Sauvegarder la planète oui, mais pas au prix du développement, avertissent les pays du Sud au troisième jour du débat général

AG/12190
26 septembre 2019
Soixante-quatorzième session, 7e et 8e séances plénières

Sauvegarder la planète oui, mais pas au prix du développement, avertissent les pays du Sud au troisième jour du débat général

Près d’une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement et de hauts responsables se sont succédé au podium de marbre vert de l’Assemblée générale durant cette troisième journée du débat général, dont la sobriété protocolaire n’aura été interrompue que le temps pour le Président salvadorien de prendre un selfie à l’entame de son allocution et pour les partisans du Président de la République démocratique du Congo, le premier à prendre pacifiquement les rênes du pouvoir depuis l’indépendance du pays, de l’acclamer depuis la salle. 

Toutefois, l’heure n’était pas aux réjouissances dans l’enceinte de l’Assemblée, où de nombreuses délégations ont appelé à raviver l’action climatique dans la foulée du Sommet Action Climat 2019, organisé en début de semaine par le Secrétaire général de l’ONU. 

« Les changements climatiques ne sont pas seulement une question politique, pour nous, ils sont une question de survie », a ainsi martelé le Roi des Tonga, Tupou VI.  Bien que les petits États insulaires du Pacifique comme le sien ne contribuent qu’à moins de 1% au réchauffement planétaire, Tupou VI et ses homologues de Sao Tomé-et-Principe, des Comores et de la Micronésie ont tous réaffirmé leur engagement à respecter l’Accord de Paris.  Signé en 2015, ce dernier vise à limiter le réchauffement global à 1,5 degré Celsius par le biais de mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, en vue d’atteindre l’objectif de neutralité carbone.

Soucieux de préserver l’Accord de Paris, plusieurs pays en développement ont souligné les efforts qu’ils déploient pour réaliser ces objectifs au niveau national.  Le Vice-Président de la Côte d’Ivoire, M. Daniel Kablan Duncan, a notamment indiqué que son pays s’était doté d’une stratégie de lutte contre les changements climatiques 2015-2020, afin de réduire de 28% ses émissions d’ici à 2030.  À l’instar d’autres dirigeants, il a toutefois souhaité que ces efforts soient davantage soutenus financièrement par les pays développés et émergents. 

C’est également le sens du message livré dans la matinée par le Président de la République démocratique du Congo (RDC).  « La nature a fait de mon pays le dépositaire de 47% des forêts du continent, a relevé M. Félix Tshisekedi, soulignant la responsabilité majeure de son pays pour la survie de la planète.  Mais la préservation de notre patrimoine naturel ne saurait se faire « au détriment du développement » et de l’industrialisation du pays, a-t-il prévenu, jugeant « incompréhensible » que les forêts du bassin du Congo ne captent que 1% des financements disponibles.  Pour y remédier, le Président a proposé d’amender l’architecture du Fonds monétaire international (FMI), afin qu’il prenne davantage en compte la donne environnementale dans son analyse des critères et défis macroéconomiques.

En réponse à ces différents appels, plusieurs pays développés ont insisté sur leurs efforts pour débloquer des ressources.  L’enveloppe de 200 millions d’euros allouée pour la période 2021-2025 aux activités de lutte contre les changements climatiques dans les pays en développement illustre bien notre solidarité internationale, a ainsi estimé le Premier Ministre du Luxembourg, M. Xavier Bettel.  Entre autres initiatives, M. Bettel a cité deux projets novateurs de finance verte, dont le « Luxembourg Green Exchange », première plateforme mondiale de cotation dédiée exclusivement aux obligations vertes, et la « Climate Finance Plateform », chargée d’accroître l’effet de levier sur les investissements privés en faveur de projets climatiques.  À sa suite, le Premier Ministre de la Belgique, M. Charles Michel, a invité les États Membres à ne pas céder à la peur, à la colère ou au « catastrophisme ».  Le tout est de reconnaître avec « lucidité » le diagnostic climatique, a-t-il dit, faisant écho aux propos livrés quelques minutes plus tôt par le Président du Conseil européen de l’Union européenne, M. Donald Tusk.  Ce dernier a en effet appelé les hommes politiques à arrêter de « répandre des mensonges » pour accéder ou se maintenir au pouvoir et à cesser de « courtiser des dictateurs », au profit d’une défense de la vérité et de la liberté de la presse.  Dans le cas contraire, les dirigeants de ce monde risquent, selon M. Tusk, de passer dans l’histoire « non pas pour des héros mais pour des faussaires ». 

La réforme de l’ONU, sujet récurrent du débat général, était également à l’honneur.  Le monde change et l’Assemblée générale continue, toujours la même depuis 74 ans, a critiqué le Président d’El Salvador, M. Nayib Bukele, jugeant cette dernière obsolète.  « Nous pouvons l’ignorer et attendre de subir le même sort que Kodak ou que les dinosaures », s’est-il impatienté.  Même ton d’agacement chez le Président de la Sierra Leone, M. Julius Maada Bio, s’agissant de la réforme du Conseil de sécurité.  « L’Afrique demeure la seule région sans représentation dans la catégorie des membres permanents, et elle est également sous-représentée dans celle des non permanents », a-t-il déploré.  Selon le Chef de l’État, le « bon sens » voudrait pourtant que l’Afrique dispose de deux sièges permanents, ainsi que d’une voix égale dans les processus décisionnels relatifs à la paix et à la sécurité internationales. 

La séance d’aujourd’hui a justement été marquée par les discours de parties à des conflits, à commencer par le Président de l’État de Palestine.  M. Mahmoud Abbas a notamment décrié l’annonce par le Premier Ministre Netanyahu, une semaine avant les récentes élections israéliennes, de sa volonté d’annexer en cas de victoire la vallée du Jourdain, le nord de la mer Morte et les colonies de peuplement israéliennes.  « Nous rejetons totalement ce plan illégal », a déclaré M. Abbas, accusant les États-Unis d’avoir enhardi Israël dans son entêtement à violer tous les accords conclus avec la Palestine.  Pour sa part, le chef de la diplomatie israélienne, M. Israël Katz, a appelé l’Autorité palestinienne à arrêter d’encourager et de financer le terrorisme et à reconnaître le droit du peuple juif à son propre État.  Il a demandé aux Palestiniens de revenir à des négociations directes « sans aucune précondition ». 

Avec véhémence, le Ministre des affaires étrangères de l’Arabie saoudite, M. Ibrahim Bin Abdulaziz Al-Assaf, a accusé le régime iranien d’être responsable des attaques du 14 septembre contre ses infrastructures pétrolières, puis demandé à l’ONU d’adopter une réponse « ferme et unifiée ».

Sur une note plus positive, le Président de la Somalie a estimé que son pays était « le parfait exemple du succès que peut produire le système multilatéral ».  Les progrès vers la reconstruction avancent à grands pas, a assuré M. Mohamed Abdullahi Mohamed, en évoquant les élections législatives et présidentielle de 2021.  À son tour, la Présidente de l’Éthiopie, Mme Sahle-Work Zewde, a salué le chemin parcouru ces dernières années par la Somalie, qui consolide aujourd’hui selon elle ses institutions.  Dans le même temps, la menace des Chabab subsiste dans le pays et dans toute la région, a-t-elle nuancé, appelant à éviter tout retour en arrière sur les progrès réalisés grâce à la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et aux forces armées somaliennes.  De même, leur homologue djiboutien, M. Ismaïl Omar Guelleh, s’est félicité de la poursuite du « mouvement salutaire vers la paix » dans la Corne de l’Afrique, avant de saluer les « bonnes nouvelles » en provenance du Soudan voisin.

Le débat général de l’Assemblée générale se poursuivra demain, vendredi 27 septembre, à partir de 9 heures.

Suite du débat général

TUPOU VI, Roi des Tonga, a remercié la présidence de l’Assemblée générale pour son souci d’inclusion des petites délégations aux débats et réunions de haut niveau lors de cette soixante-quatorzième session.  Le souverain a renouvelé son engagement pour les objectifs de développement durable et l’Agenda 2030.

« Bien que mon pays et les petits États insulaires du Pacifique ne contribuent qu’à moins de 1% du réchauffement planétaire, nous restons engagés à respecter l’Accord de Paris », a affirmé le souverain.  La priorité pour les Tonga est de garantir des financements pour lutter contre les changements climatiques.  À cet égard, le pays salue l’annonce du Royaume-Uni qui va doubler sa participation au Fonds vert pour le climat.

« Les changements climatiques ne sont pas seulement une question politique, pour nous, c’est une question de survie », a martelé M. Tupou VI.  Il a rappelé l’importance de la déclaration conjointe des États du Pacifique, dite de « Kainaki II », présentée le mois dernier aux Tuvalu, qui proclame l’existence d’une « crise des changements climatiques » dans les archipels du Pacifique.  Le Roi a eu une pensée pour les habitants des Bahamas, confrontés aux destructions de l’ouragan Dorian.

Les Tonga ont pour objectif d’atteindre 50% d’énergies renouvelables d’ici à 2020 et ont négocié les financements nécessaires à cette fin.  Le dirigeant a détaillé la participation de son pays aux différentes institutions et enceintes de travail internationales pour la protection de la faune et des fonds marins.  Les frontières maritimes des Tonga, tracées en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, ne doivent pas être modifiées par la montée des eaux, a prévenu le souverain.  « Notre souveraineté ne doit pas être compromise par les effets des changements climatiques » a-t-il insisté.

