Quatrième Commission: la Secrétaire générale adjointe à la communication présente les orientations de son département pour « capturer l’imagination et changer les esprits »

CPSD/698
17 octobre 2019
Soixante-quatorzième session, 9e séance – matin

Quatrième Commission: la Secrétaire générale adjointe à la communication présente les orientations de son département pour « capturer l’imagination et changer les esprits »

Intervenant pour la première fois, ce matin, devant la Quatrième Commission dans le cadre de son examen des questions relatives à l’information, la nouvelle Secrétaire générale adjointe à la communication globale, Mme Melissa Fleming, qui a pris ses fonctions il y a tout juste six semaines, a expliqué aux délégations que sa première priorité à ce poste sera de présider à l’élaboration d’une stratégie de communication mondiale pour l’Organisation.

« Une stratégie axée sur le public et informée par des questions fondamentales comme ‘‘Quelles sont les valeurs de l’ONU?  Au service de qui sommes-nous?  Pourquoi l’ONU est-elle plus nécessaire que jamais?’’ » a déclaré la haut-fonctionnaire.

Son Département, a-t-elle précisé, cherchera à améliorer la communication de l’ONU dans un contexte d’évolution technologique perpétuelle.  « Nous ne pouvons plus seulement fournir des informations et relater des histoires; nous devons nous efforcer de capturer l’imagination et de changer les esprits », s’est-elle enthousiasmée.  Mme Fleming a toutefois estimé que l’impact du Département de la communication globale (DCG) doit rester « mesurable », assurant qu’une « culture de l’évaluation » oriente de plus en plus son activité.

En racontant des histoires et en donnant un visage humain à notre travail, nous nous efforcerons de sensibiliser l’opinion publique à l’importance du multilatéralisme, qu’il s’agisse de la lutte contre les changements climatiques, de la défense des droits de l’homme, du rôle joué par le maintien de la paix de l’ONU ou de la mise en œuvre des objectifs de développement durable, a argué Mme Fleming.

Ce faisant, nos campagnes de communication, nos couvertures, nos activités sur les réseaux sociaux et nos activités de sensibilisation auprès de différents publics doivent devenir davantage intégrées et se renforcer mutuellement avec l’aide de notre réseau mondial de centres d’information des Nations Unies (CINU).  Pour la Secrétaire générale adjointe, toucher les gens –où qu’ils se trouvent, dans les langues qu’ils parlent et sur les plateformes auxquelles ils ont accès– permet au DCG de servir de « passerelle » entre les mots et les actions, avec des informations qui aident à comprendre ce qui se passe dans le monde, ce que l’ONU fait pour y remédier, quelle est la contribution des États Membres, comment nous pouvons œuvrer « ensemble et individuellement » pour faire la différence.

Cette approche a été applaudie par le Soudan, l’Iraq et l’Argentine, entre autres, qui ont aussi insisté sur l’importance de toucher une audience mondiale en s’adressant à elle dans ses différentes langues, mais aussi sur les supports les plus pertinents.  Dès lors, ces délégations ont attiré l’attention de Mme Fleming sur le fossé numérique ainsi que les disparités au sein même d’un pays ou d’une région en termes d’accès à Internet pour qu’elle veille à ce que la stratégie de communication de l’ONU repose sur un panachage de médias traditionnels et de nouvelles technologies de l’information qui ont fait leurs preuves pas plus tard que lors du segment de haut niveau de l’Assemblée générale, en septembre 2019.

Mme Fleming a en effet évoqué des « résultats préliminaires frappants », puisque le débat général de l’Assemblée a fait l’objet de plus de 2,6 millions de visionnages sur la seule chaîne YouTube de l’ONU et que les « packages » vidéo UNifeed destinés aux radiodiffuseurs du monde entier ont été exploités à au moins 20 000 reprises le mois dernier, soit deux fois plus qu’en 2018.

Les comptes de réseaux sociaux de l’ONU ont en outre enregistré une hausse significative de fréquentation, dans toutes les langues et sur toutes les plateformes et le mois dernier, un nouveau podcast, UNcomplicated, a été lancé pour tenter de démystifier le fonctionnement de l’Organisation qui, au cours de ses deux premières semaines de diffusion seulement, a été écouté à 153 000 reprises, s’est enorgueillie la Secrétaire générale adjointe.

