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CS/13783
17 avril 2019
8513e séance – matin

Conseil de sécurité: alors que la MINUAD se retire, le Darfour « n’est pas à l’abri » de la crise politique nationale, prévient le Représentant spécial

Moins d’une semaine après le renversement de l’ex-Président soudanais Omar El-Béchir par l’armée du pays, le Représentant spécial de l’ONU et de l’Union africaine (UA) au Darfour a mis en garde, ce matin, le Conseil de sécurité contre « l’impact évident » de la crise nationale actuelle sur le Darfour, alors même que l’Opération de paix qu’il y dirige a entamé une phase de retrait.  Appelant à ne pas modifier la date de ce retrait, prévu en juin 2020, les nouvelles autorités de Khartoum ont, quant à elles, estimé que la « glorieuse révolution » en cours était une affaire interne, sans lien avec le mandat de l’ONU au Darfour.

La situation au Soudan a été riche en évènements depuis la publication du dernier rapport du Secrétaire général sur le Darfour, a rappelé par visioconférence M. Jeremiah Mamabolo, en référence notamment au renversement, après plus de 30 ans à la tête du pays, de l’ex-Président soudanais Omar El-Béchir par l’armée du pays, le 11 avril dernier, suivi de la démission du général de corps d’armée Ahmed Bin Auf, qui avait brièvement pris la tête du nouveau Conseil militaire de transition à la suite de cette destitution.

Quelques jours plus tard, a poursuivi le Chef de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), les nouvelles autorités, réunies en Conseil militaire de transition, ont annoncé une période transitoire de deux ans sous contrôle militaire, à l’issue de laquelle seraient organisées des élections démocratiques.  Puis le 15 avril, l’UA a invité le Conseil militaire à mettre en place une autorité civile de transition dans les 15 jours, sous peine de suspendre la participation du Soudan à l’organisation.  Parallèlement, les manifestations se sont poursuivies à Khartoum, où les manifestants ont exigé le transfert immédiat du pouvoir aux civils, a indiqué M. Mamabolo, soulignant que le Conseil militaire de transition avait depuis engagé un dialogue avec les participants. 

« Ces changements au niveau national ont un impact évident sur le Darfour », a affirmé le Représentant spécial, précisant que, depuis la chute de M. El-Béchir, des personnes déplacées et d’autres manifestants s’étaient livrés à des actes de violence dans la zone, qui a également été le théâtre d’affrontements entre l’armée soudanaise et le Service national de renseignement et de sécurité.  Dans l’ensemble, a toutefois nuancé le Représentant spécial, la situation sécuritaire au Darfour est restée relativement stable, à l’exception de combats sporadiques entre l’armée soudanaise et l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS-AW) dans le Jebel Marra et d’affrontements intercommunautaires. 

Mais « alors que nous continuons le processus de retrait de la Mission, la situation politique au Soudan a radicalement changé et risque d’affecter la mise en œuvre de notre mandat », a ainsi alerté M. Mamabolo, en référence à la diminution progressive des effectifs de la MINUAD, décidée l’an dernier par le Conseil dans sa résolution 2429 (2018).  Cette dernière, venue entériner des années de progrès au Darfour, prévoit le retrait de l’Opération d’ici à juin 2020, sous réserve qu’aucun changement important n’intervienne dans les conditions de sécurité au Darfour.  Or, a déclaré le Chef de la MINUAD, « le Darfour n’est pas et ne peut pas être à l’abri de ce qui se passe au niveau national ».

Le Soudan a souligné son attachement au respect de l’échéancier de retrait de l’Opération, tout en faisant observer que certains passages du rapport du Secrétaire général sont « caducs » en raison de la « glorieuse révolution » du peuple soudanais en cours.  Les nouvelles autorités soudanaises ont d’ailleurs estimé que « ce qui se passe au Soudan est une affaire interne » au pays, sans « la moindre » relation avec le mandat du Conseil au Darfour.  « La révolution soudanaise est une révolution pacifique pour parvenir au changement que les Soudanais appellent de leurs vœux », a ajouté Khartoum, invitant le Secrétariat à « s’en tenir » à ce qui relève de son mandat dans ses futurs rapports.

Le Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne a cependant jugé nécessaire d’examiner de près de quelle manière les évènements en cours à Khartoum influencent la situation au Darfour, ainsi que le calendrier de retrait de la MINUAD.  « Nos décisions futures doivent être informées par les développements sur le terrain, et non par des questions budgétaires », a notamment tranché M. Niels Annen, pour qui suivre aveuglément des « échéances artificielles » n’aiderait en rien le peuple du Darfour et mettrait en péril les investissements consentis.  Ce dernier a en outre estimé que les conversations avec le Soudan doivent porter aussi sur les obstacles qui se posent au fonctionnement de la MINUAD.  « Mais alors que les choses évoluent à Khartoum, nous n’avons pas à l’heure actuelle d’interlocuteur soudanais avec lequel engager ce dialogue important », s’est-il cependant inquiété. 

