Conseil de sécurité: les chefs militaires de deux opérations de maintien de la paix (Chypre et Darfour) présentent les défis auxquels ils sont confrontés

CS/13847
18 juin 2019
8552e séance – matin

Conseil de sécurité: les chefs militaires de deux opérations de maintien de la paix (Chypre et Darfour) présentent les défis auxquels ils sont confrontés

À l’initiative du Koweït, qui préside les travaux ce mois-ci, le Conseil de sécurité a invité, ce matin, les chefs des composantes militaires de deux opérations de maintien de la paix de l’ONU, déployées au Darfour et à Chypre, à présenter les défis auxquels ils se heurtent sur le terrain.  Au cours de cette séance interactive, les membres du Conseil ont interrogé les deux officiers sur les moyens d’améliorer les conditions dans lesquelles opèrent les Casques bleus ainsi que les résultats atteints dans le cadre des opérations.

Également présent à cette occasion, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Jean-Pierre Lacroix, a expliqué que la venue au Siège des généraux Leonard Muriuki Ndongi, Commandant de la Force de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), et Cheryl Pearce, Commandant de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP), leur donnait ainsi qu’à leurs pairs d’autres missions, l’occasion de contribuer directement aux efforts déployés pour mettre en œuvre l’initiative du Secrétaire général Action pour le maintien de la paix.

Cette réunion du Conseil s’est focalisée sur la relation entre les opérations et les États dans lesquels elles sont déployées, les « pays hôtes », une relation parfois compliquée, même si le Général Ngondi a reconnu en l’espèce que les évènements qui secouent actuellement Khartoum n’ont eu des conséquences que « limitées » sur les activités de la MINUAD.  Il a toutefois précisé que la « militarisation » du Gouvernement soudanais était à l’origine d’un certain nombre de « frictions ».  Par ailleurs, il a noté que les troubles auxquels est en proie la capitale soudanaise bloquaient le processus de médiation entre le Gouvernement et les mouvements armés non signataires de l’Accord de négociation préalable signé en décembre 2018.

Interrogé sur le sort des bases d’opérations de la Mission –dont le retrait a été fixé à juin 2020, après 13 ans d’existence–, le commandant de la force a précisé qu’elles seraient bientôt restituées aux civils, grâce notamment aux pressions exercées par la MINUAD et la communauté internationale.  Pour l’instant, tous les sites ne sont pas utilisés à des fins civiles, comme ils le devraient, ce que les autorités soudanaises expliquent par un manque de capacités institutionnelles et la nécessité de protéger ces sites.

Le 13 mai 2019, le Conseil militaire de transition, qui a succédé à la tête du pays au Président déposé Omar Al-Bashir, avait adopté le décret no 102 (2019) demandant la remise à disposition des camps de la MINUAD à des forces affiliées au Gouvernement soudanais - les Forces d’appui rapide.  Cette décision a entraîné la suspension de la fermeture et de la remise du camp de Nyala en attendant des éclaircissements, a expliqué le Général.

Par ailleurs, si les autorités ont largement coopéré avec la Mission dans la protection des civils et des travailleurs humanitaires, elles ont refusé à celle-ci l’accès aux zones contrôlées par l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS-AW) à l’exception d’une occasion, en septembre 2018, où une mission humanitaire conjointe a pu venir en aide aux victimes d’un glissement de terrain dans l’est du Jebel Marra.  « Pour expliquer ce refus, le Gouvernement avance son incapacité à garantir la sécurité des Casques bleus », a relaté le général. 

La question de la coopération avec le pays hôte a également été abordée par le général Cheryl Pearce, Commandant de la UNFICYP, dans un contexte politique toutefois fort différent puisque Chypre est l’objet d’une crise de souveraineté entre les communautés grecque et turque de l’île, qui sont séparées depuis 1974 par une zone tampon démilitarisée -la ligne verte- contrôlée par les Casques bleus.  Mme Pearce, qui a pris ses fonctions en novembre dernier, a exprimé son intention d’accorder la priorité à une interaction « régulière et nuancée » avec les autorités, fondée sur les principes d’impartialité, d’ouverture et de transparence.  « Garder les canaux de communication ouverts, même en période de tensions, est de la plus haute importante », a-t-elle insisté.

Mais la coopération n’est pas sans défis, a avoué le général Pearce, en pointant du doigt la tendance à la hausse des violations du statu quo militaire le long des lignes de cessez-le-feu et le durcissement apparent des positions chez les forces en présence qui peut être le reflet de la situation politique dans l’île.  « L’autorité de la Force dans la zone tampon est régulièrement défiée et il n’y a eu aucune amélioration depuis la résolution 2453 (2019) du Conseil de sécurité », a-t-elle alerté en faisant état du rejet par les deux parties de l’aide-mémoire de 2018, tout comme pour celui de 1989.

Le général a donc demandé au Conseil de sécurité de l’aider, en obtenant des parties qu’elles mettent en œuvre le dernier document en date et respectent l’autorité de la Force dans sa zone de déploiement.  « La Force a certes signé l’Accord sur le statut des forces avec la République de Chypre mais elle sait que la coopération avec la communauté chypriote turque est tout aussi importante », a-t-elle ajouté.

Reconnaissant que les relations avec les pays hôtes étaient parfois délicates, le Secrétaire général adjoint a lui aussi plaidé en faveur du soutien du Conseil de sécurité, qui, a-t-il insisté, reste particulièrement important.  M. Lacroix a rappelé que le Secrétariat de l’ONU devait jouer un rôle primordial dans ce contexte, en particulier lorsqu’il s’agit de la formulation des mandats, puisqu’il lui incombe de faire des recommandations en ce sens au Conseil.

OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a déclaré qu’il serait bref, préférant donner la parole aux commandants des forces invités aujourd’hui par le Conseil de sécurité.  Il a considéré que ce rendez-vous annuel était un moment crucial, dans la mesure où il contribue directement aux efforts déployés pour mettre en œuvre l’initiative Action pour le maintien de la paix du Secrétaire général.  « Cette semaine donne aux commandants l’opportunité de rester étroitement associés aux discussions d’importance qui se tiennent ici à New York sur le maintien de la paix », au Conseil de sécurité, au Comité spécial des opérations de maintien de la paix (C-34), à la Cinquième Commission (administrative et budgétaire) et dans d’autres enceintes, et, en dernière instance, de prendre part aux efforts en vue de renforcer l’impact du maintien de la paix sur le terrain, a souligné le haut fonctionnaire.  Il a également rendu hommage au général de division Vib-Sanziri, décédé soudainement le 19 avril dernier, et qui avait dirigé la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD) dans un environnement complexe et marqué par des défis.

Le général LEONARD MURIUKI NDONGI, Commandant de la Force de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), a indiqué que pour garantir une bonne communication et une meilleure coordination, le Gouvernement soudanais avait créé une unité chargée de la MINUAD au sein du Ministère des affaires étrangères.  La MINUAD a, pour sa part, un bureau de liaison à Khartoum.  Le Représentant spécial conjoint et Chef de la Mission est aussi présent dans la capitale, a ajouté M. Ngondi qui s’est focalisé sur la coopération entre le Soudan et la Mission dans la mise en œuvre du mandat de celle-ci, et sur l’accord sur le statut des forces.

Le mandat de la MINUAD repose sur quatre piliers, a rappelé M. Ngondi.  Le premier est la fermeture des bases d’opérations pour en faire un usage civil, le retrait des Casques bleus étant prévu d’ici à juin 2020.  Le Gouvernement a assuré la Mission de sa coopération et de ses efforts pour faciliter les opérations et un retrait paisible.  De son côté la Mission, avec les agences de l’ONU, assume les fonctions du bureau de liaison dans quatre États du Darfour couvrant quatre priorités, à savoir l’état de droit, des solutions durables pour les populations et les communautés déplacées, les droits de l’homme, et le renforcement des capacités et des services immédiats pour les populations déplacées.  Le général Ndongi a fait remarquer que la MINUAD et l’équipe de pays des Nations Unies travaillaient ensemble dans les domaines comme les terres, les mécanismes de résolution des différends et la sensibilisation aux droits fonciers, les conflits communaux sur l’eau et le bétail, et le retour des réfugiés et des personnes déplacées.

Aux yeux du général, la fermeture des bases d’opérations et leur transfert au Gouvernement du Soudan ont été effectués à temps.  Toutefois, ce ne sont pas tous les sites qui sont utilisés à des fins civiles, les autorités faisant étant d’incapacités institutionnelles et de la nécessité de protéger ces bases d’opérations.  Le Conseil militaire de transition a récemment décrété qu’à l’avenir, les bases devront être remises aux Forces d’appui rapide, ce qui a conduit à la suspension de la fermeture et de la remise du camp de Nyala en attendant des éclaircissements. 

Le deuxième pilier est la protection des civils et des travailleurs humanitaires, et la facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire.  Le Gouvernement soudanais a largement coopéré avec la Mission dans la mise en œuvre de ce pilier, a assuré le général, en particulier dans les zones qu’il contrôle.  Cependant, il a signalé des refus d’accès dans les zones contrôlées par l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS-AW) à l’exception d’une occasion, en septembre 2018, où une mission humanitaire conjointe a réussi à visiter et à aider les victimes d’un glissement de terrain dans l’est de Jebel Marra.  Pour expliquer ce refus, le Gouvernement avance son incapacité à garantir la sécurité des Casques bleus, a relaté le général. 

Le troisième pilier est la médiation entre le Gouvernement et les mouvements armés non signataires.  Durant l’ancien régime, deux de ces mouvements et le Gouvernement avaient signé un accord de prénégociation tandis que l’ALS-AW ne s’était pas engagée dans ce sens.  Le Conseil militaire de transition a donc appelé tous les mouvements armés à se joindre aux négociations, a indiqué M. Ngondi tout en notant que la situation politique actuelle bloque le processus.

Le dernier pilier est l’appui à la médiation des conflits intercommunautaires, y compris les mesures permettant de résoudre la cause de ces conflits.  Le problème de la propriété foncière, qui est au cœur du conflit au Darfour, mérite d’être suffisamment abordé, selon le général qui y voit l’une des principales raisons du relâchement dans le retour des personnes déplacées, les autres raisons étant l'insécurité et le manque de services de base.

M. Ngondi a ajouté que trois domaines sont importants pour la coopération.  Le premier est l’utilisation des locaux et des installations permettant à la MINUAD de rester et de fonctionner.  Il a salué le fait que le Gouvernement du Soudan ait attribué à la MINUAD des terres où des bases d’opérations et des camps ont été établis.  Cependant, récemment, les communautés locales ont demandé à la MINUAD de les dédommager pour leur terre, au lieu de faire appel au Gouvernement soudanais.

Deuxièmement, l’Accord sur le statut des forces prévoit la liberté de circulation sur le territoire pour exécuter le mandat de la Mission, ce que le Gouvernement soudanais a garanti, y compris pour les vols interétatiques, dans les zones sous son contrôle.  Cependant, le Gouvernement a empêché la MINUAD d’accéder aux zones sous le contrôle des groupes armés pour des raisons de sécurité, a indiqué M. Ngondi. 

En dernier lieu, le Gouvernement est tenu de protéger les biens et les installations de la Mission à la demande du Représentant spécial conjoint.  Mais dernièrement, remplir cette obligation s’est avérée difficile lorsque le camp d’El Geneina, situé dans l’ouest du Darfour, a été pillé et vandalisé pendant la passation de pouvoirs.  La MINUAD et le Gouvernement du Soudan ont travaillé ensemble pour assurer qu’un tel incident ne se reproduise plus. 

