Conseil de sécurité: l’Envoyée spéciale pour le Myanmar rappelle les quatre éléments d’un règlement de la crise dans l’État rakhine

CS/13727
28 février 2019
8477e séance – après-midi

Conseil de sécurité: l’Envoyée spéciale pour le Myanmar rappelle les quatre éléments d’un règlement de la crise dans l’État rakhine

Déterminée à dire la « vérité » dans sa première intervention devant le Conseil de sécurité, l’Envoyée spéciale pour le Myanmar, Mme Christine Schraner Burgener, a rappelé, cet après-midi, les quatre éléments d’un règlement de la situation dans l’État rakhine: la fin de la violence; un accès sans entrave aux populations touchées; le règlement des causes profondes et un développement inclusif.  « Mon pays veut régler cette question aussi vite que vous », a assuré, lors de ce débat, le délégué du Myanmar, tandis que son homologue du Bangladesh a indiqué que la situation s’est aggravée. 

L’Envoyée spéciale a évoqué les conditions de vie très dégradées dans le camp de réfugiés de Cox’s Bazar, au Bangladesh, qu’elle a pu visiter.  « La générosité du Bangladesh ne peut durer indéfiniment », a-t-elle prévenu, en rappelant l’urgent besoin de financer le Plan de réponse humanitaire de l’ONU pour 2019.  Elle s’est dite préoccupée par les conséquences que les affrontements nourris avec l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan pourraient avoir sur le retour volontaire et digne des réfugiés.  « Pour ces derniers, le fait de savoir que l’ONU et ses partenaires seront présents ne peut que les encourager à revenir. »  L’Envoyée spéciale a souhaité que la stratégie nationale du Myanmar de fermeture des camps remédie aux causes profondes de la crise, telles que la question de la citoyenneté et la restauration de la liberté de circulation. 

Elle a en outre demandé la pleine mise en œuvre des recommandations de la Commission consultative sur l’État rakhine et souligné l’importance d’un établissement des responsabilités au Myanmar, jugeant cruciale l’appropriation nationale du processus.  Si l’Envoyée spéciale a évoqué les autres « défis considérables » que le Myanmar doit relever, tels que les tensions militaires et civiles persistantes et les échecs dans le processus de paix dans les États kachin et shan, les délégations ont plutôt consacré leur intervention à l’État rakhine. 

« Il n’y a pas eu de progrès à Cox’s Bazar depuis la visite du Conseil de sécurité l’an dernier », a déploré le délégué de l’Allemagne, en pointant le risque que cette situation ne perdure.  Il a estimé qu’il n’y a pas d’autre d’option que le retour des réfugiés, avant de demander que « les Rohingya soient placés sur un même pied d’égalité que les autres groupes ».  Les délégués de la France, du Royaume-Uni et de la Belgique ont insisté sur l’importance qu’il y a à ce que les responsables des atrocités commises, y compris des responsables militaires, soient traduits en justice.  Celui de la Chine a demandé aux membres du Conseil de ne pas exercer des « pressions », insistant sur les progrès enregistrés dans l’État rakhine.  Le représentant de l’Allemagne n’en a pas moins exhorté la Chine à faire tout ce qui est en son pouvoir pour que le Gouvernement du Myanmar fasse ses « devoirs » et réponde aux appels de la communauté internationale. 

Effectivement frustré face à l’absence d’avancées concrètes, le délégué du Bangladesh s’est expliqué: « Quoi de plus décevant de découvrir qu’en dépit de nos efforts, le rapatriement ne pourra pas commencer en raison des conditions peu propices dans l’État Rakhine? »  La situation s’est aggravée, a-t-il alerté.  La solution doit être trouvée au Myanmar et par le Myanmar, a-t-il martelé, ajoutant qu’en dépit des efforts de son pays, « qui a tout essayé » auprès du Myanmar et des partenaire régionaux, « pas un seul Rohingya ne s’est porté volontaire pour regagner l’État rakhine ».

« Nous sommes prêts à accueillir des réfugiés qui auront été approuvés d’une manière volontaire, sûre et digne, dans le respect des accords bilatéraux et arrangements passés avec le Bangladesh », a rétorqué le délégué du Myanmar.  Il s’est dit assuré du succès de ce plan de retour si les deux pays respectent ces accords.  Il a ensuite dénoncé les pressions politiques, illégitimes et « malfaisantes », exercées par certains pays, par le biais du système de l’ONU, et dénoncé la création du Mécanisme indépendant sur le Myanmar par le Conseil des droits de l’homme, « qui ne fera qu’exacerber les tensions intercommunautaires ».  La situation dans l’État rakhine n’est pas une question de persécution religieuse, mais bien « une question économique et politique ». 

