Quatrième Commission: multilinguisme, financement et désinformation dominent les débats sur le rôle du Département de la communication globale

CPSD/699
18 octobre 2019
Soixante-quatorzième session, 10e séance – matin

Quatrième Commission: multilinguisme, financement et désinformation dominent les débats sur le rôle du Département de la communication globale

« Aujourd’hui, le multilatéralisme est remis en question, c’est pourquoi le Département de la communication globale (DCG) joue un rôle crucial », a résumé l’Uruguay, synthétisant les inquiétudes exprimées par de nombreux délégations, au deuxième jour de l’examen des questions relatives à l’information par la Quatrième Commission.  Trois sujets ont dominé les délibérations: la promotion du multilinguisme au sein du Département, la réforme de celui-ci en temps de difficultés financières pour l’ONU, et la lutte contre la désinformation, que beaucoup de représentations souhaitent lui voir mener.

Les délégués des pays hispanophones ont tous soulevé la question de la place de leur langue dans les contenus et services offerts par le DCG.  « Le multilinguisme est essentiel car il permet un véritable dialogue multilatéral », a estimé le Paraguay, en soulignant « l’importance de l’espagnol, deuxième langue la plus parlée au monde et la deuxième la plus consultée sur Internet ».  En outre, a-t-il observé, l’espagnol est la langue en plus forte croissance, plus de 88%, s’agissant de la consultation des pages de l’ONU.  « Il faut que l’Organisation s’adapte à cette évolution », a-t-il estimé.  « Nous considérons qu’il existe encore des disparités entre l’usage de l’anglais et des cinq autres langues officielles », a poursuivi le délégué paraguayen, en se disant inquiet de la priorité accordée à l’anglais et au français dans la production des communiqués de presse quotidiens.  Il a insisté pour que ces documents soient accessibles dans toutes les langues officielles, de même que la couverture vidéo.

La Tunisie et la République arabe syrienne ont de leur côté insisté sur la nécessité de veiller à la parité entre les six langues officielles sur tous les supports, la Syrie incitant notamment à développer les contenus en arabe.  La Fédération de Russie s’est elle aussi inquiétée de la disparité linguistique dans la production du DCG, dénonçant une situation qu’elle a jugée parlante: les pages Facebook en russe reçoivent trois fois moins de « like » que celles en swahili ou en portugais alors que, selon elle, il y a davantage de russophones et qu’ils sont très « connectés ».  La délégation y a vu la preuve que le Secrétariat ne fait pas suffisamment attention aux russophones, plaidant pour une répartition plus juste des moyens entre les différents services.

Au-delà des six langues officielles, le Brésil a insisté sur l’importance du kiswahili et de l’hindi, mais aussi du portugais, se disant favorable à davantage de contenus à destination du public lusophone, notamment sur ONU info, dans la mesure où il constitue la troisième plus forte audience de l’ONU.  L’Inde a également appelé à développer la communication dans les « langues non officielles importantes ».  « Le bengali est parlé par 250 millions de locuteurs, ce qui en fait la septième la plus parlée du monde.  Nous demandons qu’elle devienne une langue officielle des Nations Unies », a affirmé, à ce sujet, le Bangladesh.

Ces demandes relatives au multilinguisme et la réforme du DCG ne doivent pas pâtir des contraintes financières auxquelles l’ONU fait face, a mis en garde Cuba, en insistant sur le respect du mandat fixé par le Comité de l’information.  La Tunisie a appelé à faire appel à des « moyens créatifs » à même de relever les défis posés par les contraintes financières auxquelles est confrontée l’Organisation.  Le Sénégal et l’Inde ont exhorté le Département à trouver des « ressources extrabudgétaires », cette dernière évoquant notamment la piste des contributions volontaires.  « Nous espérons que vous pourrez conserver le même niveau de qualité, ce que vous avez réussi à faire jusqu’ici, malgré les contraintes financières », a lancé la Fédération de Russie à l’adresse du DCG.  À la lumière de cette situation, elle a jugé que « ce n’est pas le moment le plus opportun pour envisager des progrès ambitieux qui n’apportent pas de valeur ajoutée importante ».