En conclusion, a dit M. Ngondi, la coopération entre la Mission et le Gouvernement a été cordiale, les quelques incidents évoqués ayant pu être corrigés.  Les autorités soudanaises ont fait preuve de coopération et ont soutenu les opérations de la MINUAD, y compris pour faciliter son retrait paisible conformément à la résolution 2429 (2018) du Conseil de sécurité.

Général CHERYL PEARCE, Commandant de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP), a souligné que ces dernières décennies, la Force a exécuté son mandat avec succès, grâce à une composante militaire qui a joué un rôle crucial dans le maintien d’un environnement stable dans un rayon de 180 kilomètres de la zone tampon.  Les efforts pour prévenir et atténuer les tensions avant leur éventuelle escalade et pour assurer la liaison entre les deux parties en l’absence d’un contact direct, demeurent essentiels, compte tenu de l’incertitude actuelle et du climat politique qui prévaut sur l’île.  C’est grâce à ces efforts que la Force contribue à créer les conditions favorables au succès du processus de règlement.  Quant à la coopération avec les pays hôtes, le général a indiqué que depuis son arrivée en janvier dernier, elle s’est entretenue à plusieurs reprises avec ses interlocuteurs, dans un esprit de professionnalisme, de collégialité et de respect mutuel.  Elle a exprimé son intention d’accorder la priorité à une interaction « régulière et nuancée », fondée sur les principes d’impartialité, d’ouverture et de transparence.  Garder les canaux de communication ouverts, même en période de tensions, est de la plus haute importante. 

Au-delà de ses contacts personnels, elle a indiqué que la Force maintient des contacts quotidiens avec les forces en présence et ce, à tous les niveaux, pour prévenir toute escalade des tensions.  Depuis l’examen stratégique de 2017, la Force déploie des efforts robustes d’engagement et de liaison, en coordination étroite avec les composantes police et militaire.  Mais la coopération n’est pas sans défi, a avoué le général, en pointant du doigt la tendance à la hausse des violations du statu quo militaire le long des lignes de cessez-le-feu et sur le durcissement apparent des positions chez les forces en présence qui peut être le reflet de la situation politique dans l’île. 

L’autorité de la Force dans la zone tampon est régulièrement défiée et il n’y a eu aucune amélioration depuis la résolution 2453 du Conseil de sécurité, a alerté le général.  Aucune des parties n’a accepté l’aide-mémoire de 2018 ni son prédécesseur de 1989 qui sont pourtant des documents importants pour la gestion de la zone tampon.  Le général a donc demandé au Conseil de sécurité de l’aider, en obtenant des parties qu’elles mettent en œuvre l’aide-mémoire et respectent l’autorité de la Force dans la zone tampon.  La Force a certes signé l’Accord sur le statut des forces avec la République de Chypre mais elle sait que la coopération avec la communauté chypriote turque est tout aussi importante.  Nous continuons à travailler étroitement avec tous les acteurs pertinents pour assurer une coopération maximale, a souligné le général.

M. MARIUSZ LEWICKI (Pologne) a indiqué que le manque de formation des Casques bleus avait une incidence directe sur la mise en œuvre des mandats.  Il a appelé à redoubler d’efforts pour fournir aux soldats de la paix tous les outils nécessaires, à tous les niveaux de la chaîne de commandement, pour améliorer les résultats des activités des missions et la sécurité de leur personnel.  La souplesse des outils utilisés par les commandants des forces, pour leur permettre d’agir de manière proactive en fonction des conditions sécuritaires actuelles, est également d’une importance cruciale, a-t-il ajouté.  Mais les mandats actuels leur permettent-ils d’agir de manière active et proactive, a-t-il demandé aux commandants des forces.  Si tel n’est pas le cas, quels sont les principaux obstacles qui entravent la mise en œuvre sans heurts des mandats?

Le représentant a également voulu savoir si le général de division Pearce faisait face à des défis en raison de la présence de réfugiés et de migrants sans papiers dans la zone tampon.  Au général de division Ngondi, le représentant de la Pologne a demandé comment la situation à Khartoum affectait la mission sous son commandement.  Il a aussi voulu obtenir son commentaire au sujet de la suspension, par la MINUAD, du transfert des camps de déplacés à l’armée soudanaise.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a commencé par rendre hommage aux Casques bleus, en particulier à ceux qui ont perdu leur vie dans l’exercice de leurs fonctions.  Il s’est contenté de poser aux commandants des forces présents des questions, souhaitant donner à cette réunion une tournure interactive.  Le représentant s’est notamment demandé quel impact avait pu avoir d’après eux l’appui sur le terrain fourni par le Siège à la suite de la réforme de l’architecture de paix et de sécurité de l’ONU.  Ont-ils suffisamment accès aux données dont ils ont besoin?  M. Allen a en outre adressé l’une de ces questions au Commandant de la MINUAD, lui demandant d’évoquer le degré de coopération démontré par les autorités soudanaises depuis que l’ex-Président Omar Al-Bashir a été évincé du pouvoir.  Au sujet de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP), la délégation britannique a souhaité en savoir plus sur le mécanisme de liaison permettant d’entrer en contact avec les deux parties pour résoudre les différends.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a souligné que la mission à Chypre, l’UNFICYP, opérait dans un contexte particulier où il est essentiel d’entretenir de bonnes relations avec la population civile, y compris par le biais d’une approche préventive.  Le représentant a demandé au général de division de la mission quelles leçons il avait apprises dans ce contexte, et s’il pensait que cette dimension devrait être mieux intégrée dans le processus de formation des contingents.  Il lui a également demandé si une telle formation pourrait être dispensée directement sur le terrain.  Enfin, le représentant s’est posé la question de savoir dans quelle mesure la récente reconfiguration de la mission s’était effectuée sur la base des recommandations formulées dans le cadre de la revue de la mission?

