Assemblée générale: À la veille des 75 ans de l’ONU, la coopération multilatérale demeure une méthode « acceptable et fiable » pour gérer les relations entre États

AG/12199
30 septembre 2019
Soixante-quatorzième session, 13e séance plénière - matin

Assemblée générale: À la veille des 75 ans de l’ONU, la coopération multilatérale demeure une méthode « acceptable et fiable » pour gérer les relations entre États

Loin d’être un principe démodé, la coopération multilatérale demeure une méthode « acceptable et fiable » pour gérer les relations entre nations.  C’est ce qu’a retenu le Président de l’Assemblée générale des discours prononcés, entre le 24 septembre et aujourd’hui, par plus d’une centaine de Chefs d’État et de Gouvernement, sur un total de 192 orateurs, sur le thème « Dynamiser les efforts faits au niveau multilatéral en faveur de l’élimination de la pauvreté, d’une éducation de qualité, de l’action climatique et de l’inclusion ».

Après six jours de débat général et 630 manifestations parallèles, M. Tijjani Muhammad-Bande a espéré que l’enthousiasme exprimé par chaque intervenant s’avèrera précieux au moment où l’on s’achemine vers le soixante-quinzième anniversaire de l’ONU.  Il est parfaitement légitime, a-t-il concédé, de se poser des questions sur l’essence, voire la nécessité, du multilatéralisme et c’est précisément ce qu’avait fait, au premier jour du débat général, le Président américain.  Dans une diatribe sans merci contre « les mondialistes » et toutes les forces qui entendent exercer « un contrôle » sur la souveraineté des peuples, M. Donald Trump avait martelé: « L’avenir n’appartient pas aux mondialistes, il appartient aux patriotes, aux nations souveraines, indépendantes et qui protègent leurs citoyens et respectent leurs voisins. »

L’érosion du multilatéralisme, tant décriée, avait renchéri, quelques jours plus tard, le Ministre des affaires étrangères des Philippines, est d’abord et avant tout imputable aux tentatives d’usurper les prérogatives d’États souverains.  Les Nations Unies, avait-t-il asséné, sont une collectivité de souverainetés et pas une collectivité souveraine.  « Je crois dans le patriotisme » qui est « l’amour de la patrie et de l’universel », avait alors confessé le Président de la France, mais en prévenant qu’« aucune solution n’existe dans le repli ».  Bien au contraire, il faut réinventer un « multilatéralisme fort ».

Nous sommes ici pour servir, avait rappelé le Secrétaire général de l’ONU, en ouvrant le débat général.  Nous sommes ici pour promouvoir l’intérêt commun dans le respect de notre humanité et nos valeurs communes.  C’est la vision des fondateurs de l’ONU et, en ces temps de divisions, nous devons invoquer cet esprit.  Rétablissons la confiance et l’espoir et avançons ensemble, avait encouragé le Secrétaire général.

Dans un monde extrêmement polarisé, a embrayé aujourd’hui le Président de l’Assemblée générale, le multilatéralisme est la seule garantie de la paix, de la sécurité et du développement durable dont le Sommet, s’est-il une nouvelle fois félicité, a été couronné par l’adoption d’une Déclaration politique intitulée « Préparatifs pour une décennie d’action et de réalisations en faveur du développement durable ».

La semaine, a rappelé le Président, avait commencé avec des annonces sur l’action climatique.  Il a particulièrement salué cette jeunesse qui, après avoir investi les rues du monde, est venue ici s’emparer des rênes du Sommet Action Climat 2019.  La jeune militante suédoise Greta Thunberg, dont le Premier Ministre tchèque avait critiqué la théâtralité « hystérique », « agressive » et « contre-productive », a quitté les lieux, auréolée de l’admiration de presque tous.  « Contrairement aux adultes, les jeunes comprennent les risques qu’encourt notre planète », avait commenté la Première Ministre de la Barbade, pour qui l’implication de la jeunesse dans la bataille contre les changements climatiques veut dire que « la victoire est à portée de main ». 

Quid des fonds nécessaires?  Le Dialogue de haut niveau sur le financement du développement, a répondu, aujourd’hui, le Président de l’Assemblée générale, a mis l’accent sur les engagements pris en 2015, dont celui de mobiliser une somme additionnelle de 2 400 milliards de dollars mais d’inverser la tendance aux flux financiers illicites qui siphonnent l’économie mondiale de quelque 2 600 milliards de dollars par an.  Pour l’Afrique, c’est 100 milliards de dollars qui échappent chaque année aux caisses de l’État, s’était alors emporté le Président du Sénégal, M. Macky Sall.

Le système financier international, a reconnu le Président, doit répondre aux besoins des États, tout en les protégeant contre des engagements intenables et un endettement tout aussi insupportable.  Il s’est réjoui que ces questions aient été au cœur de la Réunion de haut niveau sur l’examen à mi-parcours les « Orientations de Samoa » concernant des petits États insulaires en développement aux prises avec des catastrophes naturelles qui ont causé, comme à la Dominique, des pertes estimées à 226% du PNB.

Il est de plus en plus évident, avait commenté, lors du débat du général, le Premier Ministre de Sainte-Lucie, que l’architecture financière internationale est beaucoup trop lente pour s’attaquer à la « nouvelle norme » des petits États insulaires.  L’incapacité, voire la réticence, à changer le statu quo des pays sortis de la catégorie des pays les moins avancés (PMA) et interdits, en conséquence, d’accès aux prêts concessionnels est simplement « intolérable ».  Notre ambition, avait-il alerté, se fracasse sur des problèmes « insurmontables » dont beaucoup résultent de règles et de systèmes incapables de créer les mécanismes dont nous avons besoin et certaines de ces règles nous imposent des sanctions sans que l’on sache vraiment de quels crimes nous sommes coupables.  Adopter une Déclaration politique, comme celle qui a sanctionné la Réunion de haut niveau, c’est facile, mais se l’approprier, c’est courageux, avait prévenu le Premier Ministre de Samoa, en saluant tout de même comme d’autres l’Initiative « Dette contre adaptation au climat ».

Le Président de l’Assemblée générale a aussi rappelé aujourd’hui l’adoption « historique » d’une Déclaration politique sur la couverture sanitaire universelle, avant de faire observer que cela fait près de 75 ans, que notre Organisation a été créée pour édifier un monde de paix et de sécurité.  Or, au premier jour du débat, le Secrétaire général avait rappelé les situations au Yémen, en Libye, en Afghanistan, au Venezuela, en Asie du Sud, dans la région du Golfe, sans oublier le conflit israélo-palestinien.  Les Chefs d’État et de Gouvernement concernés avaient alors partagé leurs idées pour allant de l’avant.