« L’information c’est le pouvoir », ont résumé les Philippines, en abordant question de la désinformation et de la multiplication des infox qui ont divisé les délégations.  Certaines, comme la Syrie, s’en sont pris directement aux médias qui « façonnent l’information » et incitent à la belligérance.  Cette délégation a condamné les attaques de Daech contre des journalistes et des infrastructures médiatiques syriennes, regrettant que même à l’ONU certains de ces « organisations terroristes » seraient qualifiées de « groupes d’opposition armée ».  La liberté d’expression est un droit universel qui ne doit pas être utilisé pour porter atteinte aux croyances et au patrimoine d’autrui, a-t-elle estimé.  Cuba a condamné l’agression « permanente » menée selon la délégation par le Gouvernement américain par le biais de transmissions radio et télévisions étrangères illégales dans l’espace de communication cubain sur 21 fréquences émises depuis le territoire des États-Unis.  Le Sri Lanka s’est lui aussi inquiété du recours à l’information et aux technologies des communications pour violer les droits de l’homme et s’ingérer dans les affaires intérieures des États.

D’autres délégations, comme la Tunisie ont insisté sur la nécessité de protéger les journalistes et la liberté de la presse, l’Ukraine soulignant l’importance d’une « presse libre, indépendante et pluraliste ».  Elle s’est dite « profondément préoccupée de la détérioration de la liberté d’expression et le travail des journalistes dans les territoires occupés de l’Ukraine, en particulier, la Crimée et le Donbass ».  Elle s’est aussi inquiétée de la diffusion sans précédent de fausses informations « qui sont un outil pour saper la paix civile et la sécurité », avant d’estimer que, « dans ces circonstances, le Département a un rôle crucial pour lutter contre la désinformation ».

Plus largement, l’Ukraine a estimé que l’ONU doit se doter d’une « approche globale et systématique » pour contrer la désinformation.  La Russie a dénoncé plusieurs attaques contre des journalistes et des blogueurs sur le sol ukrainien.  Réagissant à ces propos, l’Ukraine a indiqué que « Le Président ukrainien suit de très près les enquêtes en cours dans notre pays », avant de noter que, depuis la « Révolution de la Dignité », l’Ukraine avait gagné 25 places dans le classement de Reporters sans frontières.  De son côté, le Bangladesh a appelé le DCG à participer à l’élaboration d’une « opinion publique mondiale ».  

QUESTIONS RELATIVES À L’INFORMATION (A/74/21, A/74/283)

Suite du débat général

M. SURENDRA THAPA (Népal) a salué la récente réforme du DCG qui devrait le rendre plus agile et proactif de manière à pouvoir rapidement répondre au paysage de l’information en constante évolution.  La délégation s’est félicitée des efforts du Département pour promouvoir le Programme de développement durable à l’horizon 2030 sur l’ensemble de ses plateformes ainsi que dans les médias locaux et mondiaux, citant notamment l’initiative « Act Now » pour sensibiliser à l’action climatique.  S’agissant du multilinguisme, le représentant a reconnu les efforts du DCG en ce sens et mis l’accent sur le rôle de premier plan des CINU dans la mesure où ils sont le relais le plus efficace auprès de la population mondiale dans ses différentes langues.  Le représentant en a profité pour rappeler que l’an dernier, les CINU ont communiqué dans 97 langues, y compris en braille.  Le Centre d’information de Katmandou diffuse des informations en népali et en newari, les deux langues parlées dans son pays, a souligné le représentant en encourageant l’ONU à inclure d’autres langues locales dans sa palette en vue d’élargir son audience dans le monde.  Dès lors, ces centres devraient être dotés des infrastructures et des capacités techniques requises, et il faudrait miser sur des synergies entre eux de manière à optimiser leur impact, a estimé le délégué.

M. Thapa a également encouragé le DCG à renforcer son engagement auprès des jeunes dans le cadre d’une information plus ciblée sur les plateformes utilisées par les jeunes.  À cet égard, il a fait observer qu’en dépit du succès rencontré par les réseaux sociaux auprès de cette cible, les jeunes des pays les moins développés n’y ont souvent pas accès, faute de moyens ou de capacités techniques.  Dans ces pays, les médias traditionnels restent la première source d’information et l’ONU devrait trouver un « panachage judicieux » entre médias traditionnels et nouveaux médias pour sa stratégie de communication.  Le représentant a salué les partenariats entre le Département et les milieux universitaires, les ONG et la société civile, plaidant également pour qu’il y ait un accès téléphonique gratuit aux matériaux de communication de l’ONU à travers des numéros verts.  Apportant un éclairage local, le représentant a indiqué que le CINU de Katmandou avait récemment soutenu la première expédition de femmes journalistes au mont Everest dans le but de sensibiliser le public aux objectifs de développement durable et à la parité, tandis qu’une compagnie aérienne privée népalaise, Yeti, a peint les objectifs de développement durable sur ses avions.

