Conseil de sécurité: le nouvel Envoyé spécial pour la Syrie fixe cinq priorités pour trouver une issue au conflit

CS/13724
28 février 2019
8475e séance – matin

Conseil de sécurité: le nouvel Envoyé spécial pour la Syrie fixe cinq priorités pour trouver une issue au conflit

Le nouvel Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie a présenté, ce matin, devant le Conseil de sécurité, les cinq priorités qu’il s’est fixées dans l’immédiat dans l’espoir de faire avancer les efforts de résolution politique du conflit syrien, notamment la création du comité constitutionnel réclamé depuis plusieurs mois.

M. Geir Pedersen a expliqué que sa principale priorité est de consolider son dialogue avec le Gouvernement syrien et l’opposition, notamment la Commission syrienne de négociation, soulignant qu’il est essentiel pour lui d’avoir un accès direct aux parties afin de renforcer la confiance et d’amener les Syriens à la table des négociations.

Il a aussi fait part de sa volonté d’œuvrer en faveur d’une action plus concrète sur la question des détenus et des personnes enlevées ou portées disparues, une question qui est selon lui « d’une importance humanitaire immense ». 

Dans l’exercice de son mandat, le nouvel Envoyé spécial compte aussi intervenir auprès d’un large éventail de Syriens, car il est convaincu de l’importance d’associer l’ensemble du peuple aux efforts de paix.  Ce travail, a-t-il précisé, a déjà été amorcé par son équipe qui, au cours des deux derniers mois, a mené des consultations auprès de plus de 200 acteurs de la société civile syrienne et de la diaspora.

M. Pedersen a également insisté sur son espoir de voir le jour d’un comité constitutionnel « crédible » dès que possible, précisant que les règles de procédure devraient être finalisées « très prochainement ».  Il fera en outre tout son possible pour que le comité comprenne un minimum de 30% de femmes.  En se basant sur les conversations qu’il a eues avec les parties, il a noté que celles-ci comprennent généralement l’importance de la convocation d’un comité constitutionnel « crédible, équilibré, inclusif, viable et mené par les Syriens » dans l’intérêt du processus politique.  « Cela permettra d’ouvrir la porte à un dialogue plus approfondi et à de véritables négociations », a-t-il espéré. 

Enfin, M. Pedersen a dit son intention d’aider les parties internationales à consolider leur dialogue pour déboucher sur une solution politique crédible et durable.  Rappelant que cinq armées internationales opèrent sur le territoire et dans l’espace aérien syriens, M. Pedersen a averti que certains défis doivent être surmontés d’urgence au risque de voir la Syrie connaître une nouvelle escalade. 

Il a prôné notamment une diplomatie intensive concernant l’avenir du nord-est du pays, ainsi que le respect des dispositifs « fragiles » du cessez-le-feu à Edleb pour faire front aux groupes terroristes.  Afin de débloquer la situation, le nouvel Envoyé spécial a appelé à se montrer « créatif » et a suggéré d’établir un forum pour permettre aux États clefs d’interagir « sérieusement ». 

Mais alors que les « développements sur les champs de bataille se ralentissent », M. Pedersen a toutefois reconnu que le conflit est loin d’être terminé, et que les défis à surmonter pour gagner la paix sont colossaux, « tant dans leur ampleur que dans leur complexité ».  L’Envoyé spécial a ainsi rappelé que de larges pans de territoire demeurent en dehors du contrôle du Gouvernement, que la moitié de la population d’avant guerre a été déplacée, et que 80% des Syriens vivent en dessous du seuil de pauvreté, sans oublier l’impact « dramatique » du conflit sur les femmes syriennes.

Les cinq priorités de M. Pedersen ont été saluées par nombre de membres du Conseil, dont la Pologne et l’Allemagne, qui a notamment insisté sur l’importance « cruciale » que revêt la création d’un comité constitutionnel, se faisant l’écho d’un sentiment largement partagé quant à l’importance de passer, selon la Guinée équatoriale, à un « processus politique actif ».

Convaincue que la situation en Syrie s’est « considérablement améliorée », la Fédération de Russie a insisté sur l’importance de poursuivre un « dialogue professionnel » avec Damas, ainsi que sur la nécessité du retour de la Syrie « dans la famille arabe ».  La délégation russe a en outre rappelé que le déplacement de M. Pedersen à Moscou, en janvier, avait permis de surmonter l’« incident désagréable » survenu en décembre au sujet de la constitution du comité constitutionnel.

