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CS/13877
10 Juillet 2019
8570e séance – après-midi

Conseil de sécurité: appels à « systématiser l’informel » pour améliorer le dialogue avec les pays fournisseurs de contingents aux opérations de maintien de la paix

Le Conseil de sécurité a tenu aujourd’hui un débat sur le renforcement du dialogue entre les principales parties prenantes du maintien de la paix à l’ONU, durant lequel les intervenants ont insisté sur la nécessité d’y impliquer davantage les pays fournisseurs de contingents et de personnel de police, surtout au niveau de la formulation des mandats des missions.  Plusieurs États ont appelé à un équilibre entre réunions formelles et réunions à huis clos.  Il s’agit de « systématiser l’informel », a résumé une spécialiste de la question.

Convoqué en marge de la Conférence des chefs d’état-major des Nations Unies, qui se déroule à New York les 10 et 11 juillet, le débat visait à proposer des mesures concrètes pour améliorer la coopération triangulaire, à savoir le dialogue entre le Conseil, le Secrétariat de l’ONU et les pays fournisseurs de contingents et de personnel de police aux opérations de maintien de la paix.  L’institutionnalisation de ce dialogue, dont les principes sont définis dans la résolution 1353 (2001), figure au nombre des engagements pris par les États dans le cadre de l’initiative du Secrétaire général « Action pour le maintien de la paix ».

À l’heure où nous mettons progressivement en place des systèmes d’évaluation de la performance des missions, le Conseil de sécurité a plus que jamais besoin d’un retour de la part des pays contributeurs, a estimé le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix.  M. Jean-Pierre Lacroix a voulu que l’on renforce l’approche triangulaire dans le cadre des mécanismes existants, à savoir les consultations formelles et informelles du Conseil avec les pays fournisseurs, le Groupe de travail du Conseil sur les opérations de maintien de la paix, le Comité d’état-major et le Comité spécial des opérations de maintien de la paix de l’Assemblée générale.

Sur le terrain, les forces doivent être plus agiles, plus imprévisibles, plus réactives et plus mobiles, le tout en utilisant tout l’arsenal des règles d’engagement, a expliqué Dennis Gyllensporre, commandant de la force de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).  Les pays contributeurs de troupes doivent être soutenus dès le début et être en mesure de bien comprendre ce que l’ONU attend d’eux.  La longue expérience de ces pays, a fait observer la France, fait qu’ils ont beaucoup à apporter à la planification, à la prise de décisions et au déploiement effectif des opérations.  Les informations et les leçons qu’ils font remonter des théâtres d’opérations sont très utiles pour élaborer et ajuster les mandats et faire en sorte qu’ils soient adaptés aux réalités du terrain.

Mais malgré les initiatives prises pour renforcer la coopération triangulaire, aucune n’a encore abouti à un processus « régulier et systématique », a constaté Mme Alexandra Novosseloff.  Cette chercheuse de l’« International Peace Institute » a prôné des « réunions régulières à huis clos » pour pouvoir discuter « des sujets qui fâchent » et s’exprimer « franchement et de manière constructive », sans procès-verbal.  L’idée, a-t-elle rassuré, n’est pas « d’alourdir » l’ordre du jour du Conseil de sécurité ni d’ajouter une « énième réunion où le déclaratoire remplacerait l’opérationnel ».  Non, l’idée est de « systématiser l’informel » et de faire des échanges un passage « obligé et utile » de la négociation d’un mandat. 

Les consultations officieuses ont en effet permis des échanges « dynamiques » par le passé, s’est remémoré le Royaume-Uni, jugeant le format adapté au programme déjà très chargé du Conseil.  Le mélange de réunions formelles et informelles apporte plus de flexibilité et de coordination entre les parties, a estimé à son tour le Pérou.  Ce format facilite un dialogue « franc, transparent et constructif » sur des questions d’ordre opérationnel et politique, tout en favorisant des décisions fondées sur la réalité sur le terrain, a également approuvé le Rwanda.  Point n’est besoin d’ajouter une couche de mécanismes formels pour améliorer les choses, a déclaré à son tour le Bangladesh.  Tout ce qu’il faut, c’est une meilleure utilisation des voies existantes.  Nous devons redoubler d’efforts pour rendre ces interactions « vivantes », a souligné la Belgique. 

Le format actuel n’est pas à la hauteur de la coopération triangulaire à laquelle nous aspirons, a confirmé l’Égypte, qui a regretté l’absence d’une dimension stratégique dans le dialogue qui ferait des pays contributeurs de troupes de véritables partenaires dans les efforts pour améliorer l’efficacité des opérations de maintien de la paix.  Ajouter des couches inutiles de bureaucratie finirait par affaiblir le processus d’élaboration des mandats, ont contré les États-Unis, qui ont jugé bon de garder la question de la coopération triangulaire dans l’enceinte des groupes de travail du Conseil sur les opérations de maintien de la paix, et sur la documentation et les questions de procédure. 

Les États Membres, ont-ils ajouté, ont aussi la possibilité de parler avec le Secrétariat et de lui donner des directives à la Cinquième Commission chargée des questions administratives et budgétaires et au Comité spécial des opérations de maintien de la paix.

OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES

Renforcement de la coopération triangulaire (S/2019/538)

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, a affirmé qu’une coopération triangulaire solide est importante pour optimiser les opérations de maintien de la paix.  C’est particulièrement pertinent aujourd’hui avec l’initiative Action pour le maintien de la paix qui cherche à trouver collectivement des solutions aux problèmes que rencontre le maintien de la paix.  L’amélioration de la sécurité des Casques bleus est, a-t-il précisé, un des domaines d’action qui bénéficie d’une forte coopération.  De même pour la performance, qui exige un engagement constant de la part des membres du Conseil et des pays contributeurs de troupes et de police.  Il a cité le Système global d’évaluation des performances (CPAS selon l’acronyme anglais) qui est progressivement mis en place dans un certain nombre de missions.  Ce système nécessite un retour et un soutien de la part du Conseil de sécurité et des pays contributeurs, pour qu’il puisse répondre au mieux aux besoins et être un outil efficace et utile à tous, a recommandé M. Lacroix.  Dans de nombreux domaines, comme la formation, la mentalité et l’équipement, l’approche triangulaire permet d’arriver à de bons résultats, selon lui.  Il a cité le « mécanisme léger de coordination » et le « projet de partenariat triangulaire » comme exemples de cet esprit de coopération triangulaire.  M. Lacroix a aussi souligné les avantages du partage de perspectives et d’expériences de terrain par les contributeurs de contingents et de police.

Le Secrétaire général adjoint a ensuite mentionné quelques-uns des mécanismes existants qui facilitent les consultations entre pays fournisseurs et le Secrétariat, comme les consultations (formelles ou informelles) du Conseil de sécurité avec ces pays, le Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les opérations de maintien de la paix ou encore le Comité d’état-major.  En dehors du Conseil de sécurité, il existe aussi le Comité spécial des opérations de maintien de la paix (Comité des 34) de l’Assemblée générale.  La Déclaration d’engagements communs adoptée dans le cadre de l’initiative Action pour le maintien de la paix par les membres du Conseil de sécurité appelle à mettre en œuvre les engagements intergouvernementaux existants sur la coopération triangulaire, a-t-il rappelé.

M. Lacroix a poursuivi son intervention par « quelques réflexions sur la façon dont nous pouvons travailler ensemble, de manière collaborative, pour renforcer la coopération triangulaire », le but étant d’en tirer le maximum de bénéfices.  Il a assuré que le Secrétariat reste prêt à apporter son soutien à tout système « plus institutionnalisé » d’échanges formels et informels entre les trois acteurs - le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes et de police.  Il a expliqué que de tels échanges peuvent être utiles tout au long du cycle de vie de la mission, plaidant pour qu’ils permettent « un dialogue franc, ouvert et interactif ».  Ce dialogue, a-t-il précisé, est plus efficace quand il combine à la fois des rencontres formelles et informelles.  Il a cité à cet égard la pratique développée par la Nouvelle-Zélande, lors de son mandat au Conseil de sécurité, où un membre du Conseil a organisé des consultations informelles et interactives avec les pays fournisseurs, qui s’est avérée « utile et appréciée ».

Voulant aussi encourager les États Membres à continuer de renforcer la coopération triangulaire à travers les réunions du Conseil de sécurité sur les sujets transversaux relatifs au maintien de la paix, il a souligné leur utilité pour « affiner l’approche et la compréhension commune » des défis actuels et des actions prioritaires à conduire.  L’exemple qu’il a donné est celui du débat organisé par la présidence indonésienne en mai dernier sur la formation et le renforcement des capacités.  Les visites du Conseil dans les missions fournissent des occasions significatives d’échanger avec les Casques bleus et les contributeurs, a-t-il aussi relevé.  Ces visites permettent aussi de faire le point sur les progrès dans la mise en œuvre de l’initiative Action pour le maintien de la paix sur le terrain.  Autre exemple: le Groupe de travail du Conseil sur les opérations de maintien de la paix qui a organisé, sous l’impulsion de la Côte d’Ivoire qui le préside, des échanges très utiles sur des sujets centraux comme la place des femmes dans le maintien de la paix, la protection de civils ou encore la relation avec les États hôtes.  Enfin, M. Lacroix a salué les membres du Conseil de sécurité qui sont également contributeurs de troupes et de police, qui peuvent ainsi jouer un rôle essentiel.

Le Secrétaire général adjoint a encouragé les délégations à étendre cette coopération triangulaire quand cela est utile, pour assurer le succès de la mise en œuvre des mandats.  Il a cité les termes de la Déclaration d’engagements communs qui encouragent à l’étendre aux organisations internationales, régionales et sous-régionales pertinentes, et qui invitent à renforcer l’engagement direct entre le gouvernement hôte et le Conseil de sécurité.  Dans le cas des opérations de l’Union africaine autorisées par le Conseil de sécurité, c’est une « coopération quadrilatérale » qui est mise en place, a-t-il fait remarquer.  Il a aussi vanté les mérites des réunions du Conseil de sécurité sur la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales, citant la dernière en date organisée par la Guinée équatoriale sur le thème « Faire taire les armes en Afrique ».  Enfin, M. Lacroix a salué l’engagement des pays contributeurs de troupes et de police en soulignant la valeur du dialogue avec eux et le Conseil, assurant que son département était toujours prêt à leur fournir des informations utiles.

