Conseil de sécurité: des progrès et des retards dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix au Mali, dans un contexte sécuritaire préoccupant

CS/13665
16 janvier 2019
8445e séance – matin

Conseil de sécurité: des progrès et des retards dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix au Mali, dans un contexte sécuritaire préoccupant

La Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix a indiqué ce matin, devant le Conseil de sécurité, que les avancées soulignées dans le rapport* du Secrétaire général sur la situation au Mali portent sur des questions centrales au processus de paix.  Elle a souligné le rôle politique essentiel de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), avant d’avertir que la situation sécuritaire à Gao et à Mopti, dans la région du centre, risque d’entraver la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali.  La Ministre malienne des affaires étrangères a pourtant témoigné de la détermination des parties signataires à œuvrer pour l’application de cet Accord.

De retour d’une visite effectuée le mois dernier dans le pays, Mme Bintou Keita a tout d’abord salué la dynamique constructive qui domine les relations entre les parties, et l’accent mis, depuis la tenue de l’élection présidentielle l’été dernier, sur la mise en œuvre de l’Accord, moyennant notamment la création, en septembre, d’un ministère de la cohésion sociale, de la paix et de la réconciliation nationale, qui a pour vocation de coordonner l’action menée par le Gouvernement en vue d’appliquer l’Accord.

« Le Gouvernement et les mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali constituent désormais une seule partie malienne, qui parle d’une seule voix, déterminée à faire la paix après six ans de crise institutionnelle », a d’ailleurs déclaré la Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Mali, Mme Kamissa Camara, invitée à participer à cette séance d’information.

« Priorité des priorités », selon la France, la nécessité de la pleine mise en œuvre de l’Accord n’a cessé d’être soulignée par les membres du Conseil de sécurité, d’autant plus à l’approche de l’expiration, en mars, du délai de six mois édicté par la résolution 2423 (2016) pour mettre en œuvre les mesures prioritaires prévues par le texte.  La Fédération de Russie a en outre estimé que si des mesures supplémentaires sont prises avant cette date butoir, notamment en matière de désarmement-démobilisation-réintégration (DDR) et d’administration du territoire, les élections législatives reportées à l’été 2019 pourront se dérouler dans des conditions propices.

De nombreux membres, dont l’Allemagne, ont d’ailleurs salué les progrès réalisés en termes de DDR.  La création d’administrations intérimaires au niveau des districts ainsi que l’établissement du nouveau ministère ont également été cités par les délégations.  Le Royaume-Uni a cependant constaté que de nombreux administrateurs tardent encore à rejoindre leur zone de fonction, notant aussi une certaine impatience quand les étapes de mise en œuvre de l’Accord sont manquées.

Mais pour la France, le cœur de la réponse à la crise actuelle, c’est le redéploiement de la présence et de l’autorité de l’État dans le centre du Mali.  La délégation française a donc jugé crucial que la communauté internationale apporte tout le soutien nécessaire au Gouvernement malien dans sa stratégie de reconquête de cette partie du pays.  Elle a suggéré, pour les prochaines semaines, d’entamer une réflexion sur la bonne adéquation entre les moyens dont dispose la MINUSMA, son mandat et les besoins qui existent dans la région du centre. 

Le renforcement de la présence de l’État dans l’ensemble du territoire passe par des capacités renforcées en matière de sécurité, comme l’ont fait remarquer notamment la Chine et le Pérou.  Pour la Côte d’Ivoire, « cette situation appelle de la part du Conseil de sécurité des mesures urgentes en vue du redéploiement des institutions policières et judiciaires, devant permettre à l’État malien d’assurer pleinement ses fonctions régaliennes ».

La Ministre malienne a affirmé que des mesures « immédiates et énergiques » avaient été prises pour mettre un terme aux affrontements intercommunautaires dans le centre du pays, citant par exemple le déploiement, en 2018, de 13 000 hommes, « dont la moitié dans le centre du pays », et la création de 16 nouveaux postes de sécurité.  Le Gouvernement s’attèle aussi à mieux encadrer les parcours pastoraux pour minimiser les risques de tensions entre éleveurs et agriculteurs, a-t-elle ajouté.

« Cependant, nous sommes conscients que les mesures sécuritaires ne suffiront pas, notamment dans un contexte où les groupes terroristes travaillent sans relâche pour détruire la cohésion sociale et affaiblir l’État », a-t-elle indiqué, avant de parler de l’intention du Gouvernement de bâtir un consensus national pour arriver à des solutions partagées par l’ensemble de la nation malienne.  La Ministre a en outre jugé essentiel de poursuivre les efforts de développement afin d’améliorer les conditions de vie des populations.

À l’instar de la Fédération de Russie, qui remarquait que le « facteur libyen » continuait d’exacerber la situation au Mali, plusieurs membres du Conseil ont souligné que la paix et la stabilité du pays ne pourront être assurées qu’en renforçant la coopération entre l’ensemble des pays de la région, notamment en matière de lutte contre le terrorisme.  L’Afrique du Sud a pour sa part suggéré la création à l’ONU d’un bureau d’appui à la Force conjointe du G5 Sahel. 