La situation au Soudan nous impose en effet la prudence quant au calendrier de retrait de la Mission, a renchéri la France, pour qui il faut attendre que la situation institutionnelle se stabilise et que de nouvelles autorités soient désignées, avant d’engager avec elles un dialogue concernant le retrait de la Mission.  Même avec les événements en cours, le Gouvernement et les parties devraient faire des progrès mesurables et durables, ont, quant à eux, estimé les États-Unis.  En l’absence de tels progrès, « les États-Unis appuient le Conseil dans son examen de toutes les options alors que nous cherchons à instaurer une paix et une stabilité à long terme au Darfour ».  En ce sens, il faudrait réfléchir dès à présent à l’après-MINUAD et à la façon dont l’ONU et l’UA pourraient maintenir sur place une présence décisive, a estimé le Royaume-Uni.

La Fédération de Russie, qui a insisté sur le fait que le Conseil n’est pas habilité à se mêler des processus politiques en cours, a estimé pour sa part que le retrait graduel de la composante militaire de la MINUAD devait se poursuivre, tout en appelant à alléger les sanctions imposées par le Conseil au Soudan, ce qui devrait, a argué la délégation, considérablement améliorer la situation des civils au Darfour. 

S’agissant de la situation humanitaire, Mme Ursula Mueller, Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, a souligné que les derniers développements avaient eu, jusqu’ici, des conséquences limitées sur les opérations humanitaires.  Toutefois, la crise économique a considérablement augmenté les besoins humanitaires, s’est inquiétée Mme Mueller, qui a rapporté que le prix du sorgo avait augmenté de 70% par rapport à l’an dernier et qu’environ 5,8 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, contre 3,8 millions en 2018, dont 1,9 million au Darfour. 

RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD (S/2019/305)

Déclarations

La situation au Soudan a été riche en évènements depuis la publication du dernier rapport du Secrétaire général sur le Darfour, qui couvre la période allant du 4 janvier et au 3 avril 2019, a rappelé par visioconférence M. JEREMIAH NYAMANE KINGSLEY MAMABOLO, Représentant spécial conjoint et Chef de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), en référence notamment au renversement de l’ex-Président soudanais Omar El-Béchir par l’armée du pays, le 11 avril dernier.

Comme vous le savez, a-t-il poursuivi, le général de corps d’armée Ahmed Bin Auf, ancien Vice-Président et Ministre de la défense du pays, qui avait brièvement pris la tête du nouveau Conseil militaire de transition à la suite de la destitution de M. El-Béchir, a démissionné en réponse aux manifestations populaires à l’origine du changement de pouvoir.  M. Ahmed Bin Auf a nommé à sa propre succession le général Abdel Fattah Al-Burhan, qui a annoncé depuis lors un certain nombre de mesures visant à stabiliser la situation.  Parmi ces mesures, figurent notamment la levée du couvre-feu quotidien dans tout le pays, la libération des détenus politiques et l’application du cessez-le-feu dans l’ensemble du Soudan, a précisé le Représentant spécial.  Le Conseil militaire de transition a également indiqué qu’il allait réformer certaines institutions gouvernementales, notamment le Service national de renseignement et de sécurité.  Hier, a précisé M. Mamabolo, le Conseil militaire de transition a notamment procédé au remplacement de la haute administration judiciaire soudanaise et a annoncé que la phase de transition militaire durerait au maximum deux ans et s’achèverait par une passation de pouvoirs aux institutions civiles.

Parallèlement, a poursuivi le Représentant spécial, les manifestations se poursuivaient à Khartoum et dans d’autres régions du pays, y compris devant le quartier général des Forces armées soudanaises où les manifestants ont exigé le transfert immédiat du pouvoir aux civils.  Il a toutefois noté que le Conseil militaire de transition avait depuis engagé un dialogue avec les manifestants, au sujet d’un mécanisme de transition.  Fait marquant, selon M. Mamabolo, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) a publié, le 15 avril, un communiqué invitant le Conseil militaire de transition à mettre en place une autorité civile de transition sous 15 jours, faute de quoi le Soudan serait suspendu de sa participation à toutes les activités de l’UA.  À ce jour, a-t-il précisé, les parties prenantes nationales n’ont pas réagi à ce communiqué.

Ces changements au niveau national ont un impact évident sur le Darfour, a souligné le Représentant spécial, ajoutant que, depuis la chute de M. El-Béchir, des personnes déplacées et d’autres manifestants au Darfour se sont livrés à des actes de violence, notamment des incendies criminels perpétrés dans les locaux du Service national de renseignement et de sécurité et du parti au pouvoir, ainsi que dans les foyers de dirigeants communautaires soupçonnés d’avoir collaboré avec le précédent régime.  Des affrontements auraient également eu lieu entre les Forces armées soudanaises et le Service national de renseignement et de sécurité au Darfour.  Dans l’ensemble, a toutefois noté le Représentant spécial, il semble que les forces de sécurité gouvernementales continuent de contrôler la situation.

Dans ce contexte, M. Mamabolo a indiqué que la MINUAD était « restée vigilante » et avait maintenu une « position solide », en particulier dans le Jebel Marra, où sont déployés les soldats de la paix de la Mission.