S’agissant de la mission au Darfour, la MINUAD, le représentant a demandé au général de corps d’armée de la mission quelles mesures pourraient être prises pour améliorer la coopération de la mission avec les autorités locales, afin de régler le problème que posent les violences sexuelles au Darfour.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a considéré que la réussite d’une opération de maintien de la paix tenait avant toute chose à la qualité de la relation entre celle-ci et le pays hôte.  Ce dernier, a-t-il précisé, doit être associé à la coopération triangulaire entre le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de troupes.  C’est dans les pays où une telle relation de confiance a prévalu que la consolidation a été couronnée de succès, a-t-il analysé, en espérant que cela serait le cas pour la MINUAD, dont le retrait est maintenant programmé.  Le représentant a également souhaité de savoir si les commandants des forces se servent du rapport Cruz sur l’amélioration de la sécurité des Casques bleus.

M. RODNEY M. HUNTER (États-Unis) a rappelé que le consentement des parties était l’un des principes fondamentaux du maintien de la paix.  Les missions doivent pouvoir compter sur la coopération des pays hôtes pour mettre en œuvre leurs mandats, a-t-il insisté.  À ses yeux, cela suppose notamment une liberté de mouvement totale des contingents déployés dans le cadre des missions.  Or, certains gouvernements décident parfois de faire obstruction à cette liberté de mouvement, a-t-il regretté.  Si les pays hôtes n’acceptent pas les objectifs des missions, ces dernières ne seront pas en mesure d’obtenir les résultats escomptés, a estimé le représentant, appelant ainsi à améliorer la coopération entre l’ONU et les pays hôtes dès la phase de définition des mandats des opérations de maintien de la paix.

Le représentant a, par ailleurs, jugé primordial de renforcer la responsabilité des opérations de maintien de la paix, notamment par la diffusion d’informations sur leurs résultats.  Il s’est par conséquent félicité de l’engagement du Secrétaire général à rendre les missions davantage responsables.

Le représentant a, en outre, posé la question de savoir dans quelle mesure des pays hôtes s’étaient opposés aux bons offices du Secrétaire général lors de missions passées ou en cours. 

S’agissant de la MINUAD, il a pris note du retrait des forces de la mission de certains sites dont la sécurité était auparavant prise en charge par l’ONU.  Qui va s’occuper désormais de la sécurité de ces sites et quels sont les défis liés à cette décision? s’est interrogé le délégué américain.

Pour Mme ANNE GUEGUEN (France), la coopération avec l’État hôte est une « thématique déterminante » et une condition sine qua non pour que les opérations de maintien de la paix atteignent leurs objectifs, non seulement dans le respect de la souveraineté de l’État hôte mais également en prenant en compte de la nécessaire protection des Casques bleus et de l’ensemble des personnels civil et en uniforme des Nations Unies.  Il ne s’agit pas d’une option, à ses yeux, mais bien d’une « nécessité impérieuse » qui est « inscrite en lettres d’or » dans les principes directeurs du maintien de la paix.  Cette coopération impliquant pour le pays hôte et pour l’ONU « des droits et des devoirs », Mme Gueguen a développé trois idées fortes sur ce sujet.

Tout d’abord, a-t-elle estimé, l’assentiment de l’État hôte au déploiement de l’opération de maintien de la paix doit être recherché pour des raisons de principe et également à des fins opérationnelles.  Le dialogue entre l’État hôte et l’ONU est primordial et doit se poursuivre sur le terrain, entre Casques bleus d’une part, et policiers et militaires de l’État hôte d’autre part.  Ce respect mutuel est, pour la représentante, un gage d’efficacité et d’acceptation par la population locale, celle-ci devant comprendre que la mission, loin de constituer un acte d’ingérence, est « légitime et cohérente ».

À partir du moment où l’État hôte a autorisé une opération de maintien de la paix, il doit respecter ses engagements au titre d’un accord sur le statut des forces, qui assure la liberté de mouvement et la protection des Casques bleus déployés sur son territoire, a souligné Mme Gueguen.  Aucune violation d’un tel accord ne peut être tolérée ni acceptée, dans un sens comme dans l’autre, a plaidé la représentante en appelant le Conseil à y veiller et à maintenir le dialogue entre les missions déployées et les autorités de l’État hôte pour résoudre au plus vite toute difficulté.

Enfin, l’État hôte est surtout le premier responsable de la protection de sa population.  Pour la France, même si l’opérations de maintien de la paix peut aider un État en difficulté à protéger sa population contre une menace particulière, cette opération ne peut se substituer à l’État hôte qui doit tout faire pour cela, tant sur le plan policier et militaire que dans la chaîne judiciaire, en poursuivant systématiquement les auteurs de violences contre les civils et d’atteintes aux droits de la population.  De son côté, le Conseil de sécurité doit exiger un comportement exemplaire de la part de ses Casques bleus.  Cette coopération peut aussi se traduire par un appui à la montée en puissance des forces de sécurité et de défense de l’État hôte, notamment dans les domaines de la formation du personnel et l’équipement en matériels, a conclu la représentante.

Pour M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire), une coopération dynamique, basée sur la confiance réciproque entre une opération de maintien de la paix et l’État hôte revêt une importance particulière car elle crée les conditions d’une transition réussie, qui ouvre la voie à la paix et à la stabilité durables.  Il a cité, à ce titre, la coopération exemplaire entre les autorités ivoiriennes et l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI).

Soulignant que les opérations de maintien de la paix n’ont pas vocation à se substituer aux autorités de l’État hôte, il a insisté sur leur rôle d’appui, dans le cadre d’une stratégie de sortie de crise fondée sur un processus politique inclusif et crédible.  L’appropriation nationale forte de l’ensemble du processus de sortie de crise est, à ses yeux, l’un des garants du succès.

