Première Commission: l’état de la sécurité internationale exige une relance des travaux de la Conférence du désarmement, estiment les délégations

AG/DSI/3639
31 octobre 2019
Soixante-quatorzième session, 20e séance - après-midi

Première Commission: l’état de la sécurité internationale exige une relance des travaux de la Conférence du désarmement, estiment les délégations

La Première Commission (désarmement et sécurité internationale) a reconnu, cet après-midi, la nécessité que la Conférence du désarmement, « seule instance multilatérale chargée de la négociation de traités de désarmement à vocation universelle », comme l’a rappelé la France, reprenne dès l’an prochain ses travaux de fond.  La vingtaine de délégations qui ont pris la parole ont ainsi soutenu, à la suite du Président de la Conférence, M. Mushayavanhu, que l’état précaire de la sécurité internationale et les tensions entre les États exigent que la Conférence, dans l’impasse depuis plus de deux décennies, redevienne le principal instrument du mécanisme multilatéral des Nations Unies pour le désarmement. 

Par ailleurs, les délégations ont souligné l’importance d’une plus grande prise en compte de la perspective de genre dans le domaine du désarmement et du contrôle des armes et rendu hommage aux travaux de recherche de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR).

Pour que les travaux à Genève reprennent, les États doivent identifier les questions dont le traitement a atteint un point maximal de maturité et méritent à présent de faire l’objet de négociations, a affirmé le Président de la Conférence du désarmement.  Estimant que la décision de démarrer des négociations sur la base d’un programme de travail équilibré ne pouvait être reportée indéfiniment, M. Mushayavanhu a exhorté les membres de la Conférence à résoudre leurs différends pour s’engager de nouveau dans des négociations à même de « changer le cours du désarmement ». 

Le Président de la Conférence du désarmement s’est dit convaincu qu’avec la volonté politique requise, la Conférence peut être en mesure de négocier des traités pour éliminer et interdire les armes nucléaires, pour empêcher une course aux armements dans l’espace et pour interdire la production de matières fissiles pour produire des armes nucléaires. À l’image de la France, plusieurs délégations estiment par exemple que les discussions relatives à un instrument juridiquement contraignant sur les matières fissiles doivent désormais s’inscrire dans un processus de négociations. 

Nombre de délégations ont toutefois déploré, une fois encore, les blocages, notamment à la Conférence du désarmement.  Le représentant du Pakistan a ainsi rappelé que, depuis 1996, le mécanisme du désarmement de l’ONU n’avait pas été capable de produire un seul instrument juridiquement contraignant, ce qu’il a attribué à la concurrence des priorités entre différents États Membres.  Certains États s’opposent au début de négociations sur de nouveaux traités simplement parce que cela irait à l’encontre de leurs calculs stratégiques visant à perpétuer leur position avantageuse d’un point de vue militaire, alors que d’autres rejettent certains instruments qui, en raison de leur discrimination inhérente, affecteraient négativement et de manière disproportionnée leur sécurité, a-t-il accusé.

Plusieurs pays ont mis en garde contre la politisation des travaux de la Conférence et d’autres instruments clefs du mécanisme de désarmement, telle la Commission du désarmement.  La Chine a reproché à certains pays de se servir des plateformes de désarmement pour interférer dans les affaires intérieures d’autres pays, ce qui « accentue inutilement les divisions au sein de la communauté internationale ».  Il vaudrait mieux, a plaidé son représentant, adapter les mécanismes du désarmement multilatéral aux nouvelles réalités, en particulier celles liées à l’émergence des nouvelles technologies représentant un défi au développement social et à la sécurité internationale. 

L’Autriche et l’Australie, qui occuperont en 2020 des fonctions présidentielles à la Conférence du désarmement, ont annoncé leur intention de mettre l’accent sur la nécessité de moderniser les méthodes de travail de la Conférence et sur les conditions d’élargissement de sa composition.  Les délégations de ces pays ont également souligné combien le mécanisme de désarmement de l’ONU gagnerait à être plus inclusif pour bénéficier plus avant des contributions de la société civile, des chercheurs, de l’UNIDIR ou encore du Comité international de la Croix-Rouge.