* S/2018/1174

LA SITUATION AU MALI (S/2018/1174)                               

Déclarations

La Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix, Mme BINTOU KEITA, a informé les membres du Conseil de sécurité de sa dernière visite au Mali, il y a un mois, au cours de laquelle elle a été encouragée par la dynamique constructive qui domine les relations entre les parties.  Elle a ajouté que de l’avis général, depuis la tenue de l’élection présidentielle en juillet et août derniers, un accent particulier a été constaté dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord.  La détermination des parties signataires s’est illustrée, entre autres, par la création en septembre d’un ministère chargé du suivi de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali et par la signature du Pacte pour la paix. 

Mme Keita a poursuivi son exposé en indiquant qu’il était trop tôt pour évaluer pleinement l’impact des sanctions prises par le Conseil de sécurité en décembre contre trois personnes qui entravent la mise en œuvre de l’Accord de paix.  « Il est juste de dire que les parties ont pleine conscience du sentiment de frustration du Conseil et de son impatience vis-à-vis des retards persistants dans la mise en œuvre de l’Accord », a-t-elle dit avant de souligner les efforts en cours pour accélérer la mise en œuvre de mesures clefs de l’Accord.  Mme Keita a aussi jugé positif de constater, au travers des entretiens avec les parties, que la MINUSMA continue d’être perçue comme jouant un rôle politique essentiel, œuvrant avec toutes les parties pour accélérer la mise en œuvre de l’Accord.

La Sous-Secrétaire générale a fait remarquer que les avancées soulignées dans le rapport du Secrétaire général portent sur des questions centrales au processus de paix, notamment les réformes institutionnelles envisagées par l’Accord.  La reconstitution et la réforme des forces de défense et de sécurité sont essentielles pour asseoir une paix durable au Mali, selon elle.  Elle a mentionné le lancement, en novembre dernier, d’un processus de démobilisation, désarmement et réintégration accéléré, qui constitue un premier pas concret dans cette direction.  La tenue d’un atelier de haut niveau sur la réforme du secteur de la sécurité en décembre a également permis des avancées sur des questions importantes.

Sur le plan des réformes institutionnelles visant à renforcer la décentralisation, Mme Keita a salué l’organisation en novembre de consultations sur le découpage administratif, « une première étape dans la conduite de la réforme territoriale ».  Le dialogue doit se poursuivre en vue d’obtenir un consensus sur ces réformes, a-t-elle dit avant d’inviter le Gouvernement et la classe politique issue de l’opposition et de la majorité, à poursuivre leurs efforts en vue d’assurer plus d’inclusivité dans ces discussions. 

En matière de réconciliation nationale, a informé la Sous-Secrétaire générale, l’Assemblée nationale a reporté les discussions sur la loi d’entente nationale à une date ultérieure pour permettre plus d’inclusion.  Mme Keita a exhorté les parties à poursuivre les efforts en soutien au processus de réconciliation, arguant que cela est indispensable pour « concrétiser la vision d’un Mali uni, ancré solidement sur le chemin de la paix ».  Dans ce contexte, a-t-elle rappelé, la lutte contre l’impunité doit demeurer au premier plan.  Elle ne saurait faire l’objet d’un compromis qui remettrait en cause les avancées réalisées en matière de réconciliation.  Mme Keita a également prôné un dialogue constructif et inclusif entre les acteurs de la classe politique -y compris avec la société civile, les femmes et les jeunes- pour mener à terme les ambitieux chantiers de réforme prévus par l’Accord de 2015.

Mme Keita a également fait part de sa grave préoccupation concernant la situation sécuritaire à Gao et à Mopti, qui présente un défi majeur à la mise en œuvre de l’Accord de paix.  En outre, le Mali a connu l’année dernière l’utilisation croissante d’engins explosifs improvisés en particulier dans le centre du pays.  La MINUSMA et le Service de la lutte antimines de l’ONU continuent de soutenir les autorités maliennes en fournissant des conseils, des formations et des équipements spécialisés pour atténuer les risques.  Réitérant ses inquiétudes face à la détérioration de la situation sécuritaire dans le centre du pays, elle a indiqué que la MINUSMA encourage le Gouvernement à définir les paramètres politiques sur la question du centre du pays.  La Mission renforce son soutien au Gouvernement pour répondre à l’évolution rapide de la situation et pour protéger les civils en coordination avec l’équipe de pays des Nations Unies. 

La détérioration de la situation a fait augmenter le nombre des personnes déplacées de 75% entre décembre 2018 et juin 2018, a aussi indiqué Mme Keita.  Dans l’ensemble, la situation humanitaire au Mali reste grave avec 2,3 millions de personnes vulnérables qui sont visées par le plan de réponse humanitaire de 2019, tandis que plus de 800 écoles sont fermées en raison de l’insécurité.  Mme Keita a réitéré l’appel du Secrétaire général à l’intention des acteurs nationaux, régionaux et internationaux pour qu’ils redoublent d’efforts pour répondre aux menaces multiples au Mali et dans toute la région du Sahel. 

