Conseil de sécurité: questions et réponses au cours d’une séance « interactive » sur la situation humanitaire toujours préoccupante en Syrie

CS/13792
24 avril 2019
8515e séance – après-midi 

Conseil de sécurité: questions et réponses au cours d’une séance « interactive » sur la situation humanitaire toujours préoccupante en Syrie

« Aujourd’hui, plus de 8 personnes sur 10 vivent en dessous du seuil de pauvreté et près de 12 millions de personnes en Syrie dépendent toujours de l’aide humanitaire. »  Tel est le constat dressé cet après-midi devant le Conseil de sécurité par la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence. 

Mme Ursula Mueller, qui présentait le dernier rapport du Secrétaire général sur la situation humanitaire en République arabe syrienne, a également répondu aux questions des délégations, au cours d’une séance qui s’est transformée vers la fin en échange interactif. 

Mme Mueller a tout d’abord fait le point sur la situation à Edleb où l’escalade des hostilités depuis février dernier aurait causé la mort de plus de plus 200 civils et de nombreux blessés, ainsi la destruction de nombreuses infrastructures.  Les combats ont également contraint plus de 120 000 personnes à fuir la région.  Elle a rappelé les craintes du Secrétaire général qui a plusieurs fois prévenu que toute offensive militaire à grande échelle à Edleb aurait un coût « inacceptable » en termes de pertes en vies humaines et de souffrances.  Mme Mueller a dit compter sur toutes les parties, en particulier la Turquie et la Fédération de Russie, garantes de l’accord de désescalade, pour maîtriser la situation.  Cette demande a été réitéré par plusieurs orateurs.

La Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires a aussi parlé de la situation dans le camp de Hol où des dizaines de milliers de civils vivent dans une situation critique, et courent notamment le risque de se voir refuser le rapatriement et de devenir apatride.  Face à cette crise, elle a demandé aux États concernés de prendre toutes les mesures nécessaires pour que leurs ressortissants respectifs soient rapatriés aux fins de poursuites pénales, de réhabilitation et/ou de réintégration, selon les cas, dans le respect du droit international et des normes en vigueur. 

Mme Mueller s’est dite préoccupée par la situation au camp de Roukban.  Plus de 7 000 personnes ont quitté le site au cours des dernières semaines, dont près de 2 000 hier, ce qui inquiète l’ONU qui plaide pour le respect des normes de protection et des mouvements effectués de manière volontaire, sûre, informée et digne.  Un troisième convoi humanitaire vers Roukban est prévu, mais « les autorités ont informé lundi qu’un tel convoi ne serait pas possible », alors même qu’un tel déploiement s’avère urgent pour éviter la mort de plus d’enfants, a-t-elle averti. 

Pour la délégation américaine, « il est inacceptable d’affamer les résidents de Roukban pour qu’ils se soumettent ».  Les États-Unis appellent donc Moscou à garantir l’accord de Damas visant à fournir immédiatement une assistance humanitaire à Roukban et à cesser de bloquer le trafic commercial dans le campement. 

Selon le délégué de la Syrie, il s’agit plutôt de « libérer les territoires sous occupation étrangère, notamment par les États-Unis et des milices armées qui exploitent la souffrance des résidents du camp de Roukban ».  Devant l’insistance du Royaume-Uni et de l’Allemagne, le représentant syrien a affirmé que son Gouvernement était « prêt à acheminer un troisième convoi à condition que celui-ci ne finisse pas aux mains des terroristes ». 

Pour ce qui est d’Edleb, les civils dans les alentours souffrent tous les jours de bombardements et d’atteintes par les groupes terroristes qui se trouvent sur place, a dénoncé le délégué syrien qui a demandé à son homologue allemand s’il pouvait « garantir qu’ils n’attaqueront plus les civils ».  Répondant aux délégations qui l’accablaient de questions, il a déclaré que ce que veulent les Syriens, c’est que l’on arrête d’exploiter leurs souffrances à des fins politiques. 

D’après le délégué russe, la situation s’est considérablement stabilisée dans le pays, ce qui rend indispensable une coordination de la part de la communauté internationale.  Toutefois, a-t-il insisté, il faut renoncer « à toute politisation » et à toute approche « de deux poids, deux mesures », et cesser d’accuser Damas de tous les maux. 

