Conseil de sécurité: sur fond de « réescalade » des combats au Yémen, le PAM annonce une suspension d’une partie de son aide alimentaire

CS/13845
17 juin 2019
8551e séance – matin

Conseil de sécurité: sur fond de « réescalade » des combats au Yémen, le PAM annonce une suspension d’une partie de son aide alimentaire

Le Conseil de sécurité a pris note, ce matin, du sombre tableau dressé par l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen concernant la situation politique et sécuritaire du pays, marquée, selon lui, par une « réescalade » de la violence, l’absence de progrès sur deux des trois volets de l’accord conclu l’an dernier à Stockholm entre les parties et la fragilité du cessez-le-feu en vigueur dans l’ouest du pays.  C’est toutefois l’annonce par le Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM) de la suspension d’une partie de son aide aux Yéménites, en raison d’entraves « acharnées » notamment de la part des houthistes à l’acheminement des denrées, qui a suscité les plus vives réactions parmi les membres du Conseil.

Loin de l’optimisme affiché en mai dernier devant le Conseil, M. Martin Griffiths a déploré l’impasse actuelle dans laquelle se trouve la mise en œuvre de deux des trois éléments clefs de l’Accord de Stockholm, signé par le Gouvernement yéménite et Ansar Allah en décembre 2018, à savoir un accord d’échange de prisonniers et la Déclaration d’entente sur Taëz.  S’agissant de la Déclaration, qui était censée ouvrir la voie à des négociations sur le sort de cette ville du sud-ouest, M. Griffiths a souligné que la situation demeurait « extrêmement complexe et fragile », au détriment de la population de la ville.  Quant à l’accord sur l’échange de prisonniers, en dépit de « réunions productives » entre les parties au cours des derniers mois, la question demeure, selon lui, au point mort.  L’Envoyé spécial a donc exhorté les parties à faire avancer ces deux volets pour mettre pleinement en œuvre l’accord conclu dans la capitale suédoise, en vue de parvenir, à terme, à la réouverture de négociations de paix au Yémen.

Pour l’heure, ces stagnations se doublent, d’après M. Griffiths, d’une « réescalade de la violence » dans l’ensemble du pays, ainsi que d’une multiplication des assauts houthistes contre des infrastructures civiles dans le sud de l’Arabie saoudite, à l’instar de l’attaque de drone lancée il y a quelques jours par les houthistes sur l’aéroport d’Abha. 

Seul point positif, selon l’Envoyé spécial, le maintien du cessez-le-feu dans la province de Hodeïda, où Ansar Allah a entamé en mai dernier un redéploiement unilatéral des forces houthistes en partance des trois ports de Hodeïda, Salif et Ras Issa, conformément à l’Accord sur Hodeïda – le troisième volet de l’Accord de Stockholm.  M. Griffiths a précisé que ces mesures avaient permis de réduire de 68% les pertes en vies humaines dans la province, où les parties coopèrent avec le général de corps d’armée Michael Lollesgaard de la Mission de l’ONU en appui à l’Accord sur Hodeïda (MINUAAH). 

La persistance des combats dans le reste du pays continue de peser sur la population, a par ailleurs mis en garde le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock.  Selon lui, le bilan civil est lourd: plus de 250 000 personnes ont été déplacées cette année; le nombre d’incidents tuant ou blessant les enfants a plus que triplé ces derniers mois; 80% de la population -soit plus de 24 millions de personnes- ont besoin d’aide; et environ 600 incidents par mois endommagent ou détruisent des hôpitaux et autres infrastructures civiles.  « Assez!  C’est assez », a martelé M. Lowcock, précisant que seuls 985 millions de dollars sur les 4,2 milliards demandés pour financer le Plan humanitaire pour le Yémen en 2019 avaient été perçus, soit 24%. 

C’est dans ce contexte « catastrophique » que, chaque mois, le Programme alimentaire mondial (PAM) nourrit 10 millions de personnes qui dépendent du PAM pour leur survie, a quant à lui souligné le Directeur exécutif de l’agence, M. David Beasley.  Or, le PAM fait face, selon lui, à une « résistance acharnée » qui l’empêche tout simplement de faire son travail, notamment dans des zones contrôlées par Ansar Allah, qu’il a accusé de « détourner » et « manipuler » l’aide alimentaire de l’ONU.  Le Directeur exécutif a dit avoir tenté toutes les options possibles pour résoudre cette situation, par le biais de négociations avec les houthistes et d’accords avec le Gouvernement.  À défaut de recevoir des garanties sur le respect de ces engagements, le PAM devra suspendre la livraison de l’aide dès la fin de la semaine, sauf pour les enfants malnutris, les femmes enceintes et les femmes se relevant de couches, a-t-il mis en garde, suscitant de vives réactions parmi les membres du Conseil, dont certains ont fait part de leur « tristesse » face à cette annonce « déprimante ». 

Les houthistes profitent du chaos pour imputer la responsabilité de la situation humanitaire au Gouvernement yéménite, a accusé le délégué de ce pays, expliquant qu’Ansar Allah profite des « atermoiements et louvoiements » internationaux pour laisser souffrir le peuple yéménite.  À l’inverse, depuis le début du mandat de l’Envoyé spécial, nous nous sommes employés à renforcer la confiance et à contourner les obstacles conformément à l’Accord de Stockholm, a déclaré le représentant.  Le Gouvernement du Yémen s’est en effet proposé d’ouvrir des voies d’accès aux Red Sea Mills, dont le contenu pourrait permettre de nourrir plusieurs millions de personnes pendant 30 jours, a souligné le Koweït, condamnant les « entraves graves » des houthistes à l’accès humanitaire.  Les « attaques constantes » de ces derniers contre l’Arabie saoudite constituent en outre une « menace flagrante et permanente » à la sécurité de la région, a estimé le pays, jugeant qu’il faudrait adopter un embargo sur les armes pour remédier à la situation. 