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a déclaré que la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali devait demeurer « la priorité des priorités ».  Il a cité le cadre clair établi à cet égard par la résolution 2423 (2016), qui définit une liste précise de mesures à mettre en œuvre au plus tard six mois après la date d’investiture du Président malien qui arrivera à échéance le 4 mars prochain.  Saluant les premiers progrès concrets, le délégué y a vu « une dynamique positive » et souhaité la voir confirmée suffisamment rapidement pour « que la Mali soit à l’heure du rendez-vous de mars ».  Il a cependant averti que les attentes fixées par le Conseil ne sont pas encore atteintes: des progrès importants restent à réaliser et il reste peu de temps pour cela.  Il a invoqué la responsabilité du Conseil de continuer à accompagner la mise en œuvre de l’Accord en mobilisant l’ensemble des outils dont dispose la communauté internationale pour encourager les parties à avancer. 

Le cœur de la réponse à la crise actuelle, selon la France, c’est le redéploiement de la présence et de l’autorité de l’État dans le centre du Mali.  « Nous saluons les récents déplacements du Président Keïta et du Premier Ministre dans la région, et leur mobilisation en ce sens. »  Le représentant a souhaité que ces efforts se poursuivent et s’amplifient.  Il a aussi jugé crucial que la communauté internationale apporte tout le soutien nécessaire au Gouvernement malien dans sa stratégie de reconquête du Centre.  La MINUSMA, à son avis, doit continuer à appuyer les efforts engagés, à la hauteur de ses moyens et dans le cadre de son mandat.  À cet égard, M. Delattre a souhaité que s’engage, dans les prochaines semaines, une réflexion sur la bonne adéquation entre les moyens dont dispose la Mission, son mandat et les besoins qui existent dans cette région. 

Le représentant a insisté sur le fait que la stabilisation du Mali et de sa région ne peut passer que par une action complémentaire et coordonnée des différentes présences de sécurité sur place, « qui partagent toutes le même objectif de soutenir la mise en œuvre de l’Accord ».  Il a illustré l’intérêt de cette approche partenariale en citant l’appui apporté par l’opération Barkhane à la MINUSMA lors de l’attaque du camp de Ber, la coopération entre les différentes présences de sécurité en matière de lutte anti-engin explosif improvisé, ou encore le soutien opérationnel et logistique régulièrement échangé entre les différents acteurs.  Enfin, il a réitéré que l’urgence est aujourd’hui la mise en œuvre de l’Accord de paix, avec l’expiration prochaine du délai de six mois pour mettre en œuvre les mesures prioritaires.

M. MANSOUR AYYAD SH.  A.  ALOTAIBI (Koweït) a abordé la question de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation et salué les progrès réalisés dans le processus de désarmement, de démobilisation, de réintégration et d’intégration, ainsi que la tenue de la deuxième réunion de haut niveau pour la mise en œuvre du volet sécuritaire de cet accord.  Il a également salué le leadership du Premier Ministre malien, notamment pour la création d’un nouveau ministère qui a pour vocation de coordonner l’action menée par le Gouvernement en vue d’appliquer l’Accord.  Il a appelé toutes les parties à poursuivre leurs efforts pour réaliser la paix au Mali, notamment en respectant toutes les exigences de l’Accord.  Rappelant la feuille de route du 22 mars 2018, le Pacte pour la paix, il a exhorté toutes les parties à s’en tenir aux dispositions de ce document.

Le Koweït, a poursuivi le délégué, souligne l’importance du renforcement de la confiance entre les parties à l’aune des élections législatives.  Gravement préoccupé face à la détérioration de la situation sécuritaire dans un grand nombre de régions du Mali, le représentant a souhaité une réponse globale et intégrale pour rétablir la stabilité, notamment au centre du pays.  Il a rendu hommage au rôle de la MINUSMA qui assiste les différentes parties dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation.  En outre, le Koweït encourage la Force conjointe du G5 Sahel à poursuivre la lutte contre le terrorisme dans la région et se dit prêt à discuter des différents moyens permettant de lui assurer un financement durable.  Enfin, pour répondre à la crise humanitaire, le Koweït préconise des investissements dans le développement du Mali, notamment par le truchement de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.  Le Koweït est favorable au renouvellement du mandat de la MINUSMA, a conclu le représentant.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a salué les progrès récents réalisés dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, citant notamment les avancées enregistrées par le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) et la création d’un groupe de travail sur la participation des femmes aux processus de paix.  Il n’en a pas moins réclamé des mesures rapides pour aboutir à la pleine mise en œuvre dudit Accord, prônant pour cela des mesures intérimaires.  Il a remarqué cependant que de nombreux administrateurs tardent encore à rejoindre leur zone de fonction, notant aussi une certaine impatience alors que les étapes de mise en œuvre de l’Accord continuent d’être manquées.

Le représentant a ensuite dit être profondément préoccupé par le nombre important de civils qui continuent d’être victimes d’attentats.  Il a salué les mesures prises pour rétablir la présence de l’État dans le pays, tout en estimant que pour répondre à l’insécurité dans le centre du Mali, une politique de sécurité globale pour cette région doit être établie.  Il a par ailleurs salué les mesures prises pour assurer la stabilité du Mali, tout en estimant que des mesures s’imposent pour mettre en œuvre l’Accord pour la paix de manière inclusive et durable.  Il a également fait savoir que le Royaume-Uni avait déployé des hélicoptères au sein de l’opération Barkane.

