Conseil de sécurité: « la Libye sur le point de sombrer dans la guerre civile », selon le Représentant spécial qui plaide pour un retour au processus politique

CS/13816
21 mai 2019
8530e séance – matin

Conseil de sécurité: « la Libye sur le point de sombrer dans la guerre civile », selon le Représentant spécial qui plaide pour un retour au processus politique

« La Libye est sur le point de sombrer dans une guerre civile qui pourrait aboutir à une division permanente du pays », a mis en garde, ce matin au Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays, M. Ghassan Salamé.  « J’ai passé les deux dernières années à éviter de présenter le rapport que je présente aujourd’hui », a-t-il déclaré. 

« Je ne veux pas jouer les Cassandre, mais la violence aux abords de Tripoli n’est rien d’autre que le début d’une guerre longue et sanglante sur les rives sud de la Méditerranée, qui met en danger la sécurité des voisins immédiats de la Libye et de la région dans son ensemble », s’est alarmé le haut fonctionnaire.  Les hostilités déclenchées par l’offensive des forces du général Khalifa Belqasim Haftar contre Tripoli depuis le 4 avril dernier ont fait plus de 460 morts, dont 29 civils; plus de 2 400 blessés, la majorité d’entre eux des civils; et plus de 75 000 personnes déplacées, dont la moitié sont des femmes et des enfants.  Les nuits du ramadan, a rapporté M. Salamé, sont devenues synonymes de « terreur pour les habitants de la capitale ».

« Les acteurs humanitaires estiment que plus de 100 000 hommes, femmes et enfants sont piégés dans des zones à proximité des combats, tandis que plus de 400 000 personnes se trouvent dans des secteurs directement touchés par les affrontements.  En outre, près de 3 400 réfugiés et migrants se trouvent dans des centres de détention, eux aussi piégés par les combats », a encore constaté le Représentant spécial et Chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL).

La Libye est devenue un « champ de bataille » où un certain nombre d’acteurs extérieurs se servent des acteurs locaux pour « promouvoir leur propre agenda national », a dénoncé pour sa part le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, M. Smaïl Chergui, qui a pointé du doigt une ingérence étrangère « inédite et toxique » dans ce pays, qui a permis, selon lui, de l’inonder en armements, favorisant la montée en puissance du terrorisme. 

« Jusqu’à quand ces ingérences continueront-elles d’être passées sous silence? » s’est impatienté le représentant libyen, qui a expliqué que l’offensive de Haftar avec l’aide de pays tiers avait réactivé les « divisions tribales ».  Voyant dans la situation actuelle un « échec cinglant de l’ONU », il a estimé qu’une « responsabilité historique » incombait au Conseil de sécurité, auquel il a redemandé d’établir une commission d’établissement des faits et de « dresser la liste des pays étrangers » qui soutiennent ces agressions selon les « convictions religieuses des agresseurs ».

Selon lui, de nombreuses informations font état de la présence, sur le champ de bataille, d’extrémistes, d’individus visés par des sanctions internationales et de personnes recherchées par la Cour pénale internationale (CPI).

M. Salamé s’est aussi inquiété de l’afflux d’armes « de tous les côtés ».  Il en a voulu pour preuve « la violation flagrante et documentée à la télévision » de l’embargo avec la livraison manifeste, il y a quelques jours, d’une grande quantité d’armements et de véhicules blindés aux forces du Gouvernement d’entente nationale à Tripoli, qui fait suite aux livraisons précédentes et en cours d’armes légères interdites à l’Armée nationale libyenne (ANL), placée sous le contrôle d’Haftar.  Or, de nombreux pays fournissent des armes à toutes les parties au conflit, « sans exception ».  Sans un « mécanisme d’application robuste », l’embargo imposé à la Libye par le Conseil deviendra une « blague cynique », a lancé le patron de la MANUL, en exhortant l’ONU à mettre fin à ce conflit « sanglant ». 

Sur la question de l’ingérence étrangère, la Fédération de Russie a voulu rappeler que la situation actuelle en Libye, qu’il a qualifiée par ailleurs de « décharge migratoire », résulte des « jeux d’ingénierie politique que certains pays ont décidé de mettre en œuvre en 2011 ». 

La situation actuelle est d’autant plus épineuse qu’à mesure que l’ANL se redéploie sur le front tripolien, elle crée dans le sud du pays, où étaient stationnées ses troupes, un « vide sécuritaire », dont profitent Daech et Al-Qaida pour lancer des attaques meurtrières et hisser leurs « drapeaux ». 

« La situation pourrait encore se dégrader si rien n’est fait pour surmonter l’impasse actuelle dans un contexte où il apparaît clairement qu’aucun camp ne peut l’emporter par la force », a prévenu le représentant de la France, pour qui la priorité doit être la mise en place rapide d’un cessez-le-feu durable et sans préconditions grâce à l’appui d’un « mécanisme de surveillance international ».

Pour l’Afrique du Sud, il faut éviter les situations du passé, où « des tonnes et des tonnes » d’armes, de munitions et d’explosifs étaient « largués » aux combattants du régime en place avant de trouver leur chemin vers le Sahel et provoquer « ce que nous voyons aujourd’hui » au Mali, au Burkina Fasso, au Tchad, au Nigéria, au Cameroun ou encore en Côte d’Ivoire, a prévenu la représentante. 

