Afghanistan: le Conseil de sécurité proroge de six mois le mandat de la MANUA, sans le modifier en raison de divergences entre ses membres

CS/13739
15 mars 2019
8485e séance – après-midi

Afghanistan: le Conseil de sécurité proroge de six mois le mandat de la MANUA, sans le modifier en raison de divergences entre ses membres

Le Conseil de sécurité a, cet après-midi, prorogé jusqu’au 17 septembre 2019 le mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), sur fond de désaccords entre ses membres. 

La résolution 2640 (2019) a pu être adoptée à l’unanimité des « quinze » parce qu’elle proroge seulement de six mois, au lieu de 12, le mandat actuel* de la Mission et parce qu’elle ne le modifie pas.  Un autre projet de résolution présenté par l’Allemagne et l’Indonésie n’avait pas fait l’objet d’un consensus lors des négociations.

Le représentant allemand a confirmé que le texte adopté ne correspond pas à celui sur lequel les deux délégations porte-plumes ont travaillé ces dernières semaines, et autour duquel pourtant un consensus « très fort » aurait émergé.  Malheureusement, a-t-il déclaré, des « questions sans rapport » avec la MANUA ont rendu « impossible » de mettre aux voix le projet initial, qui faisait référence à des éléments importants tels que les élections à venir, les droits des femmes et la protection des enfants.  Un regret également exprimé par son homologue afghane, qui a constaté la « divergence d’opinions » entre les membres du Conseil de sécurité.

« Nous avons maintenant six mois pour réfléchir en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain », a ajouté le délégué allemand, secondé par l’Indonésie, qui a toutefois pris note de l’unité démontrée par le Conseil de sécurité au moment du vote sur le texte de compromis.

Pour la représentante de la France, il est regrettable que « des divergences entre certains membres du Conseil autour de sujets sans lien direct avec le mandat de la MANUA, voire avec les responsabilités du Conseil, nous conduisent à […] un renouvellement technique de six mois ».  C’est la raison pour laquelle elle a souhaité que ce délai soit mis à profit pour « dépasser » les différends bilatéraux et revenir au « cœur » du mandat.

Les États-Unis ont nommément accusé la Chine d’avoir pris le Conseil « en otage » de ses « priorités politiques nationales » -en particulier l’Initiative « Une Ceinture et une Route »- « en dépit de ses liens ténus avec l’Afghanistan et de ses problèmes connus de corruption, de surendettement, de dégâts environnementaux et de manque de transparence ».

Des propos rejetés par le délégué chinois, qui a reproché à son collègue américain ses « préjugés » au sujet de cette Initiative, laquelle, s’est-il enorgueilli, est saluée depuis six ans par la communauté internationale et vise notamment à appuyer le développement de l’Afghanistan grâce à des partenariats.  Selon lui, cette initiative de coopération économique, qui met l’accent sur la transparence et le « respect des règles de l’économie de marché », ne répond à « aucune considération géopolitique ».  Au contraire, a ajouté le délégué, c’est l’entêtement d’un autre membre du Conseil à rejeter les contributions positives des autres qui a « empoisonné » l’atmosphère des négociations.

La Fédération de Russie a concouru à cette lecture de la situation, en affirmant que la Chine avait joué un rôle important pour trouver des « solutions acceptables ».  La délégation a, pour sa part, fustigé les « méthodes de travail » du Conseil, blâmant une « influence venue de l’extérieur » qui n’est pas « acceptable ».  Par ailleurs, certains membres, a-t-il poursuivi, ont préféré « ignorer » des formulations préalablement agréées, « mettant à mal nos efforts » pour régler les problèmes de l’Afghanistan.

La Belgique a regretté que le Conseil n’ait pu parvenir à un consensus sur une résolution plus détaillée, soulignant qu’un mandat d’un an aurait permis une meilleure planification des tâches.  Notant que l’Afghanistan fait face à l’impact des changements climatiques, la Pologne a pour sa part encouragé le Gouvernement afghan à œuvrer à l’élaboration de stratégies de gestion des risques pour faire face aux défis liés à la paix et à la sécurité.  Le Royaume-Uni a, quant à lui, rappelé l’importance de l’échéance de l’élection présidentielle prévue en juin 2019.