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a rappelé que son pays avait soutenu le Mali depuis le début de la crise en 2012 et que, à ce jour, la MINUSMA représentait le principal déploiement de soldats allemands dans le contexte des opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  Cette Mission joue, selon lui, un rôle clef dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali.  Pour ce qui est du processus politique, il a estimé que la MINUSMA ne peut qu’en appuyer la mise en œuvre, mais ne saurait s’y substituer.  Il a salué l’évolution positive de la situation -notamment en termes de désarmement, démobilisation, réintégration et intégration- même s’il reste encore beaucoup à faire en matière de sécurité.  L’Allemagne encourage une plus forte participation des femmes au processus de paix au Mali, et, dans ce contexte, elle salue la présence de la Ministre des affaires étrangères malienne à cette séance, a dit le délégué.

Notant que la situation sécuritaire au centre du pays reste précaire, le représentant a appelé à y restaurer la confiance de la population vis-à-vis des organes étatiques.  Pour cela, il a renvoyé à l’étude menée par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) intitulée « La route vers l’extrémisme », qui explique clairement les facteurs qui poussent les jeunes à rejoindre les rangs des extrémistes.

Concernant la MINUSMA, l’Allemagne salue les efforts consentis pour garantir la sécurité des soldats de la paix et appuie l’application du rapport Cruz dans ce domaine.  Pour ce qui est du renouvellement de son mandat, elle prône un mandat réaliste et une meilleure utilisation de ses composantes civiles et militaires.  Il faut analyser les facteurs de risques, y compris les conséquences sécuritaires des changements climatiques qui peuvent engendrer des conflits, a ajouté le représentant.

M. VASSILY A.  NEBENZIA (Fédération de Russie) a relevé une situation politique toujours stable et espéré que d’ici le mois de mars, lorsque l’on fera le bilan de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, des mesures supplémentaires auront été prises en matière de DDR et d’administration du territoire.  Si cela est accompli, les élections législatives reportées à l’été 2019 se dérouleront dans des conditions propices, a-t-il avancé.  Il a ensuite appelé le Gouvernement et la MINUSMA à sensibiliser les populations sur l’Accord et sur le travail de la Mission.  L’adoption de nouvelles sanctions ne permettra pas de garantir la mise en œuvre de l’Accord, a-t-il par ailleurs estimé. 

Le représentant s’est ensuite préoccupé de l’augmentation du nombre d’attentats terroristes, notant également que les conflits interethniques et communautaires dans le nord font rage, d’où l’importance, a-t-il ajouté, d’y garantir la sécurité de l’État.  Il s’est aussi inquiété de la détérioration de la situation humanitaire, notant que le nombre de personnes nécessitant une aide a augmenté de 150% cette année.  Il a appelé la communauté internationale à répondre aux appels de financement de l’aide humanitaire.  Faute d’options, la jeunesse n’aura pas d’autre choix que de se tourner vers les groupes terroristes et extrémistes, a-t-il prévenu.  Le représentant a en outre souligné que le règlement de la situation au Mali permettrait d’assurer la stabilité de la région, tout en notant que le « facteur libyen » continue d’exacerber la situation.  Il a appelé à développer des mesures pour combattre le terrorisme à l’échelon régional, notamment par le biais du G5 Sahel.

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) s’est dit encouragé par l’évolution positive de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali et a félicité le Président Keita pour son leadership, ainsi que le Premier Ministre, M. Maiga, pour son engagement en ce sens.  Il a appelé toutes les parties à redoubler d’efforts afin de pleinement appliquer l’Accord ainsi que le Pacte pour la paix récemment signé, et de revigorer ainsi le processus de paix au Mali.  Dans le même temps, la communauté internationale doit fournir un appui adéquat au Mali en créant un environnement propice à la paix, a-t-il ajouté.

Il a rappelé qu’en juillet 2018, l’Union Africaine avait salué les progrès réalisés par la Force conjointe du G5 Sahel et réitéré son engagement à accompagner cette réponse coordonnée au niveau régional dans le cadre du processus de Nouakchott et d’autres cadres régionaux.  Le représentant s’est également dit encouragé par les progrès réalisés en matière de DDR et dans la réforme des services sécuritaires au Mali, insistant sur le fait que les forces de sécurité maliennes doivent disposer des équipements nécessaires pour faire face aux enjeux sécuritaires.  Il a reconnu le rôle important de la MINUSMA dans la réalisation de l’Accord ainsi que son partenariat avec la Force régionale G5 Sahel.

M. Matjila a ensuite promu la coopération régionale pour combattre la criminalité transnationale et le terrorisme.  « Il ne s’agit pas d’une crise purement malienne », a-t-il souligné en plaidant pour la solidarité dans la région, condition sine qua non de la paix et la stabilité au Sahel.  Il en a profité pour appeler l’ONU et les États Membres à soutenir la Force conjointe du G5 Sahel et à créer un bureau d’appui des Nations Unies pour cette Force.  Le Conseil de sécurité doit s’assurer que les opérations de cette force sont suffisamment financées et adéquatement équipées pour défendre et assurer la mise en œuvre de leurs mandats, a-t-il demandé.  Enfin, M. Matjila a mis l’accent sur l’importance du développement pour créer « non seulement un Mali plus stable, mais également une région plus stable ».

