Conseil de sécurité: en Afrique de l’Ouest et au Sahel, des progrès dans la « consolidation démocratique » fragilisés par une insécurité persistante

CS/13660
10 janvier 2019
8442e séance – matin

Conseil de sécurité: en Afrique de l’Ouest et au Sahel, des progrès dans la « consolidation démocratique » fragilisés par une insécurité persistante

S’il y a eu plusieurs évolutions positives en Afrique de l’Ouest et au Sahel au cours des six derniers mois, notamment sur le plan électoral, on a observé une montée de l’insécurité et une certaine instabilité politique dans plusieurs pays de la région, a constaté, ce matin au Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS).

M. Mohammed Ibn Chambas reprenait la principale conclusion du rapport du Secrétaire général qu’il était venu présenter aux membres du Conseil, en attirant leur attention sur la recrudescence des attaques de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.  « Rien qu’au cours de la dernière semaine de décembre, Boko Haram a lancé trois attaques séparées contre des bases de l’armée nigériane dans les États de Borno et Yobe, tuant de nombreux soldats, personnels de police et civils, tout en s’emparant d’équipements et d’armes », a relaté le haut fonctionnaire.

Une tendance d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne de la poursuite de violents affrontements entre agriculteurs et éleveurs, quoiqu’à un rythme moindre que pendant le premier semestre 2018, a-t-il précisé.  L’insécurité continue également de prévaloir au Sahel, a relevé M. Chambas, en citant l’instauration de l’état d’urgence dans 7 des 13 régions du Burkina Faso, et en prenant acte des défis sécuritaires de taille auxquels se heurtent les forces de sécurité et de défense du Niger, en dépit de leur « mobilisation massive ».  Des risques sécuritaires qui compliquent évidemment la tâche de gouvernements déjà aux prises avec de graves problèmes socioéconomiques.

Dans ce contexte, l’UNOWAS, a assuré celui qui le dirige, redouble d’efforts pour promouvoir une stabilisation durable de la région, en travaillant étroitement avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le G5 Sahel et la Commission du bassin du lac Tchad, y compris au travers de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.  Certains membres du Conseil, comme le Royaume-Uni et la Fédération de Russie, ont souligné l’importance d’une délimitation très claire des tâches qui incombent à chacune de ces entités, en vue de maximiser leurs synergies.

Mais la mobilisation des bailleurs de fonds internationaux demeure insuffisante, a relevé le Représentant spécial, en saluant toutefois les partenaires de développement qui se sont engagés à hauteur de 2,4 milliards de dollars pour financer le Plan d’investissement prioritaire du G5 Sahel, présenté le 6 décembre à Nouakchott.  La Côte d’Ivoire a estimé que des financements prévisibles et durables à partir des contributions obligatoires des Nations Unies « impacteraient positivement l’efficacité et la pérennité » des forces de ce groupe de pays.

Il y a lieu, selon le Représentant spécial, de se féliciter du déroulement de divers scrutins au cours des six derniers mois en Afrique de l’Ouest et au Sahel, notamment au Mali, en Mauritanie, au Togo et en Côte d’Ivoire.  « En dépit de progrès appréciables dans la consolidation démocratique […], des efforts soutenus sont nécessaires pour répondre aux contentieux électoraux, en vue de prévenir et d’atténuer les violences électorales, ainsi que pour appuyer le dialogue inclusif », a préconisé M. Chambas, en rappelant qu’au cours des six prochains mois, la région sera le théâtre d’élections à hauts risques au Nigéria, au Sénégal, en Mauritanie et au Bénin.  

Le représentant des États-Unis ont ainsi estimé que les élections de février au Nigéria seraient un « test crucial de la démocratie » dans ce pays et au-delà.  Aussi s’est-il déclaré inquiet du climat politique actuel, marqué selon lui par des informations faisant état d’actes d’intimidation et de partialité de la part des forces de sécurité; d’une insécurité accrue; de l’incapacité à voter des personnes déplacées ou des personnes handicapées; et du risque que des votes soient achetés « à grande échelle », autant d’éléments susceptibles de remettre en cause l’intégrité du processus électoral.

Le Représentant spécial a par ailleurs alerté le Conseil de la marginalisation continuelle des femmes dans les processus de paix et politiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel, identifiée comme facteur de conflit.  Des propos secondés par la République dominicaine, qui a déploré que la représentation politique des femmes dans la région soit encore « bien éloignée » du niveau escompté. 