S’agissant du dernier rapport du Secrétaire général, le Représentant spécial a précisé que, suite à l’adoption de la résolution 2429 (2018) le 13 juillet 2018, la Mission avait poursuivi ses efforts de reconfiguration et de retrait, afin de réduire la composante militaire de la Mission de 8 735 à 4 050 soldats d’ici au 30 juin 2019.  Les effectifs de police de la MINUAD ont également diminué, passant de 2 500 à 2 283 personnes. 

La situation en matière de sécurité est restée relativement calme au Darfour au cours de la période considérée, a par ailleurs déclaré M. Mamabolo.  Toutefois, a-t-il nuancé, les affrontements entre le Gouvernement et l’Armée de libération du Soudan-faction Minni Minawi (ALS-MM) dans le Jebel Marra ont été plus fréquents, quoique cantonnés à certaines zones.  Le 28 janvier, le Gouvernement a prolongé la cessation unilatérale des hostilités pour une durée indéterminée.  Parallèlement, le 8 février 2019, le Front révolutionnaire soudanais, composé de l’ALS-MM, du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE-faction Gibril Ibrahim), du Mouvement de libération du Soudan/Conseil de transition (MLS-CT) et de l’Armée populaire de libération du Soudan-Nord dirigé par Malik Agar (MPLS/N Agar) a prolongé sa cessation unilatérale des hostilités pour une nouvelle période de trois mois.  Les affrontements intercommunautaires sont également restés limités, a poursuivi le Représentant spécial, précisant que des actes de violence ont continué à se produire entre éleveurs et agriculteurs, principalement dans le nord et l’ouest du Darfour.

La MINUAD a continué à encourager le Gouvernement à renforcer davantage les mécanismes permettant de répondre aux préoccupations en matière de droits de l’homme au Darfour, a poursuivi M. Mamabolo.  Au cours de la période considérée, la MINUAD a recensé 59 nouveaux cas de violation des droits de l’homme et de violations impliquant 129 victimes.  La MINUAD a également continué d’appuyer le rétablissement de la justice pénale dans les zones de retour et a organisé des formations à la médiation pour 25 juges de tribunaux ruraux.

Toutefois, le Représentant spécial a indiqué que la mise en œuvre du Document de Doha pour la paix au Darfour avait continué de se heurter à des difficultés en raison d’un manque de ressources.  S’agissant du processus de paix au Darfour et des changements intervenus ces derniers jours, le Conseil militaire de transition a appelé les mouvements armés non signataires à s’engager politiquement et à participer au dialogue en cours.  Cependant, dans une déclaration récente, le Front révolutionnaire soudanais a pris ses distances par rapport aux discussions en cours entre le Conseil militaire de transition et les manifestants, estimant qu’il était trop tôt pour se réunir avec le Conseil militaire.

« Alors que nous continuons le processus de retrait de la Mission, la situation politique au Soudan a radicalement changé et risque d’affecter la mise en œuvre de notre mandat », a alerté M. Mamabolo.  « Le Darfour n’est pas et ne peut pas être à l’abri de ce qui se passe au niveau national », a-t-il estimé, ajoutant que les incidents dans les camps de personnes déplacées au Darfour en réaction aux événements de Khartoum témoignaient de la fragilité de la situation sécuritaire, « jusque-là calme et stable », à l’exception de la région du Jebel Marra.  Dans ce contexte, le Représentant spécial a appelé la communauté internationale à saisir l’occasion actuelle de poursuivre le dialogue avec les nouvelles autorités soudanaises.

Mme URSULA MUELLER, Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, a indiqué que bien avant les derniers développements au Soudan, les besoins humanitaires au Darfour et dans d’autres parties du pays avaient déjà augmenté à cause de la crise économique.  L’impact des derniers développements sur les opérations humanitaires a été jusqu’ici limité, s’est réjouie Mme Mueller, tout en se disant préoccupée par la protection des civils, en particulier au Darfour où les affrontements localisés se poursuivent.  Les informations sur des cas de violence impliquant des déplacés, dont certains ont perdu la vie le 13 avril dernier dans le camp de Kalma au Sud-Darfour, sont alarmants.

La crise économique, a-t-elle insisté, a un impact considérable sur les besoins et les opérations humanitaires.  Le Programme alimentaire mondial (PAM) indique par exemple que le prix du sorgo a augmenté de 70% par rapport à la même période l’année dernière.  Quelque 5,8 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire contre 3,8 millions l’année dernière.  Ces chiffres incluent 1,9 million de personnes au Darfour et, avec le début de la saison sèche en mai, ils devraient augmenter.  La pénurie de produits importés a également eu un impact sur les services de santé et autres.  Selon la Banque centrale du Soudan, l’importation de médicaments a chuté d’un tiers en 2018 par rapport à 2017.  La pénurie et les prix élevés des produits alimentaires ont aussi aggravé la situation de la population, certaines personnes se tournant vers des « mécanismes négatifs d’adaptation ».  Moins d’enfants vont à l’école dans une situation qui pèse particulièrement sur les femmes et les personnes âgées puisque que la nourriture est donnée d’abord aux enfants, a-t-elle notamment expliqué. 

