La Quatrième Commission se penche sur l’impact du processus de réforme de l’ONU sur l’efficacité et la bonne marche des missions politiques spéciales

CPSD/709
8 novembre 2019
Soixante-quatorzième session, 20e séance – après-midi

La Quatrième Commission se penche sur l’impact du processus de réforme de l’ONU sur l’efficacité et la bonne marche des missions politiques spéciales

La Quatrième Commission (chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation) a adopté sans vote, cet après-midi, un projet de résolution portant sur l’étude d’ensemble des missions politiques spéciales qui ne comprend que des mises à jour techniques du texte de 2018.  Par ce texte, la Commission recommande à l’Assemblée générale de prier le Secrétaire général d’instaurer un dialogue régulier, interactif et ouvert avec toutes les parties intéressées et de lui présenter, à sa soixante-quinzième session, un rapport qui rende compte notamment des mesures prises pour renforcer chacune d’entre elles.  Le Secrétaire général se verrait aussi prié d’inclure dans ce rapport des informations sur la mise en œuvre des réformes menées à l’ONU en ce qui concerne les missions politiques spéciales. 

Dans la mesure où les missions politiques spéciales sont mandatées par le Conseil de sécurité, les négociations sur ce projet de résolution sont considérées comme une opportunité importante pour les États Membres de partager leurs points de vue sur la question.  C’est la raison pour laquelle les États membres du Mouvement des pays non alignés ont regretté de n’avoir pas été consultés cette année par les délégations porte-plumes du projet, le Mexique et la Finlande, avant qu’elles ne décident de se limiter à des mises à jour techniques.

Les Secrétaires généraux adjoints du Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix et du Département de l’appui opérationnel (DOS), respectivement Mme Rosemary DiCarlo et M. Atul Khare, sont venus faire le point sur les premiers résultats de la réforme engagée par le Secrétaire général sur les travaux de leurs Départements respectifs dans le contexte des missions politiques spéciales et sur les derniers développements dans ce domaine.

Mme DiCarlo a axé son exposé sur quatre domaines, à savoir la prévention des conflits et le maintien de la paix; les partenariats régionaux; les Femmes et la paix et la sécurité et l’engagement des jeunes, en citant à chaque fois des exemples précis notamment en Syrie, au Yémen et en Afrique de l’Ouest.

Son homologue de l’appui opérationnel a mis l’accent sur les nouveaux services et bureaux, créés cette année au sein du DOS, pour s’inscrire dans la vision du Secrétaire général qui repose sur les trois principes suivants: la simplification des procédures et des cadres politiques; la décentralisation du pouvoir décisionnel jusqu’au point de livraison; et l’amélioration de la transparence et de la responsabilisation en termes de résultats.  À ce titre, il a évoqué le travail de la nouvelle Division des activités spéciales et du Bureau de la gestion de la chaîne d’approvisionnement, ainsi que de la simplification des procédures en termes de recrutement pour éliminer les goulots d’étranglement dans le calendrier du processus et accélérer la sélection des candidats.

Comme par le passé, de nombreuses délégations, dont l’Afrique du Sud et les membres du Mouvement des pays non alignés, ont appelé à financer et budgéter les missions politiques spéciales de manière comparable aux opérations de maintien de la paix et à créer un compte indépendant à cet effet.

Pour les États Membres, la réforme du pilier paix et sécurité est l’occasion de faire progresser et de renforcer l’action des missions politiques spéciales dans toutes les tâches relevant de leurs mandats, y compris la prévention des conflits.  Cela devrait se traduire par un renforcement de la cohérence, de la responsabilité et de l’efficacité des missions politiques spéciales, a estimé le représentant de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), tout en réaffirmant le primat du pays hôte dans la mise en œuvre des initiatives de consolidation de la paix, en fonction de ses priorités nationales.

Les délégations n’ont pas manqué d’encourager une coopération plus intense entre missions politiques spéciales et organisations régionales, une position partagée par les deux Secrétaire généraux adjoints qui ont d’ailleurs passé en revue un certain nombre de partenariats stratégiques existants.  En Afrique de l’Ouest par exemple, Mme DiCarlo a rappelé que le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) coopère étroitement avec les parties prenantes régionales, en particulier la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine, pour faire progresser la diplomatie préventive et appuyer les processus politiques.

L’idée d’associer davantage les femmes et les jeunes à la prévention et au règlement des conflits a été largement soutenue par les délégations.

À l’instar de la Namibie et de l’ASEAN, d’autres intervenants ont insisté sur l’appropriation des missions par le pays hôte et sur le renforcement des capacités de ce dernier lors du passage d’une opération de maintien de la paix à une mission politique spéciale.

La Colombie est venue témoigner de « l’exemple même » de ce que les missions politiques spéciales sont en mesure de réaliser, à supposer qu’elles tiennent compte de la réalité du terrain, des questions liées à l’appropriation nationale de la mission par le pays hôte et du renforcement des institutions démocratiques de ce dernier.  De son côté, Haïti a émis l’espoir de voir le BINUH, la mission politique spéciale qui succède à la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), à faire de même.  Cette nouvelle mission a pour tâches prioritaires d’accompagner la promotion et le renforcement de la stabilité politique et de la bonne gouvernance, ainsi que le soutien au dialogue interhaïtien, a rappelé la délégation, mais compte tenu du contexte complexe et de la persistance de la crise politique, il sera indispensable, selon elle, de lui garantir des ressources adéquates.

La Quatrième Commission poursuivra ses travaux, lundi 11 novembre, à partir de 10 heures.

ÉTUDE D’ENSEMBLE DES MISSIONS POLITIQUES SPÉCIALES - A/74/338, A/C.4/74/L.8

Déclarations liminaires

Mme ROSEMARY DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, qui présentait le septième rapport du Secrétaire général intitulé « Questions de politique générale relatives aux missions politiques spéciales ».  Bien que le rapport couvre plusieurs domaines thématiques, Mme DiCarlo a axé son exposé sur quatre domaines, à savoir la prévention des conflits et le maintien de la paix; les partenariats régionaux; les Femmes et la paix et la sécurité; et l’engagement des jeunes.

