8465e séance – après-midi
CS/13706

Conseil de sécurité: à la veille de l’élection de 2020 au Burundi, les délégations saluent l’ouverture de l’espace politique mais regrettent l’impasse dans le dialogue interburundais

Si les préoccupations persistent face à l’état actuel du dialogue interburundais, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Burundi a néanmoins indiqué, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, que la reconnaissance officielle, le 14 février dernier, du nouveau parti politique d’opposition, le Congrès national pour la liberté, « pourrait contribuer à l’ouverture de l’espace politique du pays », notamment dans la perspective de l’élection présidentielle de 2020.

Parmi les autres développements majeurs intervenus depuis le mois de novembre dernier, M. Michel Kafando a cité la décision du Président Pierre Nkurunziza de ne pas se présenter à l’élection présidentielle.  L’Envoyé spécial a cependant déploré son rendez-vous manqué avec le Président et les autorités burundaises lors de la visite qu’il a effectuée au Burundi, du 20 au 29 janvier, pour réaffirmer, à la veille du Sommet de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (CAE), le soutien des Nations Unies au processus de dialogue interburundais.

« Le dialogue inclusif demeure en effet la seule option viable pour un règlement durable de la crise politique et la tenue des élections en 2020, dans un environnement apaisé et dans l’esprit et la lettre de l’Accord d’Arusha », a-t-il insisté.  Ce dialogue « n’a pas encore produit les dividendes espérés », a reconnu l’Union africaine, qui a encouragé les acteurs burundais à faire preuve d’esprit de compromis.

La récente ouverture politique a tout de même été saluée par la majorité des délégations, qui ont vu dans l’enregistrement du Congrès national pour la liberté de l’opposant Agathon Rwasa, « un pas dans la bonne direction ».  La France a souligné que la perspective d’un scrutin ouvert et pluraliste participe d’une possible sortie de crise pour le Burundi.  La décision du Gouvernement burundais d’en assurer entièrement le financement a été commenté à plusieurs reprises.

La France a dit attendre du Burundi des « gestes supplémentaires et concrets » en matière de respect des droits de l’homme, pointant notamment la fermeture « regrettable » de la représentation du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme alors que des violations sont toujours constatées.  Évoquant le spectre des conflits ethniques, le Royaume-Uni a jugé le « moment grave » et prévenu que si on ne remédie pas à la situation des droits de l’homme, la stabilité actuelle risque d’être menacée.

Le contexte burundais continue à être préoccupant et ses ramifications régionales ne le sont pas moins, a estimé la Belgique, qui a noté les activités à la hausse de certains groupes rebelles burundais dans la province congolaise du Sud-Kivu et des incidents transfrontaliers avec le Rwanda.  Une guerre par procuration dans les Grands Lacs ne profiterait à aucun pays de la sous-région, ont alerté les États-Unis.  « Nous aussi nous aimerions ne plus discuter de cette question, mais la situation justifie son maintien à l’ordre du jour du Conseil de sécurité », ont-ils ajouté, alors que la Fédération de Russie estimait que l’attention qu’accorde le Conseil de sécurité au Burundi est « contreproductive ». L’organisation de réunions « en cascade » pourrait devenir un facteur de déstabilisation, a acquiescé le Burundi, en réclamant de nouveau son retrait de l’ordre du jour du Conseil.

Le Burundi a plutôt réitéré l’appel de l’Union africaine à la levée des sanctions « immorales à mobile politique en violation de la Charte des Nations Unies et du devoir de la solidarité internationale ».  Le renouvellement « quasi-robotique » de ces sanctions, chaque année, doit en toute logique cesser pour donner une chance au dialogue, a déclaré le Burundi, qui a affirmé que la trajectoire de paix, de la réconciliation et du renforcement de la démocratie est positive depuis 2017 et qu’elle s’est même poursuivie en 2018 et 2019.  Tout sera mis en œuvre, a-t-il promis, pour créer un environnement propice à la tenue d’élections apaisées.  Le transfert de pouvoir entre un Président sortant ayant terminé ses mandats et un Président entrant en 2020 marquera à jamais l’histoire politique du Burundi car ce sera la première fois depuis l’indépendance en 1962, a souligné le Burundi.  Quant au dialogue, « vertu cardinale ancrée dans la vie des Burundais », il a jugé inutile que « des acteurs exogènes se comportent en chef de file dans le processus qui est le nôtre ».