« La paix est notre objectif commun et les terroristes sont nos ennemis communs, mais il ne faudrait pas hâter la première au risque de renforcer les seconds », a mis en garde, aujourd’hui, le représentant de l’Afghanistan, qui s’est enorgueilli de ce que « trois millions d’Afghans ont affronté la menace du terrorisme et risqué leur vie, il y a deux jours, pour voter lors de la quatrième élection présidentielle de notre jeune démocratie ».  Quelques jours avant, son voisin du Pakistan avait, par la voix de son Premier Ministre, adopté un tout autre ton pour dénoncer avec force la révocation par l’Inde du statut du Jammu-et-Cachemire soumis à un « black-out de 53 jours ». Le Président de l’État de Palestine, M. Mahmoud Abbas, s’était aussi alarmé: « Une semaine avant les récentes élections israéliennes, le Premier Ministre Netanyahu a annoncé avec arrogance, qu’en cas de victoire, il annexerait la vallée du Jourdain, le nord de la mer Morte et les colonies de peuplement israéliennes, bien que ces zones fassent toutes partie du Territoire palestinien occupé ». 

Au cours du débat général, l’Assemblée générale a vu défiler à sa tribune les dirigeants de 192 États et parmi eux, seulement 16 femmes.  Ce n’est pas ce que l’on entend par « organe le plus représentatif des Nations Unies », s’est désolé le Président de l’Assemblée.  Nous devons redoubler d’efforts pour accélérer l’implication des femmes non seulement dans les structures de prise de décisions mais aussi dans la liste des orateurs.  « Faites de la place aux femmes et facilitez leur participation à tous les niveaux ».  Reste à voir si cet appel sera pris en compte maintenant que l’Assemblée poursuit ses travaux en plénière et dans ses six grandes commissions dont la Troisième, chargée des questions sociales, culturelles et humanitaires lance les hostilités dès demain, mardi 1er octobre, à partir de 10 heures.  

Suite et fin du débat général

M. OSMAN SALEH MOHAMMED, Ministre des affaires étrangères de l’Érythrée, s’est réjoui des développements positifs dans sa région.  « Le triste et douloureux chapitre des troubles internes et des conflits régionaux fait place à une lueur d’espoir, une renaissance interne et une coopération régionale. »  Dans un moment charnière, à l’orée d’un nouvel ordre mondial multipolaire et d’un équilibre de pouvoirs changeant, surgissent rivalités et soulèvements, a-t-il poursuivi.  La session actuelle de l’Assemblée générale ne peut que s’attaquer à ces questions et chercher un chemin vers l’avant.  Le sort de l’Afrique est particulièrement lourd, avec des ressources exploitées sans merci, des guerres, des soulèvements.  Un milliard d’Africains restent ostracisés et la corruption demeure endémique. 

La Corne de l’Afrique et le Moyen-Orient ont été touchés plus que toute autre région par les conflits d’origine extérieure, des conflits entre ethnies et clans, des guerres entre pays voisins.  La multiplication des foyers d’instabilité contraste avec les évènements et espoirs du début des années 90.  Cela est dommage car les initiatives de développement et de coopération régionale étaient louables à l’époque.  Le vide du pouvoir a produit un climat propice au terrorisme qui peut prospérer et s'élargir.  Les responsables sont pour la plupart « des acteurs locaux corrompus », qui ont privilégié leur intérêt personnel avant celui de leur peuple.

Mais, a poursuivi le Ministre, les difficultés de la Corne de l’Afrique ont été surmontées et un nouveau chapitre démarre.  « Nous sommes prêts et travaillerons d’arrache-pied pour une croissance forte » mais « les ingérences mal avisées, peu constructives, voire nuisibles, doivent s’arrêter pour que la région puisse s’occuper de ses propres affaires », à savoir lancer un programme ambitieux de développement économique et social, améliorer ses infrastructures, et élargir l’accès aux services sociaux de base.  L’Érythrée y travaille et met en œuvre une politique à long terme avec une approche du développement équilibrée et intégrée, malgré ses ressources limitées et les conditions terribles auxquelles elle fait face, comme la guerre et les sanctions. 

Confrontée à la sécheresse dans la Corne de l’Afrique, l’Érythrée dispose aussi d’une stratégie pour parvenir à la sécurité alimentaire, notamment des barrages de petite taille et le terrassement de ses montagnes.  En outre depuis 1994, un projet de reboisement est en place « auquel participe toute la population ».

M. EZECHIEL NIGIBIRA, Ministre des affaires étrangères du Burundi, a déclaré que sur le plan de la politique intérieure, les préparatifs des élections de 2020 sont très avancés aussi bien sur le plan organisationnel que budgétaire.  Les mécanismes nationaux sur la préparation des élections sont déjà en place pendant que les gestes d’apaisement favorisant un climat propice à la tenue des élections libres, transparentes et apaisées ne cessent de se multiplier.  Le Ministre a cité, à titre d’exemple, la feuille de route de Kayanza adoptée après de très larges consultations au sein de la classe politique burundaise.  La Commission électorale nationale indépendante a publié le calendrier électoral, après l’adoption du Code électoral.  Le Ministre a d’ailleurs confirmé la décision de son pays de financer l’entièreté du budget électoral sans recours aux ressources extérieures « souvent imprévisibles et conditionnelles ».  Comme ailleurs dans le monde, a-t-il insisté, le processus électoral au Burundi est une affaire interne qui relève exclusivement de la souveraineté nationale.  Tout accompagnement doit être fourni à la demande du Gouvernement, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies.  Si accompagnement il y a, a-t-il prévenu, il ne saurait donner droit à des actes d’interférence caractérisée.  Toute tentative de vouloir créer un nouveau rôle ou de redéfinir un rôle existant aux Nations Unies sur l’impulsion de certains États pour s’occuper des élections au Burundi à la place des Burundais serait une atteinte à la souveraineté nationale et une violation flagrante de la Charte des Nations Unies, a averti le Ministre.

M. Nigibira a ajouté que le dialogue entre les parties politiques en vue de l’organisation des élections apaisées en 2020 se poursuit normalement.  Les acteurs étrangers qui semblent vouloir ramener cette question de dialogue hors du Burundi visent trois choses: déstabiliser le Burundi à la veille des élections, donner un coup de pouce aux putschistes de 2015 aujourd’hui en cavale, hébergés, nourris et protégés par ces mêmes acteurs qui ne cessent d’agresser diplomatiquement et politiquement le Burundi depuis 2015, et détourner l’attention des Burundais de l’essentiel, c’est-à-dire l’organisation des élections de 2020 et la mise en œuvre du Plan national de développement.  Tous les acteurs exogènes devront assumer la responsabilité des conséquences de leur ingérence, a ajouté le Ministre.  Le peuple burundais restera opposé, par principe, en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance à toute tentative d’interférence étrangère, qu’elle vienne d’un État ou d’une organisation internationale ou régionale.  Sur le plan sécuritaire, a poursuivi le Ministre, la situation est stable, calme et entièrement maîtrisée sur toute l’étendue du territoire.  Pour ce qui est de la situation humanitaire, il s’est félicité du retour massif et volontaire des réfugiés qui avaient fui le pays en 2015.  Entre le 1er août et le 23 septembre 2019, 77 080 réfugiés ont été rapatriés volontairement au Burundi. 