Tout au long de l’année, les missions politiques spéciales ont continué à donner la priorité à leurs mandats fondamentaux de prévention et de résolution des conflits, a assuré la Secrétaire général adjointe, en citant les cas de la Syrie, du Yémen et de l’Afrique de l’Ouest.  En Syrie, les efforts menés par le Secrétaire général de l’ONU avec le soutien de son Envoyé spécial ont abouti à un accord conclu fin septembre entre les parties syriennes pour la mise en place d’un Comité constitutionnel crédible, équilibré et inclusif, contrôlé par les Syriens et dirigé par eux.

Il s’agissait du premier accord politique entre le Gouvernement syrien et l’opposition. Le Comité constitutionnel a été officiellement mis en place le 30 octobre et ses 150 membres se sont réunis les 31 octobre et 1er novembre lors de séances de travail sous la présidence de ses deux coprésidents.  Cette semaine, les travaux du Comité constitutionnel se sont poursuivis lors des premières séances de travail d’un petit groupe de 45 membres.  L’Envoyé spécial pour le Yémen a poursuivi son engagement auprès de toutes les parties concernées et de toutes les parties prenantes de la région.  Cela comprend l’aide fournie aux parties pour la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm.  Malgré les difficultés actuelles et la fragilité de la situation, la Mission des Nations Unies en appui à l’Accord sur Hodeïda a réalisé des progrès encourageants avec les parties yéménites et a eu un effet dissuasif positif.

En février, le Secrétaire général a chargé son Représentant spécial et Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel de diriger une mission interinstitutions au Burkina Faso. L’objectif était d’évaluer le repositionnement et l’organisation de la présence de l’ONU dans ce pays afin d’y relever les défis de la violence intercommunautaire, du terrorisme, de la gouvernance et des besoins de développement à long terme.  L’ONU est sur le point de créer cinq bureaux dans le pays pour mener à bien ce programme.  Le Département de Mme DiCarlo mobilise les fonds du Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix pour combler certaines des lacunes en matière de financement.

La plupart des activités entreprises par les missions politiques spéciales sont menées conjointement ou en consultation avec des partenaires régionaux et sous-régionaux, a souligné la Secrétaire générale adjointe, pour laquelle l’engagement et le soutien de ces partenaires restent essentiels à la bonne mise en œuvre des mandats des missions.

En Afrique de l’Ouest, par exemple, le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) collabore étroitement avec les parties prenantes régionales, en particulier la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine, pour faire progresser la diplomatie préventive et appuyer les processus politiques.  En Guinée-Bissau, le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS) et l’UNOWAS collaborent étroitement avec d’autres membres du groupe des cinq partenaires internationaux, l’Union africaine, la CEDEAO, l’Union européenne et la Communauté des pays de langue portugaise, afin d’atténuer les tensions politiques et faire avancer le processus électoral.

Au Nigéria, au Sénégal et en Mauritanie, en prévision des élections présidentielles organisées cette année, l’UNOWAS a noué le dialogue avec les parties prenantes nationales ainsi que les partenaires régionaux et internationaux de l’ONU afin d’encourager la consolidation de la démocratie dans la région.

Enfin, le Centre régional des Nations Unies pour la diplomatie préventive en Asie centrale continue de coopérer avec les cinq pays d’Asie centrale –et de plus en plus avec l’Afghanistan– afin de renforcer les capacités régionales en diplomatie préventive et d’appuyer les efforts visant à renforcer la coopération et la stabilité régionales, a précisé la haute fonctionnaire.

Mme DiCarlo a également confié que les missions politiques spéciales ont continué à défendre et à soutenir la mise en œuvre effective du programme relatif aux femmes, à la paix et à la sécurité et à intégrer de plus en plus les perspectives de genre dans la mise en œuvre de leurs mandats.  En juin de cette année, elle a publié la nouvelle politique de son Département, afin de veiller à ce que l’analyse sexospécifique soit systématiquement intégrée à tous ses travaux. La création de conseils consultatifs et de groupes de femmes auprès des Envoyés spéciaux en Syrie, au Yémen et en Iraq a démontré l’importance que l’ONU attache à faire en sorte que les voix, les préoccupations et les besoins des femmes soient entendus et intégrés dans les processus de paix, a précisé Mme DiCarlo.  Cela s’ajoute à ses efforts pour faire pression pour que les femmes participent directement aux efforts de médiation et aux processus politiques au sens large.

À l’échelle mondiale, elle s’est dite d’avis qu’il faut intensifier les efforts visant à promouvoir une participation significative des femmes aux processus de rétablissement et de consolidation de la paix.  Il est également important d’assurer un financement adéquat, prévisible et durable.  À cet égard, depuis 2015, le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix a dépassé l’objectif de 15% fixé par le Secrétaire général pour une consolidation de la paix respectueuse de l’égalité des sexes. L’an dernier, a précisé la haute fonctionnaire, 40% de son financement a été affecté à l’égalité entre les sexes et à l’autonomisation des femmes.  Mme DiCarlo a également rappelé que les missions politiques spéciales ont activement impliqué les jeunes dans différents aspects de leur travail, notamment en renforçant leurs capacités et en soutenant leur participation aux processus de paix.   En Colombie notamment, dans le cadre de la stratégie de la Mission visant à promouvoir la jeunesse, la paix et la sécurité, un réseau de centres de coordination pour la jeunesse a été mis en place dans les bureaux régionaux et sous-régionaux de la mission.  L’objectif est d’intégrer les perspectives des jeunes dans les activités de vérification et de liaison de la mission, a-t-elle expliqué.

Dans ses remarques introductives, M. ATUL KHARE, Secrétaire général adjoint à l’appui opérationnel, a mis en avant certains avantages de la réforme de la gestion du Secrétaire Général, en particulier l’impact positif de cette dernière sur l’efficacité du Département de l’appui opérationnel (le DOS) pour aider les missions politiques spéciales dans la mise en œuvre de leur mandat.  Mais avant tout, il a rendu hommage aux hommes et aux femmes qui servent à tous les niveaux dans des missions politiques spéciales et a exprimé ses sincères condoléances, en particulier à la mémoire de Clive Peck, de Hussein Abdalla Mahmoud El-Hadar et de Seniloli Tabuatausole, qui ont perdu la vie dans l’explosion d’une voiture piégée à Benghazi, en Libye, le 10 août.

