Le Conseil de sécurité proroge de quatre mois le mandat de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD)

CS/13864
27 juin 2019
8566e séance – matin

Le Conseil de sécurité proroge de quatre mois le mandat de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD)

Le Conseil de sécurité a décidé à l’unanimité, ce matin, de proroger de quatre mois, soit jusqu’au 31 octobre 2019, le mandat de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD).  Pour l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et la Guinée équatoriale, cette résolution signifie qu’il faut reconnaître l’incertitude sur les plans politique et de la sécurité qui règne actuellement au Soudan, tandis que pour le pays lui-même, il n’existe pas de raisons valables pour que la mission reste davantage.

Par la résolution 2479 (2019), le Conseil décide que la MINUAD doit continuer de s’acquitter de son mandat tel qu’il est énoncé dans la résolution 2429 (2018).  Il décide également de prolonger, « à titre provisoire et exceptionnel », la période de réduction des effectifs militaires de l’Opération, afin qu’elle puisse conserver des capacités d’autoprotection. 

Dans l’intervalle, le Secrétaire général devra rendre compte oralement de la situation sur le terrain « dans les 60 jours suivant l’adoption de la présente résolution ».  Avec le Président de la Commission de l’Union africaine (UA), il devra aussi faire un rapport spécial, au plus tard le 30 septembre 2019, contenant une évaluation de la situation sur le terrain et des recommandations sur la réduction des effectifs de la MINUAD.  Ce rapport spécial contiendra aussi une stratégie politique conjointe de l’UA et de l’ONU précisant les options en vue d’un mécanisme de suivi à la mission.

Un délai plus large aurait permis une évaluation conjointe « approfondie » par l’UA et l’ONU ainsi que la mise en place d’initiatives de médiation, a estimé l’Afrique du Sud au nom des trois pays africains membres du Conseil qui auraient préféré une prorogation de six mois.  Il a fait en revanche remarquer que la prorogation décidée aujourd’hui confirme et complète les décisions de l’UA de reporter le retrait de la MINUAD.

Le Soudan, plus impatient, s’est appuyé sur l’amélioration constante de la situation au Darfour pour dire que la résolution aurait dû tenir compte de ces progrès sur le terrain.  Réitérant la détermination de son gouvernement à revenir à la normalité au Darfour et à éliminer les causes profondes du conflit, il a insisté sur le fait qu’il n’existe « pas de raisons valables pour que la mission reste ».  Le Conseil de sécurité devra tenir compte de cela lorsqu’il examinera à nouveau la situation dans quatre mois, a-t-il suggéré. 

Pour le Royaume-Uni et l’Allemagne, cette résolution marque « une pause nécessaire » dans la stratégie de sortie de la MINUAD.  Cette pause permettra d’assurer la sécurité des civils, de poursuivre les efforts en faveur de la paix et la stabilité durables, ainsi que de se préparer à traiter les causes profondes du conflit au Soudan, a défendu le Royaume-Uni.  Son homologue allemand a souligné qu’en adoptant cette résolution, le Conseil de sécurité avait « débranché son pilotage automatique ».  Cela veut dire qu’il n’y aura pas de retrait à l’aveugle de la MINUAD. 

« Les quatre prochains mois devraient permettre de clarifier la situation politique au Soudan », ont prédit les États-Unis, qui ont émis le vœu que le Conseil militaire de transition passe le pouvoir à un gouvernement dirigé par des civils, capable de progresser dans la création des conditions favorables au retrait de la MINUAD.

Le Royaume-Uni, porte-plume du texte, a prévenu que sans amélioration de la situation sur le terrain, on se retrouvera dans la même position d’incapacité de maintenir la paix et de procéder au retrait de la MINUAD.  Il a souligné l’occasion qui s’offre aux responsables soudanais de mettre un terme à la violence, installer un gouvernement civil et aider le Soudan à instaurer la stabilité pour que le pays puisse rejoindre le concert des Nations.