La Fédération de Russie a également mis en garde contre l’escalade récente des tensions dans le golfe Persique, suite notamment aux attaques de deux pétroliers en mer d’Oman la semaine dernière.  Toutefois, « attiser les tensions de façon artificielle et proférer des accusations hâtives » ne contribuent qu’à « politiser » la situation, a estimé le délégué, pour qui « l’escalade de la rhétorique contre l’Iran » ne peut que déstabiliser l’ensemble de la région et nuire à l’action diplomatique de l’ONU au Yémen.  L’Iran doit alors cesser de fournir aux houthistes les armes nécessaires pour mener des attaques comme celles de l’aéroport d’Abha, ont quant à eux estimé les États-Unis.  À leur suite, l’Allemagne a tenu à rappeler à Moscou que l’obligation de rendre des comptes pour les crimes commis était également un principe à respecter par ce Conseil.

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Lettre datée du 10 juin 2019, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Secrétaire général (S/2019/485)

Déclarations

M. MARTIN GRIFFITHS, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, a indiqué qu’il avait continué à travailler de concert avec le Gouvernement du Yémen et Ansar Allah sur la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm, signé le 13 décembre 2018 dans la capitale suédoise, ainsi que sur la reprise des négociations en vue de parvenir à une solution politique globale, conformément à l’initiative du Conseil de coopération du Golfe et à son mécanisme.

Concernant la situation dans la province de Hodeïda, l’Envoyé spécial, qui s’exprimait par visioconférence, a précisé que les parties avaient pris des mesures afin de réduire la violence dans la zone depuis les six derniers mois, en dépit du retard dans la mise en œuvre de l’Accord sur la ville de Hodeïda et les ports de Hodeïda, de Salif et de Ras Issa (Accord sur Hodeïda).  M. Griffiths a précisé avec satisfaction que ces mesures avaient notamment permis de réduire de 68% le nombre des pertes en vies humaines dans la province.

Malgré ces points positifs, l’Envoyé spécial a souligné qu’il demeurait fortement préoccupé par la persistance des violences et des victimes civiles dans la zone.  « Toutefois, il est clair que la désescalade globale continue de bénéficier au peuple de la ville et à la réponse humanitaire, », a-t-il nuancé.  Les membres du Comité de coordination du redéploiement ont en effet continué à travailler de manière constructive avec le général de corps d’armée Michael Lollesgaard de la Mission des Nations Unies en appui à l’Accord sur Hodeïda (MINUAAH), notamment dans le cadre de la mise en œuvre de la première et de la deuxième phase de l’Accord sur Hodeïda au cours des derniers mois. 

L’Envoyé spécial a également indiqué que l’utilisation des revenus liés aux activités des ports de Hodeïda, Salif et Ras Issa figurait au nombre de ses priorités.  Il a espéré que les parties puissent parvenir à un consensus sur cette question, dans le respect de l’Accord sur Hodeïda.  « J’espère que ce consensus permettra le paiement des salaires du secteur public dans la province de Hodeïda et dans tout le Yémen », a-t-il précisé, tout en appelant à tirer parti de la réunion qui a eu lieu le mois dernier à Amman pour planifier des discussions avec les deux parties sur ce sujet dans un futur proche.

M. Griffiths a en outre appelé les parties à mettre pleinement en œuvre l’Accord de Stockholm, tout en s’assurant du respect de la souveraineté du pays.  Il a salué le Gouvernement du Yémen pour la flexibilité dont il a fait preuve tout au long de ce processus, ainsi que pour son appui constant à l’Accord.  L’Envoyé spécial a de plus indiqué son intention de continuer à s’entretenir avec le Président Abadrabbo Mansour Hadi, avec le Gouvernement yéménite et avec Ansar Allah, pour accélérer la mise en œuvre de l’Accord.

Par ailleurs, M. Griffiths a rappelé que la Déclaration d’entente sur Taëz, qui fait partie de l’Accord de Stockholm, avait été conçue pour ouvrir la voie à des négociations sur le sort de la ville et de ses habitants.  « La situation politique et militaire dans l’enceinte de la ville demeure extrêmement complexe et fragile, au détriment de la population », a-t-il toutefois déploré, tout en précisant qu’il continuait à travailler avec les parties pour organiser une réunion afin de sortir de l’impasse actuelle.

L’Envoyé spécial s’est également dit très déçu par le manque de progrès dans la mise en œuvre de l’échange de prisonniers, un volet également inclus dans l’Accord de Stockholm.  Il a toutefois indiqué que les parties avaient organisé des « réunions productives » au cours des derniers mois afin de régler les questions en suspens sur les termes de cet échange.  « Si elles font preuve d’une flexibilité politique accrue, je suis persuadé qu’elles seront en mesure de traduire ces discussions en acte sur le terrain », a-t-il affirmé, ajoutant que des avancées sur cette question permettraient d’instaurer davantage de confiance entre les parties et d’améliorer la situation humanitaire des prisonniers.  M. Griffiths a ainsi exhorté les parties à faire de l’échange de prisonniers une priorité et à négocier de bonne foi sur la question.

L’Envoyé spécial a ensuite abordé les préoccupations récemment exprimées par le Conseil de sécurité concernant la « réescalade de la violence » dans tout le Yémen et les attaques visant des infrastructures civiles dans le sud de l’Arabie saoudite.  « Je dois faire écho à ces préoccupations, concernant notamment les récentes attaques de drones contre l’aéroport d’Abha », a-t-il précisé, appelant à prendre des mesures pour désamorcer les tensions au profit du peuple yéménite et de la sécurité régionale.  « Plus le conflit durera, plus il sera difficile de le résoudre et d’inverser ses effets dévastateurs », a mis en garde M. Griffiths, estimant que la poursuite du dialogue entre les parties pour mettre en œuvre l’Accord de Stockholm était « importante, mais pas suffisante » pour le peuple yéménite.  « Ils veulent que leurs souffrances cessent maintenant et pas demain », a-t-il dit.  L’Envoyé spécial a estimé que la résolution du conflit au Yémen passait nécessairement par une solution politique globale.  « Avec l’appui de ce Conseil, je reste convaincu que les parties pourront parvenir à un règlement global et pacifique du conflit au Yémen », a-t-il conclu.