Pour sa part, le représentant de l’Allemagne a demandé au Gouvernement syrien s’il pouvait garantir qu’il respecterait les règles du droit humanitaire dans le cadre du retour sûr et consenti des réfugiés syriens.  « Nous sommes justement la partie qui a lancé un appel au rapatriement des réfugiés », a rétorqué le représentant de la Syrie.  « Seule la mise en place d’un processus politique crédible rendra possible le retour des réfugiés en Syrie », a fait valoir leur homologue de la France.  Or « le faible nombre de retours en Syrie montre sans ambiguïté que ces conditions ne sont pas réunies ». 

Les membres ont par ailleurs unanimement salué le témoignage et la résilience de Mme Nujeen Mustafa, ancienne habitante d’Alep et handicapée moteur.  « Que veut dire être une jeune fille souffrant de handicap en Syrie? » a-t-elle demandé à son tour avant de préciser que « c’est comme être en maison d’arrêt ».  Du moins, jusqu’à ce que la guerre éclate.  La jeune femme a expliqué que la crise en Syrie avait un coût disproportionné sur les personnes handicapées, avant d’inviter les membres du Conseil à faire davantage pour répondre aux besoins urgents des populations touchées par le conflit, en particulier les personnes atteintes de handicap. 

Il est vrai qu’avec environ 2,9 millions de personnes handicapées et 61,4% des foyers syriens comptant au moins un membre avec un handicap, a relevé la Pologne, l’on ne peut discuter de la situation humanitaire du pays sans tenir compte de cet état de fait. 

Enfin, en tant que porte-plume des résolutions sur la situation humanitaire en Syrie, le Koweït a demandé aux donateurs d’honorer leurs engagements, un mois après la Conférence d’appels de fonds de Bruxelles sur la Syrie. 

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Rapport du Secrétaire général sur l’application des résolutions 2139 (2014), 2165 (2014), 2191 (2014), 2258 (2015), 2332 (2016), 2393 (2017), 2401 (2018) et 2449 (2018) du Conseil de sécurité (S/2019/321)

La Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, Mme URSULA MUELLER, a déclaré qu’en huit ans de conflit, les Syriens avaient vécu une « litanie d’horreurs ».  Des centaines de milliers de personnes ont été tuées, de nombreuses autres mutilées physiquement et psychologiquement, et les Syriens du nord-est et du nord-ouest continuent de craindre une nouvelle catastrophe humanitaire.  Aujourd’hui, plus de 8 personnes sur 10 vivent sous le seuil de pauvreté et près de 12 millions de personnes en Syrie dépendent toujours de l’aide humanitaire.

Elle a fait part de trois sources de préoccupation.  Parlant d’abord d’Edleb, elle a indiqué que l’escalade des hostilités depuis février y aurait causé plus de 200 morts et de nombreux blessés parmi les civils, ainsi que des destructions importantes d’infrastructures.  Les combats ont également contraint plus de 120 000 personnes à fuir vers des zones plus proches de la frontière turque.  Les infrastructures civiles, en particulier les écoles et les hôpitaux, continuent d’être touchées.  On a dénombré 11 attaques contre des écoles rien qu’en février et mars, et lundi dernier, deux écoles ont été touchées par des raids aériens, faisant trois morts.  En outre, de nombreuses écoles de la région ont été fermées indéfiniment à cause des hostilités.

Mme Mueller a dit compter sur toutes les parties, en particulier la Turquie et la Fédération de Russie, garantes de l’accord de désescalade, pour maîtriser la situation.  L’ONU exhorte également toutes les parties à appliquer intégralement le mémorandum d’accord du 17 septembre, tout en leur demandant aussi de respecter le droit international humanitaire et de prendre toutes les précautions possibles pour éviter ou limiter les dommages causés aux civils.  Elle a rappelé les craintes du Secrétaire général qui a plusieurs fois prévenu que toute offensive militaire à grande échelle à Edleb aurait un coût inacceptable en termes de pertes en vies humaines et de souffrances.

Dans le nord-ouest de la Syrie, environ 2,7 millions de personnes, dont plus d’un million d’enfants, ont toujours besoin d’assistance humanitaire.  On compte parmi eux 1,7 million de déplacés, dont beaucoup l’ont été plusieurs fois et vivent dans des camps depuis des années.  Quelque 40% des enfants ne sont pas scolarisés et deux millions de personnes dépendent du transport d’eau par camion pour la majeure partie de leur consommation en eau potable.  Les partenaires humanitaires continuent de répondre aux besoins en constante évolution.  En effet, chaque mois, quelque 1,7 million de Syriens bénéficient d’une assistance cruciale dans le cadre d’opérations transfrontalières à partir de la Turquie.  Cet accès humanitaire durable est essentiel, a martelé Mme Mueller.

