Le Comité spécial du maintien de la paix achève un débat général marqué par les questions de la sécurité et de la performance des 100 000 Casques bleus

AG/PK/235
12 février 2019
Session de 2019, 260e & 261e séances plénières - matin & après-mi

Le Comité spécial du maintien de la paix achève un débat général marqué par les questions de la sécurité et de la performance des 100 000 Casques bleus

Le Comité spécial des opérations de maintien de la paix a achevé aujourd’hui le débat général qu’il a entamé hier, avant de poursuivre l’examen de la réforme du pilier « paix et sécurité » à huis clos.  Le Comité spécial devrait fermer ses portes le 8 mars prochain.

Nous ne voulons sûrement pas, a déclaré l’Éthiopie, poursuivre, année après année, des débats sans fin sur des questions marginales.  Elle a donc dit attendre des progrès dans la mise en œuvre des réformes structurelles essentielles pour rendre les opérations de maintien de la paix plus efficaces, plus prudentes, mieux harmonisées, bref, tout simplement à même d’accomplir leurs tâches.  Hier, les délégations, qui se réunissaient pour la première depuis la mise en place de la nouvelle architecture de la paix des Nations Unies et de ses trois départements phares, ont mis l’accent sur les moyens d’améliorer la sécurité et la performance des quelque 100 000 hommes et femmes déployés sous la bannière des Nations Unies dans les différentes zones de conflit.  Elles ont, dans ce contexte, salué l’initiative « Action pour le maintien de la paix », lancée en mars 2018 par le Secrétaire général et la « Déclaration d’engagements communs » qui a suivi et qui porte sur sept domaines clefs.  

Hier, la Thaïlande a estimé que le fossé entre ce qui est demandé aux opérations de maintien de la paix et ce qu’elles peuvent accomplir doit être comblé.  Les attentes doivent être réalistes, a renchéri la Turquie.  Aujourd’hui, l’Indonésie a prévenu que le succès des opérations dépendra de la volonté d’améliorer les mandats, « base logique » des indicateurs clefs de performance. Ces mandats ne peuvent donc pas être chargés comme des « sapins de Noël ».  Après les mandats nébuleux, difficiles à réaliser et décalés de la réalité, les délégations ont aussi critiqué les « restrictions d’emploi opérationnel » qu’imposent certains pays contributeurs de contingents.  De telles restrictions, a souligné hier le Mouvement des pays non alignés, ont un impact direct sur l’exécution des mandats et la faculté du commandant d’une force à déployer les troupes. 

La Zambie a voulu que les départements pertinents de l’ONU fassent en sorte que les pays contributeurs de troupes et de personnel de police ne répondent pas seulement aux exigences opérationnelles mais assument aussi complètement leurs tâches opérationnelles plutôt que d’enfermer leurs matériels dans des bases en attendant les équipes d’inspecteurs.  De nombreux pays ont donc salué l’initiative du Secrétaire général d’élaborer un cadre intégré de politique de performance fondé sur des paramètres communs et des normes claires pour tous les acteurs.  La performance c’est aussi la formation avant et pendant la mission, pour fournir aux soldats de la paix des connaissances actualisées, des normes professionnelles et éthiques élevées et des procédures opérationnelles communes, a fait valoir l’Italie qui abrite un centre d’excellence pour les unités de police de stabilisation à Vicence. 

Hier, la Chine s’est enorgueillie d’avoir formé 200 Casques bleus africains au cours de l’année écoulée.  Le Centre indonésien de maintien de la paix pourrait devenir une vitrine régionale d’excellence, a espéré l’Indonésie, en notant que ce site va abriter pas moins de 59 manifestations et formations d’envergure internationale cette année.  L’Organisation de la Francophonie (OIT) n’a été en reste avec ses initiatives pour renforcer le multilinguisme dans les opérations de maintien de la paix.  La question de leur empreinte écologique a été soulevée aujourd’hui par l’Italie, l’un des initiateurs du « Groupe des Amis leaders dans la gestion de l’environnement sur le terrain ».

