Il existe une « voie européenne » vers la paix et la sécurité, identique à la « voie onusienne », dit la Haute Représentante de l’UE au Conseil de sécurité

CS/13735
12 mars 2019
8482e séance – matin

Il existe une « voie européenne » vers la paix et la sécurité, identique à la « voie onusienne », dit la Haute Représentante de l’UE au Conseil de sécurité

La Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a lancé, ce matin, devant le Conseil de sécurité, un fervent appel en faveur du multilatéralisme, déclarant que l’Union européenne (UE) investit dans sa coopération avec le système de l’ONU « comme jamais auparavant », « car nous voulons assumer notre part de responsabilité dans notre maison commune ».

« Notre approche a toujours été de bâtir, et jamais de démanteler », a affirmé Mme Federica Mogherini, qui s’est par ailleurs inquiétée de la remise en cause de l’architecture de désarmement dans le monde.  Il existe une « voie européenne » vers la paix et la sécurité qui est identique à la « voie onusienne » vers la paix et la sécurité.  Et vous n’entendrez jamais, a-t-elle insisté, l’UE questionner si l’ONU sert nos intérêts et valeurs.

« Au contraire, la question que nous nous posons en tant qu’Européens est de savoir ce que nous pouvons faire pour appuyer l’ONU, car travailler avec l’ONU est la meilleure façon de servir les intérêts de la paix, de la sécurité, et de l’avancée globale de nos intérêts collectifs », a-t-elle ajouté.

Dans une intervention au cours de laquelle elle a fait le point sur l’action de l’UE sur les dossiers les plus marquants de l’actualité internationale, que ce soit l’Iran, le Venezuela, l’Ukraine, ou encore la Syrie et le Mali, la Haute Représentante a mis en avant une des contributions les plus « novatrices » de l’UE à un multilatéralisme plus effectif, à savoir le format trilatéral établi avec l’Union africaine et l’ONU dans le but de trouver une solution à la « situation dramatique » des migrants africains qui se trouvent dans des centres de détention en Libye.

Elle a également souligné que les États membres de l’UE contribuent pour un tiers au budget de maintien de la paix de l’ONU, soit « plus que n’importe quelle autre puissance mondiale et nous en sommes fiers ».  Pour la France, entre autres, l’ampleur de cette contribution mérite d’ailleurs d’être mieux connue et mieux appréciée, « surtout à l’heure où certains sont réticents à honorer la contribution qui leur revient ».

L’UE et l’ONU ne se limitent plus à coopérer « au cas par cas », elles sont devenues complémentaires sur tout le spectre des opérations de paix, a d’ailleurs noté la délégation française pour qui l’UE « montre la voie », comme en témoigne tout récemment la création d’un Groupe de contact international sur le Venezuela dans le but de trouver une solution politique et pacifique à la crise.     

Sur ce dossier, Mme Mogherini a aussi averti qu’aucune intervention militaire, qu’elle vienne de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, ne serait acceptable aux yeux de l’UE, récusant en outre toute solution imposée depuis l’extérieur.

Elle a également souligné les contributions de l’UE à la réconciliation dans les Balkans, précisant que dès que les taxes imposées par le Kosovo seront abolies, elle convoquera « immédiatement » une nouvelle réunion du Dialogue dans le but de déboucher sur la normalisation des relations entre Pristina et Belgrade.

Au cours de son intervention, la Haute Représentante s’est par ailleurs préoccupée du fait que l’architecture mondiale du désarmement et de la non-prolifération est remise en cause « comme jamais auparavant », pointant notamment l’action de la Fédération de Russie eu égard au respect du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.  Mme Mogherini a notamment alerté que face à la fragmentation des centres de pouvoir, la dissuasion ne suffit plus pour prévenir les guerres.

C’est pourquoi, a-t-elle soutenu, l’UE continuera d’œuvrer au maintien de l’accord nucléaire avec l’Iran, et des dividendes économiques de la levée des sanctions.

« Démanteler un accord qui fonctionne ne sera jamais un bon point de départ pour faire avancer nos intérêts de sécurité collective », a-t-elle martelé, avertissant en outre que sans accord nucléaire, tout dialogue avec l’Iran sera « plus difficile ». 