Il a demandé des éclaircissements au général Ngondi, notamment sur son évaluation de la coopération entre la MINUAD et les autorités soudanaises, en particulier en matière de protection des civils dans les régions affectées par les violences perpétrées par les groupes armés ou pour juguler les violences intercommunautaires.  Il a également demandé si le contexte politique actuel, marqué par les tensions entre le Conseil militaire de transition et les manifestants, affectait les relations entre la MINUAD et les autorités soudanaises.  Enfin, a-t-il demandé, quels peuvent être les effets de la situation sociopolitique actuelle au Soudan sur le processus de reconfiguration et de réduction des effectifs de la MINUAD.

Il a poursuivi en soulignant le caractère essentiel des initiatives visant à promouvoir la réconciliation nationale.  S’adressant à cet égard au général Pearce, M. Kacou lui a demandé quelles étaient les actions menées, dans le cas de Chypre, pour promouvoir la réconciliation entre les communautés locales.  Il a également souhaité savoir quelles étaient les actions prises ,concernant la MINUAD et l’UNFICYP, dans le cadre de la politique de tolérance zéro contre les violences sexuelles.

M. HAITAO WU (Chine), après avoir souligné l’importance inestimable des opérations de maintien de la paix, a mentionné deux priorités à ses yeux: inclure l’évaluation des résultats accomplis par les missions et renforcer la coopération de celles-ci avec les pays hôtes.  Sur ce dernier point, le représentant s’est dit convaincu qu’il fallait s’en tenir aux dispositions pertinentes de la Charte des Nations Unies et cultiver de bonnes relations avec le pays hôte en respectant sa souveraineté nationale.  Se tournant vers les commandants des forces, il les a interrogés sur les domaines des mandats de maintien de la paix qui pourraient, selon eux, faire l’objet d’ajustements.  Par ailleurs, quels sont les aspects de la coopération avec le pays hôte qui pourraient être améliorés? a-t-il aussi voulu savoir.

Concernant l’UNFICYP, M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a jugé très intéressante la présentation du général de division, dans la mesure où cette dernière remet en question l’image traditionnelle d’un théâtre des opérations chypriotes relativement calme.  Il a ainsi pris note de l’augmentation des violations et du durcissement des positions des parties.  Que pourrait-on faire de plus, au sein de la mission et au niveau du Conseil de sécurité, pour restaurer ou renforcer l’autorité de l’UNFICYP dans la zone tampon? s’est-il interrogé?

Concernant le Soudan où, a ironisé le représentant, « personne n’a l’impression que la situation est calme », ce dernier a salué la clarté de la présentation du général de corps d’armée.  Il en a retenu que la situation sur le terrain était inquiétante et que le transfert aux civils des sites sous la responsabilité de l’ONU ne fonctionnait pas, notamment en raison de pillages, d’obstruction à l’accès aux sites par les autorités et de problèmes non élucidés liés à la propriété foncière. 

Aux yeux du représentant, il est important que les opérations de maintien de la paix entretiennent de bonnes relations avec les pays hôtes, qui ont l’obligation de protéger leurs civils.  Mais que faire si les autorités n’honorent pas cette obligation, s’est-il interrogé, citant l’exemple des évènements récents à Khartoum, où les autorités soudanaise ont, selon lui, été responsables de la mort de plus de 100 personnes et de violences sexuelles.  Que faire quand les autorités bafouent les droits de leur population et, a-t-il ajouté, vous attendez-vous à de nouveaux heurts au Darfour? 

Par ailleurs, le représentant allemand a demandé au Commandant de la MINUAD quelles mesures avaient été prises par la Mission pour lutter contre les violences sexuelles dans la zone d’opérations de celle-ci.

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a rappelé les principes de base sur lesquels se fondent les opérations de maintien de la paix, à savoir l’assentiment des parties à un conflit, l’impartialité et l’usage de la force uniquement en cas de légitime défense et de défense du mandat de la mission.  Le consentement du pays hôte est particulièrement important pour une exécution efficace des mandats, a insisté le représentant.  Dans le cas contraire, a-t-il observé, « nous avons parfois été confrontés à l’emploi de tactiques sur le terrain qui font obstacle à la conduite des activités des mandats ou qui retardent le processus politique que ces missions sont censées appuyer ». 

Le représentant a en outre salué l’intervention du général de corps d’armée Leonard Muriuki Ngondi, de la MINUAD.  Il s’est dit préoccupé par les conséquences sur la Mission des évènements politiques récents au Soudan, notamment le manque de coopération entre les nouvelles autorités soudanaises et la MINUAD.  Pour parvenir à une stratégie de sortie réussie, a-t-il insisté, un haut degré de coopération entre le pays hôte et la Mission est nécessaire, y compris afin d’opérer un transfert effectif des responsabilités de celle-ci vers les autorités de l’État.  Le représentant a, par conséquent, appelé le Gouvernement soudanais à coopérer étroitement avec la MINUAD. 

Comment les missions pourraient-elles renforcer la coopération avec les communautés des pays en situation de conflit, a poursuivi le représentant.  Étant donné le contexte souvent très dangereux dans lequel le personnel des missions est amené à opérer, il a appelé à doter les opérations de maintien de la paix des capacités nécessaires pour mettre efficacement en œuvre leurs mandats.  Il s’est ainsi interrogé sur les mesures que pourraient prendre l’ONU afin de renforcer les capacités des missions avant leur déploiement.

Concernant l’UNFICYP, le représentant a pris note de la poursuite des incursions dans la zone tampon.  Quelles autres mesures préventives la mission pourrait-elle prendre afin de mettre fin à ces violations, s’est-il interrogé.