L’Union africaine et l’ONU, a souligné le Commissaire Chergui, comptent organiser un dialogue inclusif et promouvoir la réconciliation dans le cadre du Forum national pour la réconciliation et la paix prévu à Addis-Abeba.  « Je demande au Conseil de sécurité de prendre la responsabilité de demander que les armes à feu soient réduites au silence et aux parties belligérantes de s’engager auprès de la MANUL pour veiller à la cessation complète des hostilités et au retour à un processus politique inclusif dirigé par l’ONU », a conclu de son côté le Représentant spécial. 

LA SITUATION EN LIBYE

Déclarations

« Voici le rapport que j’ai passé les deux dernières années à éviter de présenter », a commencé par dire M. GHASSAN SALAMÉ, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye.  Quarante-huit jours après le début de l’offensive des forces du général Khalifa Belqasim Haftar contre Tripoli, il y a eu déjà trop de morts et de destructions.  « La Libye est sur le point de plonger dans une guerre civile qui pourrait aboutir à une division permanente du pays », a résumé le haut fonctionnaire, qui a assuré que les dégâts déjà causés pourraient prendre des années pour être réparés, et ce, « seulement si la guerre prend fin maintenant ».

Les conséquences et les risques du conflit sont déjà douloureusement clairs, en particulier pour le peuple libyen: plus de 460 morts, dont 29 civils, plus de 2 400 blessés, la majorité d’entre eux des civils, a précisé M. Salamé.  Plus de 75 000 personnes, dont la moitié sont des femmes et des enfants, ont été contraintes de fuir leurs foyers.  Les acteurs humanitaires estiment que plus de 100 000 hommes, femmes et enfants sont piégés dans des zones à proximité des combats, tandis que plus de 400 000 personnes se trouvent dans des secteurs directement touchés par les affrontements.  En outre, près de 3 400 réfugiés et migrants se trouvent dans des centres de détention, eux aussi piégés par les combats, a poursuivi M. Salamé.

Le Représentant spécial a affirmé que l’attaque contre Tripoli n’a pas seulement fait échouer la Conférence nationale qui devait se tenir début avril à Ghadamès, elle a aussi mis en péril le potentiel des pourparlers qui se sont tenus le 27 février à Abou Dhabi entre le Premier Ministre Faiez Mustafa Serraj et le général Haftar, les deux hommes se réunissaient pour la sixième fois.  « Lors de ces pourparlers, l’occasion s’est présentée de remplacer le Gouvernement d’entente nationale à Tripoli, de dissoudre le gouvernement parallèle basé à Beida et de créer un gouvernement national inclusif et unifié, ce qui aurait permis de guider le pays du processus électoral jusqu’à la fin de la période de transition », a-t-il dit.  Les accords conclus à Abou Dhabi auraient également placé l’armée sous le contrôle d’une autorité civile, une demande déterminante d’une vaste majorité des Libyens, a rappelé M. Salamé.

« Je ne veux pas jouer les Cassandre, mais la violence aux abords de Tripoli n’est rien d’autre que le début d’une guerre longue et sanglante sur les rives sud de la Méditerranée, qui met en danger la sécurité des voisins immédiats de la Libye et de la région dans son ensemble », s’est alarmé le Représentant spécial.  En effet, le vide sécuritaire créé par le retrait d’un grand nombre des troupes du général Haftar du sud du pays, combiné à la focalisation des forces occidentales sur la défense de la capitale, est déjà exploité par Daech et Al-Qaida.  « Dans le sud de la Libye, les drapeaux noirs de Daech flottent et je suis consterné d’annoncer que depuis le 4 avril, il y a eu quatre attaques meurtrières distinctes de cette organisation terroriste dans le sud de la Libye: deux attaques à Ghodwa, une à Sebha et, il y a quelques jours, une à Zella. »

Outre le fait que « des Libyens innocents sont impitoyablement soumis à la terreur croissante de Daech », cette violence se répercutera sur les voisins immédiats de la Libye, a prévenu le haut fonctionnaire.  Selon lui, de nombreuses informations font état d’extrémistes, d’individus visés par des sanctions internationale et de personnes recherchées par la Cour pénale internationale (CPI) présents sur le champ de bataille.  Aussi, le Représentant spécial a-t-il recommandé au Conseil d’appuyer « la création d’une commission d’enquête chargée d’identifier les individus ayant pris les armes et de mécanismes visant à garantir l’exclusion des éléments indésirables ».

Non moins inquiétant est le fait que les armes affluent à nouveau de tous les côtés.  Il en a voulu pour preuve « la violation flagrante et documentée à la télévision » de l’embargo sur les armes avec la livraison manifeste, il y a quelques jours, d’une grande quantité d’armes et de véhicules blindés aux forces du Gouvernement d’entente nationale à Tripoli, qui fait suite aux livraisons précédentes et en cours d’armes légères interdites à l’Armée nationale libyenne.  « De nombreux pays fournissent des armes à toutes les parties au conflit sans exception.  Sans un mécanisme d’application robuste, l’embargo sur les armes imposé à la Libye deviendra une blague cynique.  Certaines nations alimentent ce conflit sanglant, les Nations Unies devraient y mettre fin », a déclaré M. Salamé, qui a expliqué que « les nuits du ramadan sont devenues une période de terreur pour les habitants de la capitale », qui les passent dans l’attente de la prochaine attaque commise par des « aéronefs inconnus ».

