Conseil de sécurité: malgré des progrès, l’Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs appelle les pays à coopérer pour neutraliser les forces négatives

CS/13748
26 mars 2019
8491e séance – après-midi

Conseil de sécurité: malgré des progrès, l’Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs appelle les pays à coopérer pour neutraliser les forces négatives

L’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, M. Said Djinnit, a averti, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, qu’en dépit de l’évolution positive dans la région, en raison notamment de la passation pacifique du pouvoir en République démocratique du Congo (RDC), la présence continue de forces négatives dans l’est de ce pays perpétue l’insécurité et la mésentente entre certains pays. 

« Des allégations de soutien de gouvernements de la région à de tels groupes et d’interférences transfrontalières ont continué de menacer les relations cordiales et la stabilité », a mis en garde le haut fonctionnaire, qui a aussi cité l’exploitation et le commerce illicites continus de ressources naturelles et la réémergence de tensions entre certains États.  Un constat et des préoccupations partagés par l’ensemble des délégations.

Intervenant pour la dernière fois devant le Conseil de sécurité, M. Djinnit a salué l’évolution positive que la région a connue dernièrement, en particulier la tenue d’élections pacifiques en RDC, la signature de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud sous les auspices de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), et l’accord de paix entre le Gouvernement de la République centrafricaine (RCA) et 14 groupes armés facilité par l’Initiative africaine pour la paix et la réconciliation de l’Union africaine. 

Il a aussi fait le point sur certaines initiatives importantes que son Bureau a menées « avec détermination » au cours de la période considérée, en collaboration avec les autres garants de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région.

Ainsi, la question de la présence de combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans des camps de transit en RDC a été résolue, s’est félicité le haut fonctionnaire, qui y a vu la preuve que des progrès peuvent être accomplis sur les questions les plus anciennes quand les dirigeants de la région font preuve de volonté politique. 

Ensuite, au cours de la neuvième réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi, ces mêmes dirigeants ont souligné qu’il fallait coopérer plus étroitement pour neutraliser les forces qui déstabilisent la région. 

M. Djinnit a présenté les priorités que doivent faire leurs les États signataires de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération, à commencer par le renforcement de l’appropriation régionale de la mise en œuvre de cet instrument.  Si les représentants de la Fédération de Russie et de la Chine n’ont pas manqué de réitérer l’importance de trouver « des solutions africaines aux problèmes africains », leur homologue de la Côte d’Ivoire a, pour sa part, appelé la communauté internationale à accroître son appui aux États de la région des Grands Lacs, en vue de la mise en œuvre intégrale de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, « indispensable », selon lui, à la restauration de la paix et de la stabilité dans cette région.

« Cet accord devrait opérer comme un catalyseur d’action, mais il ne fonctionne pas à un niveau optimisé actuellement », a déploré la France qui s’est inquiété des tensions persistantes entre signataires, exacerbées par la menace posée par les groupes armés, et le préjudice causé par la poursuite de l’exploitation illégale et du trafic des ressources naturelles. 

La relation de la RDC à son environnement régional est au cœur de la dynamique de l’Accord-cadre, a résumé le délégué de la France.  Constatant que le souhait exprimé par le Président Tshisekedi de se rapprocher de ses voisins s’inscrit dans une logique de normalisation des relations entre les pays des Grands Lacs, le représentant a souligné que la solution aux tensions régionales passe non seulement par un dialogue politique soutenu entre les dirigeants régionaux, mais aussi une meilleure gestion partagée des ressources naturelles. 

Voyant dans l’élection du nouveau Président de la RDC l’espoir que « le statu quo de l’insécurité et de l’impunité » touche à sa fin, les États-Unis, a assuré leur représentant, sont d’ailleurs prêts à travailler avec le Gouvernement congolais pour saisir cette occasion, qui ne se présente qu’une fois par génération, « de remplacer le conflit par le commerce et d’aider à transformer de manière permanente la région des Grands Lacs en un hub interconnecté de prospérité ».

