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CS/13794
29 avril 2019
8517e séance – matin

Conseil de sécurité: la possibilité d’établir un État palestinien viable continue d’être érodée par les faits sur le terrain, prévient l’ONU

La Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Mme Rosemary DiCarlo, a affirmé aujourd’hui, au Conseil de sécurité, que « la possibilité d’établir un État palestinien viable et contigu continue d’être érodée par les faits sur le terrain ».  La majorité de la cinquantaine d’intervenants à cette séance trimestrielle consacrée au Moyen-Orient a rappelé son soutien indéfectible à la solution des deux États, et une partie d’entre eux ont également évoqué les situations préoccupantes concernant le Golan syrien, la Syrie, le Yémen, la Libye et le Liban.

Mme DiCarlo a relevé que « l’espoir de la solution des deux États continue d’être remplacé par la montée de la peur de futures annexions ».  Elle a averti que le statut quo ne peut que conduire à une détérioration accentuée de la situation, la radicalisation de toutes les parties, plus de souffrance et la poursuite du conflit.     

En effet, « l’horizon de la paix semble de plus en plus lointain », a confirmé l’Observateur permanent de la Palestine, qui a pointé du doigt la Puissance occupante qui « insiste pour imposer son agenda juridique à tout prix », avant de déplorer « le soutien absolu octroyé à Israël par un membre permanent du Conseil, ce qui n’a fait qu’enhardir son mépris pour la loi ».  Au sujet de « l’hypothétique plan de paix » américain, il a averti que toute initiative s’écartant du droit international et des résolutions pertinentes de l’ONU serait « irrecevable ».  Justement, la délégation des États-Unis a été claire: « l’avenir de Gaza ne pourra pas être abordé, et la population de Gaza être aidée, de manière significative, tant que le Hamas sera présent ou ne fera pas les choix nécessaires à la stabilité et, finalement, à la paix ».

La délégation israélienne a demandé que l’on ne rejette pas le tort sur la partie qui propose la paix en félicitant celle qui propose la violence et le terrorisme.  Pour Israël, la paix ne peut être envisagée qu’avec la prise en compte des quatre piliers du passé et les quatre de l’avenir.  Les piliers du passé sont les bases des réclamations israéliennes sur les terres que le pays occupe.  Ce sont des éléments bibliques, historiques ou encore inhérents au droit international et à la recherche de la paix.  Pour les piliers de l’avenir, le délégué a cité: l’acceptation et la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens; la fin de la campagne palestinienne de violence; une coopération régionale visant l’établissement des relations avec les voisins en vue de la sécurité commune; et l’intransigeance sur la sécurité d’Israël.  

Pour sa part, la Fédération de Russie a demandé que soit remis à l’ordre du jour le rôle du Quatuor entériné, du reste, par le Conseil.  En attendant, le pays propose un sommet entre les dirigeants des deux parties, assurant que l’Autorité palestinienne y soit favorable.  La Fédération de Russie invite également le Conseil à envoyer une mission au Moyen-Orient pour notamment renforcer son unité du Conseil sur la question israélo-palestinienne.  La Ligue des États arabes a été jusqu’à dénoncer « le mépris » des grands acteurs internationaux sur la question de Palestine, avant d’indiquer que la question du Moyen-Orient doit être réglée au Conseil de sécurité et non au sein d’une enceinte parallèle qui piétine l’initiative de paix arabe.  Le rôle du Conseil a été pourtant remis en question.  L’Indonésie a déploré son « inaction », en notant que l’expansion des colonies de peuplement, la violence et les autres violations de la résolution 2334 (2016) « constituent un affront flagrant à l’autorité de cet organe ».  Le pays a proposé qu’un échéancier soit arrêté pour la réalisation de la solution des deux États, une proposition soutenue par la Turquie.

Dans l’attente d’une solution politique, la Chine, ainsi que d’autres pays, ont plaidé pour l’amélioration de la situation économique et sociale des Palestiniens, notamment à Gaza, alors que certaines recettes fiscales de l’Autorité palestinienne sont retenues par Israël.  Devant une crise économique qui s’est aggravée, Mme DiCarlo a invité les membres du Comité spécial de liaison pour la coordination de l’assistance internationale aux Palestiniens à profiter de la réunion de Bruxelles, demain, pour travailler avec Israël et l’Autorité palestinienne afin de résoudre cette crise qui menace la viabilité de l’Autorité palestinienne.  L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a d’ores et déjà décidé de créer un « fonds pour les réfugiés de Palestine » pour aider l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).  Le Koweït a, de son côté, regretté le refus d’Israël de renouveler le mandat de la Présence internationale à Hébron, et ses tentatives de modifier le statu quo relatif à la ville de Jérusalem.

Invités à présenter leurs travaux en début de séance, Mme Nada Majdalani, Codirectrice palestinienne de EcoPeace Middle East, a indiqué que le droit à l’eau des Palestiniens ne peut plus être repoussé sous prétexte que l’on n’arrive pas à parvenir à un accord sur tous les points liés au statut final, tandis que son homologue palestinien, M. Gidon Bromberg, a fait observer que mobiliser l’énergie de l’eau, du soleil, du vent et de la mer peut être une voie vers la paix entre Israéliens et Palestiniens. 

Pour ce qui est du Golan, la Secrétaire générale adjointe a rappelé que « la position de l’ONU sur la question est claire » et qu’elle est contenue dans des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  De nombreux pays, dont la France, ont rappelé qu’ils ne reconnaissent pas la souveraineté israélienne sur les territoires occupés, y compris le Golan syrien.  La République arabe syrienne a réitéré sa condamnation de la décision « inique » du Président américain de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien.     

L’Union européenne a, quant à elle, imputé au Gouvernement syrien une grande partie de la responsabilité dans la situation humanitaire « catastrophique » que vit le pays.  C’est pourquoi elle vient de renforcer ses sanctions contre le régime syrien et ses alliés, dont des responsables d’attaques chimiques.  Les orateurs ont également appelé à la paix au Yémen et en Libye, tout en plaidant pour la régularisation de la situation au Liban, pays dont la représentante a dénoncé « les violations quotidiennes de la souveraineté par Israël ».   

En début de séance, le Conseil de sécurité a observé une minute de silence en mémoire des victimes de l’attentat contre une synagogue de Californie et celui ayant visé une église protestante au Burkina Faso.

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT, Y COMPRIS LA QUESTION PALESTINIENNE

Déclarations

Mme ROSEMARY DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, a indiqué que l’absence de solution politique au conflit sape les efforts de paix.  Ainsi, sous la pression de la violence, de l’expansion des colonies de peuplement, de mesures unilatérales, des divisions intrapalestiniennes et de l’approfondissement de la méfiance mutuelle, les perspectives d’une paix juste et durable restent toujours plus illusoires.  En effet, « l’espoir de la solution des deux États continue d’être remplacé par la montée de la peur de futures annexions.  La possibilité d’établir un État palestinien viable et contigu continue d’être érodée par les faits sur le terrain. »  Mme DiCarlo a estimé que le statut quo ne peut que conduire à une détérioration accentuée de la situation, la radicalisation de toutes les parties, plus de souffrance et la poursuite du conflit.

Mme DiCarlo a ensuite félicité le Premier Ministre Palestinien pour la formation d’un nouveau gouvernement, avant d’inviter toutes les factions palestiniennes et les dirigeants politiques à travailler ensemble, de bonne foi, afin d’unifier Gaza et la Cisjordanie sous un même et légitime Gouvernement palestinien.  Elle a également félicité le peuple israélien pour l’élection du 9 avril dernier, rappelant que le 17 avril, le Président israélien a demandé au Premier Ministre Benyamin Netanyahou de former un nouveau gouvernement.

L’absence prolongée de solution politique au conflit coïncide avec la détérioration constante de la situation dans les territoires palestiniens occupés, a souligné la Secrétaire générale adjointe.  Pendant le dernier trimestre, les autorités israéliennes ont établi pas moins de 2 100 maisons dans la Zone C et ont dit leur intention d’y construire 950 de plus.  Mme DiCarlo a indiqué que les colonies de peuplement n’ont « aucun effet juridique » et constituent « une violation du droit international ».  Dans le même temps, les démolitions et la saisie de structures appartenant aux Palestiniens se sont poursuivies en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est.  Les autorités israéliennes ont détruit ou saisi 37 structures, déplacé 49 personnes au motif de l’absence de permis de bâtir israélien, un document pratiquement impossible à obtenir pour les Palestiniens, a-t-elle expliqué.  La situation des sites religieux palestiniens de Jérusalem-Est, restée relativement calme le mois dernier. 

En outre, le 30 mars dernier, les Palestiniens de Gaza ont célébré le premier anniversaire des manifestations de la « marche du retour » qui avait été commémoré par 50 000 Palestiniens, lesquels avaient manifesté autour du mur de séparation.  Ces évènements avaient conduit à la mort de 7 Palestiniens, y compris 4 enfants, tués par les Forces de sécurité israéliennes à Gaza; 1 316 personnes ont été blessées.  Mme DiCarlo a réitéré que les enfants ne doivent pas être la cible de violences et encore moins être exposés aux risques de violences ou encouragés à prendre part aux violences.  Elle a aussi rappelé, à l’endroit d’Israël, que la force létale ne doit être utilisée qu’en dernier recours, et en réponse à une menace imminente de mort ou de blessure grave.

Au cours des dernières semaines, des militants palestiniens ont procédé à 30 tirs de roquette et de mortiers depuis Gaza vers Israël.  Plusieurs ballons incendiaires ont également été lancés depuis Gaza vers le Sud d’Israël.  « Cela doit prendre fin », a martelé l’intervenante en demandant au Hamas de s’assurer que les protestations restent pacifiques et que des mesures soient prises pour empêcher des provocations près du mur de séparation, y compris des tentatives de le traverser.  En Cisjordanie, trois Palestiniens ont été tués par les Forces armées israéliennes, alors que 63 autres ont été blessés, dont 18 enfants.  Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a relevé 14 attaques palestiniennes contre des colonies israéliennes en Cisjordanie.

La crise financière palestinienne s’est également aggravée ces derniers temps, s’est inquiétée la Secrétaire générale adjointe.  En dépit des mesures d’austérité arrêtées et des promesses récentes de soutien d’États arabes, le risque de l’effondrement financier de l’Autorité palestinienne ne cesse d’augmenter.  Il faut donc une résolution durable de cette crise de toute urgence.  C’est pourquoi elle a invité les deux parties à cibler les causes de la crise par la voie du dialogue, la mise en place d’accords bilatéraux, tout en les appelant à éviter de prendre des mesures unilatérales qui sapent la stabilité et la sécurité des Palestiniens et des Israéliens.  Mme DiCarlo a invité les membres du Comité spécial de liaison pour la coordination de l’assistance internationale aux Palestiniens à profiter de la réunion de Bruxelles demain pour travailler avec Israël et l’Autorité palestinienne afin de résoudre cette crise qui menace la viabilité de l’Autorité palestinienne.