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a relevé qu’il présentait aujourd’hui son quinzième exposé sur la situation au Yémen et le trente-sixième que le Conseil entendait depuis 2015.  « Mon expérience est comme celui du principal personnage dans le film hollywoodien bien connu “Un jour sans fin” (Groundhog Day) », a-t-il comparé, en rappelant que chaque matin, lorsque le personnage se réveille, c’est la même journée qui recommence.  Comme dans ce film, les détails de cet exposé changent d’un mois à un autre mais le décor de fond reste le même, a-t-il remarqué, en disant vouloir examiner « le temps qui semble être bloqué au Yémen ». 

« Comment cette guerre a-t-elle évolué ces quatre ou cinq dernières années?  Qu’est-ce qui a été fait?  À quoi devons-nous nous attendre si elle continue?  Que faisons-nous à ce propos?  Comment faut-il aider le Yémen pour casser ce cycle pour de bon? » a demandé M. Lowcock. 

Depuis le début, cette guerre est brutale, a dénoncé le haut fonctionnaire en apportant plusieurs illustrations.  Le groupe indépendant de surveillance « Armed Conflict Location and Event Data Project » (ACLED) estime que plus de 70 000 personnes ont été tuées depuis 2016.  Cette violence est constante, car les combats peuvent diminuer dans une zone pour exploser ailleurs, comme c’est le cas aujourd’hui à Al Dhale, Hajjah et Taëz.  Les incidents dans tout le pays ont augmenté depuis 2016, avec actuellement plus de 30 lignes de front actives au Yémen. 

M. Lowcock a détaillé les conséquences des combats sur la population civile: plus de 250 000 personnes ont été déplacées cette année; le nombre d’incidents tuant ou blessant les enfants a plus que triplé entre le dernier trimestre de 2018 et le premier trimestre de 2019.  Il a aussi mentionné l’augmentation, ces derniers jours, des attaques dangereuses et condamnables contre l’Arabie saoudite, ainsi que des bombardements aériens à Sanaa et dans d’autres régions. 

Les combats ont eu peu d’effet sur le contrôle du pays, a poursuivi M. Lowcock: aujourd’hui, la grande majorité des Yéménites vit dans des zones contrôlées par Ansar Allah et leurs alliés.  Après des dizaines de milliers de bombardements aériens et d’affrontements, la guerre a changé seulement marginalement depuis 2016.  Cela dit, « cette guerre n’est pas seulement brutale, elle est aussi impossible à gagner ».  Qu’a-t-elle alors réalisé? 

Chaque mois, a poursuivi M. Lowcock, les statistiques sont publiées: 80% de la population, soit plus de 24 millions de personnes, ont besoin d’aide et de protection, y compris 10 millions qui dépendent de l’aide alimentaire pour survivre.  Quelque 600 incidents par mois endommagent ou détruisent les infrastructures civiles.  Plus de 100 hôpitaux ont été frappés l’an dernier, de même que des centres de santé et des écoles.  Un quart des enfants ne vont d’ailleurs plus à l’école.  En outre, plus de 3,3 millions de personnes sont déplacées.  Quant à l’économie, elle est dévastée et réduite de 40%, voire plus.  Aujourd’hui, le nombre de personnes qui ont besoin d’aide est moitié plus qu’avant la guerre.  Pour la première fois cette année, les évaluations confirment l’existence de poches de famine dans plusieurs régions du Yémen. 

Les conséquences de tous ces affrontements sont les suivantes: des morts, des ravages et de la destruction, la misère d’une nation, la fracture et la fragmentation de la société.  En tout, la pire tragédie humanitaire au monde, a estimé M. Lowcock.

« Que va-t-il se passer maintenant si la guerre continue? » a demandé le Coordonnateur des secours d’urgence en apportant deux réponses immédiates.  En premier lieu, beaucoup de gens mourront et les conditions empireront pour ceux qui survivront.  Une étude de l’Université de Denver commandée pour le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) prévoit que si la guerre se poursuit jusqu’en 2022, il faut s’attendre à un demi-million de morts, dont 300 000 mourront de famine, de manque de soins et de causes sous-jacentes.  C’est le double que ce qui a été prévu si la guerre s’arrête cette année.  On verrait aussi un déclin profond des survivants dans tout le pays.  Un quart des enfants seraient malnutris, et près de 40% des enfants seraient privés d’école.  « Vous pouvez imaginer les implications de cette situation sur le plan sécuritaire et la stabilité de toute la région. » 

En deuxième lieu, nous aurons besoin d’une opération de secours plus grande et plus coûteuse.  Avec 4,2 milliards de dollars, la réponse humanitaire de cette année est déjà la plus grande au monde.  C’est trois fois de plus que ce dont nous avions besoin en 2015.  Et si les affrontements ne cessent pas, les besoins d’aujourd’hui ne seront qu’une fraction de ce dont nous aurions besoin pour assurer la survie de la population pendant quelques années.  Si au début de 2017 trois millions de personnes recevaient chaque mois de l’aide, deux ans plus tard ils ne sont plus de 10 millions.  Que faut-il changer pour rompre ce cycle? a questionné le haut fonctionnaire. 

Premièrement, il faut faire taire les armes et les avions de combat.  « Assez!  C’est assez », a martelé M. Lowcock, en appelant également les parties à respecter le droit international humanitaire et à éviter de cibler les civils et les infrastructures, avec ou sans cessez-le-feu.  Deuxièmement, toutes les parties doivent faciliter un accès humanitaire sans entrave. 

La troisième priorité est le financement complet de l’opération humanitaire.  Cette année, sur les 4,2 milliards de dollars demandés, 985 millions ont été reçus, soit 24%, mais des promesses de dons de 2,6 milliards de dollars ont été annoncées à Genève en février.  Quatrièmement, des mesures durables sont nécessaires pour renforcer l’économie du Yémen.  La cinquième priorité est la plus importante: des progrès dans le processus politique pour la paix.  L’Accord de Stockholm est une étape importante dans la bonne direction, mais nous nous trouvons maintenant dans un mauvais pas, a estimé M. Lowcock, qui a espéré que tout le monde travaille au mieux avec l’Envoyé spécial pour le Yémen et son équipe.

Revenant à sa comparaison de départ, le Coordonnateur des secours d’urgence a rappelé que le personnage principal du film sortait finalement du piège du temps mais en ayant totalement changé sa façon de se comporter.  S’agissant du Yémen, rien ne changera tant que chacun ne sera pas prêt à changer sa manière de faire, a-t-il prédit. 