Le général DENNIS GYLLENSPORRE, commandant de la force de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), a d’abord tenu à souligner que sa force est là pour aider les parties signataires à mettre en œuvre l’accord de paix dans le nord du Mali, y compris surveiller l’accord de cessez-le-feu.  La deuxième priorité est d’améliorer la situation en matière de sécurité dans la région du centre où la force est tout entière dévouée à protéger les civils contre un « mélange » de menaces qui se manifestent dans des attaques « brutales et fréquentes » contre les femmes et les enfants. 

Cette situation difficile, a souligné le général, donne aussi lieu à des menaces contre le personnel de la Mission.  « Nous avons été visés et exposés à des attaques fréquentes, directes et complexes contre nos bases et nos convois. »  Trop de soldats de la paix ont perdu la vie, a rappelé le général qui a ajouté: « De toute évidence, nous repoussons nos limites. » 

Nous devons trouver, a-t-il estimé, de nouvelles façons d’opérer.  La force doit être plus agile et plus imprévisible, réagir plus vite, se montrer plus mobile et utiliser tout l’arsenal des règles d’engagement.  Des mesures ont été déjà été prises et le « tempo opérationnel » a augmenté de plus de 100%, s’est réjoui le général.  Nous changeons aussi, a-t-il dit, l’état d’esprit des soldats de la paix qui doivent devenir plus proactifs, plus souples et plus forts. 

Dans ce contexte, a estimé le général, il faut des mécanismes renforcés de coopération et de consultation entre le terrain et le Siège de l’ONU.  Le Secrétariat et les États Membres doivent continuer d’appuyer les pays contributeurs de troupes dès le début, avec une formation et des équipements.  Il faut, a-t-il insisté, des objectifs et des normes bien définis.  Les pays contributeurs de troupes et de personnel de police doivent en effet bien comprendre ce que l’ONU attend d’eux. 

Parmi eux, beaucoup ont perdu des hommes et méritent d’avoir la priorité en termes de formation, d’équipements et de soutien financier.  Une force de protection, a poursuivi le général, c’est aussi accorder aux commandants une certaine liberté d’action en minimisant, par exemple, le nombre des restrictions et en leur assurant la faculté de déployer et d’employer tous les hommes pour exécuter le mandat. 

Moi-même, a affirmé le général, j’ai une interaction étroite avec les représentants des contributeurs de troupes.  Il a dit apprécier les discussions qu’il a avec et informer régulièrement le Siège des lacunes et des problèmes de certains contributeurs de troupes mais aussi des pratiques exemplaires, du grand leadership et de la vaillance d’autres. 

Pour moi, a-t-il expliqué, la stratégie, c’est un mélange équilibré et soigneusement réfléchi d’objectifs, de façons de faire et de moyens.  L’objectif, c’est le mandat conféré par le Conseil et la façon de faire, c’est le code militaire élaboré par le Secrétariat.  Les moyens, donc les unités, ce sont les pays qui les fournissent.  Il est donc évident qu’il faut se ménager une vraie coopération entre les éléments de ce triangle pour établir les conditions d’une bonne mise en œuvre du mandat, surtout dans les missions difficiles. 

Ce triangle doit avoir la meilleure compréhension possible de la situation d’une mission et des pays contributeurs de troupes qui donnent à leur capitale des informations fiables et pertinentes.  Pour que les missions répondent aux attentes élevées du Siège, les pays contributeurs doivent respecter le mandat, les règles d’engagement et les politiques et manuels de l’ONU, qui doit d’ailleurs sans cesse améliorer et réviser ses mécanismes d’évaluation et de responsabilité, a conclu le général.

La coopération triangulaire peut, au premier abord, avoir l’air d’un sujet technique, mais elle ne l’est « bien évidemment pas », a affirmé Mme ALEXANDRA NOVOSSELOFF, chercheuse au Centre Brian Urquhart pour les opérations de paix de l’« International Peace Institute ».  La coopération triangulaire, a-t-elle dit, est au carrefour de tout ce que fait le Conseil de sécurité quand il décide, quand il crée une opération de maintien de la paix, quand il demande un certain nombre de réformes au Secrétariat, quand il évalue l’action des Casques bleus ou quand il envisage de réduire, voire de fermer une mission.  Mme Novosseloff a souligné qu’à chacune de ces étapes, le Conseil se doit d’engager un dialogue avec le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes et de personnel de police. 

La résolution 1353 du 13 juin 2001 pose les bases de la coopération triangulaire puisqu’elle contient un certain nombre d’options pour cette coopération.  La résolution, a rappelé Mme Novosseloff, précise que les consultations du Conseil avec le Secrétariat et les pays contributeurs doivent pouvoir renforcer sa faculté à prendre rapidement les décisions appropriées et efficaces dans l’exercice de ses responsabilités.  Depuis l’adoption du texte, tous les documents appelant à améliorer l’efficacité des opérations de maintien de la paix ont mentionné la nécessité de renforcer la coopération triangulaire.  Plusieurs initiatives ont été prises, mais aucune n’a encore abouti à un processus « régulier et systématique » permettant d’institutionnaliser la pratique, a constaté la chercheuse. 

Mme Novosseloff a fait des propositions concrètes pour trouver un « équilibre » entre les dimensions formelle et informelle des réunions interactives où le Conseil, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes et de police seraient prêts à parler « des sujets qui fâchent ».  Les rendez-vous doivent prendre la forme de « réunions régulières à huis clos ».  La chercheuse a en effet avoué sa préférence pour le format informel qui permet à chacun de s’exprimer « franchement et de manière constructive », sans procès-verbal.  De telles consultations devraient avoir lieu avant le renouvellement d’un mandat, avant ou après l’examen stratégique d’une mission ou lorsqu’une crise survient dans le cadre d’une opération de maintien de la paix.  Il faut également donner suffisamment de temps aux parties prenantes pour qu’elles puissent bien se préparer. 