Le Représentant s’est également déclaré profondément préoccupé par la forte hausse des enlèvements, des disparitions et des arrestations arbitraires depuis le début du conflit.  « Au moins sept fonctionnaires et employés ont été arrêtés ou kidnappés dans l’est et l’ouest de la Libye », a-t-il relevé.  « Nous devons montrer à ceux qui commettent des violations que l’impunité ne prévaudra pas.  Nous devons sanctionner ceux qui utilisent le brouillard de la guerre pour régler violemment des problèmes personnels ou politiques. »  À mesure que le conflit se poursuit, « le tissu social libyen se défait à un rythme alarmant », a averti le haut fonctionnaire.  « Les appels à la cessation des combats et à la réconciliation entre les parties belligérantes sont relégués au second rang par des parties internes et régionales qui se servent des médias sociaux pour propager de fausses informations, de faux récits et des expressions de haine qui divisent plus profondément la population ».  La Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a mis en place un mécanisme de surveillance en ligne du discours de haine et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a signalé un certain nombre d’incidents à Facebook.

L’ONU maintient une présence active sur le terrain en Libye, à Tripoli et via notre plaque tournante à Benghazi, a indiqué M. Salamé.  « Nous avons naturellement réduit notre personnel non essentiel compte tenu de la situation, mais nous restons en Libye, aux côtés du peuple libyen, pour faire de notre mieux », a-t-il assuré.  Plus de 42 000 personnes ont reçu une assistance dans le cadre des programmes de l’ONU depuis le début du conflit, a-t-il fait valoir.  Les prix des produits alimentaires augmentent à travers le pays et les infrastructures libyennes, notamment électriques et de l’eau, sont une autre victime du conflit.  « Déjà incapable de répondre à la demande, l’approvisionnement en eau de la capitale et de l’ensemble du nord-ouest de la Libye a été transformé en arme, alors que des groupes armés ont coupé le fleuve man-made pour en extraire des concessions », a dénoncé le Représentant spécial.  Le seul indicateur économique positif est que toutes les parties ont jusqu’ici agi dans l’intérêt national en ne faisant pas obstacle à l’approvisionnement en pétrole.  Il semblerait toutefois, a-t-il poursuivi, que la branche est de la National Oil Company tente à nouveau d’exporter du pétrole en violation du régime des sanctions.  Cette tentative illégale risque de diviser la compagnie, qui reste la principale source de revenus du pays, et constitue le « filet de sécurité sociale national ».

« Il n’y a pas de solution militaire à la Libye.  Ce n’est pas un cliché, c’est un fait, et il est grand temps que ceux qui ont caressé cette illusion ouvrent les yeux et s’adaptent à cette réalité », a tranché le Représentant spécial.  La mosaïque des communautés libyennes ne peut être gouvernée sans des alliances et des relations étroites à travers le pays.  C’est par le biais de la Conférence nationale réunissant ces myriades de communautés qu’existait l’espoir d’un avenir inclusif, pacifique et prospère.  « J’entends beaucoup de Libyens nous dire que le processus politique ne peut ignorer la guerre actuelle comme si elle ne s’était pas déroulée.  Ils ont raison.  Il y a un avant et un après le 4 avril et nous, en tant que médiateurs impartiaux, devons ajuster ce processus afin de combler le fossé profond de méfiance qui prévaut depuis cette date. »  Les Libyens ont besoin que la communauté internationale, au lieu d’être le « miroir déformant de leurs divisions », travaille à l’unisson pour atténuer ces divisions, a fait valoir M. Salamé.  « Je demande donc à cet estimé organe de prendre la responsabilité de demander que les armes à feu soient réduites au silence et aux parties belligérantes de s’engager auprès de la MANUL pour veiller à la cessation complète des hostilités et au retour à un processus politique inclusif dirigé par l’ONU. »

M. SMAIL CHERGUI, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, a constaté que la situation en Libye s’est gravement détériorée ces dernières semaines.  Les combats en cours à Tripoli et aux alentours ont donné lieu à des alliances entre le Gouvernement d’union nationale et plusieurs groupes armés et entre l’Armée nationale libyenne et d’autres milices.  La situation se complique encore lorsque que l’on réalise que la Libye est devenue un champ de bataille où un certain nombre d’acteurs extérieurs se servent des locaux pour faire avancer leur propre agenda national.  L’Union africaine est convaincue qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise et réitère son appel au dialogue et au consensus comme seul moyen de parvenir à une solution durable pour une Libye stable et unifiée.  Le Commissaire a jugé particulièrement « tragique » que la guerre ait repris le jour même où le Secrétaire général de l’ONU arrivait à Tripoli et deux jours après que le Président de l’Union africaine a effectué une visite à Tripoli et à Benghazi pour consolider un accord politique très attendu. 