Sur ce point, l’Allemagne a toutefois estimé que l’ancien Envoyé spécial, M. Staffan de Mistura, avait eu raison, à l’époque, de ne pas approuver la liste de la société civile fournie par le groupe d’Astana. 

« Nous avons perdu un temps précieux l’an dernier et la responsabilité du régime syrien dans l’échec de la mise en place du comité ne fait aucun doute », a renchéri la France, qui a appelé à parvenir à un accord crédible et équilibré sur la troisième liste composant le comité et sur ses règles de procédure.

La délégation française a en outre jugé que la victoire militaire du « régime », acquise grâce au soutien de ses deux alliés et « au prix de destructions humaines et matérielles massives », ne constitue en rien le prélude à la paix et à la réconciliation de la Syrie.

Mais de l’avis de la Syrie, les parties qui bloquent la formation du comité constitutionnel sont « celles qui ont un agenda caché ».  La délégation a souligné en outre que ce qui touche à la Constitution syrienne est une question de souveraineté.  La délégation syrienne a également vivement dénoncé le fait que la Belgique, la France et le Royaume-Uni aient « loué » l’intention des États-Unis de maintenir 200 à 400 troupes en Syrie.  Elle a aussi longuement critiqué la position de certains pays européens au sujet de la question du retour des combattants terroristes étrangers.

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Déclarations

M. GEIR PEDERSEN, intervenant pour la première fois en sa capacité d’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, a fait savoir qu’au cours de ses premiers échanges, il avait rappelé à toutes les parties les principes de la résolution 2254, se disant par ailleurs convaincu qu’un véritable processus de paix en Syrie doit être dirigé par les Syriens, condition pour qu’il soit durable.  Il a expliqué que sa principale priorité est d’intervenir auprès du Gouvernement syrien et de la Commission syrienne de négociation pour obtenir leurs points de vue.  Il a dit avoir été « très bien reçu » à Damas par le Ministre des affaires étrangères syrien, M. Al-Moualem, et s’être également rendu au bureau de la Commission syrienne de négociation, à Riyad, précisant que ses « composantes » avaient affirmé leur empressement à prendre part à un dialogue sur la base de la résolution 2254.  Il a aussi dit apprécier l’engagement constructif des parties prenantes internationales, ajoutant qu’il se rendra à Washington mardi, et ensuite à Londres, Beyrouth, Amman et Beijing.

M. Pedersen a souligné qu’il est essentiel pour lui, en tant que médiateur de l’ONU, d’avoir un accès direct et effectif au Gouvernement de la Syrie et à l’opposition afin de renforcer la confiance, d’établir un dialogue soutenu entre les parties et d’amener les Syriens à la table des négociations sous les auspices de l’ONU.  Il a précisé qu’il retournera prochainement à Damas et qu’il se rendra à nouveau à la Commission syrienne de négociation.

L’Envoyé spécial a ensuite indiqué qu’il existe un sentiment partagé que les développements sur les champs de bataille sont en train de ralentir.  Néanmoins, le conflit est loin d’être terminé, et les défis qu’il faudra encore surmonter pour gagner la paix sont colossaux, tant dans leur ampleur que dans leur complexité.  Il a notamment rappelé que de larges pans de territoire demeurent en dehors des mains du Gouvernement, et que bien que vaincu « territorialement », Daech peut resurgir.  Les Syriens veulent aussi une réponse appropriée à la question des détenus et des personnes disparues. 

À cela, a-t-il poursuivi, s’ajoute le fait que la moitié de la population d’avant guerre a été déplacée, que 80% des Syriens vivent en dessous du seuil de pauvreté, que 50% sont au chômage et que 11,7 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire.  Les défis socioéconomiques sont également impressionnants, marqués par des défis notables en matière de fourniture de services et des pénuries de gaz.  L’Envoyé spécial a aussi parlé de l’impact « dramatique » du conflit sur les femmes syriennes, qui sont nombreuses à être devenues le principal gagne-pain de leur famille, sans oublier les violences sexospécifiques.