SUITE DU DÉBAT GÉNÉRAL                                         

Mme AMAL MUDALLALI (Liban) a indiqué que son pays fait partie des 151 signataires de la Déclaration d’engagements communs et qu’il appuie donc l’initiative du Secrétaire général « Action pour le maintien de la paix ».  La représentante a insisté sur l’importance qu’il y a à ce que toutes les opérations de maintien de la paix adhèrent strictement aux buts et principes de la Charte dont le respect de l’égalité souveraine des États, de leur indépendance politique, de leur intégrité territoriale et de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures.  Après s’être félicitée des excellents rapports que son pays entretient avec la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) qui a fêté ses 40 ans, l’année dernière, la représentante a rappelé que le maintien de la paix n’est pas et ne doit pas être un substitut à une paix durable.  Les opérations ne doivent pas être « illimitées dans le temps », car les rendre permanentes, a-t-elle mis en garde, pourrait alimenter les conflits et faire obstacle à la recherche de solutions.  Les opérations, a poursuivi la représentante, doivent être complétées par les différentes méthodes mentionnées dans le Chapitre VI de la Charte sur le règlement pacifique des conflits.  Revenant au partenariat fructueux entre son pays et la FINUL, la représentante a souligné que les efforts de la Force, si précieux soient-ils, ne sauraient se substituer à une solution permanente qui mettrait fin à l’occupation du territoire libanais et instaurerait un cessez-le-feu permanent conforme à la résolution 1701 du Conseil de sécurité.  Les soldats de maintien de la paix font leur travail et consentent à des sacrificies pour remplir leur mandat mais ce qu’il faut, ce sont des efforts similaires sur le plan politique pour résoudre les conflits et « passer du maintien de la paix à une paix si juste et si viable qu’elle se pérennise toute seule ». 

Mme SARAH CHEMLA (Israël) a condamné d’emblée tous les actes de violence perpétrés contre les soldats de la paix.  Aujourd’hui, les Casques bleus sont confrontés à des défis sans précédent, y compris les menaces terroristes à l’extérieur et les cas de mauvaise conduite à l’intérieur.  Il est donc impératif de leur fournir une formation et des équipements adéquats.  La représentante a souligné la pertinence du « rapport Cruz », de la Déclaration d’engagements communs et du Plan d’action pour le maintien de la paix.  Formation, équipements modernes et bon leadership, c’est ce qu’il faut aux soldats de la paix pour réussir leur mission, a-t-elle poursuivi, en insistant particulièrement sur une formation avant et pendant une mission et identique pour tous les Casques bleus.  Israël, a-t-elle indiqué, apporte pour sa part un appui technologique aux opérations et collabore étroitement avec la Division des services médicaux des Nations Unies pour améliorer la qualité des soins médicaux sur le terrain, notamment grâce à une formation des formateurs.

La représentante s’est ensuite attardée sur les cas de mauvaise conduite qui nuisent à la réputation et à la légitimité des Nations Unies.  Trop de missions de la paix ont connu des cas de harcèlement et d’exploitation et atteintes sexuelles commis contre les populations locales.  La représentante a donc fermement appuyé la politique de tolérance zéro du Secrétaire général et s’agissant de la participation accrue des femmes aux opérations de maintien de la paix, elle a apporté un bémol: il faut d’abord leur assurer un environnement sécurisé.  Les femmes, a-t-elle souligné, doivent pouvoir participer, sur un pied d’égalité, à toutes les étapes d’une opération, de l’analyse à l’évaluation en passant par la planification et l’exécution.