LA SITUATION AU BURUNDI

Déclarations

M. MICHEL KAFANDO, Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Burundi, a indiqué que depuis le mois de novembre dernier, la situation au Burundi a été marquée par des développements majeurs.  Il a notamment indiqué que sur le plan politique, le Président Pierre Nkurunziza avait réitéré, le 22 décembre, sa décision de ne pas solliciter un nouveau mandat en 2020.  La demande de reconnaissance officielle du nouveau parti politique d’opposition, le Congrès national pour la liberté, a été agréée le 14 février.  Cette décision va dans le bon sens et pourrait contribuer à l’ouverture de l’espace politique, s’est-il félicité, tout en exhortant le Gouvernement à plus d’inclusivité, notamment dans le cadre des discussions sur l’adoption d’un nouveau code électoral pour les élections de 2020.  Il a également indiqué que la plateforme CNARED est de plus en plus fragilisée par diverses défections.

Après avoir indiqué que la situation des droits de l’homme demeure préoccupante, l’Envoyé spécial a fait savoir que la situation humanitaire s’était améliorée depuis 2017, sauf dans certaines parties du pays, en particulier les provinces frontalières de l’est et du nord-est.  Il a aussi fait savoir qu’environ un million et demi de personnes restent menacées par l’insécurité alimentaire du fait des difficultés socioéconomiques persistantes.  M. Kafando a aussi parlé de la signature, le 25 janvier, par le Gouvernement burundais et l’Équipe pays des Nations Unies, d’un Accord de coopération d’un montant de 784,4 millions de dollars, suivi, le 9 janvier, par le Haut-Commissariat pour les réfugiés, d’un appel de fonds de 296 millions de dollars.

L’Envoyé spécial a ensuite dit s’être rendu au Burundi du 20 au 29 janvier, dans l’intention de s’entretenir avec le Président et les autorités burundaises, notamment pour réaffirmer, à la veille du Sommet de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (CAE), le soutien des Nations Unies au processus de dialogue interburundais.  Malheureusement, a-t-il déploré, ces entretiens n’ont pu avoir lieu.  M. Kafando a expliqué s’être ensuite rendu, le 31 janvier, à Kampala pour une visite de travail avec le Président Yoweri Museveni, Médiateur du dialogue interburundais.  Il a aussi parlé de l’ouverture, le 1er février, du Sommet d’Arusha au cours duquel le Président Paul Kagame, du Rwanda, a succédé au Président Museveni en qualité de Président en exercice de la CAE.  Le Sommet a également pris connaissance du rapport final du Facilitateur sur le dialogue interburundais, mais a décidé que les leaders de la région se concerteraient ultérieurement à cet effet.  Le Facilitateur, que j’ai rencontré le 4 février, m’a informé qu’il avait fini son travail de facilitation et qu’il revenait désormais au Médiateur de prendre la suite du processus, a souligné M. Kafando, qui a aussi confirmé les concertations en cours entre les chefs d’État de la région.

L’Envoyé spécial a ajouté que depuis la tenue du Sommet ordinaire de la CAE, le Burundi a renouvelé sa confiance au Médiateur, lequel, a-t-il précisé, a déjà entamé ses premières consultations avec ses pairs de la sous-région.  Il a indiqué qu’avec la nouvelle donne proposée par le Sommet de la CAE, à savoir la désignation des Présidents du Kenya, de la Tanzanie et de l’Ouganda, pour conduire la médiation, il compte reprendre contact avec eux pour connaître les détails de leurs nouvelles approches.  En fait, a-t-il expliqué, il s’agira de réévaluer ensemble les voies et moyens pour aider la région à assister efficacement le Burundi dans la résolution de la crise politique actuelle.