M. Pedersen a dit avoir été encouragé par la libération récente de 42 détenus, sous les auspices de la Fédération de Russie et de la Turquie, tout en appelant à donner la priorité à l’action sur cette question « d’une importance humanitaire immense ».  Il a également souligné qu’outre les parties, il importe d’impliquer l’ensemble du peuple syrien aux efforts de paix. 

L’Envoyé spécial a d’ailleurs indiqué qu’au cours des deux derniers mois, son équipe a mené des consultations avec plus de 200 acteurs de la société civile syrienne et de la diaspora.  Il a également dit qu’au cours de ses conversations avec les parties, il avait ressenti une « générale acceptation » du fait que la convocation d’un comité constitutionnel « crédible, équilibré, inclusif, viable et mené par les Syriens » serait importante pour revitaliser le processus politique.  Cela permettra d’ouvrir la porte à un dialogue plus approfondi et à de véritables négociations, a-t-il espéré.  Il est maintenant admis qu’il faut une « série d’ententes » pour veiller à ce que le Gouvernement et l’opposition soient favorables aux principes de procédure essentiels pour guider le travail dudit comité.  M. Pedersen espère pouvoir finaliser très prochainement ces règles de procédure.  Il fera par ailleurs tout son possible pour que le comité comprenne un minimum de 30% de femmes.

Rappelant ensuite que les interventions externes sont un facteur significatif du conflit, « dans le contexte duquel cinq armées internationales opèrent sur le territoire et dans l’espace aérien syrien provoquant un risque quotidien d’escalade internationale », M. Pedersen a indiqué vouloir mettre l’accent sur l’amélioration du dialogue et de la coopération internationale.  Certains défis doivent être surmontés d’urgence au risque de voir la Syrie sombrer dans un nouveau cycle d’escalade, a-t-il prévenu, estimant qu’une diplomatie intensive est particulièrement nécessaire concernant l’avenir du nord-est du pays.  Les escalades aux alentours d’Edleb soulignent la nécessité de respecter les dispositifs « fragiles » du cessez-le-feu et de faire face aux groupes terroristes et combattants étrangers qui ont été un tel fléau pour la Syrie. 

L’Envoyé spécial a salué le nouvel élan insufflé en faveur de la pleine mise en œuvre du mémorandum d’Edleb lors du récent Sommet de Sotchi et a souhaité que la prochaine réunion d’Astana se focalise également sur cette question.  De son côté, la communauté internationale doit veiller au respect des normes en ce qui concerne l’emploi d’armes chimiques, et il ne faut pas non plus négliger le risque croissant d’affrontement entre Israël et l’Iran en Syrie, a-t-il ajouté.

M. Pedersen a estimé qu’il existe de véritables occasions de renforcer l’appui international et a appelé à se montrer « créatif » à cet égard.  Si nous voulons débloquer la situation et aider les parties à s’orienter vers un processus approprié et dirigé par les Syriens, il sera peut-être nécessaire d’établir un forum pour permettre aux États clefs d’interagir sérieusement sur ces questions, a-t-il suggéré.

Dans l’immédiat, l’Envoyé spécial compte approfondir son dialogue avec le Gouvernement syrien et l’opposition; œuvrer pour une action plus concrète sur la question des détenus, des personnes enlevées ou portées disparues; intervenir auprès d’un large éventail de Syriens; convoquer un comité constitutionnel crédible dès que possible; et aider les parties internationales à renforcer leur dialogue pour déboucher sur une solution politique crédible et durable.

M. Pedersen, se disant convaincu que les Syriens peuvent vivre ensemble dans la paix, a plaidé pour une solution politique.  Il n’y a pas de solution militaire, a-t-il assuré, en faisant remarquer que les véritables vainqueurs seront ceux qui sauront aller au-delà des slogans pour dépeindre un tableau prometteur de ce à quoi pourra ressembler la Syrie dans 10 ans.  « L’histoire », a-t-il ajouté, « peut parfois prendre une direction que personne n’avait anticipé ».

