont des capacités accrues en matière d’engins explosifs improvisés, et a jugé nécessaire d’en tenir compte dans la réforme du système de sécurité de la Somalie.  S’agissant de la situation humanitaire, le représentant a relevé que 2,6 millions de Somaliens sont aujourd’hui des déplacées internes et que les prévisions climatiques ne sont guère encourageantes.  Selon lui, une saison très sèche pourrait entraver les efforts déployés par la Somalie pour répondre aux besoins en matière agricole.  Concluant sur une note plus positive, il a salué les progrès réalisés sur le plan économique, notant que, selon le Fonds monétaire international (FMI), le pays a satisfait les conditions pour débloquer une tranche de crédit. 

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a salué le rôle que jouent la MANUSOM, le Bureau d’appui des Nations Unies en Somalie, l’AMISOM, l’UA et l’IGAD, ainsi que les partenaires internationaux, pour faciliter le processus de consolidation de la paix en Somalie.  En ce qui concerne le processus politique, il a réitéré que les progrès réalisés devaient être renforcés, ce qui exige un dialogue authentique au niveau national entre le Gouvernement fédéral et les États fédérés.  Il a aussi encouragé les parties prenantes à s’engager dans un dialogue et une réconciliation qui incluent tout le monde.  Le représentant a salué les progrès accomplis dans le processus législatif ainsi que la réitération des engagements pour le dialogue entre la Somalie et le « Somaliland ».

Passant à la situation sur le plan de la sécurité, M. Matjila s’est inquiété des attaques croissantes des Chabab et de l’utilisation de plus en plus fréquente des engins explosifs improvisés.  Nous saluons le succès des opérations offensives et de stabilisation qui ont été menées par l’armée nationale dans la région du Bas-Chébéli, avec le soutien de l’AMISOM et des partenaires internationaux, a-t-il ajouté, y voyant une bonne illustration de la lutte contre les Chabab.  Sur le plan humanitaire, le représentant a souligné les effets des changements climatiques et l’insécurité alimentaire qui affectent grandement les communautés vulnérables.  Il a soutenu l’appel lancé par le Secrétaire général pour intensifier la fourniture des secours et de la protection nécessaires.  S’agissant des élections, M. Matjila a partagé l’avis du Secrétaire général que les parties prenantes doivent arriver à un consensus sur les questions électorales, jugeant également crucial de créer des mécanismes de coordination pour la sécurité des élections. 

M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) s’est inquiété de la persistance de tensions entre le Gouvernement fédéral et les États fédérés sur fonds de préparation des élections.  Il a estimé que cette crise institutionnelle est de nature à fragiliser les efforts visant à renforcer le processus politique et à ralentir le rythme des reformes.  C’est pourquoi, il a appelé les parties à surmonter leurs différends pour permettre la tenue d’élections libres, crédibles et transparentes et parvenir à un partage du pouvoir.  Il a salué l’adoption d’une loi sur la lutte contre la corruption et la ratification, le 31 juillet 2019, de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. 

Face à la persistance des attaques ciblées des Chabab en dépit des raids aériens de la communauté internationale, il a jugé important de renforcer les capacités des forces nationales pour pouvoir contrôler les zones reprises au Chabab.  Dans le domaine économique, il a salué l’adoption le 1er aout 2019 entre le Gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI) d’un quatrième programme de référence pour la période allant de mai 2019 à juillet 2020 préparant la Somalie à un allégement de la dette au titre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés.

Par ailleurs, il a relevé que les atteintes aux droits de l’Homme, dont les assassinats ciblés, les violences sexuelles et les enlèvements d’enfants restent une grande source de préoccupation pour la communauté internationale.  Notant l’insécurité alimentaire grandissante et les déplacements de population, le représentant de la Côte d’Ivoire a salué les actions remarquables du Gouvernement pour organiser la riposte face aux conséquences de la sécheresse. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a souligné l’importance des bonnes relations entre le Gouvernement fédéral somalien et ses États membres fédérés pour le développement du pays.  Or, la distance qui s’instaure progressivement entre ces derniers met, selon lui, en péril les progrès réalisés en Somalie, notamment sur le plan des élections fédérales, du renforcement de la sécurité et de l’allègement de la dette.  Il a, par conséquent, appelé les parties à faire preuve d’un esprit de consensus et de coopération, à l’instar de la reprise de la coopération entre la Chambre haute et la Chambre basse du Parlement fédéral, après sept mois de rupture.