M. NICOS ANASTASIADES, Président de Chypre, a estimé que ne pas s’attaquer aux grands défis posés au monde ne peut qu’aggraver les phénomènes de fanatisme religieux, d’extrémisme violent, de sectarisme, ainsi que la destruction des héritages culturels, les guerres civiles et les conflits ethniques qui entraînent le déplacement de millions de personnes.  Malgré les faiblesses et les ratés de l’ONU, personne ne peut ignorer qu’elle reste l’unique forum international dans lequel chacun peut interagir, a-t-il fait valoir.  « Le multilatéralisme et l’action collective restent l’unique réponse pour éliminer les menaces. »

Depuis 45 ans, a poursuivi le Président, Chypre est à l’avant-garde des initiatives de paix et de stabilité dans la région du Moyen-Orient, alors même qu’elle est confrontée à un statu quo inacceptable sur son propre territoire.  Celui-ci résulte de l’invasion turque de 1974 et de l’occupation illégale de plus d’un tiers du pays, qui ont entraîné le déplacement de 40% de la population.  « Chypre demeure le seul pays divisé d’Europe et réitère son plein soutien aux efforts du Secrétaire général pour reprendre le processus arrêté à Crans-Montana », a insisté M. Anastasiades.

À cette fin, a précisé le dirigeant, les représentants des deux communautés ont décidé que les « termes de référence » devaient intégrer: la déclaration conjointe du 11 février 2014 qui jette les bases et principes d’un accord et propose une méthodologie de négociation; les points de convergence arrêtés à la Conférence de Chypre à Crans-Montana; le plan en six points du Secrétaire général sur la sécurité et les ajustements territoriaux du 30 juin 2017.  Sur ces bases, la négociation d’un accord est possible ouvrant la voie vers l’évolution de Chypre en une fédération bizonale, bicommunautaire, et aux droits égaux dans le cadre d’une souveraineté et d’une citoyenneté uniques.  Mais un accord ne saurait dévier des résolutions du Conseil de sécurité ni des principes et valeurs de l’Union européenne, a-t-il averti.

Hélas! a regretté le Président, de récentes initiatives de la part de la Turquie ont violé le droit international et gravement sapé l’environnement nécessaire à un règlement.  « Sans chercher à lancer des accusations, il est clair que Chypre refusera toute diplomatie de la canonnière », a-t-il déclaré.  Mais comment réussir quand la Turquie viole la souveraineté de Chypre?  Ou quand elle menace les États voisins et les compagnies énergétiques qui coopèrent avec Chypre? Ou quand elle envisage d’étendre son occupation militaire sur la zone fermée de Varosha, près de Famagosta?  « En ce moment même, Chypre est confrontée à une politique agressive et à une escalade militaire de la Turquie dans la zone tampon », a dénoncé M. Anastasiades, ce qui rend le mandat de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) plus nécessaire que jamais.

« Je souhaite parler de la Serbie et de sa région, car on ne peut parler de l’un sans l’autre », a déclaré à l’entame de son discours M. ALEKSANDAR VUČIĆ, Président de la Serbie, signalant son attachement au dialogue, à la paix et à la stabilité dans les Balkans. 

« En 2014, mon pays était au bord de la faillite économique », a ensuite rappelé M. Vučić.  « Mais aujourd’hui, nous n’avons plus de problème de finances publiques », s’est-il enorgueilli, mentionnant l’augmentation de 45% du PIB par habitant au cours des cinq dernières années et la réduction du taux de chômage du pays, « le plus bas de la région ».  Selon le Président, cette dynamique est amenée à se prolonger au cours des trois prochaines années, durant lesquelles les perspectives de croissance de la Serbie devraient demeurer positives.  « Mais les habitants de la région vivent-ils correctement? » s’est-il interrogé.  « La réponse est non ».  M. Vučić a, en effet, estimé que la Serbie et les Balkans auraient besoin de plusieurs décennies de développement pour se rapprocher des niveaux de vie de l’Europe occidentale.  Dans ce contexte, le Chef de l’État a salué les bonnes relations de son pays avec la Chine et, « de plus en plus », avec les États-Unis.

« Nous pensons néanmoins que nous pouvons faire nos propres choix et ne pas suivre les préceptes d’autres puissances », a poursuivi le Président.  Abordant le « problème non résolu » du Kosovo, le Chef de l’État a estimé que le progrès économique de la Serbie pâtissait de l’état actuel des relations entre Belgrade et Pristina.  Il a toutefois réaffirmé sa détermination à trouver une solution durable au Kosovo, « pour le bien-être de toute la région ».  Le Président a appelé les grandes puissances à appuyer son pays en ce sens, « et non l’inverse », comme cela a été le cas, selon lui, par le passé.  Même si nous ne reconnaissons pas l’indépendance « autoproclamée » du Kosovo, « une province administrée par l’ONU », nous maintenons un dialogue avec Pristina et faisons preuve d’une attitude constructive, a-t-il affirmé, à l’image des « concessions » faites par la Serbie lors de la signature de l’Accord de Bruxelles.  Or, a déploré le Chef de l’État, les dispositions de l’Accord « n’ont été respectées que par la Serbie » et non par Pristina.  À ses yeux, cette dernière multiplie les provocations, comme en témoigne, selon lui, l’imposition d’un taux de 100% de tarifs douaniers aux produits serbes, au détriment de la coopération entre les deux parties et des conditions de vie des Serbes du Kosovo.  Face à ces actions unilatérales, M. Vučić a affirmé que son pays agissait « de manière mesurée », en ayant pleinement conscience que l’avenir de la Serbie est intrinsèquement lié à celui du Kosovo.

Le maintien de bonnes relations entre les Serbes et les Albanais est également indispensable pour la stabilité de la région et l’unité de l’Europe, a, en outre, déclaré le Président, avant de citer un ensemble de projets d’infrastructures de transports avec les pays voisins de la Serbie.  Nous construisons une autoroute vers la Macédoine et la Bulgarie, des voies ferrées modernes vers la Hongrie et nous nous apprêtons à construire une autoroute entre Belgrade et Sarajevo, a ainsi précisé M. Vučić.  Ces différents projets, a-t-il indiqué, ont tous pour but de promouvoir le libre-échange de biens et de capitaux dans le cadre d’un marché commun.  « Les peuples des Balkans doivent se battre pour eux-mêmes », a-t-il insisté, avant d’appeler de ses vœux la création d’une « zone économique unique régionale », qui « ne serait pas un substitut à l’Union européenne », mais une mesure pour favoriser la convergence entre les Balkans et le reste de l’Europe.

M. RUMEN RADEV, Président de la Bulgarie, a appelé à accélérer la mise en œuvre des objectifs de développement durable, notamment en matière de santé publique et d’éducation.  La race humaine est confrontée aux conséquences néfastes de la surexploitation croissante des ressources naturelles et de l’urbanisation massive, a-t-il déclaré.  Dans ce contexte, M. Radev a remercié le Secrétaire général pour ses efforts en vue de dynamiser l’action climatique des États Membres dans le cadre du Sommet Action Climat 2019, en début de semaine. 

« La Bulgarie respecte ses obligations découlant de l’Accord de Paris », a ensuite affirmé le Président, précisant que son pays ne ménageait aucun effort pour limiter la montée des températures mondiales à 1,5 degrés Celsius et atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050.  « Mon pays a d’ores et déjà atteint l’objectif ciblé de 18% de part d’énergie renouvelable dans sa production nationale, ce qui le place à l’avant-garde de l’Union européenne », s’est-il enorgueilli.

Le Chef de l’État a ensuite abordé la question de la menace croissante posée par le terrorisme et l’extrémisme violent.  Il a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour renforcer sa coopération en la matière, sous l’égide des Nations Unies.  « Malheureusement, au cours de l’année écoulée, la communauté internationale n’a pas été en mesure de réaliser des progrès significatifs », a-t-il déploré, estimant que la « victoire militaire proclamée » contre le califat de Daech, en mars dernier, n’avait pas suffi à ramener la paix au Moyen-Orient.  À ses yeux, la communauté internationale doit donc demeurer vigilante face à la menace terroriste, « qui existe toujours sous différentes formes ».

M. Radev a en outre jugé crucial de trouver une solution politique au conflit en Syrie.  « J’appelle à une cessation des hostilités à l’échelle nationale et à la protection des civils », a-t-il déclaré, jugeant impératif de garantir un accès humanitaire à l’ensemble de la population du pays.  Passant ensuite à la crise libyenne, le Chef de l’État a dit appuyer la relance du processus de médiation sous l’égide de l’ONU, dans la perspective éventuelle de la tenue d’élections parlementaires et présidentielle.  « La stabilisation de la Libye est d’une importance capitale pour la sécurité régionale et la gestion des flux de migrants en Méditerranée », a-t-il insisté, avant de plaider en faveur d’une coopération étroite entre l’Union européenne et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).  Cette coopération, a poursuivi le Président, devrait se traduire par une augmentation du nombre de retours volontaires et par une amélioration des conditions de vie dans les centres de détention libyens. 

Abordant la situation « hautement précaire » dans l’est de l’Ukraine, le Président a appelé les parties au conflit à mettre en œuvre les accords signés et approuvés par le Conseil de sécurité dans sa résolution 2202 (2015).  Il est d’une importance « vitale », a-t-il insisté, que les parties respectent le cessez-le-feu, finalisent le retrait des armes lourdes de la zone et octroient un accès sans entrave à la Mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Concernant le dossier iranien, M. Radev s’est dit préoccupé par la décision de l’Iran de suspendre la mise en œuvre de certains de ses engagements en vertu du Plan d’action global commun.  « Le retour à un strict respect de l’accord sur le nucléaire et la poursuite de la diplomatie sont les seuls prérequis à l’abaissement des sanctions », a-t-il indiqué, appelant à aborder séparément les questions liées au rôle de l’Iran dans la région et à son programme de missiles balistiques.  Enfin, le Président bulgare a plaidé en faveur de l’intégration des pays des Balkans occidentaux à l’Union européenne.  « Le processus visant à devenir membre est un investissement dans la stabilité », a-t-il affirmé, appelant à « dépasser l’héritage du passé » dans la région en « construisant activement des relations de bon voisinage ».

