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AG/SHC/4278
31 octobre 2019
Soixante-quatorzième session, 40e & 41e séances plénières, matin & après-midi

Réfugiés et déplacés: causes, défis et perspectives à l’étude à la Troisième Commission

La Troisième Commission, chargée des questions sociales, culturelles et humanitaires, s’est penchée, aujourd’hui, sur les causes, défis et perspectives qui se posent quant à la question des réfugiés et déplacés au cours d’un débat marqué en large mesure par des appels en faveur d’un partage plus équitable de ce « fardeau », que ce soit sur le plan financier ou en termes d’accueil. 

Alors que le monde comptait plus de 70,8 millions de personnes déplacées à la fin de 2018, nombre de pays, à l’instar de la Zambie, se sont inquiétés du fait que près de 85% des réfugiés sont accueillis par des pays en développement, une charge qui, a fait observer l’Iran, devient économiquement intenable pour ces derniers.  À cet égard, la délégation iranienne s’est déclarée préoccupée par la faible proportion des retours volontaires de réfugiés, jugeant que l’hospitalité de certains pays hôtes ne devrait pas servir d’excuse aux autres pour s’exonérer de leurs responsabilités. 

La Zambie, mais aussi des pays tels que le Cameroun ou le Pakistan, ont ainsi expliqué avoir accueilli de nombreux réfugiés de pays voisins, malgré de maigres ressources et des difficultés de développement.  Le Bangladesh, lui aussi, accueille plus de 1,1 million de Rohingya qui ont été déplacés de force, et cela pèse lourdement sur le développement socioéconomique du pays, a expliqué son représentant.  Le Mali, qui connaît des mouvements massifs de sa population vers des pays voisins, a quant à lui salué l’« esprit de solidarité » de ces derniers.

Le son de cloche est le même du côté de l’Amérique latine, où le Brésil a expliqué avoir mis en place un politique « bras ouverts » qui permet, chaque jours, à près de 1 000 réfugiés vénézuéliens de traverser la frontière entre les deux pays.  La Colombie est également intervenue pour préciser qu’elle accueille plus de 1,4 million de citoyens vénézuéliens, soit environ 34% des migrants en provenance de ce pays, auxquels s’ajoutent 400 000 Colombiens rentrés au pays à la suite de la crise multidimensionnelle au Venezuela. 

Alors que plusieurs pays, tels que le Koweït, ont partagé le montant de leur contribution au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le manque de financement pour faire face à la crise des réfugiés en a préoccupé plus d’un.  Par exemple, la Colombie a expliqué qu’un plan régional d’intervention a été mis en place face à l’afflux de réfugiés vénézuéliens, mais que seulement 178 millions des 738 millions de dollars nécessaires ont, pour l’heure, été versés.  Les États-Unis ont encouragé les États Membres à revoir leurs contributions au HCR, tandis que l’Union européenne, préoccupée par le fossé de plus de 50% entre les besoins et les ressources de l’agence, a appelé le HCR à élargir sa base de donateurs, y compris au secteur privé. 

Mais si d’autres pays, tels que la Norvège, ont eux aussi souligné l’importance du partage des responsabilités, la Fédération de Russie a déclaré ne pas être en faveur de ce principe.  Du point de vue de la délégation russe, la crise des migrants que connaissent les pays européens serait la conséquence de leurs politiques « irresponsables », et ils doivent à présent assumer la responsabilité de leurs actes.  L’Union européenne, quant à elle, a affirmé qu’elle continuera à accueillir des réfugiés et que chacun de ses États membres envisagera des voies de réinstallation et autres arrangements pour ceux qui ont besoin d’une protection internationale. 

La question de l’ingérence était également à l’esprit du Venezuela, qui a affirmé que les déplacements humains depuis son territoire doivent s’inscrire dans le contexte des mesures unilatérales américaines qui aggravent la crise que traverse son pays, une position similaire à celle de la Syrie, pour qui le retrait des « mesures coercitives » permettrait le retour des réfugiés syriens dans leur patrie.  La délégation a en outre appelé le HCR à revenir sur sa position selon laquelle les conditions sur place ne seraient pas réunies pour assurer le retour des réfugiés syriens.

Les perspectives de retour « volontaire, sûr et digne » et de réinstallation pour les réfugiés figuraient également parmi les préoccupations de la Turquie, qui a appelé les pays de destination à promouvoir le règlement pacifique des différends dans les zones de conflit.  Les personnes déplacées nécessitent plus qu’une réponse d’urgence: elles doivent pouvoir envisager un avenir où leurs droits seront respectés et où elles pourront bénéficier et contribuer au développement, a-t-elle notamment souligné.

Le Cameroun a de son côté expliqué qu’à la faveur d’une stabilisation de la situation sécuritaire en République centrafricaine et d’un accord tripartite signé en juin 2019 entre le Gouvernement, le HCR et le pays hôte, le processus de retour volontaire de 285 000 réfugiés centrafricains dans la sécurité et la dignité a été initié.  Pour sa part, l’Iraq s’est opposé à toute politisation de la question du retour, dont la décision, a-t-il souligné, revient à la seule volonté des réfugiés.

La tenue, en décembre, à Genève, du premier Forum mondial sur les réfugiés a par ailleurs été évoquée à plusieurs reprises, l’Union européenne y voyant notamment l’occasion de mobiliser un appui plus large au partage du fardeau et des responsabilités.

On retiendra également l’intervention du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui a appelé les délégations à davantage faire le lien entre les discussions consacrées aux victimes de conflits et aux déplacés, et celles concernant les populations vulnérables aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles.

Les délégations ont ensuite achevé, dans l’après-midi, leur débat général sur l’élimination du racisme, l’occasion pour nombre d’entre elles de s’inquiéter, à l’instar du Maroc, de la montée des idéologies politiques racistes et xénophobes et de déplorer la faiblesse du cadre international actuel de prévention face à la persistance des actes discriminatoires et raciaux. 

La Troisième Commission poursuivra ses travaux vendredi 1er novembre, à partir de 15 heures.

RAPPORT DU HAUT-COMMISSAIRE DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS, QUESTIONS RELATIVES AUX RÉFUGIÉS, AUX RAPATRIÉS ET AUX DÉPLACÉS ET QUESTIONS HUMANITAIRES (A/74/12, A/74/12/ADD.1, A/74/322)

Débat général

M. EDUARDO FERNÁNDEZ-ZINCKE, de l’Union européenne (UE), a affirmé que l’UE continuera à accueillir des réfugiés et que chacun de ses États membres envisagera des voies de réinstallation et autres arrangements pour ceux qui ont besoin d’une protection internationale.  L’UE continuera aussi à aider les pays et les communautés d’accueil et à traiter des causes sous-jacentes des déplacements forcés, en jouant un rôle actif dans la résolution des conflits et en actionnant, ce faisant, tous les instruments politiques, humanitaires et de développement dans une approche globale et intégrée.  L’UE continuera également à appuyer la campagne mondiale du HCR pour mettre fin à l’apatridie.  Le représentant a dit attendre avec intérêt le premier Forum mondial sur les réfugiés, une occasion cruciale pour faire le bilan des progrès, partager les meilleures pratiques et expériences mais aussi alléger le fardeau des pays d’accueil des réfugiés et mobiliser un appui plus large au partage du fardeau et des responsabilités. 

L’UE sera d’ailleurs l’un des parrains de quatre des six domaines prioritaires, à savoir le partage du fardeau et des responsabilités, l’éducation, l’emploi et les moyens de subsistance, et les solutions.  Le représentant a estimé que l’application du cadre d’action global pour les réfugiés a déjà été un catalyseur du changement, qui a généré des résultats positifs et concrets pour les pays et les communautés d’accueil mais aussi pour les réfugiés eux-mêmes.  Les partenariats sont « cruciaux », a poursuivi le représentant, en encourageant le HCR à continuer d’en nouer avec les organisations humanitaires, dont les agences de l’ONU, les acteurs du développement, le secteur privé et la société civile.  Le HCR doit aussi renforcer ses liens avec les pays et les communautés d’accueil et les réfugiés. 