Mme PENNELOPE ALTHEA BECKLES (Trinité-et-Tobago), au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), a souhaité que la fusion des centres d’information et des bureaux du coordonnateur résident des Nations Unies n’entraîne pas une érosion des gains réalisés par les centres ni l’élimination des outils de communication identifiés comme les plus efficaces pour la région.  Elle a ainsi espéré que cette fusion des deux entités aboutisse à une meilleure fourniture de l’information publique.  Cette information, elle l’a souhaitée « compatible avec les buts et principes de la Charte et la plus inclusive possible, notamment en impliquant davantage la jeunesse ». 

Reconnaissant les difficultés que pose le contexte budgétaire contraint, la représentante n’en a pas moins réitéré l’attachement de la CARICOM à l’utilisation, dans le plus grand nombre possible de manifestations des Nations Unies, des six langues officielles de l’Organisation.  Le multilinguisme doit être une réalité dans les 59 centres d’information, car il joue un rôle crucial dans la sensibilisation aux enjeux du Programme de développement durable à l’horizon 2030, a-t-elle encore lancé.  La représentante a encouragé les États, en dépit des ressources limitées, à soutenir les manifestations du Département de la communication globale, y compris les commémorations des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique.  Elle a aussi salué les activités du centre des Nations Unies de Port d’Espagne, qui diffuse ses programmes auprès de 19 territoires caribéens de langue anglaise et néerlandaise.

« Le multilinguisme est essentiel car il permet un véritable dialogue multilatéral.  Le Paraguay veut insister sur l’importance de l’espagnol, deuxième langue la plus parlée du monde et la deuxième la plus consultée sur Internet », a expliqué M. ALBERTO ESTEBAN CABALLERO GENNARI (Paraguay).  En outre, a-t-il observé, l’espagnol est la langue avec la plus forte croissance, plus de 88%, s’agissant de la consultation des pages des Nations Unies.  « Il faut que l’Organisation s’adapte à cette évolution », a-t-il estimé.  « Nous considérons qu’il y a encore des disparités entre l’usage de l’anglais et des cinq autres langues officielles », a poursuivi le représentant, avant d’ajouter: « le volume et la qualité des informations dans toutes les langues doivent être équivalents. Le but est d’attirer le plus grand public possible afin qu’il puisse s’approprier les messages des Nations Unies ».  Le Paraguay a déclaré soutenir tous les efforts visant à adapter les centres d’information des Nations Unies aux réalités linguistiques régionales.  Le délégué s’est aussi inquiété de la priorité accordée à l’anglais et au français dans la production des communiqués de presse quotidiens.  Il a insisté pour qu’ils soient accessibles dans toutes les langues officielles et a demandé la même chose en ce qui concerne la couverture vidéo.

M. HUMBERTO RIVERO ROSARIO (Cuba) a constaté l’intérêt croissant dans le monde vis-à-vis de l’ONU et de ses activités, y compris sur les réseaux sociaux, qui sont de plus en plus utilisés même dans les marchés émergents.  Dès lors, une stratégie claire du DCG sur ces réseaux est nécessaire, laquelle doit se fonder sur le multilinguisme, a estimé le représentant, tout en mettant l’accent sur l’importance de ne pas négliger les autres moyens de communication: outre le fossé numérique, il y a 750 millions d’adultes analphabètes à travers le monde, ce qui rappelle l’énorme défi à relever en termes de développement durable, a prévenu le délégué.  Cuba a estimé que la gestion des technologies de l’information et des communications (TIC) est impérative pour garantir que l’ONU arrive à toucher tous ses publics dans le monde, que ce soit par le biais de plateformes numériques ou des médias traditionnels pour ceux qui n’ont pas encore accès à l’Internet.  La délégation a, en outre, demandé que les communiqués de presse du DCG se fassent dans les six langues officielles, soulignant au passage l’importance de l’espagnol dans le monde.  À cet égard, le représentant a insisté pour que la réforme du DCG tienne compte des priorités fixées par le Comité de l’information, surtout pour ce qui est du multilinguisme.  Il a ajouté que les mesures d’austérité à l’ONU ne doivent en aucun cas affecter le mandat du Département.  Pour sa part, Cuba progresse en matière de connectivité et d’accès à l’Internet, a affirmé M. Rivero Rosario, mais le blocus illégal qui lui est imposé par les États-Unis représente un obstacle majeur au développement de l’île, y compris dans le secteur de la communication.  Cuba condamne l’agression permanente menée par le Gouvernement américain par le biais de transmissions radio et télévisions étrangères illégales dans l’espace de communication cubain sur 21 fréquences émises depuis le territoire des États-Unis.  Il s’agit d’une atteinte à la souveraineté de Cuba, a tranché la délégation, en précisant que les technologies de l’information et des communications doivent être utilisées à des fins pacifiques. 