M. JULIUS MAADA BIO, Président de la Sierra Leone, a déclaré que son pays soutenait le principe d’un engagement à la fois dans les domaines de la prévention et du règlement des conflits et des différends.  En tant que contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, son pays a démontré un engagement vigoureux en faveur de la promotion et du maintien de la paix et de la sécurité internationales.  Le Chef d’État a ensuite souligné la nécessité d’une réforme du Conseil de sécurité, dont son pays est l’un des partisans historiques, laquelle réforme doit s’inscrire dans le cadre plus général d’une réforme de l’Organisation.  « L’Afrique demeure la seule région sans représentation dans la catégorie des membres permanents, et est également sous-représentée dans celle des non-permanents », a-t-il constaté à regret.  Dans ce contexte, la demande de l’Afrique pour obtenir deux sièges permanents est une question de bon sens, comme le droit de disposer d’une voix égale dans les processus décisionnels relatifs à la paix et à la sécurité internationales.  « La patience de l’Afrique est mise à l’épreuve », a insisté le dirigeant, en demandant à l’Assemblée générale de soutenir collectivement l’appel « urgent » du continent en faveur d’une représentation équitable de l’Afrique au Conseil de sécurité, conformément au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte.

M. Bio a ensuite rappelé que son pays avait toujours privilégié le dialogue et la réconciliation nationale dans ses efforts pour rétablir la paix.  « Nous avons récemment conclu une conférence consultative nationale intitulée Bintumani III, dans le cadre de laquelle un organe représentatif de l’ensemble de la nation a entrepris de mettre en place une commission permanente et indépendante pour la paix et la cohésion sociale », a indiqué le Président.  En outre, les aspirations des Sierra-Léonais sont reflétées dans un plan de développement quinquennal aligné sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Agenda 2063 : « L’Afrique que nous voulons », et qui est le fruit d’une consultation élargie.  Dans ce contexte, la Sierra Leone a alloué 21% de son budget national à l’éducation, la scolarité de la maternelle au collège étant gratuite, et elle a élargi les opportunités sur le plan éducatif pour les filles en créant des « espaces sûrs » au sein des établissements scolaires.  « Nous sommes ouverts aux partenariats; nous sommes ouverts à la collaboration; nous sommes ouverts aux idées sur les meilleurs moyens d’améliorer la qualité de l’éducation parce que nous croyons que notre succès dans une économie numérique mondialisée dépendra des investissements que nous réaliserons dans l’avenir de nos enfants », a ajouté le Chef d’État.

C’est d’ailleurs grâce aux partenariats et à l’innovation que la Sierra Leone a fait des progrès considérables dans l’établissement d’une identité juridique et des actes de naissance, ce qui lui a permis de renforcer son registre d’état civil et ses systèmes statistiques, a fait observer M. Bio.  Cependant, les menaces des inégalités et de l’exclusion pèsent toujours sur les jeunes du pays, a-t-il regretté, en faisant valoir les mesures prises par son gouvernement pour remédier à cette situation sous la forme de programmes sociaux, de formations et de projets agricoles.  Le Président a également vanté les efforts déployés par son pays pour réaliser la couverture sanitaire universelle, y compris pour les soins de santé mentale, qui sont disponibles au niveau communautaire. 

L’éradication de la pauvreté et de la faim relève aujourd’hui de l’urgence, a alerté M. FÉLIX ANTOINE TSHILOMBO TSHISEKEDI, Président de la République démocratique du Congo (RDC).  Mon pays, a-t-il affirmé, peut faire partie de la solution, avec ses 120 millions d’hectares de terres arables et ses eaux abondantes, capables de nourrir plus de deux milliards d’individus.  Énumérant les mesures qu’il a prises en matière d’éducation, de formation et de santé, le Président s’est aussi attardé sur le « vaste » programme d’urgence de développement communautaire qu’il a lancé dès son accession au pouvoir.  Dans cette Afrique, pivot de la durabilité, a-t-il poursuivi, la nature a fait de mon pays le dépositaire de 47% des forêts du continent, lui conférant une responsabilité majeure face aux enjeux de survie de la planète.  Mais, a-t-il prévenu, la préservation de notre patrimoine naturel ne peut se faire au détriment de notre développement.

Il est incompréhensible, a-t-il avoué, que les forêts du bassin du Congo, qui sont les mieux conservées au monde, ne captent que 1% des financements disponibles.  Le Président a jugé impératif que toute l’architecture financière internationale, dont le Fonds monétaire international (FMI), intègre davantage la donne environnementale dans son analyse des critères et défis macroéconomiques.  Son gouvernement ayant fait de la production d’énergie propre et renouvelable la première de ses priorités économiques, le Président a estimé que moyennant des investissements agressifs et une politique attractive de protection de ses investissements, la RDC pourra passer de moins de 10% d’électrification actuellement à 60% dans les 10 prochaines années, faisant reculer très significativement la consommation du bois de chauffe.  À terme, a-t-il confié, « nous voulons être l’endroit de la planète où le kilowatt heure électrique sera le moins cher, grâce à l’exploitation de notre capacité de plus de 100 000 mégawatts en hydroélectricité ». 

Nous sommes disposés, a promis M. Tshilombo Tshisekedi, à encadrer davantage l’exploitation forestière et à étendre les réserves et parcs de protection naturels pour augmenter notre biomasse et protéger notre biodiversité.  Mais, a nuancé le Président, cela ne peut s’entendre qu’avec, en contrepartie, la mise en œuvre effective d’une stratégie d’industrialisation écoresponsable, concentrée autour des centres de production et de consommation et génératrice d’emplois pour la jeunesse.  Il a aussi promis de poursuivre une agroforesterie qui maximise l’avantage comparatif de son pays pour certaines cultures, en privilégiant les zones de savane.

Passant au front politique, en rappelant la relation particulière que l’ONU entretient avec son pays depuis son accession à l’indépendance, le Président a tout de même demandé: « pourquoi, malgré cette longue présence, la plupart des espoirs de paix et de développement ont été déçus? »  Au-delà des choix et responsabilités internes, a-t-il estimé, on ne peut pas observer le Congo ou l’Afrique en isolation du reste du monde et des intérêts des autres.  « Nous vivons chaque jour ces chocs d’intérêt qui expliquent le plus souvent la fragilité récurrente » de la RDC, a-t-il ainsi constaté.  Il a rappelé sa proposition de créer « une coalition régionale contre le terrorisme » pour éradiquer le fléau de l’insécurité créé par les groupes armés internes et externes.  Comme si les conflits ne suffisaient, les contrées de l’est, a-t-il déploré, sont aussi affectées depuis une année par l’épidémie d’Ebola.  Le Président, qui a fait part des progrès et des mesures envisagées, a salué l’élan de solidarité des partenaires bi et multilatéraux dont la Mission de l’ONU.

S’agissant en particulier de cette dernière, M. Tshilombo Tshisekedi a dit: « La RDC a encore besoin de la Mission mais une Mission non pléthorique, bien équipée, forte et dotée d’un mandat adapté, à l’image de la Brigade d’intervention rapide qui avait jadis mis en déroute le Mouvement M 23 ».  Aujourd’hui, a encore rappelé le Président, la RDC détient environ 70% des réserves mondiales des métaux stratégiques indispensables pour la réalisation de la transition énergique et numérique qui s’impose à l’humanité.  Plutôt que d’utiliser ses réserves naturelles de minerais comme « source de rente monopolistique », la RDC, a-t-il assuré, se propose de s’ouvrir au monde en permettant l’exploitation réglementée de son sous-sol contre un accompagnement à l’industrialisation et à la production de batteries et de composants à plus haute valeur ajoutée.  « Le monde a soif de cobalt, de coltan, de lithium; la RDC, d’emplois industriels, de formation et de développement.  Le pays a aussi 53% des réserves en eaux douces de l’Afrique et une gestion durable de ce potentiel « permettra un jour d’étancher la soif d’un quart des habitants de la planète ».

« Depuis mon investiture, je m’emploie à consolider les avancées démocratiques afin de garantir l’ensemble des droits et libertés », a conclu le Président, qui s’est félicité du « bonheur » que son pays a eu de vivre, pour la première fois de son histoire, une alternance pacifique et démocratique, « alors que nombre d’observateurs brossaient un tableau sombre et pessimiste de l’issue du processus électoral ».  Ayant développé une intense activité diplomatique en vue de réaffirmer l’engagement de la RDC pour des relations de bon voisinage et une coexistence pacifique, le Président a déclaré: « Nous, leaders africains, nous devons doter notre continent d’une voix consensuelle et harmonieuse, fondée sur une politique véritablement africaine. »

Son pays a fait de notables progrès sur la question de l’égalité hommes-femmes s’est félicité M. IGOR DODON, Président de la République de Moldova.  Il a précisé que des femmes étaient aujourd’hui à la tête du Gouvernement et du Parlement, où elles sont respectivement représentées à 65% et 25%.  Il a aussi insisté sur « le rôle crucial des femmes dans toute société moderne, celui de mère et de protectrice de la santé de la famille ».  Afin de promouvoir la création et la protection des familles, la Moldavie a fait de 2019 l’année de la famille.