L’idée, a rassuré la chercheuse, n’est pas « d’alourdir » l’ordre du jour du Conseil de sécurité ni d’ajouter une « énième réunion où le déclaratoire remplacerait l’opérationnel ».  Non, l’idée est de « systématiser l’informel » et de faire des échanges un passage « obligé et utile » de la négociation d’un mandat. 

Il faut, a-t-elle encouragé, saisir l’élan créé par le débat d’aujourd’hui pour créer un mécanisme de consultations triangulaires susceptible de rapprocher le Conseil des préoccupations du terrain, de renforcer une unité « vitale » pour ses opérations et de dégager un « consensus plus solide » autour de la façon de mener les opérations de maintien de la paix.  Ce débat permettra, je l’espère, d’enclencher « l’institutionnalisation souple et informelle » de la coopération triangulaire, a conclu Mme Novosseloff. 

Au nom de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée équatoriale (A3), M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a souligné le vif intérêt de ces dernières années pour le renforcement de la coopération triangulaire en raison de la nature complexe des conflits et des défis auxquels se heurtent les soldats de la paix.  À cet égard, la situation au Mali et au Sahel est « symptomatique » de la complexité des opérations.  Cette nouvelle dynamique dans laquelle les soldats de la paix sont de plus en plus exposés à des attaques les oblige à renforcer le commandement et le contrôle, à faire usage de leurs armes, à acquérir les équipements les plus adaptés, à améliorer leurs capacités et leur formation, à renforcer leur sécurité et à générer des forces stratégiques. 

Il faut donc des méthodes de travail et des processus de prise de décisions plus transparents, plus prévisibles et plus inclusifs pour rehausser le niveau de confiance entre le Secrétariat, le Conseil et les pays contributeurs de troupes.  Le représentant a prôné des réunions « substantielles et régulières », estimant que le Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix pourrait jouer un rôle de surveillance et d’évaluation des engagements pris par le Conseil concernant la coopération triangulaire.  Le représentant a aussi mis en avant le partenariat, politique et opérationnel, avec les organisations régionales et sous-régionales, l’Union africaine en particulier, au titre du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.  Il en a profité pour défendre une meilleure prévisibilité, viabilité et flexibilité du financement des opérations de soutien de la paix conduites par l’Union africaine et autorisées par le Conseil de sécurité. 

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a jugé que la coopération triangulaire est essentielle pour promouvoir la confiance mutuelle.  Or, on continue de déplorer l’absence d’un dialogue réel entre les trois protagonistes.  Le représentant a donc appelé à un équilibre entre les séances publiques et les consultations à huis clos pour un dialogue réellement ouvert aux pays fournisseurs de contingents et de personnel de police, compte tenu de leur connaissance des réalités sur le terrain.  Prendre en compte les suggestions de ces pays est particulièrement important pour une bonne définition des mandats des opérations de maintien de la paix, a estimé le représentant. 

Quant au Secrétariat, il doit mieux informer les pays contributeurs du déroulement des missions et surtout réagir plus rapidement aux demandes d’informations.  Il faut, a insisté représentant, multiplier les réunions sur des missions « concrètes » et veiller à ce qu’elle se déroulent de façon « plus dynamique ».  Le Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les opérations de maintien de la paix devrait également se réunir plus fréquemment, a jugé le représentant.

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) est revenu sur la proposition de M. Lacroix de tenir des réunions triangulaires plus régulières et a insisté pour qu’elles soient « vraiment substantielles ».  La coopération avec les acteurs régionaux et infrarégionaux est fondamentale, a-t-il précisé, en appelant à plus de réunions avec tous les acteurs sur le terrain.  S’agissant de la MINUSMA, l’une des missions les plus importantes et les plus critiques, le représentant a confirmé que les visites du Conseil sur le terrain sont « vitales » pour mieux comprendre la réalité.  Dans la situation malienne, les soldats de la paix « paient un très lourd tribut », a-t-il martelé, en soulignant que ce sont les contingents tchadiens qui ont perdu le plus grand nombre d’hommes.  L’importance de la coopération triangulaire ne saurait être niée tant il est essentiel de prévenir les pertes en vies humaines, a-t-il plaidé, en estimant qu’on « peut faire bien plus ». 

Mme ANNE GUEGUEN (France) a déclaré que la coopération triangulaire est nécessaire à tous les stades du cycle de vie des opérations de maintien de la paix.  Des consultations régulières du Conseil et du Secrétariat avec les pays fournisseurs de contingents et les autres pays contributeurs sont essentielles au succès de toute mission, a-t-elle reconnu.  Elle a mis l’accent sur la présence et la longue expérience des pays contributeurs ainsi que sur leurs pratiques et avis d’experts s’agissant des opérations de maintien de la paix.  Ils ont beaucoup à apporter à la planification, à la prise de décisions et au déploiement effectif des opérations, a-t-elle insisté.  Les informations et les leçons qu’ils font remonter des théâtres d’opérations sont très utiles pour élaborer et ajuster les mandats et faire en sorte qu’ils soient adaptés aux réalités du terrain, a encore dit la représentante.