Dans le libellé de la très brève résolution adoptée aujourd’hui, le Conseil « considère que le mandat renouvelé de la MANUA appuie l’idée de voir l’Afghanistan assumer pleinement le contrôle et la prise en charge des domaines de la sécurité, de la gouvernance et du développement, conformément aux objectifs de la Décennie de la transformation (2015-2024) ».

Le texte souligne enfin qu’il est crucial de pouvoir compter sur une présence ininterrompue et adéquate de la Mission et des organismes, fonds et programmes des Nations Unies dans les provinces, « agissant en étroites consultation et coordination avec le Gouvernement afghan et à l’appui de ses priorités » pour répondre aux besoins et assurer la sécurité.

*CS/13240

LA SITUATION EN AFGHANISTAN (S/2019/193)

Texte du projet de résolution S/2019/223

Le Conseil de sécurité,

Rappelant ses résolutions antérieures sur l’Afghanistan, en particulier sa résolution 2405 (2018) portant prorogation jusqu’au 17 mars 2019 du mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA),

Mettant l’accent sur le rôle important que l’Organisation des Nations Unies continuera de jouer dans la promotion de la paix et de la stabilité en Afghanistan,

Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de l’Afghanistan, ainsi que son appui continu au Gouvernement et au peuple afghans, qui reconstruisent leur pays et renforcent leurs institutions démocratiques,

Soulignant qu’il est important qu’un processus politique global et inclusif, dirigé et contrôlé par les Afghans, favorise un règlement pacifique du conflit et un règlement politique complet, et saluant les progrès accomplis à cet égard,

Rappelant la volonté du Gouvernement et du peuple afghans de renforcer la position de leur pays en tant que plateforme de la coopération internationale,

Se félicitant du consensus stratégique qui s’est établi entre le Gouvernement afghan et la communauté internationale quant au Cadre de responsabilité mutuelle de Genève adopté à la Conférence de Genève,

1.    Accueille avec satisfaction le rapport du Secrétaire général en date du 28 février 2019 (S/2019/193) ;

2.    Salue la détermination de l’Organisation des Nations Unies à collaborer durablement avec le Gouvernement et le peuple afghans, réaffirme son soutien sans réserve aux activités de la MANUA et du Représentant spécial du Secrétaire général, et insiste sur la nécessité de continuer à doter la MANUA de ressources suffisantes pour qu’elle puisse s’acquitter de son mandat ;

3.    Prend note avec satisfaction des efforts que fait la MANUA pour donner suite aux conclusions issues de l’examen stratégique de la Mission, des tâches qui lui sont confiées, des priorités définies et des ressources correspondantes ;

4.    Décide de proroger jusqu’au 17 septembre 2019 le mandat de la MANUA, tel que défini dans ses résolutions 1662 (2006), 1746 (2007), 1806 (2008), 1868 (2009), 1917 (2010), 1974 (2011), 2041 (2012), 2096 (2013), 2145 (2014), 2210 (2015), 2274 (2016), 2344 (2017) et 2405 (2018), en particulier aux paragraphes 6 et 7 ;

5.    Considère que le mandat renouvelé de la MANUA appuie l’idée de voir l’Afghanistan assumer pleinement le contrôle et la prise en charge des domaines de la sécurité, de la gouvernance et du développement, conformément aux objectifs de la Décennie de la transformation (2015-2024) ;

6.    Demande à toutes les parties afghanes et autres parties internationales de se concerter avec la MANUA dans le cadre de l’exécution de son mandat et de l’action qu’elle mène pour promouvoir dans tout le pays la sécurité et la liberté de circulation du personnel des Nations Unies et du personnel associé ;

7.    Souligne qu’il est crucial de pouvoir compter sur une présence ininterrompue et adéquate de la MANUA et des autres organismes, fonds et programmes des Nations Unies dans les provinces, agissant en étroites consultation et coordination avec le Gouvernement afghan et à l’appui de ses priorités pour répondre aux besoins et assurer la sécurité, sur la base du principe d’unité d’action des Nations Unies et conformément à l’objectif d’efficacité de l’ensemble du système des Nations Unies ;

8.    Prie le Secrétaire général de lui présenter tous les trois mois un rapport sur l’évolution de la situation en Afghanistan dans lequel seront évalués les progrès réalisés au regard des critères définis pour mesurer et suivre l’avancement de la mise en œuvre du mandat, y compris au niveau infranational, et des priorités de la MANUA définies dans la présente résolution ;

9.    Décide de rester activement saisi de la question.

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