Au sujet de la crise humanitaire à Gaza, elle a évoqué en particulier la souffrance des femmes, rappelant que 70% d’entre elles sont sans emploi.  Les familles qui sont donc dirigées par des femmes confrontées à la pauvreté et à l’insécurité alimentaire.  L’ONU continue d’apporter une assistance aux femmes et filles palestiniennes, mais beaucoup reste à faire.  L’année dernière, près de 110 millions de dollars ont été mobilisés en faveur des Palestiniens, et l’ONU et ses partenaires ont consacré 45 millions de dollars qui vont permettre la création d’environ 20 000 emplois temporaires en 2019.  Le 1er avril dernier, Israël a étendu la zone de pêche palestinienne de Gaza à environ 15 miles nautiques, a salué Mme DiCarlo en souhaitant que le reste des zones de pêches palestiniennes, aujourd’hui limitées à 6 à 12 miles nautiques, bénéficient également de cette mesure.  Elle a rappelé que la crise de Gaza est d’abord politique, ajoutant qu’il faut des mesures pour la levée du blocus et la réconciliation intrapalestinienne, notamment dans le cadre des discussions engagées avec l’Égypte.

S’agissant ensuite du Liban, Mme DiCarlo a indiqué que la situation y demeure stable, y compris autour de la ligne bleue.  La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a relevé la présence de 5 tunnels, dont 3 traversent la zone bleue, en violation de la résolution 1701 (2006) du Conseil de sécurité. 

Pour ce qui est du Golan, le 25 mars, le Président américain a signé une proclamation officielle reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien occupé.  La Secrétaire générale adjointe a rappelé que « la position de l’ONU sur la question est claire » et qu’elle est contenue dans des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment 242 (1967) et 497 (1981).

Enfin, au sujet du conflit en Syrie, la Secrétaire générale adjointe a indiqué que l’Envoyé spécial du Secrétaire général continue ses efforts pour trouver une solution politique négociée au conflit.  Il sera du reste devant le Conseil de sécurité demain pour rendre compte de ces efforts.  En conclusion, Mme DiCarlo est revenue sur la question palestinienne, demandant que les deux parties retournent à la table des négociations, tout en les invitant à éviter de prendre des actions unilatérales qui pourraient saper les perspectives de paix.

Mme NADA MAJDALANI, Codirectrice palestinienne de EcoPeace Middle East, a expliqué que 97% de l’eau souterraine à Gaza n’est plus consommable par les humains et que 30% des maladies dans l’enclave sont liées à des pathogènes d’origine hydrique.  Avec en moyenne quatre heures d’électricité par jour, les installations sanitaires ne fonctionnent pas et déversent l’équivalent de 34 piscines olympiques d’eaux usées par jour dans la mer Méditerranée.  Après plus de 12 ans de blocus, des guerres consécutives, de nombreux morts dont des enfants et l’échec de la réconciliation intrapalestinienne, c’est aujourd’hui une catastrophe humanitaire qui frappe la bande de Gaza.

« Nous sommes ici, devant vous, Gidon et moi, accompagnés par la Codirectrice jordanienne d’EcoPeace comme membres d’une équipe dévouée qui refuse que nos enfants et notre environnement restent otages de ce conflit », a expliqué Mme Majdalani pour laquelle les questions liées à l’eau et au climat sont des questions centrales pour l’avenir de tous les pays de la région.  « Si les politiciens peuvent se permettre d’envisager des politiques de désengagement, nous ne pouvons pas nous désengager de notre environnement partagé », a-t-elle tranché.  La centrale de désalinisation d’Ashkelon, qui produit l’eau potable de 15% des Israéliens, a dû fermer à plusieurs reprises à cause de la pollution des eaux remontées par les courants des plages de Gaza, « ce qui prouve bien que l’eau et l’environnement font fi des frontières et des limites ».  Elle a également parlé du cas du fleuve Jourdain, en ponctuant son discours d’exemples concrets de personnes et de familles avant d’annoncer qu’EcoPeace a développé un plan détaillé pour la vallée du Jourdain qui pourrait « transformer cette vallée de la pauvreté et du désespoir en une vallée de la prospérité partagée par toutes les communautés de la mer de Galilée à la mer Morte ».  Leur approche se fonde sur les principes du développement durable et des opportunités égales dans le cadre de la solution des deux États dans les frontières de 1967. 

Pour EcoPeace il n’y a pas de temps à perdre pour régler le problème de l’eau, et le droit à l’eau des Palestiniens ne peut plus être repoussé sous prétexte que l’on n’arrive pas à parvenir à un accord sur tous les points en instance liés au statut final.  Actuellement, les termes et les mécanismes prévus par les Accords d’Oslo pour la gestion transfrontière de l’eau et de l’assainissement ne remplissent pas leurs engagements vis-à-vis des Palestiniens, ni même envers les Israéliens, a-t-elle estimé pour ce qui est des impératifs du développement durable.  La représentante de l’ONG a ajouté que si rien n’est fait pour Gaza, face à la crise de l’eau et les changements climatiques, la communauté internationale ne devra pas s’étonner de voir de plus en plus de bateaux de réfugiés.

« Nous sommes ici pour adresser un message puissant à nos gouvernements et aux membres du Conseil de sécurité.  Nous faisons face ensemble au manque d’eau d’une part à cause du conflit et, d’autre part à cause des changements climatiques qui ne font pas la différence entre le côté puissant et le côté plus faible du conflit.  Il faut agir maintenant.  Il faut réévaluer nos postulats, rejeter l’unilatéralisme et faire des efforts conjoints pour promouvoir la coopération transfrontalière en matière d’eau.  Il s’agit d’une question essentielle pour la stabilité et la sécurité nationales et régionales », a conclu Mme Majdalani avant de passer la parole à son homologue israélien, M. Gidon Bloomberg.

M. GIDON BROMBERG, Codirecteur de EcoPeace Middle East, a rappelé que, grâce à la mobilisation des maires des communautés limitrophes d’Israël, de Palestine et de Jordanie, le Jourdain a été réhabilité et assaini, pour devenir une source d’eau viable, mais aussi « un vecteur de paix ».  Au moment de la signature des Accords d’Oslo, la question de l’eau ne figurait pas parmi les questions relatives au statut final parce qu’elle aurait immanquablement créé des perdants et des vainqueurs, a-t-il rappelé. 

M. Bromberg a appelé à sortir du cadre de réflexion du XXe siècle et des Accords d’Oslo sur la question de l’eau, en faisant remarquer que de nos jours, les nouvelles technologies dans le secteur de l’eau, souvent le fruit d’innovations israéliennes, présentent de vraies opportunités.  Aujourd’hui, 70% de l’eau potable en Israël provient de la désalinisation, et l’objectif d’un partage équitable entre Palestiniens et Israéliens est atteignable, a estimé l’intervenant.  « Pour la première fois depuis 50 ans, l’eau commence à couler naturellement en Galilée », s’est félicité M. Bromberg, en saluant la Jordanie, qu’il considère comme un chef de file dans l’exploitation viable des ressources aquifères.  Mobiliser l’énergie de l’eau, du soleil, du vent et de la mer peut être une voie vers la paix entre Israéliens et Palestiniens, a-t-il insisté en conclusion.

M. RIYAD H. MANSOUR, Observateur permanent de la Palestine, a souligné « l’incertitude » et la « volatilité » de la période actuelle dans les territoires palestiniens occupés, dont la situation se détériore selon lui de jour en jour.  Parallèlement, l’horizon de la paix semble de plus en plus lointain, a déploré le représentant, pointant du doigt la Puissance occupante, qui « insiste pour imposer son agenda juridique à tout prix ».  Aux yeux de M. Mansour, ce panorama s’est encore assombri, début avril, à l’issue des élections législatives israéliennes, qui ont consacré « l’extrême droite dirigeant désormais Israël comme un État raciste et ségrégationniste », sous la houlette de son Premier Ministre, M. Benjamin Netanyahu. 

« Le soutien absolu octroyé à Israël par un membre permanent de ce Conseil n’a fait qu’enhardir son mépris pour la loi », a affirmé M. Mansour, au point d’attiser encore davantage les violations contre son peuple et la colonisation des territoires palestiniens.  J’en veux pour preuve, a-t-il dit, les récentes déclarations « cyniques » et « incendiaires » des autorités israéliennes concernant leur tentative d’annexion des colonies « illégales » dans les territoires occupés, y compris à Jérusalem-Est, et les nombreux crimes de guerre commis au quotidien par l’armée du pays.

« Cela parait désormais évident: implorer et apaiser Israël n’a jamais fonctionné », a estimé M. Mansour, appelant la communauté internationale à « joindre le geste à la parole », en prenant des mesures urgentes pour tenir Israël pour responsable.  « Il doit y avoir des conséquences pour les violations », a-t-il insisté.  En plus de la colonisation, des démolitions d’immeubles dans les territoires occupés, des évictions, déplacements forcés et meurtres de Palestiniens, ainsi que des menaces qui pèsent sur le statu quo historique concernant les lieux saints à Jérusalem-Est, le représentant a condamné le blocus « illégal » de Gaza, qui dure depuis maintenant 12 ans.  « Isoler et emprisonner deux millions de personnes est une sanction collective relevant du crime de guerre », a dénoncé M. Mansour, ajoutant que le blocus était le principal responsable de la crise humanitaire « désastreuse » et du sentiment de « désespoir » à l’origine des manifestations populaires récentes à Gaza.

Or, étrangement, lorsqu’il s’agit de la Palestine, les appels à respecter le droit semblent perçus comme « fantasques », plutôt que « légitimes ».  Pour M. Mansour, cette tendance doit changer.  Les décisions et déclarations de certains États, en violation du droit international et des résolutions de l’ONU, ne sauraient « changer les faits » ou « légitimer ce qui est illégitime », a-t-il ajouté, condamnant sans les citer les décisions prises récemment par les États-Unis.  Quant aux spéculations concernant un hypothétique « plan de paix » américain, le représentant a indiqué que toute initiative s’écartant du droit international et des résolutions pertinentes de l’ONU serait « irrecevable ».  Face à ce « sombre tableau », M. Mansour a rappelé l’attachement de la Palestine à une solution pacifique, politique, légale et non violente au conflit.

M. DANNY BEN YOSEF DANON (Israël) a parlé d’un moment difficile pour le peuple israélien, rappelant ainsi l’attentat de la synagogue Chabad de la ville de Poway aux États-Unis, tout en notant qu’il s’agit de la deuxième tuerie dans une synagogue en moins de six mois.  Le représentant a tenu à répondre à l’interpellation qui lui avait été faite par le Président du Conseil, le représentant de l’Allemagne, qui voulait savoir, au cours du précédent débat sur le Moyen-Orient, quels étaient les bases des réclamations israéliennes sur les terres que le pays occupe.  M. Danon a donc évoqué quatre raisons fondamentales qu’il a présentées sous forme de piliers.