Mme ANNA EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a appelé à la « modernité » s’agissant des opérations de maintien de la paix.  Elle a salué, à son tour « Action pour le maintien de la paix », insisté sur le respect des principes cardinaux du maintien de la paix et confirmé la primauté des approches politiques.  La représentante a encouragé le renforcement du partenariat tripartite entre le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de troupes et de personnel de police; la société civile pouvant y prendre part « accessoirement ».  La représentante, qui a rappelé que le Comité spécial est l’instance chargée de l’étude d’ensemble de tous les aspects des opérations de maintien de la paix, a estimé que la « Déclaration d’engagements communs » ne reflète pas exactement ce fait.  Elle a vu là une tentative « contre-productive » des autres organes de l’ONU, dont le Conseil de sécurité, d’empiéter sur les prérogatives du Comité spécial. 

Quant à la fonction « service de renseignements » des opérations, elle a estimé que toute collecte de données doit se faire avec le consentement du pays hôte, et que ces données doivent être conservées en toute sécurité.  La représentante a appelé le Comité spécial à la prudence et au respect de ses propres recommandations.  Les rapports, s’est-elle expliquée, doivent être rédigés dans un style « concis et précis », sans tenir compte des différents intérêts nationaux.  Elle est en effet revenue à l’allocution faite hier par l’Ukraine qui a évoqué l’idée d’une mission dans le Donbass.  La Fédération de Russie, a-t-elle rappelé, « avait déjà tué dans l’œuf une initiative similaire ».  Elle a aussi rappelé que les discussions sur une telle question relèvent des prérogatives du Conseil de sécurité dont son pays est membre permanent. 

M. KINLEY DHONDUP NAMDA (Bhoutan) s’est dit fier que les soldats de la paix de son pays montrent leur attachement aux normes les plus élevées d’intégrité, d’éthique et de professionnalisme.  En novembre dernier, le pays avait déjà réalisé l’objectif de l’ONU d’augmenter de 15% le nombre de femmes officiers dans son contingent et a désormais l’intention de faire en sorte que son unité de police constituée soit composée de 60% de femmes.  Sur le point de mettre en place son propre centre de formation des Casques bleus, le pays a réussi le test de formation des formateurs en décembre 2018 et soucieux de minimiser l’empreinte écologique sur le terrain, il est devenu membre du Groupe des Amis de la gestion de l’environnement sur le terrain.  Le représentant a conclu en saluant, une nouvelle fois, la réforme de l’architecture « paix et sécurité » et le lancement de l’initiative « Action pour le maintien de la paix ».  Le Bhoutan compte d’ailleurs parmi les 151 pays qui ont adhéré à la Déclaration d’engagements communs. 

Mme HMWAY HMWAY KHYNE (Myanmar) a jugé essentiel que le Comité spécial améliore le travail des opérations de maintien de la paix sans mettre en cause les fondamentaux que sont le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense.  La représentante a appuyé l’initiative « Action pour le maintien de la paix » et la Déclaration d’engagements communs à laquelle ont adhéré tous les membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).  Elle a appuyé la création des trois nouveaux départements au sein du Secrétariat de l’ONU et s’est félicitée du projet de partenariat triangulaire pour offrir des formations de prédéploiement aux Casques bleus.  Elle a aussi appuyé des partenariats plus soutenus entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales et une meilleure collaboration des opérations avec les acteurs humanitaires.  Elle n’a pas manqué de rappeler que son pays avait déjà déployé des troupes dans les opérations au Congo au début des années 60. 

M. MOEZZ LAOUANI (Tunisie) a déclaré que son pays entend renforcer sa participation aux opérations de l’ONU.  Ainsi, une unité d’aviation composée d’un avion C-130 et de 75 personnels est en cours de déploiement à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).  Cette unité s’ajoute aux 200 officiers de police, observateurs militaires et autres personnels tunisiens actuellement déployés dans six missions de l’ONU.  De plus, une compagnie de police militaire vient d’être élevée au niveau de déploiement rapide dans le système de préparation des moyens de maintien de la paix.  La Tunisie a également promis un bataillon d’infanterie qui est à la dernière étape du processus d’enregistrement au niveau de déploiement rapide. 