D’autre part, les délégations ont attiré l’attention sur l’importance d’une prise en compte accrue de la perspective de genre dans le domaine du désarmement et du contrôle des armes.  Précisant que l’intégration aux travaux de la Première Commission de la perspective de genre avait pour objectif de renforcer la participation des femmes et des hommes dans tous les aspects du contrôle des armes, de la non-prolifération et du désarmement, la représentante de Trinité-et-Tobago, qui s’exprimait au nom d’un groupe de 79 États, a encouragé la conduite d’actions ciblées afin que les femmes et les hommes soient représentés de manière équitable dans les discussions et les processus des prises de décisions.  Notant en outre que les travaux de l’UNIDIR montrent que les femmes sont toujours sous-représentées dans les forums de désarmement, elle a exhorté les États à renforcer la féminisation de leurs équipes diplomatiques.

La Première Commission a rendu un hommage appuyé à l’UNIDIR, dont le Coordonnateur des recherches a fait valoir le rôle dans la rédaction des 40 actions recommandées par le Secrétaire général dans son Programme de désarmement, y compris l’élaboration d’instruments pour aider les États à assurer la gestion la plus sûre possible des munitions.  La France, qui fut à l’origine de la création de l’Institut, a salué des travaux « qui contribuent à la réflexion collective sur les grands enjeux du désarmement aujourd’hui, comme ceux sur la gouvernance des armes de destruction massive ».

La Commission poursuivra ses travaux demain, vendredi 1er novembre, à 15 heures.  Les délégations commenceront à se prononcer sur les 61 projets de résolution à son ordre du jour.

DÉBAT THÉMATIQUE SUR DES QUESTIONS PRÉCISES ET PRÉSENTATION ET EXAMEN DE TOUS LES PROJETS DE RÉSOLUTION ET DE DÉCISION PRÉSENTÉS AU TITRE DES POINTS 89 À 105 DE L’ORDRE DU JOUR

Déclarations

M. TAONGA MUSHAYAVANHU (Zimbabwe), Président de la Conférence du désarmement, a invité les délégations de la Première Commission à se pencher sur les documents de la Conférence attestant de la qualité des discussions qui ont eu lieu en 2019 sur les points figurant à son ordre du jour.  Ces documents, a-t-il ajouté, contiennent d’importantes propositions dont nous espérons qu’elles pourront servir concrètement à une reprise des travaux de fond de la Conférence du désarmement. 

M. Mushayavanhu a estimé que, pour que les travaux à Genève reprennent, les États devaient identifier les questions dont le traitement a atteint un point maximal de maturité et méritent à présent de faire l’objet de négociations.  La décision de démarrer des négociations sur la base d’un programme de travail équilibré ne peut être reportée indéfiniment, a-t-il lancé, exhortant les membres de la Conférence à résoudre leurs différences pour s’engager de nouveau dans des négociations à même de changer le cours du désarmement. 

Nous sommes convaincus, a insisté M. Mushayavanhu, qu’avec la volonté politique requise, la Conférence peut être en mesure de négocier des traités pour éliminer et interdire les armes nucléaires, empêcher une course aux armements dans l’espace et interdire la production de matières fissiles destinées à la fabrication d’armes nucléaires.  Pour que souffle un vent d’optimisme en 2020 à Genève, le Président a exhorté toutes les délégations à adopter par consensus le projet de résolution sur le rapport de la Conférence du désarmement.

M. STEFFEN KONGSTAD (Norvège), Président du Conseil consultatif du Secrétaire général sur les questions de désarmement, organe créé en 1978 par l’Assemblée générale pour conseiller le Secrétaire général sur les questions entrant dans le domaine de la limitation des armements et du désarmement, a indiqué, dans un message vidéo, que le Conseil avait organisé ses recommandations autour de sept catégories, en gardant à l’esprit que les civils ont huit fois plus de chance d’être tués que les combattants. 

Parmi ces recommandations, M. Kongstad a suggéré d’examiner comment le Secrétaire général pouvait produire un rapport sur l’utilisation des armes explosives dans des zones peuplées en s’attachant aux questions des normes, des politiques opérationnelles et des limites, afin de susciter des débats à l'Assemblée générale. 

Le Président du Conseil consultatif a, en outre, suggéré de faciliter l’échange de politiques et pratiques par le biais d’une approche systématique, cohérente et complète des données récoltées par les Nations Unies sur l’impact des armes explosives sur les civils.  De manière générale, le Conseil s’est inquiété des conséquences sur les civils de l’érosion de l’architecture de non-prolifération et de désarmement.  « Le Conseil a jugé urgent de réduire les risques que font peser les armes nucléaires », a aussi indiqué M. Kongstad, avant d’appeler tous les États dotés d’armes nucléaires à réduire les ambiguïtés stratégiques et opérationnelles. 