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a souligné la détermination de son gouvernement à appliquer la résolution 2254 (2015).  Il a illustré cet engagement en faisant remarquer la présence à cette séance du Représentant spécial des États-Unis pour la Syrie, M. James Jeffrey.  Il a déploré, en revanche, les blocages de la Fédération de Russie pour l’application de ladite résolution qui est la feuille de route pour la transition politique en Syrie.  Les États-Unis se tiennent disposés à soutenir le comité constitutionnel syrien, une fois que sa composition sera approuvée par l’ONU et que ses règles de procédure seront définies de manière équilibrée.  La délégation rappelle que la composition du comité doit être équilibrée entre les représentants de la société civile, de l’opposition et du régime.

Les États-Unis se félicitent des projets de l’Envoyé spécial visant à explorer d’autres initiatives potentielles dans « quatre dossiers », notamment la réforme constitutionnelle et la préparation de manière crédible d’élections libres et équitables administrées par l’ONU.  M. Cohen a ensuite affirmé que la violence doit cesser pour qu’une solution politique se concrétise en Syrie.  Il faut un environnement sécuritaire stable sur tout le territoire de la Syrie, ce qui implique que le régime d’Assad respecte le cessez-le-feu.  Il a aussi insisté sur l’importance du respect de l’accord russo-turc sur Edleb, lequel est essentiel pour protéger trois millions de civils.  Il a souligné que le terrorisme ne peut être utilisé comme prétexte pour cibler des civils, affirmant que toute offensive militaire d’envergure à Edleb risque de provoquer une catastrophe humanitaire.  Le représentant a encore appelé à des mesures pour libérer les prisonniers par le régime d’Assad, conformément à la résolution 2254, avant de conclure que toute solution durable ne pourra être trouvée que par le plein respect de ladite résolution.

M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït) a noté que le volet politique en Syrie n’avait pas connu d’avancées ces dernières années.  « La résolution 2254 (2015) avait pourtant établi un plan d’action pour un règlement pacifique du conflit, mais elle est restée lettre morte. »  Il a dit espérer que le nouvel Envoyé spécial aura plus de succès.  En plus de l’application de la résolution 2254, le Koweït rappelle également l’importance du Communiqué de Genève dans la résolution de la crise syrienne.  Le représentant a également déploré le fait que les travaux du comité constitutionnel n’aient toujours pas commencé, précisant que cet organe doit être composé de toutes les parties de la société syrienne.  Il a également demandé la mise en place de mesures de confiance entre les belligérants, comme la libération de prisonniers. 

Le Koweït insiste aussi sur le fait qu’une paix durable en Syrie passe par la justice pour les crimes commis au cours du conflit.  La délégation a donc rappelé l’importance du « Mécanisme international, impartial et indépendant chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international commises en République arabe syrienne depuis mars 2011 et d’aider à juger ceux qui en sont responsables ».  Le Koweït a enfin rappelé que la communauté internationale doit soutenir les réfugiés et déplacés syriens, rappelant que la Conférence de Bruxelles du mois prochain doit permettre de mobiliser des fonds à cet effet.  La délégation a aussi mis en garde contre toute tentative de modifier la composition sociologique de la Syrie.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a déclaré que le conflit syrien n’est pas « derrière nous » et que, pour éviter une « décennie noire », il en va de la responsabilité de ce Conseil de surmonter ses divisions sur la base des intérêts partagés de ses membres et de la communauté internationale.  « Notre priorité, a-t-il dit, est de poursuivre la lutte contre le terrorisme et de travailler à la mise en place d’un cessez-le-feu national, conformément aux exigences de la résolution 2254 ».  Alors que la lutte contre Daech se poursuit dans le nord-est de la Syrie, le représentant a accueilli avec intérêt l’annonce, par les États-Unis, du maintien d’une présence militaire dans cette région.  S’agissant de la situation à Edleb, il a réitéré devant le Conseil sa préoccupation à l’égard du renforcement du Groupe HTC, désigné comme organisation terroriste par l’ONU.  M. Delattre s’est dit également préoccupé par la multiplication des violations de l’accord de cessez-le-feu par le « régime syrien », notamment par des frappes aériennes.  Aussi a-t-il appelé les États Membres ayant une influence sur lui de l’exercer pour que le droit international et le droit international humanitaire soient respectés. 