Le Ministre s’est interrogé sur le maintien de son pays à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.  Il a dénoncé des raisons politiques et des intérêts extérieurs qui n’ont rien à voir avec le bien-être du peuple burundais.  Notre situation politico-sécuritaire ne constitue aucune menace à la paix et la sécurité internationales, a-t-il affirmé, rejetant cette agression politico-diplomatique « injustifiée » menée par des gouvernements étrangers dont certains se sont illustrés dans la tentative de changement de régime en 2015 par des voies anticonstitutionnelles.  La « diplomatie des muscles » doit céder la place à une coopération mutuellement bénéfique et respectueuse, a plaidé le Ministre. 

S’agissant de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, il a expliqué que son gouvernement poursuit son exercice de « nationalisation » du Programme, en intégrant les objectifs dans les plans de développement communautaire et en assurant le suivi.  Rappelant par ailleurs que son pays compte actuellement plus de 6 000 Casques bleus, il a souligné l’importance que les opérations de paix de l’ONU soient dotées d’un budget adéquat, durable, prévisible, flexible, y compris grâce à des contributions obligatoires. 

M. DATO ERYWAN PEHIN YUSOF, Ministre des affaires étrangères de Brunéi Darussalam, a déclaré que notre quête d’un avenir meilleur est trop souvent perturbée par des défis de plus en plus complexes et interconnectés.  De nombreux pays luttent pour relever des défis multiples comme la déforestation et l’accès à l’air propre.  Cela reflète la nature indivisible et multidimensionnelle des objectifs de développement durable qui doivent être réalisés collectivement et dans leur totalité.  La voie que chaque pays choisit est unique mais ces voies se renforcent mutuellement.  Brunéi Darussalam, a annoncé le Ministre, se soumettra d’ailleurs pour la première fois l’année prochaine à l’examen volontaire du Forum de haut niveau sur le développement durable. 

Face aux dégâts causés à l’environnement, le Ministre a appelé à un « engagement universel », soulignant que les avancées technologiques rendent possibles les solutions inédites.  Il a donc plaidé pour le partage et le transfert des technologies pour passer des réponses réactives aux réponses proactives face aux changements climatiques.  Notant tout de même l’exploitation « malveillante » de la révolution numérique, le Ministre a jugé urgent que l’on s’attaque collectivement à ces menaces émergentes. 

M. RODOLFO NIN NOVOA, Ministre des affaires étrangères de l’Uruguay, a d’abord déploré, avec une ironie attristée, « l’incertitude de la conjoncture mondiale, causée par des forces opposées qui s’acharnent à établir un nouvel ordre mondial, souvent sans considération pour les conséquences de leurs actions sur la paix mondiale ».  Cette « utopie tant désirée » selon laquelle toute personne peut vivre dans un état de bonheur et de liberté, voir ses besoins essentiels satisfaits, sans craindre que ses droits et sa sécurité soient bafoués.  Soulignant la fragilité des fondements de la coexistence pacifique entre les États, le Ministre s’est dit préoccupé par le retrait des États Unis du Plan d'action global commun sur le nucléaire iranien, un « facteur d’anxiété et de risques » pour la paix et la sécurité de la région.

Le Ministre a fait part de sa crainte devant l’avancée, en Amérique latine, des idéologies extrémistes qui tentent d’appliquer par la force leurs propres recettes à d’autres pays, violant la nature même des institutions régionales et générant des situations de crise et de violence qui servent de prétexte pour imposer leurs doctrines par les armes et spolier les peuples latinoaméricains.  M. Nin Novoa a certes refusé que le principe de non-intervention soit une barrière protectrice pour les violations graves des droits de l’homme.  Mais il a surtout refusé les interventions étrangères initiées sous couvert démocratique, la menace terrifiante des interventions militaires et les sanctions économiques qui, comme c’est le cas au Venezuela, enfoncent encore plus les pays dans la pauvreté.

Le Ministre a condamné une fois encore, comme son pays le fait depuis 27 ans, le blocus commercial et financier imposé à Cuba.  Fidèle à sa longue tradition de défense du multilatéralisme, de la démocratie et de l’autodétermination, a-t-il poursuivi, l’Uruguay reconnaît dans le Conseil de sécurité le seul organe habilité à prendre des mesures contre un État Membre dans le but de maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales, ou à décider de l’usage de la force, conformément au Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.  L’Uruguay, a insisté le Ministre, est le pays qui apporte le plus de contributions en personnel aux « Peace Corps » dans tout l’hémisphère occidental.  De même, l’Uruguay réalise les objectifs de développement durable à tous les niveaux, national et local, de son gouvernement, en s’attachant à trois domaines importants, et d’abord la lutte contre la pauvreté, clef de progrès dans de multiples autres domaines tels la faim, l’exclusion, la discrimination, l’environnement et par extension, celui de la paix mondiale.  Mais les progrès, a dit le Ministre, ne peuvent nous empêcher de fustiger la croissance des inégalités dans le monde.  Alors que l’explosion des technologies numériques a augmenté de 66% les richesses mondiales depuis 1995, les pays à haut revenu de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) affichent un revenu par tête d’habitant 52 fois supérieur à celui des pays à bas revenu.

Ces « inégalités abyssales » sont un défi de taille pour les Nations Unies, a estimé le Ministre.  Investir dans les populations et en particulier dans le droit à l’égalité des femmes qui représentent seulement 40% de la richesse nationale en raison des discriminations, permettrait d’augmenter le capital humain de 20% et ses conséquences économiques.  Venant au deuxième domaine, le Ministre a réitéré le soutien de son pays à la prochaine Conférence des États parties à la Convention-cadre sur les changements climatiques, prévue au Chili, au mois de décembre.