Comme d’autres, le représentant de l’Indonésie a appelé à une mise en œuvre efficace du Mémorandum d’accord signé par le Myanmar avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Il a ensuite indiqué que son ministre des affaires étrangères a conduit, ces dernières semaines, une série de réunions avec des interlocuteurs clefs de la région, notamment son homologue du Bangladesh et de hauts responsables du Myanmar pour discuter du rôle que pourrait jouer l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) dans le processus de rapatriement des réfugiés.  L’ASEAN, s’est dit convaincu le représentant, peut s’impliquer dans la recherche d’une solution durable à la situation dans l’État rakhine, un certain nombre de visites du Secrétariat de cette organisation sous-régionale au Myanmar ayant été conduites le mois dernier.  L’objectif?  Préparer l’ouverture d’un centre de coordination de l’aide humanitaire de l’ASEAN.

LA SITUATION AU MYANMAR

Déclarations

Mme CHRISTINE SCHRANER BURGENER, Envoyée spéciale du Secrétaire général pour le Myanmar, a dit s’être rendue au Myanmar cinq fois, et trois fois au Bangladesh depuis le début de son mandat il y a neuf mois.  Dans le contexte plus global de la transition démocratique au Myanmar, les tensions militaires et civiles ont persisté alors que les élections générales sont prévues l’année prochaine, le processus de paix demeure fragile et le pays est toujours aux prises avec l’héritage de décennies de pouvoir militaire et, par conséquent, avec des défis fondamentaux liés aux droits humains, a-t-elle dit. 

S’agissant de l’État rakhine, elle a rappelé les étapes nécessaires qu’il reste à franchir: la fin de la violence; un accès sans entrave aux populations touchées; le règlement des causes profondes et un développement inclusif.  « J’ai pu constater, lors de mes deux visites à Cox’s Bazar, les conditions de vie très dégradées des réfugiés, lesquels n’ont que très peu d’espoir. »  Elle a indiqué que la générosité du Bangladesh ne peut durer indéfiniment et rappelé l’urgent besoin de financer le Plan de réponse humanitaire pour 2019.  Elle s’est dite préoccupée par les conséquences que les affrontements nourris avec l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan pourraient avoir sur le retour volontaire et digne des réfugiés.  « Pour ces derniers, le fait de savoir que l’ONU et ses partenaires seront présents à leur retour ne peut que les encourager à regagner leurs foyers. »  La stratégie nationale du Myanmar de fermeture des camps doit remédier aux causes profondes de la crise, telles que la question de la citoyenneté et la restauration de la liberté de circulation, a-t-elle ajouté.  L’appui aux conditions pour un retour des réfugiés demeure insuffisant. 

Elle a dit poursuivre ses contacts avec les deux gouvernements et a appelé à la pleine mise en œuvre des recommandations de la Commission consultative sur l’État rakhine.  Mme Burgener a souligné l’importance qu’il y a à établir les responsabilités, ajoutant que la Commission d’enquête indépendante du Myanmar a répondu favorablement à son appel d’impliquer les différentes entités onusiennes chargées des droits de l’homme.  Il y a un besoin de complémentarité, y compris avec le dernier mécanisme indépendant d’enquête mandaté par le Conseil des droits de l’homme, a-t-elle précisé.  L’établissement des responsabilités et l’appropriation nationale du processus sont cruciaux, du point de vue des victimes de Cox’s Bazar et dans tout le Myanmar.  Estimant qu’une telle reddition de comptes ne peut se faire par le seul prisme pénal, l’Envoyée spéciale s’est dite encouragée par les différentes tentatives visant à donner une voix aux victimes et à appuyer les projets de nature à nourrir le dialogue. 