L’Union africaine et l’ONU, a rappelé le Commissaire, comptent organiser un dialogue inclusif et promouvoir la réconciliation dans le cadre du Forum national pour la réconciliation et la paix prévu à Addis-Abeba.  Le Commissaire a dit s’être rendu en Libye, au mois de mars, avec la Secrétaire générale adjointe de l’ONU aux affaires politiques.  Au-delà de la composition du Conseil de la présidence, de la formation du Gouvernement, de la question du Commandant en chef de l’armée et de la répartition équitable des revenus pétroliers, les deux personnalités ont exprimé leur grave préoccupation face au sort des migrants africains et de l’impact dangereux de la crise non seulement sur les pays voisins mais aussi sur l’ensemble du Sahel.  Les dernières attaques au Niger ont montré une nouvelle fois que les armes et les techniques proviennent bien de Libye. 

À son tour, le Commissaire a appelé à un accord sur le cessez-le-feu et à l’ouverture de couloirs pour l’acheminement de l’aide humanitaire.  Il a appelé à des efforts renouvelés pour protéger les migrants qui seraient utilisés comme boucliers humains et obligés de participer aux combats.  Il faut aussi, a souligné le Commissaire, reconnaître l’existence d’une ingérence « inédite et toxique » en Libye, laquelle ingérence permet d’inonder le pays d’armes, en créant un environnement favorable au terrorisme.  Le Commissaire a appelé tous les acteurs à défendre les intérêts véritables du peuple libyen et à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.  Toutes les parties prenantes, a conclu le Commissaire, doivent se concentrer sur la poursuite du processus de paix et préparer la conférence nationale et celle sur la réconciliation que l’Union africaine organise.  « Je compte sur mes collègues assis autour de cette table et ailleurs pour examiner la situation politique et sécuritaire et se concentrer sur l’approche commune fondée sur la feuille de route de l’Union africaine et de l’ONU, dans un esprit de sincère coopération et dans l’intérêt d’une solution globale à la crise en Libye. » 

M. JURGEN SCHULZ (Allemagne), Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1970 (2011) concernant la Libye, a fait le point sur les développements qui ont eu lieu entre le 21 mars et 21 mai 2019.  Le 2 mai, le Comité a reçu un rapport intérimaire du Groupe d’experts suivi, le 3 mai, d’un rapport ad hoc; une réunion est prévue avec le Coordonnateur du Groupe d’experts le 31 mai.

M. Schulz a expliqué que l’un des membres du Groupe d’experts, M. Moncef Kartas, a été arrêté et détenu en Tunisie le 26 mars 2019.  Depuis, les membres du Comité ont reçu cinq notes écrites et un exposé verbal du Secrétariat à ce sujet.  Le 18 avril 2019, M. Schulz, en tant que Président du Comité, accompagné par le Secrétariat, a rencontré le Chargé d’affaires de la Mission permanente de la Tunisie auprès des Nations Unies.  Dans sa dernière note écrite du 13 mai, le Secrétariat a informé le Comité qu’après un examen soigneux des informations présentées par les autorités tunisiennes sur les poursuites judiciaires contre M. Kartas, il a réaffirmé l’immunité dont il jouit et exigé sa libération immédiate et l’abandon des charges qui pèsent contre lui.  Le Comité suit de près l’évolution de cette situation et appelle le Secrétariat à le tenir au courant.

Le Comité a également achevé l’examen de deux des quatre communications soumises par la Libye en référence au paragraphe 8 de la résolution 2174 (2014).  Dans ces deux cas, le Comité a déterminé que les objets et services en question relevaient des exceptions à l’embargo sur les armes.

De plus, a poursuivi son Président, le Comité a reçu trois rapports transmis par l’Union européenne sur l’inspection de navires opérée par sa force navale en Méditerranée (EUNAVFOR Med).  Le Comité rappelle que l’embargo sur les armes oblige tous les États Membres à prendre des mesures immédiates pour en assurer la pleine mise en œuvre.

Concernant le gel des avoirs, aucune décision négative n’a été prise par rapport à la demande soumise par le Royaume-Uni relative aux dépenses médicales et de voyage de Mme Aicha Kadhafi, en rappelant qu’une demande de dérogation avait préalablement été approuvée, a conclu M. Schulz.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a jugé alarmant le rapport présenté aujourd’hui.  En réponse à l’appel de M. Salamé, elle a exprimé l’appui très ferme de sa délégation au processus dirigé par l’ONU, qui est le seul processus légitime.  Elle a donc exhorté toutes les parties à respecter le processus de paix mené par le Représentant spécial et à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, en rappelant qu’il n’existait aucune solution militaire à ce conflit.

La représentante a également demandé aux parties concernées de respecter l’embargo sur les armes, en considérant que la violence fait le lit des extrémistes de tous bords, à commencer par Daech.  Mme Pierce a insisté sur l’obligation qui leur est faite, en vertu du droit international humanitaire, de ne pas prendre pour cible les établissements médicaux et les centres de détention.  En outre, toute violation de l’embargo sur les exportations de pétrole devra être signalée, a-t-elle mis en garde.  Seul un retour au processus politique dirigée par l’ONU pourra mettre fin à la crise, a-t-elle conclu.

Il y avait un grand appui international à l’action de l’ONU en Libye s’agissant de l’organisation d’une Conférence nationale, a rappelé M. MANSOUR AYYAD SH.  A.  ALOTAIBI (Koweït).  « Alors que nous nous préparions à cette conférence, que le Conseil de sécurité avait accueilli favorablement cette décision et que le Secrétaire général s’était rendu sur place pour préparer le terrain, les attaques d’avril sur Tripoli sont venues nous surprendre », a regretté le représentant.  Elles sont devenues un obstacle majeur au processus politique en Libye, or il n’y a pas de solution militaire en Libye.