Mais, comme les années précédentes, c’est le multilinguisme qui a suscité le plus d’attentes de la part des délégations, surtout dans un contexte où le DCG cherche à mettre l’accent sur l’élargissement de ses audiences.  L’Argentine a ainsi souligné la demande croissante de contenus en espagnol sur l’ensemble des supports de l’ONU.  Cette langue représente aujourd’hui la deuxième en termes de fréquentation du site de l’ONU alors que seulement 32% du contenu est disponible en espagnol, a regretté la délégation.

Dès lors, les pays hispanophones ont demandé à la cheffe du Département d’y remédier mais également de sortir d’une « culture de la traduction » pour passer à une véritable « culture de la communication », avec des équipes multilingues, en vue d’enrichir les contenus hispaniques.  Pour cela, les CINU d’Amérique latine pourraient être mis à contribution, ont-ils suggéré.  La Secrétaire générale adjointe a soutenu cette idée en rappelant qu’avec un réseau de 59 CINU dans le monde, l’ONU a les moyens de communiquer dans 97 langues, voire davantage, ce qui en fait des relais privilégiés pour une « communication à échelle humaine et de proximité ».

Les pays lusophones se sont inscrits dans une logique similaire.  Bien que le portugais ne soit pas une langue officielle des Nations Unies, il représente une audience potentielle de 300 millions de lusophones répartie sur quatre continents.  Le portugais renforce la communication et le multilinguisme au sein de l’organisation, a noté leur porte-parole du Cabo Verde, faisant remarquer que les nouvelles dans cette langue fidélisent déjà la troisième audience la plus importante de l’ONU alors que la fréquentation des pages de l’ONU en portugais a bondi de 152% depuis mars 2018.

En début de séance, la Commission a adopté les 16 projets de résolution restants au titre de la décolonisation, dont deux ont fait l’objet d’un vote.

Elle poursuivra son débat général sur les questions relatives à l’information demain matin, à 10 heures.

Suite et fin du débat général sur les points relatifs à la décolonisation

Adoption de projets de textes sur la décolonisation (suite)

La Quatrième Commission a adopté sans mise aux voix une série de projets de résolution relatifs aux territoires non autonomes suivants: les Samoa américaines, Anguilla; les Bermudes; les Îles Vierges britanniques; les Îles Caïmanes, la Polynésie française, Guam; Montserrat; la Nouvelle-Calédonie; Pitcairn; Sainte-Hélène; les Tokélaou; les Îles Turques et Caïques et les Îles Vierges américaines. 

Elle a également adopté le projet de texte portant sur la Diffusion d’informations sur la décolonisation à l’issue d’un vote avec pour résultat 144 voix pour, 3 contre (États-Unis, Israël et Royaume-Uni,) et 2 abstentions (France et Togo).

La représentante du Royaume-Uni a expliqué qu’elle avait voté contre ce texte, dans la mesure où sa délégation considère que les obligations imposées par ce texte à l’ONU représentent une ponction insupportable de ses maigres ressources. 

Le projet de texte relatif à l’Application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux a également fait l’objet d’un vote enregistré.  Le texte a été adopté par 109 voix pour, 3 voix contre (États-Unis, Israël et Royaume-Uni) et 43 abstentions.

Pour l’Argentine, qui soutient le droit à l’autodétermination de tous les peuples soumis à l’occupation étrangère, ce texte doit néanmoins être appliqué dans le cadre des résolutions pertinentes de l’Assemblée générale et du Comité spécial de la décolonisation.  Depuis 1965, toutes les prises de position concernant les îles Malvinas ont reconnu qu’il s’agit d’une situation coloniale spéciale.  La solution à ce différend de souveraineté passe par des négociations bilatérales entre le Royaume-Uni et l’Argentine et doit tenir compte des intérêts des habitants de ces îles, a souligné le représentant.

Le représentant de l’Espagne a dit respecter la résolution 1514 et, pour cette raison, souligne que le processus de décolonisation dans certains cas doit s’exercer dans le respect du principe d’intégrité territoriale.  C’est le cas de la « colonie » de Gibraltar, a-t-il précisé.  Dès lors, cette question doit être réglée par des négociations bilatérales entre le Royaume-Uni et l’Espagne.  S’agissant des missions de visite du Comité spécial de la décolonisation, l’Espagne a insisté sur le fait qu’elles doivent être approuvées par l’Assemblée générale et se fonder uniquement sur le principe de l’autodétermination.