M. DAVID BEASLEY, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), a prévenu d’emblée que la situation humanitaire au Yémen était désastreuse et que le PAM était toujours confronté à une « résistance acharnée » qui l’empêche de faire tout simplement son travail et de sauver des vies.  Il a rappelé avoir ouvertement critiqué en novembre 2017 le blocus de la coalition sur Hodeïda, comme aujourd’hui il dénonce les obstacles qui empêchent le PAM de nourrir les Yéménites affamés: dans des zones contrôlées par Ansar Allah, l’aide alimentaire de l’ONU est détournée aux dépens de ceux qui ont faim.

M. Beasley a expliqué que le travail principal du PAM sur le terrain consiste à identifier les personnes qui ont le plus besoin de l’aide et à mettre en place des systèmes de surveillance pour que ces personnes reçoivent effectivement l’alimentation qui leur est destinée.  Il a souligné la nécessité de ces systèmes pour s’assurer que l’on n’enlève pas le pain de la bouche des nécessiteux et pour que les rations alimentaires ne viennent pas soutenir des agendas politiques.  Ces systèmes protègent les nécessiteux et constituent une garantie pour les donateurs du monde entier, a-t-il résumé.

Au cours des deux dernières années, a-t-il poursuivi, nous avons répété à Ansar Allah que nous étions préoccupés par leur résistance à nos opérations neutres et indépendantes.  Le PAM rencontrait aussi des difficultés pour importer les équipements et obtenir des visas pour le personnel, des problèmes que nous n’avons eu de cesse de soulever, a-t-il précisé.  Alors que des négociations formelles avec les autorités de Sanaa avaient démarré en décembre 2017 pour que le PAM puisse identifier les plus affamés et les rentrer dans le système biométrique, des mois plus tard aucun résultat n’a été atteint et, en plus, des détournements ont été constatés, a déploré M. Beasley.

« La situation au Yémen est catastrophique », a affirmé le Directeur exécutif du PAM, en soulignant que les moyens de subsistance sont détruits et que l’économie est en mauvais état.  C’est dans ce contexte que, chaque mois, le PAM nourrit 10 millions de personnes.  « Mais en tant que chef du PAM, je ne peux pas vous garantir que toute l’aide va à ceux qui en ont le plus besoin. »  M. Beasley a expliqué les raisons de cette situation: d’une part, nous ne sommes pas autorisés à opérer de manière indépendante, d’autre part, l’aide est détournée pour en tirer des gains.

Pour apporter la preuve de ses propos, il a cité les personnes interrogées dans sept centres de Sanaa où 60% des personnes censées recevoir l’aide ont indiqué n’avoir reçu « aucune » aide alimentaire.  Pourtant leurs empreintes ont été apposées sur les listes de distribution.  « Qui a pris leur nourriture?  Où est passée l’aide? »

Toujours à Sanaa, 33% des personnes sondées ont dit ne pas avoir reçu d’aliments en avril 2019.  Au cours des 60 derniers jours, la ligne téléphonique d’urgence et le système de surveillance du PAM ont détecté plus de 30 cas de détournement possible d’aliments dans certaines régions du Yémen contrôlées par les autorités de Sanaa.  Ces détournements ne sont pas limités aux zones contrôlées par les houthistes, a-t-il précisé.

L’assistance alimentaire est en train d’être manipulée et on nous empêche de régler le problème, s’est-il plaint.  Il a rappelé que la raison de la présence du PAM au Yémen est humanitaire, grâce à plus de 150 millions de dollars versés chaque mois par les pays du monde entier.

Le Directeur exécutif a dit avoir tenté toutes les options possibles pour résoudre cette situation au cours des 18 derniers mois: dialogue et négociations avec les leaders de Ansar Allah, avec un appel personnel lancé au leader, qui a répondu favorablement en décembre et en janvier; accords signés avec les autorités de Sanaa le 28 décembre 2018 et le 15 janvier 2019, sur l’inscription et l’enregistrement biométrique des bénéficiaires. 

Mais à chaque fois que nous sommes près d’arriver à la mise en œuvre de ces accords, il y a un nouvel obstacle, a regretté M. Beasley, qui a écrit aux autorités pour leur demander « des paroles plutôt que des actes ».  Il a prévenu qu’à défaut de recevoir des garanties que ces accords seraient honorés, il devrait suspendre la livraison de l’aide dès la fin de la semaine, sauf pour les enfants malnutris, les femmes enceintes et les femmes se relevant de couches. 

Grâce à l’enregistrement biométrique, nous pouvons cibler les destinataires de l’aide, a-t-il rappelé, ce qui est crucial.  Concernant le problème d’accès, il a noté que si des dirigeants de Ansar Allah veulent aller de l’avant, d’autres ne sont là que pour faire des bénéfices, comme dans toute guerre.  Ce qui est en jeu, c’est l’intégrité du système des Nations Unies dans le monde, a-t-il mis en garde.

Nous demandons au mouvement Ansar Allah de nous laisser faire notre travail, a-t-il insisté.  « Au Yémen, nous avons l’argent –j’en suis très reconnaissant- mais nous n’avons pas l’accès », a dit en conclusion le Directeur exécutif du PAM.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a renouvelé son soutien envers l’action menée au Yémen par les Nations Unies, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et le PAM.  Elle a appelé toutes les parties à redoubler d’efforts pour œuvrer de concert avec les représentants de l’ONU sur le terrain, notamment en vue de lever les obstacles qui entravent l’aide humanitaire.  La représentante a d’ailleurs salué le Conseil pour avoir su « parler d’une même voix » sur cette question.

La déléguée britannique a par ailleurs jugé remarquable que l’Accord sur Hodeïda ait duré aussi longtemps.  « Le fait que l’Accord tienne est très important », a-t-elle insisté.  Toutefois, l’escalade militaire dans l’ensemble du pays est très préoccupante, a nuancé la représentante, condamnant notamment l’attaque récente sur l’aéroport d’Abha, en Arabie saoudite.

