Le Conseil de sécurité rejette deux projets de résolution américain et russe sur la situation au Venezuela

CS/13725
28 février 2019
8476e séance – après-midi

Le Conseil de sécurité rejette deux projets de résolution américain et russe sur la situation au Venezuela

Dans un Conseil de sécurité divisé entre ceux qui reconnaissent la légitimité de M. Juan Guaidó, qui s’est déclaré Président par intérim du Venezuela, et ceux qui soutiennent M. Nicolás Maduro, Président actuel, deux projets de résolution « concurrents » ont été soumis au vote cet après-midi, dans ce qui était, en un peu plus d’un mois, la troisième séance sur la situation au Venezuela.

Convoquée à la demande des États-Unis, cette séance s’est soldée par le double veto de la Chine et de la Fédération de Russie sur le projet de résolution américain même s’il a recueilli neuf voix pour et les abstentions de la Côte d’Ivoire, de la Guinée équatoriale et de l’Indonésie et l’opposition de l’Afrique du Sud.  Le projet de résolution russe a essuyé le triple veto, comme l’a rappelé la Fédération de Russie, des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni, l’opposition de quatre autres membres du Conseil et les abstentions de la Côte d’Ivoire, de l’Indonésie, du Koweït et de la République dominicaine. 

Le projet de résolution américain parlait de « l’autorité constitutionnelle de l’Assemblée nationale démocratiquement élue » et considérait l’élection du 20 mai 2018 comme « ni libre ni équitable ».  Il appelait aussi « au lancement d’un processus politique pacifique conduisant à une élection présidentielle libre, régulière et crédible », avec observation électorale internationale et conformément à la Constitution du Venezuela.  Le projet soulignait en outre « la nécessité d’empêcher une nouvelle détérioration de la situation humanitaire au Venezuela et de faciliter l’accès sans entrave et l’acheminement de l’aide à tous ceux qui en ont besoin sur l’ensemble du territoire du Venezuela, conformément aux principes humanitaires » et soulignait qu’il importe d’assurer la sécurité de tous les membres de l’Assemblée nationale et de l’opposition politique.

En face, le projet de résolution russe mettait l’accent sur les « menaces de recours à la force contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique » du Venezuela, ainsi que sur « les tentatives visant à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale du Venezuela ».  Il demandait instamment que la situation actuelle soit réglée par des moyens pacifiques et appuyait toutes les initiatives visant à trouver une solution politique entre Vénézuéliens, y compris dans le cadre du Mécanisme de Montevideo, grâce à un processus de dialogue national authentique et sans exclusive.  Le projet rappelait également que l’assistance internationale devrait être fournie avec le consentement du Gouvernement vénézuélien et sur la base d’une demande de ce dernier en réaffirmant dans son préambule la nécessité de respecter les principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance dans la fourniture de l’assistance humanitaire.

L’adoption du projet américain, a estimé la Fédération de Russie, aurait été une première dans l’histoire du Conseil de sécurité qui aurait « limogé » un Président pour en installer un autre.  Washington ne connaît que « les ultimatums, les sanctions et les menaces de recours à la force », a martelé la Fédération de Russie pour laquelle le projet était un prétexte à un « changement de régime ».  Ce point de vue a été rejeté par les partisans du texte.  Pour l’Allemagne, le projet avait le mérite de promouvoir une solution pacifique et inclusive à la crise au Venezuela, alors que celui de la Russie n’en proposait pas et refusait de prendre acte de la crise humanitaire que traverse le peuple vénézuélien.  La France a dit n’avoir vu, dans le texte américain, aucune base juridique en vue d’un recours à la force et d’une atteinte à la souveraineté du Venezuela.  L’ensemble de l’Union européenne, a-t-elle rappelé, n’a cessé de rappeler son refus de l’usage de la force pour résoudre la crise.  Une solution politique à une crise politique, a-t-elle insisté, en expliquant que c’est la raison d’être du Groupe de contact international lancé par l’Union européenne et l’Uruguay.