Le Président s’est dit fermement convaincu que dans le contexte mondial actuel, les problèmes internes d’une nation ne peuvent souvent être résolus que grâce à l’aide internationale.  « Ceci est encore plus vrai pour les petits pays », a-t-il renchéri, présentant la République de Moldova comme un exemple type.  Depuis son indépendance en 1991, le pays a vu sa population diminuer de près d’un tiers, le nombre de naissances annuel divisé par 3 et certains indicateurs économiques restent sous les niveaux de 1990.  Un million de Moldoves, soit l’équivalent de la moitié de la population active, travaillent à l’étranger.  « La dépopulation du pays est devenue une menace pour la survie même de l’État », s’est-il inquiété.

Les énormes investissements dans l’éducation et le capital humain n’ont eu quasiment aucun résultat sur le plan économique, a-t-il regretté.  Cette situation est le fruit d’un mélange complexe de mauvaise gouvernance, de corruption endémique, et de « politiques interethniques ».  Abordant les questions sécuritaires, M. Dodon a noté que « la confrontation entre les grands acteurs géopolitiques de la région n’a jamais cessé ».  Le pays ne doit pas s’engager d’un côté ou de l’autre, a-t-il estimé.  Quand il l’a fait, comme en Transnistrie, « il l’a payé très cher ».

Après s’être félicité des dernières initiatives de la Fédération de Russie relatives à l’élimination des munitions étrangères conservées en Moldova et la fin du retrait des troupes étrangères de son territoire, le Président a confié avoir bon espoir de voir le conflit de Transnistrie se résoudre.  « Contrairement à beaucoup de conflits gelés, celui de Transnistrie n’a pas pour conséquence d’attiser les haines ethniques et religieuses », a-t-il ajouté.

M. Dodon s’est aussi félicité d’un « consensus interne et externe » sans précédent en Moldova: pour la première fois, les deux grandes familles politiques moldoves et les grandes puissances mondiales, Fédération de Russie, États-Unis et Union européenne, semblent prêtes à agir de conserve.

En conclusion, le Président a plaidé pour « une Europe unie de Lisbonne à Vladivostok, au sein de laquelle la République de Moldova aura toute sa place ».  Il a affirmé vouloir « maintenir le statut de neutralité permanente » de son pays, présentant la neutralité militaire de l’Autriche comme un exemple à suivre.

M. DANIEL KABLAN DUNCAN, Vice-Président de la Côte d’Ivoire, a salué le thème choisi pour la présente session de l’Assemblée générale, qui souligne, selon lui, l’importance que chaque État Membre devrait accorder au multilatéralisme pour relever collectivement les grands défis contemporains.  Or, le multilatéralisme fait aujourd’hui l’objet de « fortes pressions », a déploré le Vice-Président.  Pour contrer la montée des antagonismes et de l’unilatéralisme sur la scène internationale, M. Duncan a salué la création par l’Assemblée générale, le 12 décembre 2018, de la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix, qui sera célébrée cette année pour la première fois.

Le Vice-Président a ensuite appelé à redoubler d’efforts pour mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Selon lui, quatre années après son adoption, les enjeux demeurent les mêmes, à savoir la persistance de la faim, de la malnutrition et de la pauvreté dans le monde, les effets des changements climatiques, les crises migratoires et l’exclusion.  « Ces défis nous commandent d’agir en synergie avec plus de célérité et de détermination », a-t-il appelé, précisant que, pour sa part, la Côte d’Ivoire s’était dotée d’un plan national de développement. 

Dans ce cadre, le pays a notamment triplé, au cours des huit dernières années, son niveau de dépenses publiques en faveur des pauvres, qui est passé de 1,7 milliard de dollars en 2011 à 5 milliards de dollars en 2019.  La Côte d’Ivoire a également mis en place un programme social sur la période 2019-2020 assorti d’un budget de 2 milliards de dollars, a précisé le Vice-Président, ajoutant que le pays s’apprêtait prochainement à étendre la couverture maladie universelle, instituée en 2014.  Entre autres réalisations nationales, il a également cité l’instauration de la gratuité de l’école primaire, l’école obligatoire pour les enfants âgés de 6 à 16 ans et l’adoption d’un plan stratégique d’alphabétisation visant à faire passer le taux d’analphabétisme en dessous de 10% d’ici à 2024. 

Selon M. Duncan, toutes ces actions ont permis de réduire sensiblement le taux de pauvreté dans le pays.  Cependant, le Vice-Président a indiqué que ces stratégies ne sauraient produire les résultats escomptés en l’absence d’un financement adéquat de la part des parties prenantes, notamment du système des Nations Unies. 

Par ailleurs, face à la menace des changements climatiques, M. Duncan a appelé à promouvoir « une économie verte », fondée sur la valorisation des écosystèmes, la promotion de la technologie propre et l’amélioration de la productivité des ressources.  Il a jugé plus que jamais important de mettre en œuvre les engagements pris dans le cadre de la Conférence des Parties à la Convention-cadre sur les changements climatiques, notamment pour adopter « un pacte mondial pour l’environnement ».  Le Vice-Président ivoirien a également réaffirmé l’intention de son pays de respecter ses engagements découlant de l’Accord de Paris de 2015, à savoir la réduction de 28% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030.  Pour ce faire, il a indiqué que son pays avait adopté une stratégie nationale de lutte contre les changements climatiques 2015-2020.  Quant aux pays développés et émergents, ils devraient contribuer davantage à la mobilisation des ressources financières, conformément aux recommandations de l’Accord de Paris, a estimé le Vice-Président.

Sur le plan de la sécurité, M. Duncan a déploré la persistance de nombreux foyers de tension sur le continent africain, notamment en Afrique du Nord et de l’Ouest, où différents groupes terroristes continuent de semer le trouble.  « Aucune solution durable à ces défis ne peut être envisagée sans une approche globale dans un cadre multilatéral et une collaboration de tous », a affirmé le haut responsable.  C’est dans ce sens, a-t-il précisé, que les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l'Ouest (CEDEAO), de la Mauritanie et du Tchad ont décidé, à Ouagadougou, le 14 septembre dernier, de se doter d’un plan d’action d’un milliard de dollars sur quatre ans pour vaincre le terrorisme en Afrique de l’Ouest et dans le bassin du lac Tchad.

« Une semaine avant les récentes élections israéliennes, le Premier Ministre Netanyahu a annoncé avec arrogance, qu’en cas de victoire, il annexerait la vallée du Jourdain, le nord de la mer Morte et les colonies de peuplement israéliennes, bien que ces zones fassent toutes partie du Territoire palestinien occupé », a constaté M. MAHMOUD ABBAS, Président de l’État de Palestine, à l’ouverture de son allocution. 

« Nous rejetons totalement ce plan illégal, et si un gouvernement israélien devait l’appliquer, notre réponse sera d’abroger tous les accords signés avec lui », a prévenu M. Abbas.  « Nous avons le droit de défendre nos droits par tous les moyens possibles, quelles que soient les conséquences, tout en restant attachés au droit international et à la lutte contre le terrorisme », a-t-il précisé.  Le Président a remercié tous les dirigeants, pays et organisations internationales qui ont condamné les déclarations israéliennes.

« Je vous demande mesdames et messieurs, que feriez-vous si quelqu’un essayait de prendre possession de votre pays et d’en effacer la trace de votre présence? » a-t-il lancé.  « Il est temps pour la communauté internationale d’assumer ses responsabilités, d’appliquer ses résolutions et de mettre fin à l’agression d’Israël », a-t-il martelé.  « Je vous le demande encore une fois: le temps n’est-il pas venu de réaliser l’émancipation du peuple palestinien et de le libérer de l’injustice, de l’oppression et de l’occupation? »

M. Abbas a remercié l’Assemblée générale d’avoir accordé à la Palestine le statut d’État observateur de l’ONU en 2012.  Il s’est dit fier de voir son pays reconnu par 140 États, membre de plein droit de 110 instances et organisations internationales et présidant actuellement le Groupe des 77 et de la Chine.  Puis il s’est exclamé: « La Palestine mérite d’être membre à part entière de l’ONU.  Citez une seule raison pour laquelle nous ne pourrions pas le devenir! »

D’après le dirigeant palestinien, la paix et le droit international sont gravement menacés par les politiques d’Israël en Palestine occupée et par son non-respect des engagement pris depuis les Accords d’Oslo en 1993.  « Vous êtes responsables de la préservation de la paix et du droit international! » a-t-il rappelé à l’Assemblée.  « La Puissance occupante livre une guerre raciste et sans merci à tout ce qui est palestinien à Jérusalem-Est. »  M. Abbas a cité l’expulsion de citoyens palestiniens, la confiscation et la destruction de maisons, les attaques contre des représentants religieux, les tentatives de violer le caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa et de l’église du Saint-Sépulcre, et le déni d’accès aux lieux saints.