Le représentant a appelé toutes les parties libyennes à donner la priorité au dialogue et à la réconciliation nationale, à s’engager dans une désescalade militaire, à œuvrer de manière constructive à l’organisation de la Conférence nationale et à poursuivre la solution politique.  Cette Conférence est « un portail prometteur » à une sortie de crise à ses yeux.  S’agissant de la recrudescence des attaques terroristes en Libye, il a appelé le Conseil de sécurité à apporter tout le soutien nécessaire au pays pour contrecarrer cette menace.

Il est impératif, a estimé M. FRANÇOIS DELATTRE (France), de mettre en place un cessez-le-feu sans préconditions face à l’enlisement de la situation et au risque d’escalade.  Mise à part de la dégradation de la situation humanitaire, la poursuite des combats met en péril les efforts politiques et diplomatiques en vue de la mise en œuvre de la feuille de route des Nations Unies.  Les groupes criminels, radicaux et terroristes en tirent profit comme en témoigne l’infiltration d’éléments radicaux à Tripoli, parmi lesquels des individus sous sanctions, et les récentes attaques revendiquées par Daech dans le sud et dans le centre du pays.  La situation pourrait encore se dégrader si rien n’est fait pour dépasser l’impasse actuelle dans un contexte où il apparait clairement qu’aucun camp ne peut l’emporter par la force.  Dans ces conditions, a dit le représentant, notre priorité doit être la mise en place rapide d’un cessez-le-feu durable et sans préconditions grâce à l’appui d’un mécanisme de surveillance internationale. 

Les acteurs libyens, a-t-il poursuivi, doivent également se dissocier pleinement et sans ambigüité des groupes terroristes dans leurs déclarations publiques comme sur le terrain.  L’embargo sur les armes doit être pleinement respecté et appliqué par toutes les parties.  Sans cessez-le-feu immédiat, a insisté le représentant, le conflit pourrait menacer la paix et la sécurité régionales et internationales.  Mais, a-t-il prévenu, le cessez-le-feu n’est qu’une première étape qui devra s’accompagner d’une relance du processus politique.  C’est la seule voie pour engager une dynamique nouvelle en faveur de la tenue d’élections générales dans les meilleurs délais.  L’Accord d’Abou Dhabi demeure une base valide.  Après avoir appelé à la libération de M. Moncef Kartas, membre du Groupe d’experts, le représentant a affirmé que la France continuera ses efforts en appui au Représentant spécial pour rassembler les acteurs libyens autour d’une solution politique inclusive menant aux élections et à une paix durable.  C’est le sens des échanges que le Président français et son Ministre de l’Europe et des affaires étrangères ont avec les parties libyennes. 

M. ZHAOXU MA (Chine) a regretté que les combats qui ont lieu aux alentours de Tripoli depuis début avril aient fait de nombreuses victimes civiles et sapent les perspectives économiques et le processus politique du pays.  Vivement préoccupée par l’évolution de la situation en Libye, la Chine appelle les parties libyennes à faire passer l’intérêt de la population avant leurs propres intérêts, à s’engager pour un cesser le feu et à opter pour une solution politique facilitée par l’ONU.

Parallèlement, il faut trouver « des synergies au sein de la communauté internationale », a estimé le représentant, tout en respectant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Libye, afin d’aboutir à un cessez-le-feu et à la reprise du dialogue.  La Chine appuie le travail du Secrétaire général et de son Représentant spécial en Libye.  Enfin, le délégué a recommandé de traiter de façon adéquate la question des sanctions, pour veiller à ce que celles-ci soient au service de la recherche d’une solution et éviter qu’elles n’aient des répercussions négatives sur la population civile et les pays tiers.

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a noté avec une vive préoccupation l’impasse qui prévaut depuis le début des affrontements armés pour la prise de contrôle de Tripoli, regrettant que ces combats aient déjà causé la mort de 450 personnes et compromettent gravement la reprise du dialogue politique interlibyen.  « Tout aussi inquiétante est l’implantation progressive de groupes armés dans des zones qui échappent à l’autorité étatique et qui pourraient exacerber les clivages tribaux et constituer un défi majeur de plus pour le retour de la paix et de la stabilité durables en Libye. »  Le représentant a exhorté l’ONU et l’Union africaine à poursuivre leurs efforts de médiation et de bons offices auprès des parties au conflit afin d’obtenir un cessez-le-feu immédiat et de reprendre le dialogue.  Il a également exigé une mise en œuvre diligente de la résolution 2420 (2018), notamment ses dispositions relatives à l’embargo sur les armes.

Poursuivant, M. Adom a salué le don récent de trois millions d’euros de l’Allemagne au bureau du HCR en Libye, notant que celui-ci contribuera « sans aucun doute » à une meilleure protection des réfugiés et personnes déplacées.  Il a ensuite noté que le Communiqué final conjoint, publié à l’issue de la troisième Conférence entre l’Union africaine et l’ONU, le 6 mai dernier, rappelle la nécessité d’une mobilisation urgente de la communauté internationale afin d’adresser un message sans équivoque sur la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat et l’exigence d’une feuille de route unique pour la Libye.  La Côte d’Ivoire endosse également l’appel lancé par les Chefs d’État du G5 Sahel, le 5 février, pour « une juste appréciation de l’ampleur régionale et internationale de la crise libyenne » en vue d’une harmonisation des efforts de tous les pays concernés pour parvenir à un règlement durable de ce conflit.