Elle a également attiré l’attention sur la « complexification croissante » des dynamiques des conflits, ajoutant qu’un dialogue soutenu entre le Conseil, les pays contributeurs de troupes et le Secrétariat est essentiel à la conduite efficace de missions « calibrées sur mesure, performantes, crédibles et capables de s’adapter à des environnements en mutation permanente ».  Pour la France, la coopération triangulaire est dans l’intérêt de tous et traduit dans la pratique les valeurs du multilatéralisme qui gouvernent l’action internationale. 

Compte tenu des outils dont l’ONU disposent d’ores et déjà, elle a prévenu qu’il s’agit moins d’institutionnaliser un cadre d’échange et de mettre en place de nouveaux formats de réunions que de redynamiser et d’améliorer l’efficacité de ces outils.  Elle a souligné l’importance de la présence et de la participation de chacun aux enceintes de coordination, qui sont « essentielles à l’amélioration et à l’exécution des opérations de maintien de la paix. 

La France s’efforce « d’être exemplaire sur les mandats pour lesquels elle tient la plume », notamment en organisant des consultations systématiques avec les pays contributeurs de troupes, des visites d’évaluation sur le terrain en amont de chaque renouvellement et des consultations avec l’État hôte.  La France est également impliquée dans la formation et le renforcement des capacités des pays contributeurs, surtout francophones.  Elle soutient six centres de formation aux opérations de maintien de la paix en Afrique, trois en Amérique latine et un en Asie, et est aussi impliquée dans le mécanisme informel de coordination permettant au Secrétariat d’être pleinement informé des différentes actions de formation conduites par les États pourvoyeurs au profit des pays contributeurs.  

En prévision des réunions, a estimé M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït), il faut fournir tous les documents nécessaires suffisamment à l’avance pour que les protagonistes puissent se préparer.  Le représentant a, à son tour, plaidé pour le bon équilibre entre séances publiques et réunions à huis clos.  Il a voulu des réunions convoquées « rapidement et régulièrement » quand la situation d’une mission l’exige.  Le Conseil ne saurait avoir « le monopole » des décisions.  Les pays qui font le sacrifice du maintien de la paix doivent dûment être consultés ainsi que les pays hôtes des missions pour que les mandats répondent fidèlement à leurs besoins, a conclu le représentant.

M. RODNEY M. HUNTER (États-Unis) a souligné que son pays voit les réformes du maintien de la paix sous l’angle de cinq principes: appui aux solutions politiques, coopération avec le pays hôte, élaboration de mandats réalistes et réalisables, existence d’une stratégie de sortie et adaptation aux progrès et aux échecs.  Ces deux dernières années, a dit le représentant, nous n’avons cessé de promouvoir une culture de la performance au sein des opérations de maintien de la paix, pour améliorer la faculté des Casques bleus à exécuter leurs mandats.  L’adoption unanime de la résolution 2436 a montré à quel point la performance et la responsabilité sont les priorités du Conseil de sécurité.  Le représentant a donc appuyé les recommandations du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de maintien de la paix qui a reconnu qu’une coopération renforcée entre le Conseil, le Secrétariat de l’ONU et les pays contributeurs de troupes et d’effectifs de police est « essentielle » pour améliorer la performance. 

Les États-Unis, a-t-il affirmé, consultent d’ailleurs régulièrement les pays hôtes, le personnel des missions, les pays contributeurs, le Secrétariat et les autres membres du Conseil pour collecter des informations précieuses sur la réalité sur le terrain.  Nous menons régulièrement des consultations ici à New York mais aussi à Washington et dans les capitales avant toute création ou renouvellement du mandat d’une mission.  Nous continuerons à le faire, a dit le représentant, qui a jugé que le dialogue informel est un mécanisme important pour discuter des progrès, « de la dynamique des fluides » sur le terrain et des éléments à améliorer dans les mandats en cours.

Il est important de limiter les discussions aux objectifs et aux exigences spécifiques des missions, y compris la protection des civils, la sûreté et la sécurité du personnel de l’ONU et l’amélioration de la performance et de la responsabilité.  Il est tout aussi important d’éviter de formaliser à outrance les consultations triangulaires.  Ajouter des couches inutiles de bureaucratie finirait par affaiblir les processus d’élaboration des mandats, a estimé le représentant. 

Il a rappelé que la question de la coopération triangulaire est déjà examinée par le Groupe de travail du Conseil sur les opérations de maintien de la paix, lequel a d’ailleurs déjà confirmé son engagement à tenir des consultations avec les pays contributeurs à tous les stades des opérations.  Nous encourageons ces derniers à exploiter ce forum, a dit le représentant, qui a ajouté que la coopération triangulaire est aussi examinée par le Groupe de travail du Conseil sur la documentation et les questions de procédure.  Les États Membres ont aussi la possibilité de parler avec le Secrétariat et de donner des directives sur les questions liées au maintien de la paix dans des fora comme la Cinquième Commission chargée des questions administratives et budgétaires et le Comité spécial des opérations de maintien de la paix.