Alors que l’Allemagne a salué le fait que le partenariat ONU-UE porte le projet du multilatéralisme comme solution politique et négociée aux crises, la Fédération de Russie a toutefois estimé que ces dernières années, des questions se sont posées sur la capacité de l’UE à jouer un « rôle constructif » et à définir une « ligne politique claire » à laquelle se substituent une « mentalité euro-atlantique » et une logique de « blocs ».  Elle a en outre déploré que les Européens aient accepté la « version américaine de la soi-disant violation par la Russie d’un accord sur le désarmement.

Au cours de leur intervention, les États-Unis se sont largement contentés de dresser la liste de plusieurs domaines d’action de l’UE dans le monde, prévenant toutefois que les sanctions contre la Russie seront maintenues tant que ce pays n’aura pas respecté les accords de Minsk et que la Crimée n’aura pas réintégré l’Ukraine.  La délégation américaine a également exhorté les membres de l’UE qui ne l’ont pas encore fait à reconnaître « le Président Guaidó » du Venezuela.

COOPÉRATION ENTRE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES ET LES ORGANISATIONS RÉGIONALES ET SOUS-RÉGIONALES AUX FINS DU MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALE

Union européenne

Déclarations

Mme FEDERICA MOGHERINI, Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a constaté que « la coopération et la coordination entre les États membres de l’Union européenne au sein du Conseil de sécurité s’est énormément intensifiée », précisant que cette décision était venue directement des États Membres.  Nous les Européens, a-t-elle indiqué, partageons les mêmes valeurs et intérêts, à commencer par la défense du multilatéralisme et du système des Nations Unies.  Il existe, a-t-elle affirmé, une « voie européenne » vers la paix et la sécurité qui est identique à la « voie onusienne » vers la paix et la sécurité.  Et vous n’entendrez jamais, a-t-elle poursuivi, l’Union européenne (UE) questionner si l’ONU sert nos intérêts et valeurs.  Au contraire, la question que nous nous posons en tant qu’Européens est de savoir ce que nous pouvons faire pour appuyer l’ONU, « car travailler avec l’ONU est la meilleure façon de servir les intérêts de la paix, de la sécurité, et de l’avancée globale de nos intérêts collectifs ».

Mme Mogherini s’est ensuite attardée sur la question de la résolution des conflits, soulignant que dans le cadre de la Syrie, une solution durable doit se fonder sur un processus dirigé par l’ONU et la mise en œuvre de la résolution 2254 (2015), à savoir une transition politique négociée vers un pays démocratique, inclusif, réconcilié et uni.  Elle a indiqué que demain, l’UE coprésidera avec l’ONU la troisième Conférence de Bruxelles sur l’avenir de la Syrie et de la région, dans le but de mobiliser l’appui au processus politique dirigé par l’ONU ainsi qu’à l’aide humanitaire et aux pays de la région.  S’agissant du Yémen, elle a également fait part de l’appui de l’UE à l’Accord de Stockholm, pour ensuite indiquer qu’en Libye, l’UE coordonne son action directement avec le Quatuor libyen qui regroupe l’UE, l’ONU, la Ligue des États arabes et l’Union africaine (UA).  Ensemble, a-t-elle soutenu, nous pourrons aider les acteurs libyens à se diriger vers la réconciliation grâce à la tenue d’une conférence nationale et d’élections dès que les conditions le permettront.

La Haute Représentante a abordé le sujet de l’Afghanistan, « un autre pays où la coopération UE-ONU est essentielle », indiquant suivre de près les contacts entre les Taliban et le Gouvernement des États-Unis et appelant les Taliban à participer à des pourparlers intra-afghans avec le Gouvernement de Kaboul.  De son côté, a-t-elle assuré, l’UE peut jouer le rôle de garant du processus de paix et contribuer à le rendre plus inclusif avec la participation des femmes, des minorités et de tous les secteurs de la société civile.  L’UE peut aussi apporter son appui au processus de réforme, à la réintégration des anciens combattants et à la promotion du commerce régional et des infrastructures.

Mme Mogherini s’est par ailleurs inquiétée de l’escalade dramatique des tensions au Venezuela et de la persistance de l’impasse politique, insistant sur l’importance de dégager une solution politique, pacifique et démocratique.  Aucune intervention militaire, qu’elle vienne de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, ne serait acceptable à nos yeux, a-t-elle affirmé, et une solution ne saurait être imposée depuis l’extérieur.  Aussi l’UE a-t-elle établi un Groupe de contact international avec les pays européens et latino-américains pour créer les conditions propices à un processus politique susceptible de déboucher sur la tenue d’élections libres et justes.