S’agissant du redéploiement des parties à partir des ports de Hodeïda, de Salif et de Ras Issa, la représentante a appelé les houthistes à finaliser la mise en œuvre de l’Accord au-delà du seul redéploiement de leurs forces, notamment concernant les volets de l’Accord liés au déminage de la zone.  La représentante a également appelé toutes les parties à avancer sur la question de l’échange de prisonniers.  Elle a fait part de son incompréhension face à l’absence de progrès sur la question, étant donné son importance pour parvenir à un accord de paix global au Yémen. 

Sur le plan humanitaire, la représentante a appelé tous les États Membres de l’ONU à remédier au sous-financement actuel du Plan d’aide humanitaire des Nations Unies pour 2019.  Elle les a également appelés à soutenir l’action du PAM sur le terrain.

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a condamné la dernière attaque qui aurait été menée par les houthistes contre l’aéroport d’Abha, en Arabie saoudite.  Il a demandé aux houthistes d’honorer leurs engagements pris en Suède au lieu de mener de telles attaques, niant la possibilité d’une solution militaire.  L’Iran doit cesser de leur fournir les armes nécessaires pour mener de telles attaques, a-t-il ajouté.  Il a assuré que les États-Unis avaient toujours l’objectif de travailler avec leurs partenaires internationaux en faveur de la paix, de la prospérité et de la stabilité au Yémen. 

En ce qui concerne le Gouvernement yéménite et les houthistes, il leur a demandé de travailler de bonne foi avec l’Envoyé spécial Griffiths et le général Lollesgaard en vue de la pleine mise en œuvre, aussi tôt que possible, de l’accord de redéploiement.  Notant que l’escalade récente des combats menace l’accès de l’aide humanitaire et contraint les populations à fuir leurs domiciles, il a exigé que les combats cessent immédiatement. 

M. Cohen a noté les progrès accomplis jusqu’à présent dans la mise en place de systèmes de surveillance onusiens supplémentaires, en espérant que le redéploiement ait lieu comme prévu, et a déclaré qu’il fallait saisir la chance offerte par ces progrès.  Soulignant l’importance du cessez-le-feu à Hodeïda et de la désescalade des hostilités, il a fait part de son inquiétude face à une nouvelle escalade et appelé les parties à faire preuve de retenue.  Toutes les parties doivent, entre autres, faciliter l’arrivée des observateurs de l’ONU et coopérer avec le travail de l’Envoyé spécial, a exigé M. Cohen.

Il a noté que le Gouvernement avait prouvé son engagement clair envers le processus mené par l’ONU, mais pour ce qui est des houthistes, il leur a demandé de démontrer qu’ils étaient sérieux à propos du processus de paix en retirant leurs troupes de la manière convenue dans l’Accord de Stockholm et en permettant ainsi l’achèvement de la première phase.  Préoccupé aussi par l’augmentation des cas de choléra dans l’ensemble du pays, le représentant a déclaré que les États-Unis soutenaient les efforts du PAM pour distribuer l’aide dans tout le Yémen conformément aux principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a appelé à redoubler d’efforts pour avancer sur la voie d’une solution politique globale au Yémen et lever les entraves actuelles à l’aide humanitaire. 

S’agissant de l’escalade récente des tensions dans le golfe Persique, le représentant a condamné les attaques contre des pétroliers en mer d’Oman.  Toutefois, selon lui, « attiser les tensions de façon artificielle et proférer des accusations hâtives » ne contribuent qu’à « politiser » la situation, plutôt que d’attendre les conclusions d’une enquête internationale indépendante.  Étant donné cette évolution, le représentant a rappelé la proposition russe de lancer un processus d’élaboration de mesures de confiance et de sécurité dans le golfe Persique.  « L’escalade de la rhétorique contre l’Iran », a encore estimé le représentant, ne peut que conduire à déstabiliser l’ensemble de la région et nuire à l’action diplomatique des Nations Unies au Yémen.

S’agissant du conflit dans le pays, le représentant a appelé à poursuivre la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm.  Il a salué le redéploiement des forces houthistes dans le cadre de l’Accord sur Hodeïda et a exhorté les parties à continuer sur cette lancée pour parvenir à une phase de suivi du redéploiement, ainsi qu’à la mise en œuvre complète de l’Accord de Stockholm.

Tous les membres permanents du Conseil de sécurité soutiennent l’Envoyé spécial pour le Yémen, a ensuite affirmé le représentant russe, avant d’appeler tous les pays bénéficiant d’une influence sur les parties à en faire usage pour sortir les négociations de paix au Yémen de l’impasse actuelle.  « Plus la guerre dure, plus le redressement sera difficile », a-t-il prédit, avant de condamner les attaques contre les infrastructures civiles du pays, y compris les installations pétrolières. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) s’est dit très gravement préoccupé par l’augmentation de la violence au Yémen.  Le représentant a condamné les attaques houthistes de ces dernières semaines contre des zones peuplées de l’Arabie saoudite.  Ces attaques doivent faire l’objet d’enquêtes et leurs responsables doivent être traduits en justice, a-t-il exigé.  Le délégué a aussi rappelé qu’il n’y avait pas de solution militaire au Yémen.  Préoccupé par la recrudescence de la violence qui coïncide avec les améliorations constatées dans certaines zones, il a apporté son appui aux efforts de l’Envoyé spécial pour le Yémen en vue de rapprocher les parties et de trouver une solution au conflit. 

Pour le Pérou, l’Accord de Stockholm ne doit pas servir de justification pour renoncer aux autres engagements pris précédemment par les parties.  Le représentant a donc demandé à celles-ci d’éviter toute action unilatérale.  Il a également demandé aux houthistes de faciliter le déploiement des agents humanitaires notamment par l’octroi de visas.  Expriment sa crainte d’une famine généralisée qui menace le Yémen et de l’augmentation des cas de choléra, le représentant a suggéré à la communauté internationale d’être cohérente en protégeant les plus vulnérables et ceux qui doivent recevoir l’aide.