La représentante des États-Unis a expliqué avoir voté contre cinq textes sur la décolonisation en raison de leur insistance sur l’indépendance, comme si c’était la seule alternative possible, excluant le statut d’association libre par exemple.  « Ce n’est pas à cette assemblée d’imposer quoi que ce soit », a-t-elle tranché en estimant que c’est aux territoires non autonomes de s’exprimer librement.

En outre, le paragraphe 15 de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux parle du retrait de la présence militaire de la Puissance administrante, or, les États-Unis estiment avoir le droit d’y maintenir une telle présence qui bien souvent est « bénéfique » aux populations locales.  La représentante américaine a également émis des réserves au sujet de la résolution sur Guam et de son droit à l’autodétermination, en soulignant qu’il s’agit du droit de l’ensemble de la population de l’île et pas uniquement d’une partie.  Il s’agit de garantir la non-discrimination et le suffrage universel, a-t-elle souligné.  En guise de précision, elle a également rappelé que le Programme de développement durable à l’horizon 2030 n’est pas juridiquement contraignant et n’implique pas d’obligation financière.  Il s’agit d’un cadre global pour le développement, selon les États-Unis, et chaque pays a un rôle à jouer, conformément avec ses intérêts nationaux.  Dans la même veine, les États-Unis ont tenu à souligner que les résolutions comme la résolution 1514 ne sont pas davantage juridiquement contraignantes.

Certains éléments de ce texte restent inacceptables pour le Royaume-Uni, qui s’attache à développer une relation moderne avec ses territoires, a assuré sa représentante.

La représentante de l’Australie a commencé par réaffirmer l’attachement de son pays au droit des peuples à l’autodétermination.  Elle a néanmoins émis des réserves sur le paragraphe 14 du dispositif de ce projet de résolution qui appelle les puissances administrantes à mettre fin à leurs activités militaires et à éliminer leurs bases militaires.  L’Australie a revendiqué le droit souverain des nations à défendre les territoires qu’elles administrent et souligne que cela ne va pas forcément à l’encontre des intérêts des peuples de ces territoires, a expliqué le représentant.  « En réalité, dans bien des cas, c’est bénéfique », a-t-elle argué, en citant le cas de la région du Pacifique où la France, l’Australie et la Nouvelle-Zélande coordonnent les réponses humanitaires et de secours d’urgence en faisant appel à leurs forces basées en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française.  Ce sont aussi ces forces qui luttent contre la pêche illégale et la criminalité transnationale, a encore précisé l’intervenante.

La position australienne demeure que le langage du paragraphe 14 est « inacceptable » et la délégation a réitéré son appel pour qu’il soit abrogé des futures versions de ce texte.  En s’abstenant, l’Australie a exprimé son objection au paragraphe 14 du dispositif, mais également son soutien à d’autres éléments de cette résolution, a conclu le représentant.

Le représentant de l’Argentine a considéré que les visites du Comité spécial de la décolonisation ne peuvent être effectuées par des pays qui sont parties à un conflit de décolonisation et qu’elles doivent recevoir l’aval de l’Assemblée générale.

Tous les projets de texte adoptés ce matin figurent dans le rapport du Comité spécial de la décolonisation (A/74/23).

QUESTIONS RELATIVES À L’INFORMATION (A/74/21, A/74/283)

Déclaration liminaire

Pour sa première intervention en sa qualité de Secrétaire générale adjointe à la communication globale devant la Quatrième Commission, Mme MELISSA FLEMING, qui a pris ses fonctions il y a six semaines, a déclaré être impressionnée par la qualité, la diversité et l’impact des activités du Département qu’elle dirige, en grande partie grâce aux changements apportés au cours de l’année écoulée.  Elle l’a constaté dans la couverture du récent segment de haut niveau de l’Assemblée générale, caractérisée par une planification avancée plus stratégique et une production multimédia davantage intégrée, qui ont aidé le DCG à produire un contenu multilingue distribué en temps réel sur de multiples plateformes destinées au grand public.  « Les résultats préliminaires sont frappants ».  Ainsi, le débat général de l’Assemblée générale a fait l’objet de plus de 2,6 millions de visionnages sur la seule chaîne YouTube de l’ONU et les packages vidéo UNifeed destinés aux radiodiffuseurs ont été diffusés à au moins 20 000 reprises le mois dernier, soit deux fois plus qu’en 2018.  Nos comptes de réseaux sociaux ont enregistré une hausse significative de fréquentations, dans toutes les langues et sur toutes les plateformes: rien qu’en langue anglaise, les comptes onusiens Facebook, Instagram et Twitter, se sont enrichis de 350 000 abonnés de plus en septembre, s’est félicitée la haut-fonctionnaire.