Mme Burgener a ensuite mentionné les revers essuyés dans le processus de paix, dans des zones au-delà de l’État rakhine, y compris dans les États kachin et shan.  Dans ces zones, où les civils ont besoin d’une assistance, l’accès est également entravé.  Malgré les progrès accomplis en vue d’une solution pacifique, tels que la déclaration unilatérale de cessez-le-feu des Tatmadaw le 21 décembre dernier, les tensions se sont accrues, y compris entre le Gouvernement et les groupes signataires de l’accord de cessez-le-feu conclu à l’échelle nationale d’octobre 2015.  « Toutes les parties ont la responsabilité de faire preuve de retenue et d’éviter toute action susceptible de compromettre les gains importants enregistrés dans le processus de paix. »  Elle a noté que certains réfugiés en Thaïlande ont regagné leurs foyers au Myanmar et a appelé à faire fond sur ce développement. 

Les élections générales de 2020 pourraient être synonymes de difficultés supplémentaires sur le plan intérieur, a-t-elle déclaré.  Dans un tel environnement, Mme Daw Aung San Suu Kyi a fait preuve de prudence dans la poursuite des réformes démocratiques, comme l’ont montré les récents efforts autour de l’amendement constitutionnel.  « Il est crucial que cette réforme remédie aux discriminations institutionnelles. »  Elle a salué l’accord donné par le Gouvernement pour l’installation de son bureau à Nay Pyi Taw, en janvier, illustrant la coopération constructive constatée jusqu’à présent.  « Nous devons ensemble continuer à bâtir la confiance et travailler en partenariat avec le Gouvernement. » 

Enfin, promettant de continuer « à dire la vérité et à jeter des ponts », l’Envoyée spéciale a plaidé pour une interaction régulière avec « tous les responsables ».  « Si je partage les préoccupations exprimées quant à la lenteur des progrès, mes premières visites au Myanmar m’ont permis d’appréhender les défis de taille qui subsistent et qui nécessiteront un appui international considérable. »

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a dit que le déplacement forcé de centaines de milliers de personnes au Myanmar oblige le Conseil de sécurité à se mobiliser.  Un règlement pacifique de la crise est essentiel, a-t-elle dit, en insistant sur la garantie des droits et des libertés de tous les « Birmans », y compris les Rohingya.  La représentante a pointé du doigt « l’armée birmane » qui est à l’origine de cette situation et le Conseil de sécurité doit le dire sans hésitation.  Elle s’est dite déçue qu’il n’ait pas été possible de faire davantage pour le retour des Rohingya, soulignant que son pays n’a pas de position tranchée.  Il souhaite que les réfugiés reviennent librement, a souligné la représentante qui s’est félicitée des efforts de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), de la Chine et d’autres parties prenantes.  Insistant sur le respect des principes du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en matière de retour, elle a ensuite plaidé pour l’accès de l’ONU et de ses agences dans l’État rakhine et pour la liberté de mouvement des Rohingya. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a également regretté la poursuite de la crise, en exprimant la disposition de son pays à aider le Bangladesh à porter son lourd fardeau.  Le Myanmar doit prendre ses responsabilités, a estimé le représentant, en saluant les étapes positives mais qui doivent encore être mises en œuvre.  Il faut, a-t-il énuméré, s’attaquer aux causes de la crise, faciliter le retour des réfugiés, fermer les camps de réfugiés, rétablir la liberté de mouvement des Rohingya dans l’État rakhine, y ouvrir l’accès aux organismes et mener des enquêtes indépendantes et transparentes sur les meurtres des Rohingya.  La pleine citoyenneté doit être accordée à ce peuple, a ajouté le représentant, qui a exhorté le Conseil de sécurité à rester saisi de cette question.  Il a également encouragé le Myanmar à trouver une solution positive à la crise. 

M. WU HAITAO (Chine) a insisté sur les progrès enregistrés dans l’État rakhine.  Le Myanmar s’est engagé à fermer les camps de personnes déplacées et à fournir à celles-ci des pièces d’identité.  Il a souligné la nécessité de régler les causes profondes de la crise, la priorité, pour l’heure, étant le retour des réfugiés.  Mon pays est très préoccupé par la situation humanitaire dans l’État rakhine et fournit une aide au Myanmar et au Bangladesh, a assuré le représentant, qui a précisé que l’appui à ce dernier pays s’élevait à 20 millions de renminbi.  Il a indiqué que la situation dans l’État rakhine est avant tout une question bilatérale que le Bangladesh et le Myanmar doivent régler.  Le délégué a invité la communauté internationale à appuyer le dialogue et à encourager le retour des réfugiés.  Le développement est la seule solution pour régler durablement la situation dans l’État rakhine, a-t-il dit, en se disant favorable à un rôle accru de l’ONU en ce sens.  Enfin, M. Wu a demandé aux membres du Conseil de rester unis sur ce dossier et d’éviter d’exercer des « pressions » sur les parties prenantes.