Nous ne voulons sûrement pas, a espéré M. TAYE ATSKE SELASSIE (Éthiopie), poursuivre, année après année, des débats sans fin sur des questions marginales.  Il a donc dit attendre des progrès sur la mise en place de mécanismes pratiques de mise en œuvre conformément aux recommandations faites dans différentes enceintes.  Le représentant a dit avoir vu des pas « petits mais encourageants ».  Mais il faut faire plus, a-t-il estimé, pour mettre en œuvre les réformes structurelles essentielles et rendre les opérations de maintien de la paix plus efficaces, plus prudentes, mieux harmonisées, bref, tout simplement à même d’accomplir leur tâche.  Le Comité spécial doit parvenir à un accord sur les éléments essentiels du projet relatif à l’amélioration de la sécurité des Casques bleus et identifier des recommandations pratiques, réalisables et efficaces pour réduire le nombre des victimes parmi les soldats de la paix.  Le Secrétariat devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour partager le fardeau avec les pays contributeurs de troupes et de personnel de police, a estimé le représentant.  Il a rappelé que samedi dernier, un hélicoptère de l’armée éthiopienne déployé dans le cadre à la Force intérimaire des Nations Unies à Abyei s’est écrasé.  Les trois membres d’équipage ont été tués et 10 soldats de la paix ont été blessés dont trois grièvement.  Les Casques bleus éthiopiens ont toujours payé le prix de leur participation aux opérations de l’ONU, s’est lamenté le représentant dont le pays est le plus grand contributeur d’hommes en uniforme et de femmes soldats dont une occupe une poste de direction, contrairement à son pays qui est très mal représenté à ce niveau. 

L’ONU ne peut s’attaquer seule aux défis du monde, a souligné le représentant qui a souligné l’importance de renforcer le partenariat stratégique entre les Nations Unies et les organisations sous-régionales et régionales, en particulier l’Union africaine.  Il a d’ailleurs reconnu que le Secrétaire général a bien compris les préoccupations des chefs d’État africains sur la nécessité d’obtenir un appui prévisible, viable, financièrement souple et logistique aux opérations menées par l’Union africaine avec l’autorisation du Conseil de sécurité.  Il a espéré que les recommandations du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix mèneront à la création de mécanismes concrets et à des options réalisables. 

Pour Mme YOLANNIE CERRATO (Honduras) a soutenu la réforme du pilier « paix et sécurité » au motif que les opérations de maintien de la paix doivent s’adapter aux nouvelles réalités et à la nature changeante des conflits.  Pour que les soldats de la paix puissent s’acquitter correctement de leurs mandats, il faut qu’ils aient des moyens financiers et opérationnels adéquats et un bon niveau de formation.  Le Honduras est fier de soutenir l’initiative « Action pour le maintien de la paix », « une initiative essentielle pour renforcer nos efforts collectifs », y compris pour la sécurité du personnel.  La représentante a également parlé de l’évaluation de la performance des opérations.  Elle a tout de même rappelé que la diplomatie préventive et le dialogue sont les meilleurs moyens de prévenir les conflits.

M. SAMSON SUNDAY ITEGBOJE (Nigéria) a indiqué que son pays a dûment adhéré à la Déclaration d’engagements communs.  Il s’est félicité du renforcement du partenariat stratégique entre les Nations Unies et l’Union africaine et de l’augmentation significative des contributions au « Fonds pour la paix » de l’UA pour la paix.  Le représentant a salué l’augmentation du nombre des femmes soldats dans les opérations de l’ONU, une mesure que le Nigéria a lui-même mis en œuvre.  Il a rappelé que son Président est l’un des champions de la lutte contre les abus et exploitation sexuels et a conclu sur l’importance qu’il y a à mettre pleinement en œuvre le « rapport Cruz ».