La Guinée équatoriale a, quant à elle, annoncé que, lors de sa présidence du Conseil de sécurité en février, elle organiserait un débat sur la criminalité transnationale organisée en mer et sur la piraterie, qui fait partie aux yeux de sa délégation des fléaux que doivent s’efforcer de contrer les gouvernements concernés.

CONSOLIDATION DE LA PAIX EN AFRIQUE DE L’OUEST (S/2018/1175)

Déclarations

M. MOHAMMED IBN CHAMBAS, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), est venu présenter le dernier rapport en date sur la situation dans cette région, où des progrès ont été accomplis dans la consolidation démocratique, en dépit de défis sécuritaires persistants.  Dans le bassin du lac Tchad, les attaques de Boko Haram au cours des derniers mois se sont multipliées, en particulier contre des installations militaires.  « Rien qu’au cours de la dernière semaine de décembre, Boko Haram a lancé trois attaques séparées contre des bases de l’armée nigériane dans les États de Borno et Yobe, tuant de nombreux soldats, personnels de police et civils, tout en s’emparant d’équipements et d’armes.  Les violents affrontements entre agriculteurs et éleveurs se poursuivent également, quoique à un rythme moindre que pendant la première partie de 2018 », a indiqué le haut fonctionnaire. 

La situation sécuritaire demeure également fragile au Sahel.  Au Burkina Faso, l’état d’urgence a été déclaré dans 7 des 13 régions du pays, dans le nord, l’ouest et l’est du pays, sur fond de recrudescence des incidents sécuritaires.  Au Niger, en dépit d’une mobilisation massive des forces de sécurité et de défense nationales, celles-ci continuent de se heurter à des défis de taille dans l’ouest et le sud du pays.  Les attaques et enlèvements de plus en plus nombreux perpétrés par des groupes extrémistes dans la région aggravent les risques sécuritaires au Niger, au Bénin et au Togo, a mis en garde M. Chambas.  Cette insécurité en hausse, a-t-il expliqué, fait peser un fardeau très lourd sur les gouvernements de la région, qui doivent déjà répondre aux défis posés par l’expansion démographique et un chômage des jeunes massifs.  Des mesures d’austérité économiques, comme l’élimination des subventions pour les articles de première nécessité, ont aggravé les tensions sociales dans certains pays, a ajouté le Représentant spécial. 

Dans le cadre de ses efforts de long terme pour promouvoir la stabilisation durable dans la région, l’UNOWAS continue de travailler étroitement avec les partenaires régionaux, comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le G5 Sahel et la Commission du bassin du lac Tchad, y compris au travers de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.  Des progrès louables ont été accomplis dans la mise en œuvre de la résolution 2349 (2017) en vue de soutenir une réponse régionale à la crise en cours dans le bassin du lac Tchad, s’est félicité le Chef de l’UNOWAS.  Toutefois, un soutien supplémentaire est nécessaire pour consolider les efforts de stabilisation au Sahel, a-t-il observé, tout en saluant les partenaires de développement qui se sont engagés à mobiliser 2,4 milliards de dollars pour financer le Plan d’investissement prioritaire du G5 Sahel, présenté le 6 décembre à Nouakchott.  Le haut fonctionnaire s’est également félicité de la tenue du Sommet conjoint de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale et de la CEDEAO le 30 juillet dernier à Lomé, qui a été une étape importante en vue de répondre aux menaces terroristes auxquelles se heurte l’Afrique de l’Ouest et centrale. 