La Belgique a toutefois constaté que le niveau d’investissements transfrontaliers dans la région des Grands Lacs reste trop bas et que le secteur économique informel continue d’être omniprésent.  Aussi, la délégation s’est demandé comment l’Accord-cadre, « fut-ce dans une version modifiée », pourrait contribuer à une amélioration de cette situation.  L’Afrique du Sud a, de son côté, souligné que la stabilité est cruciale pour une bonne intégration économique et plaidé, à l’instar de plusieurs délégations dont la Chine, pour une gestion rigoureuse des ressources naturelles.

L’Indonésie s’est plus particulièrement préoccupée de la situation humanitaire, s’inquiétant du fait que le financement de l’aide soit de moins de 50% pour la région.  « On ne peut espérer une région pacifique des Grands Lacs sans fournir les moyens de l’aide », a fait observer la délégation.

Paraphrasant les propos du Président Tshisekedi, le représentant de la RDC a assuré que son gouvernement accordera la priorité à la consolidation de la paix régionale et « privilégiera une politique étrangère axée sur le bon voisinage et le dialogue constructif avec nos neuf voisins pour assumer notre part de responsabilité sur le plan de la stabilité régionale, notamment au sein de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ». 

« La région devrait saisir l’opportunité que lui offre l’ère nouvelle qui s’est ouverte dans mon pays pour asseoir la confiance entre les dirigeants de la région qui doivent se tourner vers l’avenir et œuvrer de manière à créer des relations susceptibles d’amener nos états vers la coopération régionale », a fait valoir la délégation.  Celle-ci, a-t-elle concouru, est plus que nécessaire pour réaliser la paix, la sécurité et le développement durable dans la région des Grands lacs.

Au titre des défis mentionnés, plusieurs intervenants, dont la Belgique, l’Allemagne et le Pérou, ont été d’avis que l’épidémie de maladie à virus Ebola dans l’est de la RDC pourrait, elle aussi, si elle n’est pas enrayée, nuire à la stabilité régionale.

LA SITUATION DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS

Rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région (S/2019/229)

Déclarations

M. SAID DJINNIT, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, a salué l’évolution positive que la région a connue dernièrement, en particulier la tenue d’élections pacifiques en République démocratique du Congo (RDC), la signature de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud sous les auspices de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), de même que celle de l’accord de paix entre le Gouvernement de la République centrafricaine et 14 groupes armés facilité par l’Initiative africaine pour la paix et la réconciliation de l’Union africaine.  Il a ensuite fait le point sur certaines initiatives importantes que son Bureau a menées « avec détermination » au cours de la période considérée, en collaboration avec les autres garants de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo (RDC) et la région. 

Tout d’abord, la question de la présence de combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans des camps de transit en RDC a été résolue, s’est félicité le haut fonctionnaire, en expliquant que 98 d’entre eux et leurs familles avaient été rapatriés au Rwanda, ainsi que 80 ex-M23 et leurs proches d’un camp en Ouganda.  Tous les camps des FDLR dans l’est de la RDC ont été fermés par les autorités congolaises et 1 634 de leurs éléments désarmés et leurs proches ont été rapatriés avec succès au Rwanda dans le cadre d’arrangements bilatéraux.  « Ceci montre les progrès qui peuvent être accomplis sur les questions les plus anciennes quand les dirigeants de la région font preuve de volonté politique », a-t-il déclaré. 

Ensuite, au cours du neuvième Sommet du Mécanisme régional de suivi, ces mêmes dirigeants ont souligné le besoin de renforcer les mécanismes de renforcement de la sécurité et de la confiance en place et de réfléchir à des moyens de resserrer encore davantage les liens de l’amitié et de la coopération.  De plus, lors de consultations intensives avec toutes les parties prenantes, l’Envoyé spécial a souligné l’urgence de répondre à la crise prolongée des réfugiés et de promouvoir une approche régionale commune autour de cette question.  « Ces efforts ont culminé avec la tenue d’une réunion ministérielle le 7 mars, que j’ai coprésidée aux côtés du Premier Ministre de l’Ouganda et du Secrétaire exécutif de la Conférence Internationale sur la région des Grands Lacs », a-t-il indiqué, en précisant que les ministres présents étaient tombés d’accord sur la nécessité de se pencher sur les causes profondes des déplacements forcés de populations. 