Le Soudan, a souligné la Coordonnatrice des secours d’urgence, compte toujours 1,9 million de personnes déplacées dont 1,6 million au Darfour où des centaines de milliers de gens souffrent de malnutrition aigüe et où moins de la moitié de la population a accès à l’eau potable.  Le PAM alerte qu’une proportion de plus en plus grande de déplacés et de réfugiés n’a plus de quoi se nourrir.  En conséquence, le Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF) a débloqué, la semaine dernière, une somme de 26,5 millions de dollars alors que le Fonds humanitaire pour le Soudan a fourni une somme supplémentaire de plus de 20 millions de dollars.  La Coordonnatrice des secours d’urgence a précisé que la communauté humanitaire demande une somme de 1,1 milliard de dollars pour aider 4,4 millions des personnes les plus vulnérables dont 2,4 millions au Darfour.  Elle a appelé toutes les parties soudanaises à faciliter l’accès humanitaire et le Gouvernement à prendre des mesures pour améliorer les conditions de travail des organisations humanitaires, en particulier en levant les obstacles bureaucratiques à leur libre circulation et en facilitant des évaluations impartiales des besoins et les activités de protection.

M. NIELS ANNEN, Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, a considéré qu’il n’était pas possible de parler de la situation au Darfour « en dehors du contexte actuel ».  Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à des développements significatifs à Khartoum et dans le reste du Soudan, a-t-il rappelé.  « Personnellement, je suis impressionné par la volonté et la détermination du peuple soudanais à se mobiliser pacifiquement pour un avenir meilleur », a déclaré le Chef de la diplomatie allemande, qui a salué la déclaration de l’Union africaine, laquelle souligne l’impératif d’une « transition politique de consensus et menée par les civils au Soudan ».  Nous devons maintenant examiner de près de quelle manière les évènements en cours à Khartoum influencent la situation au Darfour, a recommandé M. Annen, qui a déploré les récents affrontements dans des camps de personnes déplacées dans la région, où plusieurs d’entre elles ont trouvé la mort.  Il a également dénoncé les informations indiquant que des violences sexuelles et sexistes y auraient été perpétrées, y compris par des éléments gouvernementaux.  Nous devons trouver des solutions durables au sort de près de deux millions de personnes déplacées au Darfour, a insisté le Ministre.

Celui-ci s’est ensuite dit préoccupé de l’insuffisance de l’accès des victimes à la justice, et du manque de contrôle du secteur de la sécurité, imputables selon lui à une gouvernance très faible, ainsi que des violations répétées des droits de l’homme.  « Des facteurs additionnels tels que les changements climatiques exacerbent les tensions parmi les populations locales, et compromettent le développement et la création d’opportunités économiques.  Les terres demeurent l’une des problématiques persistantes », a poursuivi M. Annen.  Par conséquent, le processus de transition du maintien de la paix à la consolidation de la paix revêt une importance cruciale, a-t-il analysé, en estimant qu’une priorité doit être accordée à deux éléments.  Tout d’abord, nous devons faire tout notre possible pour que la MINUAD s’acquitte pleinement de son mandat dans les domaines de la médiation, du maintien de la paix et de la consolidation de la paix.  « Nous pensons que la Mission a fait des progrès en travaillant au renforcement des capacités dans les domaines de l’état de droit et des droits de l’homme, et dans la recherche de solutions au problème des personnes déplacées et des communautés d’accueil, et nous devons veiller à ce que cet élan se maintienne », a plaidé le Ministre.

Par ailleurs, l’Allemagne est convaincue que la transition doit être couronnée de succès, et qu’il faut compter pour cela sur une relation collaborative entre les autorités soudanaises décisionnaires, la communauté internationale, et l’ONU.  « Il doit s’agir d’un partenariat fondé sur la confiance mutuelle et avec pour objectif la consolidation de la paix au Darfour », a précisé le Ministre.  Dès lors, nos conversations avec le Soudan doivent porter aussi sur les obstacles qui se posent au fonctionnement de la MINUAD, tels que les entraves aux mouvements de ses personnels, ainsi que sur le renforcement des institutions d’état de droit.  Mais, alors que les choses évoluent à Khartoum, nous n’avons pas à l’heure actuelle d’interlocuteur soudanais avec lequel engager ce dialogue important, s’est-il inquiété.  « C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas isoler les développements politiques dans la capitale de notre travail conjoint sur la MINUAD.  Nous devons regarder de près les calendriers fixés.  Les échéances artificielles ne contribuent pas à aider le peuple du Darfour, et les suivre aveuglément mettrait en péril les investissements que nous avons consentis en tant que membres du Conseil », a expliqué le Ministre.  « Nos décisions futures doivent être informées par les développements sur le terrain, et non par des questions budgétaires », a-t-il tranché, en se disant impatient de prendre connaissance des propositions du Secrétariat en ce sens.  Et une fois que la MINUAD se sera retirée, l’ONU devra maintenir une présence forte au Darfour, a-t-il argué.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) s’est félicité du « courage » démontré par le peuple soudanais, qui a abouti à la chute d’un régime « brutal » en place depuis 30 ans.  Les autorités doivent protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales des citoyens soudanais, et cultiver une relation de confiance avec eux mais aussi la communauté internationale, a-t-il exhorté, avant de plaider pour une transition politique inclusive.  Celle-ci devra donc faire aux femmes, qui ont largement contribué à la mobilisation actuelle, la place qu’elles méritent, a estimé le représentant.  Les évolutions les plus récentes sont à mettre en relation avec les informations faisant état d’affrontements entre l’armée soudanaise et les personnes déplacées au Darfour, a poursuivi le délégué, ce qui l’a conduit à poser à M. Mamabolo la question suivante: « quelle a été la réponse des unités de police constituées qui se trouvaient sur place? »  Pour lui, il faut réfléchir dès à présent à l’après-MINUAD, et de quelle manière l’ONU et l’Union africaine pourraient maintenir sur place une présence décisive.