Le Représentant spécial a ensuite abordé l’élection présidentielle qui s’est tenue au cours des six derniers mois au Mali, les scrutins régionaux et parlementaires en Mauritanie et au Togo, respectivement, et les élections locales en Côte d’Ivoire.  « En dépit de progrès appréciables dans la consolidation démocratique dans la région, des efforts soutenus sont nécessaires pour répondre aux contentieux électoraux, en vue de prévenir et d’atténuer les violences électorales, ainsi que pour appuyer le dialogue inclusif comme attribut de sociétés inclusives », a préconisé M. Chambas, qui a rappelé qu’au cours des six prochains mois, la région sera le théâtre d’élections disputées au Nigéria, au Sénégal, en Mauritanie et au Bénin.  Par ailleurs, a-t-il poursuivi, plusieurs pays de la région continuent de se heurter à des défis dans les domaines de la justice et des droits de l’homme.  « Je suis particulièrement préoccupé par des allégations de violations des droits de l’homme commises par les forces de sécurité, ainsi que de la résurgence de groupes d’autodéfense, dont les agissements ont enflammé les tensions intercommunautaires dans certains pays.  Si les opérations de sécurité doivent être menées dans le respect complet du droit international humanitaire, des droits de l’homme et du droit des réfugiés, les acteurs non étatiques doivent être tenus pour comptables de leurs actes criminels », a déclaré le Représentant spécial.  Il s’est également alarmé de la marginalisation continuelle des femmes dans les processus de paix et politiques, qui est facteur de conflit.  En conclusion, il a insisté sur le fait que les solutions militaires, quoique nécessaires, sont insuffisantes et que des réponses holistiques respectueuses des droits de l’homme et des besoins socioéconomiques devaient être privilégiées.

M. GBOLIÉ DESIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) a espéré que les dividendes de l’environnement économique sous-régional globalement encourageant donneraient lieu à une redistribution des fruits de la croissance à travers la création d’emplois pour les jeunes, la promotion d’activités génératrices de revenus et des projets à impacts rapides pour les femmes.  Il a aussi noté la stabilité politique sous-régionale « qui ne saurait toutefois occulter la nécessité de poursuivre les efforts en cours en vue de consolider l’ancrage de la démocratie et de la bonne gouvernance ».  Au regard des importantes échéances électorales prévues en 2019 et de la persistance des tensions politiques dans certains États de la sous-région, M. Ipo a encouragé le Chef de l’UNOWAS à intensifier ses missions de médiation et de bons offices dans les pays concernés en relation avec la Commission de la CEDEAO.  Il a encouragé l’UNOWAS à soutenir les efforts déployés par la CEDEAO qui dispose d’un avantage comparatif dans le suivi et l’appui aux processus politiques de sortie de crise.  Il l’a également invité à renforcer les capacités régionales de résilience aux conflits.

Sur le plan sécuritaire, le délégué se dit préoccupé de la persistance des menaces à la paix et à la stabilité sous-régionales causées par le développement du terrorisme et de l’extrémisme violent.  Il a plaidé pour que la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent et la criminalité transnationale organisée en Afrique de l’Ouest et au Sahel s’inscrive dans une approche holistique coordonnée, axée sur le renforcement des réponses sécuritaires et le soutien aux initiatives de développement.  Il a appelé la communauté internationale à apporter un soutien financier et logistique accru à la Force conjointe du G5 Sahel et à la Force multinationale mixte qui représentent « un modèle vertueux d’appropriation par les pays de la région de leur sécurité collective ».  M. Ipo a aussi rappelé la nécessité de la coordination entre la Force conjointe du G5 Sahel, la Force multinationale mixte et les autres forces en présence, notamment la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali et l’opération Barkhane.  Il a aussi plaidé pour des financements prévisibles et durables, à partir des contributions obligatoires des Nations Unies, pour garantir l’efficacité et la pérennité de ces forces.  Avant de conclure, le délégué a déclaré que les réponses sécuritaires actuelles doivent être accompagnées de stratégies de développement.

M. JUERGEN SCHULZ (Allemagne) a évoqué la conférence de haut niveau sur le bassin du lac Tchad qui s’est tenue à Berlin en septembre 2018, au cours de laquelle deux milliards de dollars ont été promis.  Il a souligné la nécessité de consolider les gains enregistrés après le retrait d’une mission par des efforts de développement économique, insistant à cet égard sur le rôle clef de la Commission de consolidation de la paix (CCP).  Il a appelé à remédier au nombre élevé d’armes légères et de petit calibre en circulation dans la région, avant de souligner l’appui fourni par son pays à cet effet, notamment au Nigéria. 

Le délégué a évoqué la mission conjointe de l’UNOWAS et de la CCP au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Gambie en octobre 2018, tenant à rappeler l’importance du rôle consultatif de la Commission.  L’Allemagne, qui est l’un des principaux contributeurs au Fonds pour la consolidation de la paix, invite les États Membres à abonder ce Fonds, a-t-il déclaré.  Enfin, mentionnant le « lien fort » qui existe entre changements climatiques et sécurité, le représentant allemand a invité le Conseil à traiter des enjeux sécuritaires desdits changements de « manière plus structurée ».