M. JONATHAN R.  COHEN (États-Unis) a appuyé le leadership du Représentant spécial du Secrétaire général pour promouvoir une solution politique et tenter de réduire la violence en Libye.  « Nous nous félicitons des efforts en cours de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) pour tracer une voie qui assure la sécurité et la prospérité à tous les Libyens. »  L’instabilité persistante à Tripoli, a-t-il noté, met en danger les civils, endommage les infrastructures civiles, crée des opportunités de se regrouper pour les terroristes et aggrave la situation humanitaire. 

« La paix et une stabilité durables ne pourront être trouvées que par une solution politique », a ajouté M. Cohen.  Toutes les parties devraient revenir à la médiation politique de l’ONU, dont le succès dépend d’un cessez-le-feu à Tripoli et aux alentours.  Il a appelé toutes les parties à éviter toute nouvelle escalade et à travailler de manière constructive avec le Représentant spécial et la MANUL pour parvenir à une solution politique longtemps attendue à ce conflit.  Les États-Unis sont prêts à fournir toute assistance appropriée dans le cadre de l’action de la MANUL visant à aider les Libyens à reprendre le processus politique et à désamorcer le conflit à Tripoli.

M. VLADIMIR K.  SAFRONKOV (Fédération de Russie) a appuyé le travail de M. Salamé, le Représentant spécial pour la Libye.  Force est de constater que l’escalade des tensions en Libye ne s’atténue pas, ce qui préoccupe la délégation russe d’autant plus qu’il n’y a pas si longtemps, ce pays se trouvait dans une situation stable.  La Libye est devenue une « décharge migratoire » et le havre de nombreux éléments déstabilisateurs.  D’après le représentant, la situation actuelle résulte de « jeux d’ingénierie politique que certains pays ont décidé de mettre en œuvre en 2011 ».  Il faut parler du concept d’ingérence des acteurs extérieurs qui entraîne un démantèlement des institutions de l’État, s’est-il impatienté, appelant à tirer des conclusions de ces erreurs.  Aujourd’hui, il faut travailler avec toutes les parties concernées sans donner la préférence à qui que ce soit sans quoi le processus politique risque d’être remis en cause, a-t-il averti.  La Russie exige un accès humanitaire sans entrave à tout le territoire libyen et appelle les parties libyennes à renoncer aux actions militaires et à revenir à la table des négociations.  Cela est urgent pour rétablir la confiance mutuelle et contrecarrer les plans d’ingérence en Libye, a insisté le délégué qui a tenu à réaffirmer que « les ressources libyennes appartiennent aux Libyens ».  Pour sa délégation, il n’y a pas d’autre solution que la solution politique et il est impératif de renoncer à la solution militaire.

Notant ensuite l’ampleur que prend la menace terroriste en Libye, le délégué a estimé qu’elle nécessitait une unification de toutes les forces libyennes pour y faire face, ainsi qu’un front commun de la communauté internationale.  Pour sa part, la Russie coordonne ses efforts avec ses partenaires bilatéraux et multilatéraux sur le dossier libyen, et elle suit la situation dans le cadre de ses contacts quotidiens avec l’Union africaine (UA) dans le but d’aider les Libyens à dépasser leurs divergences et s’engager sur la voie d’une solution politique.  Les acteurs régionaux doivent jouer un rôle majeur, et la Russie salue les initiatives de l’UA dans ce sens, et en particulier la Conférence qui doit avoir lieu à Addis-Abeba en juillet.  Rappelant que M. Salamé doit faciliter l’harmonisation d’un règlement politique en Libye, le représentant a expliqué que sa mission doit se fonder sur un appui consolidé des acteurs internationaux et des parties libyennes et que l’embargo sur les armes doit être respecté par toutes les parties « sans exception ».

Mme AYANDA NAMHLA NATASHA BEKWA (Afrique du Sud) a particulièrement salué le travail du Comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye sous les auspices du Président congolais, M. Denis Sassou Nguesso.  Elle a appelé à une plus grande coopération et à une meilleure collaboration entre l’Union africaine et l’ONU.  Le Conseil de sécurité, a-t-elle insisté, doit appuyer tous les efforts déployés pour parvenir à un règlement pacifique de la crise en Libye et promouvoir le dialogue politique.  Les sanctions, a souligné la représentante, ne sont pas une fin en soi mais plutôt un outil pour accompagner le processus politique.  Il faut donc se concentrer sur la création d’un environnement qui permette au processus politique de s’enraciner.  Mais compte tenu de l’escalade militaire, l’embargo sur les armes est important pour prévenir les flux illicites vers la Libye, stopper la prolifération et empêcher une grande instabilité au Sahel.  La représentante a appelé les pays qui fournissent des armes aux protagonistes libyens à bien tenir leurs registres pour faciliter les vérifications après le conflit.  Il faut éviter les situations du passé, où des « tonnes et des tonnes » d’armes, de munitions et d’explosifs étaient largués aux combattants du régime en place avant de trouver leur chemin vers le Sahel et provoquer ce que nous voyons aujourd’hui au Mali, au Burkina Fasso, au Tchad, au Nigéria, au Cameroun ou encore en Côte d’Ivoire, a prévenu la représentante. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) s’est déclarée vivement préoccupée par les conflits prolongés à Tripoli et aux alentours.  Elle a condamné l’augmentation du nombre d’attaques contre la population et les infrastructures civiles.  Elle a appelé les parties à mettre immédiatement en œuvre un cessez-le-feu et à interagir avec l’ONU pour assurer une cessation des hostilités « pleine et complète ».  La Pologne appelle aussi au plein respect de l’embargo sur les armes et à s’abstenir de toute action susceptible de saper davantage le dialogue politique facilité par l’ONU.  Après avoir insisté sur le rôle important des groupes d’experts travaillant au sein des comités des sanctions, la représentante a appelé les parties à se dissocier des éléments criminels et terroristes impliqués dans les combats.