Le représentant s’est d’ailleurs félicité du partenariat de plus en plus fort du HCR avec la Banque mondiale, qui a donné lieu à la création d’un centre conjoint de données sur les déplacements forcés et à la coprésidence du « Business Innovation Group » avec le Programme alimentaire mondial (PAM).  Le représentant s’est félicité de ce que le Secrétaire général ait répondu favorablement à l’appel de l’UE visant à créer un groupe de travail de haut niveau sur les personnes déplacées, regrettant que l’implication du HCR dans cette question n’ait pas été aussi cohérente et prévisible que dans celle des réfugiés.  Concluant sur le fossé de plus de 50% entre les besoins et les ressources du HCR, le représentant s’est dit convaincu que le processus de décentralisation contribuera à accroître l’efficacité de l’agence.  Mais, a-t-il prévenu, le HCR doit améliorer le contrôle et la responsabilité, et élargir sa base de donateurs, y compris au secteur privé. 

M. AL-BANDER (Iraq) a indiqué que son pays a été témoin de grandes vagues d’exode de ses citoyens suite à l’arrivée de Daech qui a mis la main sur leur lieu d’origine.  Il a expliqué qu’après 2017, une campagne de reconstruction a été menée pour encourager le retour des déplacés.  Grâce à cette stratégie menée par le Gouvernement de concert avec la société civile et les agences de l’ONU, quelque 4,1 millions sont retournés chez eux.

Cette stratégie se poursuit à travers le programme gouvernemental 2018-2022 et un fonds a été mis en place pour aider au retour volontaire des déplacés.  Ces efforts, a-t-il précisé, ont permis de raser les camps dans les zones de Mossoul, Salahdin et al Ambra.  Le représentant s’est par ailleurs opposé à toute politisation de la question du retour, dont la décision, a-t-il souligné, revient à la seule volonté des réfugiés.

Mme FONTANA (Suisse) a indiqué qu’au cours des dernières années, la Suisse a fait face à une augmentation des demandes de reconnaissance du statut d’apatride.  Elle s’est inquiétée également du chiffre record de personnes déplacées au sein de leur propre pays, plus de 40 millions fin 2018.

Face à cette situation, la Suisse est fière d’accueillir le premier Forum mondial sur les réfugiés, qui se tiendra à Genève au mois de décembre.  La Suisse est convaincue que ce n’est qu’en réunissant les acteurs de différents secteurs que les objectifs peuvent être atteints.  Elle encourage donc la participation des villes, de la société civile, des ONG, du secteur privé, des universités, et en particulier des réfugiés eux-mêmes.

La représentante s’est ensuite préoccupée de la situation en Syrie, précisant que son gouvernement a décidé d’allouer 61 millions de francs suisses pour aider les personnes affectées par la crise en Syrie et dans la région.

La Suisse reste convaincue qu’un appui pluriannuel et sans affectation particulière est essentiel pour permettre au HCR de répondre rapidement aux crises qui émergent.  La contribution de la Suisse est étalée sur quatre ans, et 45% de cette contribution est sans affectation particulière, a-t-elle précisé, soulignant que la flexibilité et la prévisibilité du financement du HCR sont essentielles pour que l’agence puisse s’acquitter de son mandat.

Mme MYRIAM OEHRI (Liechtenstein) a relevé que plus de deux tiers des réfugiés sont originaires de seulement cinq pays qui sont tous en proie au conflit et à la violence, à savoir la Syrie, l’Afghanistan, le Soudan du Sud, le Myanmar et la Somalie.  Elle a également constaté que les changements climatiques, la dégradation de l’environnement et les catastrophes naturelles ont un impact notable sur les mouvements migratoires.  Elle a jugé essentiel de répondre aux causes de ces déplacements de manière holistique.  La représentante a par ailleurs évoqué l’importance historique des Conventions de Genève.

Après avoir rappelé les chiffres alarmants relatifs aux réfugiés et déplacés dans le monde, M. QASIM AZIZ BUTT (Pakistan) a souligné que son pays a accueilli des millions de réfugiés pendant 40 ans malgré ses maigres ressources.  Le Pakistan a intégré la protection des réfugiés dans ses politiques, qui ont toujours favorisé leur accueil, et a par ailleurs contribué au travail des organisations humanitaires et notamment du HCR.

Il a appuyé le rapatriement volontaire et dans la dignité des réfugiés afghans, pour ensuite exhorter la communauté internationale à intensifier ses efforts.  Malheureusement, a-t-il regretté, la situation de l’aide humanitaire reste incertaine alors que les pays d’accueil font déjà face à des difficultés de développement. 

M. MOHAMMAD W. NAEEMI (Afghanistan) a indiqué qu’en coopération étroite avec le HCR, son gouvernement a identifié 15 domaines prioritaires pour faciliter le retour et la réintégration des déplacés.  L’idée est d’assurer le plus grand nombre possible de retours volontaires, tout en travaillant à la création d’un environnement viable par l’accès à l’eau potable, à l’électricité, à l’éducation et à des programmes de renforcement des capacités.  Le travail est l’effort collectif d’un large éventail de ministères, sous la supervision du Cabinet de la République islamique d’Afghanistan.  Cette année, le Gouvernement a aussi élaboré une politique globale des migrations qui offre une feuille de route pour les questions de migration et d’asile jusqu’en 2050.  L’élaboration de cette politique a été financée par l’Union européenne, avec l’assistance technique du Centre international pour le développement des politiques migratoires.  Le Gouvernement afghan, a assuré le représentant, est déterminé à prendre les mesures nécessaires pour assurer le retour digne des réfugiés et des déplacés, y compris par la redistribution des terres.  Le Gouvernement s’efforce aussi d’investir dans les provinces qui ont un grand nombre de retournés pour assurer un processus de réinstallation fiable et efficace.  Depuis 2020, 5,2 millions de réfugiés et 5 millions de migrants sans papiers sont retournés chez eux, s’est réjoui le représentant. 

Prenant note que plus de 70,8 millions de personnes étaient déplacées dans le monde à la fin de 2018, Mme HELLEN MKHWEO CHIFWAILA (Zambie) s’est déclarée préoccupée par le fait que 85% des réfugiés soient accueillis par des pays en développement.  Pour la représentante, la Déclaration de New York et le Pacte mondial sur les réfugiés permettent d’améliorer la réponse mondiale à cette crise en apportant une assistance aux pays et aux communautés d’accueil.  Avec le concours du HCR, le Gouvernement de la Zambie a offert une protection à plus de 300 000 réfugiés au cours des 50 dernières années, a-t-elle précisé.  Ces personnes, originaires pour la plupart de pays voisins, ont été installées dans six camps de réfugiés.  Pour l’heure, a-t-elle encore indiqué, le pays accueille plus de 82 000 réfugiés, lesquels ont accès aux services de base ainsi qu’à des centres d’enregistrement.  Le Gouvernement zambien contribue en outre au Cadre d’action global pour les réfugiés, qui permet des échanges d’expériences pour la mise en œuvre de réponses d’urgence à ces arrivées, encadrées par ailleurs par la loi de 2017 sur les réfugiés. 

M. SITNIKOV (Fédération de Russie) a fait part de son appui aux travaux du HCR, tout en soulignant que ceux-ci doivent répondre aux principes de neutralité, d’humanité, d’indépendance et d’impartialité.

Il a expliqué qu’en Fédération de Russie, les personnes originaires de plus de 50 pays ont reçu une protection.  Par ailleurs, plus de 40 000 apatrides ont reçu la citoyenneté russe sur les 50 dernières années.  M. Sitnikov a également souligné que depuis avril 2014, plus de deux millions d’Ukrainiens ont demandé une protection, y compris l’asile, à la Fédération de Russie. 

La Fédération de Russie n’est pas en faveur d’un principe de distribution des responsabilités, a poursuivi le représentant russe qui y a vu une manière de donner à autrui la responsabilité de ses actes.  Il a affirmé que sur le territoire européen, la crise des migrants est souvent la conséquence de politiques irresponsables et des ingérences de l’Europe dans d’autres États.  Les pays européens doivent donc assumer la responsabilité de leurs actes, a-t-il martelé.

Mme DEBORAH NYI (Myanmar) a indiqué que son pays a été durement touché, depuis l’ère coloniale, par les flux de déplacements depuis un pays voisin et par la migration irrégulière, ainsi que par un exode vers des pays voisins.  Elle a insisté sur l’importance des approches étatiques pour répondre aux défis, se disant par ailleurs convaincue que les relations entre voisins doivent être résolues de manière bilatérale et amicale.

La représentante a indiqué que depuis la signature, en 2016, entre la Thaïlande et la Myanmar, d’un programme de facilitation des retours volontaires, des centaines de déplacés sont retournés au Myanmar.  Elle a aussi cité l’adoption récente de la loi sur les droits de l’enfant qui garantit le droit d’inscription à la naissance de tous les enfants.  De plus, le processus de naturalisation est passé de deux ans à six mois pour les détenteurs de la carte nationale de vérification. 

