Examen à mi-parcours des Orientations de Samoa: les petites îles revendiquent leur « exceptionnalisme » et un meilleur accès aux financements

AG/12197
27 septembre 2019
Soixante-quatorzième session, Réunion de haut niveau - matin & après-midi

Examen à mi-parcours des Orientations de Samoa: les petites îles revendiquent leur « exceptionnalisme » et un meilleur accès aux financements

Cinq ans après les « Orientations de Samoa », les chefs d’État et de gouvernement, les ministres et les hauts-représentants ont reconnu aujourd’hui, dans une Déclaration politique* adoptée par consensus, que les petits États insulaires en développement (PEID) continuent de subir les effets conjugués de leur éloignement géographique, de la petite taille de leur économie, des coûts élevés des effets des changements climatiques et des catastrophes naturelles.  « Un exceptionnalisme » qu’a revendiqué le Premier Ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines parmi les appels à un meilleur accès aux financements internationaux.

Quelques semaines après la dévastation totale laissée par l’ouragan Dorian aux Bahamas, le dernier rapport spécial du GIEC** est venu confirmer que l’élévation du niveau de la mer, un phénomène qui n’apparaissait qu’une fois par siècle, risque de prendre un rythme annuel et de se répandre partout.  Le désespoir des petits États insulaires en développement (PEID), dont le quart vit à cinq mètres ou moins au-dessus du niveau de la mer, a trouvé écho ce vendredi, lors de la Séance plénière de haut niveau sur les Modalités d’action accélérées des petits États insulaires en développement, autrement appelées les « Orientations de Samoa ». 

Le déni des changements climatiques est « diabolique, incroyable », a dénoncé la Première Ministre de la Barbade, au nom des PEID.  « Je ne sais quel mot trouver.  Je n’ai pas la passion de Greta Thunberg.  Je ne peux pas prendre les mêmes risques: elle a 16 ans, j’en ai bientôt 64.  J’ai pu vivre ma vie… ».  Les PEID n’ont pas caché leur amertume, voire leur colère, devant la menace de leur disparition pure et simple et ce qu’ils considèrent comme un manque d’engagement des plus grands pollueurs.  L’urgence climatique est la plus grande menace à votre survie, a reconnu le Secrétaire général de l’ONU, à l’ouverture de « la réunion de la semaine qui lui tient le plus à cœur ». 

Si seulement la communauté internationale n’était pas aussi divisée, a déploré, la Première Ministre de la Barbade, à une époque où le monde n’a pas le luxe de se le permettre.  Décrivant des enjeux « bien pires que tout ce qu’on imagine », elle s’est demandé: « pourquoi dois-je prendre l’argent du contribuable pour me payer un énième voyage à New York, et revenir ici dire encore la même chose? » 

« Nous savons tous pourquoi », a répondu le Ministre suédois de la coopération et du développement international.  « Nous pouvons planter des millions d’arbres, il restera toujours beaucoup de charbon, de gaz et de pétrole à extraire de la Terre.  Le changement ne viendra pas tant que l’Australie et la Chine ne fermeront pas leurs centrales à charbon; que la Norvège, la Fédération de Russie et les États-Unis pomperont le pétrole de leur sol.  Quand les politiciens prendront des décisions courageuses, le changement viendra », a-t-il conclu sous les applaudissements.

Heureusement que « la force de la voix de la société civile a dépassé la petitesse de nos nations », ont poursuivi les Fidji, évoquant les manifestations pour le climat de la semaine dernière.  Invitées à s’exprimer, les ONG n’ont pas été tendres ni avec les diplomates ni avec la race humaine.  Dans une déclaration sombre, voire apocalyptique, l’acteur et natif d’Hawaï, Jason Momoa, a comparé l’humanité à une maladie qui infecte la planète.  « Je suis ici parce que j’ai honte.  Je vous le demande: voulez-vous honorer vos engagements ou continuer à être obsédés par des profits à court terme?  L’espèce humaine est proche de la disparition; la Terre n’a pas besoin de nous », a-t-il prévenu. 

Balayant à son tour l’assistance du regard, le Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda a ajouté: « où sont-ils, les partenaires des pays développés? Nous remercions ceux qui sont présents mais sommes amers de l’absence des autres.  Pourquoi devons-nous assumer seuls ce fardeau, pendant qu’ils vivent confortablement chez eux?  Pourquoi un tel niveau de dette »?  La Première Ministre de la Norvège a opiné.  Il est clair, a-t-elle avoué, que l’aide actuelle ne suffit pas.  La Norvège, qui a doublé sa contribution au Fonds vert pour le climat, dépend aussi de l’économie bleue et, à ce titre, elle est au cœur du combat.  « Si pas nous, qui d’autre? ». 