M. Abbas a condamné la « décision arbitraire » d’Israël de bloquer des fonds destinés à l’État palestinien et d’en confisquer une partie, aggravant la crise économique dont souffraient déjà les Palestiniens.  « Mais le peuple palestinien ne se rendra pas, quelles que soient les souffrances endurées.  Nous résisterons à l’occupation par tous les moyens possibles, au premier rang desquels la résistance pacifique du peuple », a-t-il assuré.  « Israël ne doit pas penser que l’occupation pourra lui amener la paix. »

Évoquant le rôle des États-Unis, le Président a qualifié de « regrettable et choquant » le soutien apporté à l’agression israélienne, en contradiction avec leurs obligations internationales, politiques, légales et morales.  Il a dénoncé en particulier leur décision de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade américaine comme « extrêmement agressive » et « illégale ».  Il y a vu une « provocation flagrante » à l’encontre de millions de musulmans et de chrétiens.  « Jérusalem restera la capitale éternelle de la Palestine », a-t-il insisté.  M. Abbas a également déploré la fermeture de la représentation de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington et l’arrêt de toute contribution américaine au budget de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

La politique américaine a encouragé le gouvernement d’occupation israélien à ne faire aucun cas des accords conclus avec la Palestine, privant ainsi le processus de paix de toute crédibilité et compromettant la solution des deux États, a-t-il déploré.  Cette situation amène beaucoup de Palestiniens à s’interroger sur les vertus d’une solution à un seul État où tous les citoyens seraient égaux en droit.  « Que puis-je répondre à ces questions soulevées par les gens? » s’est-il interrogé, avant de préciser qu’il demeurait malgré tout en faveur d’une solution de deux États basée sur le droit international. 

Le Président de l’État de Palestine s’est dit prêt à négocier avec Israël qu’il accuse de refuser le dialogue.  S’il a souhaité la tenue d’une conférence internationale de paix sur la base de sa proposition de février 2018, il a rejeté toute solution présentée par un seul pays ou une médiation unique des États-Unis.  Annonçant ensuite la convocation d’élections législatives en Cisjordanie, Jérusalem-Est inclus, et dans la bande Gaza, il a invité l’ONU et les organisations internationales à venir les observer.

Certain que l’occupation israélienne, comme toutes celles qui l’ont précédée, aux États-Unis, en Europe ou en Afrique, prendra fin, M. Abbas a conclu son discours en affirmant: « Un droit n’est jamais perdu tant qu’il y a quelqu’un pour le faire valoir. »

Soulignant que « l’engagement en faveur du multilatéralisme n’a jamais été aussi urgent », Mme SAHLE-WORK ZEWDE, Présidente de l’Éthiopie, a passé en revue les réformes entreprises par son pays depuis la transition politique d’avril 2018.  L’Éthiopie, a-t-elle dit, dispose désormais de fondations démocratiques solides, et des élections devraient avoir lieu l’an prochain.  La dirigeante a également relevé que la parité homme-femme s’applique désormais au plus haut niveau de l’État éthiopien.  « Qui parmi vous aurait pensé qu’une femme d’Afrique s’adresserait à vous aujourd’hui? » a-t-elle lancé.  Elle a salué les avancées réalisées par l’Éthiopie en matière de développement et par la Corne de l’Afrique en ce qui concerne la paix et la stabilité.  « Le rapprochement avec l’Érythrée a clairement démontré la capacité qu’ont les Africains à résoudre leurs problèmes par la voie du dialogue constructif », a-t-elle déclaré, affirmant œuvrer à la transformation de la région en une « zone inclusive de paix et de prospérité ».  Un projet qui devrait, selon elle, bénéficier du soutien de la communauté internationale.

Sur le plan international, Mme Zewde a jugé « très encourageante » la formation d’un gouvernement d’union nationale au Soudan, sur la base de l’accord politique conclu le mois dernier.  Les parties représentées aux négociations ont reconnu les efforts de médiation déployés par l’Éthiopie et l’Union africaine, a-t-elle noté, estimant que la nouvelle équipe dirigeante mérite d’être pleinement soutenue par la communauté internationale dans ses efforts destinés à relancer l’économie nationale. Elle a ajouté que l’Éthiopie était favorable à la levée de toutes les sanctions économiques et financières qui pèsent encore sur le Soudan et souhaitait qu’il ne figure plus sur la liste des pays soutenant le terrorisme.

La Présidente a ensuite évoqué la Somalie, saluant le chemin parcouru ces dernières années par ce pays qui consolide aujourd’hui ses institutions, comme l’attestent les élections programmées en 2020.  Dans le même temps, a-t-elle constaté, la menace des Chabab subsiste en Somalie et dans toute la région.  Il importe d’empêcher toute inversion des progrès réalisés grâce aux sacrifices de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et des Forces nationales somaliennes, a martelé la Présidente, appelant les partenaires de l’AMISOM à maintenir leur soutien, notamment financier.

S’agissant du Soudan du Sud, Mme Zewde a noté avec satisfaction que, depuis la rencontre entre le Président Salva Kiir et M. Riek Machar, les parties ont progressé de manière encourageante vers la mise en œuvre effective de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit.  Elle les a appelées à poursuivre sur cette voie et à profiter de l’élan actuel pour atteindre l’ensemble des objectifs de la prétransition.  Là encore, la dirigeante a déclaré attendre beaucoup du soutien de la communauté internationale, non sans préciser que son pays est aujourd’hui le premier pays contributeur de troupes pour les opérations de maintien de la paix de l’ONU.  Depuis 70 ans, a-t-elle affirmé, les Casques bleus éthiopiens assument leur mission avec professionnalisme, dévouement et courage.  Dans ce contexte, elle s’est également prononcée pour une réforme du Conseil de sécurité, jugeant que l’Afrique « se doit d’y être représentée de manière permanente ».     

Avant de conclure son propos, la Présidente a assuré que son pays enregistrait d’importants progrès dans la mise en œuvre du Programme 2030.  Pour faire reculer la pauvreté et améliorer la qualité de vie, son gouvernement s’emploie à promouvoir une croissance économique rapide et inclusive.  De plus, les objectifs de développement durable seront intégrés dans les plans de développement nationaux des cinq prochaines années, a-t-elle précisé.  Enfin, réitérant son engagement à appliquer les dispositions de l’Accord de Paris sur le climat, elle a plaidé pour une action urgente et décisive pour faire barrage au réchauffement climatique.  Rappelant que son pays de plus de 100 millions d’habitants est « sans cesse affecté par des sécheresses dues au dérèglement climatique », elle a souligné les efforts déjà accomplis par l’Éthiopie en matière de reboisement et d’économie verte.  

M. DONALD TUSK, Président du Conseil européen de l’Union européenne, est revenu sur l’opposition entre globalisme et patriotisme.  « Cette opposition est erronée et dangereuse, même si ceux qui la défendent sont nombreux et puissants », a-t-il déclaré, estimant que l’idée à l’origine même de l’ONU ou de l’Union européenne (UE) était une « tentative héroïque » de dépasser cette opposition.

S’agissant de la notion de patriotisme, M. Tusk a jugé que l’histoire de nos nations montre combien il est facile de transformer l’amour de la patrie en haine du voisin, l’orgueil envers sa propre culture en mépris pour la culture de l’autre et la souveraineté nationale en violation de la souveraineté des autres États.

Quant à l’idée de globalisme, le représentant européen a estimé qu’elle n’était pas attrayante.  « Je préfère parler de solidarité », a indiqué M. Tusk.  « Je ne vous parle pas ici d’une idéologie naïve ou d’un jeu de mot abstrait », a-t-il insisté, mais bien d’une solidarité concrète.  Selon lui, où que l’on se trouve et quelles que soient les origines de chacun, « la vie risque de devenir un enfer si l’on ne trouve pas ici, à l’ONU, les moyens de résoudre les grands défis mondiaux ».  Au nombre d’entre eux, le Président du Conseil européen, dont le mandat arrive à son terme, a mentionné le terrorisme international, la prolifération nucléaire et la destruction de l’environnement.

S’agissant de cette dernière, M. Tusk a déploré la prolifération des matières plastiques dans les océans, l’extinction quotidienne d’espèces animales et végétales, la fonte des glaces et la crise amazonienne.  « Nous en sommes désormais à un point où nous ne pourrons plus qu’atténuer les changements climatiques et serons dans l’incapacité de faire marche arrière », a-t-il mis en garde.  Face à cette menace, le représentant a indiqué que l’UE était la garante du respect des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.  « Et nous ne ménagerons aucun effort pour être le premier continent à atteindre la neutralité carbone », a-t-il ajouté. 

L’environnement naturel de l’homme n’est pas seulement composé de la terre, des océans et des forêts, a par ailleurs noté M. Tusk.  Il repose également sur la liberté et la vérité, a-t-il estimé, appelant à défendre ces principes.  Pour y parvenir, le Président du Conseil européen a notamment jugé important « d’arrêter de répandre des mensonges ».  Selon lui, en effet, trop d’hommes politiques emploient aujourd’hui le mensonge pour accéder ou se maintenir au pouvoir.  À l’opposé de ces tactiques, M. Tusk les a appelés à défendre la liberté de parole et de la presse, ainsi qu’à « cesser de courtiser les dictateurs ».  Pour protéger la solidarité internationale, le représentant a également appelé à « protéger le faible quand il est attaqué par le plus fort », comme c’est le cas, selon lui, en Ukraine.  Si les dirigeants de ce monde ne veulent pas comprendre tout cela, ils passeront dans l’histoire « non pas pour des héros mais pour des faussaires ».

Mon pays, a estimé M. MOHAMED ABDULLAHI MOHAMED, Président de la Somalie, est le parfait exemple du succès que peut produire le système multilatéral.  Les progrès de la Somalie vers la reconstruction avancent à grands pas mais, a reconnu le Président, l’on ne peut rester sourd et aveugle face aux mécontentements d’un monde dominé par des inégalités, la pauvreté et des divisons causées par une mondialisation « injuste ».  La Somalie, a-t-il affirmé, joue un rôle de premier plan dans le développement socioéconomique de la Corne de l’Afrique.  Il s’est dit confiant que la coopération entre les pays de la région ne fera que renforcer la stabilité politique et la connectivité sociale et culturelle.