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD (S/2019/445)

Texte du projet de résolution (S/2019/525)

Le Conseil de sécurité,

Réaffirmant toutes ses résolutions antérieures et toutes les déclarations de sa présidence concernant la situation au Soudan et soulignant qu’il importe de s’y conformer pleinement,

Réaffirmant avec force son attachement à la souveraineté, à l’unité, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale du Soudan,

Prenant acte du Rapport spécial du Président de la Commission de l’Union africaine et du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (S/2019/445),

Considérant que la situation au Soudan menace la paix et la sécurité internationales,

Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,

1.    Décide de proroger jusqu’au 31 octobre 2019 le mandat de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD);

2.    Décide que la MINUAD devrait continuer de s’acquitter de son mandat tel qu’il est énoncé dans la résolution 2429 (2018) et décide également de prolonger, à titre provisoire et exceptionnel, la période de réduction des effectifs militaires de l’Opération, comme énoncé au paragraphe 5 de la résolution 2429 (2018), afin qu’elle puisse conserver des capacités d’autoprotection;

3.    Prie instamment le Secrétaire général de lui rendre compte oralement de la situation sur le terrain dans les 60 jours suivant l’adoption de la présente résolution et demande au Secrétaire général et au Président de la Commission de l’Union africaine de lui faire un rapport spécial, au plus tard le 30 septembre 2019, comme suit:

i)    Une évaluation de la situation sur le terrain et des recommandations sur la conduite à suivre au sujet de la réduction des effectifs de la MINUAD;

ii)   Une stratégie politique conjointe de l’Union africaine et de l’Organisation des Nations Unies précisant les options en vue d’un mécanisme de suivi à la MINUAD;

4.    Décide de rester saisi de la question.

Déclarations

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a jugé nécessaire cette résolution qui décide de marquer une pause dans le retrait de la MINUAD.  Cette pause est nécessaire pour pouvoir assurer la sécurité des civils, poursuivre les efforts en faveur de la paix et de la stabilité durables, ainsi que pour se préparer à traiter les causes profondes du conflit au Soudan.  Le représentant a appelé les autorités soudanaises à protéger le personnel et les biens de l’ONU au Soudan.  Les Forces d’appui rapide doivent se retirer des sites de la MINUAD, a-t-il aussi exigé en rappelant la nécessité d’instaurer un gouvernement civil à Khartoum qui soit accepté par les Soudanais et la communauté internationale.

Sans amélioration de la situation sur le terrain, on se retrouvera dans la même position d’incapacité de maintenir la paix et de procéder au retrait de la MINUAD, a mis en garde le représentant, craignant ainsi que le Conseil de sécurité ne se retrouve encore dans l’obligation de proroger le mandat de la mission.  Il a indiqué aux responsables soudanais le choix qui s’offre à eux: mettre un terme à la violence, mettre en place un gouvernement civil et aider le Soudan à instaurer la stabilité pour que le pays puisse rejoindre le concert des Nations. 

Pour M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne), cette résolution montre que le Conseil de sécurité a « débranché son pilotage automatique » et qu’il est prêt à être à la hauteur de son mandat.  Cette résolution signifie qu’il n’y aura pas de retrait à l’aveugle de la MINUAD et qu’on n’ignorera pas la situation qui prévaut à Khartoum, s’est-il félicité.  Il a apprécié que cette pause donne le temps aux acteurs soudanais de parvenir à la solution que la population exige et que la communauté internationale attend: un gouvernement civil.  C’est fondamental pour répondre aux aspirations de la population et pour instaurer la paix.  Cette résolution montre aussi que nous avons entendu l’appel de l’Union africaine, a ajouté le représentant.  Mais « pause » ne signifie pas « pause dans la réalisation du mandat de la mission », notamment lorsqu’il s’agit de protéger les civils, a prévenu le représentant.

M. Heusgen a par ailleurs salué la décision du Gouvernement de retirer le « décret 102 » qui attribuait les sites de la MINUAD aux Forces d’appui rapide.  C’est une étape importante, a-t-il estimé tout en exigeant que les camps des Nations Unies passent sous le contrôle d’un futur gouvernement de civils dans le cadre d’une feuille de route réaliste.  Celle-ci doit, a-t-il précisé, garantir la remise des sites au gouvernement civil.  « Cette résolution montre également que nous avons les yeux rivés sur la paix durable au Soudan », a ajouté le délégué en plaidant pour la poursuite de l’action de la communauté internationale, pour la recherche de solutions pour les déplacés et pour le développement économique du Soudan. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a dit que son pays avait toujours été favorable à un retrait responsable et prudent de la MINUAD en fonction de la situation sur le terrain.  Dès lors, a-t-il poursuivi, pour décider de la fermeture de la mission, « nous avons besoin d’avoir un gouvernement légitime et pleinement reconnu par la communauté internationale ».  Pour lui, l’incertitude politique actuelle au Soudan justifie entièrement que le retrait de la mission soit « momentanément interrompu ». 