Se tournant vers l’Afrique, Mme Mogherini a regretté la remise en cause du rôle des Casques bleus de l’ONU, y voyant un outil essentiel vers l’établissement d’une paix et d’une sécurité durables.  Les États membres de l’UE, a-t-elle précisé, contribuent un tiers du budget de maintien de la paix de l’ONU, plus que n’importe quelle autre puissance mondiale, et nous en sommes fiers.  Elle n’en a pas moins dit l’importance de trouver des solutions africaines aux défis africains, les opérations d’appui à la paix de l’UA étant à ses yeux un instrument essentiel pour la promotion de la paix et de la sécurité en Afrique.  Elle a appuyé le processus de réforme financière et institutionnel engagé par l’UA, ainsi que la possibilité d’utiliser les contributions de l’ONU pour financer les opérations de l’UA autorisées par le Conseil de sécurité.

La Haute Représentante a plus particulièrement parlé de la situation au Mali, indiquant avoir rencontré, il y a quelques jours, les représentants des mouvements signataires de l’Accord pour la paix de 2015 et jugeant essentiel de garantir la présence de l’ONU tout au long des processus engagés dans le pays.  Il en va de même pour la Somalie, a-t-elle ajouté, où « la transition des responsabilités » doit se faire progressivement.  D’ailleurs, à l’échelle du continent, l’UE s’est départie de l’ancien modèle « donateur-récipiendaire » pour privilégier un partenariat à pied d’égalité et, depuis un an, elle travaille dans un format trilatéral avec l’UA et l’ONU dans le but de trouver une solution à la situation dramatique des migrants africains qui se trouvent dans des centres de détention en Libye.  Grâce à cette coopération, s’est-elle félicitée, plus 30 000 personnes sont volontairement rentrées chez elles ou ont pu obtenir une protection internationale.  « C’est là sans doute notre contribution la plus novatrice à un multilatéralisme plus effectif. »

Enchaînant, Mme Mogherini a parlé des contributions de l’UE à la réconciliation dans les Balkans, précisant que dès que les taxes imposées par le Gouvernement du Kosovo seront abolies, elle convoquera « immédiatement » une nouvelle réunion du Dialogue dans le but de déboucher sur la normalisation des relations entre Pristina et Belgrade.  Elle a également souligné que tout accord final devra obtenir l’appui du Conseil de sécurité, ajoutant que l’UE est prête à intensifier ses échanges avec les membres dudit Conseil à cette fin.  Et après l’Accord de Prespa, « un autre exemple positif de la coopération UE-ONU », une issue positive du dialogue insufflerait encore plus d’espoir à l’ensemble de la région et à l’Europe.

La Haute Représentante s’est par ailleurs inquiétée de la situation en Ukraine.  Elle a confié que la Fédération de Russie est un interlocuteur important pour l’UE, pour des dossiers allant « de l’Iran à l’Arctique », mais a avoué être profondément préoccupée par « certains comportements », citant, outre l’Ukraine, Salisbury, l’espionnage contre l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et le respect du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.  Elle s’est également inquiétée du fait que l’architecture mondiale du désarmement et de la non-prolifération est remise en cause « comme jamais auparavant », avertissant que face à la fragmentation des centres de pouvoir, la dissuasion ne suffit plus pour prévenir les guerres.  « Notre sécurité collective exige une architecture multilatérale solide de non-prolifération et de désarmement », a-t-elle insisté.

C’est pourquoi l’UE continuera d’œuvrer au maintien de l’accord nucléaire avec l’Iran, a-t-elle poursuivi, rappelant que la mise en œuvre des engagements de l’Iran avait été confirmée à 14 reprises par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la dernière fois il y a à peine 15 jours.  Elle a aussi insisté sur l’importance de lever les sanctions liées au nucléaire.  L’UE compte donc continuer d’œuvrer au maintien des dividendes économiques de la levée des sanctions.  C’est là, a-t-elle insisté, une contribution à notre sécurité collective et la manière de prévenir la prolifération nucléaire dans une région extrêmement tendue.  Nous sommes préoccupés par le comportement de l’Iran sur d’autres dossiers, a-t-elle reconnu, comme les missiles balistiques, les droits de l’homme et les dynamiques régionales, mais, sans accord nucléaire, tout dialogue avec l’Iran sera plus difficile, a-t-elle ajouté.  « Démanteler un accord qui fonctionne ne sera jamais un bon point de départ pour faire avancer nos intérêts de sécurité collective. »

Mme Mogherini a ensuite rappelé que l’UE a imposé des sanctions sévères à la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et qu’elle maintient ses canaux ouverts pour encourager le dialogue à tous les niveaux.