D’abord le « pilier biblique ».  Il a rappelé que l’ancien testament laisse voir que la terre d’Israël appartenait au peuple juif, convoquant comme justification des passages de ce livre saint.  Ainsi, la Bible brosse un tableau cohérent du lien entre le peuple juif et la terre d’Israël, et « ce n’est pas seulement la Bible juive qui le dit, mais bien les trois religions monothéistes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam », a-t-il déclaré.

Passant au « pilier historique », le représentant a souligné que quand les Romains ont détruit le royaume juif, ils ont envoyé les Juifs dans un exil vieux de 2 000 ans, confisquant ainsi leur terre en la rebaptisant Palestine, en référence à une province du sud du pays.  

En ce qui concerne le « pilier du droit international », M. Danon a rappelé qu’en 2017, Lord Balfour a publié la fameuse Déclaration Balfour qui prônait le retour des Juifs vers leur terre.  Ainsi, après la chute de l’Empire ottoman, à la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire britannique a acquis la propriété légale de ces terres et s’est engagé à établir une patrie juive.  Cette décision a été ensuite actée en 1922 par la Société des Nations (SDN).  Puis, après la Seconde Guerre mondiale, en 1945, la Charte des Nations Unies a reconnu le droit des peuples à l’autodétermination.  Deux ans plus tard, le plan de partition de l’ONU a proposé la création d’un État juif à côté d’un État arabe, mais les Palestiniens ont marqué leur refus.  La guerre a donc éclaté en 1948 et Israël a été attaqué par cinq nations arabes en plus des Palestiniens.

Enfin, en vertu du « pilier de la recherche de la paix et la sécurité internationales », l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a été créée en 1964, bien avant la guerre de 1967, a rappelé le représentant.  Il a énuméré un certain nombre de propositions de paix rejetées par les Palestiniens, avant de conclure qu’il ne faut pas rejeter le tort sur la partie qui propose la paix en félicitant celle qui, par contre, propose la violence et le terrorisme.

M. Danon a affirmé que la paix ne sera possible que lorsque ces quatre piliers du passé seront pris en compte, ainsi que quatre autres piliers de l’avenir: l’acceptation et la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens; la fin de la campagne palestinienne de violence; une coopération régionale visant l’établissement des relations avec les voisins en vue de la sécurité commune; et enfin, le fait qu’Israël ne transigera jamais avec tout ce qui pourrait mettre à mal sa sécurité.

M. RODNEY M. HUNTER (États-Unis) a convenu avec EcoPeace que la sécurité de l’eau et de l’énergie est certainement essentielle pour la paix au Moyen-Orient. « Il est en effet réconfortant d’entendre que des Israéliens, des Palestiniens et des Jordaniens travaillent ensemble pour trouver des moyens de relever les défis communs en matière d’énergie et d’eau », a-t-il ajouté.  Aujourd’hui, « nous avons beaucoup entendu parler des responsabilités d’Israël, mais le véritable coupable qui a privé sa propre communauté d’une vie meilleure, c’est est le Hamas », a ensuite accusé le représentant.   Selon lui, le travail d’ONG telles que EcoPeace est d’autant plus difficile à Gaza que le Hamas insiste pour faire passer ses propres intérêts avant ceux des résidents locaux.  « Le Hamas autoriserait-il jamais les communautés locales à se regrouper pour former des coopératives de production d’énergie, en dehors de son contrôle et de la confiscation des profits? Le Hamas autoriserait-il les experts israéliens en désalinisation à travailler aux côtés des habitants de Gaza? », s’est demandé M. Hunter.  Le Hamas, a-t-il insisté, va-t-il jamais mettre fin aux attaques inutiles contre les communautés israéliennes et à sa guerre corrompue aux dépens du peuple palestinien?  Une guerre qui a seulement réussi à provoquer des conflits, la pauvreté et le désespoir, tout en entravant la capacité de la communauté internationale à fournir une aide?  Pour sa délégation, aucun doute: l’avenir de Gaza ne pourra pas être abordé, et la population de Gaza être aidée, de manière significative, tant que le Hamas sera présent ou ne fera pas les choix nécessaires à la stabilité et, éventuellement, à la paix.

M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït) s’est élevé contre les « agressions » d’Israël qui continuent de dénier aux Palestiniens l’existence de leurs droits en Cisjordanie comme à Gaza.  Il a également dénoncé la retenue des recettes fiscales de l’Autorité palestinienne, le refus du Gouvernement israélien de renouveler le mandat de la Présence internationale à Hébron, et ses tentatives de modifier le statu quo relatif à la ville de Jérusalem.  Le représentant s’est attardé sur les violations israéliennes du droit international humanitaire et du droit des droits de l’homme qui relèvent selon lui de crimes graves pour nombre d’entre elles, avant de souligner l’impact du blocus économique israélien imposé à Gaza sur la santé de ses habitants.  Le délégué a demandé à la Puissance occupante de s’abstenir à l’avenir de toute violence vis-à-vis des Palestiniens.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a réaffirmé son attachement à la solution des deux États, « malgré les développements sur le terrain qui nous en éloignent chaque jour un peu plus ».  Il a condamné la politique de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est qui est contraire au droit international et « ne fait qu’exacerber les tensions ».  Préoccupé par la situation à Hébron, le représentant a rappelé la responsabilité des parties de respecter le droit international et notamment la responsabilité d’Israël, en tant que Puissance occupante, d’assurer la protection des Palestiniens. 

En ce qui concerne la situation à Gaza, M. Pectsteen de Buytswerve a souligné le droit fondamental de manifester pacifiquement.  Tout en reconnaissant le droit d’Israël d’assurer sa sécurité, il a encore rappelé qu’Israël doit respecter les principes de proportionnalité et de nécessité dans l’emploi de la force.  Il n’est pas acceptable non plus que les manifestations à Gaza soient détournées par des éléments extrémistes, a-t-il ajouté, appelant tous les responsables à ne pas utiliser ou encourager les enfants à y participer.  La résolution de la crise à Gaza implique un changement fondamental, qui comprend la levée du blocus et le retour de ce territoire sous le contrôle de l’Autorité palestinienne.  Enfin, le représentant n’a pas reconnu la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés depuis 1967, y compris le plateau du Golan. 

M. ZHAOXU MA (Chine) a déclaré que la solution des deux États doit être préservée, en invitant les parties au conflit à entamer des pourparlers directs et à s’abstenir de prendre toute mesure unilatérale.  Il faut œuvrer à l’amélioration de la situation économique et sociale, a préconisé le représentant, qui s’est dit inquiet de la retenue des recettes fiscales de l’Autorité palestinienne exercée par Israël.  La communauté internationale doit rester engagée en faveur de la réalisation des aspirations de toutes les parties, a poursuivi le représentant, qui a rappelé que le développement doit faire partie intégrante du processus de paix.  La Chine s’est dit prête à renforcer la coopération et à « faire fond sur les complémentarités existantes » pour promouvoir une « communauté de partage » au Moyen-Orient qui soit viable pour tous. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a dit espérer, comme d’autre pays, que les problèmes qui entraînent des conflits dans cette région soient abordés avec plus de « clarté et sincérité », et surtout de manière « juste ».  Le représentant s’est inquiété non seulement du nombre de morts et de blessés, mais aussi des destructions d’infrastructures, de terres agricoles, ainsi que de l’absence de services essentiels.  Cela entraîne un recul en termes de développement, a-t-il prévenu, attirant l’attention sur les souffrances de millions de Palestiniens déplacés dans diverses régions du Moyen-Orient et autres parties du monde. 

Le délégué a dit attendre la publication du plan de paix des États-Unis mais s’est inquiété de l’influence des élections israéliennes sur les décisions, mesures et actions des parties, faisant référence notamment à la décision d’Israël de ne pas renouveler le mandat de la Présence internationale temporaire à Hébron.  Souhaitant que les Israéliens et les Palestiniens s’accordent sur une solution politique et définitive du conflit, il a plaidé pour la création d’un État palestinien indépendant comme élément pour y arriver.  Il a salué le travail des agences humanitaires qui appuient la population de la bande de Gaza et a demandé à la communauté internationale de contribuer davantage au Bureau des partenariats publics.  Il a encouragé l’Égypte et les autres acteurs internationaux à continuer d’encourager le processus de réconciliation intrapalestinien.  Enfin, il a regretté qu’Israël n’ait pas cessé ses activités de colonisation dans les territoires palestiniens occupés.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a regretté que la menace terroriste reste persistante dans la région.  Il a dit que le règlement de la crise entre Israéliens et Palestiniens est au cœur de la paix durable dans la région.  Selon lui, les principes de Madrid, l’Initiative de paix arabe et les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité restent d’actualité.  Il a aussi rappelé que le rapport produit en 2016 par le Quatuor comportait des mesures de renforcement de la confiance entre les parties.  Parmi ces mesures, il a évoqué la fin de la politique de colonisation et l’arrêt de la violence par toutes les parties.  M. Nebenzia a rappelé que le rôle du Quatuor avait été approuvé par le Conseil de sécurité, et qu’il faut donc le remettre à l’ordre du jour.