Ma première priorité en tant que Secrétaire générale adjointe, a-t-elle annoncé, sera de diriger l’élaboration d’une stratégie de communication mondiale pour l’Organisation, une stratégie axée sur le public et informée par certaines questions fondamentales.  « Quelles sont les valeurs de l’ONU?  Au service de qui sommes-nous?  Pourquoi l’ONU est-elle plus nécessaire que jamais? » s’est-elle demandé.  Guidés par nos réponses, nous chercherons à améliorer la façon dont l’ONU aborde la communication, un objectif déjà reflété par le changement de nom en début d’année, de DPI à DCG, qui fait passer un service d’information publique à un service de communication globale.  À une époque où la technologie évolue rapidement, « nous ne pouvons pas seulement fournir des informations et relater des histoires; nous devons nous efforcer de capturer l’imagination et de changer les esprits », s’est-elle enthousiasmée.

Notre tâche consiste essentiellement à communiquer pour une cause, a-t-elle dit.  En racontant des histoires et en humanisant notre travail, nous nous efforcerons de sensibiliser le public au multilatéralisme, que ce soit sur des questions telles que la lutte contre les changements climatiques, la défense des droits de l’homme, le rôle joué par le maintien de la paix de l’ONU ou la mise en œuvre des objectifs de développement durable, a expliqué Mme Fleming.  « Ce faisant, nos campagnes de communication, nos couvertures, nos activités sur les réseaux sociaux et nos activités de sensibilisation auprès de différents publics doivent devenir davantage intégrées et se renforcer mutuellement avec l’aide de notre réseau mondial de centres d’information des Nations Unies.  Rappelant ensuite que l’impact du DCG doit toujours être « mesurable », la Secrétaire générale adjointe a estimé qu’une « culture de l’évaluation » oriente de plus en plus son activité.  « L’Unité de recherche sur l’évaluation et les communications du Département procède déjà à une analyse approfondie pour mesurer l’impact, identifier les lacunes et contribuer à la formulation de pratiques optimales et des leçons apprises.  « Un exemple en est l’analyse comparative de nos contenus afin de déterminer en quoi notre travail contribue à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes, aide à lutter contre les stéréotypes sexistes et favorise la réalisation de l’ODD nº5 ».  Les résultats ont conduit à l’élaboration d’un cadre global visant à renforcer nos efforts dans ce domaine, a précisé la haut-fonctionnaire.

En 2019, le Département a continué à innover.  La page d’accueil du site de l’ONU a été revampée, dans le cadre d’un processus plus large visant à le rendre plus cohérent, convivial et interactif.  L’application ONU Info a été mise à jour avec des fonctionnalités améliorées, notamment un accès simplifié au streaming en direct et aux vidéos dans toutes les langues.  Et le mois dernier, un nouveau podcast, Uncomplicated, a été lancé pour tenter de démystifier le fonctionnement de l’Organisation.  Au cours de ses deux premières semaines de diffusion seulement, le podcast a été consulté plus de 153 000 fois, dépassant largement le chiffre de référence de l’industrie pour les podcasts de longue durée, qui est de 30 000 lectures, s’est enorgueillie Mme Fleming.

Les réformes et progrès que nous avons mis en œuvre ne concernent pas uniquement une hausse du nombre de personnes touchées, mais également des résultats qualitatifs sur l’impact de nos communications, a assuré la Secrétaire générale adjointe, en soulignant le rôle clef joué par les centres d’information des Nations Unies à cet égard et les bureaux des coordonnateurs résidents de l’ONU.  Nous resterons guidés par vous, les États Membres, dans le cadre d’un processus de consultation que je poursuivrai, a-t-elle assuré.  Après avoir attiré l’attention sur les partenariats qui élargissent la portée des efforts du DCG, comme le Pacte des médias en faveur des objectifs de développement durable, lancé l’an dernier pour mobiliser les compagnies de médias et de divertissement au service du Programme à l’horizon 2030, la Secrétaire générale adjointe a également fait part de l’implication du secteur privé dans la promotion des objectifs de développement durable.  En septembre, l’ONU s’est associée à la société Sanrio pour lancer une version mondiale de leur campagne japonaise mettant en vedette le célèbre personnage Hello Kitty dans une série de vidéos visant à sensibiliser les enfants et leurs parents aux objectifs de développement durable.