En votant contre notre projet de résolution, ont dénoncé les États-Unis, certains membres du Conseil de sécurité continuent de protéger le régime de Nicolás Maduro et de prolonger les souffrances du peuple vénézuélien.  Exercer le droit de veto, c’est se rendre complice d’un régime décidé à affamer son peuple, a tranché la France avant que la Fédération de Russie n’affirme qu’au contraire, c’est défendre le droit des peuples à décider eux-mêmes de leur destin.  Les deux textes présentaient des « défauts » et étaient « excessivement politisés », a estimé l’Indonésie qui s’est lamentée en ces termes: « Nous commençons à croire que le dialogue et les négociations sont devenus un “luxe” au sein de ce Conseil ». 

Cet appel à la raison n’a pas empêché le Venezuela de fustiger les deux puissances coloniales que sont les États-Unis et le Royaume-Uni, « l’une très puissante, l’autre en décadence », pour avoir orchestré un « pillage » délibéré et déguisé sous une « idéologie de rédemption » du tiers monde au cours de l’histoire sud-américaine.  Si les intérêts du peuple vénézuélien leur tenaient tant à cœur, elles commenceraient par nous rendre « les biens mal acquis » qui se chiffrent en milliards de dollars, a asséné le Venezuela.  Ses accusations selon lesquelles un navire de guerre britannique serait stationné au large de la mer des Caraïbes lui ont valu une réaction immédiate du Royaume-Uni, qui a promis d’y répondre officiellement dans une lettre au Conseil de sécurité.  Le Venezuela a aussi dénoncé une « opération d’extorsion massive » visant tous les pays qui entretiennent des relations commerciales avec lui.  Il n’a pas oublié de pointer du doigt l’« option militaire » que laisse toujours planer le Président américain, en attirant l’attention sur M. Elliot Abrams, la personnalité que M. Donald Trump a chargé de planifier la « guerre indirecte » contre le Venezuela, celle-là même qui avait chargé d’armes des avions déguisés en cargos humanitaires pour répandre la mort et la destruction au Nicaragua dans les années 1980. 

LA SITUATION DANS LA RÉPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA

Déclarations

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a déclaré que le projet de résolution mis aux voix cet après-midi représente le « sommet du spectacle américain du deux poids, deux mesures », affirmant que la situation humanitaire au Venezuela n’est qu’un prétexte.  En effet, si ce texte était adopté, a-t-il argué, ce serait la première fois dans l’histoire du Conseil de sécurité qu’il limogerait un Président pour en installer un autre.  « Juridiquement, c’est nul et non avenu! » a-t-il tranché.  « Qu’est-ce que veut dire, cette manière de troller le Conseil de sécurité?! » s’est-il exclamé.  La délégation américaine, a estimé le représentant, sait qu’elle n’a aucune chance que ce texte soit adopté, mais elle est soucieuse de pointer du doigt ceux qui s’y opposeront.  Washington ne connaît que « les ultimatums, les sanctions et les menaces de recours à la force », a martelé M. Nebenzia, pour qui ce projet de résolution est un prétexte à un « changement de régime ».  Voilà l’exemple le plus clair de mise en œuvre du concept d’aide humanitaire, dont nous parlent en permanence nos collègues occidentaux, a-t-il ironisé.  C’est la raison pour laquelle, a-t-il indiqué, nous avons préparé un autre texte, dans lequel nous exprimons notamment notre appui au Mécanisme de Montevideo pour aider les Vénézuéliens à parvenir à un règlement politique.  Nous n’avons eu aucun commentaire de la part de collègues occidentaux, s’est-il étonné, en soulevant le fait qu’ils ont ensuite présenté le leur.  « Où est la diplomatie dans tout cela? »  Nous sommes préoccupés par le fait qu’une opération militaire soit envisagée au Venezuela, a insisté le délégué russe.  Je demande donc aux membres du Conseil de ne pas voter en faveur de ce texte, mais d’apporter leur soutien au nôtre.