Ouvrant le troisième dossier, celui de l’éducation, il s’est enorgueilli d’une population alphabétisée à 98,6%, d’un taux de scolarisation de 99% et d’un autre de 100% pour les enseignants titularisés dans le système public et privé.  Grâce au projet « Transformation dans l’équité », des mesures d’envergures ont pu être réalisées, comme l’accès universel à l’Internet et la distribution d’ordinateurs portables à tous les enfants en âge scolaire mais aussi aux personnes du troisième âge.  Ces mesures ont inscrit l’Uruguay dès 2018 dans le groupe des pays les plus avancés dans le domaine numérique.  Ces succès ne contredisent pas la nécessité d’une meilleure coopération internationale et de mesures plus pertinentes en matière de développement, notamment l’abandon du seul critère du revenu par tête d’habitant pour accéder aux prêts concessionnels pour ne pas négliger les groupes les plus vulnérables.

Si le XXIe siècle est souvent décrit comme l’âge des bouleversements, la question qui se pose, a dit M. DON PRAMUDWINAI, Ministre des affaires étrangères de Thaïlande, c’est de savoir « si nous sommes prêts »?  C’est une tautologie que de dire que la croissance et la prospérité exigent la paix.  Les avancées politiques et économiques requièrent la stabilité et les technologies, la conscience et l’environnement, des sacrifices.  Quant au progrès, il nécessite la durabilité.  Mais au regard des réalisations aléatoires, ces notions sont toujours d’actualité.  La question n’est pas de savoir « pourquoi? » mais « comment? »

Comment atteindre ces objectifs, alors que le monde s’est retranché derrière les nationalismes, que les mouvements antimondialistes, le protectionnisme et le mercantilisme ont gagné du terrain, sans parler des écarts de richesse, de la ségrégation qui remplace l’inclusion, de la dégradation de l’environnement et de l’approche « le vainqueur rafle tout ».  C’est tout simplement une « ironie tragique » au moment où « la connectivité et l’interconnexion » sont les normes et non l’exception.

La quatrième révolution industrielle est là, a prévenu le Ministre, ajoutant que cette révolution est complètement indifférente à notre état de préparation.  Elle charrie avec elle une avalanche d’avancées technologiques aux retombées profondes sur nos vies, nos moyens de subsistance et notre avenir.  C’est pourquoi, la Thaïlande, en sa qualité de Présidente de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), a fait de la « Promotion du partenariat pour la durabilité », le but central de l’objectif et de l’engagement de l’organisation régionale.  Il s’agit de transformer les conflits en coopération et de promouvoir l’inclusion et le développement durable.

Le Ministre a rappelé, à cet égard, que durant cette session de l’Assemblée générale, le Premier Ministre a pris part à diverses réunions de haut niveau, reflétant l’engagement résolu de son pays à trouver les réponses aux questions liées à la couverture sanitaire universelle, aux changements climatiques et aux objectifs de développement durable.  Loin d’être de simples abstractions, ces questions revêtent un intérêt particulier pour la Thaïlande.  Elle est en effet classée sixième en matière de couverture sanitaire universelle, par exemple.

En matière de changements climatiques, a poursuivi le Ministre, mon pays a travaillé à l’adoption, par l’ASEAN, d’une position commune sur les débris marins, « l’une des pires débâcles environnementales ».  Et c’est une première, s’est-il enorgueilli, au nom d’un pays qui a dûment ratifié l’Accord de Paris sur le climat.  S’agissant des objectifs de développement durable, le Ministre a expliqué la philosophie thaïlandaise de l’autosuffisance économique (SEP) qui, si elle est appliquée de façon adéquate, permettra d’éradiquer la pauvreté.  Ces trois problématiques, à la base même de la politique étrangère de la Thaïlande, ne pourront se réaliser que sous deux conditions: la paix et la sécurité.  C’est pourquoi, l’action de la Thaïlande dans le cadre de l’ASEAN est de promouvoir le partenariat et la coopération au développement et de veiller à ce que les progrès s’inscrivent dans la durabilité. 

M. DIONISIO DA COSTA BABO SOARES, Ministre des affaires étrangères et de la coopération du Timor-Leste, a d’emblée souligné l’urgence de l’action climatique pour « sauver notre planète », estimant qu’à ce jour les changements de comportement restent insuffisants.  Il s’est néanmoins dit confiant qu’en misant sur des efforts collectifs, il sera possible de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degrés et, pour sa part, le Timor-Leste, dont les émissions sont pourtant faibles, est déterminé à apporter sa pierre à l’édifice en optant pour les énergies renouvelables comme l’hydro, le solaire et la biomasse.  Le Gouvernement est également en train d’aligner sa législation et ses règlementations relatives au climat sur ces priorités, y compris pour la conservation des forêts, la promotion des cultures biologiques, et la gestion des catastrophes naturelles.  Le Ministre a exhorté tous les pays « grands émetteurs » à prendre les mesures qui s’imposent pour freiner le réchauffement climatique.

Passant à la mise en œuvre des objectifs de développement durable, le Ministre a constaté les retards actuels, en particulier pour ce qui est de l’élimination de la pauvreté et des inégalités.  Ces questions figurent parmi les priorités nationales et sont traitées dans le plan stratégique pour le développement national.  Pour ce qui est de la protection de l’environnement, le Timor-Leste a adopté, l’an dernier, sa politique de « Zéro Plastique » et va commencer le recyclage du plastique.  Il a établi deux zones marines protégées qui couvrent plus de 586 kilomètres carrés, a rappelé le Ministre, pour lequel la prochaine Conférence des Nations Unies sur les océans, qui se tiendra à Lisbonne l’année prochaine, sera l’occasion de faire le point sur l’objectif 14 de développement.  Il a insisté sur le plein soutien du Timor-Leste aux négociations en cours sur un instrument international juridiquement contraignant se rapportant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale.

Rappelant que le 30 août 2019 a marqué le vingtième anniversaire du referendum d’autodétermination organisé par les Nations Unies et que le Timor-Leste fait partie des États Membres de l’ONU depuis 2002, le Ministre a déclaré que « les Nations Unies occupent une place spéciale dans nos cœurs ».  Le processus de délimitation des frontières maritimes a été parachevé et le pays entretient des relations de bon voisinage avec l’Indonésie et l’Australie, mais également avec d’autres membres de l’ASEAN, une organisation à laquelle le Timor-Leste souhaite accéder et de laquelle il attend une réponse.  Faisant également partie de la communauté des pays lusophones, le Timor-Leste, a dit le Ministre, espère que cette langue parlée par 268 millions de personnes deviendra bientôt une des langues officielles de l’ONU.  Il a également souhaité que le G7+, une plateforme intergouvernementale des pays postconflit, obtienne le statut d’observateur auprès de l’Assemblée générale.