Mme ANNE GUEGUEN (France) a souligné l’importance de l’UNOWAS pour suivre la situation des pays de la région, et notamment ceux qui ne sont pas inscrits à l’agenda du Conseil de sécurité.  Pour la France, la revue stratégique annoncée au cours des prochains mois devra être l’occasion de veiller à ce que l’UNOWAS bénéficie de tous les moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission.  « N’oublions pas que la prévention des crises constitue le meilleur moyen pour nous tous de réaliser des économies. »

Préoccupée par la dégradation de la situation sécuritaire dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, en particulier au Sahel où la menace terroriste s’étend géographiquement et s’accompagne d’un accroissement dangereux des tensions intercommunautaires comme au centre du Mali et au nord-est du Burkina Faso, la représentante a dit que la réponse à ces crises repose à chaque fois sur une approche combinant des efforts sur les volets politique, sécuritaire et du développement.  À ce titre, Mme Gueguen a rappelé la mobilisation de la France pour accompagner la mise en œuvre par les parties maliennes de l’accord de paix, ainsi que sa participation à la lutte contre les groupes terroristes à travers l’opération Barkhane et son soutien à la Force conjointe du G5 Sahel.  Elle a aussi estimé que l’ONU avait un rôle central à jouer pour aider les États de la région à définir des réponses adéquates aux différents aspects des crises, ce qui suppose, selon elle, un travail à brève échéance afin d’assurer que les moyens mis en œuvre par le système onusien sur le terrain sont bien en phase avec les besoins des pays.  Ce travail lui semble notamment nécessaire dans le cas du Burkina Faso.

Insistant sur l’importance de préserver les fondamentaux de la stabilité régionale en Afrique de l’Ouest et au Sahel, Mme Gueguen a affirmé que cela passait tout d’abord par la tenue de processus électoraux crédibles, transparents et inclusifs.  Elle a également insisté sur le respect des droits de chacun et la lutte contre l’impunité comme facteurs de la stabilité.  Concrètement, elle a cité les cas du Mali et de la Gambie où les processus de justice transitionnelle doivent être menés à leur terme.  Elle a également souligné l’importance de l’accompagnement dans la durée des pays en sortie de crise, citant le cas du Libéria.  Au lendemain de la fermeture de la MINUL, la communauté internationale doit, selon elle, poursuivre sa mobilisation pour assurer le succès de la transition démocratique.

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a partagé les préoccupations du Représentant spécial face à la montée de la violence intercommunautaire; la hausse de l’insécurité le long des frontières du Burkina Faso, du Mali et du Niger; la persistance d’activités terroristes et criminelles dans la région; et les allégations d’atteintes aux droits de l’homme commises par des groupes armés non étatiques et des forces de sécurité.  « C’est seulement en promouvant la bonne gouvernance, en s’attaquant aux causes profondes de l’instabilité, en créant des opportunités économiques, en respectant les droits de l’homme et en renforçant la sécurité dans la région » que la stabilité reviendra, a assuré le représentant.

M. Cohen a attiré l’attention sur la situation au Mali, appelant les parties à mettre en œuvre l’accord de paix et à réaliser des progrès significatifs au cours des prochains mois.  Il a émis l’espoir que seraient mises en œuvre les mesures énoncées dans la résolution 2423 (2018) du Conseil de sécurité, en prévenant qu’à l’avenir, « nous ne pourrons plus accepter la mauvaise volonté que nous avons vue par le passé pour appliquer les accords d’Alger.  Les enjeux sont trop importants, tant pour le peuple malien que pour la région, et le Conseil de sécurité devrait envisager d’utiliser tous les outils à sa disposition, y compris des sanctions, contre ceux qui font obstacle à la mise en œuvre ».