« La communauté internationale est confrontée à des crises de plus en plus profondes tout en subissant une désillusion croissante vis-à-vis de la coopération multilatérale », a analysé Mme Fleming.  Même si les points de vue peuvent diverger quant à la gravité des problèmes auxquels nous sommes confrontés et à la meilleure façon de les résoudre, nous savons que la coopération internationale est la clef de notre avenir, « car si nous agissons seuls, nous périrons ensemble », a-t-elle mis en garde.  Toucher les gens –partout où ils se trouvent, dans les langues qu’ils parlent et sur les plateformes auxquelles ils peuvent accéder– permet au Département de communication globale de servir de passerelle entre les mots et les actions, avec des informations qui aident les populations à comprendre ce qui se passe dans le monde, ce que l’ONU fait pour y remédier, quelle est la contribution des États Membres, comment nous pouvons œuvrer ensemble et individuellement pour faire la différence.  « La précision, la rapidité et la fiabilité sont au cœur de nos activités.  À un moment où se disséminent la désinformation et la haine, les communications de l’ONU constituent une source d’informations fiables et factuelles permettant de promouvoir le travail de la seule organisation multilatérale au monde à réaliser les objectifs agréés au niveau international comme la voie à suivre pour une planète plus juste et plus pacifique », a ajouté, en conclusion, la Secrétaire générale adjointe.

Débat interactif

Compte tenu des chiffres avancés par Mme Fleming en termes d’audience, le représentant du Soudan s’est demandé si la nouvelle stratégie d’information prévoit suffisamment de projets pour atteindre les populations partout dans le monde.  Soulignant l’importance de la communication et de la sensibilisation aux objectifs de développement durable, mais aussi aux changements climatiques et à la consolidation et la pérennisation de la paix, il a demandé à Mme Fleming comment elle voit le rôle du DCG, notamment en Afrique, et en termes de communication dans les langues des communautés concernées.  Cela lui semble essentiel pour consolider la diplomatie préventive et pour promouvoir la paix et la lutte contre l’incitation à la haine.  Quelle est la possibilité de communiquer des informations rapidement et de permettre aux chaînes de télévision les plus regardées de diffuser des programmes sur les activités et messages de l’ONU dans toutes les régions du monde? a-t-il demandé.  Ne pourrait-on pas augmenter la visibilité des ambassadeurs de bonne volonté de l’ONU à cette fin? a-t-il suggéré.

Le représentant de l’Argentine a salué l’idée d’un dialogue entre le DCG et les missions permanentes.  S’agissant du changement de nom du Département, il a estimé qu’à juste titre cela reflète l’idée qu’il ne faut pas se focaliser sur New York et envisager la communication dans le cadre d’un dialogue et d’interactions élargis avec d’autres acteurs globaux.  Il est donc nécessaire, selon lui, de travailler avec les missions permanentes, les autres organes de l’ONU, la société civile et le public en général, a estimé le représentant qui a salué le travail de dialogue engagé l’an dernier par le DCG avec les missions permanentes.  S’agissant de l’accent nouveau qui sera mis sur le public, il a insisté sur la demande croissante de contenus en espagnols sur les supports de l’ONU.  L’espagnol est la deuxième langue des consultations du site Internet de l’ONU or, seulement 32% du contenu de ce site est disponible en espagnol, a constaté le représentant argentin en demandant à la Cheffe du Département d’y remédier.

Le représentant du Maroc a abordé la question des contraintes financières du DCG pour s’acquitter de son mandat, compte tenu des exigences du multilinguisme et la multiplication des questions et manifestations à couvrir.  Il a demandé à Mme Fleming s’il y avait des exemples de possibilités de soutien par les États Membres à cet égard.  Son homologue de l’Iraq a souligné l’importance du multilinguisme pour atteindre le plus grand nombre de personnes dans le monde et informer celles-ci des activités menées par l’ONU.  Il a également rappelé l’importance de préserver les canaux de communication traditionnels (radio, télévision, presse écrite) dans la stratégie du DCG pour diffuser les différentes informations pertinentes et atteindre les personnes n’ayant pas accès à l’Internet, compte tenu du fossé numérique persistant.  À cet égard, le représentant a souligné le rôle des Centres d’information des Nations Unies (CINU), encourageant le DCG à cibler les jeunes.  Pour la délégation, le Département doit réfléchir à une stratégie de communication élargie qui parvienne aux quatre coins du monde dans les langues locales, de manière à avoir un impact sur l’opinion publique notamment dans le domaine de la consolidation de la paix. 