M. HAITAO WU (Chine) s’est inquiété de la détérioration de la situation sécuritaire dans le nord et le centre du Mali.  Il a appelé la communauté internationale à aider l’ensemble des parties à mettre en œuvre l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, et à appuyer le renforcement des capacités du Gouvernement.  Les capacités nationales en matière de sécurité méritent notamment d’être renforcées, pour permettre au Gouvernement d’assurer la sécurité à l’échelle du pays, a-t-il précisé.  Le représentant a jugé indispensable d’adopter une approche globale en mettant l’accent sur la dimension régionale.

Le délégué a ensuite salué le travail du Groupe de cinq pays du Sahel, ainsi que l’appui fourni par la MINUSMA à la Force conjointe du G5 Sahel.  Il a encouragé la Mission à renforcer la sécurité et la sûreté de son personnel, notamment en améliorant la communication avec les pays bailleurs de fonds.  Il a souligné que la Chine est un important pays fournisseur de contingents, notant que de nombreux Casques bleus opérant au sein de la MINUSMA sont chinois.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) s’est félicité des progrès récemment réalisés au Mali, notamment la création d’administrations intérimaires au niveau des districts ainsi que les avancées du processus de DDR.  Il a également salué la création du Ministère de la cohésion sociale, de la paix et de la réconciliation nationale.  Pour sa délégation, la pleine mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali doit rester la priorité.  Il est nécessaire, a-t-il ajouté, d’engager sans tarder les réformes politiques et institutionnelles nécessaires à l’amélioration de la gouvernance, à la sécurité et au développement socioéconomique du pays.  Pour cela il faut faire avancer la réforme de l’examen constitutionnel, la décentralisation et l’assise de l’état de droit.  Ces éléments sont essentiels au bon déroulement des prochaines élections législatives et à une meilleure cohésion sociale, a estimé le représentant.

S’agissant de la situation sécuritaire difficile qui prévaut en particulier au centre du pays, le Pérou encourage l’amélioration des capacités techniques, la formation des forces de sécurité nationales maliennes et le renforcement du contrôle des frontières.  Il faut dans le même temps, selon lui, permettre la création d’un système judiciaire indépendant en vue de lutter contre l’impunité et d’établir les responsabilités, notamment en cas de violences sexuelles et intercommunautaires. 

Préoccupé en outre par les inégalités économiques entre Bamako et le reste du pays, le représentant a mis l’accent sur l’importance du développement durable du pays en vue de parvenir à une société inclusive, pacifique et en phase avec le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  La réalisation d’une paix durable dépend, a-t-il souligné, d’une plus grande sécurité, d’un dialogue politique, de l’état de droit et du développement du pays.  À cet égard, le Pérou souhaite une plus forte participation des femmes à la réalisation de l’Accord pour la paix et la réconciliation, et l’inclusion des jeunes dans la définition de l’avenir du pays.

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a salué les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, citant notamment l’établissement des administrations intérimaires dans le nord du pays et l’accélération des processus de DDR.  Il n’en a pas moins estimé que le rythme de ces progrès mérite d’être accéléré, en mettant l’accent sur le fonctionnement effectif des autorités intérimaires, la restructuration territoriale et administrative, l’opérationnalisation du Mécanisme opérationnel de coordination et, enfin, les avancées dans la zone de développement du Nord.  Prenant note du report des élections législatives, il a appelé l’ensemble des parties à continuer de manifester la volonté politique nécessaire à la mise en œuvre de l’Accord.

Le représentant s’est ensuite préoccupé de la situation sécuritaire au Mali, s’inquiétant notamment que la MINUSMA soit continuellement prise pour cible par des groupes armés.  Il a jugé crucial de renforcer les capacités dans ce domaine, de pallier les manques d’équipements et de veiller à la sûreté et à la sécurité du personnel de l’ONU.  Il convient également de renforcer les capacités des forces de l’ordre du Mali, ainsi que celles de l’État pour assurer une présence des autorités dans toutes les régions et limiter l’influence des extrémistes dangereux.  Face à la précarité de la situation humanitaire et des conditions de respect des droits de l’homme, le délégué a aussi appelé à adopter une approche plus intégrée et complète pour faire face aux racines du conflit au Mali.

M. Djani a par ailleurs souligné que la paix et la stabilité au Mali ne pourront être assurées qu’en renforçant la coopération entre l’ensemble des pays de la région, ainsi qu’en appuyant les organisations régionales et sous-régionales.  S’agissant de l’engagement de l’ONU, il a appelé de ses vœux à la mise sur pied d’un cadre stratégique intégré, insistant également sur l’importance de respecter les priorités nationales du Mali et ses capacités institutionnelles. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a condamné les attaques perpétrées contre les Casques bleus, le personnel des Nations Unies, les Forces armées maliennes et surtout contre les civils.  Il a salué les efforts de stabilisation de la MINUSMA et souligné son rôle dans la consolidation de la paix et la cohésion sociale, à travers la réalisation de divers projets.  « Nous exhortons le Gouvernement du Mali et les groupes armés et la Plateforme et de la Coordination à accélérer la mise en œuvre des dispositions clefs de l’Accord de paix », a-t-il lancé avant de saluer le démarrage du processus accéléré de DDR.  Le représentant a également salué la création du ministère de la cohésion sociale, de la paix et de la réconciliation nationale.