Mme Nyi a ensuite expliqué qu’en vertu de l’accord bilatéral signé entre le Myanmar et le Bangladesh, les personnes déplacées qui se trouvent actuellement à Cox’s Bazar et qui résidaient à Rakhine ont un statut juridique différent.  En vertu de l’accord bilatéral signé entre le Myanmar et le Bangladesh, le Myanmar fournira une carte nationale de vérification aux réfugiés rapatriés qui ne possèdent pas de documents juridiques valables.  Les personnes qualifiées pour être naturalisées le seront et les autres garderont cette carte qui, a-t-elle précisé, garantit la liberté de mouvement tant que les conditions de sécurité le permettent.  Des mesures sécuritaires et de renforcement de la confiance sont également prévues. 

Le Myanmar prend également toutes les mesures qui s’imposent pour mettre en œuvre le mémorandum d’accord qu’il a signé avec le PNUD et le HCR.  Ces derniers ont achevé, au mois d’octobre, cinq cycles d’évaluation dans l’État rakhine et le HCR est en train de mettre en œuvre 34 projets à effet rapide.  Une stratégie de fermeture des camps de déplacés a aussi été élaborée pour les États kachin, shan, rakhine et de kayin.

Mme LILIAN ABDUL MUKASA (République-Unie de Tanzanie), au nom de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), a indiqué que sa région avait subi la manifestation la plus virulente de discrimination raciale, évoquant notamment l’ancien régime d’apartheid de l’Afrique du Sud.  Elle a fait part de son engagement sans faille à éliminer le racisme, la xénophobie et l’intolérance qui y est liée.  Elle s’est déclarée alarmée par l’augmentation des formes contemporaines d’intolérance dans le monde, à commencer par les discours de haine auxquels la communauté internationale doit, selon elle, s’attaquer à titre prioritaire.  

Elle a fait part de son appui à la Déclaration et au Programme d’action de Durban, y voyant un outil important pour combattre la xénophobie, l’islamophobie, l’antisémitisme et le profilage racial, entre autres.  Elle a appelé les États Membres à œuvrer en faveur de la ratification universelle de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

M. BIN JADID (Arabie saoudite) a souligné les efforts déployés par son pays en matière d’assistance aux réfugiés en vue de leur garantir une vie digne, conformément aux principes et fondements de l’islam.  Dans ce sens, son pays a accordé la nationalité à 50 000 personnes et 800 000 cartes d’identité aux personnes en situation irrégulière.  De même, tout enfant né sur le territoire saoudien bénéficie de la nationalité, a-t-il dit.  Il a mis en avant le rôle humanitaire d’envergure joué par l’Arabie saoudite qui, a-t-il ajouté, demeure l’un des principaux donateurs de fonds pour l’allégement de la dette.  Il a précisé que 18 milliards de dollars ont été octroyés à l’aide humanitaire pour alléger les souffrances des réfugiés, 68 millions de dollars ont bénéficié aux réfugiés syriens et 12 programmes ont été mis en place au profit des réfugiés yéménites.  Il a également évoqué la conférence organisée dans son pays au profit des réfugiés rohingya.  Pour finir, il a indiqué le soutien de son pays aux palestiniens et notamment l’appui financier fourni à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) à hauteur de 50 millions de dollars. 

Mme AYŞE INANÇ ÖRNEKOL (Turquie) a souligné que la résolution définitive à la crise des réfugiés repose dans l’identification d’une solution politique à ses causes sous-jacentes.  Elle a appelé les pays de destination à appuyer les processus de paix et à promouvoir le règlement pacifique des différends dans les zones de conflit.  Les personnes déplacées nécessitent plus qu’une réponse d’urgence: elles doivent pouvoir envisager un avenir où leurs droits seront respectés et où elles pourront bénéficier et contribuer au développement, a-t-elle souligné.  Elle a appelé la communauté internationale à établir davantage de quotas de réinstallation.

Étant le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés, a-t-elle poursuivi, la Turquie attache une attention toute particulière au Pacte mondial sur les réfugiés qui doit servir de base pour un partage équitable du fardeau et des responsabilités parmi les parties prenantes.  La représentante a par ailleurs fait part de son attachement au retour volontaire, sûr et digne des réfugiés vers les zones où les conditions y sont propices.

Mme LACEY WHITE MORISON (États-Unis) a indiqué que son pays, qui a donné 1,7 milliard de dollars au HCR, reste attaché à son rôle de chef de file en matière de protection, tout en insistant sur l’impératif du partage de responsabilité.  Elle a encouragé les autres pays à revoir leurs contributions à la lumière des frais de gestion. 

Elle a constaté que le travail effectué par le HCR l’oblige à travailler dans un environnement à haut risque.  Si le risque zéro n’existe pas, il convient de le réduire au maximum, a-t-elle estimé.  Enfin, les États-Unis soutiennent les efforts de réforme du HCR, dont ils saluent le dévouement.

Mme NATHALIA SÁNCHEZ GARCÍA (Colombie) a souligné que le nombre de personnes déplacées dans son pays, dont le total cumulé depuis 1985 s’élève à 7 508 384, n’a cessé de reculer depuis 2002 grâce aux politiques publiques mises en œuvre pour prévenir une aggravation de la situation.  Contrairement à ce que laisse entendre le rapport du HCR sur les déplacements mondiaux en 2018, la Colombie a trouvé des solutions durables à ce phénomène, a fait valoir la représentante. 

Elle a par ailleurs regretté que le rapport 2019 du HCR néglige une situation très importante, à savoir que la Colombie a accueilli 1 408 055 citoyens vénézuéliens, soit environ 34% des migrants en provenance de ce pays.  À cela s’ajoutent les 400 000 Colombiens rentrés dans leur pays d’origine à la suite de la crise multidimensionnelle au Venezuela, a-t-elle indiqué.  Elle a expliqué que les pays les plus touchés par ce phénomène migratoire se sont efforcés de trouver des solutions communes, au travers du processus de Quito.  Un plan régional d’intervention pour les réfugiés et les migrants a ainsi été mis en place, nécessitant un apport de 738 millions de dollars, dont seulement 178 millions ont, pour l’heure, été versés.  Sur ce total, la part de la Colombie est de 315 millions de dollars, a précisé la représentante, appelant à la coopération internationale pour soutenir ces efforts régionaux. 

Mme NELLY BANAKEN ELEL (Cameroun) a expliqué que son pays, confronté à une triple crise humanitaire, complexe et sans précédent, a mis en place un plan de réponse humanitaire afin de mobiliser l’ensemble des acteurs œuvrant au Cameroun.

Le Cameroun a également entrepris des actions pour relever le défi inhérent à l’afflux des réfugiés, notamment l’amélioration du dispositif d’accueil des réfugiés et le renforcement de la sécurité des camps.  La représentante a également cité la mise en place d’un comité interministériel ad hoc chargé de la gestion des situations d’urgence concernant les réfugiés au Cameroun, d’un secrétariat technique des organes de gestion de statuts des réfugiés et demandeurs d’asile, et d’un centre de coordination de l’assistance humanitaire d’urgence. 

En outre, à la faveur d’une stabilisation de la situation sécuritaire en République centrafricaine et d’un accord tripartite signé en juin 2019 entre le Gouvernement, le HCR et le pays hôte, le processus de retour volontaire de 285 000 réfugiés centrafricains dans la sécurité et la dignité a été initié.  Enfin, pour faire face à la problématique des déplacés, le Gouvernement a lancé un plan d’assistance humanitaire d’urgence dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest à l’effet d’apporter de l’aide aux personnes déplacées du fait des exactions des sécessionnistes.

Mme HANNE MELFALD (Norvège) a estimé qu’avec le Pacte mondial sur les réfugiés, « nous avons renforcé et consolidé les fondements » en appui aux actions de la communauté internationale dans ses efforts pour traiter la problématique des réfugiés sur le long terme.  La Norvège est un fervent défenseur du Pacte mondial sur les réfugiés et partage les ambitions de faire de cet instrument un moyen de partage des responsabilités et du fardeau, a-t-elle affirmé. 

La représentante a assuré que la Norvège demeurera un ferme soutien du HCR et de son mandat et demeure engagée à fournir des contributions non préaffectées pour permettre un financement rapide et une assistance effective, soulignant, à cette occasion, que cette contribution a atteint un niveau record en 2019.  De plus, et pour la première fois, la Norvège a annoncé un engagement pluriannuel indicatif en faveur du HCR sous réserve de son acceptation par le Parlement. 