Le représentant a saisi cette occasion pour condamner avec fermeté les violences survenues ces dernières semaines à Khartoum et dans d’autres villes, en demandant que leurs auteurs en répondent devant la justice.  Pour M. Delattre, l’enjeu aujourd’hui est de reprendre le dialogue politique pour parvenir à une transition négociée et consensuelle, portée par un pouvoir dirigé par des civils.  À cet égard, il a tenu à saluer les efforts entrepris par l’Union africaine, appuyés notamment par la médiation éthiopienne, et appelé les Nations Unies à soutenir pleinement ces initiatives.  Pour finir, il a attiré l’attention sur la situation préoccupante au Darfour et appelé la communauté internationale à tout mettre en œuvre pour éviter l’embrasement de cette région. 

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a remercié les membres du Conseil pour leur efforts visant à garantir que la MINUAD s’acquitte de son mandat de protection des civils, de soutien à l’aide humanitaire pour 1,2 million de personnes déplacées et d’assistance à la création d’un processus politique inclusif au Darfour.  Faisant référence aux récents affrontements armés, il a estimé que la MINUAD devait continuer à exercer son plein mandat.  Il a fait valoir que la sécurité à Khartoum étant intrinsèquement liée à celle au Darfour, ce délai supplémentaire de quatre mois laisse le temps aux Forces d’appui rapide de se retirer des sites de la mission et de s’assurer que le futur transfert de ces sites et du siège de la MINUAD se fasse pour l’usage communautaire.  Pour l’heure, nous soutenons la décision de l’ONU de ne pas transférer ces sites aux Forces d’appui rapide et de conserver les sites pour des activités civiles, a-t-il dit.

Les quatre prochains mois devraient permettre de clarifier la situation politique nationale, a poursuivi le représentant en émettant le vœu que le Conseil militaire de transition passe à un gouvernement dirigé par des civils, capable de progresser dans la création des conditions favorables au retrait de la MINUAD.  Toutefois, si les négociations s’arrêtent ou que les conditions de sécurité continuent de se détériorer, nous examinerons de plus près le retrait de la mission, a-t-il dit.  Il a exhorté les parties prenantes à soutenir ces efforts au cours des prochains mois.

Mme MADUISCA BATISTA DÍAZ (République dominicaine) a souligné qu’avec cette résolution, le Conseil de sécurité montre que l’ONU ne peut pas se permettre de sortir de son mandat de maintien de la paix au Soudan par un échec.  La MINUAD a la responsabilité de protéger la population civile, a rappelé la représentante qui a mis en exergue la poursuite des violations des droits de l’homme en particulier contre les femmes et les filles, des conflits intercommunautaires, des déplacements internes et des restrictions à l’acheminement de l’aide humanitaire.  Après 12 années de déploiement de la MINUAD, nous ne pouvons permettre à cette mission de ne pas donner les résultats escomptés, a estimé la représentante.  De son avis, la situation actuelle nécessite une présence internationale forte s’inscrivant dans un mandat de protection de la population civile, ainsi qu’un engagement effectif du Gouvernement envers le bien-être du peuple soudanais. 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) s’est félicité de l’unité du Conseil sur cette question et s’est dit favorable à une stratégie de sortie.  Il a plaidé pour que le retrait de la MINUAD se fasse de telle sorte qu’il ne crée pas un vide sécuritaire.  C’est pourquoi il s’est déclaré en faveur d’une « évaluation honnête » de la situation sur le terrain.  Il a souhaité que le prochain rapport du Secrétaire général et de l’Union africaine permette de formuler des recommandations sur la suite à donner en ce qui concerne le retrait de la MINUAD.  Le représentant a tenu à rappeler, pour finir, que l’Indonésie avait été le fer de lance de la stabilité au Darfour et l’un des principaux fournisseurs de contingents. 

Pour M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud), qui parlait aussi au nom de la Côte d’Ivoire et de la Guinée-Équatoriale, cette résolution signifie qu’il est important de reconnaître l’incertitude sur les plans politique et de la sécurité qui règne actuellement au Soudan.  Les trois pays africains membres du Conseil auraient préféré une prorogation de six mois, afin de disposer du temps nécessaire pour évaluer de manière exhaustive la situation, a dit le représentant.  Cela aurait aussi permis une évaluation conjointe approfondie par l’Union africaine et l’ONU ainsi que la mise en place d’initiatives de médiation.  Il a ajouté que cette prorogation confirme et complète les décisions de l’Union africaine de reporter le retrait. 