M. Kongstad a par ailleurs appelé à assurer l’autonomie et l’indépendance des recherches de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR).  C’est pourquoi il a souhaité un budget régulier pour l’UNIDIR en estimant que son financement actuel sur la base de ressources volontaires remettait en cause cette indépendance.  Il a salué les efforts de réformes de l’UNIDIR en soulignant la pertinence des trois nouveaux domaines d’intervention que sont le désarmement et la parité; le rôle des armes classiques pour prévenir la violence; et le renforcement du régime des armes de destruction de masse. 

M. JOHN BORRIE, Coordonnateur des recherches de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR), a présenté le programme de travail et de recherches de l’Institut restructuré autour de quatre programmes.  S’exprimant depuis Genève par visioconférence, M. Borrie a mis l’accent sur le rapport du Secrétaire général sur l’UNIDIR, publié à l’occasion du Trente-cinquième anniversaire de l’Institut en juillet 2018, premier rapport du genre. Il a également mis en avant le rôle de l’UNIDIR dans la rédaction des 40 actions recommandées par le Secrétaire général dans son Programme de  désarmement, lesquelles guident les travaux de l’Institut.  M. Borrie a cité l’élaboration d’instruments pratiques pour apporter un soutien aux États pour les aider à assurer une gestion sûre des munitions.  Il a annoncé la tenue d’un séminaire à Addis-Abeba, en coopération avec l’Union africaine, pour tirer les leçons des connaissances qui ont pu être accumulées jusqu’à présent. 

Alors que 2020 marquera le vingtième anniversaire de l’adoption de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité sur le rôle des femmes dans le domaine du maintien de la paix, M. Borrie a cité les efforts de l’UNIDIR pour promouvoir la participation des femmes dans tous les forums de désarmement.  Il a également mentionné une conférence organisée sur la cybersécurité à New York en 2019, dans le souci de faire face aux défis liés aux technologies émergentes et le souci d’avoir une meilleure compréhension des systèmes autonomes et des questions d’intelligence artificielle. 

L’UNIDIR a, en outre, publié une étude sur la vérification nucléaire en regardant la sécurité des matières fissiles. Il entend poursuivre ses efforts en matière de sécurité spatiale en coordonnant les différents dossiers concernant l’espace, a expliqué M. Borrie.  Il a, par ailleurs, annoncé la publication, en décembre, de six documents concernant six types d’armes de destruction massive et la tenue au printemps 2020 d’une conférence sur la sécurité spatiale. 

Mettant l’accent sur la gestion de l’administration de l’Institut et son financement en cette phase de restructuration, M. Borrie s’est félicité de l’augmentation des contributions de plus de 100 000 dollars et d’engagements pluriannuels. 

Mécanisme pour le désarmement (suite)

Déclarations

Mme PENNELOPE ALTHEA BECKLES (Trinité-et-Tobago), au nom d’un Groupe de 79 pays, a lu une déclaration sur le genre et le mécanisme de désarmement.  Elle a notamment noté que, depuis quelques années, les travaux de la Première Commission étaient marqués par une prise en compte accrue de la perspective de genre, l’élaboration de projets de résolution tenant compte de la manière dont les femmes, les hommes, les filles et les garçons sont affectés de façon particulière par les conflits armés et l’usage d’armes. 

Mme Beckles a fait observer que le genre était une question transversale qui avait une implication directe dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable, mais aussi de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité.  La représentante a également précisé que l’intégration aux travaux de la Première Commission de la perspective du genre avait pour objectif de renforcer la participation des femmes et des hommes dans tous les aspects du contrôle des armes, de la non-prolifération et du désarmement.  Elle a noté que les travaux de l’UNIDIR montraient que les femmes continuaient d’être sous-représentées dans les forums où sont discutées les questions relatives au contrôle des armes et de désarmement. 

La représentante a ainsi encouragé la conduite d’actions ciblées afin que les femmes et les hommes soient représentés de manière équitable dans les discussions et les processus de prise de décisions.  La diversité des points de vue ne peut qu’améliorer le fonctionnement du mécanisme de désarmement, c’est pourquoi nous exhortons les États à renforcer la féminisation de leurs équipes, a-t-elle encore dit, saluant le fait qu’actuellement des femmes occupent des positions éminentes dans tous les instruments importants du désarmement onusien.

M. MARTIN ERIC SIPHO NGUNDZE (Afrique du Sud) a déclaré qu’en dépit des défis persistants que pose la quasi-paralysie du mécanisme de désarmement, l’Afrique du Sud saluait les travaux utiles de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR).  La communauté internationale doit soutenir l’Institut, qui produit avec peu de moyens des publications scientifiques de très haut niveau, publications qui nourrissent nos délibérations en offrant des perspectives innovantes en matière de sécurité collective, a-t-il dit. 