M. MARTHINUS VAN SHALKWYK (Afrique du Sud) a d’abord voulu insister sur l’importance des opérations de paix comme l’un des outils les plus efficaces dont disposent les Nations Unies pour promouvoir et maintenir la paix et la sécurité internationales et prévenir, gérer et régler les conflits.  En la matière, le représentant a souligné les prérogatives du Comité spécial des opérations de maintien de la paix s’agissant de l’élaboration des politiques.  Il a ensuite insisté sur l’importance des consultations entre le Secrétariat, les pays contributeurs de troupes et de personnel de police et le pays hôte pendant l’élaboration des mandats, leur évaluation et leur éventuelle fin.  Il s’agit de veiller à l’implication active de toutes les parties prenantes, en particulier le pays hôte, à l’énumération des attentes, y compris les étapes importantes et le calendrier.  C’est la seule manière d’assurer le succès d’une opération de maintien de la paix mais aussi de jeter les bases de la consolidation de la paix.  En l’occurrence, le représentant s’est félicité du travail de la mission au Darfour, de l’équipe de pays des Nations Unies et des autres partenaires pour faciliter la médiation et régler les questions sous-jacentes de l’accès à la terre et aux ressources.  Il a exhorté le Conseil militaire de transition à reprendre le dialogue pour ouvrir l’espace à la coopération avec la Mission. 

Toute décision sur la réduction des effectifs d’une mission et la hiérarchisation des éléments de son mandat doit tenir compte, certes, de la disponibilité des ressources, mais surtout de la situation politique et sécuritaire sur le terrain.  C’est vital pour préserver les acquis, a insisté le représentant.  Il a donc estimé que la réduction des effectifs de la Mission au Darfour doit être conforme à la décision que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a prise le 13 juin dernier.  Le représentant en a profité pour souligner l’importance d’une bonne collaboration entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales.  Après tout, ce sont les « premiers secouristes », compte tenu de leur capacité de se déployer rapidement et de préparer le terrain à une opération de l’ONU. 

M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a estimé que, dans le cadre du programme Action pour le maintien de la paix et de sa déclaration d’engagements partagés, il y avait des mesures concrètes à prendre pour renforcer le consentement et la coopération avec le pays hôte.   Tout d’abord, a recommandé le représentant, il faut renforcer la consultation entre les parties prenantes au maintien de la paix en ce qui concerne les mandats et leur mise en œuvre.  « Nous devons collectivement mettre en œuvre les engagements intergouvernementaux triangulaires entre les pays contributeurs de troupes, le Conseil de sécurité et le Secrétariat », a-t-il préconisé, souhaitant voir prendre en compte les options pour renforcer l’engagement direct entre le Conseil et les pays hôtes.  Cependant, si ceux-ci assument la responsabilité première de protéger les civils, ils doivent cependant reconnaître la contribution que les opérations de maintien de la paix peuvent faire dans ce domaine.  Les contingents indonésiens de la MINUAD ont pu prendre la mesure des projets à impact rapide auprès de la population civile, des projets menés avec la coopération du Gouvernement soudanais, a-t-il témoigné.

Par ailleurs, la délégation indonésienne a souligné à quel point une meilleure formation et un renforcement des capacités pour les dirigeants des missions les aident à répondre aux défis relatifs au contentement et à la coopération du pays hôte.  Enfin, les opérations doivent disposer des outils adéquats à cet égard, notamment de directives pour y voir clair dans la coopération avec les gouvernements des pays hôtes.  De telles directives pourraient inclure, selon l’Indonésie, les différents scénarios auxquels font face les Casques bleus avec une liste des réponses possibles et des critères en vue d’identifier la détérioration sérieuse de cette relation.  Le représentant a, en conclusion posé une question au Commandant de la MINUAD: que devrait faire le Conseil de sécurité pour que le prochain mandat de l’Opération soit clairement formulé?

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) a appelé à trouver les moyens de rendre les opérations de maintien de la paix plus efficaces, notamment en améliorant les aspects liés à leur financement.  Le représentant a constaté le manque de consensus au sein du Conseil sur cette question.  Dans la mesure où la majorité des opérations de maintien de la paix sont déployées dans des pays d’Afrique, il a plaidé en faveur d’une coopération accrue entre l’ONU et l’Union africaine (UA) en matière de financement des missions.  Bien souvent, a-t-il estimé, la communauté internationale dispose des moyens financiers dont l’UA, qui connaît les contextes locaux, aurait besoin pour résoudre les problèmes sur le continent.  Dans ce cadre, pensez-vous que le financement de missions régionales par le biais de l’ONU soit viable? s’est interrogé le représentant.

Concernant l’UNFICYP, le représentant a demandé au général de division quels étaient les défis les plus graves auxquels la mission est actuellement confrontée, étant donné les différences importantes entre les deux communautés impliquées.  Pour ce qui est de la MINUAD, il a demandé ce que le Conseil pouvait faire de plus pour que la mission soit un succès et pour que ses mandats soient respectés sans qu’il soit nécessaire de les amender.

Enfin, le représentant s’est interrogé sur le fait de savoir si les opérations de maintien de la paix prévoyaient des actions spécifiques dans les cas où elles devenaient impopulaires ou étaient rejetées par les populations locales.