Dans le bassin du lac Tchad, a poursuivi le représentant, l’absence d’accès humanitaire dans de grandes parties de la région continue de faire de nombreuses victimes parmi les populations ayant besoin d’assistance, en particulier les femmes et les enfants.  Même si la région a progressé dans la coordination de la lutte contre Boko Haram et l’État islamique, M. Cohen a relevé que ces extrémistes violents demeurent des menaces dangereuses.  Il a par ailleurs estimé que les élections de février au Nigéria seraient un test « crucial » pour la démocratie dans ce pays et au-delà.  Aussi, s’est-il déclaré inquiet du climat politique actuel et des informations faisant état d’intimidation et de partialité de la part des forces de sécurité; d’une insécurité accrue; de l’incapacité à voter des personnes déplacées ou des personnes handicapées; et du risque que « l’achat de votes » à grande échelle puisse remettre en cause l’intégrité du processus électoral.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a plaidé pour une approche multidimensionnelle de long terme pour remédier aux multiples défis dans la région.  Il a souhaité le renforcement des capacités de l’UNOWAS en vue d’appuyer les prochains processus électoraux, en particulier au Sénégal, en Guinée et en Guinée-Bissau.  L’UNOWAS joue par ailleurs un rôle majeur dans les processus de désarmement, démobilisation et réintégration, ainsi que dans la promotion du développement durable, afin de remédier aux causes profondes des conflits. 

Enfin, le délégué péruvien a loué l’attention portée par le Bureau aux conflits intercommunautaires liés aux conséquences des changements climatiques.  

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a souligné les défis sécuritaires importants qui attendent un certain nombre de pays dans la région.  La détérioration de la situation sécuritaire au Burkina Faso exige une réponse internationale forte et un appui aux autorités locales dans leur lutte contre les groupes terroristes, a-t-elle dit avant de condamner les violentes attaques terroristes et les affrontements intercommunautaires dans les régions septentrionales de ce pays. Elle a appelé les habitants de la région à lutter ensemble contre le terrorisme et à promouvoir la réconciliation nationale.  Il a encouragé les autorités locales à poursuivre systématiquement leurs réformes en matière de sécurité et à créer les conditions d’une paix et d’un développement durables.  Saluant en outre les élections pacifiques organisées dans la région, la déléguée a indiqué que les périodes avant et après les élections sont souvent caractérisées par des contestations.  Elle a ainsi appelé les autorités et les parties prenantes nationales à travailler ensemble afin de créer un environnement favorable à des élections pacifiques, inclusives et crédibles en 2019 au Bénin, au Tchad, en Guinée-Bissau, en Mauritanie, au Nigéria et au Sénégal.

La représentante s’est aussi inquiétée de la sous-représentation persistante des femmes dans les postes de haut-rang au sein des gouvernements dans la région de l’Afrique de l’Ouest et au Sahel.  Elle a appelé les gouvernements à redoubler d’efforts afin d’améliorer l’autonomisation et l’inclusion politique des femmes dans les processus de décisions et à promouvoir un développement inclusif qui tienne compte des femmes.  Elle s’est par ailleurs préoccupée de l’impact des changements climatiques sur les dynamiques de conflit dans le bassin du lac Tchad et dans une partie du Sahel, appelant les partenaires nationaux, régionaux et internationaux à développer un cadre régional conformément à la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel pour répondre de manière proactive à ces menaces.  Les défis en Afrique de l’Ouest et au Sahel sont complexes et multidimensionnels et exigent une approche durable et holistique de la part de toutes les parties prenantes, a-t-elle conclu.

Après avoir salué les efforts déployés par l’UNOWAS en Afrique de l’Ouest, Mme AMPARO MELE COLIFA (Guinée équatoriale) a reconnu que la région traverse un moment difficile et crucial en raison de la situation précaire en matière de sécurité et de l’instabilité au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Nigéria, théâtres d’attaques aveugles commises contre cibles civiles et militaires.  Dans ce contexte, le Bureau doit, de concert avec d’autres entités comme la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, œuvrer à la mise en place de mécanismes efficaces de prévention, de médiation et de solutions aux conflits adéquats, a préconisé la représentante.

Celle-ci a ensuite encouragé les bailleurs de fonds à contribuer au Plan de réponse humanitaire 2019 pour le bassin du lac Tchad.  Sa délégation s’est également félicitée des initiatives régionales mettant l’accent sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration au sein du G5 Sahel.  Mme Colifa a annoncé, en conclusion, que la Guinée équatoriale, lors de sa présidence du Conseil de sécurité en février, organiserait un débat sur la criminalité organisée transnationale en mer et la piraterie.