M. UGARELLI (Pérou) a estimé qu’il n’existait pas d’alternative à un processus politique en Libye, dans la droite ligne des conclusions de la Conférence d’Abou Dhabi.  Le représentant a appelé les parties à établir en priorité un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, ainsi qu’à retourner à la table des négociations.  Il a également appelé les pays exerçant une influence sur les parties à accompagner le processus, au-delà de leur intérêts stratégiques ou économiques.

Le représentant péruvien s’est déclaré particulièrement préoccupé par les violations répétées de l’embargo sur les armes, comme en témoigne selon lui le débarquement récent de véhicules blindés dans le port de Tripoli.  De telles violations contribuent à envenimer le conflit au détriment de la population civile, a-t-il déploré, dans la mesure où la majorité des fonds publics sont actuellement utilisés pour l’achat d’armement.  Dans ce contexte, le représentant a rappelé au Conseil sa responsabilité de protéger les vies civiles et de faire respecter le droit international humanitaire.  Il a également appelé la justice libyenne à engager des poursuites contre les auteurs de crimes à l’encontre de civils, avec l’appui « complémentaire » de la Cour pénale internationale (CPI).

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a déploré que la Libye se retrouve au seuil d’un conflit généralisé, d’une violence qui peut mettre en danger la paix et la sécurité régionales et internationales.  C’est la raison pour laquelle il a enjoint aux parties de s’abstenir de toute rhétorique incendiaire susceptible d’aggraver la situation, tout en demandant au général Haftar de revenir à la table des négociations.  Le représentant s’est déclaré alarmé par le « crime de guerre » que constitue le détournement, par des groupes armés, de l’eau potable qui arrive à Tripoli et alimente tout le nord-ouest du pays.  La poursuite de ce conflit pourrait aussi avoir de graves conséquences, en laissant à des groupes extrémistes la possibilité de regagner les positions qu’ils avaient perdues avant le début des affrontements en avril.  Pour la République dominicaine, seule une solution politique négociée sera de nature à mettre fin au conflit.

Mme KAREN VAN VLIERBERGE (Belgique) a noté que les combats qui ont commencé il y a deux mois en Libye perdurent malgré plusieurs appels à une trêve humanitaire.  La Belgique soutient ces appels et regrette qu’ils aient été rejetés.  « Ce que beaucoup ont craint semble être le cas: la stagnation de la situation militaire ».  Rappelant que ce sont les civils libyens et les migrants qui paient le plus lourd tribut d’un rejet de la solution politique, le représentant a appelé toutes les parties à respecter leurs obligations au regard du droit international humanitaire, y compris la protection des civils avec un accent particulier sur les enfants.

À ce stade, les gagnants de la situation sont les terroristes, a poursuivi la représentante, soulignant que l’option militaire ne mènera qu’au chaos et à la déstabilisation du pays en permettant à Daech de mener une stratégie de guérilla.  Au-delà de l’imputation de la responsabilité des combats, la Belgique tient à rappeler que ceux qui se sont rendus coupables de violations graves du droit international humanitaire et, plus largement, ceux qui menaceraient la paix en Libye, devront rendre compte de leurs actes.  Tous les chefs, militaires ou civils, qui exercent un contrôle, une autorité et un commandement effectifs sur leurs subordonnés pourraient être tenus pénalement responsables des crimes commis par ces derniers et poursuivis devant les tribunaux nationaux ou la Cour pénale internationale (CPI).

La Belgique soutient le travail du Représentant spécial, M. Ghassan Salamé, et de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) et appelle les parties à retourner à la table des négociations, sans conditions.  L’urgence d’un cessez-le-feu reste d’actualité, a estimé la représentante qui a également appelé au strict respect par tous de l’embargo sur les armes décrété par le Conseil de sécurité. 

M. NARCISO SIPACO RIBALA (Guinée équatoriale) a estimé que, huit ans après le début du conflit libyen, la situation dans le pays n’avait eu de cesse de se détériorer de manière alarmante.  Parallèlement, l’aggravation de la crise en Libye met en évidence l’incapacité du Conseil de sécurité à résoudre une guerre qui aurait pu être à l’origine évitée, a regretté le représentant, avant d’appeler les parties à mettre un terme aux affrontements armés et à protéger les populations civiles, dans le respect du droit international humanitaire.  Il a par ailleurs dénoncé toute ingérence étrangère dans les affaires libyennes consistant à exercer une influence sur les parties en vue d’alléger les tensions et de parvenir à un cessez-le-feu.  « Ces actions de la part de pays tiers ne font qu’aggraver la situation et doivent prendre fin », a-t-il insisté.  Quant au Conseil, il doit engager une réflexion de fond sur les violations répétées de l’embargo sur les armes, qui viennent compliquer encore davantage ce conflit.