Dans une déclaration brève, M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a salué l’unité du Conseil s’agissant de la question yéménite et a renouvelé l’appui de son pays envers l’Envoyé spécial.  Il a toutefois jugé « déprimante » la situation humanitaire actuelle sur le terrain décrite par MM. Lowcock et Beasley, tout comme la situation de sous-financement du Plan humanitaire pour le Yémen.  Afin d’y remédier, le représentant allemand a appelé tous les pays à honorer leurs annonces de contribution faites à Genève, en février dernier.  Il a en outre condamné la « cruauté » dont fait, selon lui, preuve Ansar Allah sur le terrain et a appelé tous les pays bénéficiant d’une influence sur les parties à en faire usage pour que soient levées les entraves actuelles à l’aide humanitaire.

En réponse aux déclarations de son homologue russe concernant la montée des tensions dans le golfe Persique, le représentant a tenu à rappeler à la Fédération de Russie que l’obligation de rendre des comptes pour les crimes commis était également un principe à respecter par ce Conseil.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a constaté que les progrès sont lents et que beaucoup reste à accomplir.  Un engagement initial pour le redéploiement des forces en présence dans les trois ports de Hodeïda, de Salif et de Ras Issa a débuté le mois dernier, a-t-il rappelé, jugeant impératif que l’ensemble des parties poursuivent ces efforts.  « Nous les appelons donc de nouveau à mettre intégralement en œuvre l’Accord de Stockholm, en particulier les deux phases de redéploiement prévues, et à rester engagées de bonne foi au sein du Comité de coordination du redéploiement et avec l’Envoyé spécial. »  Les efforts de ce dernier sont d’autant plus importants dans un contexte sécuritaire régional qui s’est dégradé, a noté M. Delattre. 

Le représentant a condamné avec fermeté la récente attaque revendiquée par les houthistes, qui a pris pour cible l’aéroport d’Abha, en Arabie saoudite, blessant plus d’une vingtaine de civils dont des enfants.  « D’autres tirs de drones ont été depuis revendiqués, dont certains interceptés par l’Arabie saoudite », a-t-il insisté.  Le respect relatif du cessez-le-feu à Hodeïda ne doit pas nous faire perdre de vue l’extrême gravité de la situation humanitaire, a poursuivi la délégation, en soulignant également l’importance de relancer, dès que possible, le processus politique, qui reste un objectif « prioritaire ».  Selon la France, la relance des discussions sur un accord politique global et inclusif, tenant compte de la diversité des acteurs yéménites, incluant les femmes et les représentants de la société civile, est la seule véritable perspective pour mettre un terme au conflit et à la crise humanitaire.  Le Conseil de sécurité doit rester engagé pour peser de « tout son poids » pour soutenir la dynamique enclenchée à Stockholm, a ajouté M. Delattre. 

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a estimé que les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm illustraient l’enlisement du conflit au Yémen.  Les efforts de la communauté internationale sont contrariés par le climat de méfiance entre le Gouvernement et les rebelles houthistes, qui contribue à la détérioration de la situation sécuritaire, dans un pays où sévit la pire crise humanitaire au monde, a-t-il dit.  La Côte d’Ivoire exhorte donc les parties yéménites à maintenir un dialogue constructif avec l’Envoyé spécial du Secrétaire général.  « Il est de ce fait important de poursuivre les redéploiements partiels des forces militaires, notamment le retrait des houthistes des ports de Hodeïda, de Salif et de Ras Issa, conformément à la phase 1 de l’accord de cessez-le-feu signé à Stockholm », a souligné le représentant.

M. Adom a également exhorté les parties à mettre en œuvre le mémorandum d’accord sur la ville de Taëz pour l’ouverture de couloirs humanitaires et à favoriser l’application de l’accord d’échange de 15 000 prisonniers, en vue de renforcer la confiance entre les parties.  M. Adom a en outre invité les parties yéménites à coopérer avec les agences humanitaires, se félicitant à cet égard de l’accès donné au PAM aux entrepôts des « Red Sea Mills », où environ 51 000 tonnes de céréales destinées à 3,5 millions de personnes étaient en souffrance depuis des mois.  Il a enfin exhorté le Conseil de sécurité à soutenir les initiatives du PAM visant à combler son déficit budgétaire de 700 millions de dollars pour la période d’avril à septembre 2019. 

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a demandé à toutes les parties de respecter leurs obligations « sans conditions ».  Le représentant a noté les obstacles qui entravent le travail humanitaire dans les zones de combat.  Il faut, a-t-il exigé, que les ressources financières promises soient respectées et que le plan humanitaire puisse être mis en œuvre sans retard.  L’accès humanitaire ne doit pas être utilisé comme arme de guerre, a averti le représentant.  L’aide doit être réellement basée sur les besoins des personnes.

M. Singer Weisinger a condamné l’intensification des hostilités ces dernières semaines.  Les parties et les États qui les appuient doivent protéger les civils, a-t-il demandé.  Après avoir félicité le Gouvernement yéménite pour ses efforts en vue de ne pas enrôler des enfants comme combattants de guerre, il a appelé toutes les parties à donner la priorité à la protection des enfants.  Il a en outre réitéré que la clef de la solution politique est la participation des femmes et des jeunes au processus de paix. 

M. MA ZHAOXU (Chine) a appelé les parties à mettre intégralement en œuvre l’Accord de Stockholm.  Il a toutefois jugé « inévitable » que des « difficultés » surviennent dans le cadre de cette mise en œuvre.  Le délégué a par conséquent appelé les parties à renforcer la confiance mutuelle et à redoubler d’efforts pour surmonter ces difficultés.  Des progrès notables ont notamment été réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm, a constaté le représentant, citant notamment le maintien du cessez-le-feu à Hodeïda. 

S’agissant des autres questions en suspens, y compris le positionnement des forces locales, le représentant a précisé que des différends demeuraient entre les parties.  Il a appelé l’ONU à renforcer ses actions et à promouvoir les synergies afin de régler ces questions.  Parallèlement, les parties doivent soutenir ces efforts et le Conseil doit impérativement rester uni, a-t-il exigé.

Le représentant a en outre condamné les attaques contre des civils et infrastructures civiles au Yémen.  Il a appelé à reprendre les négociations en vue de parvenir à une solution politique globale, conformément à l’initiative du Conseil de coopération du Golfe et à son mécanisme, dans le respect de la souveraineté du pays.  Le délégué s’est enfin déclaré préoccupé par la détérioration de situation humanitaire au Yémen.  Il a appelé les parties à lever les entraves actuelles à l’aide humanitaire, tout en précisant que la Chine s’attachait à augmenter son aide à destination du pays.