Sur le chemin vers la paix et la stabilisation du Mali, les acteurs politiques et les autres parties signataires doivent comprendre que ce n’est pas le moment de revenir en arrière ou de saper les progrès réalisés après des années de conflit, a poursuivi M. Mba.  Il a rappelé que le Pacte pour la paix exprime l’accord des parties pour donner un élan à l’application de l’Accord de paix.  Il a donc appelé à inclure tous les acteurs politiques et sociaux dans les processus de prise de décisions. 

Examinant la situation au Mali et au Sahel, le représentant a fait remarquer que le terrorisme ne sera vaincu que si l’on s’attaque aux racines du mal comme le manque de sécurité, de gouvernance et de développement.  La lutte contre la menace terroriste exige une approche holistique qui combine les efforts en matière de sécurité et de développement, a-t-il précisé.  Enfin, le représentant a rappelé le rôle crucial des femmes et de l’éducation des filles dans les efforts plus larges de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a dit que la paix durable et la stabilité ne pouvaient pas être établies sans le développement durable et inclusif.  Elle a ainsi appelé toutes les parties à redoubler d’efforts pour mettre en œuvre les dispositions importantes de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, afin d’améliorer les conditions sécuritaires et réaliser le développement durable y compris l’accès aux services de base.  La représentante a appelé toutes les parties prenantes à se joindre aux efforts du Gouvernement pour faire avancer les réformes politiques et institutionnelles essentielles à l’amélioration de la gouvernance et au maintien de la paix.  La participation et l’inclusion des femmes et des jeunes sont importantes pour préserver les progrès réalisés, a-t-elle ajouté. 

La représentante s’est dite préoccupée par la situation sécuritaire au Mali en particulier dans le Centre, qui exige selon elle une approche plus globale et intégrée afin d’éviter toute détérioration supplémentaire.  Elle a appelé le Gouvernement à intensifier ses efforts pour s’attaquer aux causes profondes du conflit et aux défis sécuritaires dans les régions touchées.  La déléguée s’est aussi inquiétée de la situation des droits de l’homme en particulier dans le centre, dans les régions de Mopti et Segou, ainsi qu’à Tombouctou, Gao et Ménaka.  Toutes les forces nationales et internationales au Mali doivent assurer que leurs opérations respectent les droits de l’homme et le droit international humanitaire, a-t-elle plaidé avant de se préoccuper également de la détérioration de la situation humanitaire.  La représentante a appelé les groupes armés et les signataires de l’Accord pour la paix à dialoguer avec le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Mahamat Saleh Annadif, et l’équipe pays des Nations Unies, en vue d’améliorer l’accès humanitaire. 

M. GBOLIÉ DESIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) a exhorté les acteurs politiques maliens et la société civile à conjuguer davantage leurs efforts en vue d’un retour durable de la paix et de la stabilité au Mali, plus particulièrement dans les régions du nord et du centre.  Il a vu comme des signaux encourageants le Pacte pour la paix et l’engagement des groupes armés signataires à adhérer à un processus de DDR accéléré et l’intégration des éléments du Mécanisme opérationnel de coordination à Gao, Kidal et Tombouctou.  Dans ce contexte, il a jugé indispensable que les efforts des acteurs locaux soient appuyés par un soutien constant de la communauté internationale y compris par l’ONU, la CEDEAO et l’observateur indépendant, qui doivent maintenir leur niveau de mobilisation en faveur de la paix au Mali.  M. Ipo a encouragé les autorités maliennes à capitaliser sur la dynamique positive de l’élection présidentielle, en vue d’organiser les élections législatives, qui renforcent l’ancrage de la démocratie au Mali.

Sur le plan sécuritaire, le délégué a partagé les préoccupations du Secrétaire général sur la situation dans les régions du nord et du centre.  Cette situation appelle de la part du Conseil de sécurité des mesures urgentes en vue du redéploiement des institutions policières et judiciaires, devant permettre à l’État malien d’assurer pleinement ses fonctions régaliennes.  Il a aussi souhaité que la MINUSMA continue de soutenir le renforcement des capacités des Forces armées et de la police maliennes, ainsi que leur redéploiement, afin qu’elles assurent la protection des civils dans les régions affectées.  Ces mesures doivent s’accompagner de l’amélioration des capacités des institutions judiciaires, notamment celles spécialisées dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé.  Il importe également d’impulser davantage le processus DDR et la réforme du secteur de la sécurité, a conclu le délégué. 