« Notre approche a toujours été de bâtir, et jamais de démanteler », a-t-elle lancé.  Reconnaissant que le système multilatéral actuel n’est pas parfait, elle a apporté son plein appui au processus de réforme lancé par M. António Guterres.  Nous devons, a-t-elle insisté, élargir et améliorer le système de gouvernance mondiale et non pas l’affaiblir ou le démolir.

Mme Mogherini a par ailleurs indiqué que lors de la crise financière subie par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), l’UE et ses membres se sont mobilisés pour éviter la cessation abrupte de ses activités.  Nous ne pouvons pas nous permettre de voir l’Office s’effondrer, a-t-elle souligné, avertissant du chaos qui s’en suivrait.  L’Office, a-t-elle insisté, est essentiel pour la vie de millions de personnes ainsi que pour préserver la viabilité de la solution des deux États.

La Haute Représentante a conclu en déclarant que l’UE investit dans sa coopération avec le système de l’ONU « comme jamais auparavant », « car nous voulons assumer notre part de responsabilité dans notre maison commune ».

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a commencé par dire que le partenariat ONU-Union européenne porte le projet du multilatéralisme comme solution politique et négociée aux crises, par exemple en République populaire démocratique de Corée.  Il s’est attardé sur ce que l’UE fait en Afrique, se félicitant des réalisations accomplies dans le cadre de la coopération trilatérale avec l’ONU et l’Union africaine.  Le représentant a cependant rappelé l’importance « de solutions africaines aux problèmes africains ». 

M. Heugsen a ensuite souligné la pertinence de solutions politiques inclusives, qui intègrent pleinement la société civile, en particulier les femmes, qui doivent prendre part aux négociations pour résoudre les conflits, comme « nous l’avons vu hier en ce qui concerne l’Afghanistan ».  La délégation allemande a rappelé que la présidence conjointe franco-allemande cherche à mettre l’accent sur les priorités communes de l’Europe, en particulier le rôle des femmes.  Se tournant vers la Haute Représentante, le représentant lui a demandé si elle pourrait indiquer les « projets et thèmes » sur lesquels l’ONU et l’Union pourraient travailler de manière plus étroite.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a appelé à une coopération renforcée entre les missions et les sièges de l’Union européenne et des Nations Unies, maintenant que des défis multidimensionnels se font jour.  La représentante a fermement appuyé la Stratégie globale de l’Union européenne, ainsi que les efforts de l’organisation régionale en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.  Elle a aussi salué les efforts de l’Union européenne dans les Balkans occidentales mais aussi en Afrique avec les missions de formation en République centrafricaine, au Mali et en Somalie ou les efforts de lutte contre la traite des êtres humains et le trafic de pétrole et d’armes au large de la Libye.  Elle n’a pas oublié de mentionner les initiatives de l’Union européenne en Syrie, au Yémen et dans le cadre du processus de paix au Moyen-Orient.

La représentante a ensuite cité les domaines dans lesquels l’Union européenne et les Nations Unies pourraient renforcer encore leur coopération: les migrations, la lutte contre les causes sous-jacentes de la migration clandestine et le financement de l’aide humanitaire; la diplomatie préventive, la médiation et l’aide à la bonne gouvernance et à la mise en place d’institutions publiques fortes; et le programme « femmes, paix et sécurité » dont la réaffirmation du rôle de la femme dans la prévention et le règlement des conflits sans oublier la consolidation de la paix.  La représentante a insisté sur le fait qu’à ce jour, l’Union européenne assume presque 40% du budget des opérations de maintien de la paix de l’ONU et que pris ensemble, ses membres sont le plus grand contributeur au budget ordinaire de l’ONU.

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a jugé vitale la coopération entre les organisations régionales pour trouver une solution à la problématique mondiale.  Ces relations sont cruciales pour la stabilité et la sécurité, a estimé le délégué, expliquant que ces organisations sont des « médiateurs naturels » et peuvent créer les conditions propices aux solutions durables, sur la base du bénéfice mutuel des États, des principes du droit international et dans le cadre du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.  M. Singer Weisinger a salué en particulier le travail de l’Union européenne pour la promotion de la paix et de la sécurité internationales.  L’Union, autorisée par le Conseil de sécurité, fournit financement et équipements aux opérations de paix tout en apportant son soutien au développement institutionnel.  Ainsi, sa présence dans l’arène internationale renforce le multilatéralisme.  « La politique européenne de sécurité et de défense est une pièce fondamentale et complémentaire de la dynamique du système multilatéral », a ajouté le représentant.