M. U AUNG LYNN (Myanmar) a félicité le Département de la communication globale (DCG) pour ses efforts accomplis concernant la diffusion de messages sur les plateformes numériques ainsi que les progrès réalisés en termes de multilinguisme.  Il a ensuite dénoncé les « fausses nouvelles » qui répandent la haine, insistant sur le rôle de l’ONU pour transmettre des informations précises et crédibles.  Le représentant a détaillé les progrès accomplis par son pays dans le secteur des télécommunications ces dernières années.  Le taux d’équipement en téléphones portables est passé à 126% aujourd’hui contre seulement 1% il y a six ans, 40 000 kilomètres de câbles Internet en fibre optique ont été installés ces deux dernières années et la censure a été abolie en 2012, a-t-il encore indiqué.

Mme ALIAA ALI (République arabe syrienne) a dit accorder une grande importance à un nouvel ordre mondial de l’information qui réponde aux attentes des peuples du monde sur un pied d’égalité.  Le DCG a une responsabilité significative dans ce contexte, et l’ONU doit jouer un rôle positif dans la sensibilisation à une culture de la paix et la lutte contre le terrorisme et les incitations à la haine.  La déléguée a reproché aux médias de « façonner l’information » de nos jours, accusant certains d’entre eux de ne plus respecter les codes de déontologie du journalisme et d’inciter à la belligérance.  La Syrie appelle à davantage de formation et de contrôle dans ce domaine pour éviter la diffusion d’informations infondées.  Elle a condamné les attaques de Daech ayant visé des journalistes et des infrastructures de médias syriennes, regrettant que même à l’ONU certains de ces « groupes terroristes » seraient qualifiés de « groupes d’opposition armée », y compris lorsqu’il est question du Front el-Nosra.  La représentante a également appelé le DCG à consentir plus d’efforts pour la communication sur la question de Palestine du fait de l’occupation israélienne et de la violation, par Israël, de droits légitimes des Palestiniens ainsi que des Conventions de Genève.  Elle a ensuite appelé le Département à veiller à la parité linguistique des six langues officielles sur tous ces supports, et notamment à développer ses contenus en arabe.  La liberté d’expression est un droit universel qui ne doit pas être utilisé pour porter atteinte aux croyances et au patrimoine d’autrui, a souligné la déléguée en guise de conclusion.

Mme ANNA SUZUKI (Japon) a déclaré que le Centre d’information des Nations Unies à Tokyo était le visage de l’ONU au Japon.  « Le centre continue de se coordonner avec différents organismes des Nations Unies au Japon pour renforcer les partenariats public/privé et collaborer avec le Comité d’organisation des Jeux paralympiques 2020 de Tokyo », a-t-elle expliqué.  La représentante du Japon a salué les efforts du DCG pour promouvoir ces jeux comme une occasion de promouvoir les objectifs de développement durable et le rôle du sport pour la paix et le développement.  Elle a estimé que le soixante-quinzième anniversaire de l’ONU en 2020 serait une opportunité de communication de premier ordre pour définir des objectifs, amplifier nos voix et inspirer une action collective.   

Pour M. NASREDDINE NAOUALI (Tunisie), les questions liées à l’information sont importantes à la fois dans la sphère politique, économique et sociale à notre époque, et, dès lors, l’ONU doit y accorder une grande attention.  Il a salué les efforts du DCG pour « être la voix de l’ONU » en vue de promouvoir et diffuser les valeurs de l’Organisation mais aussi les objectifs de développement durable, la prévention des conflits, la culture de la paix, l’action climatique et le développement de l’Afrique, entre autres.  Compte tenu du rôle croissant des technologies de l’information et des communications dans le monde, la Tunisie a appelé le Département à œuvrer à réduire la fracture numérique.  Le représentant a également insisté sur l’impératif de protéger les journalistes et de sanctuariser la liberté d’expression, avant de souligner le rôle des CINU pour sensibiliser localement aux activités de l’ONU, en citant le cas de celui de Tunis.