Nous sommes d’ailleurs profondément préoccupés, a avoué le représentant, que les dernières négociations à la Cinquième Commissions sur les questions intersectorielles du maintien de la paix n’aient pu aboutir à une résolution à cause des intérêts étroits d’une poignée de pays.  C’est une occasion manquée pour tous les pays, surtout pour les pays contributeurs qui auraient pu faire des recommandations sur les politiques.  Par souci d’efficacité, a conclu le représentant, nous encourageons vivement les États à garder les discussions sur cette question dans l’enceinte des groupes de travail du Conseil de sécurité. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a parlé de la nécessité de rendre efficaces les consultations entre les fournisseurs de contingents ou de personnel de police et le Conseil de sécurité grâce à un partage d’informations sans entrave.  Les échanges de vues et les discussions honnêtes sont possibles quand tous les partenaires s’assoient à la table avec la même compréhension du sujet.  La représentante a souligné la nécessité pour les porte-plume de laisser le temps aux autres membres du Conseil de travailler sur un projet de résolution.  Une telle flexibilité permettrait à toutes les capitales d’apporter leur pierre à l’édifice.  Mme Wronecka a aussi suggéré de prolonger le temps consacré à l’examen du renouvellement d’un mandat. 

Elle a aussi conseillé au Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix de promouvoir la coopération triangulaire.  Chaque aspect d’une mission pourrait ainsi être discuté séparément et en profondeur.  La Pologne, a conclu la représentante, attache la plus grande importance à un dialogue constant entre le Conseil de sécurité, les porte-plume, les fournisseurs de contingents ou de personnel de police et le Secrétariat. 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a estimé qu’une coopération triangulaire renforcée devrait concourir à la formulation de mandats plus « simples, plus clairs et plus réalisables ».  Il faut se garder, dans ce cadre, des résolutions trop longues, a-t-il estimé.  Lors de sa visite au Mali, le représentant a dit avoir demandé aux soldats de la paix s’ils comprenaient bien les termes de la résolution.  « Je vous laisse deviner leur réponse ».  Il a donc appelé à des projets « innovants » de partenariats triangulaires pour identifier les lacunes dans la mise en œuvre des mandats. 

M. WU HAITAO (Chine) a affirmé que le renforcement de la coopération triangulaire demeure « indispensable ».  Les mandats, a-t-il dit, doivent être conformes aux principes et buts de la Charte et viser une solution politique dans des termes « clairs et précis ».  Le représentant a insisté sur la formation et le renforcement des capacités des soldats de la paix et contingents de police, et sur l’amélioration des capacités de secours qui peuvent s’avérer vitales.  Il a invité les délégations porte-plume du Conseil à mieux faire passer les informations.  Il n’a pas manqué de rappeler que son pays a déployé à ce jour plus de 1 500 Casques bleus et qu’il entend exploiter le Fonds Chine-ONU pour le développement pour renforcer les capacités et honorer ses engagements en faveur de la paix. 

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a appelé à faire un meilleur usage des mécanismes existants en matière de coopération triangulaire.  Il a invité le Conseil de sécurité et les pays fournisseurs de contingents et de personnel de police à aborder leurs séances « comme des opportunités d’échanges nourris et substantiels ».  Il a également appelé à redoubler d’efforts pour rendre ces interactions « vivantes » et a encouragé « les porte-plume » à dûment prendre en compte les préoccupations des pays contributeurs.  Tous les pays hôtes, a poursuivi le représentant, doivent prendre part au Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix.  Les petits et moyens contributeurs doivent aussi pouvoir faire entendre leur voix.  Le Conseil a tout à gagner de ces échanges qui peuvent mettre en avant les difficultés opérationnelles et les éléments du terrain dont il faut tenir compte.

Si le bon usage des forums existants est une première étape utile, le représentant a voulu que l’on aille encore plus loin et que l’on fasse entendre la voix des contributeurs financiers, quel que soit leur rang.  Il a aussi plaidé pour un dialogue renforcé sur des questions plus techniques, plus militaires afin de permettre un dialogue horizontal entre les experts des différents contributeurs.  On pourrait réfléchir, a-t-il estimé, sur la place que devrait occuper le Comité d’état-major dans une architecture triangulaire.  En concluant, le représentant a appuyé la proposition du Groupe informel sur les méthodes de travail de donner aux parties prenantes des informations bien avant les réunions du Conseil.

La transparence est la condition préalable pour garantir un niveau de confiance entre les trois parties concernées, a souligné M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie).  Il a prôné une meilleure synergie entre les différentes structures du Secrétariat chargées d’un aspect ou l’autre des opérations de maintien de la paix.  Le rapport du Comité spécial des opérations de maintien de la paix, a-t-il rappelé, contient des recommandations sur la nécessité d’alléger les mandats.  En l’occurrence, les pays fournisseurs de contingents qui jouent un rôle « déterminant » doivent être entendus pour assurer une meilleure exécution des mandats et tirer les enseignements pour l’avenir.  Il ne faut pas non plus sous-estimer le potentiel du Comité d’état-major, a ajouté le représentant, qui a aussi encouragé le Conseil à multiplier les visites sur le terrain. 