Pour sa dernière intervention au Conseil en sa qualité d’Envoyé spécial, M. Djinnit a dressé le bilan de son action et des progrès accomplis par la région au cours de son mandat.  « Néanmoins, la présence continue de forces négatives dans l’est du pays perpétue l’insécurité et la mésentente entre certains pays.  Des allégations de soutien de gouvernements de la région à de tels groupes et d’interférences transfrontalières ont continué de menacer les relations cordiales et la stabilité », a mis en garde le haut fonctionnaire.  S’y mêlent l’exploitation et le commerce illicites continus de ressources naturelles et la réémergence de tensions entre certains États, a-t-il encore noté.  « Ces questions exigent une attention constante », a-t-il déclaré, en soulignant que la coopération doit prévaloir pour neutraliser les forces négatives qui opèrent dans l’est de la RDC et faire des ressources naturelles des « vecteurs de prospérité naturelle ». 

M. Djinnit a ensuite présenté les priorités que doivent faire leurs les États signataires de l’Accord-cadre, à commencer par le renforcement de l’appropriation régionale de la mise en œuvre de cet instrument.  L’Envoyé spécial a souligné l’importance de tenir les sommets du Mécanisme régional de suivi dans la région des Grands Lacs même, selon une rotation entre pays.  Ensuite, il faut continuer de mettre l’accent sur le besoin de renforcer la coopération contre les forces négatives et la confiance entre les pays eux-mêmes, a préconisé M. Djinnit.  Puis il a souligné la nécessité de promouvoir la cohésion régionale et l’attention de la communauté internationale sur les situations en RDC et au Burundi.  Par ailleurs, la participation des femmes aux processus de paix et politiques doit être à l’avant-garde des efforts de plaidoyer, a argué le haut fonctionnaire.  Il faut en outre tenir un dialogue politique sur la manière de transformer les ressources naturelles en véhicules de prospérité commune, et encourager par ailleurs la promotion d’une culture de l’état de droit et de respect des droits de l’homme, a-t-il ajouté.

Déclarant que l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération reste la pierre angulaire de la stabilité régionale, M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a salué les progrès enregistrés dans la mise en œuvre de ce document, dans le respect de la souveraineté nationale et du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays, et dans le cadre du renforcement des mesures de confiance.  La situation reste toutefois tendue, a-t-il noté en appuyant la désignation du nouvel Envoyé spécial du Secrétaire général.  D’après le représentant, il est indispensable de stabiliser la situation en RDC, où il a observé un regain des activités des combattants des pays voisins dans l’est du pays.  Préoccupé par l’épidémie de fièvre Ebola, il a également annoncé que la Russie enverrait des vaccins aux Congolais. 

Préoccupé par la situation humanitaire complexe dans la région, M. Polyanskiy s’est dit encouragé par des signes positifs dans le règlement des problèmes des réfugiés, et, à cet égard, il a salué les mesures mises en œuvre pour harmoniser les stratégies nationales.  Il a espéré que les antagonismes qui perdurent entre les dirigeants des pays de la région n’auront pas d’impact sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre et réitéré l’importance de l’approche « des solutions africaines aux problèmes africains ». 

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a constaté que l’Accord-cadre avait permis de rétablir la confiance dans la région et a souligné que celui-ci demeure toujours pertinent.  L’élection du nouveau Président de la RDC est l’espoir que « le statu quo de l’insécurité et de l’impunité » touche à sa fin.  Il s’est également félicité de l’annonce du Président Tshisekedi au sujet des principaux engagements congolais découlant de l’Accord-cadre, notamment en matière de réforme du secteur sécuritaire, de consolidation de l’autorité de l’États et de développement économique.  Les États-Unis sont prêts à travailler avec le Gouvernement de la RDC pour saisir cette occasion, qui ne se présente qu’une fois par génération, de remplacer le conflit par le commerce et d’aider à transformer de manière permanente la région des Grands lacs en un hub interconnecté de prospérité.