Mme NOUR ALI (République arabe syrienne) a déclaré que son gouvernement prend des mesures pour faciliter le retour de réfugiés et déplacés dans leur foyer.  Les autorités syriennes ont eu des discussions avec le HCR au sujet de l’octroi de l’aide aux réfugiés syriens et regrettent de ne pas avoir reçu de réponse de la part du HCR à ce sujet.  La représentante a appelé le HCR à revenir sur sa position selon laquelle les conditions ne seraient pas réunies pour le retour des réfugiés syriens.  Le HCR doit aussi s’exprimer au sujet des violations dont sont victimes les citoyens syriens de la part de pays qui appuient le terrorisme, a-t-elle ajouté. 

Mme Ali a en outre appelé le HCR à garder à l’esprit le rôle de certains États, qui sont, selon elle, la cause du sort tragique des réfugiés syriens, avant de leur attribuer un rôle.  La représentante a par ailleurs réclamé le retrait des mesures coercitives pour permettre le retour des réfugiés syriens dans leur patrie.

M. RICARDO DE SOUZA MONTEIRO (Brésil) a souligné que son pays prend très au sérieux ses devoirs en matière de soutien aux réfugiés.  Le traitement de la crise sur sa frontière nord en raison de la crise au Venezuela en est une parfaite illustration.  « Notre comportement face à cette crise a été qualifié d’exemplaire par le Haut-Commissaire aux réfugiés, M. Filippo Grandi », a-t-il affirmé.  Il a indiqué que près de 1 000 réfugiés traversent chaque jour la frontière entre les deux pays et s’est énorgueilli de la politique « frontière et bras ouverts » mis en place par le Brésil pour soulager les souffrances des frères vénézuéliens. 

Malgré l’impact sur les structures locales, une équipe spéciale plurisectorielle, constituée notamment en plus des autorités du Brésil, de l’Organisation pour les migrations (OIM), du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), du HCR et d’ONG œuvre à mettre en place, dans le cadre d’opération d’accueil, une stratégie pour la réinstallation des déplacés.  Quelque 14 000 réfugiés ont bénéficié de ce programme depuis 2018, a-t-il précisé.  Il a appelé à la mobilisation de davantage de fonds privés et publics pour que « notre pays continue ses opérations de solidarité » avec nos frères vénézuéliens au cours de cette phase majeure. 

M. KAHA IMNADZE (Géorgie) a souligné que si depuis 2012, son pays avait accueilli plus de 8 100 demandeurs d’asile, la Géorgie avait elle-même souffert de nombreux déplacements forcés.  Depuis plus de 25 ans, des centaines de milliers de citoyens géorgiens continuent d’être privés de leur droit fondamental au retour dans leur foyer, suite à des campagnes successives de nettoyage ethnique en Abkhazie et dans la région de Tskhinvali. 

Il a indiqué que le Gouvernement géorgien est continuellement empêché d’étendre toute forme de protection aux populations résidant dans les régions géorgiennes occupées d’Abkhazie et de Tskhinvali qui, a-t-il protesté, sont privées des conditions minimales de sécurité et de leurs droits et de leurs libertés fondamentales. 

Il a salué la participation active du bureau de Tbilisi du HCR au deuxième groupe de travail des discussions internationales de Genève et sa ferme position au sujet du droit fondamental au retour et de la gravité de la situation des droits de l’homme de la population locale.  Il a espéré que cette pratique pourra être maintenue à l’avenir.

M. MOZAFFARPOUR (République islamique d’Iran) a estimé qu’en raison de l’augmentation constante du nombre de réfugiés, il est de plus en plus difficile pour les États Membres d’honorer leurs obligations au titre de la Convention de 1951 et de son protocole de 1967, notamment dans le partage des responsabilités en termes d’accueil et de protection.  Environ 84% des réfugiés étant accueillis par des pays en développement comme l’Iran, cette charge devient économiquement intenable pour ces derniers, a fait valoir le représentant.  À cet égard, il s’est déclaré préoccupé par la faible proportion des retours volontaires de réfugiés, jugeant que l’hospitalité de certains pays hôtes ne devrait pas servir d’excuse aux autres pour s’exonérer de leurs responsabilités.  Il a ainsi plaidé pour une approche mondiale en matière de solidarité et de partage du fardeau. 

Le représentant a également dit attendre du Pacte mondial sur les réfugiés qu’il permette de renforcer le régime international de protection des réfugiés et d’étendre l’espace d’asile non seulement dans quelques pays en développement mais aussi dans le monde entier.  Le représentant a par ailleurs rappelé qu’en raison des mesures coercitives et illégales que lui imposent les États-Unis, l’Iran rencontre de grandes difficultés à répondre aux besoins des réfugiés.  Selon lui, laisser de telles situations sans solution dans la durée contribue à saper l’efficacité et la crédibilité du régime international de protection. 

M. ILARIO SCHETTINO (Italie) a appuyé le processus de réorganisation du HCR et des autres agences onusiennes pertinentes.  Il a indiqué que lors du Forum mondial sur les réfugiés prévu à Genève, l’Italie mettra en lumière ses bonnes pratiques, notamment l’établissement de corridors humanitaires, les évacuations d’urgence depuis la Libye et des projets d’intégration locale des réfugiés dans le marché du travail du pays hôte.  Ces initiatives montrent l’engagement de l’Italie à lutter contre les causes sous-jacentes des flux migratoires et à assurer la protection des migrants et le transfert légal, sûr et ordonné des réfugiés particulièrement vulnérables.

M. MOUSSA DOLLO (Mali) a indiqué que du fait de la crise déclenchée en 2012, son pays connaît des mouvements massifs de sa population vers des pays voisins, dont il a salué « l’esprit de solidarité ».  Dans le même temps, le Mali compte environ 147 000 personnes déplacées internes.  Face à cette situation préoccupante, le Gouvernement du Mali a pris toutes les mesures nécessaires pour la mise en œuvre des accords tripartites signés avec le HCR et les pays d’accueil des réfugiés maliens.  Mieux, a-t-il poursuivi, dans le cadre de l’appropriation nationale de résolution de la crise, le Gouvernement s’attelle sans relâche et de bonne foi à la mise en œuvre diligente et inclusive de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger.  Il a fait part de la reconnaissance de son pays aux partenaires bilatéraux comme multilatéraux qui ont allégé les souffrances des plus vulnérables.  C’est tout le sens de la candidature malienne au Comité exécutif du Programme du HCR qui permettra de renforcer davantage la coopération entre le Mali et le système des Nations Unies en général dans la gestion de la problématique des réfugiés, des déplacés et des rapatriés.

Mme ALDAWEESH (Koweït) s’est préoccupée de l’aggravation de la crise des réfugiés et déplacés dans le monde.  Elle a indiqué que son pays avait mené des efforts de grande ampleur pour alléger la souffrance des réfugiés en organisant des conférences internationales, mais également en contribuant 430 millions de dollars au HCR.  Plus particulièrement, la protection des réfugiés palestiniens est une priorité pour le Koweït, qui a donné 50 millions de dollars en 2018 à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).  Les autres priorités du Koweït sont la situation en Syrie, mais aussi celle des Rohingya, pour laquelle il a déboursé 15 millions de dollars.  Elle a précisé que le montant total des engagements du Koweït en matière d’aide aux réfugiés et déplacés est de 1,9 milliard de dollars.

Mme NAWAL AHMED MUKHTAR AHMED (Soudan) a indiqué que les opérations humanitaires menées par le HCR dans son pays comptent parmi les plus importantes de la région.  De fait, a-t-elle dit, de nombreux institutions et mécanismes multilatéraux et régionaux, en particulier les agences des Nations Unies, travaillent pour la mise en œuvre, dans le pays, de cette aide dont bénéficient quelque cinq millions de personnes. 

Le Soudan s’est également attelé à la lutte contre la traite des êtres humains, a-t-elle dit, évoquant une récente conférence sur cette problématique qui touche notamment la Corne de l’Afrique.  Dans le domaine du retour volontaire, elle a évoqué l’accord tripartite entre le HCR, le Soudan et le Tchad.  Le Darfour lui aussi est touché par cette question, a-t-elle ajouté, soulignant les efforts consentis par son gouvernement pour apporter des réponses humanitaires plus en phase et de longue durée. 