Il va sans dire, a poursuivi l’intervenant, que le multilinguisme constitue un vecteur puissant dans la promotion d’un système international et multilatéral fondé sur la coopération, le partenariat et l’inclusion à l’échelle internationale.  Partant de ce fait, il a réaffirmé l’importance d’adopter une politique intégrée pour le multilinguisme aux Nations Unies permettant d’en faire une réalité.  À cet égard, il importe, pour le représentant, de traiter sur un pied d’égalité toutes les langues officielles de l’ONU dans les activités du DCG, plaidant pour des moyens créatifs à même de relever les défis posés par les contraintes budgétaires auxquelles est confrontée l’Organisation.  Sur un autre plan, la délégation a insisté sur l’importance de consolider davantage les activités menées par le Département en matière de participation et d’autonomisation de la jeunesse.  Elle a, en conclusion, salué dans ce contexte la coopération croissante avec la société civile, les écoles et les universités en vue de promouvoir le dialogue et l’entente mutuelle et sensibiliser les jeunes aux défis contemporains.

Mme SONALI SAMARASINGHE (Sri Lanka) s’est dite heureuse d’annoncer que le Centre d’information des Nations Unies de Colombo est opérationnel depuis 1961, offrant une information dans les trois langues officielles que sont le sinhala, le tamil et l’anglais.  Le centre partage des informations relatives à l’ONU dont les provenances sont mondiales, régionales ou locales, avec la participation des organisations non gouvernementales (ONG) et de l’association des Nations Unies au Sri Lanka.  Se disant inspiré par l’espoir que la jeunesse représente, la représentante a invité le DCG à travailler avec l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la jeunesse pour sensibiliser celle-ci aux défis qui se posent dans le monde.  En tant qu’un des principaux sponsors de la Journée mondiale des compétences des jeunes, le Sri Lanka a remercié le Département de son soutien à l’Organisation de cet évènement annuel en collaboration avec l’Envoyé spécial et l’Organisation internationale du Travail (OIT).  Néanmoins, la délégation s’est inquiétée de la politisation de l’information publique à tous les niveaux et du recours à l’information et aux technologies de la communication pour violer les droits de l’homme et s’ingérer dans les affaires intérieures des États, jusqu’à déstabiliser des pays et des régions.  Dans ce contexte, il a exhorté l’ONU à trouver des moyens de mettre fin à ces pratiques.  

M. FEDOR K. STRZHIZHOVSKIY (Fédération de Russie) s’est inquiété des contraintes financières pesant sur le Département de la communication globale.  « Nous espérons que vous pourrez conserver le même niveau de qualité, ce que vous avez réussi à faire jusqu’ici, malgré les contraintes budgétaires », a-t-il affirmé.  À la lumière de cette situation, il a jugé que « ce n’est pas le moment le plus opportun pour envisager des progrès ambitieux qui n’apportent pas de valeur ajoutée importante ».  Le représentant s’est aussi inquiété de la disparité linguistique dans la production du Département, dénonçant une situation qu’il a jugée parlante: les pages Facebook en russe reçoivent trois fois moins de « like » que celles en swahili ou en portugais alors que, selon lui, il y a davantage de russophones et qu’ils sont très connectés.  M. Strzhizhovskiy y a vu la preuve que le Secrétariat ne fait pas suffisamment attention aux russophones.  Il a appelé à « répartir les moyens de manière plus juste entre les différents services ».

Mme DIEDRE NICHOLE MILLS (Jamaïque) a dit soutenir les efforts du DCG pour qu’il soit adapté à sa tâche ainsi que les mesures visant à le rendre plus souple et proactif.  Les réformes doivent être transversales et inclure la mobilisation des ressources et de nouveaux partenariats, a estimé la représentante.  Sa délégation a appelé à trouver un équilibre entre les nouveaux outils de communication et les médias traditionnels dans la stratégie de communication du Département.  Elle espère en outre que les mesures d’austérité mises en place au Siège de l’ONU seront à court terme et ne compromettront pas les activités du Département.  Elle a encouragé le Département à mettre l’accent sur les jeunes avant de souligner l’importance du réseau des CINU pour la communication au niveau local.  Elle a demandé des précisions sur le paragraphe 44 du rapport du Secrétaire général, où il est question de renforcer la capacité de communication de ces centres et demandé quelles en seront les incidences.