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) a dit qu’il avait de l’espoir en voyant le cessez-le-feu tenir depuis décembre.  Il a noté que les houthistes s’étaient retirés de certains endroits, notamment du port de Hodeïda.  Il faut éviter d’interrompre ce processus, a demandé le représentant qui s’est dit inquiet de la poursuite et l’augmentation des affrontements et des combats dans d’autres régions.  Il faut réduire les tensions et instaurer un climat propice pour améliorer la situation, a-t-il suggéré. 

Le délégué a également demandé au Gouvernement et aux houthistes de lever tous les obstacles à l’acheminement de l’aide humanitaire.  Il a souhaité que l’Accord de Stockholm serve d’exemple à d’autres rencontres futures pour trouver une solution au conflit.  Il faut trouver la seule solution possible qui est une solution politique, a-t-il rappelé. 

M. STEPHEN MAHLABADISHAGO NTSOANE (Afrique du Sud) a appelé toutes les parties à s’acquitter de leurs engagements respectifs dans le cadre de l’Accord de Stockholm, dans la mesure où cela contribuerait au renforcement de la confiance entre elles et à rendre possible un accord politique plus large.  Sur le plan humanitaire, l’Afrique du Sud a lancé un appel à la mise en œuvre de la résolution 2451 (2018), relative à l’acheminement sans entrave de l’aide et du personnel à travers tout le pays.  La délégation a ensuite réitéré qu’il est crucial que la MINUAAH soit en mesure de s’acquitter pleinement de son mandat.  Le représentant a constaté à regret que l’escalade de la violence au cours des semaines écoulées avait mis en péril l’Accord de Stockholm.  « Nous continuons à appeler toutes les parties à s’abstenir de l’usage excessif de la force dans des zones à forte densité de population et épargner la vie des femmes et des enfants », a ajouté M. Ntsoane.

La solution au Yémen ne peut être que politique, a affirmé M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie), appelant à relancer les négociations de paix, tout en poursuivant la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm.  Concernant la sécurité, le représentant s’est dit préoccupé par la montée des tensions dans la région.  Il a notamment condamné la récente attaque contre l’aéroport d’Abha, en Arabie saoudite.  À ses yeux, de telles attaques pourraient remettre en cause l’Accord « fragile » sur Hodeïda et laisser les violences se propager dans toute la région.  Le représentant a ainsi appelé à préserver « coûte que coûte » l’Accord pour éviter qu’un conflit n’éclate dans la zone.

Sur le plan humanitaire, il a fait part de sa « tristesse » face à la suspension de l’aide dans les zones contrôlées par les houtistes.  Il est en effet navrant de constater que l’aide soit « instrumentalisée et manipulée » par les parties, a-t-il déploré, appelant le Conseil à ne laisser quiconque s’opposer à l’acheminement de l’aide à des enfants dans le besoin.  « Personne ne devrait être en mesure de décider qui va et qui ne va pas manger », a-t-il dit.

M. MARIUSZ LEWICKI (Pologne) a souhaité que les progrès initiaux dans le redéploiement des forces à Hodeïda soient rapidement suivis de la mise en œuvre des phases subséquentes.  Il a exhorté les parties à s’engager de manière constructive avec le général Lollesgaard pour finaliser les négociations en suspens et permettre la pleine application de l’Accord de Hodeïda.  Pour la délégation, la reprise des consultations, avec la participation de toutes les composantes de la société yéménite, y compris les femmes et les jeunes, est le seul moyen de mettre fin à la crise.  Aussi le représentant a-t-il demandé aux parties de s’abstenir de prendre des mesures de nature à remettre en cause le processus politique conduit par l’ONU.  La Pologne a condamné toutes les attaques sur le territoire de l’Arabie saoudite, qui posent une menace à la sécuritaire nationale de cet État et ont un impact négatif sur la stabilité régionale.  La délégation a enfin exhorté les parties à permettre et à faciliter la circulation de l’aide humanitaire et l’importation de marchandises dans tout le Yémen.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a appelé toutes les parties à mettre en œuvre l’Accord de Stockholm dans son entièreté, y compris l’accord sur l’échange de prisonniers et la Déclaration d’entente sur Taëz.  Le représentant a encouragé l’Envoyé spécial à poursuivre la préparation des prochaines étapes du processus politique en soulignant l’importance d’un processus inclusif, avec la participation significative des femmes et des jeunes, qui reflète la diversité ethnique, géographique et politique de la population yéménite.  Il a condamné le fait que les civils soient ciblés dans cette guerre dévastatrice et notamment l’attaque récente sur l’aéroport international d’Abha, en Arabie saoudite.  Il est préoccupé, a-t-il dit, par l’augmentation des tensions dans la région.  La voie du dialogue est la seule qui puisse conduire au maintien de la paix et la sécurité dans la région, a-t-il affirmé en attirant l’attention sur le rôle à jouer par l’ONU pour soutenir un tel dialogue. 

M. Pecsteen de Buytswerve a ajouté que des efforts sont indispensables pour améliorer la situation humanitaire qui reste catastrophique.  Il est primordial que toutes les parties facilitent l’accès humanitaire et respectent le droit international humanitaire, a-t-il exigé, disant condamner tout détournement de l’aide.  Le délégué a indiqué que sa délégation avait versé sa contribution promise lors de la Conférence de Genève.  En tant que Présidente du Groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés, la Belgique a organisé une réunion sur la question vendredi dernier, a-t-il rappelé.  Sur la base du rapport du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés au Yémen, « nous allons maintenant faciliter les négociations sur des conclusions.  Nous réitérons notre demande à l’Envoyé spécial afin que des mesures visant à la protection de enfants soient incluses dans tout processus de paix », a annoncé M. Pecsteen de Buytswerve. 

S’agissant de l’Accord de Stockholm, M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a déploré « l’enlisement », voire même « la fragmentation » du processus au cours des six derniers mois.  À ses yeux, l’Accord n’a en effet donné lieu à « aucun effort constructif » sur cette période, qui aurait permis d’atteindre ces objectifs, comme en témoigne selon lui le maintien du blocus, qui dure depuis maintenant quatre ans et révèle chaque jour à la communauté internationale les souffrances des civils yéménites.