Par ailleurs, le représentant a plaidé pour que le mécanisme onusien de désarmement prenne davantage en compte les questions de genre, afin d’affiner le traitement des questions de désarmement et de sécurité internationale.

M. JEHANZAIB KHAN (Pakistan) a rappelé que, depuis 1996, la « mécanisme » du désarmement de l’ONU n’avait pas été capable de produire un seul instrument juridiquement contraignant, ce que le représentant a attribué à la concurrence des priorités entre différents États Membres.  Certains États s’opposent au début de négociations sur de nouveaux traités simplement parce que cela irait à l’encontre de leurs calculs stratégiques visant à perpétuer leur position avantageuse d’un point de vue militaire, alors que d’autres rejettent certains instruments qui, en raison de leur discrimination inhérente, affecteraient négativement et de manière disproportionnée leur sécurité, a-t-il estimé.

L’interaction de ces facteurs a conduit à l’impasse actuelle de mécanisme du désarmement et le Pakistan partage la déception et la frustration ressenties par de nombreux États Membres par rapport à cette situation, a affirmé M. Khan. Toutefois, condamner purement et simplement ce mécanisme du désarmement et trouver des voies pour la contourner ne revient qu’à traiter les symptômes du problème sans pour autant s’attaquer à ses causes profondes, a-t-il estimé. 

Pour le Pakistan, la situation actuelle est le fruit des réalités stratégiques dans le monde et est marquée par un manque de volonté politique.  Cette situation n’a donc, pour le représentant, rien à voir avec les procédures ou les méthodes de travail.  Le fait est, qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de consensus sur le démarrage de négociations sur toutes les questions à l’ordre du jour de la Conférence du désarmement.  En outre, a ajouté le représentant, les défis que connaît la machine du désarmement ne sont pas exclusifs à la Conférence du désarmement.  La Première Commission et la Commission du désarmement connaissent une polarisation similaire et un manque de consensus permettant de répondre aux questions les plus urgentes, a-t-il regretté. 

Dès lors, le vrai défi, de l’avis du Pakistan, est de savoir comment gérer les dynamiques politiques et les développements en dehors des salles de réunion de l’ONU.  Tant que des conceptions hégémoniques, sur le plan régional ou mondial, prévaudront sur la recherche de l’égalité de sécurité, de réels progrès ne seront pas possibles, a estimé M. Khan.  Un révisionnisme discriminatoire du nouvel ordre nucléaire mondial, l’exercice des politiques de « deux poids, deux mesures » et les dérogations et exceptions motivées par des considérations stratégiques et économiques continueront de faire obstacle à tout progrès.  Il faut revenir à une approche fondée sur le consensus, coopérative et non discriminatoire pour réaliser l’égalité de sécurité, a conclu le représentant.

Mme SUSANNE HAMMER (Autriche) a annoncé que son pays, qui présidera avec d’autres pays la Conférence du désarmement en 2020, s’efforcera de sortir de l’impasse en invitant les États à avoir un dialogue constructif et positif.  Elle a déjà annoncé son intention de mettre l’accent sur la nécessité de moderniser les méthodes de travail de la Conférence et d’élargir sa composition.  La représentante s’est réjouie des encouragements prodigués aux futurs présidents de la Conférence par le Bureau des affaires de désarmement et le Secrétaire général.

Mme Hammer a également mis en avant les contributions au mécanisme de désarmement de l’ONU de la société civile, des chercheurs, de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement, du Comité international de la Croix-Rouge et des autres organisations internationales impliquées dans le désarmement.

M. JOHN DEVLIN (Irlande) a déclaré que son pays restait préoccupé par l’impasse dans laquelle se trouve la Conférence du désarmement et estimé que les États devraient faire preuve de la souplesse nécessaire et de volonté politique pour réaliser d’authentiques progrès.  Il s’est dit « profondément déçu » face à l’incapacité de la Commission du désarmement de tenir sa session de fond cette année. 

Le représentant s’est aussi alarmé des problèmes de financement qui ont entraîné le raccourcissement ou l’annulation de rencontres sur le désarmement. Il a appelé les États à verser leurs contributions en temps et en heure.  En conclusion, l’Irlande réaffirme son engagement pour une participation accrue des jeunes et des femmes au sein des mécanismes multilatéraux de désarmement. 