Après avoir appelé les dirigeants régionaux qui sont parties à l’Accord-cadre à honorer leurs engagements, le délégué a appelé les pays de la région à resserrer leur emprise sur les acteurs déstabilisateurs.  Il a ensuite souligné la nécessité de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures d’un pays.  Le délégué a salué l’accord conclu entre l’Ouganda et la RDC créant des patrouilles conjointes.  Enfin, le représentant a déclaré qu’il existe une chance unique pour instaurer la paix et la stabilité.  Cette chance doit être saisie, a conclu M. Cohen. 

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a constaté que la situation générale dans les Grands Lacs reste complexe.  Au niveau sécuritaire, a-t-il noté, le progrès acquis dans le cadre du programme désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) ne peut pas obscurcir le fait que le nombre des incidents transfrontaliers augmente, particulièrement par rapport au Burundi, mais également entre le Rwanda et l’Ouganda.  L’élimination de la menace de certaines forces négatives continue à nécessiter une approche intégrée et régionale et un engagement politique fort des gouvernements de la RDC et de la région, a-t-il estimé.  La Belgique espère aussi que les futures élections présidentielle et législatives au Burundi seront crédibles, transparentes et inclusives. 

Le représentant s’est par ailleurs inquiété de la situation humanitaire dans la région des Grands Lacs, de l’épidémie d’Ebola et de la situation des droits de l’homme à Yumbi, en RDC.  Il a ensuite espéré que la nouvelle dynamique politique initiée par le Président Tshisekedi pourra contribuer à donner un nouvel élan à la mise en œuvre de l’Accord.

M. Pecsteen de Buytswerve a par ailleurs constaté que le niveau d’investissements transfrontaliers dans la région des Grands Lacs reste trop bas et que le secteur économique informel continue d’être omniprésent.  Il s’est demandé comment l’Accord-cadre, « fut-ce dans une version modifiée », pourrait contribuer à une amélioration de cette situation.  La Belgique saurait gré d’apprendre également comment la structure institutionnelle ainsi que le fonctionnement de l’Accord-cadre pourraient être améliorés à l’avenir.

M. STEPHEN HICKEY (Royaume-Uni) a salué les avancées récentes dans la région des Grands Lacs.  Il a apprécié en particulier l’accent mis sur la promotion de la participation des femmes à la vie politique et au processus de paix, sur la justice et la bonne gouvernance, ainsi que sur l’importance de combattre l’exploitation des ressources naturelles par des groupes armés.  En ce qui concerne la RDC, le représentant a loué la population qui a exercé pacifiquement son droit de voter lors des dernières élections; il a appelé toutes les parties prenantes dans ce pays à encourager un environnement politique plus ouvert et à régler les questions du sort des ex-combattants et des réfugiés. 

S’agissant de la RCA, M. Hickey a encouragé toutes les parties prenantes à envisager le rôle que pourraient jouer les différentes parties en vue de parvenir à un accord.  Il a préconisé un dialogue inclusif pour assurer la tenue d’élections libres au Burundi, dans l’esprit de l’Accord-cadre.  Enfin, il a rappelé l’importance, pour le successeur de l’Envoyé spécial du Secrétaire général, de dialoguer avec les dirigeants de la région, pour maintenir et renforcer les partenariats. 