M. ELLIOTT ABRAMS, Représentant spécial des États-Unis pour le Venezuela, a affirmé que la situation au Venezuela exige que l’on agisse maintenant.  Des millions de Vénézuéliens ont fui leur pays, a-t-il poursuivi, martelant que « le temps d’une transition politique, c’est maintenant ».  Malheureusement, en votant contre cette résolution, certains membres du Conseil de sécurité continuent à protéger Maduro et à prolonger les souffrances du peuple du Venezuela, a estimé le représentant, ajoutant que cette crise va bien au-delà du Venezuela et contamine toute la région.  Malgré le vote d’aujourd’hui, cette résolution montre que la démocratie se mobilise derrière le Président Guaidó.  Les États-Unis attendent des élections libres et régulières qui reflètent véritablement la volonté du peuple vénézuélien.  Les États-Unis, a prévenu le représentant, envisageront toutes les options pour acheminer l’aide humanitaire au Venezuela.  Il a d’ailleurs décrit le convoi qui est en route aujourd’hui et demandé au Conseil de veiller à la sécurité du Président Guaidó lorsqu’il rentrera au Venezuela.  Le représentant s’est félicité de ce qu’une majorité des membres du Conseil ait soutenu le projet de résolution américain.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a regretté que le texte présenté par les États-Unis n’ait pas été adopté, de même que l’absence d’unité au sein du Conseil, un résultat d’autant plus incompréhensible qu’il s’agit, selon lui, d’un « texte a minima ».  L’aspiration démocratique des Vénézuéliens ne pourra être réalisée que par le biais d’élections crédibles, libres et transparentes, a-t-il affirmé.

M. WU HAITAO (Chine), qui a voté contre le projet de texte américain, a affirmé le soutien de son gouvernement aux efforts du Gouvernement du Venezuela, estimant que les affaires vénézuéliennes doivent être réglées par le peuple vénézuélien alors que le rôle du Conseil de sécurité est de maintenir de la paix et la sécurité internationales et de veiller au respect des principes de la Charte.  La Chine, a-t-il réaffirmé, s’oppose à l’ingérence dans les affaires intérieures d’un État ainsi qu’à une intervention militaire au Venezuela.  Elle appelle le Gouvernement vénézuélien et les partis d’opposition à rechercher une solution politique par le dialogue.  Elle appelle également à une aide humanitaire respectueuse de la souveraineté du Venezuela.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a dit avoir voté en faveur de la résolution américaine qui contenait les éléments essentiels d’une sortie de crise.  Rien dans ce texte n’était de nature à justifier le recours à la force.  Il prônait au contraire des solutions pacifiques.  Regrettant que certains aient bloqué ces perspectives, le représentant a annoncé son opposition à la résolution de la Fédération de Russie car la solution à la crise vénézuélienne passe par l’organisation d’une élection présidentielle libre, régulière et crédible.  Il est grand temps de laisser le peuple vénézuélien décider de son avenir, s’est impatienté le représentant, qui a souligné l’importance d’une aide humanitaire conforme aux principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance.  Il est inacceptable que des groupes armés irréguliers intimident les civils et les membres de l’Assemblée nationale qui se sont mobilisés pour distribuer l’aide. 

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a justifié le vote de sa délégation par le fait qu’il n’existe pas d’autre solution possible à la crise au Venezuela que de nouvelles élections libres et ouvertes avec des garanties pour tous les groupes et acteurs politiques.  Ce processus politique, pacifique et inclusif devra permettre à la société vénézuélienne de se réconcilier et de dépasser les différends qui sont à l’origine des tensions actuelles.  Pour la République dominicaine, l’usage de la force n’est pas une option possible.  Elle privilégie au contraire un dialogue inclusif auquel participeraient tous les acteurs politiques vénézuéliens, y voyant « la seule voie possible pour une sortie de crise pacifique, démocratique et respectueuse des droits de l’homme ».