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) s’est félicité du maintien de la stabilité au Darfour, à l’exception des affrontements dans le Jebel Marra et des affrontements intercommunautaires dans le Darfour occidental, central et septentrional.  Le représentant s’est toutefois dit préoccupé par les incidents « de nature criminelle » à l’encontre des populations de déplacés et par les atteintes sexuelles contre les femmes et les filles attribuées à du personnel militaire.  Il a également fait part de son inquiétude face aux évènements récents à Khartoum et à l’incertitude qui en découle.  « Comme c’est souvent le cas dans ce type de situation, il y a un coût humain important », a regretté le représentant, citant notamment des cas d’exécutions sommaires de médecins venant en aide aux manifestants.  Dans ce contexte, le représentant a appelé au calme et a exhorté les parties à jeter les bases d’une transition politique pacifique, capable d’aboutir à une solution de consensus incluant toutes les composantes de la société soudanaise, dont les femmes.

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a observé que, ces derniers jours, nous avons assisté à une série d’événements dramatiques et significatifs au Soudan.  « Cependant, les revendications des Soudanais pour un gouvernement représentatif n’ont pas encore été satisfaites et la situation reste tendue.  Les manifestants et les groupes d’opposition appellent à une transition rapide vers une autorité civile.  L’Union africaine a annoncé le 15 avril qu’elle exclurait le Soudan si la transition n’était pas effectuée dans les 15 jours », a relaté le représentant.  Pour lui, la première étape consiste à mettre en place un nouvel organe de transition représentatif comptant avec la participation des civils.  Il s’est ensuite dit préoccupé de l’impact des événements à Khartoum sur la sécurité et la stabilité du Darfour, en faisant référence à l’attaque meurtrière de samedi dernier contre un camp de personnes déplacées.  En outre, les États-Unis se sont dits profondément préoccupés par l’intensification de la violence entre les Forces armées soudanaises et la faction Armée de libération du Soudan/Abdul Wahid, et par le nombre croissant de crimes parmi les personnes déplacées et les civils.

Cette violence aggravée a empêché les acteurs humanitaires d’accéder aux plus vulnérables pour fournir des services et une assistance vitaux, a déploré le représentant, qui a constaté qu’elle a également empêché les Casques bleus de l’ONU d’effectuer d’importantes patrouilles de prévention et d’intervention.  Le rapport conjoint ONU-UA sur l’avenir de la MINUAD, qui doit paraître en mai, sera l’occasion de fournir un ensemble de critères hiérarchisés tout en recommandant les voies à suivre pour la Mission, a dit M. Cohen.  Même avec les événements importants, le Gouvernement et les parties devraient faire des progrès mesurables et durables, en particulier démontrer leur capacité à protéger le peuple du Darfour et à s’attaquer aux causes profondes du conflit.  En l’absence de tels progrès, « les États-Unis appuient le Conseil dans son examen de toutes les options alors que nous cherchons à instaurer une paix et une stabilité à long terme au Darfour », a ajouté la délégation américaine.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a appelé à redoubler d’efforts pour continuer de réduire les effectifs de la MINUAD dans la perspective de son retrait en juin 2020, conformément à la résolution 2429 (2018).

Concernant l’avenir du Darfour, le représentant a appelé la communauté internationale, notamment l’ONU et l’Union africaine (UA), à dissiper ses divergences afin de faire preuve d’unité.  Il a estimé qu’il serait « injuste » pour la population du Darfour que les évènements actuels entraînent un retour en arrière, suite aux progrès accomplis ces dernières années.  Le représentant a donc appelé à privilégier l’intérêt national du Soudan et a exhorté les parties prenantes à faire en sorte que la souveraineté et l’intégrité du pays soient préservées.  « Aucune partie ne devrait faire preuve d’ingérence dans les affaires intérieures du Soudan », a mis en garde le représentant.  « Nous devons simplement nous en tenir aux situations à l’ordre du jour », a-t-il martelé, appelant à ne pas laisser les évènements récents créer des situations supplémentaires pour le Conseil. 