« Nous saluons les efforts pour réformer le Département de la communication globale », a affirmé Mme KATERYNA ZELENKO (Ukraine), avant d’ajouter que « la planification stratégique, la créativité, l’efficacité opérationnelle et le leadership sont des bases solides pour bâtir un organe moderne capable de s’adresser aux gens de manière efficace ».  La représentante a ensuite souligné l’importance d’une « presse libre, indépendante et pluraliste ».  Elle s’est dite « profondément préoccupée par la détérioration de la liberté d’expression et le travail des journalistes dans les territoires occupés de l’Ukraine, en particulier, la Crimée et le Donbass ».  La délégation a notamment dénoncé les intimidations, les arrestations arbitraires, les détentions illégales et la torture auxquelles ces derniers sont soumis.  Elle s’est aussi inquiétée de la diffusion sans précédent de fausses informations « qui sont un outil pour saper la paix civile et la sécurité ».  Elle a estimé que « dans ces circonstances, le Département a un rôle crucial pour lutter contre la désinformation ».  Plus largement, elle a estimé que l’ONU doit se doter d’une « approche globale et systématique » pour contrer la désinformation.

M. FRANCISCO DUARTE LOPES (Portugal) a souligné que le multilinguisme a été et demeure un principe central de la stratégie de communication des Nations Unies, en ce qu’il promeut inclusion et transparence et joue un rôle crucial dans la réalisation de l’objectif commun ne pas faire de laissés-pour-compte.  Rappelant que le portugais est parlé sur les cinq continents et que le nombre de ses locuteurs est en constante augmentation, il a encouragé le Département de la communication globale à en intensifier l’usage, cela en s’appuyant sur les travaux du groupe portugais d’ONU info.  Il a, en outre, plaidé pour la création d’un centre d’information à Luanda, qui serait déterminant pour la diffusion de l’information onusienne dans les pays africains lusophones.

M. HUSNI MUSTAFA YAGOUB HUSNI (Soudan) a estimé qu’il faut que l’ONU et, en particulier, le DCG s’adapte aux nouvelles technologies et aux formes modernes de communications, notamment les réseaux sociaux qui peuvent servir à renforcer la compréhension et la connaissance des activités de l’ONU dans le monde.  Premiers utilisateurs des réseaux sociaux, les jeunes s’intéressent aux questions relatives au développement durable, aux changements climatiques, à la paix, à la démocratie, aux droits de l’homme, à la question du droit d’asile et aux phénomènes migratoires non régulés, mais aussi à la lutte contre les discours de haine et la xénophobie, a observé le représentant.  Il a défendu l’idée que, dans le système mondial multilatéral, la volonté des peuples de préserver leur diversité culturelle et linguistique doit être préservée.  Dès lors, les six langues officielles des Nations Unies doivent être traitées sur un pied d’égalité, a exigé le représentant, en expliquant que c’est le meilleur moyen de se rapprocher des populations.  Cela exige un véritable partenariat, a-t-il poursuivi, en parlant du développement durable pour tous ou de la reconstruction postconflit notamment.  En Afrique, les équipes onusiennes chargées du maintien de la paix connaissent d’énormes difficultés mais leur action est essentielle, a encore remarqué le délégué.  Il a également mis l’accent sur le rôle constructif des CINU et demandé qu’il y en ait davantage, pour mener le combat contre les informations mensongères, en particulier dans les pays qui sont en phase postconflit.  À cet égard, l’orateur a appelé à une utilisation responsable des technologies de l’information et des communications pour éviter la désinformation.

« Notre langue, le bengali, est parlée par 250 millions de locuteurs, un chiffre qui en fait la septième la plus parlée du monde.  Nous demandons à devenir une langue officielle des Nations Unies », a affirmé M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh).  Il a aussi insisté sur l’importance de mettre en place une stratégie de défense du multilatéralisme, parfois « discrédité » par des campagnes médiatiques.  Le représentant a appelé à lutter contre les messages de haine.  « Il faut construire une opinion publique mondiale », a-t-il estimé, avant de se plaindre des informations négatives répandues au sujet de certaines forces de maintien de la paix.

Le délégué a appelé le Département de la communication globale à « rester concentré » sur la crise des réfugiés rohingya, qu’il a estimé être « une des pires crises humanitaires de notre époque », précisant que son pays accueillait 1,2 million de personnes « déplacées de force ».  Il a demandé au Département de la communication globale d’insister sur « l’absence d’environnement favorisant leur retour au Myanmar et leur garantissant l’attribution des responsabilités et la pleine justice ».  Selon lui, une telle démarche serait utile en vue « d’empêcher que des telles atrocités ne se reproduisent ».  