Répondant à ces interventions, la Secrétaire général adjointe à la communication, Mme FLEMING, a salué les remarques du délégué soudanais les qualifiant de « fondamentales » et lui a assuré que la promotion de la paix, de la sécurité et de la tolérance fait partie des piliers de son Département.  Elle a relevé le rôle significatif des ambassadeurs de bonne volonté de l’ONU, dont certains se sont rendus au Soudan, et a précisé que son Département cherche à développer un « véritable réseau ».  Mme Fleming a invité la délégation à poursuivre ce dialogue avec son Département.

S’agissant de l’intervention de l’Argentine, elle lui a assuré qu’elle a l’intention de poursuivre le dialogue avec les missions permanentes et, comme l’a souligné le représentant du Maroc, de mettre sur pied un véritable réseau de « brainstorming » pour entendre tous les points de vue.  Pour elle, il ne s’agit pas de travailler uniquement à partir de New York.  Elle a estimé que les ressources locales représentent un atout unique et que, dans le contexte de la nouvelle réforme, les agences onusiennes travailleront plus étroitement ensemble sur le terrain et communiqueront dans la langue du pays.  Mme Fleming s’est dite impressionnée par la performance en termes d’audience du site et des réseaux sociaux en espagnol « qui dépasse parfois la popularité du site en anglais », et a encouragé des remontées du terrain pour enrichir les contenus hispaniques des supports de communication onusiens.

Elle a remercié le Maroc d’avoir proposé l’idée d’un « réseau d’amis du DCG » des missions permanentes en vue de soutenir le travail de son Département au-delà d’un soutien financier, se disant heureuse de travailler avec les missions permanentes dans ce contexte.  Réagissant à l’intervention de l’Iraq, elle a partagé son point de vue selon lequel il convient d’insister sur le public que nous voulons cibler.  Comment l’information est-elle reçue est la principale question à se poser pour Mme Fleming et, pour cela, il faut recourir à toute la palette de vecteurs d’information, y compris les médias traditionnels et les langues du terrain.  Dans ce contexte, la Secrétaire générale adjointe a salué les remarques au sujet du rôle des CINU, qui peuvent travailler dans 97 langues et même au-delà, ce qui en fait un relais de premier plan de « la communication au niveau humain et de proximité ».

Mme FEDA ABDELHADY-NASSER (État de Palestine), s’exprimant au nom du Groupe des 77 et la Chine, a réaffirmé l’importance du multilinguisme « qui est universellement reconnu comme un des principaux facteurs d’unité et de compréhension internationale ».  La représentante, tout en notant que « des progrès avaient été accomplis », a réitéré les inquiétudes du Groupe concernant « la disparité qui demeure dans l’usage des différentes langues officielles dans la communication globale des Nations Unies ».  Elle a ajouté qu’« il est inacceptable, malgré les fréquents appels collectifs en ce sens, que des disparités linguistiques continuent d’être observées dans les communiqués de presse produits à l’issue des réunions au Siège de l’ONU et dans leur titre.  Nous désapprouvons cette injustice et demandons que toute désinformation de ce type soit évitée à l’avenir ».

La déléguée a aussi mis en garde contre « l’usage inapproprié de l’information publique, des inexactitudes et de l’information malhonnête, qui peuvent avoir des conséquences négatives sur les nations et leurs citoyens ».  Elle a estimé que le Département de la communication globale devrait « montrer l’exemple » en appliquant les pratiques optimales en termes de « précision, d’intégrité et de responsabilité ».  La représentante en a aussi appelé « à l’arrêt de l’usage des technologies de l’information et des communications, réseaux sociaux inclus, en défaveur de n’importe quel État, en particulier ceux qui sont membres du Groupe des 77 et de leurs citoyens ».  Elle a insisté sur le respect des principes « de souveraineté et de non-ingérence dans les affaires internes, dans les règles internationalement reconnues de coexistence civile et de relations cordiales entre États ».