Il est par ailleurs plus que jamais nécessaire, a poursuivi la délégation, d’ouvrir la voie à une transition politique crédible sous l’égide des Nations Unies.  Pour la France, la victoire militaire du « régime », acquise grâce au soutien de ses deux alliés et « au prix de destructions humaines et matérielles massives », ne constitue en rien le prélude à la paix et à la réconciliation de la Syrie.  À ce titre, la France soutient pleinement les efforts de l’Envoyé spécial en vue de la mise en place d’une feuille de route globale sur la base de l’ensemble des éléments de la résolution 2254, et de l’établissement d’un « paquet constitutionnel » comme point d’entrée de ce processus.  « Cela implique de parvenir à un accord crédible et équilibré à la fois sur la composition de la troisième liste composant le comité et sur ses règles de procédure, afin qu’il puisse commencer rapidement ses travaux », a précisé le représentant.  « Nous avons perdu un temps précieux l’an dernier et la responsabilité du régime syrien dans l’échec de la mise en place du comité […] ne fait aucun doute », a tranché M. Delattre.  Dans ce contexte, le Conseil de sécurité doit accompagner les efforts de l’Envoyé spécial, a-t-il insisté, en exhortant ses membres à mettre de côté les postures déclaratoires pour œuvrer sans relâche à une paix durable en Syrie. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a salué la volonté de l’Envoyé spécial de maintenir des contacts intensifs avec les parties, insistant sur l’importance de poursuivre un « dialogue professionnel » avec Damas.  Il a indiqué que M. Pedersen s’était rendu à Moscou en janvier pour s’entretenir avec le Ministre des affaires étrangères, entre autres.  « Nous avons pu surmonter l’“incident désagréable” survenu en décembre au sujet de la constitution d’un comité constitutionnel », s’est-il félicité en espérant que le mécanisme portant sa création pourrait être lancé prochainement.

M. Nebenzia a aussi souhaité que la « troïka d’Astana » puisse trouver des solutions acceptables concernant la situation à Edleb, entre autres, appelant notamment à y éliminer le foyer du terrorisme et à protéger la population civile.  La situation dans le nord-est ne pourra pas être gelée indéfiniment, a-t-il par ailleurs indiqué, pointant « ceux qui nous appellent à rester les bras croisés ».

Le représentant a ensuite salué les propos des États-Unis qui ont reconnu que la lutte contre le terrorisme ne peut servir de prétexte pour éliminer la population civile.  S’agissant de la question des prisonniers militaires, il a indiqué que les échanges récents sont source d’optimisme et sont nécessaires pour stabiliser la situation.  Il a ensuite annoncé le don fait par son pays au Service de la lutte antimines de l’ONU, le 21 février, pour faciliter les activités de déminage en Syrie, invitant les autres États Membres à en faire de même. 

Intervenant ensuite au nom de la « troïka d’Astana » (Iran, Russie, Turquie), M. Nebenzia s’est dit disposé à travailler avec les parties « intéressées et sincères » pour œuvrer à la résolution de la crise syrienne.  Il a estimé que la situation s’était « considérablement améliorée » et a jugé que l’appui économique devrait permettre d’accélérer ce processus.  « Le retour de Damas dans la famille arabe accélérera aussi considérablement le processus », a-t-il ajouté.  Il a ensuite affirmé que la Russie est disposée à coopérer avec l’Envoyé spécial pour faire renaître la paix en Syrie.

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a noté avec préoccupation la violation de l’accord russo-turc et l’escalade militaire dans la région de Hajin.  Dans ce contexte, il a exhorté les parties au conflit à cesser les hostilités et à privilégier la voie du dialogue.  Il a rappelé aux belligérants l’obligation de respecter les droits de l’homme et le droit international humanitaire dont les violations ne sauraient rester impunies, quels que soient les auteurs.  Le représentant a renouvelé son plein soutien aux efforts déployés par le nouvel Envoyé spécial et a appelé les parties syriennes à renforcer leur coopération avec lui pour impulser une dynamique nouvelle au processus politique.  Il a aussi encouragé les garants des processus d’Astana et de Sotchi à poursuivre leurs efforts, en vue d’une sortie définitive et durable de la crise en Syrie.  Il a enfin exhorté les parties à s’accorder sur la mise en place effective du comité constitutionnel. 