Notant que 70% des missions et opérations de l’Union européenne fonctionnent en parallèle avec celles des Nations Unies, il a souligné là aussi la complémentarité du travail de ces deux organisations.  Comme résultats, il a cité les avancées dans les Balkans, la recherche d’une solution pour l’est de l’Ukraine, ainsi que tout ce qui est fait pour protéger les droits de l’homme sur le terrain.  M. Singer Weisinger a également apprécié ce que fait l’Union européenne pour trouver des solutions aux problèmes mondiaux comme la crise alimentaire, les changements climatiques ou encore le terrorisme.  Il a salué en particulier les politiques et les mesures normatives adoptées par l’UE en matière de prévention et de lutte contre le terrorisme.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a rappelé que, tout récemment, le Conseil de sécurité s’est penché sur la coopération de l’ONU avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), soulignant que cette Organisation, au même titre que l’Union européenne ou l’Union africaine, peut apporter une contribution au maintien de la paix.  Mais il s’est alarmé d’une « tendance assez dangereuse », laquelle, d’après son analyse, exalterait de plus en plus « un ordre fondé sur des règles » en lieu et place du droit international.  Ces « règles », a-t-il argué, forment un « concept » auquel recourent volontiers les représentants de l’Union européenne, et « ceux qui s’y soumettent sont considérés comme des partisans du multilatéralisme, les autres comme des adversaires ».  Malgré ces divergences, il y a un potentiel important dans le partenariat entre l’ONU et l’Union européenne, a convenu M. Nebenzia, comme en témoigne l’expérience acquise dans le cadre du Quatuor pour le Moyen-Orient, qui a élaboré, il y a deux ans, un rapport « qui demeure d’actualité aujourd’hui ».

Après avoir espéré que les États membres de l’Union feraient un effort pour le règlement politique de la crise syrienne, le représentant a apporté son soutien aux efforts de l’Union en Afrique.  Cependant, ces dernières années, a observé le représentant, des questions se sont posées sur la capacité de l’Union à jouer un « rôle constructif » et à définir une « ligne politique claire » à laquelle se substituent une « mentalité euro-atlantique » et une logique de « blocs ».  Les « effets de certaines actions unilatérales sont douteux », a-t-il par ailleurs estimé.  Ainsi, les Européens ont-ils accepté la « version américaine de la soi-disant violation par la Fédération de Russie d’un accord sur le désarmement », a indiqué M. Nebenzia, faisant état « d’accusations absurdes ».  Mais nous restons optimistes, et j’espère que le partenariat stratégique ONU-Union africaine pourra être renforcé, a-t-il ajouté.

M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) a souligné que l’Union européenne contribue à hauteur de 40% du budget des Nations Unies pour le maintien de la paix et que ses contributions volontaires représentent la moitié des budgets cumulés des programmes Nations Unies.  L’Union européenne, a dit le représentant, place les Nations Unies au cœur de son action mais elle renforce également sa coopération avec d’autres organisations régionales, notamment l’Union africaine.  Le représentant s’est réjoui de la tenue, en septembre dernier, de la troisième Réunion trilatérale Union africaine-Union européenne-Nations Unies au cours de laquelle les dirigeants de ces organisations ont réaffirmé « leur engagement commun en vue de promouvoir un système multilatéral efficace et d’adopter de nouvelles mesures pour renforcer les synergies et la coordination afin de lutter contre les problèmes mondiaux, grâce à la coopération internationale ».  Les deux organisations, a-t-il rappelé, se sont mises d’accord sur le principe d’élaborer un document cadre susceptible de contribuer au renforcement de leur partenariat.  L’Union européenne demeure un partenaire de choix pour l’Afrique, spécifiquement dans les domaines de la paix et de la sécurité.  L’implication de cette organisation régionale en matière de lutte contre le terrorisme et dans le règlement des crises notamment au Mali, en Somalie, en Guinée-Bissau en témoigne, a souligné le représentant.  La Côte d’Ivoire, a-t-il dit, reste convaincue qu’un investissement commun dans la jeunesse pour une croissance inclusive accélérée et le développement durable, tel que préconisé lors du Sommet d’Abidjan en 2017, ouvrirait des perspectives pour la contribution d’un avenir plus stable en Afrique.