Le 17 avril dernier, Moscou a abrité un forum de coopération entre la Fédération de Russie et les pays arabes.  M. Nebenzia a noté que cette rencontre a permis de souligner que les deux parties avaient des avis convergents.  Par exemple, il a été acquis qu’il faut organiser un sommet entre les dirigeants israéliens et palestiniens.  Le dirigeant palestinien a d’ailleurs donné son accord à une telle rencontre.  Le représentant a également appelé à la réconciliation palestinienne, ainsi qu’au renforcement de l’aide humanitaire à Gaza, laquelle doit se faire en accord avec le Président Abbas de l’Autorité palestinienne, a-t-il souhaité.  La Fédération de Russie poursuit son aide aux Palestiniens, y compris par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).  « Il faut donc redynamiser la diplomatie et ne pas laisser les efforts déjà consentis tomber à l’eau. »  La Fédération de Russie invite le Conseil de sécurité à envoyer une mission au Moyen-Orient, avec comme ambition de renforcer l’unité du Conseil sur la question israélo-palestinienne, et la collaboration avec les parties.  Le délégué a également affirmé que pour son pays, le Golan syrien reste un territoire de la République arable syrienne.  Il a conclu en disant que la Fédération de Russie adopte « une approche constructive » au Moyen-Orient, comme c’est le cas en Syrie où l’on voit une stabilisation progressive de la situation.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a déclaré qu’une paix durable exige un Israël sûr et sécurisé aux côtés d’une Palestine dans la limite des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale et une résolution du statut des réfugiés palestiniens.  Elle a déclaré qu’elle appuyait l’objectif d’un État palestinien viable, mais que « l’occupation est un obstacle à la réalisation des droits de la population palestinienne ».  La représentante s’est dit convaincue que des institutions palestiniennes fortes servent les intérêts de la population palestinienne.  Mais selon elle, la « dynamique destructrice actuelle » entre les parties ne fait rien pour faciliter la reprise du dialogue.  Mme Pierce a rejeté aussi bien les violences perpétrées par des colons en Cisjordanie que celles commises par des Palestiniens.  Elle a estimé, en conclusion, que la formation des nouveaux gouvernements israélien et palestinien donnait au processus de paix une opportunité à ne pas manquer.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a constaté qu’en dépit des appels constants à la désescalade, aucun progrès n’avait été accompli dans le cadre du processus de paix, bien au contraire, alors que de nouvelles pertes humaines ont été enregistrées.  Notre priorité devrait donc être de rétablir un horizon politique à la reprise d’un processus de paix significatif, a estimé la délégation.  « Nous sommes convaincus qu’une solution négociée de deux États et la résolution de toutes les questions en suspens relatives au statut final, y compris Jérusalem, les colonies de peuplement, l’avenir des réfugiés palestiniens, les frontières et les arrangements sécuritaires demeurent une voie réaliste de répondre aux aspirations légitimes des deux parties et de réaliser une paix durable », a déclaré la représentante.  Après s’être déclarée alarmée du sort de deux millions de personnes à Gaza, elle a estimé qu’une solution globale devrait tenir compte des menaces inhérentes aux changements climatiques et des aspects environnementaux, en formulant des stratégies d’évaluation des risques et d’adaptation. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a abordé les développements de la politique de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qu’il a jugés « particulièrement préoccupants », dans la mesure où ils conduisent mécaniquement à l’érosion de la solution des deux États sur le terrain.  Il en a voulu pour preuve l’approbation de plus de 4 500 nouvelles unités de logement par le Gouvernement israélien depuis le début de l’année, après que 2017 a été marquée par un niveau record d’annonces, portant sur plus de 16 000 unités.  « Cette hausse est d’autant plus grave qu’elle repose, dans des proportions sans précédent, sur la création ou l’expansion de colonies situées en profondeur de la Cisjordanie.  Parallèlement, la politique de légalisation en droit israélien des colonies ‘sauvages’ s’est poursuivie au cours des derniers mois », s’est alarmé M. Delattre.  « Avec plus de 600 000 colons israéliens à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, la réalité est implacable: nous sommes proches du point de non-retour », a analysé le représentant.

Ce constat l’a conduit à son deuxième point, le glissement en cours vers une « annexion de fait » de la Cisjordanie.  D’autres tendances concourent selon lui à cette dynamique, comme la captation des ressources palestiniennes, notamment en eau.  Aux faits accomplis s’ajoutent des évolutions du droit, qui ont étendu, en violation de la Quatrième Convention de Genève, les prérogatives et compétences de l’État israélien, ainsi que l’applicabilité du droit israélien, aux habitants des colonies de Cisjordanie.  « La France ne reconnaît aucune souveraineté israélienne sur les territoires occupés, qu’il s’agisse de Jérusalem, du Golan, de la bande de Gaza, ou de la Cisjordanie », a affirmé le délégué.   Pour lui, si elles allaient à leur terme, les tendances décrites marqueraient, pour les Palestiniens, l’impossibilité de voir leurs droits et leurs aspirations nationales satisfaits, ce qui passe par l’établissement d’un État et, pour les Israéliens, « un dilemme impossible ».

Le Conseil de sécurité doit exécuter son mandat de maintien de la paix et de la sécurité internationales, de « manière juste et équilibrée », a lancé M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud).  Nous écorchons, a-t-il prévenu, l’intégrité et la crédibilité de ce Conseil quand nous agissons, ou plutôt n’agissons pas, sur la question de Palestine.  Le Conseil, a-t-il ajouté, doit se montrer déterminé et réaffirmer qu’il n’y pas de solution durable aux crises du Moyen-Orient sans l’approche des deux États, un pour le peuple palestinien et un pour le peuple israélien.  Le Conseil doit tout faire pour ramener les parties à la table des négociations sur la base de ses résolutions et celles de l’Assemblée générale, des Principes de Madrid, de l’Initiative de paix arabe et de la Feuille de route du Quatuor.  Tant que les territoires resteront occupés, nous courrons le risque, a encore prévenu le représentant, de changer les faits sur place.  Il a d’ailleurs pris pour exemple la décision unilatérale sur le Golan syrien occupé.  L’ONU ne peut en aucun cas abdiquer et le Conseil de sécurité ne peut rester les bras ballants dans l’espoir qu’une solution se présente d’elle-même.  Ce n’est pas et ce ne sera jamais le rôle de l’ONU, a martelé le représentant. 

M. JOSÉ MANUEL TRULLOLS YABRA (République dominicaine) a déploré la poursuite de la violence entre Israéliens et Palestiniens.  Il a condamné tout acte de violence ou d’intimidation contre la population civile.  Il a en outre regretté la détérioration progressive de la situation humanitaire à Gaza, tout en saluant le travail qu’y mène l’UNRWA.  Le délégué a aussi souligné les tensions financières au sein de l’Autorité palestinienne, avant d’insister sur le fait qu’il faut examiner les solutions rapprochant vers la paix, tout en tenant compte des accords passés et dans le respect du droit international pour parvenir à la solution des deux États.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a rappelé l’obligation d’Israël de respecter les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, avant d’appeler notamment à la fin des politiques de colonisation et de destruction de biens palestiniens.  Il a estimé que de telles mesures sapent l’intégrité territoriale palestinienne et les perspectives de voir aboutir la solution des deux États.  Le Pérou a aussi demandé la fin du blocus de la bande de Gaza, tout en demandant que son contrôle revienne entre les mains de l’Autorité Palestinienne.  Le Pérou a en outre déploré la décision israélienne de retenir une partie importante des impôts palestiniens, avant de saluer l’aide apportée par les pays arabes aux Palestiniens. 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a commencé par attirer l’attention sur la crise humanitaire en Palestine, en particulier à Gaza, où à la lumière des difficultés financières auxquelles se heurte l’UNRWA, il faut redoubler d’efforts et « le blocus doit être levé ».  Il a également mis la souffrance des Palestiniens sur le compte de la retenue des recettes fiscales de l’Autorité palestinienne par Israël.  Le représentant a annoncé que son gouvernement s’était récemment engagé à débloquer un million de dollars à l’UNRWA. 

S’agissant de la résolution du conflit, il a estimé que tous pourparlers et négociations devraient avoir une base et des objectifs clairs, comme le stipule la résolution 2234 (2016).  La délégation a considéré qu’un échéancier devrait être attaché à la réalisation de la solution des deux États, qui permettrait de faire advenir un État palestinien, avec Jérusalem-Est pour capitale, et de résoudre de manière juste le sort des réfugiés palestiniens.  M. Djani s’est ensuite exprimé sur l’« inaction du Conseil de sécurité », en réitérant que l’expansion des colonies de peuplement, la violence et les autres violations de la résolution 2334 (2016) « constituent un affront flagrant à l’autorité de cet organe ».  Pour lui, les efforts diplomatiques aux niveaux régional et international doivent s’intensifier, sur la base des résolutions de l’ONU, de la Feuille de route du Quatuor pour le Moyen-Orient, des Principes de Madrid et des Initiatives de paix arabes.

Pour ce qui est du conflit israélo-palestinien, M. TIEMOKO MORIKO (Côte d’Ivoire) a réitéré son attachement au dialogue comme moyen privilégié de règlement du différend, et sa position constante en faveur de la sécurité de l’État d’Israël ainsi que du droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination.  La Côte d’Ivoire, a ajouté son représentant, appuie fermement la solution des deux États coexistant pacifiquement dans le cadre des frontières de 1967.  Face à l’impasse actuelle et au cercle vicieux des violences qu’elle engendre, le délégué a dit souscrire au consensus international sur la nécessité de relancer le processus de paix israélo-palestinien, afin de trouver des solutions mutuellement acceptables aux questions essentielles, telles que le statut de Jérusalem, la levée du blocus sur Gaza et la sécurité des populations palestiniennes à Hébron.

S’agissant de la Syrie, le délégué propose trois actions qui pourraient contribuer à renforcer les efforts de paix déployés par la communauté internationale: préserver le cessez-le-feu dans la province d’Edleb en vue d’éviter de nouveaux morts et une aggravation de la crise humanitaire, garantir un acheminement durable de l’aide en levant toutes les entraves et en cessant les hostilités, et inciter les parties prenantes à la mise en œuvre des dispositions de la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité.  En ce qui concerne le conflit au Yémen, le représentant a appelé à poursuivre les actions de médiation de la communauté internationale afin d’inverser la courbe des violences, de l’insécurité alimentaire, et de résorber les difficultés d’accès à l’eau potable et aux soins de santé primaire, ainsi que les risques d’épidémies. 

M. CHRISTOPH HEUGSN (Allemagne) a rappelé que la résolution 2334 (2016) exige autant la fin des colonies de peuplement israéliennes que l’arrêt des violences palestiniennes.  Il a partagé le sentiment de son collègue indonésien quant à l’inaction du Conseil, regrettant qu’il n’ait pu être possible jusqu’à présent d’organiser une réunion informelle entre les représentants de la Palestine et d’Israël.  Il s’est tourné vers les représentants de l’ONG EcoPeace pour saluer leurs initiatives, en soulignant à quel point l’eau constitue une des questions essentielles du statut final.  Pour M. Heugsn, l’incidence des changements climatiques sur la sécurité justifie que ce sujet reste à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

Après avoir réitéré son soutien à la solution des deux États, M. KIYOTO TSUJI, Vice-Ministre des affaires étrangères du Japon, s’est déclaré préoccupé par l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix au Moyen-Orient, soulignant l’importance pour les parties de reprendre un dialogue direct en vue de faire avancer le processus de paix.  « À cet égard, l’engagement continu des États-Unis est important et nous espérons que leur plan de paix, qui devrait être rendu public dans un avenir proche, servira de base constructive à des négociations directes entre Israël et la Palestine », a-t-il déclaré.  Le Vice-Ministre a exhorté Tel-Aviv à mettre fin aux activités de peuplement, en particulier le plan approuvé par Israël ce mois-ci, qui remettent en cause la viabilité même de la solution des deux États.  Le Japon, a ajouté M. Tsuji, ne reconnaît pas les tentatives unilatérales de modifier le statu quo « par la force et la coercition », notamment l’annexion du Golan syrien par Israël.  Le Vice-Ministre a dit que son pays poursuit sa contribution en faveur d’un environnement propice à la réalisation de la paix par le renforcement des mesures de confiance entre les parties, dont des initiatives uniques comme le « Corridor pour la paix et la prospérité » et son projet phare, le « parc agroindustriel de Jéricho », auxquelles contribue aussi le Gouvernement israélien.  Le Japon a, en conclusion, indiqué avoir versé cette année environ 32 millions de dollars à l’UNRWA.