M. HAITAO WU (Chine) a insisté sur la relative stabilité dans la région et sur le bon déroulement des divers processus électoraux.  Il a plaidé pour un appui international à la lutte contre les groupes terroristes et insisté sur le rôle important joué par le G5 Sahel.  Le délégué a aussi invité la communauté internationale à renforcer les capacités des pays de la région en vue de remédier aux causes profondes des conflits.  La Chine continuera de soutenir les efforts de l’UNOWAS, a-t-il déclaré. 

Enfin, le représentant a évoqué le Sommet Chine-Afrique qui s’est tenu en septembre dernier à Beijing, ainsi que la création d’une plateforme de coopération ayant notamment permis le financement de plusieurs projets de renforcement des capacités en Afrique. 

 M. DAVID CLAY (Royaume-Uni) s’est dit préoccupé par la situation politique et sécuritaire dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, fragilisés par la menace terroriste que représente Boko Haram.  Il s’est attardé sur la crise dans le bassin du lac Tchad, où les besoins humanitaires sont particulièrement aigus, avant de se féliciter des synergies régionales mises en œuvre non seulement pour atténuer les agissements de ces groupes terroristes mais aussi pour répondre aux causes structurelles de la pauvreté.  Le Plan de réponse humanitaire 2019 pour le bassin du lac Tchad doit donc bénéficier d’un soutien renforcé de la communauté internationale, a exhorté le représentant britannique.  Selon lui, les responsabilités doivent être clairement délimitées entre l’UNOWAS et les autres entités telles que le Bureau du Conseiller spécial du Secrétaire général pour le Sahel, la CEDEAO et d’autres.  L’UNOWAS a un rôle crucial à jouer pour accompagner les processus électoraux à venir dans les pays de la région, a-t-il reconnu en conclusion. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a loué l’appui fourni par l’UNOWAS aux processus électoraux dans la région et félicité le Mali et la Mauritanie pour la bonne organisation des scrutins dans ces pays.  Il a souhaité que les élections à venir au Nigéria, au Sénégal et en Guinée-Bissau se déroulent dans la transparence.  La situation sécuritaire demeure instable dans la région, a-t-il poursuivi.  Estimant que le principal défi sécuritaire est le trafic de stupéfiants, le délégué a insisté sur le rôle clef de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour y remédier.  Il a ensuite invité les parties maliennes à respecter l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali de 2015.  Enfin, le délégué du Koweït a appuyé la Force conjointe du G5 Sahel dans la lutte contre le terrorisme et demandé un renforcement de l’assistance humanitaire pour la région du bassin du lac Tchad. 

 M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) s’est inquiété des conséquences que les revers connus par l’Afrique de l’Ouest en matière d’insécurité au cours des derniers mois pourraient avoir sur les progrès constatés simultanément ailleurs.  Il a fait référence aux attaques lancées par des organisations terroristes au Mali, au Burkina Faso et au Niger, et à la coordination croissante entre celles-ci.  Sa délégation s’est dite convaincue que l’UNOWAS était en position de jouer un rôle important pour répondre aux défis auxquels se heurtent la région, en particulier en apportant un soutien à la Force conjointe du G5 Sahel et en répondant aux causes profondes des conflits.  À cette fin, le représentant a estimé qu’il incombe au Conseil de sécurité de soutenir les cadres régionaux multilatéraux en place et de s’appuyer sur le dialogue politique.  Il faut aussi encourager la coordination entre la CEDEAO, le Groupe des cinq, l’Union africaine et les autres entités onusiennes pertinentes, a plaidé le représentant. 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a salué le travail de l’UNOWAS en termes de diplomatie préventive en Afrique de l’Ouest et au Sahel.  Il a souligné notamment son engagement avec les gouvernements, la société civile et les organisations régionales et sous-régionales, qui permet une réponse rapide mais aussi à plus long terme aux causes profondes des conflits.  S’agissant de la stabilité et de la consolidation de la paix dans cette région, il a mis l’accent sur l’importance de processus électoraux pacifiques, transparents et crédibles pour jeter les bases de démocraties solides et de la bonne gouvernance, citant notamment les cas du Nigéria, du Sénégal et de la Guinée-Bissau.