M. ABDOULAYE BARRO (Sénégal) a observé que pour mieux faire face aux multiples défis qui se posent dans un monde marqué par le recul du multilatéralisme, l’ONU doit se doter d’instruments fiables et efficaces, capables de lui assurer une communication claire et audible sur toutes les plateformes que les différents publics utilisent et dans les langues qu’ils comprennent.  Mais la mise en œuvre d’une stratégie efficace de communication requiert la résorption de la fracture numérique entre le Nord et le Sud, a souligné le représentant, en rappelant que la majeure partie du monde en développement, et en particulier en Afrique, reste toujours en marge de l’évolution fulgurante des technologies de l’information et des communications.  L’ONU et les partenaires de développement doivent donc accorder une attention particulière aux États concernés afin que ce fossé soit comblé.

La communication sur le climat est emblématique de l’importance et de l’impact d’une exploitation moderne et souple des nouvelles technologies pour se connecter à l’opinion publique, a estimé le représentant, qui a salué, à ce sujet, le Département pour la façon dont il communique avec clarté sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  En tant que pays contributeur de troupes, le Sénégal salue également le lancement, sur le site de l’ONU, de la campagne Service et sacrifice pour mettre en lumière la contribution des pays à l’effort de l’ONU de maintien de la paix internationale et sensibiliser le public à l’initiative du Secrétaire général « Action pour le maintien de la paix ».  Le délégué a néanmoins insisté sur l’importance de la mise à disposition, dans les délais et dans les six langues officielles, des documents officiels des Nations Unies sur les plateformes pertinentes.  Le multilinguisme doit, selon lui, faire l’objet d’une attention constante et particulière pour veiller au traitement équitable des six langues, et au-delà.  Une communication multilingue via les centres, services et bureaux d’information des Nations Unies participe à la diffusion rapide et actualisée de l’information, en étroite collaboration avec les responsables gouvernementaux, a précisé le représentant, avant d’assurer que le Sénégal continuera d’apporter son soutien à l’antenne de Dakar.

M. ANGELITO A. NAYAN (Philippines) a salué les actions entreprises par le Département de la communication globale, notamment la campagne multilingue menée conjointement avec les opérations de maintien de la paix pour faire connaître au public le rôle des Casques bleus déployés par les pays contributeurs de troupes.  Le représentant a, en outre, attiré l’attention sur l’initiative innovante « Pacte des médias en faveur des objectifs de développement durable  » du Département, laquelle vise à tirer parti du pouvoir et de l’influence positive des médias pour éveiller les consciences et inspirer l’action citoyenne.  Enfin, il a appelé de ses vœux le développement d’une économie numérique sûre et durable parmi les États membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.

M. DEEPAK MISRA (Inde) a estimé que le Département de la communication globale doit trouver des sources de financement extrabudgétaires, sous forme de contributions volontaires par exemple, pour contribuer à la réalisation du multilinguisme et communiquer notamment dans « les langues non officielles importantes ».  Il s’est ensuite félicité des visites des sièges des Nations Unies dans plusieurs langues, comme l’hindi.

M. ALON NAVEH (Israël) a estimé que l’exposition actuellement visible au troisième étage du Siège de l’ONU sur la question de Palestine est partiale en n’abordant que la vision d’une partie.  « Elle laisse entendre à tort que la résolution 181 viole la Charte de l’ONU en s’opposant au droit à l’autodétermination, alors que cette résolution a été adoptée dans le but de garantir le droit à l’autodétermination à la fois des Juifs et des Palestiniens », a argué le représentant d’Israël.  Selon lui, ce sont les Palestiniens qui ont rejeté ce plan en refusant ainsi, de fait, le droit à l’autodétermination du peuple juif.  Il a ajouté que c’est le refus des dirigeants palestiniens de reconnaître l’autodétermination du peuple juif, garantie par un mandat de la Société des Nations, puis la Charte de l’ONU et la résolution 181, qui est la source du conflit et le véritable obstacle à la paix.

Le représentant d’Israël a estimé que le DCG est en contradiction avec la Charte en omettant ce fait.  « Le Département organise des expositions partiales sur de nombreux aspects du conflit », a ajouté le représentant israélien.  Illustrant son propos, il a indiqué que le DGC, en traitant la souffrance des réfugiés palestiniens, omet de mentionner celle des 850 000 Juifs en provenance de pays arabes qui sont devenus des réfugiés, suite au conflit de 1948.  L’exposition oublie également de mentionner que ce sont bien les Palestiniens qui ont déclaré la guerre aux Juifs, au lendemain de l’adoption de la résolution 181.  « En laissant entendre que les Palestiniens sont les seules victimes de la guerre, en négligeant leur rôle dans l’éclatement du conflit et en ignorant leur hostilité au droit à l’autodétermination des Juifs, le DCG mine la légitimité des actions entreprises par ces derniers pour se défendre », a encore affirmé le délégué. 