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a jugé impératif de créer un développement inclusif et durable dans l’État rakhine et d’y garantir la viabilité d’une solution à la crise, exhortant à une mise en œuvre efficace du cadre de coopération agréé par le Myanmar, le HCR et le PNUD.  Il a ensuite indiqué que le Ministre indonésien des affaires étrangères avait conduit, ces dernières semaines, une série de réunions avec des interlocuteurs clefs de la région, notamment son homologue du Bangladesh et de hauts responsables du Myanmar, réunions au cours desquelles a été discuté le rôle que pourrait jouer l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) dans le processus de rapatriement.  L’Indonésie s’est dite ainsi fermement convaincue que l’ASEAN peut s’impliquer dans la recherche d’une solution durable à la situation dans l’État rakhine, un certain nombre de visites du Secrétariat de cette organisation sous-régionale au Myanmar ayant été conduites le mois dernier.  L’objectif?  Préparer l’ouverture d’un centre de coordination de l’aide humanitaire de l’ASEAN pour la gestion des catastrophes, a précisé le représentant.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a appelé les autorités « birmanes » à établir sans délai un accès humanitaires sûr, complet et sans entrave dans l’« État de l’Arakan » et de permettre aux déplacés internes rohingya une pleine liberté de circulation et un accès entier et sans discrimination aux services de base.  Ce sont des conditions indispensables pour un retour volontaire, sûr, digne et durable des réfugiés rohingya qui, pour l’heure, ne sont toujours pas réunies, a-t-elle souligné.

Abordant la question de l’impunité, le représentant a relevé que le Conseil n’a pas de garanties que la Commission d’enquête sur les violations des droits de l’homme, créée l’été dernier, est en mesure de mener un travail indépendant, crédible et impartial.  Il a appelé à tirer toutes les conséquences des conclusions « sans ambiguïtés » de la mission d’établissement des faits exposées devant le Conseil en octobre, en coopérant pleinement avec la Cour pénale internationale (CPI) et avec le Mécanisme d’enquête créé par le Conseil des droits de l’homme.  Il a aussi jugé essentiel que le Groupe de travail sur les enfants dans les conflits armés puisse adopter des conclusions sur la Birmanie.

Pour la France, une autre priorité concerne les recommandations de la Commission Annan, en particulier celles sur la citoyenneté et l’égalité des droits.  Le représentant a déploré qu’aucune amélioration tangible de la situation des communautés les plus vulnérables n’ait été enregistrée.  Il a appelé les autorités birmanes à apporter une solution durable à la crise, notamment en assurant un accès affectif aux services publics de soin, de santé et d’éducation pour toutes les personnes de la communauté rohingya.

M. Delattre a par ailleurs déploré la condamnation en appel à sept ans de prison des deux journalistes de l’agence de presse Reuters et a appelé les autorités birmanes à explorer toutes les voies possibles afin de permettre leur libération rapide.

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a réitéré sa condamnation des graves violations des droits de l’homme et des crimes horribles dont sont victimes les Rohingya.  Le Conseil de sécurité, qui a la responsabilité d’y apporter une réponse, a abordé ce point sous différents formats mais n’a pas apporté de solution claire permettant aux Rohingya de revenir chez eux de façon digne et volontaire, a-t-il noté.  Il a rappelé qu’il y a près d’un million de personnes déplacées à cause de « ce qu’on décrit comme une épuration ethnique, un génocide, des crimes atroces ».  Il faut donc des mesures proportionnelles à la gravité de ces faits, a plaidé M. Singer Weisinger, qui estime que le moment est venu pour le Conseil de se mobiliser pour prévenir davantage d’atrocités, protéger la population et rendre la justice.  Notant que la responsabilité collective commence par la responsabilité individuelle, il a lancé un appel urgent au Gouvernement du Myanmar pour qu’il mette en œuvre les recommandations de la Commission consultative sur l’État rakhine,