Le Président a exprimé toute la fierté de son pays après le succès des élections régionales dans certains des États fédérés, en prévision des élections législatives et présidentielle de 2021.  La Somalie, a-t-il poursuivi, est un exemple « historique » de la réforme, de la résilience et de l’attachement au progrès et à la reconstruction.  Mais malgré des progrès tangibles, le pays doit encore relever de nombreux défis et d’abord ceux liés à la sécurité dont « tout dépend ».  Avec l’aide de nos partenaires internationaux, a expliqué le Président, nous nous efforçons de nous débarrasser des dernières poches de l’extrémisme violent et du terrorisme.  Cette tâche n’est pas facile, a-t-il reconnu, compte tenu de la violence, de la lâcheté et des tactiques de guérilla opportunistes des Chabab.  Mais M. Mohamed s’est dit confiant qu’avec l’aide de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et des autres partenaires, son pays retrouvera la stabilité, dans l’intérêt de la région et du monde entier.  Il a aussi parlé des efforts entrepris pour doter le pays de forces armées bien équipées et responsables.  La réforme du secteur de la sécurité devrait offrir au pays le meilleur appareil sécuritaire possible.

S’agissant de l’environnement, la Somalie, qui a la plus longue côte du continent africain subit déjà les effets de la montée des eaux et de la température, comme en attestent la dégradation des sols et la déforestation.  En 2007, a déploré M. Mohamed, la sécheresse a provoqué des pertes estimées à plus de 600 millions de dollars, 93% des élevages ayant été détruits dans certaines régions.  Le dirigeant a réitéré son attachement à l’Accord de Paris, mais aussi à la résolution 751 (1992) du Conseil de sécurité qui demande à tous les États de prendre les mesures nécessaires pour empêcher l’importation et l’exportation directes et indirectes du charbon somalien.  « Cela ne sauvera peut-être pas l’environnement, mais cela privera sans aucun doute les terroristes d’une source de financement. »  Par ailleurs, la Somalie, qui vient de recevoir « les félicitations » du Fonds monétaire international (FMI), a adopté une politique de tolérance zéro face à la corruption.

M. NAYIB ARMANDO BUKELE, Président d’El Salvador, qui s’est interrompu pour prendre un selfie à la tribune de l’Assemblée générale, a pourtant estimé que cette assemblée était devenue chaque année plus obsolète depuis 74 ans.  Le monde change et l’Assemblée générale continue, toujours la même, a-t-il constaté.  « Bientôt nous n’aurons plus besoin de voyager ni de quitter famille et amis et dépenser des millions de dollars pour venir ici, nous pourrons échanger via un réseau de visioconférences avec le même effet, peut-être même mieux », a-t-il prédit.  Nous pouvons l’ignorer, nous tous -le système des Nations Unies, les gouvernements, les politiques- et attendre qu’il nous arrive ce qui s’est passé avec Kodak ou avec les dinosaures, comme ce qui est arrivé à de nombreuses grandes marques, quantité d’hôtels, d’agences de voyage, de compagnies et de partis.  « Pourquoi continuons-nous ici de faire comme si de rien n’était? »

Comment devons-nous agir, en tant que communauté internationale? a encore demandé le Président.  Réformer l’Assemblée générale, c’est déjà trop tard.  Nous devons accepter que le monde a changé, qu’il change sans cesse alors que nous continuons ici comme depuis 74 ans sans accepter l’inévitable.  « Tous les discours de ces chefs d’État ici pendant la semaine auront moins d’impact qu’une vidéo sur YouTube. »  Jugeant le format actuel « obsolète », M. Bukele a proposé à chacun d’envoyer « une vidéo de 15 minutes sur une plateforme en ligne de l’Assemblée générale ».  Et pourquoi ne donnons-nous pas à la jeunesse du monde l’occasion de proposer des idées nouvelles? a-t-il lancé.  Car ici, représentons-nous vraiment la jeunesse d’aujourd’hui?  Les populations de nos pays?  Pourquoi ne pas organiser « un concours d’idées », doté d’un prix pour les gagnants qui proposeraient des clefs pour résoudre les grands problèmes auxquels notre planète est confrontée – manque d’eau, pauvreté, faim, changements climatiques.  Pour cette organisation, ce serait une goutte d’eau que d’offrir 10 millions de dollars à chaque jeune arrivant, grâce à ses idées, à résoudre l’une de ces questions.

Il faut accepter que le format actuel de l’Assemblée ne fonctionne pas.  Le processus de renouvellement est déjà en cours, a insisté le Président.  « Les jeunes m’écoutent sur leur portable. »  Au Salvador, le nombre de téléphones cellulaires dépasse celui des habitants.  Et chaque citoyen qui se connecte à Internet devient un porte-parole, une source d’information et peut devenir un acteur politique.

Ne vous méprenez pas, a conclu M. Bukele, l’ONU a joué un rôle fondamental dans le maintien de la paix mondiale, la lutte contre la faim, la santé, le développement, le droit des femmes, des enfants, la protection de l’environnement.  Mais alors que les problèmes nous dépassent, la révolution des communications est un fait, c’est « une révolution démocratique ».  Il faut changer, s’adapter et accepter le progrès.

M. MICHAEL ASHWIN ADHIN, Vice-Président du Suriname, a indiqué que son pays, « le plus boisé de la planète », s’était engagé à protéger 93% de son couvert forestier, mettant également en avant sa biodiversité « unique ».  Il s’est dit solidaire des Bahamas, récemment frappées par l’ouragan Dorian.  Est-ce une coïncidence qu’en moins de trois ans, plusieurs pays des Caraïbes aient subi des ouragans parmi les plus puissants, ou est-ce un phénomène qui indique que les changements climatiques sont déjà devenus un fait de la vie quotidienne, avec tous leurs effets dévastateurs? a-t-il lancé.  « Le temps est à l’action, pas aux paroles et promesses creuses. »

En février dernier, a rappelé M. Adhin, le Suriname a accueilli la première réunion de haut niveau des pays à forte couverture forestière et à faible déforestation.  Depuis 2007, ces derniers ont reçu moins de 2 milliards de dollars en fonds climatiques, soit moins de 14% de l’ensemble des fonds promis.  Il a expliqué que cette conférence avait débouché sur l’adoption de la Déclaration conjointe du krutu de Paramaribo sur la mobilisation de moyens de financement de l’action climatique pour ces pays engagés à agir pour préserver leurs forêts.

Poursuivant, le Vice-Président a salué les récentes mesures prises sur le plan national par les parties vénézuéliennes pour trouver un terrain d’entente grâce à un dialogue authentique.  Le Suriname compte d’ailleurs opter pour cette voie pour résoudre les vestiges de son passé colonial, à commencer par les questions frontalières qui demeurent en suspens dans les parties est et ouest du territoire.  M. Adhin a ensuite salué le Pacte Leticia qui appelle à protéger et à assurer le développement durable de la région amazonienne.  Il a insisté sur le fait que l’inclusivité des pays de la région, « en tant que partie intégrante d’une Amazone vivante », doit les inciter à surmonter leurs différends politiques et à prendre des mesures pour assurer le développement des communautés autochtones et tribales, et respecter la souveraineté à la fois des pays et de la région amazonienne dans son ensemble.

Préoccupé par les différends commerciaux entres grandes puissances, le Vice-Président surinamais s’est dit opposé à la création de listes noires et à la saisie arbitraire de fonds, sans considération pour les graves conséquences que cela entraîne pour la stabilité des pays.  Il a vivement désapprouvé la poursuite de l’embargo contre Cuba.  M. Adhin a également expliqué qu’en raison de ses frontières ouvertes et de son arrière-pays à faible densité de population, le Suriname est devenu victime du trafic de drogue transfrontière.  Un plan directeur national sur les drogues pour la période 2019-2023 a été adopté pour faire face au fléau, a-t-il indiqué, expliquant que celui-ci repose en grande partie sur la coopération internationale.

Après avoir insisté sur l’importance de la participation des jeunes à tous les niveaux de prise de décisions, le Vice-Président a indiqué que la stagnation économique provoquée par la chute du prix mondial du pétrole brut entre 2013 et 2015 avait réduit de manière notable les revenus en devises de l’économie surinamaise.  Mais grâce au lancement d’un programme de réforme l’économie a pu enregistrer une croissance positive ces deux dernières années.

Enfin, M. Adhin a averti que la persistance de la classification du Suriname parmi les pays à revenu intermédiaire risque de rendre inatteignable la réalisation des objectifs de développement durable.  Il a fermement rejeté cette classification qui repose uniquement sur le PIB par habitant, sans tenir compte de l’ensemble des défis auxquels le pays fait face.  Il faut répondre à cette situation de manière urgente, a-t-il conclu, soulignant que l’accès à un financement concessionnel est essentiel pour accélérer la mise en œuvre du Programme 2030.

M. CHARLES MICHEL, Premier Ministre de la Belgique, a d’abord rendu hommage à l’ancien Président de la France, M. Jacques Chirac, en lui empruntant cette formule: « Dans un monde qui change, il n’y a pas de plus grand risque que de rester immobile. »  Partisan d’un multilatéralisme « audacieux, courageux et entreprenant », M. Michel a souligné que le progrès résidait dans la coopération, européenne ou internationale.

Concernant les changements climatiques, le Premier Ministre a invité à ne pas se tétaniser de peur ou de colère, à « ne pas tomber dans le catastrophisme », mais, au contraire, à « transformer les appels à nos consciences en forces positives et irréversibles », et à reconnaître avec lucidité le diagnostic.  Certes les changements climatiques impactent de façon structurelle la sécurité alimentaire, les migrations et même la stabilité dans de nombreux pays.  Mais la transition vers la neutralité carbone peut offrir des opportunités pour le développement et l’amélioration de notre cadre de vie, a encouragé le Chef du Gouvernement, citant l’innovation, la technologie, l’esprit d’initiative et la liberté d’entreprendre comme conditions indispensables pour s’adapter. 