Il a ensuite suggéré aux Membre du Conseil, « s’il est dans leur intention d’adopter une déclaration à la presse », de réitérer leurs encouragements aux efforts de la région ainsi que le plein soutien du Secrétaire général à la médiation.  Il est important que la médiation s’assure de l’accompagnement et de l’assistance dont le Facilitateur a bénéficié dans l’exécution de sa mission.  Mais toutes ses propositions de soutien ne doivent viser qu’un seul objectif.  Le dialogue inclusif interburundais demeure en effet la seule option viable pour un règlement durable de la crise politique et la tenue des élections en 2020, dans un environnement apaisé et dans l’esprit et la lettre de l’Accord d’Arusha.

Mme FATIMA KYARI MOHAMMED, Observatrice de l’Union africaine (UA), a assuré que son Organisation a été très active dans son appui aux efforts de médiation dirigés par la Communauté d’Afrique de l’Est pour rétablir la paix et la stabilité au Burundi.  L’Union africaine soutient le processus de dialogue interburundais, « qui n’a pas encore produit les dividendes espérés », raison pour laquelle la haut-fonctionnaire a encouragé les acteurs burundais à faire preuve d’esprit de compromis, tout en soulignant qu’un dialogue inclusif demeure le seul moyen de permettre de surmonter les défis actuels et de maintenir la cohésion nationale.  Elle a livré le bilan de la situation dans le pays, en commençant par le volet politique, marqué par les préparatifs de l’élection de 2020, à laquelle le Président actuel, Pierre Nkurunziza, ne se présentera pas.  Mme Mohammed a souligné que, sur le plan sécuritaire, la situation au Burundi est restée relativement stable ces derniers mois, malgré des échauffourées sporadiques le long de la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC), entre les forces nationales et des éléments armés non identifiés.

Sur le plan humanitaire et socioéconomique, l’observatrice a noté que des défis continuent de se poser, en particulier à la lumière des vagues de déplacements de populations dans la sous-région, une situation aggravée par la récession économique.  S’agissant des droits de l’homme, l’Union africaine, a-t-elle dit, continue de maintenir au Burundi les observateurs et experts militaires qui surveillent la situation sur le terrain, un élément d’importance, compte tenu du fait que seul le personnel de l’Union est autorisé à opérer dans le pays.  En conclusion, l’Union africaine s’est engagée, par la voix de Mme Mohammed, à redoubler d’efforts pour appuyer une solution de consensus à la situation au Burundi.  Elle a tout particulièrement encouragé le Gouvernement à poursuivre les préparatifs électoraux, en mettant en place les mécanismes et instruments pertinents, conformément au Code électoral burundais.

M. JÜRG LAUBER, Président de la formation Burundi de la Commission de consolidation de la paix, a indiqué que depuis sa dernière intervention au Conseil de sécurité, le 21 novembre dernier, la situation sécuritaire est restée globalement calme.  Le 25 janvier, le Ministre des finances, du budget et du développement économique du Burundi et le Résident coordonnateur ont signé le Plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au développement (PNUAD) 2019-2023.  Le 1er février, le Président burundais a lancé officiellement la stratégie de localisation des objectifs de développement durable. 

M. Lauber a ensuite donné une vue d’ensemble des activités à venir.  Il a souligné que les autorités burundaises semblent déjà complètement absorbées par les préparatifs des élections de 2020.  Il a invité le Gouvernement du Burundi et les partis politiques à travailler ensemble pour assurer des élections inclusives, libres, démocratiques et pacifiques.  Il s’est félicité de ce que le Ministre de l’intérieur ait approuvé le nouveau parti de l’opposant Agathon Rwasa, actuellement Vice-Président de la Chambre des députés.  Entre temps, a-t-il prévenu, les défis socioéconomiques resteront au centre de l’attention de la formation.  Le plan national de développement, le PNUAD et les objectifs de développement durable offrent une base pour un engagement stratégique et cohérent des parties prenantes.  Le Président a appelé le Burundi et ses partenaires internationaux à se concentrer sur le développement socioéconomique à moyen et à long termes.  La communauté internationale, a-t-il ajouté, doit fournir l’assistance voulue pour répondre aux besoins urgents du peuple burundais et réduire sa vulnérabilité.  La formation, quant à elle, continuera d’appuyer le processus de réconciliation, a conclu M. Lauber.  