Mme AMAL MUDALLALI (Liban) a déploré que les parties soient dans l’impasse sur toutes les questions pouvant déboucher sur la paix.  La situation sur le terrain se détériore et, au lieu de parler de la solution des deux États, qui est consacrée par des accords et des résolutions, on entend à présent parler d’annexion de la Cisjordanie et de l’effondrement possible du paradigme de paix dans son ensemble, s’est-elle alarmée.  Elle a relevé que la partie palestinienne subit une pression politique et économique énorme en raison de la nouvelle donne politique qui lui est imposée, d’une situation financière « incapacitante » et d’une situation sécuritaire fragile.  « Comme l’a dit le Premier Ministre palestinien, il n’y a plus rien à négocier », a commenté la représentante.

Mme Mudallali a également pointé le prélèvement, par Israël, des impôts palestiniens, avertissant que tout effondrement financier serait une menace pour la stabilité.  Elle s’est aussi inquiétée de la rupture totale de la communication entre les parties, ainsi que de la question du statut de Jérusalem et de la situation à Gaza.  Le Liban est également gravement préoccupé par les répercussions de la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien occupé.

Passant à la situation dans son pays, la représentante du Liban a parlé de la formation d’un nouveau gouvernement d’unité nationale qui, a-t-elle précisé, a montré un fort engagement à répondre à des priorités urgentes, notamment la situation économique et fiscale, la réforme structurelle et la lutte contre la corruption.  Elle a cependant averti que l’occupation continue, par Israël, de territoires libanais, ainsi que les violations quotidiennes de la souveraineté du Liban, représentent des défis persistants.  Rien qu’au cours des trois derniers mois, s’est-elle insurgée, Israël a violé la souveraineté du Liban 431 fois: 112 fois par voie terrestre, 149 par la mer et 170 par les airs.  Elle a ensuite appelé le Conseil de sécurité à prendre toutes les mesures nécessaires pour pousser Israël à assumer les responsabilités qui lui incombent.  Mme Mudallali, a par ailleurs, appelé à trouver une solution durable à la crise financière qu’affronte l’UNRWA.

Mme SIMA SAMI I. BAHOUS (Jordanie) a déclaré que le Roi de Jordanie ne ménage aucun effort en vue de la création d’un État de Palestine indépendant.  La cause palestinienne reste, depuis des années, l’axe prioritaire de la politique jordanienne afin de parvenir à une solution juste et globale qui corrige l’injustice faite aux Palestiniens.  Elle a assuré que son pays continuera d’exercer sa tutelle sur les lieux saints à Jérusalem et qu’il mettra toutes ses capacités en œuvre afin de maintenir le statu quo de la ville.  Il ne faut pas non plus porter atteinte au libre accès à la mosquée Al-Aqsa, a-t-elle conseillé, avant de rappeler la déclaration finale du Sommet euro-arabe de Charm el-Cheikh et d’autres réunions de haut niveau qui confirment ce statu quo.

La représentante a également défendu le droit des réfugiés palestiniens au retour.  Elle a aussi évoqué la visite du Secrétaire général de l’ONU à l’UNRWA au début du mois.  D’autre part, estimant que la Syrie devrait jouer son rôle de leadership dans le monde arabe, elle a exhorté la communauté internationale à agir dans cet objectif et en vue du retour des réfugiés syriens sur la base de la responsabilité partagée.  Rappelant la résolution 497 (1981), elle a plaidé pour le retour du Golan syrien sous le contrôle de la Syrie.  En dépit de la défaite de Daech en Iraq, le danger n’en est pas pour autant entièrement écarté, a-t-elle enfin mis en garde, exhortant à relever les défis communs dans la région afin d’assurer le développement durable et de nouveaux horizons pour les jeunes.

M. MOUNZER MOUNZER (République arabe syrienne) a réitéré sa condamnation de la décision « inique » du Président américain de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien.  « C’est un territoire occupé et toute mesure prise par Israël sur ce territoire est nulle et non avenue », a-t-il affirmé.  Selon lui, la décision américaine met à nu le vrai visage de cette administration, qui se défait de ses engagements, notamment des résolutions du Conseil de sécurité.  Le représentant a donc invité l’ensemble de la communauté internationale à rejeter cette décision qui ne peut que marginaliser les États-Unis, vis-à-vis même de leurs alliés les plus proches.  Il a appelé Israël à se retirer du Golan syrien et à cesser de commettre des crimes contre l’humanité, de poser des mines dans le territoire du Golan et d’empêcher les habitants de ce territoire de rendre visite à leurs familles situées de l’autre côté.  Il a précisé que certains habitants avaient été emprisonnés pour le seul fait de défendre la récupération des hauteurs du Golan, qui reste une priorité du Gouvernement syrien et « un droit éternel auquel il ne renoncera jamais ».  Le représentant a aussi plaidé pour le droit légitime des Palestiniens à un État et le retour des réfugiés.  Il a espéré que l’État de Palestine deviendra prochainement membre à part entière de l’ONU.  

M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie) a relevé qu’une fois encore, on vient au Conseil de sécurité déclarer que les Palestiniens ont le droit de vivre comme le reste d’entre nous, mais rien n’a changé.  Il y a des efforts systématiques déployés pour saper les droits inaliénables du peuple palestinien, a-t-il regretté, dénonçant dans le même temps l’inaction face à la persistance du non-respect du droit international et des résolutions de l’ONU, ce qui encourage Israël.  La Turquie estime que le Conseil ne doit pas détourner le regard et plaide pour la revitalisation du processus de paix, avant de rappeler que la seule solution viable au conflit israélo-palestinien est la solution des deux États, sur la base des frontières de 1967, et avec la Palestine et Israël vivant côte à côte.  Pour la Turquie en effet, les droits du peuple palestinien, y compris celui à l’autodétermination, ne sont pas négociables.  Il faut donc établir un calendrier pour la réalisation de la solution des deux États, notamment avec un État palestinien indépendant et avec comme capitale Jérusalem-Est.  La Turquie appelle aussi à un soutien conséquent des activités de l’UNRWA.

De plus, le délégué a noté qu’un État Membre a récemment appelé à reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan.  Pour la Turquie, cette décision est nulle et non avenue et viole la résolution 497 (1981) du Conseil de sécurité et le droit international.  Les mesures unilatérales ne peuvent travestir les faits: « le plateau du Golan est occupé par Israël », a martelé le représentant, avant de demander que le droit international soit respecté.  Et cela passe notamment par l’unité, le courage et la résilience du Conseil.

Mme MONA JUUL (Norvège) a insisté sur le fait que seule la solution « négociée » des deux États peut aboutir à une paix durable.  Elle a fait part de ses préoccupations concernant la crise financière de l’Autorité palestinienne, notamment la question des revenus fiscaux qui représentent deux tiers de son budget.  Elle a noté qu’outre la décision prise, en mars, par le Gouvernement israélien de garder 6% des revenus qu’il prélève au nom de l’Autorité palestinienne en raison du système de paiement des prisonniers palestiniens, la partie palestinienne a décidé de n’accepter aucun revenu fiscal à moins que l’ensemble des transferts ne soient rétablis.  Elle s’est inquiétée de la mise en œuvre, par l’Autorité palestinienne, de mesures d’austérité « intenables » et a averti que l’existence même de l’Autorité pourrait être remise en cause si cette crise n’est pas résolue.  La représentante a également appelé à la mobilisation pour appuyer l’aide humanitaire et des projets d’infrastructure à Gaza, notant que l’amélioration de la situation dépend notamment du retour de l’Autorité palestinienne.  Mme Juul a ensuite fait savoir que la Norvège présidera la prochaine réunion, le 30 avril, à Bruxelles, du Comité spécial de liaison pour la coordination de l’assistance internationale aux Palestiniens, l’occasion, a-t-elle précisé, de répondre à la crise financière mais aussi d’exhorter les parties à clore certains des dossiers sur des questions fiscales qui demeurent en suspens. 

Passant à la Syrie, la représentante a fait part de l’appui de sa délégation à l’approche de l’Envoyé spécial et a précisé que la Norvège avait déboursé plus de 1,5 milliard de dollars depuis le début du conflit pour appuyer l’aide humanitaire.  Elle a par ailleurs appelé les parties au conflit au Yémen à respecter l’Accord de Stockholm et a jugé urgent d’avancer vers un processus politique crédible sous les auspices de l’Envoyé spécial.  Mme Juul s’est également inquiétée de l’aggravation de la situation en Libye et a appelé le Conseil à maintenir son unité en faveur d’une solution politique durable.

M. MAGED ABDELFATTAH ABDELAZIZ, Observateur permanent de la Ligue des États arabes, a dénoncé le mépris des grands acteurs internationaux sur la question de Palestine.  C’est la raison pour laquelle la Ligue a décidé de renforcer son action pour régler les problèmes d’occupation en Palestine, en Syrie, en Jordanie et au Liban, a enchaîné le représentant qui a ajouté qu’au dernier sommet de la Ligue des États arabes, les États membres ont réitéré leur volonté de mettre en œuvre les principes de Madrid, l’initiative arabe pour la paix et la solution des deux États.  Ils ont réaffirmé que l’OLP reste toujours le représentant légitime des Palestiniens.  Le sommet a mis l’accent sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, la cessation du financement de l’UNRWA, et la fermeture du bureau de l’OLP à Washington par les États-Unis.  Toute décision unilatérale qui ne respecte pas une solution négociée et juste concernant la Palestine a été rejetée.  Nous soutenons la proposition du Président Abbas présentée au Conseil de sécurité en 2018 sur la question palestinienne, a encore déclaré M. Abdelaziz, avant d’indiquer que la question du Moyen-Orient doit être réglée au Conseil de sécurité et non au sein d’une enceinte parallèle qui piétine l’initiative arabe pour la paix.

M. NEVILLE MELVIN GERTZE (Namibie) a salué la formation d’un nouveau gouvernement palestinien et a espéré que celui-ci permettra de faire progresser la réconciliation intrapalestinienne.  Il a aussi noté les évolutions positives enregistrées dans la fourniture d’une aide humanitaire à Gaza et la création d’emplois.  Commentant ensuite la publication du rapport de la Commission d’enquête indépendante chargée d’enquêter sur les manifestations dans les territoires palestiniens occupés, il a appelé Israël à s’abstenir de faire usage de force meurtrière contre les civils.  Il s’est aussi préoccupé de l’augmentation des incidents violents signalés dans la zone H2 à Hébron depuis le non-renouvellement du mandat de la Présence internationale temporaire à Hébron.  Il a aussi noté que le 7 avril, le Premier Ministre Benjamin Netanyahu s’était engagé à annexer les colonies de peuplement en Cisjordanie occupée et a averti qu’une telle mesure représenterait « la menace la plus grave à la solution des deux États ».  Il a aussi rejeté la décision du Président Trump de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien occupé. 