M. KIM SONG (République populaire démocratique de Corée (RPDC) a estimé que son pays est tenu de répondre aux « actes de plus en plus hostiles » dont il est victime dans la péninsule coréenne, en brandissant « toujours plus haut la bannière de l’autosuffisance et de l’autonomie », clefs de voûte de la « construction socialiste ».  Sous le « leadership expérimenté du camarade Kim Jong Un », a-t-il affirmé, les citoyens nord-coréens s’emploient résolument à surmonter les difficultés et les défis qu’ils traversent, à la gloire de la RPDC, ce pays « puissant et indépendant » dans lequel les idéaux de la population sont « pleinement réalisés ».

Le meilleur moyen de consolider la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne, a estimé le représentant, est de s’en tenir à la mise en œuvre pleine et entière de la Déclaration conjointe publiée, en juin 2018, par les États-Unis et la RPDC, à l’issue du sommet « historique » de l’an dernier à Singapour.  Or, plus d’un an après cet évènement, il faut déplorer, a dit le représentant, l’absence de progrès dans une péninsule coréenne, toujours plongée, dans le « cercle vicieux des tensions ».  Il a rejeté la responsabilité de cette situation aux « provocations politiques et militaires » des États-Unis et à leur « politique anachronique d’hostilité » à l’encontre de la RPDC.  Le représentant a cependant indiqué que M. Kim Jong Un est disposé à s’assoir à la table des négociations avec les États-Unis, pour peu que ces derniers changent leur « méthode de calcul » et leur « approche ».  Le succès des pourparlers entre Pyongyang et Washington dépend uniquement de la contrepartie américaine.  Pour l’heure, a-t-il déploré, la situation s’enlise. 

Le représentant a également rejeté la faute de cette évolution à la « duplicité » de la République de Corée, qu’il a accusée de jouer le jeu de la paix sur la scène internationale et d’amasser des « armes offensives ultramodernes » et de procéder à des exercices militaires conjoints avec les États-Unis en coulisse.  De tels agissements violent les termes de la Déclaration de Panmunjom, dans laquelle les parties se sont engagées à cesser les hostilités et à s’abstenir de renforcer leurs forces armées.  Les relations dans la péninsule coréenne ne pourront pas s’améliorer, a averti le représentant, tant que les autorités de la République de Corée ne mettront pas fin à leur « culte de la grande puissance » et à leur « politique de dépendance vis-à-vis des forces étrangères ».

M. HAMDULLAH MOHIB, Conseiller à la Sécurité nationale de l’Afghanistan, s’est déclaré particulièrement fier de représenter son pays devant l’Assemblée générale alors que « trois millions d’Afghans ont affronté la menace du terrorisme et risqué leur vie, il y a deux jours, pour voter lors de la quatrième élection présidentielle de notre jeune démocratie ».  Il a remercié les membres des Forces nationales de défense et de sécurité pour leur professionnalisme, qui a permis de prévenir la plupart des attaques, notamment celles qui visaient à faire le plus grand nombre de victimes parmi les civils.  Il a également salué les pays membres de l’OTAN qui, a-t-il dit, « se tiennent à nos côtés depuis deux décennies, alors que nous nous remettons de la guerre et construisons un nouvel Afghanistan », sur la base « de valeurs islamiques, de traditions afghanes et de l’espoir d’échapper à jamais à notre passé sanglant ».

Rappelant que le Président Ashraf Ghani s’était exprimé à cette même tribune lors de la soixante-douzième session de l’Assemblée générale, M. Mohib a estimé que, depuis lors, les Afghans ont « rendu ce coin du monde un peu plus sûr » et confirmé leur engagement en faveur de la démocratie et de la paix.  L’incertitude qui persiste est le fait de « ceux qui font obstacle à la paix », a-t-il ajouté, appelant les Taliban et leurs soutiens étrangers à entendre le « message du peuple afghan »: « rejoignez-nous dans la paix ou bien nous continuerons à combattre ».  Selon le Conseiller, la prochaine étape du chemin vers la paix sera l’affaire des Afghans, tout comme l’ont été les précédentes, notamment l’offre sans condition faite aux Taliban, en février 2018, par le Président Ghani et les consultations populaires organisées cette année dans le pays.  En avril dernier, a-t-il précisé, le Gouvernement a ainsi tenu une « jirga nationale historique » qui a permis de présenter les exigences du peuple dans le cadre d’un accord de paix, à savoir un cessez-le-feu immédiat, des pourparlers directs entre le Gouvernement et les Taliban et la préservation de la république islamique.  À ses yeux, « la paix est notre objectif commun et les terroristes sont nos ennemis communs, mais il ne faudrait pas hâter la première au risque de renforcer les seconds ».

M. Mohib a tenu à adresser les remerciements de son pays à ses amis et partenaires internationaux qui ont soutenu ses efforts de paix, parmi lesquels les États-Unis, l’Union européenne, l’Allemagne, la Norvège, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Indonésie et l’Ouzbékistan.  Mais la paix n’est pas un « état permanent », a-t-il averti, elle doit être constamment réévaluée entre partenaires partageant les mêmes valeurs.  À cet égard, a poursuivi le Conseiller, « les terroristes que les soldats afghans tiennent à distance représentent une menace pour nous tous ».  Pour combattre ce fléau, « nous devons continuer à travailler ensemble à l’extinction des idéologies qui se cachent derrière le terrorisme ».  Le Conseiller a appelé à la « tolérance zéro » et à davantage de coopération institutionnelle.  Notre approche sécuritaire collective doit prendre en compte le « nœud » des activités criminelles transnationales qui génère l’afflux des terroristes, leur recrutement et leur financement.  À cette fin, l’Afghanistan entend maintenir son partenariat stratégique avec les États-Unis et l’OTAN, a-t-il dit, exprimant sa gratitude aux 2 438 soldats américains et 1 099 soldats coalisés, qui se sont sacrifiés en combattant aux côtés de l’armée afghane.

Au-delà de ces questions sécuritaires, l’Afghanistan s’emploie aussi à répondre aux défis que représentent les changements climatiques et les crises humanitaires, a poursuivi M. Mohib.  Se prononçant pour une coopération internationale renforcée, il a jugé crucial de dépasser les intérêts individuels « si nous voulons atteindre les objectifs de développement durable ».  L’Afghanistan s’investit dans la réalisation de ces objectifs qu’il a intégrés dans son programme national de développement.  Toutefois, a relevé le Conseiller, le pays fait face à des sécheresses prolongées qui ont plongé un grand nombre de ses citoyens dans la pauvreté.  Il convient donc de répondre à l’urgence humanitaire tout en recherchant des solutions à plus long terme.  En conclusion, il a assuré que l’Afghanistan, qui vient de célébrer le centenaire du rétablissement de sa souveraineté, continue de se transformer en un « centre régional de coopération, de connectivité et de développement ».  Sa mission, a-t-il affirmé, est maintenant de « parvenir à la paix pour mettre fin aux souffrances de tous les Afghans ».   