M. STEPHEN HICKEY (Royaume-Uni), soulignant l’importance du rôle de l’Union européenne (UE) à l’échelon international, a reconnu que malgré le prochain départ du Royaume-Uni, il serait avantageux pour son pays de continuer de coopérer avec l’UE.  Évoquant ensuite l’approche de la Conférence de Bruxelles sur la Syrie, le représentant a appelé le régime syrien à respecter le processus politique et salué les sanctions annoncées par l’UE contre certaines figures du régime.  Il a en outre fait savoir que le Royaume-Uni a débloqué plus de 2 milliards de livres pour appuyer l’aide humanitaire depuis 2012.

S’agissant de l’Iran, M. Hickey a qualifié de « vital » le Plan d’action global commun et a assuré que le Royaume-Uni continuera de le respecter si l’Iran en fait de même.  Il n’en a pas moins dénoncé l’influence déstabilisatrice de l’Iran dans la région, notamment au Yémen.  Le représentant a ensuite assuré que le Royaume-Uni continuera de travailler pour appuyer la normalisation politique entre le Kosovo et la Serbie.  Il a cependant averti qu’un dialogue basé uniquement sur la modification des frontières risque de mettre en péril la stabilité régionale.  Il a aussi parlé de l’Afrique, estimant qu’au Soudan du Sud, en Somalie ou encore au Mali, il faudra insister sur la complémentarité entre l’ONU et l’UE.  Le représentant a par ailleurs voulu savoir comment l’UE et l’ONU pourraient coopérer davantage dans les domaines des femmes, de la paix et de la sécurité.

M. YAO SHAOJUN (Chine) a encouragé l’ONU à renforcer sa coopération avec les autres organisations internationales, dont l’Union européenne, qui doit promouvoir les actions multilatérales partout où c’est nécessaire.  Selon lui, il existe un « espace de coopération » entre l’ONU et l’UE dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques.  À cet égard, il a rappelé que la Chine est disposée à travailler au renforcement de ce partenariat dans le cadre de différentes plateformes, dont la nouvelle Route de la soie. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a salué le rôle des organisations régionales et sous-régionales en insistant sur leur rôle central en matière de règlement des conflits.  Notant son importante contribution au maintien de la paix de l’ONU, il a reconnu que l’Union européenne (UE) est l’un des acteurs les plus importants sur de nombreux dossiers.  Il a notamment parlé de son rôle en Afrique, au Mali notamment, et de la Force conjointe du G5 Sahel.  Il a aussi évoqué la tenue récente du Sommet arabo-européen, se félicitant que celui-ci ait débouché sur l’identification de nombreux domaines de coopération.  Il a ensuite indiqué que le prochain sommet est prévu l’an prochain à Bruxelles.

Relevant que de nombreux conflits en Afrique du Nord se font ressentir en Europe, notamment dans les pays du contour méditerranéen, le représentant a estimé qu’une coopération de l’UE avec la Ligue des États arabes pourrait s’avérer efficace.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a indiqué que l’Union européenne (UE) et l’ONU partagent le même engagement en faveur d’un monde basé sur les principes fondamentaux de la démocratie, de l’état de droit et de l’universalité et de l’indivisibilité des droits de l’homme.  « Les deux organisations partagent une vision et une volonté communes de s’attaquer aux causes profondes des conflits et d’instaurer une paix durable, notamment grâce à une approche intégrée, conformément, d’une part, aux objectifs de développement durable, et, d’autre part, à la Stratégie globale de l’Union européenne », a-t-il déclaré. 