Le représentant a, par ailleurs, appelé les parties à garantir la transparence et la tenue pacifique des processus électoraux en cours dans les États membres fédérés.  Il a également demandé aux autorités compétentes de garantir un niveau élevé de participation des femmes à ces scrutins, tout comme aux prochaines élections générales de 2020/2021.

Condamnant, enfin, les attaques perpétrées par les Chabab et Daech à Mogadiscio, le représentant a invité la communauté internationale à redoubler d’efforts pour aider le pays à finaliser la mise en œuvre de son architecture nationale de sécurité.

M. HAITAO WU (Chine) a rappelé que la Somalie, de par sa localisation dans la Corne de l’Afrique, a une position stratégique importante.  Le maintien de la paix et de la stabilité dans ce pays a donc un effet sur l’ensemble du continent, a-t-il estimé.  Le représentant s’est félicité que le Gouvernement somalien s’engage dans la reconstruction du pays et prépare des élections nationales en 2020.  Malgré ces avancées, la situation reste complexe, a-t-il constaté, invitant la communauté internationale à suivre de près les développements politiques et sécuritaires dans ce pays.  Il faut, selon lui, renforcer les capacités de gouvernance du Gouvernement sur la base de l’indépendance et de la souveraineté de la Somalie.  Dans ce cadre, a-t-il poursuivi, tous les États fédérés doivent respecter le Gouvernement fédéral. 

Le représentant a également appelé les partenaires internationaux de la Somalie à renforcer leurs synergies afin de permettre le transfert des tâches de sécurité de la MANUSOM aux forces somaliennes.  À cette fin, il convient d’aider les pays contributeurs de contingents à lutter de façon efficace contre le terrorisme, qui continue de sévir en Somalie.  Pour le délégué, il faut aussi fournir une aide économique au pays alors que la situation humanitaire s’y est détériorée.  La Chine appelle, par ailleurs, la communauté internationale à trouver des solutions économiques endogènes pour identifier les causes profondes du conflit somalien. 

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a salué les efforts du Président somalien pour raviver le dialogue mais s’est inquiété des tensions et de l’impasse politique actuelle.  Il s’est aussi dit préoccupé par « la vulnérabilité de la sécurité en Somalie », condamnant les attaques menées par le groupe terroriste Chabab.  Le représentant a salué, par ailleurs, les progrès réalisés dans le processus de révision constitutionnelle.  Il s’est ensuite penché sur le sort des filles et femmes somaliennes en appelant à investir pour qu’elles soient des vecteurs de progrès pour elles, leurs familles et leurs communautés.  Le système de quota envisagé, à cet égard, dans le projet de loi électorale est une bonne chose, selon lui, pour augmenter la représentation des femmes dans le système politique et donc pour promouvoir le développement socioéconomique.  En ce qui concerne les élections dans le Djoubaland, il a plaidé pour un processus électoral unique qui soit crédible, inclusif et pacifique.  M. Singer a ensuite relevé les effets négatifs qu’ont les changements climatiques en Somalie, notamment en termes d’insécurité alimentaire et d’accès à l’eau potable.  Il a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour la coopération humanitaire.

M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a salué la détermination du Gouvernement somalien à mettre en œuvre son programme ambitieux de réformes, citant aussi les préparatifs en cours pour les élections, la promotion de la réconciliation interne et les efforts pour alléger la dette nationale.  Il a toutefois noté les difficultés persistantes, qui exigent un engagement continu de la part de la communauté internationale.  Il ne faut pas, a-t-il poursuivi, que l’impasse politique entre le Gouvernement fédéral et les États fédérés mettent en danger les acquis durement gagnés; il faut au contraire un dialogue constructif.  L’Indonésie réaffirme son soutien à la MANUSOM, qui promeut un règlement politique mené par le Gouvernement et fournit des conseils sur les efforts de consolidation de la paix.