M. KOKOU KPAYEDO (Togo) a insisté sur l’importance de l’action collective et de la solidarité.  Le représentant est tout d’abord revenu sur les initiatives et mécanismes de mise en œuvre des différents plans stratégiques pour l’atteinte des objectifs de développement durable et les efforts consentis sur le plan national par le Gouvernement togolais afin de réduire la pauvreté et garantir que personne ne soit laissé en marge d’ici à 2030.  Le Togo s’est doté d’un Plan national de développement (PND) 2018-2022 qui répond à l’agenda de l’émergence.  Ce PND sera financé par le secteur privé à hauteur de 65% et par l’État togolais à hauteur des 35% restants.  Le représentant s’est réjoui de la tenue du premier Forum économique Togo-Union européenne qui a permis de mobiliser des opérateurs économiques engagés à financer les projets phares de ce Plan.

Le représentant est ensuite revenu sur les réalisations de son pays, indiquant que, outre la mise en place accélérée des infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires et agricoles, le Togo poursuit sur le plan éducatif, sa politique d’instauration de la gratuité de l’éducation primaire, qui a favorisé l’augmentation du taux de scolarité, notamment des jeunes filles, l’objectif ultime étant de réduire l’analphabétisme.  Le Togo poursuit également ses efforts visant à autonomiser les jeunes, les femmes et les personnes handicapées.

Le représentant a cependant annoncé être conscient que la réalisation des engagements de son pays en matière de développement dépend de la capacité de la communauté internationale à mobiliser les financements nécessaires.  Il a donc salué le Programme d’action d’Addis Abeba sur le financement du développement.  Il s’est également félicité du lancement par l’Union africaine, le 30 mai dernier à Niamey, de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), un des 14 projets phares de l’Agenda 2063 de l’Union africaine qui a pour objectifs d’accélérer l’industrialisation de l’Afrique, l’accroissement du commerce intra-africain et la mise en place des infrastructures de qualité.  De même, a-t-il souligné, la mise en place du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA) répond au besoin d’unifier le marché intérieur du transport aérien africain.  Sur le plan sous-régional, le représentant a salué l’adoption du principe d’une monnaie commune de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) comme facteur important d’accélération de l’intégration.

Sur les changements climatiques, il a estimé que cette question est indissociable de celle de la sécurité alimentaire et sanitaire, de la lutte contre la pauvreté, de la croissance économique et du développement humain.  Il lui a semblé alors approprié de garantir des fonds pour aider les pays les plus vulnérables, en vue de la préservation de la biodiversité.  Le Togo insiste également sur la nécessité de mieux doter le Fonds vert pour le climat pour aider davantage les États moins pollueurs et plus exposés aux changements climatiques, et de trouver les voies et moyens adéquats pour y faire face.

L’année 2019, a poursuivi le représentant, a été particulièrement éprouvante pour plusieurs pays marqués par la peur existentielle de la menace terroriste, comme le Mali, le Niger, le Nigéria, le Burkina Faso, le Bénin ou encore le Kenya.  Les attaques récurrentes nous prouvent quotidiennement que ce mal rampant reste omniprésent, et nous impose une vigilance permanente, a-t-il souligné.  Le Togo, du fait de sa proximité avec les pays frontaliers durement frappés par le fléau terroriste, mesure l’ampleur de la menace et reste en alerte maximum face à ce risque exogène.  La propagation du fléau du terrorisme nous impose une coopération internationale renforcée, car sa complexité exclue une approche individuelle des États, a poursuivi le représentant, soulignant que le Gouvernement togolais soutient l’initiative d’Accra, prise conjointement avec le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali et le Niger, en septembre 2017, et dont l’objectif est justement de mutualiser et d’harmoniser les approches vis-à-vis de la menace terroriste.

Le représentant a insisté sur le fait qu’il est impérieux de trouver des financements durables au G5 Sahel, qui constitue un cadre de coopération exemplaire en matière de lutte contre le terrorisme dans la sous-région ouest-africaine.  Il s’est associé aux multiples appels à la mobilisation internationale pour permettre à cette force d’entrer en action et contribuer à éradiquer ce mal.  Il s’est également interrogé sur la diminution des ressources financières allouées à ces opérations alors que les défis du maintien et de la consolidation de la paix se complexifient.

Il a terminé en parlant du système migratoire international, qualifié d’autre grand défi à relever.  Il a rappelé que, mus par des inégalités économiques croissantes, de plus en plus d’hommes et de femmes quittent leur pays d’origine pour rechercher, en d’autres lieux, des perspectives de vie plus sûres ou meilleures.  Il s’est réjoui de l’adoption, par l’Assemblée générale des Nations Unies, du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et a appelé à s’inspirer de la sagesse africaine qui dit « Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin. »

M. MARC-ANDRÉ BLANCHARD (Canada) a dit avoir entendu les messages des jeunes, des États Membres, du Secrétaire général et du Président de l’Assemblée générale durant le débat général, le Sommet Action Climat 2019, la Réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle, le Dialogue sur le financement du développement et le Forum politique de haut niveau pour le développement durable.  « Nous nous entendons, et nous sommes d’accord », a renchéri le représentant.  Le Canada est prêt à faire sa part.  Nous voulons développer des approches tournées vers l’avant aux problèmes mondiaux les plus durs.  En tant que membre du Conseil de sécurité, nous nous focaliserons sur cinq priorités. 

La première priorité est la paix durable.  Nous soutenons la vision du Secrétaire général à cet égard: la prévention et la consolidation de la paix sont des éléments essentiels d’une approche proactive.  La deuxième priorité est de faire face aux changements climatiques « ensemble ».  Le Conseil de sécurité doit conduire le reste du monde en reconnaissant l’urgence et la nécessité d’agir.  Entouré de trois océans et touché par les changements climatiques, avec une longue tradition de contributions aux solutions aux défis sécuritaires non traditionnels, le Canada apporte beaucoup à la solution.  « Nous espérons exploiter l'énergie, les partenariats et les résultats générés par la Conférence sur l'économie bleue durable que nous avons conjointement organisée avec le Kenya et le Japon pour soutenir également cet objectif », a ajouté M. Blanchard. 