Mme MALEEHA LODHI (Pakistan) a déploré que les discussions à l’ordre du jour suscitent un sentiment croissant de désespoir face à la détérioration de la situation dans la région.  L’escalade de la violence, l’aggravation de la crise humanitaire et les souffrances indescriptibles ont sérieusement sapé la vision d’un Moyen-Orient pacifique, a-t-elle souligné.  En Libye, les rivalités régionales et les ingérences étrangères mettent en péril le processus de paix sous l’égide de l’ONU, précipitant ainsi le pays vers un conflit de longue durée et augmentant la menace d’une grave crise humanitaire, a commenté la représentante. Elle a aussi noté que les efforts internationaux visant à atteindre une solution politique en Syrie et à améliorer la situation humanitaire n’ont pas encore conduit aux résultats escomptés.  De la même façon, la crise politique au Yémen a posé un défi humanitaire sans précédent, des millions de personnes étant menacées par la famine.

Mme Lodhi a regretté que des processus politiques inclusifs, reposant sur le respect du droit international, soient « abandonnés au profit de solutions militaires, ce qui plonge la région dans plus de chaos et d’instabilité ». Les intérêts opposés des puissances étrangères accentuent davantage les divisions régionales, a-t-elle déploré.  Elle a encore dénoncé les tentatives d’éroder le consensus obtenu de longue date sur le statut de Jérusalem, ainsi que la décision unilatérale de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien.  Ces mesures sont un véritable camouflet à la primauté du droit et aux normes internationales, sans compter qu’elles frustrent les efforts de la communauté internationale en vue d’une solution pacifique et durable au conflit au Moyen-Orient.  Elle a regretté par ailleurs, que depuis sept décennies, les souffrances des Palestiniens continuent sans espoir de résolution.  Elle a enfin regretté que la question palestinienne, comme celle du Cachemire, soit à l’ordre du jour du Conseil de sécurité depuis sa création, révélant ainsi son incapacité à les résoudre.

« L’extension de la juridiction et de la souveraineté israéliennes aux colonies de peuplement en Cisjordanie est une violation flagrante du droit international et elle compromettrait, si elle était menée à bien, les chances d’aboutir à une solution pacifique », a averti M. CHEIKH NIANG, Président du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien.  « Si elles ne sont pas remises en cause, ces tendances préoccupantes contribueront à perpétrer l’occupation, ce qui fragilisera l’engagement en faveur de la solution des deux États. »  En outre, a déploré le Président, la Puissance occupante manque à l’obligation qui lui incombe au titre du droit international humanitaire de protéger la population palestinienne, y compris à Gaza.  Or, le 29 janvier, le mandat de la Présence internationale temporaire à Hébron n’a pas été renouvelé et les observateurs internationaux ont quitté la ville, supprimant ainsi un élément essentiel de la protection de la population locale.

La planification et la construction de colonies israéliennes ainsi que les démolitions et la confiscation de biens palestiniens, y compris à Jérusalem-Est, qui s’accompagnent de plus en plus de violences causées par les colons, se poursuivent sans relâche, en toute illégalité, a rappelé M. Niang.  Conformément à la résolution 2334 (2016), il est demandé aux États Membres de faire, dans tous leurs échanges, la distinction entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires palestiniens occupés.  « Malheureusement, certaines entreprises privées continuent d’agir au mépris de ces dispositions. » 

Par ailleurs, le Président du Comité a appelé les États Membres à mettre en œuvre les recommandations de la Commission d’enquête indépendante créée par le Conseil des droits de l’homme relatives aux manifestations qui se sont déroulées entre le 30 mars et le 31 décembre 2018, afin d’identifier les auteurs des violations du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire.  Le Comité, a-t-il continué, demande de nouveau à Israël de lever le blocus qui crée des conditions humaines « désastreuses » à Gaza.  Il appelle à poursuivre le financement de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA)et espère que la formation du nouveau gouvernement de l’État de Palestine constituera un pas vers la réconciliation entre tous les acteurs politiques. 

M. MOHAMMED ATLASSI (Maroc) a dénoncé la politique israélienne d’occupation de territoires palestiniens qui sape la solution des deux États.  « C’est une politique de provocation des Palestiniens et de la communauté internationale.  Il n’y a plus de possibilité de relancer le processus de paix conformément aux frontières de 1967. »  Le représentant a réitéré les appels de sa délégation aux membres permanents du Conseil pour renforcer le statut de Jérusalem.  Il a rappelé l’appel du pape François et du roi du Maroc pour préserver le statut de Jérusalem et son caractère religieux, et pour la liberté de culte à Jérusalem, et la solution des deux États.  Il a rejeté toute politique de changement démographique et géographique de la ville.  Pour ce qui est du Golan syrien, son annexion est nulle et non avenue.  Avant de terminer, le représentant a réitéré que sa délégation veut un État palestinien souverain et indépendant dans les frontières de 1967, vivant côte à côte avec Israël dans la paix et la sécurité.

Mgr TOMASZ GRYSA, Observateur du Saint-Siège, a dit que la formation d’un nouveau Gouvernement palestinien offre une lueur d’espoir dans l’ombre du désespoir qui a caractérisé depuis longtemps le conflit israélo-palestinien.  L’unité est essentielle pour la stabilité politique et économique de la Palestine.  Les efforts des pays riverains ayant facilité le dialogue entre les factions palestiniennes restent importants pour faire respecter les droits inaliénables et les aspirations légitimes du peuple palestinien ainsi que pour atteindre la paix et la sécurité durable d’Israël.  Mgr Grysa a indiqué que la fragmentation des terres palestiniennes ne fera que rendre la solution des deux États plus difficile à réaliser.  Mais difficulté ne signifie pas impossibilité.  Il appartient aux parties elles-mêmes, aux acteurs régionaux et à la communauté internationale de faire tous les efforts et utiliser la diplomatie afin de prévenir que cette difficulté devienne une impossibilité.  Si l’on veut que la solution des deux États devienne une réalité, le cycle de violence doit cesser et les parties doivent éviter les actions unilatérales qui sapent la solution des deux États.  Avant de terminer, le prélat a réitéré l’appel du pape François et du roi du Maroc sur l’importance de préserver la ville sainte de Jérusalem « comme un patrimoine commun de l’humanité et comme un symbole de la coexistence pacifique dans laquelle le respect mutuel et le dialogue peuvent être cultivés ». 

M. SAMI BOUGACHA (Tunisie) a constaté que le Conseil de sécurité se réunit alors que l’occupation israélienne de territoire palestinien se poursuit et que toutes les résolutions du Conseil de sécurité sont violées par Israël.  Le représentant a appelé la communauté internationale à exercer « une pression accrue sur Israël » pour que soient appliquées les résolutions visant à mettre un terme à l’occupation.  C’est la condition si l’on veut la concrétisation de la solution des deux États et la paix et la sécurité au Moyen-Orient, a estimé le représentant.  Il a rappelé qu’au dernier Sommet des États arabes en 2019, les membres ont réitéré leur volonté de reprendre le processus de négociation.  Ils ont condamné les mesures unilatérales prises par les États-Unis, et rejeté toute tentative de changement de la composition de la population de Jérusalem.  Ils ont en outre recommandé aux États Membres de ne pas transférer leurs ambassades à Jérusalem et appelé la communauté internationale à appuyer l’UNRWA pour que l’Office puisse continuer à assurer ses services aux réfugiés palestiniens.  Ils ont soutenu les principes de Madrid, l’Initiative arabe pour la paix et la solution des deux États, a insisté le représentant tunisien qui a en outre réitéré que « la position américaine sur le Golan n’a aucune valeur juridique ».

M. MOHAMMED SAHIB MEJID MARZOOQ (Iraq) a condamné toutes les attaques terroristes en Nouvelle-Zélande, à Sri Lanka et aux États-Unis.  Il a pleinement appuyé la politique de l’Autorité palestinienne qu’il a félicitée pour la formation d’un nouveau gouvernement.  Il a dénoncé une longue liste de violations flagrantes des droits de l’homme commises par Israël dans les territoires arabes occupés, y compris le gel des recettes fiscales de l’Autorité palestinienne, ce qui risque d’avoir des conséquences catastrophiques dans la région.  L’Iraq a exhorté la communauté internationale à faire front contre les tentatives visant à modifier le statut historique et juridique de la mosquée Al-Aqsa et à la diviser.  Il a salué l’appel du Roi Mohammed VI du Maroc et du pape François pour que « Jérusalem nous réunisse au lieu de nous séparer ».  De la même manière, il a dénoncé la décision récente du Président américain de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le Golan.

Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a réclamé l’indépendance de la Palestine, dans les frontières d’avant 1967 et avec Jérusalem comme capitale.  La représentante a dénoncé l’occupation du Golan qui est un territoire arabe occupé par Israël et refusé toute tentative visant à changer le statut de Jérusalem-Est.  Le Qatar travaille avec l’ONU pour améliorer la situation humanitaire à Gaza comme en témoigne le don de 150 millions de dollars pour faire face aux besoins humanitaires, a indiqué la déléguée qui a suggéré qu’il faut trouver une solution politique qui réponde aux aspirations du peuple palestinien. 

Par ailleurs, a poursuivi la représentante, le Qatar suit de près la situation dans l’ouest de la Libye.  Le Conseil de sécurité doit prendre des mesures pour dissuader les responsables de l’escalade de la violence.  Le Qatar, a-t-elle précisé, appuie le Gouvernement légitime soutenu par l’ONU.  Ensuite, a-t-elle déploré, « le blocus du Qatar est une violation de la Charte des Nations Unies »  « Cette crise fabriquée de toute pièce viole le droit international et sape les efforts du Conseil de sécurité pour préserver la paix et la sécurité internationales ».  Le Conseil de coopération du Golfe a soutenu les efforts du Qatar visant à renforcer la paix et la sécurité internationales, a-t-elle encore fait remarquer.  

S’exprimant au nom du Mouvement des pays non alignés, M. SAMUEL MONCADA (Venezuela) a tenu à réaffirmer leur solidarité « permanente et sans faille » avec le peuple palestinien, ses droits inaliénables et sa juste cause, compte tenu en particulier de la situation sur le terrain dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem, qui a atteint un point critique et clairement insoutenable. Cette situation exige une solution d’urgence et le Conseil de sécurité doit agir en conséquence en vue de la mise en œuvre de ses résolutions qui constituent la base d’une solution pacifique, juste et durable du conflit. Pendant trop longtemps, le Conseil a été dans l’incapacité de s’acquitter de son mandat s’agissant d’une question d’une telle importance en raison du veto de l’un ses membres permanents, a-t-il reproché, avant de considérer que la résolution 2334 (2016) est le « seul chemin viable pour la paix puisqu’elle établit les conditions et paramètres essentiels à un règlement juste sur la base de la solution des deux États dans les frontières antérieures à 1967.  