Mme MILICA PEJANOVIĆ ĐURIŠIĆ (Monténégro) a souligné que son pays avait fourni un abri à un très grand nombre de personnes déplacées par le conflit dans le territoire formé par l’ex-Yougoslavie.  Des progrès significatifs ont été accomplis dans l’amélioration de leur statut économique et social, avec un accent mis sur l’éducation, la santé et la protection sociale, mais aussi en trouvant une solution à leur statut juridique.  En outre, en coopération avec les pays voisins, le Monténégro a réussi à mettre en œuvre des projets locaux à travers le Programme régional pour le logement, permettant à 6 063 individus déplacés, soit 1 177 foyers, de retrouver un toit.  Le camp de Konik a été fermé, avec l’aide de la municipalité de Podgorica, de l’Union européenne et d’autres partenaires, permettant de reloger 51 familles, et cinq autres projets locaux en cours permettront à terme de reloger 130 familles.  Le Monténégro a créé un environnement pour ces familles afin qu’elles s’intègrent et apportent une valeur ajoutée à la société monténégrine multiculturelle, a-t-elle assuré. 

Mme ATHIKARN DILOGWATHANA (Thaïlande) a indiqué que son pays a mis en œuvre de nombreuses mesures pour assurer l’enregistrement et a amendé les législations correspondantes, permettant ainsi à 10 000 personnes avec des problèmes de statut d’être régularisées comme citoyens thaïlandais l’an dernier. 

La Thaïlande a également conduit des expériences réussies de retour volontaire dans des pays voisins, en coopération avec les agences de l’ONU.  La semaine dernière, le Gouvernement a organisé, avec le bureau du HCR, des bailleurs de fonds, des experts et des organisations internationales, un atelier de travail régional sur le retour volontaire de déplacés à Bangkok, afin que ces derniers bénéficient d’un retour volontaire digne, durable et sûr. 

Mme DARYNA HORBACHOVA (Ukraine) a indiqué que son gouvernement avait adopté des mesures pour lutter contre l’apatridie.  Des procédures administratives ont ainsi été mises en œuvre pour les personnes nées dans les territoires occupés de Donetsk et Louhansk.  Lutter contre l’apatridie nécessite aussi de mettre en place des campagnes de sensibilisation, a souligné Mme Horbachova, qui a de plus insisté sur l’importance de la volonté politique.

Elle a ensuite expliqué que l’agression russe avait créé une situation humanitaire difficile.  Elle a précisé que 5,2 millions d’Ukrainiens ont été touchés par le conflit, dont 1,4 million qui sont enregistrés comme déplacés et confrontés à de nombreux risques.  La représentante a indiqué qu’en raison de la nature de ce phénomène sans précèdent, l’Ukraine ne peut répondre seule aux défis notamment à l’approche de l’hiver.

Mme INMACULADA AVOMO ESONO KIEBIYENE (Guinée équatoriale) a souligné le rôle de l’Afrique en tant que « leader humanitaire » et « exemple positif pour d’autres régions du monde » s’agissant de l’accueil des réfugiés.  La représentante a souligné à cet égard l’engagement de l’Union africaine en la matière, illustré par la mise en œuvre de la Position africaine commune de 2016 pour le renforcement de l’action humanitaire sur le continent, intégrée à son Agenda 2063.  Elle a également rappelé qu’il importe de s’attaquer aux causes profondes de ces déplacements de population afin de trouver des solutions humaines et durables.  Ces efforts comprennent notamment le renforcement des capacités des États et des autres parties prenantes, a-t-elle dit, appelant à la coopération internationale pour soutenir les pays d’accueil.  La déléguée s’est félicitée, à ce propos, de la collaboration entre la Commission de l’Union africaine et le HCR, avec le soutien de Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui vise à mettre en application l’architecture humanitaire de l’UA.  Elle a également salué l’adoption, fin 2018, du Pacte mondial sur les réfugiés, qui, à ses yeux, démontre la détermination de la communauté internationale à traiter plus efficacement cette crise mondiale. 

Mme ANEL BAKYTBEKKYZY (Kazakhstan) a parlé de l’expérience « unique» de son pays, qui a rapatrié depuis la Syrie quelque 595 citoyens kazakhs, dont 406 enfants, qui étaient impliqués dans l’État islamique.  Cette initiative, organisée dans le cadre de l’opération Zhusan, a été rendue possible à la faveur de l’étroite coopération internationale mise en œuvre en quatre étapes de janvier à juin 2019, a-t-elle précisé.  Ces personnes bénéficient de programmes de réhabilitation en vue de les réintégrer dans la société.  Le Kazakhstan est déterminé, par ailleurs, à poursuivre son engagement avec le HCR pour résoudre les nombreux problèmes liés à la question des flux de migration dans la région et de renforcer la coopération régionale à travers le dialogue. 

M. SHAH ASIF RAHMAN (Bangladesh) s’est inquiété de la situation des réfugiés, pointant l’échec de solutions durables telles que le rapatriement et la réinstallation.

Le Bangladesh accueille plus de 1,1 million de Rohingya qui ont été déplacés de force, ce qui pèse lourdement sur le développement socioéconomique du pays, a expliqué M. Rahman.  Prenant note de la prorogation, pour un an, du mémorandum d’accord entre le Myanmar, le HCR et le PNUD, il a appelé le Myanmar à assurer un accès sans entrave aux entités de l’ONU, notamment par le truchement des projets à impact rapide à l’intention des réfugiés et déplacés qui se trouvent dans le nord de l’État rakhine.  Il est également impératif d’accélérer les efforts pour créer les conditions propices au retour des réfugiés.

Le représentant a ensuite salué l’aide octroyée par le HCR pour la préparation d’une base de données biométriques des habitants des camps, ce qui, a-t-il ajouté, devrait rationaliser le processus de rapatriement une fois qu’il aura commencé

M. YOUSSOUF ADEN MOUSSA (Djibouti) a estimé que le Forum mondial sur les réfugiés prévu en décembre constitue un jalon dans la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre du Pacte mondial sur les réfugiés.  Il a fait observer que ce sont les pays en voie de développement qui portent le lourd fardeau pour le compte de la communauté internationale.  C’est pourquoi, une approche humanitaire coordonnée globale dans la protection des réfugiés est nécessaire, a-t-il estimé.

Le représentant a indiqué que Djibouti accueille 30 000 réfugiés venant de Somalie, d’Éthiopie, d’Érythrée et du Yémen dont 74% sont des femmes et des enfants.  Cette tendance est appelée à croître en raison des instabilités et de la sécheresse, a-t-il alerté.  Il a par ailleurs fait part de l’expérience concluante de son pays en matière d’initiatives génératrices de revenus au profit des réfugiés, citant le projet d’énergie durable qui a été mis sur pied dans tous les camps de réfugiés à Djibouti.

Mme ASBINA MARIN SEVILLA (Venezuela) a souligné que les défis auxquels son pays est confronté, et notamment les déplacements humains, doivent s’inscrire dans le contexte des mesures unilatérales, particulièrement américaines, qui aggravent la crise que traverse son pays.  Mme Marin Sevilla a accusé les pays qui se présentent comme des « sauveurs potentiels » d’œuvrer en faveur d’un changement de régime.  Il n’y a aucune menace à la paix et la sécurité au Venezuela, a-t-elle martelé.  La représentante a aussi dénoncé l’utilisation de « chiffres faux » et les propos de certains organes de l’ONU, dont le HCR.

Elle a souligné que le Venezuela a accueilli les ressortissants de nombreux pays voisins, qui ont bénéficié de protection et dispose d’une doctrine progressiste pour reconnaître le droit d’asile et de refuge. 

Mme ALLANAH KJELLGREN, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a déclaré qu’en soutien à l’Union africaine, le CICR avait examiné les progrès de la mise en œuvre de la Convention de Kampala, et jugé que des progrès significatifs avaient été accomplis depuis son adoption il y a 10 ans: davantage d’États y ont pris part, et nombre d’entre eux ont adopté des mesures concrètes dans le domaine gouvernemental, politique ou juridique.  Mais il reste encore beaucoup à faire pour que la Convention développe tout son potentiel, et des efforts doivent être faits aux niveaux national, régional et sous-régional. 

Le CICR a recommandé trois mesures: la promotion de la Convention par la communication aux autorités publiques, aux déplacés et aux communautés d’accueil; assurer la participation des déplacés et des communautés d’accueil aux prises de décisions; et nommer une autorité coordonnatrice dotée d’un mandat avec la légitimité nécessaire pour faciliter une réponse complète et coordonnée. 