Il faut également, a poursuivi M. Singer Weisinger, mettre en œuvre le Mémorandum d’accord qui permettra à la communauté rohingya un retour dans des conditions dignes et avec le soutien de l’aide humanitaire.  Il incombe au Gouvernement du Myanmar d’assumer la responsabilité du retour des réfugiés, a-t-il martelé en demandant d’éviter de répéter les erreurs du passé.  Il s’est inquiété en particulier des victimes d’actes sexistes et sexuels, notant que ces crimes servent de stratégie d’intimidation et de punition de la société civile.  Il faut une enquête pour identifier les responsables, a-t-il demandé en souhaitant éviter l’impunité.  Le système judiciaire n’étant pas en mesure d’organiser un procès juste et indépendant selon lui, il a souhaité que ce soit la communauté internationale qui mène ce processus.  Le Conseil de sécurité doit plaider pour un processus coordonné et consensuel pour résoudre de façon durable cette crise, a-t-il conclu avant de saluer les efforts du Bangladesh sur ce dossier.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a estimé que les « actions disproportionnées » de la Tatmadaw en août 2017 devraient faire l’objet « sans délai » d’enquêtes et de poursuites crédibles par les autorités compétentes du Myanmar.  Il s’est dit convaincu que si le Conseil n’arrive pas à renvoyer « cette catastrophe » à la CPI, la question reviendra tôt ou tard « sur notre table ».  Le représentant a ensuite exhorté les autorités du Myanmar à accorder un accès humanitaire complet aux agences de l’ONU concernées.  Près d’un an s’est écoulé depuis la signature du protocole d’accord avec le PNUD/HCR et les progrès restent trop lents, a-t-il regretté.  M. Pecsteen de Buytswerve a aussi souligné la nécessité de s’attaquer aux racines profondes du conflit afin de que les réfugiés puissent rentrer de manière sûre, volontaire, digne et durable.  Il a notamment appelé à la mise en œuvre urgente des recommandations du rapport Kofi Annan.  Le représentant s’est par ailleurs félicité de la signature du Communiqué conjoint sur la prévention de la violence sexuelle liée au conflit et a appelé le Gouvernement à mettre en œuvre les engagements pris.  Il a aussi demandé la libération des deux journalistes de Reuters.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a déclaré que l’objectif de ce Conseil devrait être la recherche d’une solution durable et globale aux causes profondes de la crise au Myanmar, à commencer par l’élimination de l’apatridie, de la discrimination et du sous-développement, comme le soulignent les recommandations de la Commission consultative sur l’État rakhine.  Après avoir rappelé la nécessité d’établir des conditions propices au retour sûr, volontaire, digne et durable des personnes déplacées, la représentante a indiqué qu’il y avait des raisons légitimes de penser que les autorités du Myanmar sont en train de revenir sur leurs engagements relatifs à la crise des réfugiés.  « Il y a quelques jours à peine, nous avons entendu par l’intermédiaire de médias des officiers supérieurs du Myanmar nier les persécutions systématiques auxquelles se livrent l’armée sur la minorité musulmane des Rohingya, affirmant que de tels propos sont une insulte à l’honneur de leur pays », a déclaré la représentante.  Elle a demandé à nouveau que le Gouvernement prenne toutes les mesures nécessaires pour atténuer les tensions intercommunautaires et garantir un accès humanitaire sûr, complet et inconditionnel dans les meilleurs délais. 

M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) a exhorté le Gouvernement du Myanmar à mettre en œuvre l’Accord tripartite signé le 6 juin 2018 avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Il a expliqué que cet accord est une « étape nécessaire » pour l’établissement d’un cadre de coopération entre l’ONU et le Gouvernement afin de créer les conditions propices au rapatriement librement consenti, sûr, digne et durable des réfugiés et d’aider à créer des moyens d’existence améliorés et résilients pour toutes les communautés vivant dans l’État rakhine.  Il a aussi invité le Gouvernement du Myanmar à renforcer sa coopération avec le Bangladesh pour le rapatriement des réfugiés. 

Après avoir salué la mobilisation de la communauté internationale en faveur des communautés vulnérables et sinistrées, le délégué a mentionné notamment les efforts du Japon qui a récemment décidé, en coordination avec huit agences des Nations Unies, de financer des projets d’assistance d’urgence, de protection, de renforcement de la confiance et de résilience aux crises dans les États shan, kachin et rakhine.  Le représentant a également salué les efforts consentis par les parties prenantes en faveur de la mise en œuvre des conclusions de la mission d’établissement des faits, notamment la création de la Commission d’enquête indépendante.  La communauté internationale doit prendre diligemment les mesures nécessaires pour traduire devant les tribunaux compétents les auteurs de violations des droits de l’homme commises, notamment contre les femmes et les enfants.