En ce qui concerne la menace que pose les Chabab, M. Syihab a condamné les récents attentats et appelé à maintenir la présence de la MANUSOM en lui fournissant les ressources nécessaires à l’accomplissement de sa mission.  Il a aussi plaidé pour une aide internationale capable de se déployer rapidement et de manière coordonnée.  Enfin, le représentant a rappelé qu’un tiers de la population a actuellement besoin d’aide humanitaire, citant les 2,2 millions de personnes en insécurité alimentaire et les 2,6 millions de personnes déplacées.  Il a déploré que seulement 40% du plan humanitaire pour la Somalie pour 2019 soit financé.  Pour la bonne conduite des opérations humanitaires, il a appelé au plein respect du droit international humanitaire.

Mme ANNE GUEGUEN (France) a fait part de la préoccupation de son pays face au blocage des relations entre le Gouvernement fédéral somalien et ses États membres fédérés, blocage qui constitue, selon elle, un obstacle majeur à l’aboutissement de chantiers cruciaux pour l’instauration d’une paix durable en Somalie.  Parmi eux, la représentante a notamment cité la préparation et la tenue des élections de 2020/2021, le processus de révision constitutionnelle, l’accord sur le partage des pouvoirs et des revenus issus des ressources naturelles, la mise en œuvre du plan de transition sécuritaire, la mise en œuvre de l’architecture nationale de sécurité et l’intégration des forces régionales dans l’armée nationale somalienne.  « Il est donc urgent que ce dialogue puisse reprendre », a-t-elle insisté.

Par ailleurs, Mme Gueguen s’est dit préoccupée par les tensions autour du processus électoral qui doit débuter demain dans le Djoubaland.  Dans ce contexte, elle a appelé les parties à faire preuve d’esprit de compromis pour parvenir à un accord sur un processus électoral « unique, transparent et accepté par tous ».  La représentante a également appelé les parties à ne pas recourir à la violence et à privilégier le dialogue pour résoudre leurs différends. 

En outre, Mme Gueguen s’est dit préoccupée par la fréquence des attaques des Chabab, notamment à Mogadiscio.  Dans ce contexte, elle a salué les actions menées par l’armée nationale somalienne avec le soutien de l’AMISOM, qui ont permis de reprendre des villes clefs aux groupes terroristes.  La représentante a toutefois appelé les autorités fédérales somaliennes à intensifier leurs efforts et à accélérer la mise en œuvre du plan de transition sécuritaire de l’AMISOM vers les forces de sécurité du pays.  De ce point de vue, elle a jugé essentiel que les décisions du Conseil en matière de transition soient respectées.  Elle a de plus appelé le Conseil à envoyer un message clair aux partenaires de la Somalie sur la nécessité de contribuer au financement de l’AMISOM aux côtés de l’Union européenne (UE).

Enfin, la représentante a souligné l’importance de la coopération entre les différents ministères somaliens pour permettre à la justice d’être rendue pour les victimes de violations des droits de l’homme.  Mme Gueguen a également appelé l’ensemble des responsables locaux et religieux à s’engager afin que la loi sur les crimes sexuels soit adoptée et mise en œuvre sur l’ensemble du territoire.

M. LUIS UGARELLI (Pérou) a appelé le Gouvernement fédéral somalien et ses États membres fédérés à résoudre leurs différends par la voie du dialogue, dans le but de faire avancer les questions clefs pour la reconstruction du pays, y compris les élections fédérales, le renforcement de la sécurité et l’allègement de la dette.  Dans cette perspective, le représentant a salué le rapprochement récent opéré entre la Chambre haute et la Chambre basse du Parlement fédéral. 

S’agissant du processus électoral dans le Djoubaland, le représentant a appelé les autorités étatiques et fédérales à conclure un accord afin de garantir un scrutin transparent et sans heurts, en évitant les « processus électoraux parallèles ». 

De manière générale, le représentant a insisté sur l’importance de garantir un niveau élevé de participation des femmes dans la vie politique du pays, afin notamment d’atteindre le quota de 30% de femmes élues au Parlement fédéral dans le cadre des futures élections générales de 2020/2021.

Le représentant a, par ailleurs, condamné les récentes attaques des Chabab en Somalie.  Il a estimé que seule une coopération étroite entre le Gouvernement fédéral somalien et ses États membres fédérés permettrait de venir à bout du groupe.  Enfin, le représentant s’est félicité de ce que la Somalie remplisse désormais les critères du Fonds monétaire international (FMI) pour bénéficier d’un allégement de sa dette.