L’Indonésie demeure préoccupée par la menace constante que posent les groupes terroristes et les réseaux criminels en Afrique de l’Ouest et au Sahel, et appelle au renforcement de la réponse collective à ces menaces, notamment par le truchement de la Force conjointe du G5 Sahel.  Le représentant a d’ailleurs demandé que cette force puisse compter sur un financement prévisible.  Notant que la plupart des conflits en Afrique de l’Ouest et au Sahel sont transfrontaliers et interconnectés, il a souligné le besoin urgent d’une montée en puissance de la coopération dans le contexte régional, mais aussi entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales.  Il a aussi mis en avant le rôle central que doit jouer l’UNOWAS dans la mise en œuvre de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERVE (Belgique) s’est dit préoccupé de la situation sécuritaire dans la région, notamment au regard de l’intensification de la violence intercommunautaire dans plusieurs pays comme le Niger, le Burkina Faso et le Mali.  La Belgique, a-t-il poursuivi, salue le courage et les sacrifices des forces de sécurité dans leur combat contre les terroristes.  En même temps, a-t-il fait remarquer, « on ne pourra pas sortir de ce conflit en ignorant les droits de l’homme »: à défaut, les succès des forces de sécurité ne seront qu’éphémères et hypothèqueront la réconciliation et la sortie de crise durable.  Il a recommandé une approche holistique pour faire face à l’extrémisme violent, mettant l’accent sur la bonne gouvernance, le dialogue et la médiation ainsi que sur un développement durable et inclusif.  M. Pecsteen a estimé en outre que la multiplication des conflits entre éleveurs et agriculteurs méritait une attention particulière car ces tensions sont actuellement un facteur majeur d’insécurité dans la sous-région et même au-delà.

S’agissant de la consolidation de la paix, le délégué a invité à soutenir les efforts de la Gambie, du Libéria et de la Sierra Leone: la réconciliation nationale, la reconstruction postconflit et la réforme du secteur de sécurité sont des défis importants pour ces États dont les institutions démocratiques sont en voie de consolidation.  La volonté politique d’ancrer la bonne gouvernance, la démocratie et les droits de l’homme sera déterminante afin de pérenniser les acquis et de poursuivre le développement durable.  Il a souligné l’importance du rôle joué par la CCP dans l’accompagnement de ces pays en maintenant le dialogue entre toutes les parties intéressées.  De même, les activités menées par le Fonds pour la consolidation de la paix restent cruciales pour combler des besoins spécifiques.  M. Pecsteen a salué l’approche centrée sur la prévention et préconisé que ces efforts s’appuient sur la nouvelle structure des Coordinateurs résidents dans l’optique de rester « Unis dans l’action ».  Avant de conclure, il a salué le rôle de pionnier de l’UNOWAS qui met en œuvre la volonté du Conseil de sécurité en étudiant l’impact de l’évolution du climat dans le cadre d’une approche « prévention des conflits ». 

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) s’est félicité du déroulement dans le calme des élections dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, même s’il a constaté la montée en puissance des organisations terroristes qui sévissent dans la région.  Mettre un terme à ce fléau est un objectif prioritaire, a-t-il observé, en rappelant le soutien de son gouvernement aux opérations antiterroristes en cours dans la région.  À cet égard, il a estimé que le dialogue avec ces groupes n’était pas possible.  Le représentant a plaidé pour le renforcement de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, dont le potentiel reste à exploiter selon lui, avant de rappeler l’importance du principe de répartition des tâches entre les entités pertinentes du système des Nations Unies, et ce, afin d’éviter les doublons. 

M. JOSÉ SINGER (République dominicaine) a loué la bonne tenue des processus électoraux qui se sont conclus dans la région et espéré que les prochains se déroulent de manière aussi satisfaisante.  Il a ensuite rappelé que 24 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire dans la région, avant de dénoncer les violences sexuelles et les détentions arbitraires dont sont victimes les femmes qui restent aux mains des groupes terroristes.  Le délégué a par ailleurs déploré que le niveau de représentation des femmes soit encore bien éloigné du niveau escompté.  Beaucoup doit encore être fait pour garantir l’inclusion politique des femmes, a poursuivi le représentant.  Enfin, M. Singer s’est dit vivement préoccupé par les conséquences négatives des changements climatiques pour la région, avec notamment des déplacements de population.  L’UNOWAS doit accroître ses efforts pour relever « ce défi colossal », a conclu le délégué de la République dominicaine.

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