Mme LAHYA ITEDHIMBWA SHIKONGO (Namibie) a souligné que le Programme de désarmement du Secrétaire général des Nations Unies reconnaissait l’apport de la prise en compte des questions de genre et du rôle des femmes dans le traitement des questions relatives au contrôle des armes, au désarmement et à la non-prolifération.  La Namibie croit fermement en la nécessité de promouvoir le rôle clef que peuvent tenir les femmes, les hommes, les filles et les garçons ordinaires, y compris celles et ceux affectés par les conflits armés, dans le domaine du désarmement et du combat contre la prolifération des armes légères et de petit calibre, a-t-elle ajouté. 

M. MARTIN KLUCAR (République tchèque) a regretté que la Conférence du désarmement n’ait pas pu démarrer en 2019 les négociations sur un traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d’armes nucléaires, cela en raison de l’incapacité des États Membres de se mettre d’accord sur un programme de travail.  Il a toutefois souhaité que les discussions tenues cette année à Genève servent de base commune à la reprise des travaux de fond de la Conférence en 2020.  Il a, en outre, demandé aux membres de la Conférence d’accorder une plus grande importance à la question de l’élargissement de sa composition.  Nous sommes convaincus qu’une Conférence du désarmement élargie serait plus transparente et inclusive, a-t-il indiqué.

Mme LIM A YOUN (République de Corée) s’est inquiétée que la Première Commission n’ait pu adopter cette année son programme de travail dans son ensemble.  Elle a noté avec regret que la Commission du désarmement, seul organe de désarmement à composition universelle chargée de faire des recommandations à l’Assemblée générale n’avait pu tenir sa session en avril 2019.  La représentante a enfin déploré que la Conférence du désarmement, seule instance multilatérale de négociations sur le désarmement, soit paralysée depuis deux décennies, sans être parvenue au moindre consensus sur la négociation d’un mandat. 

Mme Lim a salué le rôle de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) en matière de recherches et d’expertises.  La République de Corée a proposé une nouvelle résolution sur la jeunesse afin de permettre d’obtenir des initiatives permettant aux jeunes de s’engager davantage dans les efforts de désarmement, a-t-elle fait observer en conclusion.

M. YANN HWANG (France) a souligné que la règle du consensus devait être respectée, la France étant vivement préoccupée par la tendance croissante à la polarisation des débats sur le désarmement nucléaire.  Il a rappelé que le mécanisme de désarmement issu de la session extraordinaire consacrée au désarmement de 1978 fournit un cadre solide, indispensable au progrès sur la voie du désarmement, et que la France demeure attachée à la Conférence du désarmement, « seule instance multilatérale chargée de la négociation de traités de désarmement à vocation universelle ».  Le représentant a estimé judicieux de reconduire les organes subsidiaires en place à la Conférence, afin qu’y puissent être approfondis les échanges sur les points à l’ordre du jour, notamment le futur traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d’armes et autres dispositifs explosifs nucléaires. 

D’autre part, M. Hwang s’est dit très préoccupé par les graves problèmes de financement que connaissent les conventions sur le désarmement depuis des années, la France regrettant par ailleurs que le multilinguisme soit menacé par cette situation financière instable.  Enfin, il a salué les travaux de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) qui contribuent, a-t-il dit, à la réflexion collective sur les grands enjeux du désarmement aujourd’hui, comme ceux sur la gouvernance des armes de destruction massive.

M. NAZIM KHALDI (Algérie) a estimé que le mécanisme multilatéral pour le désarmement, composé de la Conférence du désarmement, de la Commission du désarmement et de la Première Commission, faisait face à la « pire situation de vulnérabilité qu’il n’ait jamais connue ».  Selon l’Algérie, « et beaucoup d’autres », a ajouté le représentant, la raison principale de l’impasse actuelle dans laquelle se trouve la Conférence du désarmement est liée non pas à son mode de fonctionnement mais à un manque de volonté politique. Cette situation intolérable, qui prévaut depuis deux décennies a des effets particulièrement néfastes sur les États non dotés d’armes nucléaires, a-t-il dénoncé.  Le représentant a appelé « tous les États membres à se mettre d’accord aussi vite que possible sur un programme de travail », et souhaité que la présidence algérienne de la Conférence, au début de 2020, permettra, grâce à leurs efforts conjoints, de faire des progrès.