M. JEROEN COOREMAN (Belgique) a déclaré que les prochaines élections au Djoubaland offrent l’opportunité aux parties somaliennes de démontrer leur volonté de jouer le jeu démocratique.  Il a prévenu que le fédéralisme ne peut fonctionner sans un véritable dialogue.  « Il faut être prêt à céder une partie du pouvoir » ,a-t-il dit avant d’appeler à une adoption rapide du projet de loi électorale.  Par ailleurs, il a constaté que les Chabab représentent la première menace à la paix et à la sécurité et a insisté sur la nécessité de forces armées et de police bien formées avec une stratégie réfléchie et des codes de conduite clairs.  Il a noté que 5,4 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire dans un pays particulièrement sensible au choc climatique et à une sècheresse qui entame les capacités de résilience.  Il a appuyé l’intégration des questions de violence sexuelle dans les critères de désignation des régimes de sanction. 

M. ALEXANDER V.  REPKIN (Fédération de Russie) a noté que la situation sécuritaire demeure précaire en Somalie.  Cette situation alarmante est, selon lui, exacerbée par les affrontements interclaniques qui se poursuivent et par le cycle électoral qui vient de démarrer.  La planification électorale représente un vrai défi, sans oublier l’activité terroriste des Chabab qui continuent de contrôler de vastes territoires, a-t-il relevé.  Le représentant a regretté à cet égard que le directeur du service antimines des Nations Unies ne soit pas présent à cette réunion, comme la Fédération de Russie l’avait réclamé.  Saluant les avancées des forces de sécurité dans le Bas-Chébéli, il a plaidé pour l’édification d’un système de sécurité national unique, en mesure d’assurer à terme le transfert des prérogatives en matière de sécurité aux Somaliens eux-mêmes. 

Pour le délégué russe, la MANUSOM continue de jouer un rôle clef dans le soutien au processus de reconstruction de l’État somalien.  La reconfiguration de la Mission doit, à ses yeux, aller de pair avec l’évolution des institutions somaliennes.  Il s’est, par ailleurs, déclaré préoccupé par la situation humanitaire, notamment par la faible pluviosité et le déplacement forcé d’un nombre croissant de personnes.  Il a cependant souhaité attirer l’attention du Conseil sur des tendances prometteuses, comme la main tendue par Mogadiscio aux États fédérés, la reprise de la coopération entre les deux chambres du Parlement et l’assainissement du secteur économique et financier.  Il a enfin affirmé qu’une lutte efficace contre les problèmes que connaît la Somalie n’est possible que dans le respect le plus strict de la souveraineté somalienne, sans inférence d’aucune sorte. 

M. JUERGEN SCHULZ (Allemagne) a appelé à accélérer les efforts dans les mois à venir pour atteindre les objectifs définis en marge des élections de 2020 et 2021.  Il a aussi appelé à une coordination régulière des efforts pour surmonter les défis qui subsistent.  Il a estimé que le Gouvernement fédéral et les États fédérés doivent pouvoir s’appuyer plutôt que de s’opposer.  « Il faut un processus électoral unique adopté d’un commun accord », a insisté le représentant de l’Allemagne.  Il s’est dit alarmé par la situation humanitaire qui s’est aggravée en raison de la sécheresse et des affrontements.  Il s’est félicité de l’engagement du Gouvernement à mettre en place un nouveau plan national de lutte contre les violences sexuelles en temps de conflit.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) s’est félicitée de la bonne coopération entre les deux chambres du Parlement somalien et a émis l’espoir que les projets de loi actuellement à l’étude, notamment celui sur les violences sexuelles et sexistes, pourront être adoptés et promulgués prochainement.  Elle a estimé que les processus politiques à venir pourraient contribuer à une reprise d’un dialogue constructif entre le Gouvernement fédéral et les autorités régionales, au bénéfice de toute la population somalienne.  Il convient, selon elle, de parvenir à un consensus politique pour que ces réformes cruciales voient le jour. 