Le Président des Maldives a résumé le problème: « nous sommes petits, dispersés, à faibles ressources.  Nous dépendons des importations et il nous est difficile de faire des économies d’échelle.  Nos partenaires doivent nous aider pour parvenir à un développement durable. »   Dans un pied-de-nez géopolitique et sémantique, le Premier Ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines a renversé la notion d’exceptionnalisme américain et revendiqué un « exceptionnalisme » des PEID.  « Certains pays se disent exceptionnels, par la volonté de Dieu, ou que sais-je…  Nous, nous sommes exceptionnels, du fait des circonstances exceptionnelles qui nous menacent. » 

Sous les applaudissements, il a réclamé des « instruments financiers adaptés » et notamment un « statut spécial classifié » pour l’aide au développement.  Son homologue des Fidji n’a pas dit autre chose, demandant des prêts à taux zéro pour renforcer la résilience, et ce, sur une durée de 50 ans voire un siècle, a plaidé le représentant des Îles Cook, compte tenu de la dimension intergénérationnelle des changements climatiques.  L’échelle temporelle du phénomène dépasse l’espérance de vie d’un être humain, a confirmé le Président de l’Irlande. 

Le Secrétaire général a rendu hommage à des pays qui se sont engagés à atteindre la neutralité carbone et à passer à 100% d’énergies renouvelables d’ici à 2030, montrant au reste du monde la voie à suivre.  Mais parce qu’ils sont des pays à revenu intermédiaire, ils sont piégés dans un cycle invivable de catastrophes et de dettes.  Il est temps, s’est impatienté le Secrétaire général, de prendre « de grandes décisions » et de consentir à de « gros investissements » en faveur de ces États. 

Dans leur Déclaration politique, déclinée en préambule; progrès, lacunes et défis; et appel à l’action; les chefs d’État et de gouvernement, les ministres et les hauts-représentants énumèrent 24 mesures à prendre dont l’apport d’une aide à l’atténuation et à l’adaptation à l’impact des changements climatiques, en protégeant la viabilité de la dette par l’examen de mécanismes comme l’Initiative « Dette contre adaptation au climat » de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CELAC).

Certains PEID semblent s’en sortir mieux que d’autres.  Le Président des Seychelles a confirmé: « notre revenu par habitant nous permet d’investir dans l’adaptation, bannir le plastique à usage unique, recycler, être proactif pour protéger corail et mangroves ».  Sur le plan concret de l’aide au développement, le Directeur exécutif par intérim de la Banque mondiale a fait part des « progrès » de son institution.  Les PEID reçoivent 100 dollars par habitant, comparés aux fonds alloués par l’Association internationale de développement, qui sont de 10 dollars par tête.  Entre 2015 et 2017, nous avons versé 200 millions de dollars par an.  Nous devons continuer, bien sûr, à renforcer la résilience tout en répondant aux situations d’urgence.

La difficulté de concilier aide d’urgence -en cas de catastrophe naturelle- et aide au développement était dans tous les esprits.  Le Président de la Micronésie a fait remarquer qu’après le passage d’un ouragan, « le produit d’années de lutte pour la résilience peut être balayé en un clin d’œil ».  Comment faire?  La Banque mondiale a tenté une réponse: quand une catastrophe a lieu, on ajoute des fonds permanents qui peuvent être déployés en permanence, ainsi qu’un mécanisme de riposte pour des financements supplémentaires en cas d’urgence.  Avec les Caraïbes, nous essayons de débloquer des liquidités pour que les pays puissent agir vite en cas de crise.  Nous disposons aussi d’une « option après catastrophe » pour libérer des liquidités.  Le Premier Ministre des Samoa s’est réjoui des « 79 partenariats enregistrés » et a remercié les Nations Unies pour avoir créé un réseau de points focaux pour les PEID. 

La collecte d’informations pour mesurer les progrès a été perçue comme le chaînon manquant.  La Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour la réduction des risques a confirmé que l’on manque encore d’indicateurs pour mesurer correctement les « Orientations de Samoa ».  Nous y travaillons, a-t-elle répondu au Président par intérim de Maurice.  En attendant, les États devront bien faire des rapports, et ce n’est pas facile.  Il nous faut développer des compétences et renforcer les capacités pour concrétiser les objectifs de Sendai et de Samoa.

 *La Déclaration politique n’est pas encore disponible en français

**Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

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