M. ERICK MWEWA (Zambie) a rappelé quelques chiffres: depuis la première mission de maintien de la paix des Nations Unies en 1948, 57 missions ont été clôturées dont 23 sur le continent africain, soit 40%, alors qu’à l’heure actuelle 8 des 14 missions se trouvent en Afrique, soit 60%.  Comment inverser cette tendance à la hausse? Les opérations de maintien de la paix, a répondu le représentant, ne devraient pas être une fin en soi car « il ne peut y avoir de maintien de la paix quand il n’y a pas de paix à maintenir ».  Il faut donc regarder au-delà et se concentrer sur les meilleures pratiques pour passer du « maintien de la paix à perpétuité » à la consolidation de la paix.  Cela suppose, s’est-il expliqué, de barrer l’accès des forces négatives aux flux illicites d’armes et de veiller au strict respect des traités signés dont celui sur le commerce des armes.  Le représentant a salué les recommandations du « rapport Cruz » mais, a-t-il ajouté, les Départements des opérations de paix et de l’appui opérationnel doivent aller plus loin et faire en sorte que les pays contributeurs de troupes et de personnel de police ne répondent pas seulement aux exigences opérationnelles mais assument aussi complètement leurs tâches opérationnelles plutôt que d’enfermer leurs matériels dans des bases en attendant les équipes d’inspecteurs.  C’est la seule façon d’exécuter les mandats, a martelé le représentant dont le pays a déployé des Casques bleus dans cinq opérations et atteint le seuil de 15% d’effectifs de femmes dans ses contingents. 

M. ABDOULAYE BARRO (Sénégal) a estimé qu’en tant que Comité, « nous devons veiller au bien-être et à la sécurité des soldats et des policiers, conformément au rapport Cruz et à son Plan d’action.  Il a estimé que l’initiative « Action pour le maintien de la paix » et la subséquente « Déclaration d’engagements communs » témoignent d’un engagement collectif en faveur de la revitalisation des efforts d’inclusivité et de performance des opérations.  Atteindre un tel objectif nécessite d’élaborer des mandats clairs, réalistes et réalisables, sur la base d’informations objectives, complètes, tenant compte des environnements opérationnels mais aussi d’une évaluation optimale des exigences, notamment en matière de ressources.  II est aussi essentiel de veiller à un engagement politique précoce des différentes parties prenantes aussi bien avant le déploiement que pendant toute la durée des missions, en vue d’un règlement politique des conflits.  Le représentant a donc appuyé la résolution 2378 (2017) du Conseil de sécurité qui donne une priorité aux mesures de prévention et de consolidation de la paix.

Tout aussi fondamentale est la question du financement des opérations, a-t-il poursuivi.  Il a réitéré l’importance stratégique des mécanismes de financement plus prévisibles, durables et flexibles des opérations de paix de l’Union africaine autorisées par le Conseil de sécurité.  Il a espéré que ce dernier fera preuve de volonté politique pour faire avancer ce dossier stratégique.  Le représentant a conclu en rappelant le rôle essential des composantes policières des opérations et en insistant sur le renforcement de leurs capacités mais aussi sur l’appui au développement des capacités locales.  Le représentant a aussi attiré l’attention sur le rôle capital de la composante « justice et correction » des missions.

Pour M. POPKHADZE (Géorgie) a estimé qu’en matière de maintien de la paix, il faut coordonner davantage les activités de toutes les entités concernées des Nations Unies.  Il a donc souscrit à l’initiative « Action pour le maintien de la paix » et à la Déclaration d’engagements communs, et s’est dit favorable à une démarche globale dans laquelle les trois piliers du travail de l’ONU à savoir la paix, le développement et les droits de l’homme sont pris en compte.  Dénonçant les attaques ciblées contre les Casques bleus, il a encouragé les États Membres à mettre en œuvre les recommandations du « rapport Cruz ».  Malgré ces grands défis sécuritaires liés à l’occupation de deux de ses régions, la Géorgie continue de participer aux opérations de l’Union européenne et des Nations Unies, notamment en Afghanistan, au Mali et en République centrafricaine.  La Géorgie elle-même, a souligné le représentant, est un cas à part.  Dix ans après l’arrêt « malheureux » de la Mission d’observation des Nations Unies (MONUG) à cause d’un droit de veto, rien n’est venu remplacer la présence internationale.  La Mission de l’Union européenne fait certes son travail mais elle n’a pas accès aux régions occupées et les efforts de la Géorgie pour obtenir le déploiement d’une présence « internationale indépendante, neutre et effective » sont restés vains, a déploré le représentant. 