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a réitéré qu’un dialogue politique sans exclusive s’impose pour résoudre la crise politique au Venezuela.  Nous sommes préoccupés par l’absence de procédure régulière à propos de ce texte, sur lequel sa délégation n’a pas pu travailler correctement.  « Nous devons parler d’une seule voix et aider le peuple vénézuélien à relever les défis politiques et humanitaires qui se posent dans son pays », a déclaré le représentant.  Malheureusement, l’absence d’unité de ce Conseil démontre qu’il n’est pas en mesure de se hisser à la hauteur de la situation au Venezuela, a regretté le délégué, pour qui il faudrait dépolitiser l’aide humanitaire.  Le texte américain insiste sur une transition politique et la tenue d’élections, ce qui constitue une atteinte à la souveraineté d’un État.  L’Afrique du Sud ne peut pas se rallier à l’affirmation selon laquelle le scrutin qui a vu la réélection du Président Maduro serait irrégulier.  L’Afrique du Sud, a ajouté le représentant, respecte l’autorité de la Commission nationale électorale, qui a déclaré le vainqueur.  Enfin, a ajouté M. Matjila, nous pensons que le paragraphe 4 du texte américain est « partial », dans la mesure où il souligne qu’il importe d’assurer la sécurité de tous les membres de l’Assemblée nationale et de certaines personnalités politiques « uniquement ».  Les Nations Unies, a martelé le représentant, ne peuvent se montrer sélectives dans l’octroi d’une protection. 

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni), qui a « naturellement » voté pour le texte américain et contre le texte russe, a remarqué que le projet de résolution russe a essuyé « un échec » alors que c’est à un veto que s’est heurté celui des États-Unis.  « Cette une situation intenable qui ne peut continuer », s’est-elle indignée.  Le texte américain, a-t-elle poursuivi, traite de points importants au Venezuela qui suscitent également l’inquiétude du Royaume-Uni.  Il ne demande pas un transfert de pouvoir, contrairement aux arguments avancés par la délégation russe, mais demande des élections libres et régulières.  La présidence de M. Maduro est illégitime, a tranché la représentante, et M. Guaidó est le Président par intérim, conformément à la Constitution.  La résolution américaine souligne aussi la préoccupation internationale face à l’usage de la force contre des personnes non armées et à l’effondrement de l’économie dû aux politiques corrompues de « Maduro », qui ont poussé près de 3,5 millions de Vénézuéliens à fuir leur pays.  Elle a remercié les États-Unis, délégation porte-plume de la résolution, pour ses efforts.

Commentant le texte de la Russie, la représentante s’est dite « fondamentalement » en désaccord parce qu’il indique fallacieusement qu’il y aurait une menace de recourir à la force et de violer l’intégrité territoriale du Venezuela.  Il y est uniquement question de règlement intravénézuélien alors que la crise a des conséquences qui dépassent les frontières nationales.  Le texte donne une lecture « sélective » de la Charte des Nations Unies et sous-entend un soutien du régime Maduro, s’est une nouvelle fois indignée la représentante, qui a aussi reproché au texte d’écarter explicitement des aspects essentiels de la situation au Venezuela comme la crise humanitaire créée de la main de l’homme et l’importance d’élections libres et régulières.

M. WALTER LINDNER, Secrétaire d’État des affaires étrangères de l’Allemagne, a déclaré que le texte des États-Unis promouvait une solution pacifique et inclusive à la crise au Venezuela, alors que celui de la Russie ne propose pas de solution et refuse de prendre acte de la crise humanitaire que traverse le peuple vénézuélien.  Il a rappelé que l’exode massif des Vénézuéliens représente un danger pour la stabilité régionale, soulignant qu’une nouvelle élection présidentielle démocratique doit se tenir. 