M. MARTHINUS VAN SHALKWYK (Afrique du Sud) a condamné les attaques meurtrières dans l’État rakhine en janvier dernier et s’est dit profondément préoccupé par la grave crise humanitaire qui persiste affectant plus d’un million de réfugiés rohingya dont des femmes et des enfants.  Il a appelé le Gouvernement du Myanmar à travailler avec tous les acteurs, y compris les Nation Unies, pour faciliter les retours volontaires, sûrs et dignes des réfugiés et des déplacés.  M. Van Shalkwyk a également encouragé le Myanmar à mettre pleinement en œuvre le Mémorandum d’accord signé le 6 juin 2018 avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le HCR pour relever les défis de la crise humanitaire.  Il est tout aussi essentiel que les agences de l’ONU reçoivent les ressources nécessaires pour répondre à la crise humanitaire. 

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a salué les efforts de l’Envoyée spéciale dans un pays « replié sur lui-même ».  Il n’y a pas eu de progrès à Cox’s Bazar depuis la visite du Conseil de sécurité l’an dernier, a-t-il déclaré.  Il a pointé le risque que le Conseil se réunisse sur ce sujet dans un an ou deux et que rien n’ait changé à Cox’s Bazar.  Nous devons tout faire pour régler cette situation, a-t-il dit, ajoutant qu’il n’y a pas d’autre d’option que le retour des réfugiés.  Le délégué a plaidé pour un dialogue interethnique approfondi, les Rohingya devant être sur un même pied d’égalité avec les autres groupes ethniques.  Il a demandé que les responsables des atrocités commises, y compris des responsables militaires, soient traduits en justice et exhorté la Chine à faire tout ce qui est en son pouvoir pour que le Gouvernement du Myanmar fasse ses « devoirs » et réponde aux appels de la communauté internationale. 

M. PAUL DUCLOS (Pérou) s’est dit inquiet des derniers affrontements entre la police du Myanmar et les rebelles de l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan.  Mais, a-t-il souligné, ne perdons pas de vue l’objectif principal qui est le retour des réfugiés rohingya.  Ce retour, a précisé le représentant, doit être volontaire, sûr et libre.  Il a remercié le Bangladesh pour son hospitalité et jugé important que ce dernier et le Myanmar discutent des solutions à la crise.  Le représentant a aussi souligné l’importance de la mise en œuvre du Mémorandum d’accord signé entre le Myanmar, le PNUD et le HCR et a regretté les restrictions imposées à l’accès dans l’État rakhine.  Il a salué la stratégie de fermeture des camps élaborée par le Myanmar, laquelle, a-t-il souligné, repose sur la capacité du Gouvernement à mettre en place une société vraiment démocratique, éliminer les obstacles à la liberté de mouvement des réfugiés qui devrait aboutir à l’octroi de la citoyenneté aux Rohingya.  Le représentant a insisté sur le lancement des enquêtes sur les violations des droits de l’homme commises depuis 2017. 

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a indiqué que les conditions au Myanmar ne sont pas encore réunies pour un retour des réfugiés.  Il a demandé le règlement des causes profondes de la crise, dont la question de la citoyenneté, ainsi que la pleine mise en œuvre du Mémorandum d’accord signé entre le Myanmar et le PNUD/HCR.  Le délégué a en outre plaidé pour la bonne mise en œuvre des recommandations de la Commission consultative sur l’État rakhine.  Il a demandé un établissement juste des responsabilités dans l’État rakhine et appuyé le Mécanisme d’enquête indépendant mis en place par le Conseil des droits de l’homme.  Il a en outre souhaité l’adoption à l’Assemblée générale du projet de résolution sur les droits de l’homme au Myanmar.  Enfin, le délégué a salué la générosité du Bangladesh et assuré de l’appui de son pays en vue de la création des conditions pour le retour des réfugiés, parqués pour l’heure dans ce qui est « le plus grand camp de réfugiés au monde ».