Mme MCBRIDE (Afrique du Sud) a souligné la bonne mise en œuvre de l’Accord-cadre.  Elle a encouragé les gouvernements concernés de la région à achever le rapatriement des anciens combattants du M23, avant d’appeler à renforcer la lutte contre les groupes armés présents dans l’est de la RDC.  Elle a jugé encourageante la tenue pacifique des élections en RDC et s’est prononcée en faveur du renouvellement du mandat de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO).  La Mission devrait participer au renforcement de l’autorité de l’État sur tout le territoire, a-t-elle préconisé.  Elle a ensuite appuyé le dialogue interburundais et salué les efforts de médiation pour voir ce dialogue aboutir.  La stabilité est cruciale pour une bonne intégration économique, a-t-elle souligné.  La déléguée a ainsi souhaité une gestion rigoureuse des ressources naturelles et appuyé les différents projets d’infrastructures dans la région. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a indiqué que l’une des conditions préalables de la stabilisation de la région dans son ensemble est la conduite de processus électoraux crédibles et fiables.  Elle s’est ensuite dite préoccupée par les nombreuses violations des droits de l’homme commises dans la région, ainsi que par les tensions grandissantes entre les signataires de l’Accord-cadre.  Elle a ainsi évoqué les attaques qui se sont produites aux frontières de la RDC, du Rwanda et de l’Ouganda.  La déléguée a souligné la nécessité de remédier aux activités illégales transfrontalières, y voyant un élément essentiel de limitation des activités des groupes armés.  La faiblesse des institutions étatiques est l’une des causes profondes de la crise, a rappelé Mme Wronecka.  Enfin, la représentante de la Pologne a exhorté tous les signataires de l’Accord-cadre à s’acquitter de leurs engagements afin de mettre fin aux cycles de la violence. 

Préoccupé par la poursuite de la violence dans la région des Grands Lacs,  M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a réaffirmé l’importance de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour l’ensemble de ladite région, car il permet de rechercher des dynamiques communes.  Il a ainsi salué l’engagement positif des pays parties à cet Accord-cadre, qu’il s’agisse des élections récentes en RDC ou du dialogue interburundais, avec comme corollaire positif le renforcement de la confiance.  Le représentant a redit l’importance de la lutte contre l’impunité pour combattre les violations des droits de l’homme.  Préoccupé par la situation humanitaire, il a notamment salué les efforts déployés pour rapatrier les ex-combattants du Rwanda et préconisé d’adopter une approche régionale pour faire face à la crise du virus Ebola.  Enfin, il a encouragé la participation des femmes et des jeunes, sur la base d’une action coordonnée de la part du système des Nations Unies. 

M. JUERGEN SCHULZ (Allemagne) a exhorté le nouveau Président de la RDC à mettre en œuvre les réformes qu’il a promises, avant de se dire préoccupé par l’épidémie d’Ebola qui prévaut dans ce pays.  Le délégué a ensuite appuyé résolument le dialogue interburundais.  Le rapatriement des membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) de la RDC vers le Rwanda montre combien les défis peuvent être surmontés lorsque la région est unie, a-t-il déclaré.  Il a constaté que la situation demeure globalement volatile et a déploré la détérioration des relations entre le Rwanda et l’Ouganda.  Les pays de la région doivent coopérer pour éliminer les forces négatives.  Le délégué a enfin pointé le rétrécissement de l’espace politique dans la région, ainsi que les atteintes aux droits de l’homme.  Les violences sexuelles demeurent en outre préoccupantes, a ajouté le délégué de l’Allemagne. 

Mme AMPARO MELE COLIFA (Guinée équatoriale) a salué les développements positifs récents dans la région des Grands Lacs, le renforcement de la coopération et de la confiance, et l’appui de la communauté internationale à cet égard.  Elle s’est également félicitée du rôle des femmes en faveur de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération.  La représentante a toutefois condamné les activités des groupes armés illégaux étrangers et nationaux qui affectent la paix et la stabilité dans la région.  Saluant les bons offices de l’Envoyé spécial du Secrétaire général, elle a souligné l’importance que revêtent le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants et rappelé le vœu de l’Union africaine de mettre fin aux conflits sur le continent d’ici à 2020.  Mme Mele Colifa a ensuite souligné les efforts entrepris par les gouvernements de la région pour faire face à la situation humanitaire: 11,2 millions de personnes déplacées par la force, dont 7,2 millions dans leur propre pays et plus de 4 millions de réfugiés et demandeurs d’asile.  Les efforts de la communauté internationale, a-t-elle plaidé, doivent promouvoir la coopération régionale et l’intégration socioéconomique, que ce soit au Burundi, en RDC ou au Soudan du Sud.   