Le délégué a, en outre, souligné la situation humanitaire alarmante dans laquelle se trouve la population libyenne, comme en témoigne selon lui les 500 morts à Tripoli et 75 000 personnes déplacées depuis la reprise des combats cette année.  Il s’est dit particulièrement préoccupé par la situation des 6 800 migrants et réfugiés qui se trouvent actuellement dans des centres de détention, à la merci de groupes armés et de trafiquants.  Le représentant a ainsi appelé la communauté internationale à appuyer davantage le Gouvernement libyen pour faire face à cette crise, dans le cadre du Plan d’action des Nations Unies.

M.JURGEN SCHULZ (Allemagne) s’est dit alarmé par le conflit en Libye et la possibilité d’une escalade de la violence au niveau régional.  Ce conflit a provoqué « une catastrophe humanitaire », a poursuivi le représentant qui s’est dit préoccupé par le sort des migrants et des réfugiés et par les attaques contre le personnel médical.  Il a appelé toutes les parties libyennes à permettre un accès humanitaire sans entrave sur tout le territoire.  Les parties libyennes doivent revenir à la table des négociations, mettre fin aux offensives militaires et œuvrer à une solution politique, a estimé M. Schulz.  C’est dans cet esprit que l’Allemagne appuie l’appel du Représentant spécial, M. Salamé, pour une résolution du Conseil de sécurité qui doit comprendre les trois appels au cessez-le-feu, à la reprise du processus politique inclusif et au respect de l’embargo sur les armes.

Pour ce qui est de l’embargo sur les armes, le représentant s’est dit choqué par la quantité d’armes en présence, y compris d’armes lourdes, et gravement préoccupé par ces violations flagrantes de l’embargo.  S’agissant de l’arrestation et de la détention de M. Kartas, il a fait part de ses préoccupations soulignant que cet expert jouit d’une immunité en tant que membre du Groupe d’experts de l’ONU sur la Libye.  Il s’est dit encouragé par les dernières nouvelles émanant des autorités tunisiennes à ce sujet.

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a appelé les parties à instaurer un cessez-le-feu immédiat et à raviver le processus de médiation politique sous l’égide de l’ONU.  Il a appelé les organisations régionales à maintenir leur engagement en faveur de la paix en Libye.  Le représentant a appuyé le principe de la convocation d’une Conférence nationale libyenne, en dépit du report de ladite Conférence qui était initialement prévue pour le mois d’avril.  Le délégué indonésien a appelé les parties à déclarer une pause humanitaire durant le mois de ramadan.  Face à l’augmentation des victimes civiles du conflit, il a également exhorté les parties à protéger la population libyenne, notamment à Tripoli, ainsi que les professionnels de santé, les agents humanitaires et le personnel de l’ONU.

M. ELMAHDI S. ELMAJERBI (Libye) a estimé qu’avec la mise en place des dispositions de sécurité, des progrès notables ont été accomplis dans la stabilisation de son pays, qui a honoré ses engagements internationaux, y compris s’agissant de l’élimination de ses stocks d’armes chimiques, tout en mentionnant l’essor économique pris par son pays.  Au beau milieu de ces efforts, le général Haftar a lancé une offensive contre Tripoli, où ses forces commettent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité et se sont rendues coupables d’enlèvements d’enfants et de meurtres de détenus, a dénoncé le représentant, en les accusant également d’avoir coupé l’alimentation en eau de la ville.  Il a rappelé que sa délégation avait demandé au Conseil de sécurité d’établir une commission d’établissement des faits et de « dresser la liste des pays étrangers » qui soutiennent ces agressions selon les « convictions religieuses des agresseurs ».

« Jusqu’à quand ces ingérences continueront-t-elles d’être passées sous silence? », s’est impatienté M. Elmajerbi.  Le Gouvernement d’entente nationale exercera son droit souverain de défendre ses citoyens, a-t-il assuré.  Selon lui, le vide sécuritaire qui résulte de l’agression actuelle a favorisé le retour de Daech, sachant que les forces qui défendent aujourd’hui Tripoli sont précisément celles qui avaient repoussé l’État islamique par le passé.  Cette offensive de Haftar et cette ingérence de pays étrangers ont en outre réactivé des divisions tribales.  Cette offensive est « un échec cinglant de l’ONU », a estimé le représentant, en accusant le Conseil de sécurité de ne pas avoir su faire respecter ses propres résolutions.  Son gouvernement estime donc qu’une « responsabilité historique » incombe à cet organe pour « corriger le tir » et « mettre les points sur les I ».  Il n’est pas logique de demander à l’agresseur et à l’agressé de consentir les mêmes efforts, a-t-il dit, rappelant que Haftar a par exemple rejeté la trêve du ramadan proposée par le Représentant spécial.  Il a demandé, en conclusion, au Conseil de soutenir les efforts de M. Salamé pour retrouver le chemin du dialogue et du processus politique. 

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