M. RICARDO DE SOUZA MONTEIRO (Brésil) a estimé que pour réaliser ses objectifs, l’ONU doit sensibiliser à ses activités de par le monde et, à cette fin, dans autant de langues que possible.  Le DCG doit également reposer sur les médias traditionnels et les plateformes numériques, a soutenu le représentant, en notant que si l’accès à l’Internet reste difficile dans certaines parties du monde, celui à la radio est quasi universel.  Le Brésil a insisté, en outre, sur l’importance du respect du multilinguisme dans la promotion des principes et activités de l’ONU y compris en portugais, kiswahili et hindi, parallèlement aux six langues officielles.  Il a plaidé pour davantage de contenus en portugais, notamment d’ONU Info, en soulignant que les lusophones sont la troisième plus forte audience de l’ONU.  Le Brésil a, en outre, salué le rôle des CINU pour diffuser l’information et sensibiliser les populations locales dans leurs propres langues aux activités de l’Organisation, avant d’encourager le DCG à poursuivre son dialogue avec les milieux universitaires, les jeunes et la société civile.

« Aujourd’hui, le multilatéralisme est remis en question, il fait face à un manque de confiance, c’est pourquoi le Département de la communication globale joue un rôle crucial », a estimé Mme BEATRIZ NÚÑEZ RIVAS (Uruguay).  Elle s’est félicitée de la mise en place par son pays d’un plan d’accès gratuit aux jeunes aux nouvelles technologies de l’information et des communications, lequel offre à chaque enfant et chaque adolescent l’accès à un ordinateur bénéficiant d’une connexion Internet.  Elle a estimé que les jeunes étaient les meilleurs ambassadeurs de l’ONU car 71% des jeunes âgés de 15 à 24 ans sont connectés à Internet dans le monde, a-t-elle précisé.  Malgré les « importants efforts accomplis », elle a estimé que des déséquilibres entre langues officielles et langues de travail subsistent.

Droits de réponse

Le représentant du Myanmar a exprimé sa frustration quant au fait que son homologue du Bangladesh ait évoqué la question du rapatriement des réfugiés de l’État rakhine, une question qui n’est pas directement liée aux travaux de la Quatrième Commission.  Le Bangladesh est notre voisin et nous accordons une grande importance aux rapports de bon voisinage, a-t-il assuré.  S’agissant des faits, il a précisé que le Gouvernement du Myanmar est déterminé à faciliter le retour de ces réfugiés en toute sécurité, estimant cependant que cette question doit être abordée au niveau bilatéral.  Le Myanmar a signé des accords en ce sens avec le PNUD et le CICR, a indiqué le représentant, en insistant sur le fait que le « rapatriement en douceur » exige une volonté politique et un strict respect des accords signés.  Un grand nombre de personnes sont d’ores et déjà rentrées au Myanmar de leur propre gré, a-t-il indiqué.  « Beaucoup ne se rendent pas compte que les activités du groupe terroriste ARSA à Cox’Bazar sont la principale menace au retour de ces réfugiés », a soutenu le représentant.  Le Myanmar fait de son mieux pour régler cette question complexe et sollicite la coopération de la communauté internationale, a-t-il assuré en conclusion.

« L’Ukraine, au lieu de brosser un tableau très éloigné de la réalité en Crimée, devrait s’occuper de son pays », a dénoncé la Fédération de Russie, en faisant usage de son droit de réponse.  Le représentant a évoqué les cas de plusieurs journalistes et blogueurs victimes d’attaques en Ukraine.  « Les autorités de Kiev se plaignent de persécutions contre les médias en Crimée mais lancent des accusations infondées et de parti pris », a-t-elle insisté.

En réponse à cette intervention, l’Ukraine a appelé à renforcer la sécurité des journalistes.  « Le Président ukrainien suit de très près les enquêtes en cours dans notre pays », a-t-elle précisé, avant de noter que, depuis la « Révolution de la Dignité », l’Ukraine avait gagné 25 places dans l’index de Reporters sans frontières.  « Une partie du territoire ukrainien, occupée par la Fédération de Russie, enregistre de très nombreuses violations de la liberté d’expression.  C’est un fait! » a-t-elle tranché en conclusion.

 

à suivre...   

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