Mme KAREN VAN VLIERBERGE (Belgique) a demandé au Commandant de la Force de la MINUAD s’il pouvait donner son évaluation personnelle de l’influence que la situation politique à Khartoum a sur celle qui prévaut sur le terrain au Darfour.  S’adressant aux deux commandants invités, elle leur a demandé ce qui pouvait être fait pour « améliorer la lisibilité des mandats des opérations de maintien de la paix ».  La représentante a rappelé que la performance des missions était un élément clef pour améliorer l’efficacité de l’action de celles-ci, dont le pays hôte est à la fois un évaluateur et un bénéficiaire.  La Belgique a, en conclusion, souhaité en savoir plus sur ce que les commandants voient comme meilleurs moyens d’améliorer l’« intégration » de leur mission respective.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a appelé à s’appuyer davantage sur les meilleures pratiques du maintien de la paix pour renforcer la coopération entre l’ONU et les pays hôtes, notamment en impliquant davantage ces derniers en amont, lors des phases de définition des mandats.  Le représentant a également insisté sur l’importance de la formation linguistique des contingents.  Cette dernière, a-t-il précisé, doit être assumée aussi bien par l’ONU que par le pays hôte.  Enfin, le représentant a demandé aux commandants des forces présents quels conseils ils pourraient donner au Conseil de sécurité sur les actions à prendre par ce dernier en cas de signature d’accords entre des parties à un conflit durant le déroulement d’une mission ou dans les phases de transition.

Reprenant la parole M. LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, s’est contenté de répondre à la question relative au financement des missions, en particulier celles déployées en Afrique.  Beaucoup d’efforts ont été faits, a-t-il assuré, pour faire le meilleur usage possible des ressources mises à la disposition de son Département.  Parfois cependant, des opérations peuvent se heurter à des défis qui ont des implications financières inattendues, comme c’est le cas par exemple avec l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC), contre laquelle s’est mobilisée la MONUSCO.

Les trois principes clefs qui régissent les opérations de maintien de la paix continuent d’être pertinents, et les commandants des forces font des efforts considérables pour entretenir avec les pays hôtes les meilleures relations possibles, ce qui n’est pas toujours facile, a reconnu M. Lacroix.  À cet égard, le soutien du Conseil de sécurité est particulièrement important, a-t-il souligné.  S’agissant de la formulation des mandats, le Secrétaire général adjoint a rappelé que le Secrétariat de l’ONU jouait un rôle primordial, en rappelant que des recommandations sont faites au Conseil de sécurité.  Il a, en conclusion, affirmé que le Département des opérations de paix continuerait de promouvoir les femmes, y compris à des postes de responsabilité.

En réponse à la question posée par la Pologne, de savoir si les mandats actuels permettaient à la MINUAD de travailler de façon pragmatique, le général NGONDI, Commandant de la Force de la MINUAD, a estimé qu’à l’exception du pilier politique, les différents piliers du mandat de la Mission fonctionnaient efficacement.  Il n’y a en effet qu’une seule zone à laquelle il est impossible à la MINUAD d’accéder actuellement pour mettre en œuvre son mandat, a-t-il précisé, estimant que la Mission était par conséquent en mesure d’opérer « de façon acceptable ».

S’agissant des évènements récents dans la capitale soudanaise, M. Ngondi a souligné que ces derniers avaient eu des conséquences limitées sur la MINUAD.  Il a toutefois admis que la militarisation du Gouvernement soudanais était à l’origine d’un certain nombre de frictions.  En ce qui concerne les camps, ils seront bientôt restitués aux civils, a affirmé le général, grâce notamment aux pressions exercées par la Mission et la communauté internationale.

En réponse à la question du Royaume-Uni sur les conséquences des réformes du maintien de la paix sur la MINUAD, M. Ngondi a estimé que la décentralisation des ressources et de la prise de décisions était une bonne chose.  « Cela nous facilite la tâche », a-t-il dit. 

Concernant les pillages constatés dans la zone d’opérations de la Mission, le général a indiqué que des enquêtes étaient actuellement en cours.  Dans la mesure où les nouvelles autorités militaires à la tête du Gouvernement soudanais ne disposent pas nécessairement des « bon canaux de communication avec la population » du pays, M. Ngondi a jugé que la Mission devait redoubler d’efforts pour faire comprendre aux communautés locales l’utilité de sa présence et pour travailler avec les nouvelles autorités.

À la question posée par le Pérou concernant les activités développées par la MINUAD en matière de défense des droits de l’homme, M. Ngondi a indiqué que la Mission tentait de renforcer ses activités pour éduquer les populations et le Gouvernement sur les questions liées à l’état de droit et au respect des droits de l’homme.  La question du développement ne fait pas à proprement parler partie du maintien de la paix, a-t-il ajouté, mais elle a une incidence évidente sur les violations commises au Darfour, en particulier les pillages.

En réponse à l’intervention de la Fédération de Russie, M. Ngondi a indiqué que la MINUAD s’efforçait d’améliorer sa gestion des phases de transition et de lutter plus efficacement contre les pillages.

À la question des États-Unis sur le transfert de responsabilité des sites auparavant sous contrôle de la MINUAD, le général s’est dit confiant quant au fait que les sites seront utilisés à des fins civiles, dans le respect des accords existants.

À la question de la France sur la façon dont le Conseil pourrait s’y prendre pour appuyer davantage la MINUAD, M. Ngondi a répondu que le Conseil devrait avant tout veiller au respect par les parties du mandat de la Mission et des accords conclus concernant les sites restitués. 

S’agissant des allégations sexuelles, le général a loué la discipline qui règne au sein de la MINUAD.  Il n’y a eu aucune allégation d’atteinte sexuelle depuis quatre ans pour le personnel en uniforme de la Mission, ce qui est assez remarquable, a-t-il affirmé.  « Le comportement des Casques bleus est irréprochable. »

En ce qui concerne la demande d’éclaircissements de la Côte d’Ivoire sur la coopération entre la MINUAD et les autorités soudanaises, M. Ngondi a rappelé que le Gouvernement ne permettait pas à la Mission d’accéder à une zone en particulier.  Nous ne sommes pas les ennemis du Gouvernement et nous devrions donc pouvoir circuler partout, a-t-il estimé.