M. ANTOINE IGNACE MICHON (France) a souligné que le Burundi a besoin d’élections libres et inclusives en 2020.  Il a salué la reconnaissance du Congrès national pour la liberté en tant que parti politique, statut qui, a-t-il indiqué, l’autorise à participer aux prochaines élections.  C’est un pas dans la bonne direction, a-t-il estimé, soulignant par ailleurs que la perspective d’un scrutin ouvert et pluraliste participe d’une possible sortie de crise pour le Burundi.  Insistant sur le fait que le Burundi ne retrouvera le chemin de la stabilité qu’avec l’organisation d’élections libres et inclusives en 2020, le représentant a souligné que la dynamique positive qui a été initiée doit désormais être poursuivie en assurant à tous les partis politiques un accès équitable et juste au scrutin.  Il a aussi encouragé les autorités burundaises à poursuivre le dialogue et a appelé à capitaliser sur le travail mené par le Président Mkapa, Facilitateur mandaté par la CAE.

Le représentant a indiqué que son pays attend du Burundi des gestes supplémentaires et concrets en matière de respect des droits de l’homme.  Il a notamment parlé de la fermeture « regrettable » du Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et a appelé les autorités à une plus grande coopération avec les mécanismes de protection des droits de l’homme des Nations Unies.  Il a également jugé important que le retour de réfugiés sur une base volontaire intervienne de façon sûre et digne.

Le représentant a en outre appelé la communauté internationale à rester pleinement mobilisée aux côtés des Burundais, notant qu’il revient à la Communauté d’Afrique de l’Est et à l’Union africaine de poursuivre leur travail pour accompagner le mieux possible la préparation de l’élection et la sortie de crise.  Les élections de l’an prochain seront un moment crucial et sensible.  Nous ne devons pas abandonner le Burundi au milieu du gué, a-t-il insisté.  Il s’est dit de plus en plus inquiet de la multiplication des violences au sein de la région des Grands Lacs et de la possibilité que cette montée des tensions soit le ferment d’une plus grande déstabilisation à l’échelle régionale.

M. TIEMOKO MORIKO (Côte d’Ivoire) a regretté la persistance de l’impasse politique au Burundi, après s’être félicité de l’amélioration de la situation humanitaire.  Il a salué la décision prise lors du Sommet de la Communauté d’Afrique de l’Est, le 1er février à Arusha, de maintenir des consultations directes entre l’organisation et les protagonistes de la crise burundaise.  La situation humanitaire est marquée par le retour volontaire des réfugiés burundais, a-t-il dit, ajoutant que 100 000 personnes pourraient être concernées en 2019.  Enfin, le délégué a appelé les donateurs à accroître leurs contributions, avant d’exhorter la communauté internationale à soutenir les actions de la Communauté d’Afrique de l’Est en vue de la revitalisation du dialogue interburundais.

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a pris acte du fait que le Président burundais ne se représenterait pas à l’élection présidentielle de 2020.  Selon lui, une transition pacifique ne sera possible que si la feuille de route inclut toutes les composantes de la société burundaise, et que tous les candidats qui le souhaitent puissent se présenter au scrutin.  Le représentant s’est ensuite dit préoccupé par la décision du Burundi de fermer le Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’homme, alors que des violations sont toujours constatées.  M. Cohen s’est dit aussi alarmé par les tensions observées aux frontières avec la RDC et le Rwanda, affirmant qu’une guerre par procuration dans les Grands Lacs ne profiterait à aucun pays de la sous-région.  Il a exhorté le Gouvernement burundais à fournir à sa population les services de base dont elle a besoin, alors que le statut d’une vingtaine d’ONG a été révoqué.  Nous aussi, comme le Burundi, aimerions ne plus avoir à discuter de cette question, mais la situation justifie son maintien à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, a-t-il ajouté en conclusion.