M. Khaldi a estimé que la Commission du désarmement était, elle aussi « en danger ».  Il a exprimé les « graves inquiétudes » de son pays quant à l’incapacité de la Commission de tenir sa session de fond de 2019 et a souhaité qu’en évitant la « politisation de son travail », elle pourrait le faire de nouveau en 2020. Il a aussi dit craindre que « l’absence grandissante de confiance et de consensus » entre les États n’affecte les travaux de la Première Commission.

Pour M. ROBBERT GABRIËLSE (Pays-Bas), le mécanisme du désarmement est une composante essentielle du système multilatéral.  Les Pays-Bas sont de fervents défenseurs d’un multilatéralisme efficace parce qu’il offre la meilleure garantie pour la sécurité, la paix et le développement durable, a-t-il affirmé.  Cela suppose un mécanisme du désarmement qui tienne compte des défis actuels, et les Pays-Bas regrettent donc que ni la Commission du désarmement ni la Conférence du désarmement n’aient été en mesure de poursuivre leur travail de fond cette année.  Les Pays-Bas exhortent toutes les délégations à se reconcentrer sur l’essentiel de l’ordre du jour du désarmement pendant la session à venir.  Revitaliser le mécanisme de désarmement et s’assurer qu’il réponde aux exigences actuelles fait partie des responsabilités collectives des États Membres de l’ONU, a affirmé le représentant, avant de rappeler que son pays avait soumis un document de travail intitulé « retour aux sources le programme de travail » à la Conférence du désarmement.

Le représentant a également assuré du soutien de sa délégation au Programme de désarmement du Secrétaire général et a annoncé vouloir soutenir les actions liées au cyberespace, à la gestion des conflits et aux engins explosifs improvisés.

Pour les Pays-Bas, il est impératif d’assurer la pleine mise en œuvre et de se conformer strictement aux régimes existants dans le domaine du désarmement. Dans ce domaine, « les actions parlent plus fort que les mots », a fait valoir M. Gabriëlse.  Préoccupé par les difficultés financières et institutionnelles que connaissent certaines parties du mécanisme de désarmement, le représentant a appelé toutes les délégations à s’acquitter en temps et en heure de leurs pleines contributions et a plaidé en faveur de conséquences en cas de non-paiement.

M. WU JIANJIAN (Chine) a estimé que, compte tenu du panorama international actuel en matière de sécurité, qu’il a qualifié de complexe et préoccupant, les États Membres avaient le devoir de renforcer les mécanismes multilatéraux du désarmement.  Pour la Chine, l’adoption d’instruments de contrôle des armes aussi importants que la Convention sur l’interdiction des armes chimiques ou le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) témoigne de l’efficacité et de la viabilité de ces mécanismes.  Les instruments internationaux de désarmement et de contrôle des armements doivent être revitalisés, au lieu d’être remplacés par de nouvelles mesures ou d’être l’objet d’une politisation accrue. 

Sur ce dernier point, le représentant a reproché à certains pays de se servir des plateformes de désarmement pour interférer dans les affaires intérieures d’autres pays, accentuant inutilement les divisions au sein de la communauté internationale.  Il a également souligné l’importance d’adapter les mécanismes du désarmement multilatéral aux nouvelles réalités, en particulier celles liées à l’émergence des nouvelles technologies, qui constituent des défis à la sécurité internationale. 

M. HEIDAR ALI BALOUJI (République islamique d’Iran) a estimé que l’incapacité de la Conférence du désarmement de mener depuis 20 ans des travaux de fond était le fruit d’un manque de volonté politique évident.  Pour le représentant, les votes négatifs fréquents des États-Unis depuis des années illustrent ce manque de volonté.  Non seulement les États-Unis n’ont pas l’intention de commencer de nouvelles négociations sur le désarmement et le contrôle des armes, mais en plus ils se sont retirés de plusieurs instruments internationaux, a ainsi accusé M. Balouji.

Pour le représentant, un autre exemple de ce manque de volonté politique tient à Israël, qui a rappelé que, chaque année, la Première Commission adoptait des résolutions appelant à la création d’une Zone exempte d'armes nucléaires au Moyen-Orient et à l’adhésion d’Israël au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), sans que suite y soit donnée. Il a exhorté le mécanisme de désarmement à s’assurer que ces résolutions sont mises en œuvre.  Enfin, pour le représentant, le rapport des États-Unis sur l’adhésion et le respect du contrôle des armes, la non-prolifération et les accords de désarmement montre que ce pays ne respecte pas l’autorité de l’Agence internationale de l'énergie atomique et de l’Organisation pour l'interdiction des armes chimiques.  