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a estimé que pour être véritablement efficace, le comité constitutionnel doit avoir une composition crédible, équilibrée, inclusive et représentative de toutes les composantes de la société syrienne.  Chaque accord sur sa composition doit être accompagné de procédures et de méthodes de travail.  C’est maintenant au nouvel Envoyé spécial de mettre en place une stratégie pour la création du comité.  Le représentant a poursuivi en soulignant qu’aucune paix durable n’est possible sans réconciliation et qu’aucune réconciliation n’est possible sans justice.  Il a insisté sur la lutte contre l’impunité.  La sécurité, a-t-il dit, va au-delà de l’absence de conflit armé.  Elle inclut la protection des droits fondamentaux, l’absence de répression et d’enrôlement forcé dans les forces armées.  Le représentant, qui énumérait ainsi les conditions du retour des réfugiés, s’est ensuite attardé sur la situation sur le terrain, en appelant, s’agissant d’Edleb, au respect de l’accord entre la Turquie et la Russie, et concernant Deïr el-Zor, à la poursuite des efforts de la communauté internationale pour éviter la résurgence de Daech. 

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a insisté sur la pleine mise en œuvre de la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité, rappelant le rôle de l’ONU en tant que garant du processus de paix en Syrie.  Il a dit que ce processus politique doit être dirigé par les Syriens eux-mêmes et impliquer toutes les composantes de la société syrienne.  Il a demandé que des mesures soient prises pour rassurer la population syrienne, par exemple que des enquêtes soient ouvertes sur les cas d’atrocités et de disparition, et que plus de place soit accordée à la femme syrienne pour la reconstruction du pays.  La République dominicaine souscrit à l’aspiration d’un renouveau syrien et souligne que cela passera par le dialogue. 

M. WU HAITAO (Chine) a appelé à faire avancer le dialogue politique, notamment en accélérant la création d’un comité constitutionnel qui soit représentatif et réponde aux préoccupations du Gouvernement.  Il a appelé l’ONU à renforcer son rôle de négociateur, engageant par ailleurs les parties concernées à créer les conditions propices à un règlement politique.  Le représentant s’est inquiété des activités des terroristes à Edleb et de leurs conséquences sur les populations civiles.  Il a appelé la communauté internationale à renforcer la coopération dans la lutte antiterroriste et à empêcher la résurgence de groupes qui cherchent à saper les avancées réalisées jusqu’à présent. 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a souligné la nécessité de s’engager en faveur d’un processus politique inclusif et crédible en Syrie, y compris par la création d’un comité constitutionnel répondant aux aspirations du peuple syrien.  La création d’un tel comité n’est pas aisée, mais faisable, a-t-il déclaré, en soulignant l’urgence de voir ce comité se réunir pour la première fois à Genève.  Il a espéré que les difficultés entourant la troisième liste de la société civile n’entravent pas davantage le processus de réforme constitutionnelle en Syrie.  « La communauté internationale doit garder à l’esprit que c’est au peuple syrien de décider de son avenir. »  Un dialogue authentique, « et je répète, un dialogue authentique », est crucial pour assurer le succès du processus de paix, a déclaré le délégué.  Il a ensuite exhorté les parties à éviter de recourir à la force et à respecter les accords de cessez-le-feu, en vue notamment de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire.  « Je veux dire haut et fort qu’il n’y a pas d’autre option en Syrie que la recherche d’une solution politique dans l’esprit de la résolution 2254 (2015). »

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a rappelé que le mois prochain marquera le huitième anniversaire du début de la crise en Syrie, laquelle a eu des conséquences tragiques dans le pays et un impact déstabilisant sur la région, du fait notamment du déplacement des populations, de l’exacerbation des différences politiques et sectaires et de l’expansion de l’extrémisme.  Pour l’Afrique du Sud, la seule solution durable en Syrie demeure un accord politique par le biais d’un dialogue mené par les Syriens, avec pour but de parvenir à une transition politique qui reflète la volonté du peuple syrien, et avec le soutien assuré de tous les groupes de la société syrienne.  C’est pourquoi la délégation invite le Conseil de sécurité à rester uni pour la pleine mise en œuvre de la résolution 2254 (2015) qui est la feuille de route vers une solution politique durable en Syrie. 