Depuis le 1er janvier 2019, le Département de l’appui opérationnel s’emploie à renforcer ses activités sur le terrain, en particulier les missions politiques spéciales opérant dans des environnements complexes et instables, a expliqué M. Khare.  Cela s’inscrit dans la vision du Secrétaire général qui repose sur les trois principes suivants: simplification des procédures et cadres politiques, décentralisation du pouvoir décisionnel jusqu’au point de livraison et amélioration de la transparence et de la responsabilisation en termes de résultats.  Le Département de l’appui opérationnel a fourni des conseils et un appui opérationnel à l’ensemble du Secrétariat mondial sur la gestion de la chaîne logistique, les questions de personnel et la formation, ainsi que sur les technologies de l’information et des communications.  Il travaille en étroite collaboration avec le Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix (DPPA) et avec le Département des stratégies et politiques de gestion et de la conformité (DMSPC), en consultation avec ses entités clientes, pour faire en sorte que les politiques soient calibrées de manière à mieux répondre aux besoins opérationnels de toutes les entités du Secrétariat sur le terrain, a expliqué le Secrétaire général adjoint, avant de présenter une série d’exemples concrets.

La nouvelle Division des activités spéciales, chargée d’aider « les clients » du Secrétariat à s’acquitter de leur mandat dans des situations spéciales, telles que le démarrage, l’augmentation, le retrait, la liquidation et la réaction aux situations critiques, a apporté des solutions de soutien opérationnel efficaces, efficientes et responsables, a indiqué M. Khare.  Il a également évoqué la création du Bureau de la gestion de la chaîne d’approvisionnement, qui intègre désormais la gestion des achats et de la logistique, ce qui permet d’améliorer l’approvisionnement, en tant que partie intégrante d’une approche globale et connectée de la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Il a annoncé aussi qu’un nouveau Manuel des achats, qui simplifie les procédures tout au long du cycle d’acquisition, a été publié et est disponible en ligne pour aider les clients du Département de l’appui opérationnel, y compris les missions politiques spéciales, à s’acquitter des mandats de l’Organisation dans toutes les situations opérationnelles.

Depuis la consolidation de la gestion des soins de santé et de la sécurité et la santé au travail sous le Département de l’appui opérationnel, des plans d’appui à la santé rapides et solides ont été mis en place, par exemple au Yémen, au Burkina Faso et en Haïti.  Le Département de l’appui opérationnel poursuit en outre ses efforts pour simplifier et améliorer les processus, en particulier pour ce qui est des ressources humaines.  Les efforts initiaux ont été axés sur le recrutement, en particulier l’élimination du principal goulot d’étranglement dans le calendrier du processus, à savoir l’évaluation des candidats réalisée par les responsables du recrutement.  M. Khare a assuré avoir déjà obtenu des premiers résultats tangibles puisque les trois premiers nouveaux outils introduits en août dernier permettent, selon les premiers commentaires des responsables du recrutement, d’effectuer la sélection de candidats jusqu’à cinq fois plus rapidement.

À la question de savoir comment cela se traduit en avantages sur le terrain, M. Khare a confié que le DOS soutient la Mission des Nations Unies en appui à l’Accord sur Hodeïda (MINUAAH) depuis ses débuts. Grâce à sa coopération étroite avec le DPPA, il a été possible de déployer le chef de mission et son équipe préliminaire dans la journée qui a suivi le premier mandat autorisé par le Conseil de sécurité.  Des capacités médicales comprenant des équipes d’extraction d’hélicoptères et d’évacuation aéromédicale, ainsi que le déploiement de 18 véhicules blindés et d’une ambulance blindée à partir de stocks pour déploiement stratégique ont suivi dans les 10 jours.  Le Département de l’appui opérationnel a fourni et déployé des logements à bord de navires, qui étaient prééquipés de bureaux, de visioconférence, de capacités de support à la vie et d’installations médicales, offrant ainsi une solution globale pour le maintien en puissance de la mission.

Le Département de l’appui opérationnel, a ajouté M. Khare, soutient également la planification et la mise en route du nouveau Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) qui a débuté le 16 octobre et qui coïncide avec la fermeture et la liquidation de la MINUJUSTH.  Le service de planification opérationnelle a mis au point un tableau de bord de démarrage pour le BINUH, qui a été distribué à l’équipe de direction senior du DOS chaque semaine, a expliqué le Secrétaire général adjoint.  Le BINUH avait 68% de son personnel à son service dès le premier jour de la mission et les sélections restantes sont bien avancées.  M. Khare a également passé en revue les cas de la Libye, de la Somalie, du Myanmar et de la Guinée-Bissau.  Le DOS continue aussi d’élargir les domaines de coopération avec les organisations régionales, notamment avec l’Union africaine, l’Union européenne et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe dans le domaine de la paix et de la sécurité. L’accord technique entre le G5 Sahel, l’Union européenne et l’ONU est un exemple d’engagement multipartenaires grâce auquel la Force conjointe reçoit l’appui de la MINUSMA et de l’Union européenne, a indiqué le Secrétaire général adjoint.

Dialogue interactif

Le représentant du Soudan a demandé, après la récente réforme, comment la nouvelle structure de l’ONU permettra de soutenir les missions politiques spéciales et ce qu’il en est de la coordination entre les deux Départements, les bureaux régionaux et les envoyés spéciaux.  Quel type d’assistance les deux Départements peuvent-ils fournir en termes de médiation et de diplomatie préventive? a souhaité savoir le délégué. 

Mme DiCarlo lui a répondu que la coopération va bon train entre le DPPA, le Département de l’appui opérationnel et le Département des opérations de paix ainsi qu’avec les collègues déployés sur le terrain.  Son Département, en partenariat avec celui des opérations de paix, se focalise maintenant sur des approches régionales et le rôle du Bureau régional, a-t-elle indiqué en donnant l’exemple du Burkina Faso.  Le DPPA dispose en outre d’une équipe de médiateurs et de consultants qui peuvent être déployés dans le monde entier.  L’analyse par pays sur laquelle se fonde les priorités de son Département sont l’une des nouveautés de la réforme, a-t-elle encore confié avant d’assurer l’Union africaine de son soutien à l’initiative « Faire taire les armes en Afrique ».