En matière de développement durable, M. Michel a salué la baisse générale du niveau d’extrême pauvreté et du taux de mortalité infantile, et la hausse de l’accès à l’eau potable.  Cependant les défis restent nombreux, a-t-il averti, et la Belgique a invité le secteur privé à jouer un rôle majeur dans ce combat, encourageant un libre-échange bien encadré et le respect des règles de réciprocité, accompagnés de standards sociaux et environnementaux ambitieux.

Membre non permanent du Conseil de sécurité, la Belgique juge chaque opération de maintien de la paix nécessaire, a ensuite indiqué le Premier Ministre, qui a recommandé de « suivre avec attention les signes avant-coureurs de situations de crise », d’investir dans le dialogue politique et de renforcer les médiations.  Inquiet de l’escalade de la situation dans la région du Golfe, M. Michel a appelé toutes les parties à respecter le libre passage du détroit d’Ormuz et à la retenue.  La Belgique continue de soutenir le Plan d’action global commun (JCPOA), « un instrument utile du régime de non-prolifération », et appelle à une reprise des discussions sur le nucléaire, le rôle régional de l’Iran et son programme de missiles balistiques.

Concernant la Syrie, a poursuivi le Premier Ministre, la Belgique tient à rappeler qu’elle a constamment appelé à la fin des violences au Conseil de sécurité avec l’Allemagne et le Koweït, et proposé la semaine dernière un projet de résolution humanitaire visant à instaurer un cessez-le-feu et à protéger les civils d’Edleb.  « Nous regrettons que cette résolution ait fait l’objet d’un veto », a-t-il pointé.

Mobilisée aux côtés des populations de la République démocratique du Congo, la Belgique a salué les premiers gestes d’ouverture de l’espace politique, par exemple la libération de prisonniers, mais a constaté que les efforts à fournir demeuraient immenses, a dit M. Michel.  Déplorant la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, il a réaffirmé qu’il fallait honorer les engagements financiers à l’égard des pays de la région.  D’une manière générale, la Belgique, touchée en son cœur par le terrorisme, considère que la combativité face à l’extrémisme violent doit être sans faille, et que la coopération internationale est vitale pour l’éradiquer.

« C’est de l’action des États et des hommes et des femmes qui les gouvernent que doivent venir l’impulsion et la détermination pour éviter une catastrophe environnementale, économique et géopolitique », a déclaré M. XAVIER BETTEL, Premier Ministre du Luxembourg.  Seule une réduction de moitié d’ici à 2030 des émissions mondiales de gaz à effet de serre par rapport au niveau actuel, suivie de la neutralité climatique en 2050 permettra de limiter le réchauffement global à 1,5 degrés Celsius, a mis en garde le Premier Ministre en s’appuyant sur le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).  En ce sens, le Luxembourg s’apprête à adopter une loi-cadre sur le climat visant la neutralité climatique en 2050. 

« Ces chiffres ne doivent en aucun cas rester des coquilles vides, car il nous appartient de rassurer nos enfants que leur avenir est assuré », a poursuivi M. Bettel avant d’appeler à miser sur la jeunesse, notre alliée dans ce combat car « elle n’est jamais opposée au changement ».  L’enveloppe de 200 millions d’euros pour la période 2021-2025 allouée par le Luxembourg à l’assistance financière et technique des activités de lutte contre les changements climatiques dans les pays en développement, illustre sa solidarité internationale.  Le Luxembourg poursuivra aussi ses efforts en faveur d’une finance verte, a-t-il expliqué, en citant le « Luxembourg Green Exchange », qui est la première plateforme mondiale de cotation dédiée exclusivement aux obligations vertes, ou encore la « Climate Finance Plateform », lancée en partenariat avec la Banque européenne d’investissement, chargée d’accroître l’effet de levier sur les investissements privés en faveur de projets climatiques en atténuant leurs risques financiers.  Conscient de l’impératif du financement du développement durable, M. Bettel a annoncé que le Luxembourg allait étendre cet effort au financement des objectifs de développement durable.

Le Chef du Gouvernement a constaté une adhésion « parfois bien tiède » au multilatéralisme.  Cela a ouvert la voie, selon lui, à un affaiblissement des formats multilatéraux depuis une dizaine d’années dans de nombreux domaines, y compris les droits de l’homme, la migration, la sécurité et le commerce.  « Il est de notre devoir, et il y va de notre avenir, de relancer les formats multilatéraux », a-t-il tranché en défendant un « multilatéralisme actif, dynamique et fondé sur la règle de droit ».  À ce sujet, il a souligné que l’Union européenne est la « quintessence du multilatéralisme » à travers le processus d’intégration et de souveraineté partagée.

Exprimant ensuite ses préoccupations face à la situation au Proche et Moyen-Orient, il a estimé que « dans cette région nous continuons à payer collectivement les erreurs du passé ».  Ne les répétons pas, a-t-il demandé en exhortant notamment les acteurs de la région à contribuer à calmer le jeu et éviter l’escalade des tensions.  Il a notamment invité Téhéran à respecter tous les éléments de l’accord nucléaire de 2015.  À l’instar de l’ensemble de l’Union européenne, le Luxembourg persiste à croire qu’il est possible, quitte à en élargir le champ, de faire fonctionner cet accord, mais, pour cela il faut que les États-Unis et l’Iran reprennent le dialogue.

Par ailleurs, M. Bettel a vu dans l’accord quadrilatéral sur le secours en mer et la répartition des réfugiés qui fuient la Libye vers l’Europe un signe encourageant.  Les liens du Luxembourg avec les pays et les peuples du continent africain sont des liens d’amitié, de solidarité et de respect mutuel.  Cela est particulièrement vrai pour l’Afrique francophone de l’Ouest, a précisé M. Bettel, puisque son pays y consacre une partie importante de son aide au développement.  

Déplorant la remise en cause systématique des droits de l’homme dans le monde, le Premier Ministre a indiqué que l’engagement du Luxembourg pour la promotion des droits de l’homme « fait partie de son ADN » que ce soit sur le plan national, européen ou international.  Il couvre sans discrimination tout le socle des droits reconnus par l’ONU, y compris les droits économiques et sociaux, a-t-il expliqué.  C’est pour ces raisons que le Luxembourg a présenté sa candidature pour être élu au Conseil des droits de l’homme pour la période 2022-2024.

M. MILO ĐUKANOVIĆ, Président du Monténégro, a affirmé que l’expérience de son pays, membre de l’ONU depuis son indépendance en 2006, peut lui permettre de contribuer à la résolution de problèmes mondiaux, par son engagement pour le multilatéralisme dans la période de polarisation, de fragmentation et d’instabilité que connaissent les relations internationales.  Il a rappelé que 70 millions d’individus sont aujourd’hui déplacés dans le monde, un record depuis la Seconde Guerre mondiale, et que la planète compte 26 millions de réfugiés, dont la moitié ont moins de 18 ans.  Pour le Monténégro, qui a, durant le conflit dans l’ex-Yougoslavie, accueilli un flux de réfugiés égal au cinquième de sa population, « la solidarité envers les réfugiés ne doit pas être une affaire de décision ou de choix politique, mais une question d’humanité ».  À l’heure où des populations fuient non seulement des conflits mais aussi les méfaits des changements climatiques, a assuré M. Đukanović, nos sociétés, particulièrement en Europe et dans la région méditerranéenne, « ne doivent pas tolérer que notre mer, la Mare Nostrum, devienne une tombe et le lieu de l’effondrement de notre civilisation ».

Le Président monténégrin a loué l’ambition du Secrétaire général d’accélérer le plan d’action lancé par l’Accord de Paris, et souhaité, au vu des résultats initiaux du Programme 2030, que l’accent soit mis sur l’amélioration des mécanismes de gouvernance et sur la réforme des modèles de développement actuels.  Dans le cas du Monténégro, les objectifs de développement durable s’inscrivent dans un projet de développement garant du renforcement des institutions et de la sécurité à long terme, qui a eu pour conséquence l’entrée de son pays dans l’OTAN et son processus actuel d’adhésion à l’Union européenne.  Nouveau membre du Conseil économique et social (ECOSOC), son pays, a assuré M. Đukanović, s’engage à travailler à la mise en œuvre des programmes clefs de développement multilatéraux.

Face à l’intensification des tensions, au retour d’une rhétorique de guerre froide et à la montée de l’activité d’acteurs non étatiques armés, le Chef de l’État a recommandé la prudence et un retour du dialogue et de la confiance sur la scène internationale.  Selon lui, l’abandon du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire exige « que les pays prennent leurs responsabilités au lieu de les éluder ». 

Soucieux de la défense des droits de l’homme, M. Đukanović s’est encore inquiété de la montée de l’intolérance, de la xénophobie, de l’antisémitisme et des discours de haine.  Vantant la démocratie pluriethnique et la croissance économique de son pays, le Président a confirmé que le Monténégro, par sa politique de bon voisinage, contribue à la stabilité régionale dans les Balkans occidentaux.  En conclusion, il a assuré n’entrevoir l’avenir et la sécurité de son pays que par sa pleine intégration dans l’Union européenne. 