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a déclaré que la recherche d’une solution doit être menée avant tout par le Bangladesh et le Myanmar.  Saluant les initiatives internationales visant à débloquer la situation, il a insisté sur le respect de la souveraineté des deux pays concernés.  Le représentant, qui a reconnu le rôle d’appui des Nations Unies, a aussi salué celui de l’ASEAN et félicité la Commission d’enquête créée par le Myanmar qui « ne refuse pas le dialogue avec la communauté internationale ».  Il a constaté que le cessez-le-feu est toujours en vigueur et a salué la volonté du Gouvernement du Myanmar de discuter avec l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan « si elle renonce à la violence ».  Le représentant a milité pour une démarche équilibrée sans confrontation, y compris dans l’État rakhine.  S’opposant à tout retard artificiel dans le retour des réfugiés, il a tout de même mis en garde contre la politisation du processus. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a avoué son inquiétude face au retard pris dans le retour des réfugiés et à la non-application du Mémorandum d’accord signé avec le PNUD et le HCR.  Comme d’autres intervenants avant lui, il a rappelé l’importance du retour volontaire, sûr et digne des réfugiés dans l’État rakhine, dans un délai raisonnable.  Il a encouragé le Gouvernement du Myanmar à redoubler d’efforts dans la mise en œuvre du Mémorandum d’accord et à garantir un accès normal et sans entrave de l’aide humanitaire. 

M. HAU DO SUAN (Myanmar) a indiqué que son pays a donné son accord à la nomination de l’Envoyée spéciale et à l’établissement de son bureau.  Mon pays a mis en œuvre la plupart des recommandations de la Commission consultative sur l’État rakhine, a-t-il affirmé, ajoutant que dans ce processus, cinq domaines prioritaires ont été identifiés: la citoyenneté, la liberté de mouvement, la fermeture des camps de personnes déplacées, l’éducation et la santé.  Il a aussi mentionné les projets en vue du développement socioéconomique de l’État rakhine, le développement étant la meilleure manière de mettre fin aux conflits. 

La tâche la plus urgente, a-t-il estimé, est de commencer le processus de rapatriement aussi vite que possible, afin de remédier à la situation humanitaire.  « Nous sommes prêts à accueillir des réfugiés qui auront été approuvés d’une manière volontaire, sûre et digne, dans le respect des accords bilatéraux et arrangements passés avec le Bangladesh. »  Il s’est dit assuré du succès de ce plan de retour si les deux pays respectent ces accords.  Évoquant le Mémorandum d’accord signé avec le PNUD et le HCR, il a déclaré que son pays a accepté de mettre en œuvre 35 projets à impact rapide, dès que les conditions sécuritaires auront été réunies. 

Le représentant a dénoncé les pressions politiques, illégitimes et « malfaisantes », exercées par certains pays, par le biais du système de l’ONU, et dénoncé aussi la création du Mécanisme indépendant sur le Myanmar par le Conseil des droits de l’homme.  Le Conseil a outrepassé son mandat en créant ce mécanisme, a-t-il dit, en l’accusant de sélectivité et de discrimination et en le prévenant qu’une telle initiative ne manquera de servir à ceux qui veulent faire de lui un instrument de leurs agendas politiques.  Des mesures aussi intrusives ne feront qu’exacerber les tensions intercommunautaires, a aussi prévenu le délégué, en rejetant catégoriquement le rapport de la mission internationale indépendante d’établissement des faits au Myanmar, qu’il a jugé « partial ».

Mon gouvernement ne tolérera pas les violations des droits de l’homme et prendra les mesures nécessaires pour traduire en justice les responsables, a-t-il dit, en mentionnant la création d’une Commission indépendante d’enquête qui a déjà été saisie de 40 allégations de violations des droits de l’homme et demandé l’accès aux camps de Cox’s Bazar.  Le représentant a d’ailleurs exhorté le Bangladesh à faciliter le travail de la Commission.  « Soucieux d’établir les responsabilités, nous rejetons toute tentative de confier cette tâche à la justice pénale internationale », a souligné le représentant qui a insisté sur le fait que la question de l’État rakhine n’est pas une question de persécution religieuse comme cela a été dépeint dans cette campagne médiatique massive contre le Myanmar, a déclaré le délégué.  « C’est une question économique et politique. »  Il a en outre invoqué les « barrières psychologiques et physiques » qui entravent les efforts de rapatriement, de paix et de développement.  Il faut du temps, a-t-il conclu, pour rétablir la confiance entre les différentes communautés de l’État rakhine.  Mon pays veut régler cette question aussi vite que vous, a-t-il affirmé.