Lui emboîtant le pas, le Chef du Département de l’appui opérationnel (DOS) a mis en exergue les mérites de la coopération étroite avec le DPPA, notamment pour définir les besoins logistiques des cinq nouveaux bureaux qui seront mis en place au Burkina Faso.  Le DOS envisage aussi le partage de services et la sous-traitance ainsi que l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement, a-t-il dit.  M. Khare a cité le cas du Yémen, évoqué dans son discours, où une mission a pu être déployée en moins de 10 jours après l’adoption de son mandat par le Conseil de sécurité.

Le représentant de l’Iraq a axé son intervention sur les efforts en matière de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), en rappelant qu’il existe, au sein du DPPA, une section chargée de cette problématique ainsi que des lignes directrices pour interagir avec des groupes armés.  Dans le contexte de la réforme, y a-t-il des études sur l’aspect réintégration? a-t-il demandé.  Mme DiCarlo lui a répondu qu’il existe des initiatives en ce sens, essentiellement dans le cadre de l’appui aux missions qui s’intéresse au DRR.  Elle est d’accord avec lui pour dire que la réinsertion nécessiterait une plus grande attention.

Débat général

S’exprimant au nom du Mouvement des pays non alignés, M. YASSER HALFAOUI (Maroc) a regretté de n’avoir pu partager sa position sur la résolution annuelle consacrée aux missions politiques spéciales qui a été l’objet d’un renouvellement technique.  Le représentant a précisé que le Mouvement aurait aimé savoir comment l’initiative Action pour le maintien de la paix allait influencer les missions politiques spéciales et renforcer les bureaux régionaux.  Le Mouvement, a-t-il poursuivi, continue de souligner l’importance du respect des principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et l’indépendance politique de tous les États.  Il a demandé à ce que le Conseil de Sécurité et l’Assemblée générale élaborent des mandats clairs et réalisables pour les missions, et renforcent la cohérence entre les mandats et les ressources qui sont affectés à leur mise en œuvre.  M. Halfaoui a aussi demandé que les missions politiques spéciales soient financées et budgétées de manière comparable aux opérations de paix.

Prenant la parole au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. PANGERAN IBRANI SITUMORANG (Indonésie) a appuyé la refonte du pilier paix et sécurité de l’ONU, afin de mettre davantage l’accent sur la prévention des conflits et la paix durable.  Cela devrait se traduire par un renforcement de la cohérence, de la responsabilité et de l’efficacité des missions politiques spéciales, a estimé M. Situmorang, tout en réaffirmant le primat du pays hôte dans la mise en œuvre des initiatives de consolidation de la paix, en fonction de ses priorités nationales.  Le représentant a, en outre, estimé que les partenariats entre les missions politiques spéciales et les organisations régionales et sous-régionales étaient de la plus haute importance, notamment en matière de prévention des conflits, de médiation et de paix durable.  Les femmes doivent en outre participer activement à tous les stades des processus de paix, a souligné M. Situmorang saluant les efforts du Secrétaire général pour accroître la représentation des femmes dans les missions politiques spéciales.

Le représentant a également insisté sur la nécessité de garantir une répartition géographique équitable du personnel des missions.  Ce dernier devrait en outre être équipé du matériel nécessaire pour s’acquitter de son mandat, a-t-il estimé.  Le représentant a également encouragé le Secrétariat à organiser des dialogues réguliers, ouverts et interactifs avec les États Membres sur les questions liées aux orientations stratégiques des missions.

En sa capacité nationale, M. Situmorang a insisté sur l’appropriation des missions par le pays hôte et sur le renforcement des capacités de ce dernier lors du passage d’une opération de maintien de la paix à une mission politique spéciale.  Le représentant a enfin rappelé l’importance de la coopération Sud-Sud et triangulaire dans les mécanismes de consolidation de la paix et de garantie de la paix durable.

Pour M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMIREZ (Mexique), qui s’exprimait aussi au nom de la Finlande, les deux délégations porte-plumes de la résolution relative à l’examen d’ensemble des missions politiques spéciales, il ne fait aucun doute que les missions politiques spéciales restent un outil crucial au service de la diplomatie préventive, de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix de l’ONU.  Ces missions deviennent de plus en plus pertinentes compte tenu de la nature et des formes de conflit actuelles qui exige de la créativité, de la flexibilité et de l’efficacité pour venir en aide aux sociétés touchées par ces conflits et leur permettre d’en sortir, a-t-il argué.  C’est précisément cette vision qui est défendue dans le projet de résolution.

Le représentant a remercié les délégations pour le soutien apporté à la résolution A/73/101, adoptée en 2018.  Par la suite, la Quatrième Commission a adopté un texte « équilibré et robuste » qui réaffirme le rôle des missions politiques spéciales en tant qu’outil flexible du maintien de la paix et de la sécurité internationales, tout en gardant à l’esprit les mandats respectifs de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité.  Cette résolution reflétait aussi l’importance de la participation des femmes et des jeunes à la prévention et au règlement des conflits.  Pour le Mexique, le succès des missions politiques spéciales est lié à leurs mandats qui doivent être cohérents et permettre d’accompagner les pays dans la formulation et mise en œuvre de leurs politiques publiques tout au long des différents stades d’un conflit.

Dans ce contexte, M. de la Fuente a souligné qu’il fallait disposer de davantage de données et d’informations pour comprendre comment ces négociations en cours vont affecter la substance de la résolution, dont les délibérations ne doivent pas se faire de manière isolée, a-t-il expliqué.  Dès lors, le Mexique et la Finlande ont présenté un projet de texte qui ne comprend que des mises à jour techniques du texte de 2018, espérant que ce texte serait adopté par consensus.  Les deux délégations ont invité les États Membres à poursuivre, dans les mois à venir, leur dialogue entre eux et avec le Secrétariat sur tous les aspects relatifs aux missions politiques spéciales contenus dans la résolution et au-delà.

« Les missions politiques spéciales sont un outil important pour l’ONU afin de soutenir la paix et la sécurité mais elles doivent respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et les orientations politiques des États », a déclaré M.  ADEL ELCONSUL (Libye).  Il a ajouté qu’elles ne devaient pas discuter avec d’autres acteurs que le pays hôte et intégrer plus de ses ressortissants. Dénonçant l’offensive du maréchal Khalifa Haftar contre Tripoli, le représentant a affirmé que la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) ne devrait pas « placer les agresseurs et les agressés sur un même pied d’égalité ».