Deuxièmement, la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires a parlé de la situation dans le camp de Hol où des dizaines de milliers de civils vivent une situation critique.  La population du camp est composée de 92% de femmes et d’enfants, la plupart ayant été exposés à une violence extrême et à des traumatismes sous Daech.  Ils vivent maintenant dans des conditions extrêmement difficiles et sont confrontés à toute une gamme de problèmes de protection et à un destin incertain et déconcertant.  Ils courent notamment le risque de se voir refuser le rapatriement, la réadaptation et la réintégration ou un procès équitable, voire le risque de devenir apatride malgré la citoyenneté ou une revendication de citoyenneté.  Cela inclut également la séparation d’avec sa famille et le fait de ne pas savoir où se trouvent les membres de sa famille, compte tenu de l’absence notable d’hommes adultes et de garçons adolescents de plus de 15 ans dans le camp.  Mme Mueller a rappelé que tous les enfants, y compris ceux soupçonnés d’être associés à des groupes armés ou terroristes, ont droit à une protection spéciale en vertu du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme.  Ils doivent être traités avant tout comme des victimes. 

Elle a aussi demandé de trouver des solutions pour les ressortissants étrangers, invitant de ce fait les États Membres à prendre toutes les mesures nécessaires pour que leurs ressortissants respectifs soient rapatriés aux fins de poursuites pénales, de réhabilitation et/ou de réintégration, selon les cas, dans le respect du droit international et des normes en vigueur.  La population du camp de Hol compte environ 43% de Syriens, 42% d’Iraquiens et 15% d’autres étrangers.  On y compte également 458 enfants non accompagnés.  La communauté humanitaire en Syrie veille à ce que toutes les personnes du camp qui en ont besoin reçoivent une assistance humanitaire sans discrimination, conformément aux principes humanitaires, y compris les ressortissants étrangers.  L’ONU continue également de plaider auprès des autorités syriennes pour le déploiement d’agents de renfort en provenance de Damas afin de soutenir les équipes opérant dans le nord-est de la Syrie.

Le troisième et dernier point du propos de la Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence concerne Roukban.  Plus de 7 000 personnes ont quitté le site au cours des dernières semaines, dont près de 2 000 hier.  Ceux qui sont déjà partis ont pu rejoindre quatre abris collectifs dans la province de Homs dans des véhicules privés et gouvernementaux.  L’ONU réitère sa volonté de s’impliquer directement pour veiller à ce que les normes de protection fondamentales soient respectées et les mouvements effectués de manière volontaire, sûre, informée et digne, a souligné Mme Mueller à cette occasion.  Aujourd’hui, les équipes onusiennes ont accédé aux abris pour la première fois. 

L’ONU continue de plaider pour un accès complet, sans entrave et continu aux abris, aux zones d’origine et de destination, ainsi qu’aux personnes en transit, afin de répondre de manière adéquate aux besoins humanitaires de ceux qui quittent Roukban.  Les denrées alimentaires, les médicaments et autres articles de première nécessité livrés en février sont en baisse dans ce camp et l’ONU a demandé de pouvoir y accéder, mais les autorités ont informé lundi qu’un tel convoi ne serait pas possible, alors même que le déploiement d’un troisième convoi humanitaire à Roukban est urgent pour éviter la mort de plus d’enfants.  Mme Mueller a relevé que, parmi les personnes qui ont le plus souffert et qui souffrent encore aujourd’hui, figurent les personnes handicapées qui sont souvent exclues et extrêmement vulnérables, comme c’est le cas de Nujeen Mustafa, cette jeune syrienne qui défend des personnes handicapées dans son pays et celles vivant dans des situations de conflit partout dans le monde.

Mme NUJEEN MUSTAFA s’est présentée comme une habitante d’Alep, en Syrie, qui souffre de paralysie cérébrale et est clouée sur une chaise roulante.  Elle a souhaité faire le point sur la situation humanitaire dans son pays.  « Que veut dire être une jeune fille souffrant de handicap en Syrie? » s’est-elle demandée.  Pour moi, a-t-elle répondu, cela veut dire ne pas être en mesure de me rendre à l’école, de passer du temps avec mes amis, ou d’aller au cinéma.  « C’est comme être en maison d’arrêt », a-t-elle affirmé.  Du moins, jusqu’à ce que la guerre éclate.  « Chaque jour, a-t-elle témoigné, je redoute d’être la raison pour laquelle ma famille pourrait arriver une ou deux secondes trop tard. »   Mon frère nous appelait « les morts qui marchent », a-t-elle relaté.  Une situation d’autant plus difficile qu’en Syrie, être une femme handicapée rend la vie deux fois plus difficile que pour un homme dans la même situation, a expliqué Mme Mustafa. 