Si le renforcement constant de la coopération entre les missions et opérations des Nations Unies et de l’Union africaine (UA) s’impose, le représentant a jugé essentiel de renforcer également les synergies avec d’autres organisations déployées sur les mêmes théâtres d’opérations, notamment l’Union africaine et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).  À cet égard, il a donc encouragé l’exploration d’initiatives afin d’approfondir la coopération trilatérale entre l’UE, l’ONU et l’UA.  « Pourriez-vous identifier des exemples de bonnes pratiques dans ce contexte et des possibilités de faire de même avec d’autres organisations internationales et régionales? » a-t-il demandé à la Haute Représentante.  En conclusion, la délégation belge a déclaré soutenir l’inclusion du programme « femmes, paix et sécurité » comme priorité transversale, en particulier dans le domaine des opérations de maintien de la paix. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a rappelé que le Conseil européen, après s’être réuni pour la première fois en 1975, n’a vu le jour qu’en 2009.  « Cela montre à quel point un tel processus est ardu. »  Il a jugé indispensable de réaffirmer le potentiel des dynamiques entre l’ONU et l’Union européenne (UE) dans un contexte de plus en plus difficile.  L’UE est un partenaire clef pour parvenir à la paix en Bosnie-Herzégovine, ou encore au Kosovo, et pour faciliter le dialogue entre Pristina et Belgrade.  Le représentant a aussi salué l’accord conclu pour renforcer la coordination de l’action de l’ONU et de l’UE dans le maintien de la paix.  « Une Europe fédérée est indispensable à la sécurité et à la paix d’un monde libre », a-t-il conclu en français, citant Jean Monnet.

Mme TSHABALALA (Afrique du Sud) a rappelé que, lors de la troisième Réunion trilatérale Union africaine-Union européenne-ONU, qui s’est déroulée le 23 septembre 2018, le communiqué conjoint mentionnait que les parties à cette coopération trilatérale avaient l’intention de renforcer leur coordination aux niveaux politique, économique et opérationnel sur un ensemble de questions, y compris dans le domaine de la paix et de la sécurité.  À cet égard, la représentante a souligné le rôle, particulièrement important pour sa délégation, des femmes dans la paix et la sécurité, un aspect souligné à l’occasion de ladite réunion.  Elle s’est également félicitée de leur reconnaissance commune de la nécessité d’améliorer la prévisibilité, la viabilité et la flexibilité du financement des opérations de paix sous conduite africaine autorisées par le Conseil de sécurité.  Pour sa part, l’Afrique du Sud, a-t-elle assuré, continuera, au travers de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de l’Union africaine, de promouvoir la coopération entre organisations dans la mesure où elle contribue à l’efficacité multilatérale, à l’ouverture et au dialogue.

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a prévenu que les sanctions contre la Fédération de Russie seront maintenues tant que ce pays n’aura pas respecté les accords de Minsk et que la Crimée n’aura pas réintégré l’Ukraine.  S’agissant du Venezuela, il a exhorté les États membres de l’Union européenne qui ne l’ont pas encore fait à reconnaître « le Président Guaidó ».

Le représentant a ensuite mentionné les efforts de l’UE en cours en Syrie et en Iraq, notamment dans les zones anciennement contrôlées par l’État islamique.  Il a par ailleurs salué les efforts de l’UE pour parvenir à une dénucléarisation complète en République populaire démocratique de Corée (RPDC), ainsi que son travail en Afrique et sa contribution financière aux forces de sécurité somaliennes.  En conclusion, il a réaffirmé l’importance de l’UE pour les États-Unis et l’ONU.

M. JOB OBIANG ESONO MBENGONO (Guinée équatoriale) a expliqué que la nature évolutive et la complexité des menaces qui se posent dans le monde d’aujourd’hui exigent plus que jamais une coopération entre les organisations internationales et régionales, dont l’ONU et l’UE.  Il a noté qu’au nombre des priorités définies dans le cadre de leur partenariat, figure une référence explicite à l’action à mener sur le terrain en Afrique, et à une coopération trilatérale avec l’Union africaine.  Aussi le représentant a-t-il souhaité que cette coopération aboutisse à l’adoption du projet de résolution, « toujours sur la table », qui permettrait d’assurer le financement des opérations de paix sous conduite africaine à partir du budget du maintien de la paix des Nations Unies.  Lorsqu’il existe une relation de respect entre États Membres, alors la coopération multilatérale peut être renforcée en appui aux efforts pour prévenir et régler les conflits et crises humanitaires, a conclu le délégué.