La stabilité de la région des Grands Lacs revêt une importance cruciale pour le continent, a rappelé M. WU HAITAO (Chine), en se félicitant des évolutions positives récentes et de la mise en œuvre de l’Accord-cadre, « ce qui prouve que les pays de la région peuvent trouver des solutions africaines aux problèmes africains par le biais de la coopération régionale ».  Cependant, a reconnu le représentant, la région reste confrontée à des défis pluridimensionnels.  Il a insisté sur l’importance d’œuvrer à sauvegarder la paix régionale dans le respect des objectifs et des principes de la Charte des Nations Unies, et en fournissant un appui à toutes les organisations régionales et sous-régionales.  Selon M. Wu, les Nations Unies devraient exploiter leur potentiel en matière de médiation, de consolidation de la paix et de bons offices.  Quant à la communauté internationale, elle doit renforcer son assistance aux pays de la région, y compris en ce qui concerne la gestion des ressources naturelles et le contrôle des frontières.  Il est également indispensable, selon lui, de traiter des causes profondes des conflits, et d’accroître les investissements dans la santé, l’éduction et la connectivité.  Pour sa part, a-t-il rappelé, la Chine a toujours aidé le continent, notamment dans les domaines de l’agriculture et des infrastructures. 

M. TIEMOKO MORIKO (Côte d’Ivoire) a pris note des signaux positifs et des progrès enregistrés dans les différents processus de paix en cours dans certains pays de la région des Grands Lacs, en proie à des crises récurrentes, notamment en RDC, en République centrafricaine et au Burundi.  Après la « bonne conduite » du processus électoral en RDC, la délégation exhorte les autorités congolaises à capitaliser sur cette avancée pour travailler davantage au renforcement de la stabilité du pays.

Le représentant a également salué la signature de l’accord de paix entre le Gouvernement de la RCA et 14 groupes armés, le 5 février 2019, et a appelé les parties centrafricaines à pleinement le mettre en œuvre.  En ce qui concerne le Burundi, le délégué s’est félicité de la décision du Président Nkurunziza de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2020 et de l’ouverture du champ politique burundais à un nouveau parti d’opposition.

Il n’en reste pas moins que la région des Grands Lacs demeure confrontée à des défis multiformes qui appellent une réponse collective, d’après le représentant, qui a notamment cité les activités des groupes armés illégaux en RDC et en RCA; les violences intercommunautaires en RDC; les affrontements au Soudan du Sud; la crise humanitaire et la résurgence d’Ebola en RDC.

La Côte d’Ivoire est d’avis que le renforcement de la coopération bilatérale et régionale permettra de lutter efficacement contre ces menaces à la paix et à la sécurité.  Dans cette perspective, elle fait siennes les conclusions de la neuvième réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi de l’Accord-cadre, recommandant une coopération plus étroite entre les États des Grands Lacs en vue de mettre fin aux activités des groupes armés qui déstabilisent la région.  Il a aussi appelé la communauté internationale à accroître son appui aux États de la région des Grands Lacs, en vue de la mise en œuvre intégrale de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, « indispensable », selon lui, à la restauration de la paix et de la stabilité dans cette région.

M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a relevé que la paix et la stabilité dans les Grands Lacs demeurent fragiles, s’inquiétant notamment des menaces posées par les groupes armés, de l’exploitation et du commerce illicites des ressources naturelles et de l’irruption d’Ebola en RDC.  Il a cependant salué la passation pacifique du pouvoir en RDC et la signature de l’Accord de paix global en République centrafricaine, y voyant une amélioration de la situation politique dans la région des Grands Lacs.

Le représentant a appelé à accorder la priorité à la situation humanitaire, s’inquiétant du fait que le financement de l’aide soit de moins de 50% pour la région.  On ne peut espérer une région pacifique des Grands Lacs sans fournir les moyens de l’aide, a-t-il souligné, pour ensuite appeler la communauté internationale à honorer ses engagements, notamment au travers de la Commission de consolidation de la paix et du Fonds pour la consolidation de la paix.  M. Syihab a aussi engagé le Conseil de sécurité à appuyer le travail des organisations régionales et des missions de l’ONU déployées sur le terrain.  Il a constaté que les pays de la région ont besoin d’aide pour faire face à la menace des groupes armés et promouvoir le désarmement, la démobilisation et la réintégration.  Les missions de l’ONU doivent intervenir davantage pour appuyer la réintégration des membres des groupes armés, a-t-il estimé.