Le représentant a déploré le manque de progrès dans la mise en application du Déclaration d’entente sur Taëz et des accords sur l’échange de prisonniers.  À l’heure actuelle, a-t-il insisté, les détenus ne sont pas libérés comme cela avait été envisagé lors de la signature de l’Accord de Stockholm. 

S’agissant de l’Accord sur Hodeïda, le représentant a estimé que le redéploiement des forces en partance des ports de Hodeïda, de Salif et de Ras Issa devrait se traduire par l’enclenchement du mécanisme tripartite du Comité de coordination du redéploiement à Hodeïda.  En effet, a-t-il poursuivi, ce n’est qu’un retrait unilatéral de la part des houthistes dans les trois ports qui s’est produit entre le 11 et le 13 mai derniers.  Or, le représentant a estimé que le mécanisme tripartite du Comité de coordination devrait permettre au Gouvernement yéménite de superviser le redéploiement dans le cadre de l’Accord sur Hodeïda.

Tous les aspects de l’Accord de Stockholm doivent être mis en œuvre, a poursuivi le représentant, estimant qu’il s’agissait là de la « meilleure chance » pour relancer les négociations de paix dans le pays.

Sur le plan sécuritaire, il a condamné l’escalade des combats, et notamment l’attaque perpétrée par les houthistes contre l’aéroport international d’Abha.  Ces « attaques constantes » contre l’Arabie saoudite par les houthistes constituent une « menace flagrante et permanente » à la sécurité de la région, a-t-il estimé, jugeant qu’un embargo sur les armes devrait être adopté pour remédier à la situation.

Le représentant a par ailleurs appelé les parties à procéder à l’ouverture de corridors humanitaires dans le cadre de l’Accord de Stockholm.  Selon lui, l’ONU devrait pouvoir accéder aux silos à grain de la mer Rouge (Red Sea Mills), dont le contenu pourrait permettre de nourrir plusieurs millions de personnes pendant 30 jours.  Pour sa part, le Gouvernement du Yémen s’est proposé d’ouvrir des voies d’accès à ces minoteries, a précisé le représentant.

En réponse à l’intervention du Directeur exécutif du PAM, qui a fait état « d’entraves graves » à l’accès humanitaire, le représentant a condamné les houthistes, selon lui les principaux responsables d’une possible suspension des opérations humanitaires.  Il a par conséquent appelé les parties à lever toutes les entraves à l’aide humanitaire pour éviter qu’un tel scénario ne se produise. 

M. ABDULLAH ALI FADHEL AL-SAADI (Yémen) a réitéré son engagement à appuyer les efforts du Secrétaire général et à coopérer avec son Envoyé spécial.  Il a dit que sa délégation avait fait des concessions et fait preuve d’ouverture pour parvenir à une paix durable au Yémen.  Ces efforts visent à alléger la souffrance du peuple et à parvenir à un État civil et moderne, avec la passation pacifique du pouvoir et le respect de l’état de droit.  Le Gouvernement a participé à l’ensemble des pourparlers avec une opposition « qui n’y croit pas », a-t-il dit.  Il a dénoncé au passage l’influence de l’Iran sur ces milices et les rebelles houthistes, les accusant de vouloir déstabiliser la région et le monde entier.  « Ils font durer la guerre, entravent les efforts de paix, bravent les efforts du Conseil de sécurité, et tentent de mettre la main sur le port de Hodeïda. »

Le Gouvernement yéménite insiste sur l’importance de mettre en œuvre l’Accord de Stockholm, y compris l’échange de prisonniers, a réitéré le représentant, et ce, « en dépit de l’intransigeance des rebelles houthistes ».  Il a aussi affirmé que le Gouvernement réitère son engagement à la paix et à mettre fin au conflit.  Ravi de la visite de la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Mme Rosemary DiCarlo, le 10 juin, il a salué l’engagement du Secrétaire général à faire respecter l’Accord de Stockholm et le travail du mécanisme tripartite sur le retrait des rebelles houthistes.  Ces derniers ont confirmé la présence de leurs éléments dans le port de Hodeïda, le 15 mai 2019, a dénoncé M. Al-saadi.  Ils profitent à son avis des atermoiements et des louvoiements internationaux pour laisser souffrir le peuple yéménite, a-t-il pourfendu. 

Depuis le début du mandat de l’Envoyé spécial, le mot d’ordre est de renforcer la confiance conformément à l’Accord de Stockholm, a-t-il relevé.  Les houthistes, par contre, font tout le contraire, a-t-il affirmé.  Il a assuré que le Gouvernement faisait tout ce qui était en son pouvoir pour contourner les obstacles et payer les fonctionnaires et les pensions des retraités, alors que les houthistes refusent de payer leurs contributions du fait de leur occupation de la Banque centrale à Aden et de ses succursales dans d’autres villes.  Les houthistes profitent du chaos pour imputer la responsabilité de la situation humanitaire au Gouvernement yéménite, a-t-il accusé.

Le représentant a appelé le Conseil de sécurité et la communauté internationale à mettre un terme à ces violations.  Il a demandé de cesser d’envoyer des messages ambigus qui pourraient conforter les houthistes dans leurs actions.  Il faut des mesures plus strictes pour faire cesser les attaques des rebelles contre les villes et les populations, a-t-il demandé.  Il a également attiré l’attention sur la pose de plus d’un million de mines par les milices houthistes depuis le début du conflit.  « C’est du jamais vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », a estimé le représentant. 

Il a aussi rappelé avoir déjà alerté l’ONU sur le délabrement du pétrolier SAFER au large de Hodeïda, qui risque de causer une marée noire en mer Rouge.  Ceux qui entravent l’accès à ce pétrolier pour y apporter les réparations nécessaires sont, là encore, les houtistes, a-t-il accusé.  Il a aussi dénoncé l’attaque de l’aéroport d’Abha, en Arabie saoudite, qui montre que les houthistes ne respectent pas leurs engagements et qu’ils sont aidés par l’Iran.  Dans sa conclusion, il a demandé au Conseil de sécurité de faire respecter ses résolutions sur le Yémen. 

 

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