M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a souligné que les organisations régionales doivent s’adapter à de nouveaux défis pour maintenir leur pertinence.  Il a relevé que l’Union européenne (UE) ne peut trouver seule des solutions à des problèmes complexes, d’où l’importance, à ses yeux, du partenariat avec l’ONU.  Il a salué le rôle de l’UE en appui aux activités de l’ONU en Afrique et a jugé nécessaire de mettre davantage l’accent sur le multilatéralisme.  C’est en investissant dans une telle approche qu’il sera possible de faire face de manière efficace aux difficultés du monde.  Il a espéré que l’UE continuera de financer le développement, signalant par ailleurs que l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et l’UE se sont entraidées au cours de plusieurs crises.  Il a aussi salué les importantes contributions de l’UE au maintien de la paix.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a rappelé que l’Union européenne (UE) et l’ONU ne se limitent plus à coopérer « au cas par cas », elles sont devenues complémentaires sur tout le spectre des opérations de paix.  S’agissant de la prévention des conflits, a-t-il noté, l’UE « montre la voie », comme en témoigne tout récemment la création d’un Groupe de contact international sur le Venezuela dans le but de trouver une solution politique et pacifique à la crise.  Par ailleurs, les États membres de l’Union contribuent à hauteur de 32% du budget des opérations de maintien de la paix de l’ONU, sans compter les missions européennes, civiles, militaires et de politique de sécurité et de défense commune (PSDC) qui sont déployées au Mali, en Libye, en République centrafricaine, en Somalie, au Kosovo et au Proche-Orient.  En matière de consolidation de la paix, a dit M. Delattre, l’UE soutient systématiquement les efforts de l’ONU à travers des projets qui se situent à la frontière des questions de développement et de sécurité, en pleine cohérence avec les priorités du Secrétaire général de l’ONU.  « À titre d’exemple, en Colombie, l’UE investit dans la réintégration des anciens combattants aux côtés de la Mission de vérification des Nations Unies », a fait valoir le représentant. 

Dans le cadre de leur partenariat, les deux organisations doivent cependant progresser sur certaines questions, en particulier s’agissant de l’ordre du jour « femmes, paix et sécurité », et plus largement de l’ensemble des questions relatives aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ainsi qu’au droit international humanitaire, a préconisé la délégation.  « Nous soutenons également le développement de la coopération trilatérale entre l’UE, l’ONU et l’Union africaine, notamment dans le domaine du maintien de la paix.  Je pense en particulier au soutien à la montée en puissance et au financement durable et prévisible des opérations africaines de paix, essentiel compte tenu de l’opportunité que ces opérations représentent pour améliorer l’efficacité du maintien de la paix », a suggéré M. Delattre.  Il a également cité l’appui à la Force conjointe du G5 Sahel, pour lequel l’ONU et l’UE jouent un rôle clef dans le cadre de l’accord technique sur le soutien opérationnel et logistique de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et de la Force conjointe.  Cette coopération trilatérale est également à l’œuvre dans le domaine migratoire, a noté la France: ainsi, depuis sa mise en place dans le cadre du Sommet UE/Union africaine d’Abidjan en novembre 2017, le Groupe de travail UE-UA-ONU a permis le retour dans leur pays d’origine de plus de 37 000 migrants bloqués en Libye.  Enfin, les instruments à notre disposition en matière de prévention des conflits méritent aussi d’être renforcés, a estimé le représentant, en faisant référence à la médiation, au système d’alerte précoce, à la réforme du secteur de la sécurité et à une coordination étroite des messages politiques.

Répondant aux diverses questions posées par les membres du Conseil, la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a assuré que l’Union européenne (UE) et l’ONU promeuvent l’élimination des atteintes sexuelles dans le cadre de leurs opérations de maintien de la paix respectives, sans compter leur initiative de coopération sur la dissémination de « points focaux » au sein de ces mêmes opérations.  Par ailleurs, des efforts sont déployés en Syrie et au Yémen pour faire entendre les voix des femmes et les moyens par lesquels elles peuvent contribuer aux processus de paix et politiques dans leurs pays respectifs, a fait valoir la haute fonctionnaire.  Elle a également cité en exemple le renforcement des capacités et de l’expertise apportées par l’UE aux équipes de l’ONU sur le terrain, notamment dans le domaine de la médiation. 

Mme Mogherini a ensuite souligné l’importance accordée par l’Union à l’investissement dans les jeunes, pour leur offrir des opportunités éducatives et professionnelles là où c’est nécessaire.  Elle a également mentionné la coopération avec la Ligue des États arabes dans le cadre du processus de paix au Moyen-Orient, et notamment avec le Koweït, en sa qualité de coprésident de nombreuses conférences.  À la question de savoir si des initiatives similaires peuvent être menées dans d’autres régions et avec d’autres organisations, la Haute Représentante a répondu que c’était déjà le cas avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).  L’Union continuera d’investir son « capital financier et politique » dans ce type de coopération, et il nous tarde de mettre en œuvre des partenariats similaires avec les organisations régionales sud-américaines, a conclu Mme Mogherini.

 

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