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) a jugé nécessaire de continuer de recevoir un rapport annuel sur les Missions politiques spéciales dans un souci d’efficacité, de transparence et de culture de responsabilités.  Ces missions constituent des outils flexibles pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales, en particulier dans le domaine de la prévention des conflits et pour traiter des causes profondes des conflits.  Mais pour l’Argentine, il est indispensable de réussir la pleine mise en œuvre des réformes initiées par le Secrétaire général à ce sujet au sein de l’administration: c’est pourquoi, tout en traitant des aspects politiques et opérationnels de ces missions, il faut avancer sur les questions de financement avec, entre autres, la création d’un compte séparé et la possibilité de puiser dans un compte d’appui réservé aux missions spéciales.  À ce propos, il a profondément regretté que les discussions engagées devant la Cinquième Commission stagnent depuis huit ans.  Compte tenu de l’importance de ces missions, le blocage persistant des négociations n’est plus admissible, a-t-il insisté, en appelant les États Membres à les reprendre de bonne foi.

Prenant l’exemple de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la Justice en Haïti (MINUJUSTH), qui a récemment passé le relais au Bureau intégré des Nations Unies (BINUH), le représentant a considéré que l’ONU doit prendre en compte les causes multidimensionnelles qui entravent le développement d’un pays comme les changements climatiques et les besoins en aide humanitaire.  Il s’est ainsi dit convaincu que le BINUH contribuerait à améliorer la situation du pays, grâce à un mandat clair et des ressources financières adéquates.   De même, il a souhaité que la Mission de vérification de l’ONU en Colombie, à laquelle l’Argentine participe depuis le début, puisse relever les défis qui persistent avec les ressources nécessaires à l’accomplissement de son mandat.

La Colombie fournit l’exemple même de ce que les missions politiques spéciales sont en mesure de réaliser, à supposer qu’elles tiennent compte de la réalité du terrain, des questions liées à l’appropriation nationale de la mission par le pays hôte et du renforcement des institutions démocratiques de ce dernier, a estimé M. ANDRÉS JOSÉ RUGELES (Colombie).  Dans ce cadre, le représentant a réaffirmé l’engagement « sans faille » de son gouvernement en faveur de l’Accord final pour la fin du conflit et la construction d’une paix stable et durable conclu le 24 novembre 2016 à Bogota, entre les autorités du pays et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée populaire (FARC-EP).  De ce point de vue, le représentant a salué la prorogation par le Conseil de sécurité, le 12 septembre dernier, du mandat de la Mission de vérification des Nations Unies en Colombie, à la demande du Président colombien, signe de la volonté de ce dernier de poursuivre la mise en œuvre de l’Accord final.  Mais cette dernière ne se fera pas du jour au lendemain, a mis en garde le représentant, mettant l’accent sur la complexité des tâches consistant à restaurer l’état de droit, la sécurité physique et juridique et les services des institutions de l’État dans toutes les régions du pays.  À ses yeux, il s’agit là d’un « travail de longue haleine », qui passe nécessairement par la création d’opportunités économiques réelles en vue de réintégrer socialement les anciens combattants, notamment par le biais de « projets productifs » collectifs ou individuels. 

Les missions politiques spéciales sont une des pierres angulaires de l’ONU pour maintenir la paix et la sécurité, a déclaré M. YAZEED ALZAHRANI (Arabie saoudite), avant d’ajouter que son pays déploie tous les efforts pour les appuyer.  Il a assuré que son Gouvernement soutient les accords de Hodeïda sur le Yémen, mais aussi les missions au Sahel et au Soudan du Sud, estimant toutefois que ces missions ne doivent pas remettre en cause la souveraineté et l’intégrité territoriale des pays concernés. 

Selon M. XOLISA MFUNDISO MABHONGO (Afrique du Sud), la flexibilité et la polyvalence des missions politiques spéciales les rendent uniques et permettent à l’ONU de répondre à diverses situations, qu’il s’agisse de négociations de paix naissantes ou d’un conflit potentiellement violent.  Ces missions jouent un rôle central dans la prévention des conflits et la promotion du maintien et de la consolidation de la paix, a expliqué le délégué.  Elles permettent aussi à l’Organisation d’être plus efficace tout au long du processus de règlement des conflits et pas seulement à travers le déploiement de soldats de maintien de la paix.  Les partenariats entre les missions politiques spéciales et organisations régionales et sous-régionales sont très importants, a par ailleurs argué M. Mabhongo.  Ces missions doivent aussi continuer de travailler étroitement avec les acteurs nationaux pour établir des priorités et renforcer les capacités.

La participation des femmes en matière de prévention et de consolidation de la paix est indispensable, a déclaré le délégué sud-africain : « L’engagement des femmes en faveur de la non-violence et de l’égalité peut faire avancer là où il y a des résistances au changement. »  Il a donc préconisé d’utiliser les missions politiques spéciales comme tremplins pour promouvoir la participation des femmes dans la résolution des conflits et adopter une perspective de genre dans leur travail.  M. Mabhongo a également appuyé l’inclusion des jeunes, qui représentent une partie importante de la population des pays en conflit ou bien se relevant d’un conflit.  Enfin, il a souhaité un financement adéquat, prévisible et durable pour ces missions.

Mme ‎AUDREY GANTANA (Namibie) a rappelé que le cas de son pays est un témoignage clair du succès des efforts nationaux et internationaux lorsqu’un véritable dialogue est en place.  C’est la raison pour laquelle sa délégation soutient la création de missions politiques spéciales qui remplissement pleinement leurs mandats.  La représentante a aussi souligné l’importance d’inclure les femmes et les jeunes dans le dialogue et la médiation dans les processus politiques.  Elle a, en outre, appelé les États Membres à continuer d’assurer leurs contributions financières à l’ONU car cela est essentiel au maintien des efforts de ces missions.  Elle a ajouté que pour aider les missions politiques spéciales à naviguer dans des environnements de plus en plus complexes, il ne faut pas minimiser le rôle des organisations régionales.  Lorsque les pays s’approprient les troubles dans un État membre de leurs organisations régionales, la communauté peut trouver des solutions politiques qui conduisent à une paix durable.  Pour appuyer les efforts visant à rendre efficaces les missions politiques spéciales, la représentante a souligné l’importance de la prévention des conflits, de la médiation et de la consolidation de la paix par le biais de la diplomatie préventive, y compris en se penchant sur les causes profondes des conflits.  La protection des droits de l’homme offre un terrain neutre de nature à aider à régler les différends, a estimé en conclusion Mme Gantana.