Revenant sur la situation politique à Khartoum et ses conséquences sur le Darfour, Mme ANNE GUEGUEN (France) a appelé à la formation d’un gouvernement de transition civil ayant pour objectif de réenclencher un processus démocratique et de permettre la tenue d’élections dans les plus brefs délais.  Seule une procédure crédible et inclusive permettra de répondre aux aspirations du peuple soudanais et de conduire le pays aux réformes politiques et économiques nécessaires, a-t-elle insisté.  La France, a-t-elle dit, prend acte de l’engagement du Conseil militaire de transition à mener un dialogue avec l’opposition en vue de former un gouvernement de transition civil et encourage toutes les parties à dialoguer dans un esprit d’apaisement et de consensus, et à faire preuve de retenue afin d’éviter les violences.  Les crimes très graves commis au Soudan, en particulier au Darfour, ne doivent pas rester impunis, a ajouté la représentante, en rappelant l’obligation de coopérer avec la Cour pénale internationale, conformément à la résolution 1593 (2005).

Dans ce contexte de transition, la stabilité du Darfour doit être préservée, a-t-elle souligné, « inquiète » des incidents recensés depuis la semaine dernière.  Nous devons, a-t-elle dit, veiller ensemble à ce que les changements en cours ne ravivent pas le conflit au Darfour.  Il est donc important que soit rapidement mise en place une autorité de transition civile, « reconnue par la communauté internationale », qui puisse être un interlocuteur « fiable et responsable » pour la MINUAD comme pour les parties au conflit. 

La représentante a salué la mission confiée par le Secrétaire général à son Conseiller spécial, M. Nicholas Haysom.  Allant plus loin, elle a pronostiqué que les changements en cours au Soudan pourraient offrir une opportunité de relancer le processus de paix.  Elle a appelé les futures autorités et tous les groupes armés à saisir cette opportunité et à s’engager de bonne foi dans le processus de paix.  Elle a aussi jugé essentiel que les nouvelles autorités facilitent l’accès humanitaire, fassent cesser les restrictions de mouvement que subit la MINUAD et créent les conditions pour un retour digne, sûr et volontaire des près de deux millions de déplacés.

La situation au Soudan, a-t-elle conclu, nous impose la prudence quant au calendrier de retrait de la Mission.  Il faut, s’est-elle expliquée, attendre que la situation, notamment institutionnelle, se stabilise.  Le retrait de la MINUAD étant essentiellement un transfert de responsabilités, il faut attendre que de nouvelles autorités soient désignées pour engager avec elles un dialogue concernant le retrait de la Mission.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a appelé à organiser dans un délai raisonnable des élections démocratiques au Soudan et à jeter, d’ici là, les bases d’une transition démocratique dans le pays.  De ce point de vue, le représentant a regretté que les progrès enregistrés en décembre 2018 au Darfour puissent subir les retombées de la crise politique nationale, comme en témoignent selon lui les heurts récents entre réfugiés et manifestants.  Le représentant a également regretté que l’Armée de libération du Soudan-faction Minni Minawi (ALS-MM) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE-faction Gibril Ibrahim) se soient retirés des pourparlers prévus avec le Gouvernement en janvier 2019.  Il a également déploré l’annonce par la coalition Appel du Soudan qu’elle se retirait de l’Accord relatif à la feuille de route pour la fin des conflits au Soudan, proposée par le Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine et signé avec le Gouvernement soudanais en 2016.  Face à cette « conjoncture politique complexe », le représentant a jugé nécessaire de reprendre la voie des accords conclus et de mettre un terme aux violences, dans le but de régler les questions en suspens par le biais du dialogue.

M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) a estimé que les récents développements de la situation politique au Soudan ouvrent « une période d’incertitudes préoccupante ».  Il a exhorté les autorités militaires à ne ménager aucun effort pour préserver la paix et la stabilité et à engager au plus vite des consultations inclusives avec toutes les forces vives pour trouver des solutions consensuelles et satisfaisantes aux aspirations profondes du peuple soudanais.  Cet appel, a-t-il souligné, fait écho à la déclaration du 15 avril dernier du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine qui enjoint l’armée soudanaise de procéder, dans les meilleurs délais, au transfert du pouvoir aux personnalités civiles et politiques compétentes.

Quant au Darfour, le représentant s’est dit convaincu que la sortie de crise est conditionnée par la mise en œuvre d’un processus politique inclusif impliquant tous les protagonistes, y compris les mouvements non signataires de l’Accord de Doha.  Il s’est donc dit préoccupé par le fait que certains de ces mouvements aient quitté les négociations de paix.  Il s’est aussi préoccupé de ce que l’alliance « Appel du Soudan » se soit désengagée de l’Accord relatif à la feuille de route proposée par le Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine, pour manifester son mécontentement sur la manière dont le Gouvernement répondait aux protestations populaires.  Le représentant a appelé les nouvelles autorités à œuvrer à la préservation des acquis du processus de paix au Darfour.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a expliqué que la situation au Darfour doit se lire dans le contexte soudanais et ne peut en être isolée.  Selon lui, un processus consultatif et inclusif impliquant tous les acteurs politiques et parties prenantes devra garantir une transition consensuelle dirigée par les civils et aboutir, le plus rapidement possible, à des élections libres, justes et transparentes.  La situation au Darfour, a-t-il insisté, a indéniablement un impact sur la question du Darfour et le processus de paix, que le Conseil devra suivre de près, en évaluant la manière dont elle influe sur le processus de retrait et de sortie de la MINUAD.  « Une approche prudente d’un retrait soigneusement accompagné s’impose, garantissant une présence suffisante des Nations Unies au Darfour », a préconisé le délégué.  Il a également mis l’accent sur la lutte contre l’impunité, qui est au cœur des demandes des manifestants, rappelant que toutes les parties au conflit au Darfour ont l’obligation de coopérer pleinement avec la CPI et son Procureur. 