Après avoir regretté les vetos russe et chinois sur le projet de résolution américain, M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a contesté les affirmations selon lesquelles ce texte fournirait une base juridique en vue d’un recours à la force et porterait atteinte à la souveraineté du Venezuela.  La France, comme l’ensemble de l’Union européenne, a-t-il souligné, n’a cessé de rappeler son refus de l’usage de la force pour résoudre la crise au Venezuela.  L’organisation d’une élection présidentielle libre, crédible et transparente doit être l’objectif en vue du rétablissement de la démocratie vénézuélienne.  Une solution politique à une crise politique, a insisté le représentant, en expliquant que c’est la raison d’être du Groupe de contact international lancé par l’Union européenne et l’Uruguay. 

Il a vu dans la position de la Russie et de la Chine de bloquer le projet de résolution, après avoir refusé de participer aux négociations, la poursuite d’un autre objectif, celui de protéger le régime de Nicolás Maduro.  Le recours au veto revient à être complice d’un régime décidé à affamer son peuple.  Le texte russe, a commenté le représentant, entretient l’illusion d’une situation paisible au Venezuela et agite le spectre de l’invasion étrangère alors que 3,5 millions de migrants et de réfugiés ont quitté le pays et qu’une majorité de la population est plongée dans le dénuement le plus total.  Pas une fois n’apparaît le mot « humanitaire », a relevé le représentant.  L’impasse ne peut durer, a-t-il conclu, en promettant des efforts dans le cadre du Groupe de contact international. 

Pour M. MEZA-CUADRA (Pérou), le projet de résolution russe ne reflète pas les éléments fondamentaux de la crise au Venezuela, à savoir un régime illégitime, des violations flagrantes des droits de l’homme et l’impératif d’élections libres et régulières.  Le Pérou, a-t-il dit, ne peut pas accepter ces deux poids, deux mesures qui ne tiennent compte que de certains éléments de la Charte des Nations Unies.  Le représentant a tenu à rappeler que le régime Maduro s’est non seulement opposé à l’entrée de l’aide humanitaire « nécessaire » ce week-end, mais est allé jusqu’à nier l’existence même de la crise, ignorant ainsi les 3,5 millions de Vénézuéliens qui ont fui le pays.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a regretté que tous les membres du Conseil de sécurité n’aient pas jugé bon de participer aux consultations autour du texte présenté par les États-Unis.  Il est de la responsabilité du Conseil, a-t-elle martelé, de faire face à des situations telles que celle qui prévaut au Venezuela. 

M. MATJILA (Afrique du Sud) a estimé que le projet de texte présenté par la Fédération de Russie expose à la fois les principes de la Charte des Nations Unies et les principes essentiels du règlement pacifique des différends.  Il insiste aussi sur le plein respect des principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance qui fondent l’aide humanitaire.  C’est pour toutes ces raisons que l’Afrique du Sud a appuyé le texte. 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a regretté le manque d’unité parmi les membres du Conseil de sécurité, dont témoigne la mise aux voix de deux projets de résolution concurrents.  Selon lui, les deux textes présentent des « défauts », et sont « excessivement politisés ».  Rappelant l’attachement de sa délégation aux principes de non-ingérence, de souveraineté et d’intégrité territoriale, le représentant a souligné aussi qu’il y a urgence à répondre à la crise humanitaire qui accable le peuple vénézuélien.  L’ONU doit jouer un rôle de premier plan à cet égard.  Nous commençons à croire, s’est désolé le représentant, que le dialogue et les négociations sont devenus un « luxe » au sein de ce Conseil.