M. WISAM ALQAISI (Iraq) a salué le rôle des missions politiques spéciales en matière de diplomatie préventive.  Évoquant la situation dans son pays, il a aussi salué le rôle vital de la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI) et celui des agences, fonds et programmes des Nations Unies qui fournissent des efforts pour reconstruire les régions libérées et aider les 1,7 million de déplacés du pays à rentrer chez eux.  Le représentant s’est ensuite félicité de l’appui fourni par l’ONU dans la lutte contre le terrorisme, appelant les États Membres à s’en prendre en particulier au financement d’organisations comme Daech.  Il a également salué les activités de l’Équipe d’enquêteurs des Nations Unies chargée de concourir à amener Daech/État islamique d’Iraq et du Levant à répondre de ses crimes (UNITAD).  « L’Iraq insiste sur l’importance d’un mandat clair et réaliste pour les missions politiques spéciales », a affirmé le délégué, soulignant l’importance du respect des principes de souveraineté et d’intégrité territoriale.

Mme ADELA RAZ (Afghanistan) a souligné l’importance d’aligner les activités de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) sur le principe « de l’appropriation et du leadership de l’Afghanistan » dans les piliers de la sécurité, du développement et de la gouvernance.  Elles doivent refléter la nécessité d’améliorer l’efficacité et la cohérence de l’appui de l’ONU dans ces domaines et dans d’autres.  De plus, comme c’est le Conseil de sécurité qui détermine les mandats des missions politiques spéciales, a rappelé la représentante, il est impératif que les divergences entre membres du Conseil sur les questions qui ne concernent pas ces missions n’entravent pas le soutien de l’ONU aux pays concernés.  La consolidation de la paix est un des domaines importants dans lesquels les missions politiques jouent un rôle crucial, a poursuivi la déléguée, avant de saluer l’appui technique et logistique de la MANUA aux élections législatives et présidentielle de septembre dernier.  La représentante a également déclaré que le Gouvernement est actuellement concentré sur ses efforts de paix avec les Taliban.  « Nous apprécions le soutien de la communauté internationale à ce processus national.  À cet égard, nous tenons à réaffirmer qu’il est important de veiller à ce que tout cet appui soit fourni conformément au principe de la direction afghane du processus et d’une manière qui renforce nos efforts pour parvenir à une paix digne et durable pour notre peuple », a ajouté Mme Raz en conclusion.

M. HUMBERTO RIVERO ROSARIO (Cuba) a déclaré que la diversité des missions politiques spéciales existantes montre que l’on ne peut imposer de modèles uniques, mais, qu’au contraire, il faut chercher à maintenir une flexibilité nécessaire pour que ces missions s’adaptent rapidement à l’évolution des circonstances sur le terrain, en tenant compte des spécificités de chaque pays.  Cuba a, par ailleurs, estimé que les missions doivent être dotées de mandats précis, réalistes, objectifs et concrets.  Elles doivent également disposer de ressources matérielles et financières proportionnées à la réalité du terrain.  Cuba est également d’avis que l’Assemblée générale doit jouer un rôle déterminant dans la mise en place et le suivi de ces missions, de manière à ce que les avis des États Membres soient toujours pris en compte.  À ce titre, il faudrait que l’Assemblée générale organise un débat ouvert sur le sujet, afin d’identifier les différents mécanismes de financement de ces missions, a déclaré le représentant, ajoutant que le Mouvement des pays non alignés a proposé d’utiliser les mêmes critères, méthodologies et mécanismes que ceux utilisés pour les opérations de maintien de la paix, y compris la création d’un fonds indépendant.

M. IBRAHIM M. UMAR  (Nigéria) a demandé un financement adéquat des missions politiques spéciales qui jouent un rôle crucial dans la prévention des conflits.  Il a plaidé pour une appropriation nationale des initiatives de consolidation de la paix, avant d’insister sur l’importance de la coopération entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales pour assurer le succès desdites missions.  Le représentant a salué, à ce titre, le renforcement du partenariat entre l’Organisation et l’Union africaine.  L’importance stratégique de ce partenariat ne saurait être exagérée, a-t-il dit, avant de louer l’expertise unique de l’UA.  Le délégué a appelé les missions, qui évoluent souvent dans des environnements instables, à se montrer plus efficaces, transparentes, responsables et flexibles.  Enfin, le représentant du Nigéria a souhaité une égale participation des femmes au sein de ces missions.

Mme ELSA HAILE (Érythrée) a salué le rôle multidimensionnel des missions politiques spéciales dans la prévention des conflits, la médiation et la consolidation de la paix.  Elle a espéré que la nouvelle réforme du pilier paix et sécurité sera l’occasion de veiller à la mise en œuvre efficace de leurs mandats.  La délégation a ensuite soutenu la tenue d’un dialogue régulier, inclusif et interactif sur le travail et les questions politiques générales liées aux missions politiques spéciales.  Elle s’est dite d’avis que le succès de ces missions dépend de leur capacité à avoir un processus efficace qui puisse mener à une paix durable.  Dès lors, les missions politiques spéciales devraient mettre l’accent sur des relations plus étroites et une meilleure coordination avec les pays hôtes.  La représentante a également estimé que les missions politiques spéciales doivent avoir des mandats crédibles et réalisables ainsi que des stratégies de sorties claires.

M. NAGRAJ NAIDU (Inde) a noté que les 40 missions politiques spéciales mentionnées dans le rapport ont des mandats et des structures très variés et opèrent dans des environnements sécuritaires complexes, dans lesquels se posent parfois des menaces transfrontalières issues de la criminalité organisée et de réseaux terroristes.  Le délégué a donc souligné l’importance du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États où se trouvent ces missions politiques spéciales.  Notant que « les mécanismes opaques n’apportent jamais de résultats durables », il a souhaité un processus transparent, participatif et consultatif à tous les stades, qui implique une plus grande communication entre le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale et le Secrétariat au sujet des missions politiques spéciales.  Il a ainsi suggéré d’organiser davantage de séances d’informations interactives entre les hauts fonctionnaires à la tête de ces missions et les États Membres, de trouver une solution aux modalités de financement ad hoc et fragmenté de ces missions, et de créer un compte spécial pour ces dernières, davantage conforme au cycle budgétaire du maintien de la paix.