M. RODNEY M. HUNTER (États-Unis) a relevé que la période à l’examen avait été très difficile.  Il a noté le nombre élevé de victimes parmi le personnel de la MINUSMA, ainsi que les actes de terrorisme odieux commis à l’encontre des populations.  « Les États-Unis condamnent fermement les groupes terroristes et les soi-disant groupes d’autodéfense », a-t-il dit en dénonçant une violence croissante.  Tout en se félicitant des efforts du Gouvernement pour remédier à la détérioration de la sécurité dans le centre du pays, il a appelé le Gouvernement et la MINUSMA à accélérer leurs efforts pour protéger les civils, mettre fin aux conflits intercommunautaires, et traduire en justice les auteurs de ces actes violents.

Il faut mettre pleinement en œuvre l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, a-t-il lancé en saluant à cet égard les progrès accomplis depuis l’élection présidentielle de l’été dernier, notamment la mise en place de 10 administrations provisoires au niveau des districts.  Il a aussi salué la création des administrations intérimaires et l’accélération des programmes de DDR.  Il a toutefois souhaité des précisions sur l’intégration des anciens combattants pour sécuriser le nord du Mali.  Enfin, le représentant s’est dit frustré et déçu que certaines dispositions de la résolution de 2423 (2018) ne soient pas plus rapidement mises en application.  Il a rappelé la position des États-Unis que si les parties ne progressent pas dans la mise en œuvre de ce texte, il faudra apporter des changements importants à la MINUSMA après l’expiration de son mandat.  « Nous le redisons aujourd’hui: il y a plus à faire. »

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) a dit que la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali est la pierre angulaire d’une sortie de crise durable au Mali.  Cet engagement pris par les Maliens et soutenu par la communauté internationale doit se traduire par la transposition, de bonne foi et dans son ensemble, des diverses dispositions de l’Accord.  La Belgique est grandement préoccupée par les retards pris dans cette mise en œuvre, s’est inquiété le représentant en craignant qu’ils hypothèquent la paix, la stabilité, le développement et la réconciliation au Mali.  Pire, s’est-il alarmé, ils permettent à la violence de s’étendre, que ce soit au centre du Mali ou dans la sous-région, comme au Burkina Faso.  Il a appelé les trois parties maliennes à l’Accord, ainsi que tout protagoniste qui en a les moyens, à redoubler d’efforts et de courage pour faire en sorte que les dispositions de l’Accord deviennent réalité malgré les difficultés et les obstacles. 

Compte tenu de la centralité de l’Accord de paix, le délégué a salué les sanctions prises contre ceux qui lui font obstacle.  La Belgique, a-t-il déclaré, ne s’opposera pas à de nouvelles sanctions dans le futur dès que cela s’avérera nécessaire.  Il a ensuite insisté sur deux conditions indispensables pour le retour de la paix durable, à savoir le respect des droits de l’homme et la lutte contre l’impunité.  Rappelant la multiplication des actes terroristes et les violences intercommunautaires au centre du Mali, il a encouragé le Gouvernement à assurer la sécurité de la population, dans le respect le plus strict des droits de l’homme.  Il a aussi noté le courage des autorités maliennes qui avaient publiquement reconnu le 19 juin 2018 « l’existence de fosses communes impliquant certains personnels des Forces armées maliennes » et l’annonce de l’ouverture d’une enquête judiciaire.  Il s’est félicité que la commission d’enquête internationale ait commencé ses activités, et encouragé toutes les parties concernées à coopérer pleinement à ses travaux. 

M. JOSÉ SINGER (République dominicaine) s’est dit conscient que la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali s’est heurtée à de grands défis pour créer les conditions propices à la paix durable et à la stabilité.  Il a néanmoins noté la création du Ministère de la cohésion sociale, de la paix et de la réconciliation nationale, ainsi que les progrès réalisés en termes de DDR.  Ces facteurs vont dans le sens de l’accélération d’un processus de paix plus inclusif, a-t-il estimé.

Il a appelé à réagir face à la recrudescence des attaques terroristes et extrémistes dans le centre et le nord du pays, y compris à l’encontre de la MINSUMA.  Il a condamné toute attaque visant des civils, surtout des femmes et des enfants, ainsi que toute violation des normes internationales du droit international humanitaire.  Aucun effort ne doit être ménagé pour que les auteurs de ces attaques soient traduits en justice, a-t-il demandé.  La République dominicaine demande en outre à la communauté internationale d’apporter le soutien financier nécessaire à la Force conjointe du G5 Sahel pour que celle-ci puisse pleinement s’acquitter de sa mission.  Le représentant a ensuite salué l’assistance technique fournie par la MINUSMA à la réforme du système judiciaire au Mali.

Rappelant que 3,2 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire au Mali, il a appelé à soutenir le plan humanitaire pour ce pays et a exigé l’accès humanitaire à toutes ses régions.  Avant de conclure, il a attiré l’attention sur les effets délétères des changements climatiques sur la paix et le développement au Mali.  Il a enfin exhorté toutes les parties à poursuivre le dialogue pour mettre en œuvre la feuille de route pour la paix au Mali.