M. JOSÉ MANUEL TRULLOLS YABRA (République dominicaine) a salué les évolutions positives observées dans la région des Grands Lacs, telles que la tenue pacifique des élections en RDC ou bien encore l’accord de paix signé en République centrafricaine.  Des avancées ont été accomplies s’agissant du rapatriement de combattants démobilisés et sur le plan de la coopération judiciaire.  Malgré ces progrès, la situation sécuritaire demeure fragile, en particulier dans l’est de la RDC, où des groupes armés sévissent, a-t-il dit.  Il a insisté sur la nécessité de tarir les ressources financières de ces groupes armés, en particulier celles découlant de l’exploitation des ressources naturelles.  Enfin, le délégué de la République dominicaine a condamné les violations des droits de l’homme commises dans la région et souhaité que les responsables soient traduits en justice. 

M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït) s’est félicité des avancées enregistrées dans la mise en œuvre de l’Accord-cadre depuis sa signature il y a six ans.  Il a apprécié le rôle du Mécanisme régional de suivi et appelé les États de la région à renforcer leur coopération pour relever les défis sécuritaires et lutter contre le trafic illégal des ressources naturelles.  Il a salué les signaux politiques positifs de ces derniers mois, en particulier avec les élections en RDC.  Il va sans dire que la stabilité politique et sécuritaire est un catalyseur pour le développement économique des États de la région, a-t-il commenté. 

La détérioration de la situation sécuritaire reste cependant une source de préoccupation, a regretté le représentant, déplorant les attaques de groupes armés dans l’est de la RDC.  Il a toutefois tenu à saluer la coopération entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda pour la réintégration des ex-combattants, ainsi que l’accord signé à Bangui, en RCA, le mois dernier, de même que l’accord revitalisé pour la paix au Soudan du Sud.  S’inquiétant de la situation humanitaire dans la région, qui a causé le déplacement de plus de sept millions de personnes, le représentant a rappelé le rôle important des pays de la région et du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour y remédier.  Il importe de se pencher sur les défis de la région de manière globale, a-t-il conclu, en conjuguant les efforts de développement avec les engagements de l’Accord-cadre. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a renouvelé l’attachement de sa délégation à la poursuite d’un dialogue de qualité entre l’ensemble des parties prenantes à la région des Grands Lacs, conforme à l’esprit de l’Accord-cadre.  En substance, a ajouté le représentant, cet accord devrait opérer comme un catalyseur d’action, mais il ne fonctionne pas à un niveau optimisé actuellement.  La France partage les préoccupations du Secrétaire général concernant les tensions persistantes entre signataires, exacerbées par la menace posée par les groupes armés, et le préjudice causé, en premier lieu aux communautés qui vivent sur ces territoires, par la poursuite de l’exploitation illégale et du trafic des ressources naturelles. 

En outre, a poursuivi M. Delattre, de nouvelles menaces sont apparues dans la région, qui nécessitent des réponses communes: épidémie d’Ebola, radicalisation de la jeunesse, dommages environnementaux liés à l’exploitation illégale des ressources naturelles.  Les moyens appropriés pour répondre collectivement à ces défis ne sont pas toujours disponibles, même si certains progrès ont été réalisés, s’est-il lamenté.  « Je pense notamment au manque de capacités juridiques et techniques régionales en appui aux douanes, à la police, à la coopération judiciaire en matière de lutte contre la traite et l’impunité », a-t-il énuméré. 

La relation de la RDC à son environnement régional est au cœur de la dynamique de l’Accord-cadre, a continué le délégué.  L’alternance politique en RDC, le souhait exprimé par le Président Tshisekedi de se rapprocher de ses voisins s’inscrivent dans une logique de normalisation des relations entre les pays des Grands Lacs, porteuse de développement.  La solution aux tensions régionales, a estimé M. Delattre, passe notamment par un dialogue politique soutenu entre les dirigeants régionaux mais aussi une meilleure gestion partagée des ressources naturelles.  Un développement concerté du secteur minier en particulier serait bénéfique pour tous.  Il permettrait d’assainir les circuits d’exportation et assècherait les revenus financiers des groupes armés dans l’est de la RDC.  La France, qui souhaite apporter son soutien à la région dans ce domaine, accueillera, en juin, la Conférence mondiale de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, a fait savoir le représentant. 