La troisième priorité est la promesse d’utiliser le siège du Canada au Conseil de sécurité pour promouvoir « ensemble » la sécurité économique.  Investir dans les peuples et les pays pour améliorer la prospérité et l’égalité des chances est essentiel pour le maintien de la paix et de la sécurité, a-t-il estimé.  Alors que nombre de conflits sont profondément enracinés dans le manque d’opportunités économiques, se focaliser sur les programmes de prévention et de consolidation de la paix signifie regarder à travers les perspectives économiques.  Le représentant a promis d’appeler l’attention du Conseil de sécurité sur les liens vitaux entre la croissance économique durable et inclusive, la création d’emplois, la prévention de conflits, la consolidation de la paix et la sécurité.  Il a promis de casser la séparation entre la sécurité et le développement, entre les gouvernements et les secteurs privés, entre le Nord et le Sud, entre les partenaires traditionnels et non traditionnels, et entre les organes de l’ONU comme le Conseil de sécurité et la Commission de la consolidation de la paix, pour qu’ils puissent travailler ensemble, pour tous les peuples.

La quatrième priorité consistera à promouvoir l’égalité des genres, ensemble.  L’instauration d’une paix durable ne sera possible que si les femmes participent de manière significative aux opérations de paix des Nations Unies, aux processus de paix et à la consolidation de la paix.  Enfin, la cinquième priorité est le renforcement du multilatéralisme.  Plus de 70 ans après leur création, nos institutions multilatérales doivent être adaptées afin que tous les États puissent en profiter.  « Nos approches doivent également refléter les nouvelles réalités du monde dans lequel nous vivons », a estimé le représentant.   

M. JEAN-CLAUDE F. DO REGO (Bénin) a annoncé que son gouvernement a élaboré et soumis un plan ambitieux de contribution à la réduction des gaz à effet de serre à l’horizon 2030.  Il prévoit de réduire les émissions cumulées de 16,7% sur la période 2021-2030 en accroissant la capacité des énergies renouvelables, en développant une agriculture responsable et en protégeant les forêts naturelles avec une réduction du taux annuel de déforestation de 20 000 hectares et la création de 10 000 hectares de plantations forestières.

Il a souligné que la paix et la sécurité au Sahel est d'une importance cruciale pour la stabilité de la région et a réaffirmé, comme lors du Sommet extraordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la lutte contre le terrorisme, le 14 septembre dernier, le respect par son pays de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des États contre toutes les velléités séparatistes.

Se félicitant de l’écho favorable trouvé par le plaidoyer du G5 Sahel devant le Conseil de sécurité et du renouvellement du mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), il a mis en avant la contribution de troupes du Bénin à cette force, et a renouvelé la solidarité de son gouvernement et du peuple béninois aux pays du G5 Sahel et du Nigéria voisin, durement touchés par le terrorisme.

L'intégration des objectifs de développement durable dans les cadres nationaux de planification est essentielle pour la mise en œuvre du Programme 2030, a-t-il souligné.  Les trois axes empruntés par le Bénin pour y parvenir sont des politiques de sécurité alimentaire durables, des politiques de résilience et des politiques inclusives, lesquelles génèrent des synergies positives.

Dans ce cadre a été mis en œuvre un Programme national d’alimentation scolaire intégré (PNASI), améliorant la sécurité alimentaire des élèves et leurs performances et permettant de réduire la prévalence de l'insécurité alimentaire de 1,4% sur la période 2013-2017. 

Un interventionnisme environnemental, à travers la gestion durable des terres pour s’adapter aux changements climatiques, a permis de former plus de 13 000 producteurs dans ce domaine, et le Gouvernement prévoit, à ce titre, de créer un centre international de recherche pour une agriculture résiliente aux changements climatiques (CIRACC).  Ce sont des initiatives qui permettent aussi de réduire la pauvreté et d’assurer une synergie positive avec le Programme 2030. 

Le représentant a aussi parlé du projet « Assurance pour le renforcement du capital humain (ARCH) » au profit des couches les plus vulnérables dans les secteurs de l’agriculture, du commerce, du transport, de l’artisanat, de l’art et de la culture.  En offrant une couverture maladie, une formation, du crédit et l’assurance retraite à 22% de la population sans couverture sanitaire et 18% de la population extrêmement pauvre, et en augmentant l’accès à l’eau potable et sa production électrique, le Bénin a pour objectif de réaliser des objectifs de développement durable cruciaux – dès 2021.  Les réformes du pays concernent aussi la lutte contre la corruption et les flux financiers illicites, ainsi que le retour des avoirs à l'étranger.

Sur le plan politique, le Bénin a entrepris des réformes majeures du système partisan et du système électoral, en votant respectivement en juillet et septembre 2018 la Charte des partis politiques et le Code électoral « à la quasi-unanimité des députés », pour remédier à l’atomisation des partis, éviter l'instabilité des majorités se constituant à la faveur d’alliances et assurer les conditions pour que chaque parti politique joue son rôle et applique de façon cohérente son programme.  Ces textes ont servi de base à l'organisation des élections législatives d'avril 2019 qui, « malgré les contentieux inhérents à toutes réformes », a été sereinement conduit par la Commission électorale nationale autonome (CENA), aboutissant à l'élection des députés de la huitième législature de l'Assemblée nationale.  M. Do Rego a conclu en prônant une coopération plus étroite entre les États et un fonctionnement harmonieux des organisations internationales.  Il a voulu que l’on donne la priorité à l'intérêt commun et à la sécurité collective.

M. RAVINATHA P. ARYASINHA (Sri Lanka) a souligné l'engagement profond de son pays dans la lutte contre les changements climatiques et les maux qui l'accompagnent, comme l’insécurité alimentaire, les déplacements de population et l'augmentation de la pauvreté.  Engagé depuis des décennies dans la réduction de la pauvreté, Sri Lanka travaille à une éducation de qualité pour des citoyens, dont 92% savent lire, soit un des taux d'alphabétisation les plus élevés du monde.

Le représentant s'est inquiété des menaces qui planent sur le multilatéralisme, rappelant que la confiance entre les États et l'ONU ne saurait être « piratée » par des acteurs « aux agendas politiques sélectifs qui ne rendent de compte à personne ».  L’émergence d’acteurs non étatiques ne doit pas entraver le respect des politiques nationales, a-t-il souligné. 

Traditionnellement engagée dans les traités internationaux de désarmement, Sri Lanka est également un grand contributeur de troupes aux opérations de paix de l’ONU.  À partir de 1960, les Casques bleus sri-lankais ont été déployés sur tous les continents.  Compte tenu de ses trois décennies de lutte contre le terrorisme dans des conflits à haute et basse intensité, Sri Lanka dispose d'une expérience dont peu peuvent se prévaloir.

Si le pays est en paix depuis la fin de l’année 2009, l'attaque terroriste meurtrière du 21 avril, revendiquée par l'État islamique, et qui a fait 250 victimes sri-lankaises et étrangères, a représenté un nouveau défi.  Les terroristes se sont attaqués au pluralisme de la société sri-lankaise, au processus de normalisation, de réconciliation et de développement en cours depuis la fin des conflits séparatistes, mais ils ont échoué à déstabiliser la nation et à entraver sa résilience.  L’attaque a cependant rappelé qu'aucun pays n'est à l'abri de la radicalisation, de l'extrémisme et du terrorisme.  Les événements tragiques de Pâques rappellent aussi que la lutte contre le terrorisme va main dans la main avec la protection des droits de l’homme et que l'un ne peut compromettre l'autre: un équilibre délicat, souvent insaisissable, a noté M. Aryasinha.