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a espéré que les développements à Khartoum n’affecteront pas les progrès enregistrés dans le processus de paix au Darfour.  Il est important, a-t-il insisté, que la communauté internationale continue d’appuyer la mise en œuvre du Document de Doha et d’aider les déplacés, en se concentrant sur la prévention de la violence sexuelle.  La MINUAD, a-t-il ajouté, doit poursuivre sa mission et son processus de retrait pour pouvoir passer de l’appui humanitaire à la reconstruction et au développement de la région du Darfour.  Nous, la communauté internationale, a estimé le représentant en parlant des derniers développements au Soudan, devrions nous mettre derrière le peuple soudanais.  Il a rappelé le Communiqué que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a publié le 15 avril dernier et jugé important que le Conseil de sécurité permette au Secrétaire général d’aider l’Union africaine à résoudre la crise soudanaise par des moyens pacifiques.  La satisfaction des besoins socioéconomiques des Soudanais sera essentielle puisque ce sont ces besoins qui sont à l’origine de l’impasse actuelle.  Quant à l’établissement des responsabilités, le représentant a voulu que l’on laisse aux Soudanais la liberté d’actionner leurs propres mécanismes et de tracer eux-mêmes la voie de leur avenir.

M. MARIUSZ LEWICKI (Pologne) a appuyé les aspirations légitimes du peuple soudanais à une transition politique pacifique, ainsi que l’appel de l’Union africaine (UA) à une transition sans heurt du pouvoir militaire à des institutions civiles.  Au Darfour, a-t-il poursuivi, la protection des civils et la promotion de la réconciliation intercommunautaire devraient demeurer les principales priorités.

Nous sommes conscients que les progrès réalisés risquent de subir des revers à la suite des évènements politiques nationaux, a regretté le représentant.  Il s’est notamment dit préoccupé par la situation dans le Jebel Marra, où les affrontements entre les Forces armées soudanaises et l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS-AW) se poursuivent.  Dans ce cadre, le représentant a jugé qu’il faudrait réfléchir à un engagement de la communauté internationale au Darfour, dans la perspective du retrait futur de la MINUAD de la zone. 

Il ne saurait y avoir de solution au conflit autre que politique, a en outre insisté le représentant, regrettant l’impasse du processus politique actuel.  Il a également appelé à ne pas ignorer la situation humanitaire difficile au Darfour, exacerbée selon lui par les conditions macroéconomiques difficiles dans le pays.  Dans ce cadre, le représentant a appelé le Conseil à « suivre de près » l’impact d’une réduction des effectifs de la Mission sur le terrain, en vue de s’assurer que les acquis ne soient pas remis en cause.

« Très franchement, après les interventions de certains membres du Conseil de sécurité, on a l’impression d’assister à une interprétation erronée de la situation, a déclaré M. ALEXANDER A. POLYANSKIY (Fédération de Russie), qui a indiqué que le Conseil n’est pas habilité à se mêler aux processus politiques en cours et à s’ingérer dans les affaires internes des États.  Il a estimé que la situation au Darfour « se maintient » et est « assez stable ».  Compte tenu de la dynamique positive en cours dans la région, le retrait graduel de la composante militaire de la MINUAD se poursuit, conformément à la résolution 2429 (2018) du Conseil de sécurité, a-t-il aussi noté.  Le représentant a estimé qu’il est temps de passer à la phase de consolidation de la paix, avant de rappeler aux bailleurs de fonds qu’ils doivent s’acquitter de leurs obligations financières.  Sa délégation préconise également d’alléger les sanctions imposées par le Conseil de sécurité au Soudan, ce qui devrait, a-t-il argué, considérablement améliorer la situation des populations civiles au Darfour.  La Fédération de Russie s’est ensuite désolée que l’opposition armée « la plus radicale » continue de déstabiliser le processus de paix et de susciter la violence au Darfour.  Elle a regretté que le Secrétariat se contente de lancer des « appels vagues », et le fait qu’il « flirte avec l’opposition », qui devrait être, selon la délégation russe, contrainte de « formuler des propositions plus concrètes ».

Dans le contexte du retrait de la MINUAD, M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a jugé impératif de promouvoir davantage de progrès dans le processus de paix au Darfour, qui, a-t-il relevé, n’a pas connu d’avancées significatives ces derniers mois.  À l’inverse, le représentant a trouvé préoccupante la persistance d’affrontements dans la zone, notamment dans le Jebel Marra.  Il s’est toutefois félicité du maintien du cessez-le-feu à l’échelle nationale.