M. IGNACE GATA MAVITA WA LUFUTA (République démocratique du Congo) a déclaré que l’activisme des groupes armés dans la partie est du pays et la virulence des Forces démocratiques alliées (ADF) méritent l’attention du Conseil de sécurité.  Il ressort en effet des informations en notre possession que les ADF auraient fait allégeance, depuis octobre 2017, au groupe jihadiste de l’État islamique, de qui ils recevraient le financement pour leurs activités visant à faire de la partie est de la RDC l’épicentre du rayonnement de l’État islamique en Afrique centrale, orientale et australe, a annoncé le représentant.  M. Gata Mavita Wa Lufuta a ainsi plaidé pour une révision des stratégies des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de la MONUSCO pour neutraliser rapidement cette force négative en vue de sécuriser durablement cette partie du pays.  Par ailleurs, le délégué a condamné la présence d’un groupe armé connu sous le nom de « P5 » au Sud-Kivu « une situation qui risque de nous entraîner dans un autre conflit armé ». 

Le représentant a ensuite réitéré son appel à la communauté internationale pour la mise en œuvre de l’Accord-cadre.  C’est dans ce contexte, a-t-il dit, qu’il faut circonscrire les visites dans les pays de la région du Président Felix Tshisekedi, qui a dit que « la RDC située au cœur du continent africain avec neuf pays voisins accordera la priorité à la consolidation de la paix régionale ».  Le Président de la République, a paraphrasé le délégué, « privilégiera une politique étrangère axée sur le bon voisinage et le dialogue constructif avec nos neuf voisins pour assumer notre part de responsabilité sur le plan de la stabilité régionale notamment au sein de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ». 

Quant à la situation humanitaire, l’apport du Gouvernement mérite d’être soutenu pour combler les besoins des populations en détresse.  C’est la raison pour laquelle M. Gata Mavita Wa Lufuta a renouvelé l’appel lancé à ce sujet à tous les partenaires de la RDC.  Concernant la question des violations des droits de la personne et des restrictions de l’espace démocratique, elle est au cœur de l’action du Président de la République qui, dès son accession au pouvoir, a pris l’engagement d’œuvrer pour la promotion de l’état de droit, a assuré le représentant. 

La RDC est attachée à l’Accord-cadre qu’elle considère comme la preuve de la détermination de la communauté internationale d’aider à trouver une solution définitive à une instabilité qui l’affecte depuis des années, et à laquelle elle continue notamment à payer un lourd tribut, avec plusieurs millions de morts.  La RDC déplore la non-implication d’autres États dans le fonctionnement harmonieux du Mécanisme conjoint de suivi des ADF, et invite ainsi les garants de l’Accord à rappeler à toutes les parties prenantes leurs engagements, a encore déclaré le représentant, pour qui « en dépit des progrès évidents réalisés depuis l’institution de l’Accord-cadre, il y a lieu de reconnaître que ces dernières années, nous semblons aller vers un essoufflement ». 

Avant de terminer, il a demandé aux pays de la région et aux garants de l’Accord-cadre de saisir l’opportunité de la tenue, en octobre 2019, en RDC, de la dixième Réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi de l’Accord-cadre pour procéder à l’évaluation de notre détermination commune à pacifier la région, en luttant contre la menace des groupes armés qui fragilisent le développement durable de nos États. 

« La région devrait saisir l’opportunité que lui offre l’ère nouvelle qui s’est ouverte dans mon pays pour asseoir la confiance entre les dirigeants de la région, qui doivent se tourner vers l’avenir et œuvrer de manière à créer des relations susceptibles d’amener nos États vers la coopération régionale.  Celle-ci, a-t-il souligné, est plus que nécessaire pour réaliser la paix, la sécurité et le développement durable dans la région des Grands lacs. »

 

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