La jeune femme a ensuite expliqué que la crise en Syrie avait un coût disproportionné sur les personnes handicapées.  Elle a donc appelé les membres du Conseil à faire davantage pour veiller à ménager un accès humanitaire et répondre aux besoins urgents des populations touchées par le conflit, en particulier les personnes atteintes de handicap.  Des organisations indépendantes comme Human Rights Watch ont dénoncé la privation de services de base, comme des toilettes appropriées, a rappelé l’oratrice.  Elle a tenu à dire que les personnes souffrant de handicap ne sont pas un fardeau, mais une ressource.  En effet, « comme nous connaissons mieux que les autres les risques auxquels nous sommes exposées, nous devrions être intégrées à la planification de la réponse humanitaire et de l’aide », a-t-elle fait valoir.

Enfin, Mme Mustafa a émis l’espoir que cette réunion ne soit pas juste une séance de plus au cours de laquelle sont faites de grandes déclarations pour passer ensuite à un autre point de l’ordre du jour.  « Vous devriez faire plus pour veiller à ce que les gens atteints de handicap soient inclus dans tous les aspects de vos travaux, nous ne pouvons attendre davantage », a exhorté Mme Mustafa en conclusion. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a déclaré que « l’histoire de Nujeen, que nous venons d’entendre, est une parmi des millions d’autres », faisant référence aux civils syriens touchés par le conflit dans leur pays, qui entre dans sa neuvième année.  « Nous sommes extrêmement préoccupés de la récente hausse des bombardements et des tirs d’artillerie dans le nord-ouest de la Syrie, qui ont principalement touché la population civile », a déclaré le représentant, estimant que cette escalade contribue à une détérioration supplémentaire d’une situation déjà catastrophique dans la zone de désescalade du nord-ouest.  La lutte antiterroriste ne doit pas empiéter sur les principes de l’intervention humanitaire, a-t-il exhorté, en demandant la pleine mise en œuvre du mémorandum d’accord russo-turc à Edleb. 

Évoquant ensuite la situation dans le camp de Hol, il a jugé qu’elle était également très préoccupante, avec une population passée de 10 000 personnes en décembre à plus de 70 000 ce mois-ci, presque exclusivement des femmes et des enfants.  En outre, à Roukban, près de 40 000 personnes ont besoin de solutions plus durables qui peuvent être trouvées grâce à des efforts coordonnés par l’ONU, a souligné M. Alotaibi.  Et à Hajin, des informations font état de pénuries de services de base, en particulier des services de santé et d’accès à de l’eau potable.  En tant que délégation porte-plume des résolutions sur la situation humanitaire en Syrie, le Koweït a demandé aux bailleurs de fonds d’honorer leurs engagements, un mois après la Conférence d’annonce de contributions en soutien à la Syrie, qui s’est tenue à Bruxelles. 

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a remercié Mme Mustafa d’avoir partagé son histoire et d’avoir veillé à ce que les Syriens handicapés ne soient jamais invisibles pour le Conseil de sécurité.  Pour leur part, les États-Unis continueront de défendre les besoins des personnes handicapées lors de la planification, de la coordination et de la mise en œuvre de l’aide humanitaire en Syrie et ailleurs.  Les États-Unis promettent aussi de continuer d’œuvrer en faveur de la responsabilité et de la justice pour les personnes détenues de manière arbitraire ou illégale et pour les personnes disparues en Syrie.  Cela sera nécessaire à mesure que la transition politique en Syrie se poursuivra sous la direction de l’Envoyé spécial Pedersen, et conformément à la résolution 2254 (2015).

En outre, les États-Unis appuient fermement un troisième convoi humanitaire dirigé par l’ONU vers le camp de personnes déplacées de Roukban.  Malheureusement, a déploré M. Cohen, « le régime d’Assad a rejeté la demande de l’ONU ».  Pour la délégation, « il est inacceptable d’affamer les résidents de Roukban pour qu’ils se soumettent ».  Alors que les habitants de Roukban se préparent pour le mois sacré du ramadan, les États-Unis appellent Moscou à garantir l’accord de Damas visant à fournir immédiatement une assistance humanitaire à Roukban et à cesser de bloquer le trafic commercial dans le campement.  De même, le Conseil doit rester uni dans son soutien à la mise en œuvre intégrale du mécanisme humanitaire transfrontalier autorisé par la résolution 2449 (2018).