L’Afrique du Sud salue les consultations entamées par M. Pedersen avec le Gouvernement syrien, les partis d’opposition et les partenaires clefs de la région depuis janvier 2019.  Ces consultations sont importantes pour renforcer la confiance entre le peuple syrien et la région et pour aller de l’avant, a assuré M. Matjila.  Il a ajouté que le respect du cessez-le-feu et des accords de désescalade, tout comme la poursuite de la lutte contre le terrorisme, sont tout aussi importants pour le succès du processus politique.  L’Afrique du Sud demande également que toutes les parties soutiennent M. Pedersen dans ses efforts visant la mise en place d’un comité constitutionnel syrien. 

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a regretté que, huit ans après le début du conflit syrien, il y ait toujours autant de violence et de violations « brutales » du droit international, y compris des droits de l’homme.  Elle reste néanmoins convaincue que l’accord de cessez-le-feu d’Edleb change positivement la dynamique sur le terrain même si des questions relatives à la viabilité future de cet accord, son respect par les parties et la situation des personnes déplacées et d’autres civils d’Edleb restent en suspens. 

La représentante a constaté que le processus politique n’a pas réussi à gagner du terrain, et a insisté sur la priorité de mettre en place un comité constitutionnel.  Elle y voit « le premier pas vers un vrai processus politique sous supervision de l’ONU ».  Pour la Pologne, il n’existe pas de solution militaire au conflit syrien et il faut donc un accord-cadre politique intrasyrien.  Elle a espéré que la cessation des hostilités ouvrirait la voie à des pourparlers de paix sous les auspices de l’ONU à Genève, et a appelé les garants d’Astana à honorer leurs engagements et protéger les civils.

Toute solution politique en Syrie devrait être conforme aux dispositions de la résolution 2254 du Conseil de sécurité et au Communiqué de Genève, a estimé Mme Wronecka soulignant au passage le rôle important de l’Envoyé spécial, M. Pedersen, dans ce processus et en particulier dans la mise en place du comité constitutionnel le plus rapidement possible, « un processus que les garants d’Astana devraient également appuyer ».  Les autorités syriennes doivent également jouer un rôle à cet égard et participer aux négociations de bonne foi et sans préconditions, a-t-elle précisé avant de s’aligner sur la position de l’Union européenne, pour laquelle la reconstruction de la Syrie ne commencera qu’avec une transition politique inclusive et un retour sûr et digne des réfugiés syriens dans leur pays.  C’est dans cet esprit que l’Union européenne organise la troisième Conférence de Bruxelles sur la Syrie, du 12 au 14 mars prochain.

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a dit que la réconciliation en Syrie est impensable sans reddition de comptes.  À ce propos, il a indiqué que l’Allemagne poursuivait en ce moment des membres du régime accusés de crimes atroces.  Le délégué a aussi souligné l’importance de mettre en place des mesures de confiance.  C’est pourquoi il a souhaité que la Fédération de Russie fasse pression sur la Syrie afin que les libérations de prisonniers se poursuivent, et que le sort des disparus soit réglé.  Au sujet du retour des populations, le représentant a dit que ces dernières ne peuvent entamer un voyage du retour sans garanties qu’elles ne seront pas victimes d’exactions. 

En ce qui concerne le comité constitutionnel, le représentant a estimé que l’ancien Envoyé spécial avait eu raison, en décembre dernier, de ne pas approuver la liste de la société civile fournie par le groupe d’Astana.  L’Allemagne rappelle que le comité doit avoir une composition équilibrée, et notamment pas moins de 30% de femmes, puisqu’en définitive, ce sont les femmes et enfants qui ont le plus souffert de ce conflit.  L’Allemagne, qui est l’un des plus grands donateurs pour l’assistance humanitaire en Syrie, a indiqué que l’Union européenne se tient aussi prête à œuvrer à la reconstruction de la Syrie, mais seulement si certaines conditions sont réunies. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a insisté sur la nécessité urgente de faire progresser un processus politique qui inclue tout le monde, appelant les parties à s’engager de manière constructive à cette fin.  Il a souligné l’importance de rédiger une nouvelle constitution capable de jeter les bases d’une paix pérenne dans le pays, insistant par ailleurs sur la nécessité de résoudre la question des détenus et de l’identification des dépouilles.  Il a aussi appelé à éviter les escalades, insistant sur l’importance capitale du cessez-le-feu russo-turc en vigueur à Edleb.  Il s’est aussi soucié du sort des millions de réfugiés.  « Le droit à la propriété de ces personnes ne peut nullement être remis en cause », a-t-il plaidé.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a déclaré que toute solution à la crise syrienne doit s’appuyer sur la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité.  Elle a assuré que sa délégation soutient le nouvel Envoyé spécial, avant d’affirmer que toute reconstruction de la Syrie doit passer par une solution durable selon des bases prévues dans la résolution 2254.  Préoccupée également par le sort des civils d’Edleb, la délégation a averti que la lutte contre le terrorisme ne peut servir de prétexte à des actions ciblant la population.  « Nous devons aller plus loin dans la lutte contre Daech », a-t-elle plaidé, avant d’insister pour que cette lutte se fasse parallèlement au processus politique en Syrie.