M. ANDREY BELOUSSOV (Fédération de Russie) a appelé les États à soutenir le projet de résolution sur le Renforcement et développement du système de traités et d’accords sur la maîtrise des armements, le désarmement et la non-prolifération, dont la Russie est coauteur et qui vise, a expliqué le représentant, à regrouper la communauté internationale autour de l’architecture du désarmement, de la non-prolifération et du contrôle des armements.  M. Beloussov a salué la nomination d’une Russe au poste de Secrétaire générale de la Conférence du désarmement.  Il a, en revanche, regretté la tendance de certains pays à politiser les discussions en essayant de faire pression sur des États.  Il a particulièrement dénoncé le refus des États-Unis d’accorder des visas à des experts du désarmement pour leur permettre de se rendre à la présente session de la Première Commission.  Compte tenu des embarras faits à la délégation russe en matière de délivrance de visa, il a suggéré un projet de décision proposant de tenir la prochaine session de la Première Commission à Genève ou à Vienne l’an prochain.

M. IGNACIO SÁNCHEZ DE LERÍN (Espagne) a estimé que la Première Commission était une véritable chance pour discuter en commun des questions de paix et de sécurité internationales importantes où s’expriment des sensibilités différentes.  Pour que nos réponses soient à la hauteur, les États doivent faire preuve de volonté politique et d’innovation en tenant compte, en ce sens, des points de vue des chercheurs et de la société civile ainsi que de la perspective du genre, a-t-il ajouté.

M. MEMET MEVLÜT YAKUT (Turquie) a estimé que la paralysie de la Conférence du désarmement ne résultait pas de problèmes liés au fonctionnement ou aux modalités de composition de cette enceinte.  La Conférence est dotée du mandat et des règles de fonctionnements et de composition qui lui ont permis, dans le passé, de négocier d’importants traités multilatéraux et d’œuvrer efficacement en faveur du désarmement et de la sécurité internationale, a-t-il ajouté.  Il a estimé que les États Membres devaient faire preuve de volonté politique pour sortir la Conférence de l’impasse et relancer les travaux de la Commission du désarmement, dont il a rappelé l’importance du mandat, à savoir fournir des recommandations précises à l’Assemblée générale.

Mme VANESSA WOOD (Australie) est revenue sur la situation à la Conférence du désarmement à Genève, en soulignant qu’en dépit de l’absence d’accord sur un programme de travail, les délégués y tenaient des discussions importantes sur le maintien de la sécurité dans l’espace, la transparence et la dissuasion nucléaire, les moyens pour progresser dans le traitement de la question des matières fissiles ou encore en matière de désarmement nucléaire.

À propos des méthodes de travail de la Conférence elle-même, la représentante a indiqué que les membres de cet instrument examinaient les voies possibles pour sortir de l’impasse, notamment en s’interrogeant sur ce que doit être son programme de travail ainsi que sur les règles et procédures et les moyens pratiques d’avancer.  L’Australie, qui présidera une équipe de direction de la Conférence du désarmement l’an prochain, s’efforcera, avec ses partenaires de l’Algérie, de l’Argentine, de l’Autriche, du Bangladesh et du Bélarus, de faciliter la reprise des travaux de fond de la Conférence.  Sortir de l’impasse dépendra du niveau de coopération entre tous les membres de la Conférence du désarmement, a souligné Mme Wood.

Pour M. HIROKI MATSUI (Japon), l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) devient de plus en plus important en tant qu’institution autonome.  Le représentant a dit apprécier les contributions significatives de l’UNIDIR sur des sujets aussi variés que la réduction des risques nucléaires, les systèmes d'armes létaux autonomes ou encore la cybersécurité. Il a encouragé l’Institut à promouvoir des dialogues interactifs significatifs dans les différents forums multilatéraux de désarmement et de contrôle des armements.  Pour sa part, le Japon cherche à promouvoir la coopération avec l’UNIDIR. 

La coopération régionale est également impérative dans ces domaines, a poursuivi le représentant.  C’est la raison pour laquelle les centres régionaux des Nations Unies pour la paix et le désarmement peuvent jouer un rôle important dans l’amélioration des capacités de désarmement et des institutions de non-prolifération de leur région. A-t-il estimé.  Dans ce cadre, le Japon va allouer un demi-million de dollars au Centre des Nations Unies pour la paix et le désarmement de Lomé, au Togo, pour financer un projet sur les armes légères et de petit calibre, a annoncé le représentant.