Par ailleurs, les États-Unis sont profondément préoccupés par les tentatives récentes de la Fédération de Russie et de la Chine, au sein de la Cinquième Commission de l’Assemblée générale, de politiser et de saper l’autorisation unanime du Conseil de sécurité d’opérations humanitaires transfrontalières en proposant de réduire les coûts de fonctionnement du mécanisme.  « Ces tentatives vont à l’encontre de la nécessité vitale de l’aide humanitaire transfrontalière des Nations Unies au peuple syrien », a affirmé le représentant.  « Personne ne doit politiser ou tenter de contrôler les opérations transfrontalières des Nations Unies d’assistance humanitaire en Syrie.  Pas le régime d’Assad.  Pas la Fédération de Russie.  Ni personne d’autre. »

M. Cohen a également dénoncé les retards dans l’approbation du régime pour les demandes d’aide humanitaire de routine.  Les États-Unis, a-t-il continué, restent attachés au principe du retour volontaire, en toute sécurité et dans la dignité des personnes déplacées et des réfugiés.  De plus, les États-Unis sont alarmés par la recrudescence, ce mois-ci, des frappes aériennes russes et du régime dans la province d’Edleb, lesquelles ont coûté la vie à de nombreuses personnes et provoqué le déplacement de plus de 110 000 personnes.  Le cessez-le-feu russo-turc de septembre 2018 doit être respecté, et toute escalade militaire, y compris l’utilisation d’armes chimiques par le régime et ses alliés à Edleb, serait catastrophique pour des millions de personnes, ainsi que pour la stabilité des voisins de la Syrie et de toute la région, a mis en garde le représentant. 

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a salué le courage et la résilience de Mme Nujeen Mustafa venue témoigner devant le Conseil de sécurité.  Il a jugé important de « maintenir l’aspect humain au centre des délibérations de ce Conseil » tout en œuvrant vers une solution pacifique, crédible, inclusive et définitive du conflit syrien.  Selon le représentant, il faut également garantir l’accès des femmes et filles syriennes à des services de santé.  Il a appelé les parties à respecter les règles du droit international humanitaire, notamment en ce qui concerne la protection de la population et des infrastructures civiles.  Dans cet esprit, il a plaidé pour la préservation du cessez-le-feu à Edleb et la garantie d’un accès humanitaire sûr, immédiat et sans entrave aux personnes dans le besoin.   

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a estimé qu’il fallait rester pleinement mobilisé autour de trois priorités essentielles: la préservation du cessez-le-feu à Edleb et le respect des lignes de front à l’échelle du pays; la garantie des accès humanitaires; et une solution politique durable en Syrie.  M. Delattre a donc commencé par appeler la Turquie et la Russie à intensifier leurs efforts pour préserver l’accord de cessez-le-feu, conformément aux engagements réitérés lors du Sommet quadripartite d’Istanbul.  Il a ensuite rappelé un chiffre « consternant »: sur les 338 demandes d’accès formulées auprès du régime syrien durant les mois de février et mars, seule la moitié a donné lieu à une autorisation.  « Dans un tel contexte, l’architecture humanitaire mise en place par les Nations Unies pour répondre aux besoins des Syriens les plus vulnérables est plus que jamais pertinente et doit être conservée. »  Il est notamment indispensable qu’un nouveau convoi puisse être déployé immédiatement dans le camp de Roukban. 

Seule la mise en place d’un processus politique crédible rendra possible le retour des réfugiés en Syrie qui doit s’effectuer dans des conditions sûres et dignes sous l’égide des Nations Unies, a insisté M. Delattre.  Or le faible nombre de retours en Syrie montre sans ambiguïté que ces conditions ne sont pas réunies. 

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) a souligné que la situation s’est considérablement stabilisée et que les violences ont décliné, même si la situation dans le pays reste complexe, ce qui rend indispensable une coordination de la communauté internationale.  Pour y parvenir toutefois, il faut renoncer « à toute politisation » et à toute approche « de deux poids, deux mesures », en cessant d’arrêter d’accuser Damas de tous les maux.  Cela signifie aussi de mettre fin le plus rapidement possible à l’occupation illégale de certains territoires au nord de la Syrie, a exhorté le représentant.  Celui-ci a ensuite dénoncé le caractère contre-productif des sanctions imposées à la Syrie, qui ont un impact humanitaire sur la population civile. 