Mme KAMISSA CAMARA, Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Mali, a déclaré que le Gouvernement et les mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali constituent désormais une seule partie malienne, « qui parle d’une seule voix », déterminée à faire la paix après six ans de crise institutionnelle.  Elle a indiqué que le Chef de l’État avait réaffirmé sa volonté de procéder à la révision de la Constitution, en vue, a-t-elle précisé, de prendre en charge certaines dispositions pertinentes de l’Accord et d’adopter les pratiques institutionnelles aux réalités de l’heure.  Le processus de révision constitutionnelle a été engagé, et le Gouvernement envisage de tenir un référendum en la matière au cours du premier trimestre 2019, a annoncé la Ministre.  Les élections législatives sont également prévues en mai-juin 2019, et les élections locales, en juillet 2019.  Des consultations ont aussi été engagées avec les acteurs politiques et sociaux en vue d’obtenir un consensus autour des réformes, et les concertations se poursuivent sur le projet de découpage territorial. 

Après avoir détaillé les progrès réalisés dans le cadre des programmes de DDR, la Ministre a indiqué que le processus de réforme du secteur de la sécurité a donné lieu à la tenue, du 12 au 14 décembre, d’un atelier de haut niveau, au cours duquel des points clefs restés en suspens depuis trois ans ont été traités.  Elle a précisé qu’il s’agit des concepts d’une armée reconstituée, d’unités spéciales et de police territoriale, dont les contours précis ont été fixés.  Les modalités de retour des Forces armées maliennes dans les régions du nord ont également été arrêtées et le Gouvernement a aussi décidé de la création d’un corps de gardes-frontières en vue d’une meilleure surveillance des sept frontières du Mali.

Au chapitre développement économique et social, a-t-elle poursuivi, 6 millions de dollars supplémentaires ont été alloués pour permettre aux autorités intérimaires de financer des projets prévus dans leurs plans d’actions prioritaires, notamment l’alimentation en eau potable de la ville de Kidal.

Mme Camara s’est ensuite attardée sur la situation préoccupante dans le centre du Mali en matière de sécurité.  Elle a indiqué que les groupes terroristes alimentent et entretiennent les violences intercommunautaires dans les régions de Mopti et de Ségou, sur fond d’amalgames et de tensions autour des ressources en eau, des parcours des animaux vers les zones de pâturage et des champs des agriculteurs sédentaires.  Elle a affirmé que des mesures « immédiates et énergiques » avaient été prises pour mettre un terme à ces affrontements intercommunautaires, citant notamment le déploiement, en 2018, de 13 000 hommes, « dont la moitié dans le centre du pays », et la création de 16 nouveaux postes de sécurité.  Plus de 600 jeunes de ces régions ont adhéré au programme spécial de réduction de la violence intercommunautaire, lequel a permis, à ce stade, de récupérer 444 armes, et qui prévoit « le désarmement de toutes les milices avant la fin de ce mois de janvier 2019 ».  Le Gouvernement s’attèle aussi à un meilleur encadrement des parcours pastoraux pour minimiser les risques de tensions entre éleveurs et agriculteurs.

La Ministre a aussi annoncé que 7 personnes sont en état d’arrestation pour leur implication présumée dans les massacres de Koulongo et que 24 autres personnes ont été arrêtées en lien avec une attaque similaire à Bobosso, un village voisin.  Cependant, a-t-elle indiqué, nous sommes conscients que les mesures sécuritaires ne suffiront pas, notamment dans un contexte où les groupes terroristes travaillent sans relâche pour détruire la cohésion sociale et affaiblir l’État.  Le Gouvernement a donc prévu de privilégier l’action politique, administrative et sociale en vue de bâtir un consensus national permettant d’identifier à qui profite le crime et d’arriver à des solutions partagées par l’ensemble de la nation malienne.  Abordant la situation des droits de l’homme, Mme Camara a assuré que les 14% de violations des droits humains attribuées, dans le rapport du Secrétaire général, aux forces de défense et de sécurité maliennes, font déjà l’objet de mesures administratives et disciplinaires, et que des enquêtes appropriées sont en cours.

Soulignant par ailleurs que la solution durable à la crise ne saurait se limiter au « tout-sécuritaire », elle a jugé essentiel de poursuivre les efforts de développement afin d’améliorer les conditions de vie des populations.  Elle a fait savoir que le cadre juridique et institutionnel du Fonds de développement économique avait été finalisé afin d’avoir un outil pertinent de mise en œuvre du volet économique de l’Accord.  Cette mesure, a-t-elle précisé, permettra la réalisation des investissements structurants, le financement de l’économie locale et des services sociaux de base.

Qualifiant par ailleurs de « très encourageant » le niveau d’opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel, Mme Camara s’est prononcée en faveur d’un mandat robuste sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et d’un financement prévisible et pérenne de cette Force.  La Ministre a ensuite réitéré « avec force » que la mise en œuvre de l’Accord continue de connaître des progrès réels, tout en reconnaissant que les acquis sont fragiles et que des défis « immenses » jalonnent encore le processus de paix.  La situation sécuritaire dans les régions de Mopti et de Ségou demeure une préoccupation prioritaire du Gouvernement, a-t-elle indiqué, ajoutant que pour ramener la paix et la stabilité durables dans les régions du nord et du centre, le Mali a besoin du soutien et de la solidarité de la communauté internationale.

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