M. MARTHINUS VAN SHALKWYK (Afrique du Sud) a appelé la communauté internationale à continuer d’appuyer les initiatives de la CAE et déploré tout effort visant à exclure une quelconque partie des Accords d’Arusha.  Nous sommes préoccupés, a avoué le représentant, par la tournure des évènements par rapport à ces Accords.  Il a donc « imploré » le processus de médiation de revenir aux principes des Accords et a encouragé le Burundi à travailler étroitement avec la Communauté d’Afrique de l’Est et l’Union africaine pour créer un environnement favorable à l’élection présidentielle.  Il a d’ailleurs salué la décision du Gouvernement burundais de la financer lui-même.  Le représentant a aussi félicité le Burundi pour sa contribution à la paix et à la sécurité, comme en témoignent les contingents qu’il a déployés en République centrafricaine et en Somalie. 

Il a pris note du plan national de développement du Burundi et a pressé la communauté internationale de faire plus pour aider le pays à relever ses défis socioéconomiques et humanitaires.  Dans ce contexte, il a réitéré l’appel de l’Union africaine à la levée des sanctions unilatérales de l’Union européenne.  Il a enfin encouragé le Burundi à continuer de travailler au retour volontaire de ses réfugiés et jugé que le retour progressif est un signe de l’amélioration de la situation.  Il a conclu en appelant la communauté internationale à aider le Gouvernement burundais et le processus de médiation de la CAE à jeter les bases d’un environnement favorable à une élection démocratique et à une passation pacifique du pouvoir pour assurer la paix et la stabilité au-delà de 2020.

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a salué les initiatives lancées par la Commission de consolidation de la paix (CCP) visant à renforcer la coopération avec le Burundi, en mettant l’accent sur l’amélioration de la situation socioéconomique du pays.  Il a noté que la situation dans le pays est calme et qu’elle tend vers la normalisation.  Après avoir qualifié le référendum constitutionnel du 17 mai d’évènement politique le plus important de l’année écoulée, le représentant a estimé que l’élection présidentielle de 2020 est une « affaire intérieure ».  Il a donc rejeté toute ingérence extérieure, préférant inviter les parties prenantes à renoncer aux discours incendiaires.  Le représentant n’a pas manqué de rappeler que, « contrairement à l’avis de certains experts occidentaux », le Président Nkurunziza a bel et bien confirmé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat.  Il a salué les efforts de la CAE pour relancer les pourparlers directs entre les parties burundaises et a estimé que la situation au Burundi ne représente pas une menace à la paix et à la sécurité internationales.  Il a donc appelé le Conseil à supprimer cette question d’un ordre du jour déjà « surchargé ».  L’attention du Conseil devient « contreproductive », a-t-il prévenu.

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a estimé que les progrès accomplis dans le domaine politique au Burundi ne devaient pas être ignorés, progrès qu’il a imputés aux efforts déployés par le leadership du Gouvernement burundais.  Il s’est ensuite félicité de la décision du Gouvernement burundais d’assumer la responsabilité financière des élections de 2020, en encourageant les autorités à coopérer avec le mécanisme de l’ONU sur le terrain, ainsi qu’avec la Commission de consolidation de la paix.  La priorité de la communauté internationale doit être d’accroître l’assistance humanitaire au Burundi et de soutenir son développement socioéconomique, au moment où le nombre de réfugiés de retour est en hausse, plus de 100 000 par rapport aux 58 262, il y a un an.  À la lumière de ces chiffres, M. Djani a regretté que le plan de réponse régional pour les réfugiés du Burundi soit l’un des moins bien financés au monde, exhortant les donateurs à faire davantage.