M. Safronkov a fait état de la réhabilitation par les Gouvernements de la Syrie et de la Russie de nombreuses infrastructures civiles dans le pays, se félicitant de constater que le flux quotidien des retours est d’environ 1 000 personnes par jour.  En outre, la délégation russe a dit observer une tendance positive au retour des personnes déplacées internes qui semblent vouloir réintégrer leur domicile.  Dans les zones qui ne sont pas contrôlées par Damas en revanche, nous constatons une « tendance négative », a-t-il indiqué.  Dans le camp de Hol, en dépit des efforts de la communauté humanitaire, la surpopulation crée des besoins aigus.  Par ailleurs, depuis février 2019, près de 7 000 personnes ont été évacuées du camp de Roukban « à leur demande ».  Le Gouvernement syrien leur a fourni une aide médicale, des articles de première nécessité ainsi que des vivres, et les problèmes administratifs ont été réglés. 

Le représentant s’est élevé contre les conditions auxquelles sont exposés les résidents de ce camp par une organisation terroriste.  M. Safronkov a ensuite dénoncé les « pseudo-agents humanitaires » que sont les Casques blancs, qui usent selon lui de stratagèmes pour mieux accuser les autorités légitimes d’utilisation d’armes chimiques.  Après avoir exhorté à la formation du comité constitutionnel, le représentant a appelé tous ses collègues à servir les intérêts du peuple syrien plutôt que leurs intérêts géopolitiques. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a salué les efforts de la Fédération de Russie et de la Turquie qui organisent des patrouilles dans la région d’Edleb afin d’éviter une escalade du conflit dans la région.  La Pérou invite à prendre en compte les besoins des déplacés dans le camp de Hol, a dit le représentant.  Il a aussi demandé que de l’aide soit apportée aux victimes d’inondations dans le pays.  Le représentant a, enfin, souhaité que la réunion prévue à Astana cette semaine sur la Syrie apporte des solutions sur l’identification des disparus.  Il a aussi appelé au déminage pour venir à bout notamment des engins explosifs improvisés qui causent d’énormes souffrances aux populations. 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a évoqué les 12 millions de gens ayant besoin d’assistance en Syrie, les 6,2 millions de personnes déplacées et les 2 millions d’enfants qui ne vont pas à l’école, des chiffres, a-t-il précisé, qu’il connaît par cœur et qu’il espère voir baisser.  L’Indonésie, a-t-il poursuivi, appelle les parties en Syrie à faire tout leur possible pour protéger les civils.  Il a relevé que les civils continuent d’être affectés, notamment les femmes et les enfants qui sont victimes d’engins explosifs improvisés.  L’Indonésie appelle également à mettre fin aux attaques ciblant les écoles et les centres de soins.  Il faut aussi que toutes les parties en Syrie accordent un accès sans entrave aux populations.  Il a rappelé que le camp de Hol compte désormais 73 000 personnes alors que sa capacité est de 41 000 personnes.  M. Djani a aussi plaidé pour que le camp de Roukban continue de recevoir l’assistance humanitaire pour ceux qui ont décidé d’y rester.  Il a enfin demandé que la « positivité et la détermination de Mme Mustafa » servent d’exemple dans la perspective de la recherche de solutions durables au conflit syrien. 

Mme HARSHANA BHASKAR GOOLAB (Afrique du Sud) s’est dite préoccupée par l’escalade de la violence dans certains endroits de la Syrie et de l’impact qu’elle a sur les civils, notamment ces derniers temps à Edleb et à Deïr el-Zor.  En plus de la violence qui s’intensifie, la représentante a relevé que les conditions climatiques sévères viennent renforcer le fardeau déjà lourd à porter pour le peuple syrien.  La représentante a ensuite salué la nouvelle que des personnes quittent le camp de Roukban pour rentrer chez elles ou se rendre dans d’autres sites de leur choix, mais elle a souligné que toutes les conditions doivent être remplies pour un retour volontaire, sûr, digne et informé, pour les populations qui le veulent.  L’assistance humanitaire demeure néanmoins importante pour Roukban, a-t-elle dit avant d’inviter les parties concernées à donner les autorisations nécessaires pour laisser passer de nouveaux convois, notamment avec le jeûne du ramadan qui s’annonce. 