La représentante a également mis l’accent sur les risques climatiques qui, avec les conflits et les déplacements, créent une pression sur les infrastructures et les services.  La représentante a appelé à davantage faire le lien entre les discussions consacrées aux victimes de conflits et aux déplacés, et celles concernant les populations vulnérables aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles.

M. RODRIGO A. CARAZO (Costa Rica) a tout d’abord présenté ses condoléances au Japon et à la famille de Sadako Ogata, première femme Haut-Commissaire pour les réfugiés, décédée le 29 octobre.  Il a ensuite indiqué que le Costa Rica a la particularité d’être un pays de transit, de destination et d’origine pour de nombreuses personnes de la région et d’autre continents.  Il a signalé que le Costa Rica a été témoin, ces dernières années, d’une augmentation notable des flux migratoires sur son territoire.  Les profils des demandeurs d’asile sont devenus plus complexes, ce qui a mis à l’épreuve les mécanismes d’accueil et de soins, a-t-il expliqué, précisant qu’en 2017, 46 836 personnes étrangères ont été bénéficiaires de programmes sociaux dans son pays.  Outre les services de base, ces personnes ont eu accès à l’éducation et aux soins médicaux. 

Pour gérer ces questions, le Costa Rica s’appuie sur sa politique migratoire intégrale 2013-2023 ainsi que sur un plan national d’intégration 2018-2022, des instruments qui, selon M. Carazo, constituent un système de coordination interinstitutions efficace.  Le délégué a cependant admis que seule l’action multilatérale permettra de faire face à ces phénomènes aux origines diverses.  S’agissant de la crise sociale survenue au Nicaragua voisin, il a indiqué qu’elle s’était traduite par une augmentation de 1 376% des demandes d’asile de ressortissants nicaraguayens au Costa Rica. 

M. AHMED SAHRAOUI (Algérie) a appelé les États Membres à fournir tout l’appui nécessaire pour réagir et sauver les réfugiés en Afrique.  Il a souligné que l’Afrique accueille toujours le plus grand nombre de réfugiés et d’apatrides.  Le soutien et la protection fournis par le HCR doivent être complétés par d’autres voies qui s’attaquent aux causes profondes du déplacement, a-t-il estimé.  Et la communauté internationale doit fournir le soutien nécessaire, en particulier aux pays hôtes, qui ont la charge de répondre aux besoins des réfugiés. 

Il a insisté sur la nécessité de partager les responsabilités, compte tenu en particulier du problème de financement auquel le HCR est confronté.  Cela ne doit pas avoir d’impact sur la qualité de son travail sur le terrain, a-t-il prévenu.  M. Sahraoui a, par ailleurs, souligné que son pays renouvelle son attachement à la protection des droits des réfugiés sahraouis.  Il a appelé, à cet égard, la communauté internationale, et en particulier les bailleurs de fonds à redoubler d’efforts en faveur de ces populations qui dépendent entièrement de l’assistance internationale. 

Mme SOPHIA TESFAMARIAM (Érythrée) a relevé que le HCR est l’objet d’accusations répétées de corruption à l’intérieur de ses camps, de manière directe ou indirecte, y compris des versements de pots-de-vin pour garantir à des individus le statut de réfugié, ou leur garantir des traitements préférentiels pour être relogé dans le pays européen de leur choix.  Elle a appelé le HCR à conduire des enquêtes approfondies pour démanteler ce qui pourrait être un système de corruption enraciné en son sein.  Elle a également sommé le HCR de protéger des représailles les lanceurs d’alerte qui signalent des actes de corruption. 

Mme Tesfamariam a ensuite sonné l’alarme sur le sort des Erythréens bloqués en Libye, affirmant que des agents du HCR continuent de dissuader les Érythréens vivant dans des camps de réfugiés de revenir dans leur pays, sous le faux prétexte qu’ils s’exposeraient à des poursuites.  Cet argument a été répudié par de nombreux pays européens qui ont envoyé des missions de vérification en Érythrée, a-t-elle indiqué.

Elle a également critiqué le refus du HCR de modifier ses critères d’éligibilité qui désignent les migrants économiques érythréens comme des réfugiés à part entière, pointant notamment l’utilisation de statistiques erronées ou de sources secondaires et biaisées.  Elle a expliqué que cela a conduit un nombre disproportionné d’Érythréens à quitter le pays, avec de faux espoirs d’obtenir le statut de réfugiés en Europe, associé, à leurs yeux, à une vie de privilèges, un logement gratuit, une formation, un emploi et des bénéfices sociaux. 

Le maintien par le HCR d’un traitement privilégié pour les migrants érythréens, et de ceux qui prétendent venir d’Érythrée pour obtenir ces avantages, continue d’avoir un profond impact sur la population de toute la Corne de l’Afrique, a dénoncé la représentante.  Elle a appelé le HCR à consulter directement les pays concernés lors de l’élaboration de ses directives d’éligibilité qui doivent, dans le cas érythréen, être revues et amendées.

Mme MARILIA MANUEL (Angola) a souligné que ces dernières années, son pays a accueilli un flux important de réfugiés en provenance de la République démocratique du Congo auxquels il a fourni une aide d’urgence et humanitaire.  Elle a estimé qu’un rapatriement librement consenti et une réintégration durable restent la solution privilégiée et durable en matière de réfugiés.  Elle s’est félicitée de l’accord conclu suite à la première réunion tripartite entre le HCR, l’Angola et la RDC, qui s’est tenue à Luanda en août 2019.  Cet accord concerne la situation de 23 684 réfugiés congolais originaires de la province du Kasaï et installés dans la province angolaise de Luanda Norte, a-t-elle précisé.

L’Angola continue par ailleurs de travailler avec le HCR pour harmoniser et partager les données biométriques sur les réfugiés afin de faciliter le processus de suivi.  Il s’agit également d’identifier les réfugiés d’autres nationalités présents dans le pays et qui méritent le même traitement.

M. MOHAMED ABDELRAHMAN MOHAMED MOUSSA (Égypte) a affirmé que l’Égypte, solidaire pour diminuer l’impact de l’afflux de réfugiés dans les pays d’accueil et offrir des opportunités de réinstallation, se situe à l’avant-garde des efforts pour opérationnaliser la politique de l’Union africaine: elle s’apprête d’ailleurs à accueillir le Centre de l’Union africaine pour la reconstruction et le développement après un conflit. 

Il a indiqué que l’Égypte accueille aujourd’hui une population de réfugiés regroupant plus de 58 nationalités.  Ces personnes entrent en Égypte sans avoir besoin de s’enregistrer, reçoivent les mêmes bénéfices que les citoyens égyptiens et jouissent de leur liberté de mouvement, n’étant pas confinés dans des camps comme dans certains autres pays.  C’est pourquoi, a-t-il ajouté, que seulement 250 000 réfugiés sont enregistrés par le HCR en Égypte, quoique le pays en accueille un bien plus grand nombre.

Le représentant a par ailleurs fait savoir que l’Égypte présentera un certain nombre d’engagements lors du Forum mondial sur les réfugiés en termes d’éducation, d’emploi, de santé, et s’est dit impatient d’explorer de potentiels partenariats en préparation du Forum. 

Mme KATALIN ANNAMÁRIA BOGYAY (Hongrie) s’est déclarée préoccupée par le nombre record de personnes déplacées dans le monde.  Notant que la communauté internationale a la responsabilité d’aider ces déplacés, elle s’est félicitée du travail accompli sur le terrain par le HCR.  Elle a ensuite réaffirmé l’attachement de la Hongrie aux instruments juridiques internationaux dans le domaine des réfugiés et a insisté sur l’importance de la prévention des conflits, qui devrait être, selon elle, une priorité des États. 

Pour la représentante, la solidarité internationale doit permettre de faciliter les retours sûrs, volontaire et dans la dignité des réfugiés.  Cette solidarité, a-t-elle indiqué, peut prendre différentes formes, y compris l’aide humanitaire et l’aide au développement.  Toutefois, la réinstallation n’est pas la seule façon de manifester cette solidarité, a-t-elle fait valoir.  Elle a indiqué que son pays fournit une aide sur place en s’appuyant sur des instruments de développement internationaux.  La Hongrie a ainsi lancé, en 2019, un programme de 16 millions d’euros en Ouganda pour appuyer la paix et la stabilité à long terme dans ce pays.  Le programme vise notamment à fournir une aide aux réfugiés et aux demandeurs d’asile en Ouganda.  Un autre projet de 1,2 million d’euros a pour but d’améliorer la gestion de l’eau, a-t-elle précisé.  Elle a par ailleurs appelé à distinguer les déplacements forcés des autres formes de déplacements et à procéder à cette distinction de manière précoce pour prévenir les afflux des réfugiés et les trafics d’êtres humains. 