Le représentant a estimé que la communauté internationale devait rester impliquée au Darfour, tout en permettant au Soudan d’assumer ses responsabilités dans la zone, alors que la Mission continue de diminuer ses effectifs.  Face à la crise économique actuelle au Soudan, le représentant a appelé la communauté internationale à continuer d’apporter une assistance humanitaire cruciale au pays.

M. Syihab a par ailleurs réaffirmé le principe de l’intégrité territoriale du Soudan et de la non-ingérence dans ses affaires intérieures.  Après des années de conflits, les Darfouriens méritent paix et stabilité, a-t-il dit, appelant à travailler de concert pour préserver les acquis.  « Toutes les parties prenantes doivent faire preuve de calme et de retenue », a-t-il insisté.

M. WU HAITAO (Chine) a estimé que la situation s’était stabilisée au Darfour et que la communauté internationale doit continuer de soutenir les processus politiques en cours, pour ensuite engager les groupes armés à s’abstenir de toute violence et à revenir à la table des négociations.  Le retour des personnes déplacées est très important, a ajouté le représentant, qui s’est félicité de l’aide apportée en ce sens par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Après avoir salué le travail accompli par la MINUAD, le représentant a rappelé que la communauté internationale doit respecter le principe de non-ingérence dans les affaires internes des États.

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a constaté que le processus de stabilisation du Darfour progresse, notant qu’aucun incident de violence « grave » n’avait été enregistré au cours des derniers mois.  Il s’est cependant préoccupé de la persistance de la violence au Jebel Marra.  Tournant son attention sur la situation politique actuelle, il a considéré que la nomination au pouvoir d’Abdel Fattah al Burhan Abdelrahmane est une prise de position en faveur du peuple.  Il a rappelé au Conseil militaire de transition son engagement à protéger la sécurité des citoyens et la stabilité du pays, pour ensuite saluer la décision, par la Conseil militaire de transition de lancer un dialogue afin d’examiner la création d’un gouvernement civil.

M. Ndong Mba a par ailleurs déploré la lenteur du processus politique pour assurer la paix au Darfour, et a appelé à résoudre les violences liées aux différends territoriaux par la médiation et des efforts de réconciliation.  Il a aussi insisté sur l’importance du programme de collecte des armes de la MINUAD.  Revenant à la situation politique, il a appelé la communauté internationale à accorder une marge de confiance au Conseil militaire de transition.

M. YASIR ABDELSALAM (Soudan) s’est félicité de l’amélioration de la situation dans l’ensemble du Darfour, à l’exception du secteur du Jebel Marra toujours placé sous le contrôle de l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS-AW).  Il a considéré que certains passages du rapport sont « caducs » en raison de la « glorieuse révolution » du peuple soudanais en cours.  Le représentant a réitéré l’engagement du Soudan à mettre en œuvre tous les engagements que le pays avait pris vis-à-vis de la MINUAD, tout en soulignant son attachement au respect de l’échéancier de retrait de l’Opération, prévu en juin 2020.  M. Abdelsalam a salué les efforts soutenus visant à « parachever » le processus de paix et l’« aube naissante » qui préside à la consolidation de la paix.  Remerciant la MINUAD de tout ce qu’elle a accompli dans différents domaines, le délégué a rendu hommage au sacrifice consenti par les Casques bleus et réitéré l’intention de son pays de coopérer avec la MINUAD « jusqu’à ce qu’elle quitte son pays ».  Par ailleurs, a-t-il poursuivi, « ce qui se passe au Soudan est une affaire interne et nous ne pensons pas qu’il y a là la moindre justification à discuter de cette situation au Conseil ».  Le Secrétariat de l’ONU devrait à cet égard « s’en tenir » à ce qui relève de son mandat au moment de préparer ses futurs rapports, a-t-il recommandé.  « La révolution soudanaise est une révolution pacifique pour parvenir au changement que les Soudanais appellent de leurs vœux », a ajouté le représentant en conclusion.

En réponse à la question du Royaume-Uni sur les évènements dans le camp de Kalma, M. Mamabolo, Représentant spécial conjoint et Chef de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), a indiqué que celle-ci avait déployé trois unités de police sur place, composées de personnels provenant du Pakistan, du Bangladesh et du Burkina Faso.  À la suite des incidents entre des fidèles d’Abdul Wahid et leurs opposants dans le camp, a-t-il dit, nous nous sommes rendus sur place et avons porté secours aux personnes blessées.  Nous avons également évacué les cadavres des victimes, pris contact avec les dirigeants communautaires et créé une zone tampon entre les différentes communautés.

En réponse à la question de l’Afrique du Sud sur une révision éventuelle du calendrier de retrait de la MINUAD, M. Mamabolo a indiqué que la MINUAD s’en tenait strictement à la mise en œuvre de la résolution 2429 (2018), qui stipule que la Mission doit quitter le Darfour d’ici à juin 2020.  « Nous agissons en vertu des décisions prises par le Conseil de sécurité s’agissant de notre stratégie de sortie », a-t-il insisté, ajoutant qu’il reviendrait au Conseil de prendre les décisions qui s’imposent à l’expiration du mandat actuel de la MINUAD, en juin 2019.

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