M. YAO SHAOJUN (Chine) a exprimé son soutien au Gouvernement et au peuple syriens pour avoir facilité le retour des réfugiés, notamment depuis le camp de Roukban, avec le concours de la communauté internationale.  Nous devons accroître l’assistance humanitaire au peuple syrien tout en répondant à la situation humanitaire sur le terrain, en tenant compte des changements démographiques provoqués par les retours, a déclaré le représentant.  Le représentant a exhorté tous les acteurs au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriales de la Syrie et à trouver une solution à Edleb, tout en appliquant des critères « uniformes » à toutes les organisations désignées comme terroristes par ce Conseil.  En conclusion, la délégation a placé de grands espoirs dans le dialogue d’Astana. 

M. MARIUSZ LEWICKI (Pologne) a relevé que la Syrie compte environ 2,9 millions de personnes handicapées, un chiffre qui augmente chaque mois.  Ainsi, 61,4% des foyers comptent au moins un membre avec un handicap.  Pour la délégation, on ne peut discuter de la situation humanitaire du pays sans tenir compte de la situation des personnes handicapées.  La Pologne estime également que protéger les civils et accorder un accès humanitaire aux populations ne sont pas un choix, mais une obligation juridique de toutes les parties en conflit, et ceux qui ne respectent pas ces normes doivent en répondre.  La Pologne entend voir respecter l’accord russo-turc sur Edleb afin d’éviter une catastrophe humanitaire.  La délégation a conclu en rappelant qu’il ne peut y avoir de solution militaire à la crise syrienne, mais plutôt un accord politique fondé sur le Communiqué de Genève. 

M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) s’est dit particulièrement préoccupé par la situation précaire qui prévaut dans le camp de Hol et par les inondations récentes en Syrie.  En outre, a-t-il averti, la situation sécuritaire instable dans la province d’Edleb pourrait compromettre l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations en détresse.  Aussi la Côte d’Ivoire appelle-t-elle toutes les parties prenantes à respecter l’accord russo-turc relatif à la zone démilitarisée et l’obligation de respecter les droits de l’homme et le droit international humanitaire.  Pour conclure, M. Ipo a exhorté les parties au conflit à privilégier la voie du dialogue dans le cadre de la recherche de solutions à la crise syrienne.  À cet égard, il a espéré que le prochain cycle de pourparlers prévu les 25 et 26 avril prochain à Astana, au Kazakhstan, contribuera à relancer le processus de paix.

Après avoir remercié Mme Mustafa pour son témoignage, Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a demandé à la Sous-Secrétaire générale quels sont les défis en termes d’accès humanitaire en Syrie aujourd’hui.  Étant entendu qu’il y a 175 000 personnes handicapées rien qu’à Edleb, Mme Pierce a aussi demandé à Mme Mustafa ce qu’à son avis le Conseil de sécurité pourrait faire pour améliorer leur sort.  La représentante a souhaité que le délégué russe « cesse de proférer des mensonges en disant que les Casques blancs ne sont pas des humanitaires ».  Elle a demandé que la Russie et la Chine veillent à la fluidité de l’aide transfrontalière vers la Syrie, « puisque ces délégations veulent faire croire qu’il y a des progrès en Syrie ».  Enfin, se tournant vers le représentant syrien, « qui ne regarde jamais les femmes quand elles parlent », elle l’a interrogé sur ce que les autorités de son pays font pour les personnes handicapées, tout en l’invitant à veiller au respect du cessez-le-feu à Edleb. 

Mme AMPARO MELE COLIFA (Guinée équatoriale) s’est déclarée préoccupée par l’escalade de la violence en Syrie, en particulier dans le nord-est du pays, où opèrent diverses organisations terroristes et des groupes armés.  Elle a tenu à rappeler aux parties que dans le cadre de leurs opérations antiterroristes, elles sont tenues de protéger les civils et de leur ménager un accès sans entrave à l’aide humanitaire.  Il ne fait aucun doute que toute nouvelle hostilité à Edleb aurait un impact dévastateur sur les civils, a-t-elle relevé, en appelant le Conseil de sécurité à davantage d’unité pour éviter toute nouvelle escalade.  La priorité de ce Conseil devrait être de protéger les vies de millions de civils innocents, a estimé la délégation, en appelant à répondre aux besoins urgents des personnes déplacées et des réfugiés.  La dernière conférence de Bruxelles, qui a été un succès, doit être maintenant suivie du respect par les bailleurs de fonds de leurs obligations financières, a ajouté Mme Mele Colifa.