M. LUIS HOMERO BERMÚDEZ ÁLVAREZ (Uruguay) a déclaré que le rapport à l’étude brosse un tableau peu encourageant, qui met l’accent sur le peu de progrès enregistrés et sur le fait qu’on est encore loin d’une solution durable au conflit.  Il a réaffirmé le droit d’Israël et de la Palestine de vivre côte à côte dans la paix et exhorté à inverser la tendance actuelle, faute de quoi il sera très difficile, voire impossible, pour la Palestine d’établir son État du fait de l’expansion des colonies israéliennes de peuplement.  L’incitation et la glorification de tout acte de violence doivent être résolument rejetées, a affirmé le représentant, qui a appelé à une désescalade, et condamné les nouveaux actes de violence et de terrorisme contre les civils israéliens, notamment le lancement de roquettes et d’engins explosifs depuis Gaza, et l’accroissement de la violence des colons contre les civils palestiniens, de même que l’usage excessif de la force en guise de réponse de la part d’Israël.

Le représentant a par ailleurs estimé que l’Accord de Stockholm apporte une lueur d’espoir pour la résolution du conflit au Yémen.  Il a appuyé les efforts de l’Envoyé spécial, M. Geïr Pedersen, pour faire progresser le processus de paix et la future intégration d’un comité constitutionnel équilibré et crédible en Syrie. Il a enfin déploré l’annulation de la conférence nationale prévue fin avril en Libye.  

M. LANA ZAKI NUSSEIBEH, Organisation de la coopération islamique (OCI), a souligné l’attachement de son organisation à la création d’un État palestinien dans les frontières de juin 1967 et avec Jérusalem pour capitale.  Pour ce faire, a-t-il estimé, il faut d’abord traiter de la situation humanitaire alarmante dans les Territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem.  Lors de son dernier c Conseil des ministres des affaires étrangères, en mars dernier, l’OCI a annoncé la création d’un « Fonds pour les réfugiés de Palestine » pour aider l’UNRWA, a indiqué le représentant avant de passer à son deuxième point.  Il faut aussi, a-t-il dit, mobiliser l’élan international pour sortir de l’impasse du processus politique. Nous devons, s’est-il expliqué, intensifier les efforts pour lancer des négociations crédibles sur toutes les questions liées au statut final et obtenir d’Israël qu’il mette fin à ses activités de peuplement lesquelles menacent la solution des deux États.  Israël doit aussi renoncer au contrôle des lieux de culte musulmans et chrétiens et au changement du statut juridique de Jérusalem.  Le représentant en a profité pour fustiger le fait que les Etats-Unis aient reconnu la « souveraineté d’Israël » sur le Golan syrien.  Il faut également, a-t-il dit en conclusion, apporter l’aide et l’appui nécessaire au développement socioéconomique des Palestiniens pour qu’ils ne soient pas laissés sur le côté dans la mise en œuvre du Programme 2030. 

M. CHRISTIAN WENAWESER (Liechtenstein) a indiqué que la solution des deux États reste la seule solution viable d’une paix durable entre Israéliens et Palestiniens et pour la région toute entière.  La délégation rappelle sa position qui considère illégales les colonies de peuplement.  Sur la question du Golan, le pays souligne que l’annexion est un acte d’agression interdit par le droit international et susceptible de poursuite judiciaire individuelle en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI).

En ce qui concerne le conflit en Syrie, le Liechtenstein estime que le Conseil de sécurité a failli dans la gestion de la crise.  En créant la Commission d’enquête internationale indépendante, l’Assemblée Générale est venue combler l’inaction du Conseil en s’assurant que les crimes les plus graves soient punis.  Pour M. Wenaweser, la justice doit faire partie de tout règlement politique.  En outre, avec près de 20 millions de personnes dans l’attente d’une assistance humanitaire au Yémen, la délégation invite les membres du Conseil à se lever contre ces atrocités de masse.

M. KAI SAUER, (Finlande), qui s’exprimait aussi au nom de l’Union européenne, s’est dit préoccupé par les tendances actuelles qui menacent la viabilité de la solution des deux États, la démantelant « morceau par morceau ».  Depuis plus d’une décennie, l’absence d’un processus politique significatif a donné lieu à un « statu quo en trompe-l’œil ».  Les Palestiniens voient leur horizon se rétrécir alors que la politique de peuplement suit son rythme régulier.  La perspective d’une réconciliation interpalestinienne semble limité à court terme pendant qu’Israéliens et Palestiniens vivent dans un environnement régional volatile.  Les Israéliens subissent les menaces de ceux qui exploitent les frustrations pour promouvoir leur agenda de la haine et des deux côtés, les promesses de paix ont perdu pied.

L’Union européenne, a dit le représentant, ne voit aucune alternative à la solution des deux États, essentielle pour la paix et la sécurité, y compris la sécurité d’Israël.  Cette solution et la fin de l’occupation libèreront aussi le plein potentiel de l’économie palestinienne.  Pour l’Union européenne, tout futur plan doit reconnaître les paramètres internationalement agréés.  Le représentant a aussi demandé aux factions palestiniennes de s’engager de bonne foi dans la réconciliation car « il n’y a pas d’État de Palestine sans Gaza ou qu’à Gaza ».

Si le droit international juge illégale la politique de peuplement, le représentant s’est néanmoins opposé à l’isolement d’Israël et à son boycott. En outre, la position de l’Union européenne sur le Golan syrien n’a pas changé.  Elle ne reconnaît pas la souveraineté d’Israël.

Le représentant a imputé au Gouvernement syrien une grande partie de la responsabilité dans la situation humanitaire « catastrophique ».  Le retour à la paix, a-t-il souligné, passe par la reprise des négociations intersyriennes à Genève.  Seule une solution politique jettera les bases de la réconciliation nationale et ouvrira la voie à des élections justes et libres.  Le représentant a réitéré son appui au plan en cinq points de l’Envoyé spécial.  Militante de la justice et de l’établissement des responsabilités, l’Union européenne, a indiqué le représentant, vient de renforcer ses sanctions contre le régime syrien pour frapper les individus et entreprises qui bénéficient de l’appui du « régime d’Assad » et d’autres responsables des attaques chimiques.

Pour la troisième fois consécutive, l’Union européenne et les Nations Unies ont coprésidé la Conférence de Bruxelles où les annonces de contributions ont dépassé toutes les attentes avec un total 8,3 milliards de dollars pour 2019 et au-delà.  Deux tiers des promesses sont venus de l’Union européenne et de ses États membres, s’est enorgueilli le représentant.  La Conférence était aussi l’occasion de réitérer la position de l’Union européenne sur la reconstruction de la Syrie.  Elle ne l’appuiera que si elle voit enclencher une transition politique crédible et conforme à la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité et au Communiqué de Genève.

Préoccupé par l’évolution de la situation au Moyen-Orient qui sape les efforts pour la reprise des négociations et la perspective d’atteindre la solution des deux États, M. COLLEN VIXEN KELAPILE (Botswana) a appelé à la retenue et à s’abstenir de l’utilisation excessive de la force.  Il s’est aussi inquiété de la poursuite de l’implantation de colonies israéliennes dans les territoires palestiniens et a appelé au respect des résolutions du Conseil de sécurité sur cette question.  En dépit de cette situation, le représentant a vu des raisons d’être optimiste dans « notre capacité collective à faire pression sur les parties concernées pour la reprise des négociations », comme en témoignent les dernières réunions internationales sur la question palestinienne.  Enfin, il a souligné la nécessité de l’unité des Palestiniens autour de la cause palestinienne.

M. ABDALLAH Y. AL-MOUALLIMI (Arabie saoudite) a constaté qu’Israël a clairement failli à ses engagements au regard de la Charte des Nations Unies, violé le caractère saint des lieux de culte ainsi que les droits des Palestiniens.  Il a réitéré le plein attachement de son pays aux initiatives de paix, y compris l’Initiative arabe.  Il a aussi rappelé sa position sur le Golan arabe syrien, qui est un territoire occupé.

Par ailleurs, le représentant saoudien a fustigé « l’acte provocateur » de la République islamique d’Iran, qui soutient les houthistes au Yémen.  Il a exhorté à désigner les milices houthistes et le Hezbollah comme des organisations terroristes.  Il a jugé nécessaire de mettre en œuvre l’Accord de Stockholm.  Le représentant a ensuite espéré que le comité national constitutionnel sera mis en place en Syrie, et que des mesures effectives seront prises pour retrouver les personnes disparues dans ce pays.  Les pays de la région ont de longue date souffert de l’occupation et de la tentative de l’Iran d’imposer son hégémonie dans le Golfe, a-t-il souligné, ajoutant qu’il est grand temps que cela cesse.  

Mme HELENA DEL CARMEN YÁNEZ LOZA (Équateur) a rappelé la « responsabilité permanente de l’ONU » par rapport à la question palestinienne jusqu’à sa résolution sous tous les aspects, conformément au droit international et aux résolutions pertinentes. Elle a exhorté Israël à réexaminer sa décision sur la retenue partielle de 6% des revenus qu’elle recueille au nom de l’Autorité palestinienne.  Elle a condamné, d’autre part, les tirs de roquette depuis Gaza contre les civils israéliens, également interdits par le droit international humanitaire. L’ambassadrice a en outre appuyé la solution des deux États et diverses initiatives internationales tendant à la reprise des négociations entre Israël et la Palestine.   

Mme DATO NADZIRAH OSMAN (Malaisie) a avoué qu’elle était très préoccupée par la récente déclaration d’Israël sur l’annexation de la Cisjordanie.  Elle s’est dit déçue que les États-Unis aient reconnu l’annexion de fait du Golan par Israël, qui est le territoire d’un autre pays, et estimé qu’Israël devait se retirer du Golan.  Selon elle, la communauté internationale doit faire tout ce qui est possible pour la reprise du dialogue.  La représentante a condamné le recours à la force par Israël contre les manifestants palestiniens, et le mépris des conclusions de la Commission d’enquête internationale sur les attaques d’Israël pendant la célébration du premier anniversaire de la « Marche du retour ».  Mme Osman a également exigé qu’Israël cesse l’annexion de Gaza et respecte les résolutions du Conseil de sécurité.  De son côté, la communauté internationale doit créer les conditions propices à la reprise des pourparlers de paix et le Conseil doit à nouveau jouer son rôle de « promoteur honnête de la paix » dans le conflit israélo-palestinien.

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a constaté une aggravation des conditions de vie et de la situation humanitaire et environnementale dans les territoires palestiniens qu’il a attribuée à une « absence totale de responsabilisation » des autorités israéliennes.  Il a exhorté le Conseil à agir immédiatement pour prévenir tout usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques.  Sous prétexte de menaces contre la sécurité des colons israéliens, le bouclage et le blocus économique de Gaza constituent une agression qui a plongé les Palestiniens dans une pauvreté abjecte, les forçant ainsi à grossir les rangs des réfugiés, s’est érigé le représentant pour qui l’occupation israélienne a conduit à rendre tous les Palestiniens vulnérables et paupérisés.  Tous les obstacles aux recettes fiscales doivent être supprimés, a encore exigé le Bangladesh, qui a en outre demandé la libre circulation des biens et des marchandises, d’une part, ainsi que la garantie de la protection de la population civile palestinienne par la communauté internationale, d’autre part. Il faut aussi demander à Israël de mettre fin aux colonies de peuplement et œuvrer à une paix juste au Moyen-Orient sur la base des résolutions et des initiatives de paix existantes.   