Mme TAFNA DOMINIQUE REGIS (Haïti) a vu dans les missions politiques spéciales un outil très utile au maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité de nombreux pays. Elle s’est ensuite félicitée de l’accent mis sur la prévention des conflits et la pérennisation de la paix dans les réformes menées par les Nations Unies.  Bien conçues, ces missions jouent un rôle essentiel dans la réponse aux situations de conflit violent, a-t-elle estimé.  Ainsi la mission déployée en Colombie a-t-elle favorisé une meilleure coordination entre les collectivités locales et les ex-combattants et facilité les programmes de réintégration économique tout en prenant en compte les questions de genre, a-t-elle relevé. 

S’agissant de la situation en Haïti, le Conseil de sécurité a décidé, le 15 octobre, de clôturer une opération créée il y a 15 ans, permettant une transition vers une mission politique spéciale, dont les tâches prioritaires bien définies sont la promotion et le renforcement de la stabilité politique et de la bonne gouvernance, et le soutien au dialogue interhaïtien.  Mais compte tenu du contexte complexe et de la persistance de la crise politique, il sera indispensable de garantir la fourniture de ressources adéquates au BINUH pour qu’il puisse s’acquitter de son mandant, a insisté Mme Régis.

« Nous pensons que les réformes, bien que dictées par la nécessaire rationalisation de notre Organisation, doivent tenir compte du rôle grandissant joué par les missions politiques spéciales », a estimé M. JEAN LUC NGOUAMBE WOUAGA (Cameroun), en insistant sur leur rôle complémentaire de celui des opérations de maintien de la paix.  Les missions politiques spéciales se sont densifiées et complexifiées au fil des années, en incluant aujourd’hui des aspects liés à la remise en état des services publics ou de la lutte contre la criminalité organisée, a-t-il noté.  Le délégué a insisté sur le besoin de moyens adéquats, en évoquant notamment la mission de bornage Cameroun–Nigéria qui nécessite un effort financier supplémentaire, le Cameroun ayant déjà versé une contribution supplémentaire de 3 millions de dollars.  Le délégué a également demandé à ce que le financement et la budgétisation des missions politiques spéciales répondent au même modèle que les opérations de maintien de la paix.

M. ABDULLAH IBRAHIM ABDELHAMID ALSAYED ATTELB (Égypte) a insisté sur l’importance de « l’appropriation nationale » des missions politiques spéciales, avant de souligner la centralité de la coopération entre l’ONU et l’Union africaine.  Plaidant pour des solutions africaines aux problèmes africains, le représentant s’est félicité que son pays accueille le Centre africain pour la reconstruction et le développement.

Mme RAFEA ARIF (Norvège) a souligné que la Norvège est convaincue qu’une base solide en matière de financement et de soutien des missions politiques spéciales ne ferait que réduire les dépenses des Nations unies, et non les augmenter. De plus, selon la représentante, les récentes réformes des Nations unies devraient permettre aux missions politiques spéciales de travailler plus étroitement avec les opérations de maintien de la paix onusiennes dans la promotion et la pérennisation de la paix.  Enfin, Mme Arif a évoqué sa satisfaction quant à l’approche holistique privilégiée par les missions politiques spéciales, soulignant l’importance des processus de paix inclusifs, ainsi que l’accent mis sur le changement climatique comme facteur de conflit.

Pour M. RUBEN BIGAY FAJARDO JR. (Philippines), les missions politiques spéciales ne sont pas un simple outil de gestion de crise sur le court terme, mais reflètent plutôt une approche de long terme du maintien de la paix. Elles reflètent la vision du Secrétaire général visant à atteindre une plus grande cohérence dans la promotion d’une paix durable.  De plus, a ajouté le représentant, les Philippines sont en faveur d’une plus grande présence des femmes aux postes à responsabilité, notamment dans les missions et les équipes de pays de l’ONU.  Il a également mis l’accent sur le rôle crucial joué par les femmes en tant que Casques bleus, bâtisseuses de la paix et médiatrices.  M. Fajardo a indiqué que son pays continue de soutenir les recommandations du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB) relatives aux mesures visant à améliorer les modalités de financement et d’appui aux Missions politiques spéciales.  Pour finir, il a souhaité que le débat de ce jour sur l’examen global des missions spéciales soit également utile pour la session de fond du Comité spécial des opérations de maintien de la paix, prévue en 2020.

Commentant le rapport du Secrétaire général, Mme ANDREA BARBARA BAUMANN-BRESOLIN (Suisse) a observé que pour être efficaces, les missions politiques spéciales doivent disposer de mandats sur mesure qui leur permettent d’adapter leurs actions à des contextes spécifiques ainsi que de coopérer avec toutes les parties concernées, y compris les acteurs non étatiques et la société civile.  Elles doivent également être en mesure de comprendre et d’aborder les questions émergentes, telles que les changements climatiques et les nouvelles technologies.  Pour la représentante, les réformes de l’ONU offrent l’occasion de renforcer le travail des missions politiques spéciales, y compris l’intensification des liens avec la Commission de consolidation de la paix et le Fonds pour la consolidation de la paix.  Il est important que les réformes aillent au-delà d’une simple réorganisation structurelle et conduisent à une cohérence à l’échelle du système entre les missions et l’engagement global de l’ONU sur le terrain, afin d’augmenter l’impact opérationnel.