M. VICTOR HASUDUNGAN SIMATUPANG (Indonésie) a estimé que l’amélioration du maintien de la paix dépendra de notre volonté d’améliorer les mandats et comme ces derniers sont une base logique pour établir des indicateurs clefs de performance, ils ne peuvent plus être chargés comme sapins de Noël.  Les mandats doivent être clairs, ciblés, réalistes et réalisables, et appuyés par des ressources adéquates.  L’une des façons d’assurer le succès d’une mission est d’améliorer la mise en œuvre des recommandations que fait le Secrétaire.  Les missions, a poursuivi le représentant, doivent être dotées des capacités nécessaires pour que les soldats de la paix puissent se protéger et protéger la population locale.  La formation est donc un bon moyen d’améliorer la sécurité des Casques bleus et l’ONU devrait s’inspirer des initiatives nationales et régionales.  En Asie du Sud-Est par exemple, les Ministres de la défense de l’ASEAN et les spécialistes vont prendre part à un exercice sur le maintien de la paix et l’action humanitaire antimines, au second semestre de cette année, dans le Centre indonésien de maintien de la paix de Sentul.  Ce Centre dont le pays entend faire une vitrine régionale d’excellence va abriter pas moins de 59 manifestations et formations d’envergure internationale cette année.  Enfin, l’Indonésie salue le fait que le Secrétaire général soit engagé dans l’élaboration d’un cadre intégré de politique de performance fondé sur des paramètres communs et des normes claires pour tous les acteurs.  Pour la délégation, la « culture de la performance » n’est pas possible sans une amélioration dans l’établissement des mandats. 

Pour M. JORGE ARTURO REYES HERNÁNDEZ (Venezuela), l’ONU doit faire de ses opérations des agents de la médiation et de la négociation avec les parties prenantes, en ne perdant jamais de vue que la solution politique est le centre de son action.  Les opérations doivent être déployées après une analyse de la situation sur le terrain et l’exécution de leur mandat exige que le Conseil de sécurité, les pays fournisseurs de contingents et les pays hôtes se concertent régulièrement.  Le représentant a insisté sur le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays hôtes et le respect de la souveraine nationale.  Il a aussi insisté sur les relations entre l’ONU et les organisations régionales et sous régionales.  Il faut, a-t-il estimé, des règles claires pour l’utilisation des technologies intelligentes, sachant que la protection des civils relève de la responsabilité première du pays hôte.  Les opérations ne sauraient se substituer à l’État et entreprendre d’imposer la paix, a conclu le représentant qui a rappelé que son pays a souscrit à l’initiative « Action pour le maintien de la paix ».

M. STEFANO STEFANILE (Italie) a souligné qu’en tant que premier contributeur des soldats de la paix du Groupe des États d’Europe occidentale et l’un des plus grands argentiers, l’Italie est particulièrement consciente des multiples défis auxquels les opérations sont confrontées aujourd’hui.  Elles doivent, a insisté le représentant, avoir des mandats bien définis et réalistes, prévoir une stratégie politique claire et être dotées de tous les moyens nécessaires pour bien accomplir leurs tâches.  De même, la formation avant et pendant une mission est essentielle, car elle fournit aux soldats de la paix des connaissances actualisées, des normes professionnelles et éthiques élevées et des procédures opérationnelles communes.  L’Italie a fait ses preuves dans la formation du personnel militaire et de police aux opérations de paix et est prête à apporter sa contribution.  Le délégué a mentionné le Centre d’excellence pour les unités de police de stabilisation de Vicence qui entretient déjà une coopération très productive avec les Nations Unies .  Il faut travailler ensemble, a poursuivi le représentant, pour accroître le nombre et le rôle des femmes sur le terrain et pour continuer à fournir aux opérations les meilleures troupes, des équipements de première qualité et les facilitateurs qu’il faut.  C’est le meilleur moyen d’améliorer les résultats des opérations, tout en assurant la protection des civils et la sécurité et la sûreté de nos soldats de la paix et de nos acteurs humanitaires, a souligné M. Stefanile.