M. NEBENZIA (Fédération de Russie) a regretté le rejet de son projet de texte mais surtout le fait que le Conseil de sécurité ait été entraîné de nouveau dans « ce spectacle politique ».  Le projet américain, a-t-il répété, visait un changement de régime sous le prétexte humanitaire.  Nous avons déjà adopté une résolution similaire sur la Libye, a-t-il rappelé, et « nous savons tous où cela nous a menés », comme tous ces pays africains qui ont vu se déchaîner sur eux l’internationale terroriste en provenance de Libye.  On commence toujours par créer d’immenses problèmes humanitaires puis on appelle le monde à l’aide, a ironisé le délégué russe.  Nous avons exercé notre droit de veto, s’est-il expliqué, parce que le texte américain ne vise pas à aider les Vénézuéliens contrairement au texte russe.  « Élections ou pas, c’est aux Vénézuéliens eux-mêmes de décider et l’essentiel c’est le dialogue », a-t-il martelé, estimant que certains membres du Conseil n’hésitent pas à brûler les passerelles, dont le Mécanisme de Montevideo.  Aujourd’hui, nous avons entendu la représentante du Royaume-Uni nous chanter « une vielle chanson »: le projet russe a été rejeté et le projet américain a été bloqué par un veto russe.  C’est ce que diront les médias qui oublieront évidemment de préciser que le projet russe s’est aussi heurté à un veto.  Mais, a conclu le représentant, le vote d’aujourd’hui montre pourquoi le droit de veto est indispensable.  Il l’est pour défendre le droit des peuples à décider eux-mêmes de leur destin. 

S’agissant du projet de résolution états-unien, M. SAMUEL MONCADA (Venezuela) a dénoncé la « falsification » des résolutions de l’Organisation des États américains (OEA), puisque la propre Charte de celle-ci établit que ses États membres n’ont aucune autorité pour déterminer la légitimité des processus électoraux de pays tiers.  Le représentant a rejeté l’idée que l’on se serve de la Constitution vénézuélienne pour justifier une « intervention coloniale » et appuyer une « entité fictive » qui n’existe pas dans la loi fondamentale, a tonné le représentant.  Il a également dénoncé le fait que le texte américain ne fasse aucune mention des actes violents qui se sont produits le week-end dernier « depuis le territoire colombien », ce qui en fait un « incident international », et non national.  Nous attendons toujours que le Gouvernement colombien présente les preuves supposées de ce qu’il prétend être une « opération humanitaire », a poursuivi M. Moncada, qui a affirmé que « des individus cagoulés et armés » se trouvent toujours près des frontières avec son pays. 

Les deux puissances coloniales que sont les États-Unis et le Royaume-Uni, « l’une très puissante, l’autre en décadence », ont perpétré un « pillage » délibéré et déguisé sous une « idéologie de rédemption » du tiers monde au cours de notre histoire, a rappelé le représentant, en disant que si les intérêts du peuple vénézuélien leur tiennent tant à cœur, qu’ils commencent par rendre les biens mal acquis qui se chiffrent en milliards de dollars.  À l’heure actuelle, une « opération d’extorsion massive » vise tous les pays qui entretiennent des relations commerciales avec le mien, a affirmé M. Moncada, en assurant que des guerres peuvent être aussi menées depuis les « banques ».  Il a dénoncé l’« option militaire » agitée par le Président américain, avant de dire que la personne chargée de planifier la « guerre indirecte » que les États-Unis comptent mener au Venezuela est M. Elliot Abrams, celui-là même qui a chargé des avions avec des armes, « déguisées en aide humanitaire », pour répandre la mort et la destruction au Nicaragua dans les années 1980.  Aujourd’hui, a alerté le représentant, un navire de guerre britannique est stationné au large de la mer des Caraïbes. 

Mme PIERCE (Royaume-Uni) a annoncé que sa délégation entend répondre aux accusations « absurdes » du Venezuela par une lettre officielle au Conseil de sécurité.  Le vol et le pillage du peuple vénézuélien est le fait de son propre gouvernement et non du mien, a-t-elle martelé. 

 

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