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) s’est dit conscient de l’importance de la coopération triangulaire, surtout pour que les pays fournisseurs de contingents puissent fournir au Conseil des informations « cruciales » sur le terrain.  Par le passé, a-t-il rappelé, les consultations officieuses ont permis des échanges « dynamiques ».  Il ne s’agit pas d’alourdir le programme déjà très chargé du Conseil mais peut-être d’amender les méthodes de travail actuelles.  Le représentant s’est par ailleurs dit préoccupé par le fait que de nombreux États Membres aient décidé de briser le consensus en demandant la mise aux voix de la résolution de l’Assemblée générale sur les recommandations du Comité des commissaires aux comptes (CCC) liées à l’amélioration de la performance des opérations de maintien de la paix.  C’est d’autant plus dommageable que l’amélioration de la performance est liée au renforcement de la sécurité des soldats de la paix, a souligné le représentant. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a expliqué avoir offert cet espace de réflexion car la coopération triangulaire est un thème qui suscite un intérêt renouvelé mais qui n’a pas atteint son plein potentiel.  Il a mentionné les rapports et décisions émanant du Conseil de sécurité et de ses organes subsidiaires, du Comité des 34, de groupes indépendants de haut niveau et d’autres instances, qui ont fourni ces dernières années « un diagnostic lucide et des propositions précieuses ».  Il est maintenant de notre responsabilité de les traduire en actions concrètes, a-t-il lancé.  Le représentant a espéré que les idées et concepts énoncés aujourd’hui permettront d’offrir des espaces de consultations formelles pour améliorer l’efficacité des opérations de paix et la solidité de leurs mandats.  Il a partagé l’avis qu’il est urgent de doter ces missions d’une plus grande interaction et recommandé des « échanges d’idées et d’expériences plus directs et plus authentiques ».  M. Meza-Cuadra a aussi conseillé de faire participer d’autres acteurs pertinents, comme les commandants des forces des mandats à renouveler, et de renforcer la préparation des parties, notamment des pays contributeurs.  Pour le représentant, il est également fondamental de compléter ces réunions formelles par des réunions informelles, qui apportent plus de flexibilité et de coordination entre les parties. 

Le représentant a salué les efforts des pays porte-plume qui convoquent les réunions officieuses pour recueillir des informations fiables et pertinentes sur les capacités des pays contributeurs et pour discuter en profondeur des textes des résolutions.  Il a souligné le rôle central du Secrétariat dans ces rencontres, car il apporte une analyse profonde des situations.  Il faut, a ajouté le délégué, que ces réunions informelles se tiennent à chaque étape des opérations de paix, de manière « périodique et systématique », insistant pour qu’elles ne dépendent pas de la bonne volonté d’une délégation porte-plume ou d’initiatives isolées de membres non permanents.  En fin de compte, le représentant a plaidé pour l’institutionnalisation de la coopération triangulaire, afin de lui donner un caractère structuré.  Les discussions d’aujourd’hui devraient permettre d’établir un document de bonnes pratiques, a-t-il dit, suggérant que les groupes de travail sur les opérations de maintien de la pax et sur les méthodes de travail s’y attèlent, avec les membres du Conseil de sécurité.  En tant que pays contributeur de troupes et membre du Conseil de sécurité, le Pérou appuiera de manière ferme tous les efforts tendant à l’institutionnalisation de la coopération triangulaire.

M. TAYE ATSKESELASSIE AMDE (Éthiopie) a souligné la nécessité d’impliquer les fournisseurs de contingents et de personnel de police à l’élaboration des mandats surtout quand les processus politiques sont faibles ou inexistants et que l’environnement est dangereux et difficile.  Deuxièmement, les Casques bleus ont besoin de savoir que leur mandat est le fruit de discussions « franches » sur les défis à relever.  Cela aiderait les argentiers des missions qui ont souvent le sentiment que les pays ne font pas assez pour assurer l’efficacité.  C’est tout simplement le bon sens qui nous pousse à plaider pour la participation des fournisseurs de contingents ou de personnel de police à la planification d’une mission, a souligné le représentant.  Le Conseil, a-t-il dit, doit « institutionnaliser » les consultations régulières avec toutes les parties prenantes sur la sûreté et la sécurité des Casques bleus, la stratégie de constitution des forces, la parité, ou encore la déontologie et la discipline. 

Le maintien de la paix est un partenariat, a déclaré d’emblée M. ROBERT KAYINAMURA (Rwanda).  Tous les partenaires, s’est-il expliqué, doivent déployer tous les efforts possibles pour assurer cohérence et efficacité.  Sans une coopération entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat de l’ONU et les pays contributeurs de troupes et de police, le maintien de la paix est « voué à l’échec », a-t-il tranché.  Aujourd’hui, a-t-il dit, il y a ceux qui décident des mandats et ceux qui les mettent en œuvre.  Ce genre d’approche est préjudiciable à l’efficacité même des opérations, a estimé le représentant, devant une approche qui heurte l’autorité et la crédibilité du principal organe chargé de la paix et la sécurité et qui sape les instruments qu’il a créés pour répondre à certaines des crises les plus complexes dans le monde. 

Tous les partenaires, a conseillé le représentant, doivent parler d’une seule voix, grâce à des consultations régulières avec les pays fournisseurs de troupes et d’effectifs de police et autres contributeurs à toutes les étapes d’une opération.  Cela signifie que le Conseil de sécurité renonce à travailler en vase clos.  Il faut de la coopération, de la coordination et de la cohérence pour que ceux qui sont sur le terrain puissent faire état des risques qu’ils ont identifiés et des ressources nécessaires.    

Les consultations triangulaires doivent être informelles pour faciliter un dialogue « franc, transparent et constructif » sur des questions d’ordre opérationnel et politique et favoriser des décisions fondées sur la réalité sur le terrain.  Le Président du Conseil de sécurité et les porte-plume d’une mission spécifique pourraient, par exemple, organiser une réunion avant le renouvellement d’un mandat, avant et après l’examen stratégique d’une mission.  Ce type de réunions devrait être ouvert aux principaux contributeurs de troupes, a enfin suggéré le représentant. 