En réponse à la question de la Chine sur l’opportunité de modifier le mandat de la MINUAD, le général a rappelé que seul le pilier politique du mandat de la Mission posait actuellement un problème.  Cette difficulté est, selon lui, lié au statut particulier du Darfour.  Fait-il ou non partie du Soudan? s’est interrogé M. Ngondi.  « D’après moi oui, mais c’est au peuple de décider », a-t-il déclaré, soulignant qu’il revenait au Conseil de décider de l’avenir du pilier politique de la MINUAD.

En réponse à la question de l’Allemagne sur la réalité ou non de heurts au Darfour, le général a indiqué que, outre la menace militaire liée à l’Armée de libération du soudan, qui est plutôt bien endiguée, les problèmes sécuritaires dans la région étaient surtout liés à des problèmes de banditisme.  Quant au fait de savoir si le retrait de la Mission pourrait entraîner une recrudescence du banditisme, M. Ngondi a estimé qu’il était difficile de le prédire.

S’agissant de la coopération avec les autorités locales pour venir à bout des violences sexuelles au Darfour, le général a jugé qu’il fallait mettre en place des dispositifs de surveillance de ces violences dans la zone.

Aux questions de l’Indonésie sur les défis liés à l’exécution du mandat de la MINUAD, le général a répondu que le retrait de la Mission s’effectuait de façon responsable.  Il n’y a pas à l’heure actuelle de résurgence des hostilités dans les zones où s’est retirée la MINUAD, a-t-il affirmé.

En réponse à la question du Koweït sur les actions à prendre par le Conseil en cas de signature d’accords entre des parties à un conflit durant le déroulement d’une mission ou dans les phases de transition, M. Ngondi a appelé le Conseil à appuyer davantage les efforts diplomatiques et le dialogue politique. 

Le général PEARCE, Commandant de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre, a répondu à la Pologne, en expliquant que l’UNFICYP est proactive pour prévenir ou atténuer les tensions dans la zone tampon.  Elle a reconnu que les parties ne reconnaissent pas l’aide-mémoire de 1989.  Mme Pearce a confirmé, par ailleurs, que les demandeurs d’asile se faisaient de plus en plus nombreux.  Chypre figure parmi les pays d’Europe où il y a le plus d’arrivées de migrants, a-t-elle fait observer, en confirmant que la tendance est à la hausse et que la Force œuvre avec les deux parties pour prêter assistance aux nouveaux arrivants. 

S’agissant de l’approche « d’amont en aval », l’UNFICYP fait participer depuis longtemps les pays contributeurs de troupes à la formation pour être bien certain que les Casques bleus ont reçu la meilleure préparation possible.  Dans le cas contraire, une mise à jour est dispensée sur place pour remédier à l’éventuelle insuffisance, a-t-elle indiqué.

Répondant au Pérou, le général a dit que la Force travaillait avec les deux communautés à des mesures sur le renforcement de la confiance, notamment en menant des opérations de déminage et des activités axées sur les communautés locales, en étroite coopération avec la composante politique de la Mission.  La formation et la sécurité sont les priorités dans l’ensemble des activités que mène l’UNFICYP, a-t-elle ajouté.

Répondant aux États-Unis, elle a dit que la Force disposait d’une certaine liberté d’action, mais que certaines zones étaient contestées, et qu’elle travaillait à la désescalade.  Elle a appelé, à cet égard, à soutenir l’Envoyé spécial pour lui permettre de parvenir à des progrès sur le processus politique.  S’agissant du consentement donné par le pays pour la liberté de déplacement des personnels de la Mission dans la zone tampon, Mme Pearce a déclaré qu’elle n’était pas l’objet d’une préoccupation particulière.  Elle a indiqué qu’elle avait zéro tolérance pour les abus et exploitations sexuels, chaque membre du personnel étant tenu pour comptable de ses actes, sous peine de ternir la réputation de la Force et de l’ONU.

L’UNFICYP est engagée, a-t-elle poursuivi, dans un programme d’évaluation constante des moyens lui permettant d’améliorer ses résultats.  Le mandat remonte à 1964 et, maintenant, les deux parties ont des avis sur ce qui doit faire partie de la zone tampon ou pas.  « Nous nous heurtons à des difficultés à cet égard. » 

Sur le dialogue avec le pays hôte, en tant que Commandant de la Force, Mme Pearce a expliqué qu’elle devait le mener avec les deux parties au conflit, de la manière la plus neutre possible, afin de parvenir à atténuer les tensions.  S’agissant de ce que pourrait faire le Conseil de sécurité, Mme Pearce lui a demandé de continuer à soutenir la Force pour que soit respecté l’aide-mémoire de 1989.

Par ailleurs, nous avons un programme vigoureux d’engagement auprès des jeunes et des femmes, a assuré le Chef de l’UNFICYP.  Elle a encouragé les pays contributeurs de troupes à créer un environnement dans lequel les femmes sentent qu’elles ont des opportunités professionnelles assorties d’une progression de carrière dans les missions comme la sienne, tout en précisant que la Mission à Chypre pratique une politique d’égalité entre les sexes.  Cette politique est menée par un membre de la Force qui informe le Siège « de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas », a-t-elle précisé.

« Je crains que nous soyons un peu en autopilote avec le retrait de la MINUAD », a déclaré le représentant de l’Allemagne.  Certes, le Commandant de la force a dit que les troupes arrivent à gérer les troubles liés au retrait de certains sites dans la zone d’opérations, mais il n’en demeure pas moins que la Mission doit faire face à des défis, s’est-il inquiété.  À cela s’ajoute l’action des nouvelles autorités de Khartoum, qui ont demandé à leurs Forces d’appui rapide d’investir les sites auparavant sous la responsabilité de la MINUAD, au lieu de procéder à leur transfert à la population civile.  « C’est proprement inacceptable! » s’est indigné le représentant allemand, appelant le Conseil à ne pas laisser perdurer la situation.

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