Dans les faits, la sécurité de la population est revenue rapidement mais l’attaque demeure une épreuve de vérité pour le pays.  Elle est l'occasion de voir si l'on peut combattre le terrorisme avec les forces et les faiblesses des institutions démocratiques.  Consciente de ses obligations internationales, Sri Lanka est en train de modifier sa législation pour la mettre en adéquation avec les nouvelles résolutions du Conseil de sécurité relatives à la lutte contre le terrorisme, comme le financement du terrorisme, la sécurité des frontières, le retour des soldats terroristes et la lutte contre l'extrémisme violent.

Des efforts sont actuellement menés pour contrer l'exploitation par les terroristes d’Internet et des réseaux sociaux.  Des lois ont été adoptées et des mécanismes de police mis en place pour contrer les idéologies radicales qui mènent à l'extrémisme violent et atténuer leur influence sur la jeunesse.  Le rôle de vigie des communautés est, à cet égard crucial, a souligné le représentant.

Il s'est d’ailleurs réjoui des progrès significatifs du pays dans cette situation d'après-conflit, notamment le renforcement de l'indépendance du pouvoir judiciaire et la mise en place du Bureau des personnes disparues et des réparations, désormais opérationnel.  Des discussions sont en cours au sein du Gouvernement pour le lancement d'une commission vérité et réconciliation et enfin, la Commission nationale des droits de l’homme a reçu la note la plus haute de l’Alliance globale des organisations nationales de droits de l’homme (GANHRI), en mai 2018.  « Chaque pays vit une situation postconflit unique.  Nous pouvons chacun apprendre des autres en traçant notre propre chemin vers la réconciliation, tout en respectant le cadre de nos constitutions », a conclu M. Aryasinha.

Droits de réponse

Répondant à Israël, le représentant de l’Iran a ironisé sur la « piètre prestation » de ce dernier qui a du mal à faire oublier l’absence de M. Benjamin Netanyahou au débat général.  Le Ministre d’Israël, a commenté le représentant, a commis des bourdes dans sa déclaration, en déformant le proverbe perse: « On ne compte pas les oiseaux avant la fin de la chasse. »  Plaçons les choses dans leur contexte, a proposé le représentant: 70 ans d’occupation et de commission d’horreurs et de crimes en Palestine et dans la région.  Au Moyen-Orient « rien n’est fini », a corrigé le représentant après des gaffes qui ne devraient faire rire personne.  Le régime israélien est un adepte du racisme qui cherche à légitimer son action en utilisant les technologies prêtées par les États-Unis.  L’occupation israélienne a multiplié les crises et aggravé la colère dans la région.  C’est Israël qui empêche la paix et la sécurité régionales, a martelé le représentant, qui s’est étonné de l’annonce d’une initiative américaine de paix au moment où Israël annexe la vallée du Jourdain.  Les allégations sans fondement d’Israël contre l’Iran ne trompent plus personne.  Israël est une démocratie pour les racistes et les suprémacistes qui veulent écraser les Palestiniens.  Israël est l’ennemi de la démocratie au Moyen-Orient.  

Se tournant vers Bahreïn et ses accusations concernant les trois îles d’Abou Moussa, Grande Tombe, Petite Tombe, le représentant a martelé que ces territoires font partie intégrante du territoire iranien.  Toute affirmation contraire est à rejeter, a-t-il dit, rappelant aussi le terme « golfe Persique » est le nom officiel de la région, reconnu par la communauté internationale et les Nations Unies.  Personne ne peut le modifier et dire que l’Iran a mené des attaques contre les champs pétroliers saoudiens est une autre accusation fausse et sans fondement.  Les Saoudiens eux-mêmes ne croient pas à cette version.  Pour nous, a conclu le représentant, la sécurité du golfe Persique est une priorité qui sera défendue par tous les moyens.  Toute présence extérieure est une source d’insécurité mais les pays voisins resteront des voisins même après le départ des forces étrangères, a conclu le représentant pour illustrer l’attachement de son pays à la paix.

À sa suite, son homologue du Bahreïn a, une nouvelle fois, dénoncé « l’ingérence iranienne » et « son interventionnisme ».  Ces politiques « agressives » ne visent qu’une chose:  « ébranler la paix dans la région et le monde ». Le représentant a accusé l’Iran d’avoir « créé des cellules terroristes pour déstabiliser le Bahreïn » et d'avoir soutenu financièrement, formé, et armé le terrorisme, pour lancer des attaques contre son pays et les autres États du Conseil du Golfe, semer des divisons ethniques et religieuses et imposer la révolution iranienne au Bahreïn.

Son homologue des Émirats arabes unis a, à son tour, répété que les trois îles font partie intégrante de son pays.  Dénonçant l'occupation iranienne, il a qualifié les revendications de l’Iran sur ces terres de « sans fondement » et l’appelé l’Iran à régler pacifiquement ce conflit, conformément aux règles du droit international.

Le représentant de l’Arabie saoudite a tout simplement qualifié les propos de l’Iran de « fallacieux ».  Les milices houthistes, a-t-il ajouté, ne cessent de violer les trêves et le cessez-le-feu au Yémen.

Vous n’avez rien compris! s’est exclamé le représentant iranien.

Nous avons tout compris, a rétorqué son homologue de l’Arabie saoudite.  Voulez-vous une liste des activités de l’Iran qui mettent en péril l’action des Nations Unies et d’autres pays européens? » a-t-il demandé, en dénonçant le rôle destructeur de ce pays en Libye et en Afghanistan: un conseiller iranien a été accusé de meurtres dans l’ouest de l’Afghanistan et le Corps des gardiens de la révolution islamique y ont mené des attaques « de manière très professionnelle ».  En Libye, la saisie d’un navire a permis de découvrir des armes iraniennes envoyées.  

Le représentant du Yémen a qualifié l’Iran de « premier parrain du terrorisme international » pour déstabiliser le Golfe.  Les armes et la technologie iraniennes sont sur notre territoire et le chef de la milice houthiste sera bientôt reçu par le Gouvernement iranien, ce qui prouve qu’il est bien le parrain du terrorisme.  Il a accusé les milices houthistes de « violer quotidiennement le cessez-le-feu », y compris dans la mer Rouge où elles « plantent des mines » et menacent la navigation commerciale internationale. 

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