M. JUERGEN SCHULZ (Allemagne) a appelé au strict respect des Accords d’Arusha, avouant attendre d’autres engagements « sérieux » de la part des autorités burundaises sur l’élection présidentielle de 2020, en plus de celui du Président burundais de ne pas se présenter.  Le Burundi, a-t-il précisé, doit ouvrir son espace politique aux différents candidats et partis et garantir l’indépendance de la Commission électorale.  À cet égard, l’enregistrement du Congrès national pour la liberté est un pas dans la bonne direction, a estimé le représentant.  Il a dit voir une menace à la paix et à la sécurité régionales compte tenu des mouvements de troupes « alarmants » du Burundi et du Rwanda dans les provinces congolaises du Nord et du Sud-Kivu.  Il a vu là une démonstration claire de la nature transfrontalière de la crise politique au Burundi et dit craindre une pression inutile sur la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC).  Le représentant a salué à son tour les efforts de la région et ceux de la Commission de consolidation de la paix.  Il en a profité pour exprimer sa profonde préoccupation face à la situation des droits de l’homme au Burundi, ces derniers mois, dénonçant en particulier la fermeture de la représentation du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et la suspension de plusieurs ONG internationales.  Appelant au renforcement de l’aide humanitaire, il a indiqué que son pays a débloqué une somme de 15 millions d’euros en 2018, octroyant une autre somme de 24 millions pour les personnes déplacées.  Compte tenu de la situation, le représentant a fermement appuyé le maintien de la situation au Burundi à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a demandé à la région de rester engagée, notant que son soutien est essentiel pour la stabilité du Burundi.  On ne saurait sous-estimer les risques, a-t-il ajouté, évoquant le spectre des conflits ethniques.  Il a ensuite insisté sur l’importance d’assurer la tenue d’élections libres et justes en 2020 et a salué l’enregistrement des partis politiques ainsi que la décision de l’actuel Président de ne pas se présenter.  Le représentant s’est inquiété, à son tour, des violations des droits de l’homme, regrettant notamment la fermeture de la représentation du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.  Il a appelé à la poursuite du dialogue pour trouver une issue à la crise.  Le moment est grave car si on ne règle pas la situation des droits de l’homme, la stabilité actuelle risque d’être menacée, a–t-il averti.  Il a donc estimé que la question du Burundi doit être maintenue à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a estimé que les préparatifs des prochaines élections générales, prévues pour 2020, au Burundi doivent s’accompagner de mesures de confiance pour l’ensemble des acteurs politiques et sociaux.  Il a rappelé que la Commission de consolidation de la paix peut prêter son concours à l’établissement d’une économie durable.  Préoccupé par les signalements fréquents de violations des droits de l’homme dans le pays, le représentant a considéré que la fermeture de la représentation du Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l’homme était regrettable, plaidant pour sa réouverture le plus rapidement possible.  La situation humanitaire est également une source de préoccupation, a dit le représentant, dont le sort des réfugiés.  Le Conseil de sécurité, a-t-il estimé, en conclusion, doit continuer de suivre la situation au Burundi, en coopération avec les organisations régionales pertinentes, en vue de parvenir à l’organisation d’élections crédibles et transparentes l’an prochain.

M. WU HAITAO (Chine) a constaté que le calme et la stabilité règnent au Burundi, notant les efforts de réconciliation entre les partis politiques, ainsi que le retour des réfugiés, entre autres.  Il a souligné l’importance du pays pour la région des Grands Lacs et a appelé au respect de la souveraineté du Burundi et des prérogatives du Gouvernement burundais.  La communauté internationale doit adopter une attitude impartiale et contribuer au maintien de la stabilité du pays, a-t-il ajouté.  Il a aussi espéré que les organisations régionales continueront d’appuyer le Gouvernement.  Il a appelé le Conseil de sécurité à répondre favorablement à l’appel du Burundi à sortir de l’ordre du jour.  Passant à la question du retour des réfugiés, qui, a-t-il relevé, devrait atteindre son pic en 2019, le représentant a appelé la communauté internationale à fournir au Gouvernement burundais tout l’appui nécessaire.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a lancé trois messages.  Il s’est d’abord dit préoccupé par la situation interne au Burundi.  D’un point de vue politique, il a insisté sur la nécessité de se baser sur une feuille de route consensuelle et inclusive ainsi que sur l’importance du respect de l’Accord d’Arusha pour toute solution à la crise burundaise.  Il a jugé regrettable que le Gouvernement burundais n’ait pas participé au dernier round du dialogue alors qu’à la fin du processus, de nombreuses divergences subsistent.  Le respect des libertés des partis d’opposition sera un élément fondamental de notre évaluation du processus électoral, a indiqué le délégué, qui s’est félicité de voir que le nouveau parti du principal opposant a reçu son agrément.  « Il s’agit d’un développement indiscutablement positif », a-t-il estimé. 