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), M. SUPRIYANTO SUWITO (Indonésie) a espéré que les réformes du Département de la communication globale (DCG), qui incluent des efforts de renforcement de la planification stratégique, de la coordination en matière de communication, de partenariats et de mobilisation de nouvelles ressources se traduiront par une réelle amélioration et efficacité de la promotion de la compréhension des travaux des Nations Unies.  Il a dit apprécier les activités du DCG pour sensibiliser le public aux priorités de l’ONU par le biais de sa communication stratégique sur le développement durable, la paix et la sécurité.  Dans le domaine de la paix et de la sécurité, le représentant de l’ASEAN a encouragé le département à poursuivre ses efforts pour promouvoir les travaux de maintien et de consolidation de la paix de l’ONU.  Il a dit apprécier particulièrement les campagnes dédiées aux pays contributeurs de troupes et forces de police.  M. Koba a aussi invité tous les Départements de l’ONU à travailler ensemble pour promouvoir les développements des réformes de l’architecture de paix et de sécurité des Nations Unies, dont l’Action pour le maintien de la paix.  Tout en notant que les médias sociaux sont devenus un des outils les plus importants de l’information publique, le représentant de l’ASEAN a appelé à se rappeler que l’Internet n’est pas accessible à tous, et qu’il est important de maintenir le recours aux media traditionnels comme la radio, la télévision, et le support papier pour diffuser l’information.

Par ailleurs, le représentant de l’ASEAN a mis l’accent sur l’importance d’une communication multilingue et pas seulement dans les six langues officielles des Nations Unies.  Relevant que le DCG travaille avec 59 centres d’information de l’ONU dans le monde, dont trois dans l’ASEAN, le représentant a jugé indispensable de recourir aux langues locales dans ses efforts de communication.  Il a, en conclusion, souligné l’importance de partenariats entre le DCG et les secrétariats de ses organisations régionales et sous-régionales.  

Intervenant au nom des neuf États membres de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), M. JOSÉ LUIS FIALHO ROCHA (Cabo Verde) s’est félicité des relations établies depuis 1999 entre l’ONU et son groupe de pays.  Il a salué l’adoption, le 12 septembre 2019, de la résolution A/73/339 de l’Assemblée générale qui renouvelle cette coopération pour deux ans, en réaffirmant l’importance de la coopération régionale.

« Bien que le portugais ne soit pas une langue officielle des Nations Unies, il renforce la communication et le multilinguisme au sein de l’organisation », a estimé le représentant, avant d’appeler à respecter la parité entre les six langues officielles de l’ONU.  Il a dit que la Communauté des pays de langue portugaise se félicite des efforts du DCG pour disséminer des informations sur les travaux de l’ONU en portugais.

En outre, il a précisé que les nouvelles en langue portugaise constituent la troisième plus grande audience de l’ONU avant de rappeler l’existence de 300 millions de lusophones sur quatre continents.  Il a précisé que la fréquentation des pages de l’ONU en portugais a connu une hausse de 152% depuis mars 2018.  Il a particulièrement salué le travail des CINU qui s’évertuent à diffuser l’information partout dans le monde en s’appuyant sur les langues locales.  Le représentant a mis l’accent sur le CINU de Rio de Janeiro et salué la mise en place du centre de Luanda en Angola, conformément à la résolution 64/243 de l’Assemblée générale.

« Nous saluons l’engagement du Département de la communication globale en faveur du multilinguisme », a affirmé M. SEBASTIEN BRABANT, de l’Union européenne, qui s’est exprimé en anglais, puis en français et en espagnol.  « Le multilinguisme est une condition préalable à la mise en œuvre effective du mandat du Secrétariat et à la mise en place d’un système multilatéral équilibré et représentatif du monde actuel », a-t-il ajouté.  Le délégué a souligné que, malgré les contraintes budgétaires, il était essentiel de continuer à communiquer l’agenda et les valeurs des Nations Unies à travers différentes langues et plateformes médiatiques.  Le délégué s’est inquiété des attaques, en Europe et dans le monde contre la liberté d’expression, la liberté d’information et la liberté de la presse.  « Tous les jours, des journalistes sont intimidés, harcelés et même assassinés – ils doivent être protégés », a-t-il mis en garde.