Au cours du dernier trimestre, la situation humanitaire s’est nettement dégradée dans le territoire palestinien occupé, a déploré Mme ANA SILVIA RODRÍGUEZ ABASCAL (Cuba).  Elle a noté que le premier anniversaire de la « Grande Marche » a été l’occasion pour Israël d’exercer plus de violence à l’encontre de manifestants pacifiques.  « Il est regrettable que le Conseil de sécurité sous l’influence des États-Unis ne parvienne pas à condamner ce recours à la force, ainsi que les violations de la Charte des Nations Unies et des résolutions du Conseil de sécurité. »  La représentante a condamné la poursuite de l’expansion des colonies israéliennes, les démolitions et les confiscations des propriétés palestiniennes, sapant ainsi la solution des deux États.  La déléguée a aussi dénoncé la décision d’Israël de ne pas renouveler le mandat de la Présence internationale à Hébron.  Elle a appelé le Conseil à honorer son propre mandat, à exiger la cessation immédiate par Israël de la colonisation et le respect des résolutions sur le Moyen-Orient, y compris sur la question palestinienne.  Enfin, elle a condamné la décision des États-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, de cesser le financement de l’UNRWA puis de reconnaître l’annexion du Golan par Israël.

M. ALI NASER MOHAMED (Maldives) a salué les changements positifs opérés ces derniers mois en vue d’améliorer la transparence des travaux du Conseil de sécurité et d’accroître la légitimité de ses décisions.  Il a signalé que toute mesure prise par Israël contraire à la Charte et aux résolutions du Conseil demeurera « nulle et non avenue ».  Il a précisé à cet égard que toute mesure d’Israël tendant à exercer sa souveraineté sur le Golan syrien était en violation des résolutions 242 (1967), 338 (1973) et 497 (1981).  Il a ainsi prié le Président de cet organe de condamner publiquement les décisions prises par tout pays visant à la reconnaissance de l’annexion illégale de Jérusalem et du Golan syrien.  Il a encouragé les pays à se « ranger du bon côté du droit international ».  Par ailleurs, le représentant a prié toutes les parties au conflit au Yémen de faire preuve de retenue et s’est dit encouragé par l’établissement le 16 janvier dernier d’une mission politique spéciale d’appui à l’application du cessez-le-feu du 13 décembre 2018.

M. MAJID TAKHT RAVANCHI (République islamique d’Iran), après avoir compté 44 violations par Israël des résolutions de Conseil de sécurité depuis 70 ans, a dénoncé le fait que les États-Unis ont commencé eux aussi à violer les résolutions du Conseil, notamment en transférant leur ambassade à Jérusalem et en reconnaissant l’annexion du Golan syrien.  C’est là une violation flagrante du droit international.  Ces 70 dernières années, Israël a commis de nombreux crimes, dont des crimes de guerre contre ses voisins, en toute impunité.  Le blocus inhumain et illégal de Gaza, et la grave situation humanitaire qui en résulte, en sont un autre exemple.  Dans ces circonstances, a poursuivi le représentant iranien, la communauté internationale doit continuer d’appuyer la cause juste des Palestiniens et la pleine réalisation de leurs droits inaliénables, en particulier la création d’un État indépendant de Palestine avec Al-Qods Al-Charif comme capitale.  La communauté internationale doit résister à la pression des États-Unis et d’Israël de changer la nature des menaces réelles au Moyen-Orient.  Le principal problème au Moyen-Orient est la question de Palestine, a fait valoir M. Ravanchi, et ces deux pays cherchent à créer des menaces et des crises artificielles pour détourner l’attention de la communauté internationale de l’occupation illégale de Palestine et d’autres territoires.

Faisant observer qu’aucune solution alternative crédible et viable n’a été présentée à ce jour, Mme KATALIN ANNAMÁRIA BOGYAY (Hongrie) a insisté sur la nécessité de la mise en œuvre de la solution des deux États.  La communauté internationale doit jouer un rôle positif dans ce sens, a déclaré la représentante, ajoutant qu’elle attendait encore le plan de paix des États-Unis.

M. PHAM HAI ANH (Viet Nam) a fait part de sa préoccupation face aux tendances négatives sur le terrain, en particulier les affrontements violents, les provocations, l’expansion des colonies, le déplacement de population et la grave situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie.  Le représentant a partagé l’inquiétude du Coordinateur spécial qui a rapporté le 27 mars qu’aucune mesure n’a été prise par Israël pour cesser les activités de colonisation dans les territoires palestiniens occupés et la construction récente de 840 maisons à Ariel.  Le représentant s’est aussi inquiété des lancements de missiles à partir de Gaza contre des civils israéliens.  Concernant la situation à Gaza, il a demandé à Israël et à l’Autorité palestinienne d’agir sérieusement afin de prévenir une détérioration accrue de la situation humanitaire.  Enfin, M. Anh a indiqué qu’une solution juste, complète et durable à ce conflit passe par la reprise rapide d’un dialogue et de négociations constructifs conformément au droit international, en particulier les résolutions 478 (1980), 2254 (2015) et 2334 (2016) du Conseil de sécurité.

M. JAMAL FARES ALROWAIEI (Bahreïn) a considéré que, pour parvenir à une paix durable dans la région, il faut trouver un règlement à la question palestinienne.  Il a jugé important de maintenir le caractère historique de Jérusalem.  Par ailleurs, il a souligné la nécessité de répondre aux attentes du peuple yéménite, qui a trop souffert, dans le respect des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  « Toute ingérence étrangère dans les affaires internes des États doit cesser », a exhorté le représentant, en demandant aussi une mobilisation accrue contre le terrorisme.  Il a, en conclusion, plaidé pour la mise en place de mécanismes innovants en vue de contrecarrer les organisations terroristes, dont l’État islamique.

« Nous attendons depuis 1967 le jour où les droits des Palestiniens seront respectés », a rappelé M. MOHAMED FATHI AHMED EDREES (Égypte). « Nous sommes impatients de voir ce Conseil et le Secrétariat faire respecter les droits des Palestiniens et des Syriens sur leur territoire », a-t-il ajouté.  Il a réaffirmé que la position américaine sur le Golan n’a aucune conséquence sur la résolution 497 (1981) sur le Golan syrien.  Nous sommes devant une nouvelle étape de la solution des deux États, a souligné le délégué.  Cette nouvelle étape est claire: « le statu quo n’est pas une solution ».  Cette étape ne se fonde pas sur l’annexion de territoire; il n’y aura pas de victoire s’il n’y a pas de respect du droit international.  Les deux peuples doivent déterminer ensemble leur propre destinée.  « La deuxième option est de céder au spectre des victoires éphémères ou de l’État unique », a-t-il averti.  « Il n’y a pas de troisième scenario.  Il n’y pas de solution au dépend d’une autre. »  Le représentant a indiqué que le traité de paix entre l’Égypte et Israël peut servir d’exemple de solution à la situation palestinienne. 

M. FREDERICO SALOMÃO DUQUE ESTRADA MEYER (Brésil) a réitéré son appui à la solution des deux États et a encouragé les parties à rechercher un environnement politique constructif et favorable au retour à des négociations de fond.  Le représentant s’est donc félicité de la décision des États-Unis de présenter un plan de paix et a prévenu les parties que cette paix ne sera réalisée qu’au prix de décisions et de concessions « difficiles ».  S’agissant de la Syrie, il a appelé à un strict respect du cessez-le-feu à Edleb, condition préalable à la création d’un environnement favorable à un règlement pacifique du conflit.  Espérant des progrès dans le processus de Genève, le représentant a par ailleurs regretté que la situation sécuritaire continue de retarder la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm et de la résolution 2452 (2019) sur le Yémen.  Il a d’ailleurs rappelé la disposition du Brésil à déployer soldats et policiers pour surveiller le cessez-le-feu à Hodeïda.  Il a appelé les parties à continuer de travailler avec l’Envoyé spécial et les a exhortées à s’abstenir de toute mesure qui pourrait compromettre l’élan imprimé.

Concluant sur la Libye, le représentant a appelé les parties à désamorcer la situation, à s’engager en faveur du cessez-le-feu et à travailler avec l’ONU, l’Union africaine et toutes les parties prenantes régionales.  Les parties, a-t-il ajouté, doivent œuvrer avec le Représentant spécial à une solution politique globale susceptible de mettre fin à la crise sécuritaire et à la situation humanitaire.

Reprenant la parole, le représentant d’Israël a dit que si ce débat ouvert avait véritablement pour objectif d’ouvrir une réflexion sur le processus de paix au Moyen-Orient, il éviterait d’être une réunion à charge contre une seule des parties.  La République islamique d’Iran est, a-t-il affirmé, l’un des principaux parrains du terrorisme, puisqu’elle dépenserait 7 milliards de dollars chaque année au détriment des besoins de ses citoyens et qu’elle est devenue une « plateforme de missiles balistiques ».  De son côté, le régime syrien a fait de son territoire « une rampe de lancement pour les attaques menées par l’Iran ».  Quant au Hezbollah, alors qu’il fait partie du Gouvernement libanais, il accumule un arsenal sans compter les tunnels qu’il a creusés pour faire passer des armes.  La communauté internationale a l’obligation morale d’agir face à ceux qui se livrent au terrorisme et remettent en cause la paix et la stabilité dans la région.

Le représentant de la République islamique d’Iran a répondu à son homologue de l’Arabie saoudite qui veut détourner notre attention de la question palestinienne.  Le wahhabisme, a-t-il accusé, est l’idéologie des grands groupes terroristes mondiaux.  Les pétrodollars sont leur source de financement principal.  Leurs allégations et leurs affirmations ne changeront pas la réalité ni le massacre de journalistes et de minorités en Arabie saoudite.  En réponse à Israël, il a rappelé que l’ordre du jour de la réunion est « la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne ».  Depuis sa création, Israël a mené 15 guerres dans la région.  « Les Israéliens ont envahi tous ses voisins.  Ils doivent être traduits en justice et rendre des comptes. »

Le représentant de l’Arabie saoudite a réfuté les allégations de l’Iran à l’encontre de son pays, accusant en retour le Gouvernement iranien d’avoir armé des milices et de provoquer des coups d’État.  La politique iranienne mène des politiques hostiles, comme celle qui menace de fermer les détroits maritimes, ce qui est une violation de la Charte des Nations Unies.  « Il est temps que le Conseil de sécurité prenne position contre les agissements de Téhéran. »

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