S’agissant de la Conférence du désarmement, M. Matsui a estimé qu’il s’agit d’un forum multilatéral unique pour le désarmement mais, a-t-il noté, la Conférence a été incapable de tomber d’accord sur son programme de travail cette année encore.  À la lumière de cette réalité et de la détérioration de la situation sécuritaire internationale, le représentant a estimé qu’il était néanmoins important de tenir des discussions substantielles sur certaines questions spécifiques liées au désarmement à savoir le désarmement nucléaire; les matériaux fissiles; la prévention d’une course aux armements dans l’espace; et les assurances négatives de sécurité.  Le Japon encourage les États Membres à continuer leurs discussions sur ces dossiers. 

En vue de sortir de l’impasse actuelle de la Conférence du désarmement en 2020, le Japon appelle à la coopération et à une coordination robuste entre les présidents de Conférence.  L’Algérie assumant la présidence en premier en 2020, le représentant l’a encouragée à jouer un rôle proactif et à prendre des mesures concrètes et collectives en organisant des consultations officieuses avec toutes les parties prenantes pertinentes tout en renforçant la coordination entre les six présidents à venir en 2020.

M. AMIR HAMZAH BIN MOHD NASIR (Malaisie) a plaidé pour l’élargissement de la composition de la Conférence du désarmement afin de la rendre plus inclusive et a déploré que la Commission du désarmement, le seul organe délibératif spécialisé du mécanisme de désarmement, n’ait pas pu tenir de session de fond en 2019.  Il a, en revanche, salué les travaux des centres régionaux pour la paix et le désarmement, demandant aux États de mieux les soutenir, y compris le centre de Katmandou pour la région Asie-Pacifique, en soulignant le rôle qu’ils jouent dans la promotion du désarmement et de la non-prolifération et, partant, dans le maintien de la paix de la paix et de la sécurité aux plans national, sous-régional et régional.

M. JOSÉ ATAÍDE AMARAL (Portugal) s’est inquiété de l’érosion du mécanisme de désarmement qui affecte désormais les trois forums que sont la Première Commission, la Commission du désarmement et la Conférence du désarmement.  Nous sommes témoins d’une polarisation croissante de cette commission, a regretté le représentant, avant de relever les problèmes rencontrés pour adopter le programme de travail.  Il a aussi noté avec regret que la Commission du désarmement n’avait pu tenir sa session de fond de 2019 et a appelé à surmonter les divergences pour permettre à cet organe de remplir son mandat.      

Par ailleurs, M. Ataíde Amaral a noté que la Conférence du désarmement était paralysée depuis deux décennies, sans être parvenue au moindre consensus sur la négociation d’un mandat.  Il a estimé que garantir une meilleure représentativité de la Conférence pourrait contribuer à la revitaliser et a rappelé que tous les États contribuaient au financement de la Conférence, qu’ils en soient membres ou non.  C’est pourquoi il a appelé à la nomination d’un coordonnateur spécial pour poursuivre des consultations sur cette question. 

M. ANDRES FIALLO (Équateur) a estimé que c’est en raison d’une absence de volonté politique que le mécanisme de désarmement ne fonctionnait pas.  Il a jugé urgent que les délégations se penchent prioritairement sur le désarmement nucléaire en mettant l’accent sur la mise en œuvre du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires.  Nous devons multiplier le nombre de résolutions parfois sur le même sujet, a-t-il aussi reconnu, tout en concluant que le vrai problème tenait à la multiplication des attaques contre le multilatéralisme et non au fonctionnement du mécanisme de désarmement. 

M. ABDULLAH HALLAK (République arabe syrienne) a noté que les dernières années avaient montré sans nul doute possible que l’impasse dans lequel se trouve le mécanisme du désarmement, en premier lieu la Conférence du désarmement, était due au manque de volonté politique de certains États et au comportement des États-Unis en particulier.  Ceux-ci politisent les travaux de la Conférence du désarmement, empêchant celle-ci d’apporter une contribution vitale à la paix et à la sécurité internationales, a-t-il affirmé, ajoutant qu’en prenant en otage la Conférence, les États-Unis l’entraînaient dans des débats sans fin n’ayant plus rien à voir avec ses missions.

Droit de réponse

Le représentant de la République arabe syrienne a déclaré que l’occupation illégale de territoires par Israël était un terrible fardeau pour les Nations Unies.  Il a rappelé que des milliers de témoins internationaux avaient attesté des mauvaises pratiques israéliennes.  Il a ajouté que M. Folke Bernadotte, le diplomate suédois médiateur du conflit israélo-arabe, avait été assassiné en 1948 par des Israéliens et que plusieurs premiers ministres de ce pays avaient auparavant été des terroristes et des assassins.

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