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a dit que pour renforcer la coopération triangulaire, la flexibilité et la prise en compte de l’avis des fournisseurs de contingents et de personnel de police sont essentielles, surtout pour l’élaboration des mandats.  Le système d’évaluation et le partage des responsabilités doivent être uniformes et fondés sur ce qui est réaliste, ce qui est pratique et ce qui est réalisable.  L’idée est de faire en sorte que les pays contributeurs s’approprient les mandats et ceci ne sera possible que s’ils ont voix au chapitre.  La divergence de vues entre eux, le Conseil et le Secrétariat est toujours imputable, a dit le représentant, à une mauvaise circulation des informations.  Le dialogue triangulaire peut rectifier le tir, en créant des plateformes « institutionnalisées ».  Le représentant a dit sa préférence pour une conjugaison de réunions formelles et informelles, en actionnant les mécanismes existants. 

Les pays contributeurs de troupes et d’effectifs de police sont « les yeux et les oreilles » du Siège pour ce qui se passe sur le terrain, a dit Mme MALEEHA LODHI (Pakistan).  Fervente militante de la coopération triangulaire, elle a fait cinq suggestions pour l’améliorer et d’abord la nécessité de l’« institutionnaliser » et d’en faire un cadre pour engager les pays contributeurs très tôt dans le processus.  Dans un environnement de plus en plus volatile et avec « le chœur » des demandes « à faire plus avec moins », une communication efficace entre toutes les trois parties prenantes a une signification encore plus grande. 

Point n’est besoin d’ajouter une couche de mécanismes formels pour améliorer les choses.  Tout ce qu’il faut, c’est une meilleure utilisation des voies existantes et une conjugaison équilibrée de dialogues formels et informels, a estimé la représentante.  Les réunions formelles doivent être revitalisées pour optimiser leurs avantages, en donnant à temps aux pays contributeurs les informations pertinentes et assurer un dialogue « approfondi et constructif » bien avant le renouvellement des mandats.  Les membres élus du Conseil, a conclu la représentante, joue un rôle de pont en facilitant les discussions sur la coopération triangulaire.  Cet aspect doit être renforcé. 

M. MOHAMED FATHI AHMED EDREES (Égypte) a rappelé que son pays était l’un des contributeurs de contingents et de personnel de police les plus importants.  La coopération triangulaire, a-t-il noté, a, ces dernières années, mis principalement l’accent sur les aspects opérationnels et techniques des opérations de maintien de la paix.  Alors que la complexité grandissante du maintien de la paix démontre chaque jour l’importance d’un examen d’ensemble des missions, le représentant a jugé primordial de définir une « stratégie politique claire » à l’appui des mandats.  C’est la raison pour laquelle le dialogue triangulaire dans sa forme actuelle doit évoluer, a estimé le représentant.  À ses yeux, en effet, malgré l’intensité des consultation menées entre le Conseil, le Secrétariat et les pays contributeurs de contingents et de personnel de police, force est de constater l’absence d’une dimension stratégique qui ferait de ces pays de véritables partenaires dans les efforts pour améliorer l’efficacité des opérations de maintien de la paix.  Le format actuel n’est pas à la hauteur de la coopération triangulaire à laquelle nous aspirons, a-t-il martelé, appelant à revoir la « vieille formule » actuelle.  Il a donc appelé le Conseil à s’inspirer de la Feuille de route du Caire pour l’amélioration de la performance des opérations de maintien de la paix, formulée l’année dernière. 

M. LUIS HOMERO BERMÚDEZ ÁLVAREZ (Uruguay) a déclaré que son pays a déployé plus de 50 000 Casques bleus dans sa longue carrière de contributeur de troupes et de forces de police dans plus de 20 opérations aux quatre coins du monde, ce qui en fait le principal contributeur des Amériques.  La coopération triangulaire est loin d’être un nouveau concept puisqu’elle existe depuis plus de 30 ans même si les consultations actuelles ne sont guère à la hauteur des attentes et n’ont pas encore atteint leur plein potentiel.  Il faut d’autant plus renforcer le dialogue que les opérations de maintien de la paix se déroulent dans des environnements chaque fois plus complexes et changeants, confrontées à des menaces en tout genre qui exigent du personnel un niveau élevé de préparation et le maniement d’équipements sophistiqués. 

Mais, a poursuivi le représentant, on exige de ces opérations toujours plus d’efficacité alors que leur budget se réduit d’année en année et que les pays contributeurs subissent des retards dans les remboursements auxquels ils ont droit.  Le représentant a appuyé l’idée des réunions informelles pour compléter les discussions formelles.  Il a aussi soutenu la mise à jour de la note 507 relative aux méthodes de travail du Conseil et estimé que le Groupe de travail du Conseil sur les opérations de maintien de la paix est une « plateforme viable » pour le renforcement de la coopération triangulaire. 

Le Secrétariat, par son Département des opérations de paix, a aussi un rôle fondamental à jouer.  Il pourrait par exemple convoquer des réunions avec les membres du Conseil et les pays contributeurs lors de ses examens stratégiques ou quand il observe un changement soudain dans l’environnement opérationnel.  Le Comité spécial des opérations de maintien de la paix est également une instance précieuse qui réunit tous les trois acteurs et donne des directives politiques. 

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