M. SHAHIDUL HAQUE (Bangladesh) a exprimé sa frustration face à l’absence d’avancées concrètes pour convaincre son gouvernement et les Rohingya qui vivent dans des camps au Bangladesh qu’il existe une résolution précoce à la « crise », à savoir le retour sûr, digne, volontaire et durable des Rohingya.  Quoi de plus décevant de découvrir qu’en dépit de nos efforts, le rapatriement ne pourra pas commencer en raison des conditions peu propices dans l’État rakhine? a-t-il déploré.

Il a souligné que le « problème des Rohingya » est le débouché d’une création géopolitique multidimensionnelle et à multiples facettes qui a pour point de départ le Myanmar, résultant d’une pratique de privation, de dépossession et d’atrocités longue de plusieurs décennies.  Aussi, la solution doit être trouvée au Myanmar et par le Myanmar, a-t-il affirmé, regrettant par ailleurs que les autorités de ce pays accusent le sien d’offrir un havre à des terroristes. 

M. Haque a ensuite indiqué que la présence prolongée des Rohingya au Bangladesh pose des défis de taille et a un impact adverse sur l’économie, l’environnement, le tissu social et la société.  Nous faisons également face au risque de traite, de trafic de stupéfiants, et de radicalisation avec des répercussions pour l’ensemble de la région, a-t-il averti.  La notion même que le Bangladesh accueille les Rohingya sur le long terme n’est pas du tout viable.  Et même si le rapatriement devait commencer aujourd’hui, il durerait 12 ans, sur la base de l’estimation du retour de 300 personnes par jour. 

Le représentant a également indiqué qu’en dépit des efforts du Bangladesh « qui a tout essayé » en intervenant auprès du Myanmar et des partenaires régionaux, pas un seul Rohingya ne s’est porté volontaire pour regagner Rakhine en raison de l’absence d’un environnement propice.  Et nos amis de la communauté internationale doivent honorer leur rôle de « partenaire international intéressé », a-t-il enchaîné, soulignant qu’investir dans Rakhine, sans garantir le retour des Rohingya et le respect de leurs droits, ne produira aucun résultat.  De toute évidence, la politique d’apaisement ne fonctionne pas, comme ce fut le cas dans le passé, a-t-il commenté.

Poursuivant, le représentant a alerté que la situation s’est aggravée, signalant que les combats menés par l’armée du Myanmar depuis le mois de novembre 2018 avaient provoqué de nouvelles vagues de déplacement, y compris parmi les bouddhistes de Rakhine.  Cela ne fait que corroborer ce que nous avons soutenu depuis le début de la crise, qu’une répression contre l’ensemble des minorités ethniques de l’État rakhine est en cours, a-t-il dit.  M. Haque a ensuite annoncé « avec regret » que le Bangladesh ne pourra pas héberger plus de personnes venant du Myanmar.

Pour progresser, le représentant a appelé le Myanmar à coopérer avec les mécanismes de l’ONU, notamment la mission internationale indépendante d’établissement des faits, pour répondre au problème de l’impunité.  Il a aussi engagé les autorités à veiller à la pleine mise en œuvre du Mémorandum d’accord entre le Gouvernement du Myanmar, le PNUD et le HCR ainsi que des recommandations de la Commission consultative de Kofi Annan.  Il a également réclamé le démantèlement des camps de déplacés et des ghettos à Rakhine « où plus de 130 000 musulmans sont détenus depuis plus de six ans dans des conditions inhumaines ».

M. Haque a ensuite exhorté le Conseil de sécurité à négocier de nouveau le projet de résolution afin d’établir un cycle régulier de présentation de rapport et un mécanisme de suivi des recommandations de la Commission consultative.  Il a aussi préconisé l’organisation d’une nouvelle mission de visite du Conseil à Cox’s Bazar et dans l’État rakhine afin d’évaluer l’évolution de la situation depuis leurs visites d’avril et mai 2018.  Le représentant a également jugé nécessaire d’établir des zones de sécurité dans les régions en conflit au Myanmar pour les populations civiles, avant d’appeler l’Envoyée spéciale à intensifier ses efforts.

 

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