M. ITT THIRARATH (Thaïlande) a souligné la nécessité d’un plan intégré de communication à l’échelle du système des Nations Unies, fruit d’une coopération entre toutes les entités.  Il a ensuite invité le Département de la communication globale à explorer des moyens innovants de permettre une meilleure interaction avec un large public.  Le représentant a mis l’accent sur l’importance d’une communication multilingue en précisant que le multilinguisme ne consiste pas seulement à casser les barrières linguistiques, mais aussi à jeter des ponts entre les cultures et les religions.  Il a aussi souhaité que la célérité avec laquelle l’information est diffusée ne vienne porter atteinte à sa qualité et à son exactitude.  Dans le contexte du soixante-quinzième anniversaire de l’ONU, la Thaïlande a souhaité que l’on saisisse toute l’opportunité offerte par les technologies modernes pour mettre en exergue l’importance du multilatéralisme et susciter un soutien mondial à cette valeur. 

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) a axé son intervention sur trois points, à savoir les défis du scénario de la communication globale, le multilinguisme dans la communication de l’ONU et le rôle des centres d’information des Nations Unies (CINU).  À la lumière de l’évolution des technologies de l’information, l’Argentine a invité le DCG à repenser sa stratégie de communication pour la rendre plus horizontale dans le but d’inclure l’ONU dans le dialogue mondial sur les thèmes prioritaires de l’Organisation, notamment sur les réseaux sociaux.  Le DCG doit utiliser au maximum les potentialités offertes par les nouveaux formats de communication pour renforcer les interactions avec les différents acteurs, y compris les États Membres, les médias mais surtout le public mondial.  Il ne faut pas pour autant perdre de vue la persistance d’un fossé numérique et les asymétries au sein même des pays et des régions, de manière à ce que la stratégie de communication de l’ONU tienne compte de la segmentation du public mondial, a estimé le représentant.

Il a demandé le respect du multilinguisme dans tous les supports de communication de l’ONU et appelé à sortir d’une « culture de la traduction » à une véritable culture de la communication, avec des équipes multilingues.  Saluant la hausse de la fréquentation du site Internet de l’ONU en espagnol, alors que seules 32% des informations publiées le sont en espagnol, l’Argentine a demandé au Secrétariat de répondre à cette demande croissante de contenus de la part des hispanophones.  Par le truchement des CINU d’Amérique latine, il est possible de produire des contenus sur les sujets à l’ordre du jour de l’ONU, a précisé le représentant.  Il s’est dit préoccupé de constater que les six langues officielles ne sont pas traitées sur un même pied d’égalité, en citant notamment les cas des communiqués de presse et de ONU Info qui n’existent qu’en deux langues, alors même qu’ils devraient être disponibles dans les six langues officielles.  Selon le représentant, il n’existe pas de justification à cette discrimination.  De même, les archives audiovisuelles de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité devraient être disponibles dans ces six langues officielles, a-t-il encore insisté.  L’Argentine a encouragé, en conclusion, le DCG à inclure davantage les CINU dans sa stratégie de communication et ses travaux, en particulier celui de Buenos Aires qui a notamment couvert la deuxième Conférence de haut niveau des Nations Unies sur la coopération Sud-Sud.

M. MARWAN A. T. ABUSREWEL (Libye) a concentré son propos sur les nouvelles technologies de l’information et des communications.  « Aujourd’hui, il existe un véritable écart entre les populations, l’accès à l’information n’est pas le même pour tous », a-t-il regretté.  Le délégué a appelé à la création d’un environnement où tous peuvent avoir accès à des informations favorisant les idées de paix et de développement durable et permettant de lutter contre les discours de haine.

« Le Royaume saoudien accorde beaucoup d’importance aux médias et à la communication », a affirmé M. IBRAHIM ALTURKI (Arabie saoudite), avant d’appeler à promouvoir une « culture de paix pour lutter contre le crime et le terrorisme ».  Il a affirmé: « Mon pays a pour objectif de promouvoir la modération et de lutter contre les discours de haine. »  Le représentant s’est ensuite félicité de la création, par son pays, d’un centre de « guerre idéologique » et d’un centre de « combat contre les idéologies extrémistes ».  Le représentant a insisté sur le fait que son pays vise à « répandre la tolérance » et appelé à diffuser « une image véridique de notre pays qui doit être montrée au reste du monde ».  Il a annoncé que l’Arabie saoudite allait « redoubler d’efforts pour lutter contre la haine », avant de se dire préoccupé par « la désinformation diffusée par certains médias pour déstabiliser mon pays ».  La délégation a estimé que les médias de masse devaient jouer un rôle plus positif pour promouvoir les droits de l’homme, la justice et la paix.

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