M. MOUNZER MOUNZER (République arabe syrienne) a déclaré que ce que veulent les Syriens, c’est que l’on arrête d’exploiter leurs souffrances à des fins politiques.  Son gouvernement n’a épargné aucun effort pour venir en aide à tous les Syriens, où qu’ils se trouvent.  « Loin de la propagande et des allégations » des uns et des autres, il a déclaré que l’on ne pouvait pas faire fi des crimes perpétrés par des groupes terroristes et par la soi-disant coalition occidentale, sans compter les sanctions illégales imposées à son peuple.  L’action humanitaire et de développement est conditionnée par des considérations politiques, a accusé le représentant.  Selon lui, il faut se rallier aux efforts syriens pour sauver notre peuple à Edleb, et les victimes innocentes des attaques de groupes terroristes qui sévissent sur place.  Nous devons également libérer les territoires sous occupation étrangère, notamment par les États-Unis et des milices armées qui exploitent la souffrance des résidents du camp de Roukban.  Il est temps de permettre à ces personnes de rentrer chez elles, sachant que le Gouvernement a pris toutes les dispositions pour faciliter leur retour.  M. Mounzer a encouragé les États-Unis à démanteler ce camp.  « La souffrance de chaque Syrien nous atteint, y compris celle des personnes handicapées », a-t-il assuré.  Les institutions de l’État syrien font tous les efforts possibles pour leur apporter le soutien dont elles ont besoin, a argué le représentant, qui a imputé la détérioration de leurs conditions de vie aux bombardements de la coalition et aux agissements des groupes terroristes. 

Le représentant de l’Allemagne a réagi aux propos de son homologue syrien qui a déclaré que les membres du Conseil de sécurité sont « hypocrites » et « ne se soucient pas du sort des populations syriennes ».  Il a rappelé que son propre pays accueille des réfugiés syriens ayant subi des exactions, et que l’une de ces personnes est même présente à ce débat. 

Mme MUELLER a repris la parole pour relever que l’ONU a impérativement besoin de données ventilées pour mieux préparer et distribuer l’assistance humanitaire en Syrie.  Réagissant aux questions du Royaume-Uni au sujet des entraves à l’assistance humanitaire, elle a rappelé que le troisième convoi prévu pour le camp de Roukban n’a pas été autorisé par le Gouvernement syrien, tout en déplorant le peu d’accès des humanitaires dans le nord-est du pays.

Mme MUSTAFA s’est déclarée heureuse d’apprendre que la souffrance des personnes handicapées en Syrie ne sera plus invisible.  À l’avenir, le Conseil doit veiller à tenir compte de leurs besoins spécifiques dans ses projets de résolution. 

Le représentant du Royaume-Uni a indiqué que le représentant de la Syrie n’avait répondu qu’à une seule des questions qui lui ont été posées: « Pourriez-vous donner à ce Conseil des garanties claires que les autorités syriennes respecteront le cessez-le-feu à Edleb? »

Le représentant de la Chine aurait souhaité que l’ambassadrice britannique reste dans la salle pour entendre la réponse aux questions qu’elle a posées.  Il a dit avoir consulté la Cinquième Commission et a rapporté qu’un consensus avait déjà été dégagé sur la question de la réduction du financement du mécanisme transfrontalier.  Il n’est pas nécessaire de soulever cette question, qui a été réglée.

Le délégué de la Syrie a indiqué que les allégations d’actes de torture et d’utilisation d’armes chimiques entendues aujourd’hui sont de nouvelles preuves de la politisation qu’il a dénoncée.  Avec l’aval du Gouvernement syrien, le Croissant-Rouge arabe syrien a pu acheminer deux convois au camp de Roukban.  Nous sommes prêts à acheminer un troisième convoi à condition que celui-ci ne finisse pas aux mains des terroristes, a-t-il dit.  Selon lui, la cause qui se cache derrière les conditions déplorables du camp de Roukban, c’est le fait que « les États-Unis l’utilisent et exploitent sa population et empêchent celle-ci de prendre le chemin du retour ».  Pour ce qui est d’Edleb, les civils dans les alentours souffrent tous les jours de bombardements et d’atteintes par les groupes terroristes qui se trouvent sur place.  « Pouvez-vous nous garantir qu’ils n’attaqueront plus les civils? » a-t-il rétorqué au représentant allemand.

Le représentant de l’Allemagne a demandé au Gouvernement syrien s’il pouvait garantir qu’il respecterait les règles du droit humanitaire dans le cadre du retour sûr et consenti des réfugiés syriens?

« Nous sommes justement la partie qui a lancé un appel au rapatriement des réfugiés », a rétorqué le représentant de la Syrie

 

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