Pour Mme LALA MEHDIYEVA (Azerbaïdjan), les déplacés qui ont fui des conflits armés doivent être autorisés à retourner chez eux, dans leur maison, notamment là où les hostilités ont cessé.  Assurer un droit au retour constitue aussi un rejet catégorique de tout nettoyage ethnique, a-t-elle affirmé.

Elle a indiqué que l’Azerbaïdjan a l’un des taux de déplacement interne parmi les plus élevés au monde, résultant de l’agression externe et de l’occupation militaire d’un cinquième de son territoire et de l’éviction forcée de tous les Azerbaïdjanais et du nettoyage ethnique qui ont suivi.  Selon le dernier recensement de la population, a-t-elle précisé, l’Azerbaïdjan compte 741 000 déplacés, dont 30% d’enfants.

Le Gouvernement azerbaïdjanais fait d’importants efforts pour garantir une protection accrue aux déplacés et leurs droits dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi, des moyens de subsistance et de la sécurité sociale, a poursuivi la représentante.  Grace à ces mesures, le taux de pauvreté parmi les déplacés est tombé de 75% à 12% en 15 ans.  Plus de 300 000 déplacés ont reçu un nouveau logement dans de nouvelles implantations et tous les déplacés bénéficient d’une éducation et de soins de santé gratuits.

Dans le même temps, a insisté Mme Mehdiyeva, seul le retour chez eux des déplacés, dans la sûreté et la dignité, peut pleinement restaurer leurs droits violés.

Mme MARIAME FOFANA (Burkina Faso) a indiqué qu’à la suite de la crise malienne débutée en 2012, son pays a accordé l’hospitalité à des milliers de réfugiés maliens sur son sol.  Nombre de ces personnes ont regagné le Mali conformément à l’accord tripartite conclu entre les Gouvernements burkinabé et malien et le HCR, a précisé la représentante.  Elle s’est par ailleurs déclarée préoccupée par les chiffres alarmants de l’année 2018, qui a vu plus de 70 000 personnes déplacées pour différentes raisons.  Elle a ajouté que, depuis 2016, le Burkina Faso est la cible d’attaques terroristes qui ont plongé le pays dans une crise sécuritaire doublée d’une crise humanitaire sans précédent qui a touché près d’un million de personnes. 

Selon les statistiques de l’ONU d’octobre 2019, a poursuivi la déléguée, on dénombre au Burkina Faso près de 12 000 retournés et demandeurs d’asile venus du Mali, près de 6 000 retournés venus de Côté d’Ivoire, 25 000 réfugiés maliens et 486 320 déplacés, un nombre de 68% plus élevé qu’en septembre 2019.  Dans le but d’apporter une réponse adéquate à l’afflux des déplacés, le pays a adopté un cadre de référence unique appelé Plan d’urgence du Burkina Faso, assorti de stratégies.  La représentante a encore indiqué que son pays, qui assure la présidence tournante du G5 Sahel, est partisan d’une solution sous-régionale à la crise sécuritaire, laquelle tire en grande partie ses sources de la crise libyenne. 

Mme ELLENI HENOK AREGA (Éthiopie) a indiqué que son pays a mis en place une infrastructure juridique et institutionnelle pour garantir des droits aux réfugiés et améliorer leurs conditions, ainsi que celles des communautés qui les accueillent.  D’important progrès ont notamment été enregistrés pour garantir l’accès à l’éducation des réfugiés: avec le soutien des partenaires de l’Éthiopie et du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), 74% des enfants réfugiés sont inscrits à l’école primaire et 12% au secondaire, tandis que 3 600 réfugiés sont inscrits à l’université.

Cependant, alors que l’Éthiopie accueille actuellement près de 940 000 réfugiés, dont 65 000 sont arrivés en 2019, le plan de réponse de l’Éthiopie continue de souffrir de sous-financement.  Sur un budget de 346,5 millions de dollars américains pour 2019, seulement 37% sont actuellement financés, s’est-elle inquiétée.

L’Éthiopie fait aussi face à des défis concernant le retour volontaire et la réintégration, a poursuivi la représentante.  Elle a expliqué que l’absence d’un ensemble de mesures robustes pour la réintégration pose des difficultés, ce qui fait que les retournés se retrouvent souvent dans des situations difficiles et se voient obligés de migrer de nouveau.  Elle a appelé le HCR à étendre son appui à l’Éthiopie et à la région pour y appuyer les efforts de réintégration.  Elle a également insisté sur l’importance d’assurer leur financement adéquat. 

M. DAVID JOSEPH AKHIGBE (Nigéria) a exprimé sa gratitude au HCR pour le soutien continu qu’il accorde à son pays depuis la crise humanitaire consécutive aux activités de Boko Haram.  De même, il a fait part de la détermination de son gouvernement à œuvrer de concert avec toutes les parties prenantes pour apporter des solutions durables à la question des déplacements forcés. 

C’est pourquoi, son pays continue de travailler en étroite collaboration avec ses voisins pour s’attaquer aux causes profondes à l’origine des déplacements.  Au plan régional, le Nigéria a notamment œuvré pour faciliter un mécanisme robuste pour s’attaquer à l’insécurité et apporter la protection nécessaire à toutes les personnes déplacées.

M. OMAR RABI (Maroc) a relevé que le prérequis que constitue le recensement par le HCR n’est pas toujours respecté, alors même qu’il s’agit d’une obligation statutaire.  Il a expliqué que le recensement et l’enregistrement répondent à un double objectif: ce sont des outils qui permettent de protéger les droits des réfugiés mais aussi d’identifier et de quantifier leurs besoins.  Dans ce contexte, le seul véritable enregistrement est celui réalisé par le HCR, a martelé le délégué, ajoutant que l’établissement des chiffres concernant la population des camps de réfugiés ne peut se faire qu’en bonne et due forme.  À cet égard, il n’a relevé aucun progrès dans les camps du POLISARIO, et ce, depuis 44 ans.  Ces populations continuent de subir la politisation de leur situation, tandis que le HCR ne peut effectuer sa mission d’enregistrement, préalable indispensable au retour de ces personnes dans leur mère patrie, a déploré le Maroc.  Il a précisé que selon le HCR, le chiffre officiel de la population de ces camps s’élève toujours à 90 000 personnes. 

ÉLIMINATION DU RACISME, DE LA DISCRIMINATION RACIALE, DE LA XÉNOPHOBIE ET DE L’INTOLÉRANCE QUI Y EST ASSOCIÉE (A/74/18)

Élimination du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance qui y est associée (A/74/253)

Application intégrale et suivi de la Déclaration et du Programme d’action de Durban (A/74/274, A/74/312, A/74/321, A/74/173, A/74/308)

DROIT DES PEUPLES À L’AUTODÉTERMINATION (A/74/244, A/74/309)

Suite et fin du débat général

Mme LALA MEHDIYEVA (Azerbaïdjan) a tout d’abord rappelé que le Comité des droits de l’homme a confirmé que l’autodétermination ne concernait pas les minorités ou le droit de sécession, pour ensuite dénoncer « l’illégalité » de l’agression continuelle de son pays par l’Arménie.

À l’indépendance, la loi applicable attribuait clairement la région du Haut-Karabakh au territoire de l’Azerbaïdjan, a rappelé la représentante.  Elle a également rappelé les différentes résolutions du Conseil de sécurité qui condamnent l’usage de la force contre l’Azerbaïdjan, l’occupation de ses territoires, les attaques sur les civils et le bombardement de zones habitées.  Ces textes réaffirment également, a-t-elle ajouté, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, l’inviolabilité de ses frontières internationales et l’inadmissibilité de l’usage de la force pour l’acquisition de territoires.  Basé sur cela, a poursuivi Mme Mehdiyeva, l’illégalité du « régime ethniquement construit » établi par l’Arménie dans les territoires occupés d’Azerbaïdjan a été à maintes reprises déclarée.

Selon la représentante, les affirmations de l’Arménie concernant le statut d’État indépendant du Haut-Karabakh, résultant de la prétendue réalisation par ses habitants arméniens du droit à l’autodétermination, sont insoutenables au regard du droit international et sont donc nulles et non avenues.