Mme Wronecka a, d’autre part ,qualifié de positifs les efforts du Gouvernement en faveur d’une inclusion politique et d’une plus forte participation des femmes.  Elle s’est, en revanche, déclarée préoccupée par la hausse du nombre d’attentats perpétrés par les Chabab et l’emploi accru par ce groupe terroriste d’engins explosifs improvisés dans ses attaques.  Pour la représentante, la communauté internationale devrait intensifier ses efforts pour lutter contre l’utilisation de produits chimiques précurseurs utilisés par les Chabab dans ces engins explosifs.  Elle a conclu son propos en exprimant son inquiétude face à la situation humanitaire, relevant notamment que les enfants paient un lourd tribut à la sécheresse et à la malnutrition. 

M. ABUKAR DAHIR OSMAN (Somalie) a réaffirmé l’engagement de la Somalie à coopérer avec l’AMISOM et les Nations Unies.  Il a encouragé le Conseil de sécurité à examiner toutes les questions abordées dans le contexte particulier de la reconstruction de l’État somalien.  Il a souligné qu’un État ne peut être fort que grâce à sa population avant d’indiquer que la période à l’examen a été l’occasion de montrer la volonté de réconciliation de la population somalienne.  Il a particulièrement salué les évolutions politiques et sécuritaires dans l’État de Galmudug, dont l’administration était partagée entre deux clans opposés en présence d’un groupe armé indépendant.  Il a cité en exemple le dialogue entrepris à Galmudug pour réunir toutes les parties et parvenir à une réconciliation large et inclusive, conduisant à un processus électoral transparent et pacifique. 

Le processus de réconciliation mis en place dans l’État de Galmudug, grâce à l’engagement soutenu du Gouvernement fédéral, représente une source d’inspiration et d’espoir pour l’ensemble de la Somalie, a-t-il affirmé.  Il a indiqué qu’une conférence à venir vise à rassembler les 11 clans de cet État.  Si la stabilité est assurée dans cet État au centre de la Somalie, les bases d’une réconciliation nationales seront posées pour l’ensemble du pays, a-t-il assuré. 

« Alors que des élections sont prévues demain au Djoubaland », le représentant de la Somalie a prévenu des défaillances de ce processus, regrettant notamment les méthodes adoptées par le président sortant de l’État de Djoubaland.  Il a rappelé que le Gouvernement fédéral somalien et ses partenaires internationaux ont à maintes reprises souligné le risque que fait peser sur le développement de la démocratie en Somalie ce « processus corrompu » au Djoubaland.  Néanmoins, il s’est félicité des progrès en cours pour les futures élections fédérales en 2020 et 2021, à commencer par le processus d’enregistrement des électeurs en cours. 

Le représentant a ensuite appelé les États de la fédération à renforcer le fédéralisme et à appuyer le Gouvernement fédéral en invitant les dirigeants à mettre de côté leurs divergences politiques.  Il a signalé que la résilience de la Somalie avait été mise à l’épreuve suite à l’attentat qui a couté la vie au maire de Mogadiscio.  Néanmoins, l’armée nationale a montré qu’elle était capable de reprendre des villes au Chabab et rétablir les administrations de ces villes, a-t-il indiqué.

M. Osman a précisé qu’un code de conduite est en cours de rédaction pour les forces de sécurité et cité la mise en place de formations relatives à la lutte contre les violences sexuelles.  « Pour la première fois en trois décennies des étudiants somaliens ont passé des examens harmonisés au niveau national », s’est aussi félicité le représentant de la Somalie.  S’il y a des signes clairs de stabilisation nationale, ces gains sont cependant précaires et doivent être soutenus par la communauté internationale, a-t-il insisté.  Il a exhorté les États à s’abstenir d’imposer des mesures de coercition à l’encontre d’autres pays. 

Poursuivant, le délégué a expliqué que les articles 53 et 54 de la Constitution confèrent au Gouvernement fédéral l’autorité exclusive pour engager des accords internationaux avec d’autres États, dont les traités relatifs aux frontières internationales, qu’il s’agisse des frontières terrestres et maritimes ou du contrôle de l’espace aérien de la Somalie.  Alors que le contour du nouvel État somalien est en train de se dessiner, M. Osman a rappelé qu’il est normal que cette évolution connaisse des divergences.  Nous encourageons nos partenaires à voir ces divergences comme une part normale du processus de reconstruction de l’État.  Le fédéralisme est en train de se consolider, a-t-il assuré, avant d’appeler le Conseil de sécurité et les partenaires internationaux à appuyer ce processus. 

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