La déléguée a ajouté qu’afin de pérenniser la paix et de minimiser les risques de reprise des conflits, il est essentiel de prévoir des transitions de missions tournées vers l’avenir et d’établir rapidement des critères de retrait.  Lorsqu’ils ne sont pas atteints, il faut réévaluer le rythme, la séquence et l’orientation des transitions.  La Suisse, a poursuivi la représentante, souhaiterait en savoir davantage sur la manière dont le rôle consultatif de la Commission de la consolidation de la paix peut être renforcé, par exemple concernant la planification intégrée précoce.  Elle a appelé les États Membres à s’assurer que les missions politiques spéciales disposent des moyens politiques et financiers adéquats pour s’acquitter des tâches pour lesquelles elles sont mandatées, qui contribuent à la mise en œuvre entière et effective de l’agenda femme, paix et sécurité

Pour M. HENRY JONATHAN VIERA SALAZAR (Équateur), les missions politiques spéciales jouent un rôle fondamental dans le rétablissement et le maintien de la paix sur un territoire.   La complexité de leurs mandats impose qu’ils puissent être ajustés et adaptés à des contextes politiques, socioéconomiques et sécuritaires qui diffèrent d’un pays à l’autre.  En ce sens, il est important de promouvoir la coopération de ces missions avec les organisations régionales, a-t-il estimé.  Ces mandats doivent en outre être précis et réalistes, conformes à la Charte des Nations Unies, en particulier au respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale des pays hôtes.  Ils doivent en outre être soumis à une analyse profonde et systématique.  Enfin, le représentant a apporté son plein appui aux réformes initiées par le Secrétaire général: il reste essentiel de maintenir un objectif stratégique global quand il s’agit de la diplomatie préventive, du maintien de la paix, du développement et des droits de l’homme.  À cet égard, l’Équateur défendra tous les efforts visant à une meilleure intégration des femmes aux missions politiques spéciales, aussi bien sur le plan politique que dans le maintien de la paix et de la sécurité; de même que des jeunes, dont il rappelé qu’ils constituent la majorité de la population dans tous les pays où un processus de paix est en cours.

Mme PWINT PHYU THINN (Myanmar) a estimé que la réforme entreprise par le Secrétaire général devrait permettre aux missions politiques spéciales de mieux remplir leur mandat et de se concentrer davantage sur la prévention des conflits et le maintien de la paix.  Elle a souhaité que les États soient prévenus à temps de la tenue du dialogue interactif sur les questions d’ensemble relatives à ces missions.  La déléguée a salué en outre l’engagement du Secrétaire général à accroître la représentation des femmes sur le terrain et à consulter les jeunes.

De 1995 à 2016, a rappelé Mme Pwint, trois Envoyés spéciaux ont été nommés en appui au rôle de bons offices du Secrétaire général afin d’aider le Myanmar dans son processus de démocratisation.  Aujourd’hui, a-t-elle assuré, son gouvernement coopère avec l’Envoyée spéciale du Secrétaire général, Mme Christine Schraner Burgener, sur la question de l’État rakhine. « Le Gouvernement du Myanmar a adopté une approche holistique pour trouver une solution pacifique et durable à la question de l’État rakhine. »  Lors du dixième sommet ASEAN-ONU, qui s’est tenu à Bangkok le 3 novembre dernier, la Conseillère d’État, Mme Daw Aung San Suu Kyi, a souligné que « le Gouvernement n’éludera pas la responsabilité qui est la sienne de s’occuper de la sécurité et des droits de tous ceux qui doivent être protégés ».  Enfin, la déléguée a déclaré que le Myanmar continuerait de travailler avec l’aide de ses « amis » pour résoudre la question d’une manière « pratique et équilibrée ».   

« Ces dernières années, les missions politiques spéciales ont montré que se focaliser sur la primauté du politique est un moyen efficace et financièrement intéressant de répondre aux menaces pesant sur la paix et la sécurité internationales », a estimé M. STACY WELD-BLUNDELL (Royaume-Uni). Il a souligné que « l’appropriation nationale » demeure un élément-clef de succès, notamment en ce qui concerne les rôles de la société civile, de la jeunesse et des femmes.  Le délégué britannique a espéré que la nouvelle architecture des départements des affaires politiques et de la consolidation de la paix et des opérations de paix permettrait d’améliorer leur soutien apporté aux missions politiques spéciales, notamment dans le cas de transition post- maintien de la paix comme en Haïti et, en son temps, au Soudan.  Le délégué a enfin insisté sur l’importance de mandats « réalistes » pour les missions politiques spéciales.

Pour M. FILIPE CORREA NASSER SILVA (Brésil), les missions politiques spéciales sont des instruments utiles pour la diplomatie préventive mais aussi pour la consolidation de la paix.  Elles peuvent aider à éviter l’escalade des tensions politiques avant d’atteindre un conflit, mais aussi prévenir des tensions civiles et une rechute dans une situation de conflit, a-t-il remarqué, ne comprenant pas dès lors pourquoi ces missions seraient perçues comme des activités en contradiction avec les opérations de paix.  Elles sont souvent complémentaires, ce qu’illustre selon le représentant avec éloquence, la coopération étroite entre le Département des opérations de paix et celui des affaires politiques et de consolidation de la paix. 

Passant en revue les outils dont disposent les missions politiques spéciales, qui vont des bons offices à la promotion de la réconciliation et du rôle de conseiller à l’assistance technique, le délégué a affirmé que celles-ci promeuvent la primauté du dialogue et des solutions politiques.  En tant que Président actuel de la configuration Guinée-Bissau de la Commission de consolidation de la paix, le Brésil a indiqué suivre de près la situation sur le terrain à l’approche des élections du 24 novembre et salué, à cet égard, l’étroite collaboration entre la Commission et le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS).

M. HUSNI MUSTAFA YAGOUB HUSNI (Soudan) a souligné que la transition politique et la transition du maintien de la paix vers la consolidation de la paix prennent de l’élan au Soudan depuis la révolution de décembre et grâce au soutien de l’ONU et de l’Union africaine (UA).  Le document final de la manifestation de haut niveau, qui s’est tenue en marge de l’Assemblée générale en septembre dernier, a souligné l’engagement de la communauté internationale à accompagner le Soudan sur la voie d’une paix inclusive et globale ainsi que vers la reprise économique, a remarqué le délégué qui y voit une condition nécessaire à la consolidation de la paix dans son pays et à la cohérence du processus en cours.  De manière plus générale, il a mis l’accent sur l’impératif pour l’ONU de nouer des partenariats régionaux vigoureux en vue d’avoir un impact plus fort sur le terrain, notamment par le biais des Bureaux régionaux qui travaillent étroitement avec l’UA, les Commissions économiques régionales et les autorités nationales.

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