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a salué l’engagement de l’Envoyé spécial, insistant sur la nécessité de trouver une issue politique au conflit.  Il a appelé à une coopération constructive entre Damas, l’ONU et les garants d’Astana afin de faire le point sur les sujets de convergences et de divergence.  Il a aussi souligné l’importance de créer un comité constitutionnel, insistant sur la nécessité d’accélérer le processus politique.  De son avis, le moment est venu de passer à un processus politique « actif » avec la création d’un comité constitutionnel et d’un mécanisme d’adoption de la nouvelle constitution.  La troisième liste des représentants de la société civile ne doit pas s’éloigner de l’objectif de créer un comité sans exclusive, a-t-il souhaité.  Enfin, il a prié M. Pedersen de poursuivre ses consultations pour parvenir à une liste qui bénéficie du plus large consensus possible.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a indiqué au nouvel Envoyé spécial qu’il avait le soutien de son pays, tout en dénonçant le fait que « certains » veulent lui confier des « prérogatives dénuées de tout sens ».  M. Ja’afari a aussi dénoncé la position des délégués français, britannique et belge qui ont salué la décision des États-Unis de garder une présence militaire en Syrie.  Il a rappelé à cet égard que le Conseil de sécurité, dans ses propres résolutions, avait toujours souligné l’importance de maintenir l’intégrité et la souveraineté territoriale de la Syrie.  Dans ce contexte, il a demandé le retrait des forces de la coalition internationale en Syrie et des forces turques, se désolant du fait que ces forces aient contribué à détruire les infrastructures durement acquises par le peuple syrien.

De l’avis de la Syrie, les parties qui bloquent la formation du comité constitutionnel sont « celles qui ont un agenda caché ».  Le représentant a tenu à rappeler que ce qui touche à la Constitution syrienne est une question de souveraineté. 

Sur la question des combattants terroristes étrangers, le délégué a rappelé que ce sont plus de 100 000 terroristes venus de plus de 100 États Membres de l’ONU qui sont entrés en Syrie.  Il s’est dit étonné d’avoir entendu un responsable européen affirmer que « le retour de ces combattants représente une menace pour la sécurité de son pays ».  Un autre aurait aussi dit que « ces terroristes sont les ennemis de la nation » et que leur retour est « une question extrêmement difficile ».  « Leur recrutement, leur formation et leur transfert en Syrie furent apparemment plus aisés », a ironisé le représentant syrien, avant d’ajouter que la crainte de ces retours laisse croire que certains ont peur des révélations que ces terroristes pourraient faire.  Il a aussi évoqué l’arrestation de centaines de combattants par les autorités algériennes.  Ces terroristes, qui étaient localisés à la frontière avec le Niger, auraient dit revenir d’Alep.  « Qui les a donc transférés de Syrie au Niger? » a-t-il demandé. 

M. Ja’afari a en outre affirmé que les pertes de l’économie syrienne, y compris du fait des sanctions, représentent bien plus que l’aide humanitaire que le pays reçoit.  Il a aussi invité les Syriens à retourner chez eux pour reconstruire la patrie.  Une patrie que l’armée syrienne a « défendue au prix d’énormes sacrifices ».  Il a enfin fait valoir la détermination des autorités syriennes à récupérer l’ensemble du territoire national et libérer le pays de terroristes et de la présence étrangère.  Il a promis que seuls les Syriens dirigeront leur avenir: cela passera par un dialogue qu’ils vont eux-mêmes mener. 

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