Il a aussi plaidé pour une prise en compte croissante de l’impact environnemental des missions et rappelé qu’en février 2018, l’Italie et le Bangladesh ont lancé le « Groupe des Amis leaders dans la gestion de l’environnement sur le terrain » qui a pour objectif principal de soutenir la mise en œuvre de la Stratégie environnementale, publiée en 2016 par l’ancien Département de l’appui aux missions.  Le « Groupe des Amis » a joué un rôle déterminant dans l’intégration de cette question dans la Déclaration d’engagements communs d « Action pour le maintien de la paix ».  Il entend promouvoir une prise de conscience et des interactions plus fréquentes entre les États Membres, le Secrétariat et les missions sur le terrain.  Le représentant a invité le Comité spécial à inclure cette problématique environnementale dans ses rapports, surtout que, en demandant la réduction de l’impact des missions sur l’environnement, il pourrait favoriser une augmentation substantielle du nombre « des clients » de la Stratégie environnementale.  Faire progresser la mise en œuvre de la Stratégie est un programme « gagnant-gagnant » où les intérêts de toutes les parties concernées - pays hôtes et pays fournisseurs de contingents et de forces de police - ne peuvent que converger.

Mme NARJESS SAIDANE, Organisation internationale  de la Francophonie (OIF) ,a rappelé qu’il y a 15 ans, au moment où l’OIF a commencé à développer, à la demande de l’ONU, des actions dans le domaine des opérations de maintien de la paix, la problématique de la participation des pays francophones à ces opérations s’articulait autour de deux points fondamentaux à savoir la hausse significative du nombre de missions déployées dans des pays francophones, et, d’autre part, le niveau relativement faible des personnels francophones déployés dans ces missions.  Aujourd’hui, malgré des avancées substantielles, ce constat reste d’actualité, a estimé Mme Saidane, qui a rappelé que même si l’OIF n’est pas un acteur direct du maintien de la paix, elle s’est donnée comme priorité de renforcer la participation des francophones aux opérations, en développant des partenariats avec les grands acteurs du maintien de la paix, au premier rang desquels les Nations Unies.

C’est dans ce sens que la Secrétaire générale de la Francophonie a pris part à la réunion de haut niveau sur l’initiative « Action pour le maintien de la paix », tenue en septembre 2018.  L’OIF est l’une des premières organisations internationales à avoir formellement exprimé son soutien à la Déclaration d’engagements communs, qui reconnait explicitement le rôle des organisations internationales, au-delà des organisations régionales et sous-régionales, en appui à l’ONU dans le domaine du maintien de la paix.  Ce constat a amené la représentante à souligner que le rapport du Comité spécial gagnerait lui aussi à refléter la contribution significative des organisations internationales de même nature que l’OIF, afin d’encourager cette dynamique.

Exposant la vision francophone du maintien de la paix, elle a expliqué que les efforts de l’OIF se concentrent sur trois axes qui sont la contribution à l’émergence d’une vision stratégique qui rassemble les États francophones autour des principaux enjeux du maintien de la paix; l’amélioration, en nombre et en qualité, de la participation des pays francophones aux opérations de paix, à travers le soutien au développement de supports didactiques et aux programmes de formation en français destinés aux personnels militaires, policier et civils; et le renforcement du multilinguisme à travers l’usage du français dans les opérations de maintien de la paix.  La prise en compte effective du français dans le recrutement des personnels de maintien de la paix, en particulier dans les missions déployées dans des pays francophones, constitue une question déterminante pour l’acceptation des missions par les populations civiles, l’efficacité de l’action de la communauté internationale de façon globale, la sécurité des personnels et la performance des opérations de maintien de la paix.

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