M. MOHAMED ABDELRAHMAN MOHAMED MOUSSA (Égypte) a regretté qu’Israël refuse l’accès au Rapporteur spécial, y voyant une entrave au droit international qui fait du droit à l’autodétermination des peuples une règle prescriptible et inaliénable.  Alors que plus de 50 ans se sont écoulés depuis la création d’Israël et de l’occupation militaire la plus longue de notre histoire mondiale, on est en droit de se demander si le peuple palestinien est proche de l’autodétermination, a-t-il lancé. 

Il a relevé que cette occupation viole les droits des Palestiniens de manière systématique et représente une source d’instabilité pour la région.  Il a, par ailleurs, marqué sa préoccupation face à la montée du racisme, de la xénophobie et des discours de haine et d’intolérance qui visent en particulier les migrants.

M. ROBERT ALEXANDER POVEDA BRITO (Venezuela) a jugé honteux et inquiétant qu’augmentent, dans le monde entier, les manifestations racistes et discriminatoires.  Il a alerté que les discours xénophobes qui dominent dans de nombreux pays développés ne font qu’exacerber les souffrances des populations, notamment des groupes minoritaires.  Fustigeant par ailleurs la propagation de discours de haine par des pays ou des groupes puissants, il s’est élevé contre le sort réservé aux migrants qui fuient des conflits armés dont ils ne sont pas la cause et subissent des discriminations au sein de leurs communauté d’accueil.  Le Venezuela, a-t-il rappelé, a accueilli des centaines de milliers de réfugiés qui ont refait leur vie dans le pays.  Aujourd’hui, des millions de personnes venues de toute la région y sont abrités, sans jamais être victimes de xénophobie.  En revanche, a poursuivi le représentant, la population vénézuélienne est victime de mesures coercitives inacceptables.  Condamnant ces pratiques, il a jugé que ce n’est qu’au moyen du dialogue et de la coopération que la communauté internationale pourra traiter ces questions sensibles. 

Mme MAJDA MOUTCHOU (Maroc) a noté avec préoccupation une recrudescence du racisme et de la violence raciale, partout dans le monde, en particulier dans le contexte économique actuel, corroborée par la montée des idéologies politiques racistes et xénophobes.  Cela se manifeste notamment lors d’événements électoraux et sportifs, a-t-elle relevé.  Elle a déploré la faiblesse du cadre international actuel de prévention face à la persistance des actes discriminatoires et raciaux. 

Elle a par ailleurs indiqué que le Maroc est doté d’une forte et riche expérience dans le domaine de la migration, citant la politique volontariste de son pays qui a permis de régulariser 50 000 migrants ces dernières années dont 80% d’Africains.

Prenant à son tour la parole, M. OMAR RABI est revenu sur le principe de l’autodétermination, relevant que celui-ci a évolué, tant sur le plan juridique que dans la pratique.  L’indépendance, l’association libre ou encore l’intégration d’un État représentent, selon lui, trois modes d’autodétermination, un droit qui repose également sur le principe d’intégrité territoriale.  Le principe d’autodétermination a aussi été utilisé pour démocratiser les États, éviter la balkanisation et garantir la paix et la sécurité.  L’autonomie, a-t-il ajouté, permet dans plusieurs situations d’aller au-delà du statu quo, de cultiver la paix, de sortir de l’immobilisme et de favoriser la confiance et la réconciliation.

Mme ALEISAEI (Émirats arabes unis) a indiqué qu’en tant que « pôle de tolérance dans le monde », son pays célèbre en 2019 l’année de la tolérance.  Cette politique fondée sur le respect d’autrui a un impact positif sur toute la société des Émirats, a-t-elle affirmé, faisant état du lancement, le mois dernier, d’un projet unique en son genre destiné à favoriser le dialogue interreligieux et prévoyant la construction d’une église, d’une mosquée et d’une synagogue. 

Conformément à son engagement dans la lutte mondiale contre le racisme et l’intolérance, le pays a également adopté plusieurs cadres juridiques, dont une loi contre la discrimination.  Il a aussi nommé un ministre de la tolérance afin de promouvoir le pluralisme et l’acceptation des autres, a indiqué la représentante.  Elle a par ailleurs rappelé que, fait sans précédent sur la péninsule arabique, le pape François, chef de l’Église catholique, a visité le pays et y a célébré une messe à Abou Dhabi.  À cette occasion, les Émirats ont aussi accueilli une conférence mondiale de la fraternité, a-t-elle ajouté, réaffirmant la « tolérance zéro » de son gouvernement à l’égard de toutes les formes d’extrémisme et de terrorisme. 

M. RICARDO DE SOUZA MONTEIRO (Brésil) a déclaré qu’il était du devoir des États Membres d’appliquer pleinement la Déclaration et le Programme d’action de Durban.  La Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine est une excellente occasion d’agir rapidement, a-t-il estimé, exhortant les États Membres à obtenir des résultats dans ce sens.  Il a présenté les mesures prises par son pays pour lutter contre la discrimination, précisant que des données ventilées avaient révélé que les femmes d’ascendance africaine étaient plus susceptibles de dépendre de l’assistance publique et risquaient davantage d’être exposées à la violence.  Sur la base de ces données et de la cartographie, le Brésil a lancé un système social unifié et impartial. 

Droits de réponse

Exerçant son droit de réponse, l’Arménie a affirmé que la population du Nagorno-Karabakh a demandé à jouir de son droit à l’autodétermination, et a déploré que l’Azerbaïdjan ait répondu à ces aspirations par des pogroms et des massacres.  Elle a encouragé ce pays à déployer désormais des mesures de confiance « authentiques ». 

L’Azerbaïdjan a soutenu qu’il n’existe pas d’entité distincte que l’on pourrait appeler « population du Nagorno-Karabakh » et a accusé l’Arménie de mener une politique de terre brûlée dans ce « territoire appartenant à l’Azerbaïdjan », et de se livrer à des atteintes au droit international humanitaire.  Vouloir imposer l’autodétermination est dangereux et contraire à une approche responsable, a-t-il affirmé.

Reprenant la parole, l’Arménie a décrié les accusations infondées de l’Azerbaïdjan et a affirmé que des dizaines de milliers de personnes se trouvent en Arménie en raison de l’Azerbaïdjan qui a utilisé toutes ses ressources pour déplacer des populations. 

Le Nagorno-Karabakh est et restera partie intégrante de l’Azerbaïdjan, a martelé la délégation azerbaïdjanaise.  Le pays a accusé l’Arménie d’avoir eu recours à des activités terroristes et d’occuper le Nagorno-Karabakh en violation du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité, a-t-il ajouté.  Il a enfin déclaré que, contrairement aux affirmations de l’Arménie, l’objet du processus de paix en cours est d’assurer le retrait des forces d’occupation, le respect de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan et le retour des personnes déplacées dans leurs foyers. 

La Namibie a souligné que sa déclaration concernant le Sahara occidental était d’ordre factuel.  Elle a exhorté le Maroc, en tant que membre de l’Union africaine, à favoriser une solution mutuellement acceptable dans le cadre d’un règlement négocié qui favorise l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. 

Se déclarant confus devant cette attaque, le Maroc a appelé la Namibie à trouver une solution pour permettre l’autodétermination du peuple de la bande de Caprivi qui reste, a-t-il affirmé, la dernière colonie d’Afrique.  Si la Namibie est réellement préoccupée par le différend régional sur le Sahara marocain, elle devrait plutôt se focaliser sur le calvaire que vivent les populations dans les camps de Tindouf, a estimé le délégué marocain, qui a invité sa collègue de Namibie à lire attentivement le dernier rapport du Secrétaire général, publié il y a moins de trois semaines. 

« Très perplexe », la Namibie a reconnu ne pas comprendre la question évoquée par le Maroc, soulignant n’avoir fait que simplement présenter les faits.  Quant à la Caprivi, la représentante invite toute personne à venir dans la région du Zambèze, qui fait partie intégrante de la Namibie, et ce, conformément au droit international. 

Si la Namibie se permet d’aborder la question du Sahara, le Maroc abordera la situation du peuple de Caprivi, a rétorqué la délégation marocaine qui a saisi cette occasion pour lancer une invitation à se rendre au Sahara marocain pour constater le développement et les libertés dont jouissent les populations.  Elle a exhorté la Namibie à se préoccuper des près de 300 000 habitants de la bande de Caprivi dont les revendications légitimes continuent d’être ignorées.

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