Du point de vue des droits de l’homme, le représentant a vu une situation qui continue d’être « problématique ».  Il a regretté, à son tour, la décision de fermer la représentation du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, le manque persistant de coopération avec la Commission d’enquête ainsi que les nouvelles restrictions visant les observateurs des droits de l’homme de l’Union africaine.  Sur le plan socioéconomique, M. Pecsteen de Buytswerve s’est dit inquiet de la mesure de suspension des ONG étrangères ainsi que du départ de certaines ONG, alors que le plan national de développement « doit fournir une partie des réponses ».

Si le contexte burundais continue à être préoccupant, ses ramifications régionales ne le sont pas moins, a prévenu le délégué, qui a noté les activités à la hausse de certains groupes rebelles burundais dans le Sud-Kivu et des incidents transfrontaliers avec le Rwanda qui ont le potentiel de déstabiliser la région.  La problématique des réfugiés burundais et de leur importante présence dans la région en général, nécessite également une solution régionale durable, a poursuivi le représentant.  Les problèmes régionaux nécessitent des solutions régionales, a-t-il souligné, en soutenant un leadership fort et accru de la part de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (CAE) ainsi qu’une forte implication de l’Union africaine et des autres garants de l’Accord d’Arusha.  Le représentant a conclu en insistant sur le caractère essentiel de l’engagement des autorités burundaises et en saluant l’annonce du Secrétaire général de soumettre au Conseil une série d’options sur le rôle des Nations Unies au Burundi.  « Le Conseil doit rester saisi de cette question », a-t-il martelé.   

M. KAMIL KRZYSZTOF MIELUS (Pologne) a estimé que la situation politique demeure préoccupante, notamment à l’approche de l’élection présidentielle de 2020.  Il a notamment regretté que les autorités burundaises ne soient pas encore prêtes au compromis politique et ne manifestent pas de volonté à participer à un dialogue authentique.  Notant les implications régionales de la situation dans le pays, il a souligné qu’un appui régional concerté est crucial pour résoudre la crise.  Le délégué s’est ensuite inquiété de la situation des droits de l’homme, notant qu’elle peut saper les efforts en faveur de la réconciliation.  Il a appelé le Gouvernement à prendre des mesures concrètes pour rétablir la coopération avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et la Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme.  Il a noté que l’impasse politique se fait ressentir de manière négative sur la situation économique et humanitaire du pays.  Le retour des réfugiés dans le cadre de l’Accord tripartite avec la Tanzanie et le HCR doit se faire sur une base volontaire, a-t-il rappelé.

M. JOSÉ SINGER WEISINGER (République dominicaine) a pris note avec préoccupation de l’évolution de la crise humanitaire au Burundi, relevant les taux de malnutrition aigus et le chiffre de trois millions d’enfants en situation d’insécurité alimentaire.  Il s’est également alarmé des cas de choléra, 140 au total ayant été signalés depuis décembre 2018, et du nombre toujours élevé de réfugiés burundais qui continuent de vivre dans des conditions précaires dans les pays voisins.  Le représentant a, lui aussi, pris note des violations des droits de l’homme signalées au Burundi, avant de se dire « déconcerté » par la suspension des ONG par le Gouvernement, alors que celles-ci prêtaient une assistance vitale aux populations vulnérables.  Il a salué la ponction de 7,1 millions de dollars du Fonds pour la consolidation de la paix pour appuyer, entre autres, deux projets qui visent à autonomiser les femmes médiatrices et les jeunes, dans des domaines aussi cruciaux que la cohésion sociale, la sécurité, et la bonne gouvernance.