« Nous sommes convaincus que les dirigeants soudanais utiliseront efficacement le temps imparti pour remédier à l’impasse politique, instaurer la stabilité et réaliser les aspirations du peuple soudanais », a déclaré M. Matjila.  Cette fois-ci, il convient de s’assurer que tous les sites des équipes de la MINUAD sont utilisés à des fins civiles, comme prévu, a poursuivi le représentant.  « Nous espérons que la visite commune prévue à Khartoum du Premier Ministre éthiopien, du Président de l’Union africaine et du Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine aidera les parties prenantes soudanaises à se mettre d’accord sur un arrangement transitoire commun », a indiqué M. Matjila.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a été d’avis que la situation au Soudan appelle une pause dans le processus de retrait de la MINUAD.  Malheureusement, a regretté la représentante, le Conseil de sécurité ne peut pas adopter des mesures à long terme au Soudan à cause de la situation qui y prévaut.  Elle a espéré que cette prorogation n’aurait pas d’incidence négative, notamment sur le mandat de la mission.

M. ALEXANDER V. REPKIN (Fédération de Russie), qui a réitéré l’importance de respecter le délai prévu pour le retrait de la MINUAD, a souligné la nécessité d’un retrait responsable de la mission.  Les conditions sont réunies pour commencer une transition, pour passer de la phase de maintien de la paix à celle de la consolidation de la paix, a estimé le représentant, qui a demandé aux membres du Conseil de s’abstenir de toute tentative visant à généraliser à tout le Soudan la situation au Darfour.  Il a salué la décision du Conseil militaire de transition de retirer le décret 102 octroyant aux Forces d’appui rapide les sites de la MINUAD.  Cela signifie que les autorités soudanaises tiennent leur promesse, a-t-il justifié.  Il a également pris position contre toute tentative de remettre en cause la stratégie de sortie de la mission. 

M. MA ZHAOXU (Chine) s’est félicité de l’adoption à l’unanimité de la résolution qui proroge le mandat de la MINUAD pour quatre mois et demande une évaluation de la situation au Darfour.  Il a fait part de son inquiétude, à cet égard, de l’instabilité de la situation au Darfour.  Il a, en outre, souligné les efforts du Gouvernement du Soudan qui joue, selon lui, un rôle vital dans la stabilité au Darfour.  C’est pourquoi il s’est déclaré en faveur de la primauté de la direction par le Gouvernement.  La Chine, a-t-il rappelé, a été active pour défendre le processus de paix au Darfour, étant notamment l’un des importants fournisseurs de contingents à la MINUAD et ayant joué un rôle constructif pour la stabilité et le développement dans la région.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a estimé que la stratégie de sortie de la MINUAD devait se poursuivre en dépit de l’adoption de cette résolution.  Selon le représentant, le Soudan est tout à fait apte à protéger sa population.  Il a vu cette période de quatre mois comme une opportunité de suivre l’évolution de la situation au Soudan.  Avant de terminer, il a souligné la nécessité de renforcer la capacité du Gouvernement soudanais à protéger la population et à préserver la paix.  Il a insisté sur l’importance de ne pas interférer dans les affaires intérieures du Soudan. 

M. OMER MOHAMED AHMED SIDDIG (Soudan) a réitéré que la situation au Darfour s’améliore en permanence.  Il a dit avoir compté sur le fait que les délégations « porte-plume », dans la rédaction de la résolution, tiennent compte des améliorations sur le terrain.  Pour le Soudan, il est important de garder la stratégie de sortie graduelle prévue pour la mission au Darfour.  Il a ensuite réaffirmé la détermination du Gouvernement du Soudan à revenir à la normalité au Darfour et à traiter les causes profondes du conflit.  Il n’existe pas de raisons valables pour que la mission reste, a-t-il insisté.  Le Conseil de sécurité devra tenir compte de cela lorsqu’il examinera à nouveau la situation dans quatre mois, a-t-il suggéré.  « Le maintien de la paix n’est plus utile au Darfour car la MINUAD a aidé à asseoir la paix et la sécurité au Darfour. »  Le représentant a réitéré la détermination de son gouvernement à assurer le succès du mandant de la MINUAD qui est une mission « purement africaine ». 

 

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