M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït) a constaté que la situation politique au Burundi revient vers un calme relatif, notant la tenue, dans des conditions stables du référendum, l’annonce du Président Nkurunziza de ne pas se présenter à l’élection présidentielle, et celle du Gouvernement de financer intégralement le scrutin de 2020.  Ce sont là des avancées politiques importantes, a estimé le représentant, qui a salué les efforts de l’Union africaine et de la Communauté d’Afrique de l’Est en faveur d’un dialogue inclusif dans le cadre des Accords d’Arusha.  Il a aussi salué les efforts des Présidents Mkapa et Museveni, avant de souligner que le succès du dialogue interburundais aurait des conséquences notables sur la stabilité régionale.  Le représentant s’est aussi félicité de l’amélioration de la situation humanitaire, s’inquiétant toutefois que de nombreuses personnes souffrent encore d’insécurité alimentaire.  Il a aussi voulu que l’on préserve le caractère volontaire du retour des réfugiés.

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a salué les efforts ayant mené à la signature de la feuille de route de Kayansara, en vue des élections générales de 2020, ainsi que la nomination de nouveaux membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).  Il a invité le Gouvernement, les partis politiques et la société civile à participer au dialogue interburundais et à assurer la tenue d’élections crédibles, inclusives et transparentes.  La décision du Président du Burundi de ne pas se présenter à l’élection de 2020 et le respect des Accords d’Arusha témoignent de la volonté des parties de renforcer la démocratie et d’assurer le retour à la paix et à la stabilité.  De même, l’élection du Burundi au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le déploiement de contingents dans les opérations de maintien de la paix illustrent l’engagement du Burundi en faveur de la paix.  Le représentant a appelé la communauté internationale à appuyer le Gouvernement et les parties prenantes afin d’assurer la tenue d’élections pacifiques.

M. ALBERT SHINGIRO (Burundi) a indiqué que la trajectoire de paix, de la réconciliation et du renforcement de la démocratie est positive dans son pays depuis 2017.  La tendance s’est poursuivie en 2018 et 2019.  Les mécanismes nationaux en vue de la tenue d’élections apaisées en 2020 se mettent progressivement en place.  Une Constitution qui affermit les acquis démocratiques et la cohésion nationale a été promulguée le 7 juin 2018.  Le représentant a assuré que tout sera mis en œuvre pour créer un environnement propice à la tenue d’élections apaisées, gage de la stabilité politique du Burundi.  La déclaration du Chef de l’État de ne pas se représenter en 2020, alors qu’il en avait le plein droit au regard de la Constitution actuelle, est un geste de haute valeur politique et démocratique qui peut servir d’exemple dans la sous-région et ailleurs, a-t-il dit.  Le transfert de pouvoir entre un Président sortant ayant terminé ses mandats et un Président entrant en 2020 marquera à jamais l’histoire politique du Burundi car ce sera la première fois depuis l’indépendance, en 1962, qu’un Président démocratiquement élu termine ses mandats constitutionnels sans qu’il soit assassiné comme ce fut le cas avec l’assassinat ignoble du Président Melchior Ndadaye après seulement 101 jours au pouvoir. 

M. Shingiro a noté que le dialogue est une vertu cardinale ancrée dans la vie des Burundais et estimé qu’il n’est plus besoin que « des acteurs exogènes se comportent en chef de file dans le processus qui est le nôtre ».  La situation sécuritaire est stable et entièrement sous contrôle, a-t-il dit, ajoutant que cette tendance est « irréversible ».  Le délégué a rappelé que l’Union africaine a appelé l’Union européenne à de multiples reprises à lever des sanctions, qu’il a qualifiées « d’immorales à mobile politique en violation de la Charte des Nations Unies et du devoir de solidarité internationale ».  Le renouvellement « quasi-robotique » de ces sanctions, chaque année, doit en toute logique cesser pour donner une chance au dialogue, a-t-il déclaré.

Le délégué a en outre estimé que la mise en place de la Commission Vérité et réconciliation revêt une importance capitale dans le cheminement vers un Burundi définitivement réconcilié avec lui-même, avant de souligner la coopération de son pays pour promouvoir les droits de l’homme.  Enfin, il a demandé de nouveau le retrait de la situation dans son pays de l’ordre du jour du Conseil.  L’organisation de réunions en cascade sur le Burundi pourrait devenir un facteur de déstabilisation du pays, a conclu M. Shingiro.

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