M. EVARISTO DO ESPIRITO SANTO CARVALHO, Président de Sao Tomé-et-Principe, s’est félicité du thème retenu pour le débat général de cette session de l’Assemblée générale, estimant que « le multilatéralisme est le meilleur moyen de résoudre les problèmes que connaît le monde ».  Parmi ces problèmes, la pauvreté est le plus grave fléau de l’humanité, ce qui justifie, selon lui, que son élimination soit le premier objectif de développement durable.  Il devrait s’agir de la priorité absolue dans le concert des nations, a-t-il insisté, rappelant tout ce qu’engendre la pauvreté, de la faim aux déplacements de population en passant par l’exploitation sans limite des ressources naturelles. 

Autre conséquence de la pauvreté, la question des flux migratoires du Sud vers le Nord est dans une « impasse injustifiable », a déploré le Président.  Il importe, selon lui, que les pays de destination combinent leurs efforts en coordonnant l’accueil des réfugiés et le soutien aux pays d’origine afin de contrecarrer ce « triste phénomène ».  Dans ce contexte, il est dans l’intérêt de tous d’avoir des sociétés pacifiques, équitables et durables, capables d’apporter des solutions non seulement au problème des migrations mais aussi aux différents conflits armés qui continuent de faire rage dans le monde, a fait valoir le dirigeant.  À ses yeux, il conviendrait que l’ONU crée « davantage de mécanismes contraignants ».  Cela permettrait d’offrir une plus grande solidarité aux victimes de la guerre et du terrorisme et de régler durablement les anciens et nouveaux conflits, notamment le conflit israélo-palestinien mais aussi ceux qui déchirent la Syrie, la Libye, sans oublier les actions terroristes perpétrées au Sahel et dans le reste de l’Afrique par des groupes comme les Chabab et Boko Haram. 

Pour M. Carvalho, l’instabilité politico-militaire en République centrafricaine est aussi une grave source de préoccupation: elle nécessite selon lui des « mesures concertées » afin de faire taire les armes et de rendre possible une solution négociée par le biais du dialogue.  Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra mettre un terme aux souffrances du peuple centrafricain, a-t-il plaidé, avant d’évoquer « l’évolution positive » du processus de consolidation démocratique en cours en Guinée-Bissau.  Il a encouragé les acteurs politiques bissau-guinéens à poursuivre sur cette lancée afin d’organiser une élection présidentielle couronnée de succès en novembre prochain. 

Dans la même veine, il a souhaité que les élections générales programmées en octobre au Mozambique se tiennent dans un climat de paix et d’harmonie, au bénéfice du peuple et du développement socioéconomique.  Eu égard à la situation au Sahara occidental, le Président a invité les parties à s’engager en faveur du processus politique piloté par les Nations Unies jusqu’à ce qu’il soit mené à bien.  Il s’est félicité des efforts déployés par le Maroc afin de trouver une solution politique sur la base de l’initiative d’autonomie défendue par Rabat. 

Avant de conclure son intervention, il a invité l’ONU à assumer son rôle directeur en faisant converger les efforts de lutte contre le dérèglement climatique, lequel affecte tout particulièrement les pays les moins développés de la planète.  « Il ne fait aucun doute qu’une action mondiale doit se poursuivre sous les auspices de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques car il s’agit là d’une responsabilité que nous devons tous partager », a-t-il dit.  Enfin, après s’être félicité de « l’esprit d’inclusion » que génèrent les débats sur le développement durable, il a souhaité que cette inclusion inspire également la réforme de l’ONU afin, notamment, que l’Afrique « obtienne la place qui lui revient et ne soit plus le seul continent sans siège permanent au Conseil de sécurité ». 

M. AZALI ASSOUMANI, Président des Comores, a rappelé que lors de la création de l’ONU, les pères fondateurs visaient la paix et la sécurité internationales, par un désarmement progressif, la justice sociale et le bien-être des peuples, à travers l’assistance mutuelle entre les nations.  Aujourd’hui, de nouveaux enjeux et défis se sont imposés dans le monde, qui interpellent les dirigeants et les engagent à revoir politiques et stratégies: l’élimination de la pauvreté, un monde meilleur plus sécurisé tant d’un point de vue politique, social qu’économique, ainsi que les réalités des changements climatiques et la dégradation de l’environnement.  Les petits États insulaires, a souligné le Président comorien, sont particulièrement exposés aux aléas climatiques, mais aussi à d’autres phénomènes dangereux tels que la piraterie maritime, le trafic humain en mer, le trafic des drogues, la pêche illicite et le pillage des autres ressources en mer.  Face à ces défis, le Président Assoumani a rappelé que les actions doivent être collectives, coordonnées et d’envergure mondiale, sachant qu’à défi global, il n’est de réponse que globale.

Le Président des Comores a ensuite fait le point sur la situation dans son pays, qui a connu un référendum et des réformes constitutionnelles, ainsi que des élections anticipées qui ont amené le peuple comorien à porter à nouveau son choix sur lui.  Le Président reconduit a également souligné l’élection d’une femme à la tête du Gouvernorat de Ngazidja, la plus grande des quatre îles des Comores, « une première dans l’histoire de ce pays ».  Par ailleurs, des mesures d’apaisement du climat social se sont notamment traduites par la grâce accordée à de nombreux détenus.  Remerciant ses différents partenaires pour leur soutien constant, le Président Assoumani a lancé un appel solennel à toute la communauté internationale pour que les Comores soient davantage accompagnées.

Par ailleurs, le Président des Comores a évoqué l’épineux problème de Mayotte, soulignant qu’en dépit de ce contentieux, une volonté politique de rapprochement et un engagement commun animent les deux parties.

Le Président comorien a rappelé que la promotion de sociétés pacifiques et équitables ne sera effective que si nous mettons les moyens requis pour réduire les inégalités sous toutes leurs formes.  Il a également évoqué la situation au Proche et Moyen-Orient, notamment en Syrie et au Yémen, avec une pensée toute particulière pour « son peuple frère de la Palestine ».  Il a ainsi appelé l’Assemblée générale à rétablir le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, par la création d’un État palestinien vivant en paix avec l’État d’Israël, avec Jérusalem-Est comme capitale.  Le Président des Comores a enfin réaffirmé son attachement indéfectible à la résolution définitive de la question du « Sahara marocain » et annoncé suivre avec intérêt l’évolution de la situation au Soudan.  Ayant une pensée pour tous les peuples qui vivent sous la menace terroriste, pour lesquels aucun développement ne peut être envisagé dans un contexte d’attaques permanentes, le Président comorien a lancé un appel pour qu’on évite l’amalgame dangereux entre l’islam et le terrorisme, car, a-t-il rappelé, « le terroriste n’est ni musulman, ni catholique, ni juif, ni animiste ».  Un terroriste reste un terroriste et un barbare qui défie toutes les religions et bafoue toutes les civilisations, a-t-il ajouté.

Face aux nouveaux défis qui ont surgi sur la planète, l’ONU doit être en mesure de faire face, a-t-il conclu en appelant à mobiliser les moyens humains et financiers nécessaires.  Mais l’ONU a également et surtout besoin d’un souffle nouveau, selon le Président qui a, pour un renouveau et une réelle universalité de cette organisation, appelé à une réforme de ses principaux organes, notamment le Conseil de sécurité.

« Croient-ils que les dirigeants feront passer l’intérêt des peuples en premier? »  C’est en citant le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à propos des questionnements des peuples du monde, que M. LIONEL ROUWEN AINGIMEA, Président de Nauru, a ouvert son discours.  Il a vu là un appel à l’humilité pour les dirigeants, censés servir leurs peuples, et une exhortation à plus « d’équité et d’écoute » de la part des gouvernements et dans le système des Nations Unies. 

Le Président a noté que les citoyens nauruans, touchés par une violente crise économique puis des années de stagnation, aspirent au changement.  Preuve en est les dernières élections qui ont vu plus de la moitié des parlementaires être renouvelés.  Il s’est félicité des progrès dans la construction d’un nouveau port qui permettra d’augmenter les ressources en nourriture et en énergie de l’île et de développer son économie.  Il a aussi présenté « l’initiative hautes terres » (« Higher Ground » initiative), qui vise à développer le cœur de l’île, comme un moyen de lutter contre les effets de la montée des eaux.  En effet, 80% du territoire de Nauru se trouve largement au-dessus du niveau des plus hautes marées.  Cette zone est très peu développée et constitue une véritable « page blanche » pour imaginer les moyens d’accroître la résilience des petits États insulaires. 

M. Aingimea a évoqué les graves difficultés dans le secteur éducatif à Nauru et demandé un rapport complet sur la situation.  Le pays souffre d’un des plus hauts taux de maladies non transmissibles au monde, a-t-il encore noté.  Le prix exorbitant des produits frais, la vétusté des installations médicales et la faible qualité de l’eau potable font partie des causes principales de cette situation.  Le Président a insisté sur le besoin de construire un système moderne d’adduction d’eau.  Il s’est félicité des importants progrès accomplis pour que l’énergie solaire représente la moitié de la production nationale en 2020.  Préoccupé par les menaces que fait peser le réchauffement climatique sur le secteur crucial de la pêche au thon, il a dit craindre un « Armageddon économique » si cette industrie s’effondrait. 

« Dans les petits États insulaires en développement, les impacts des changements climatiques se font déjà sentir depuis longtemps », a déploré le Chef de l’État.  C’est la raison pour laquelle Nauru soutient la proposition des petits États insulaires du Pacifique de nommer un représentant spécial des Nations Unies pour le climat et la sécurité.  Enfin, le Président a appelé l’Organisation à inclure Taïwan dans la coalition pour atteindre les objectifs de développement durable. 

Vingt-deux ans après le Protocole de Kyoto et quatre ans après l’Accord de Paris, a souligné, M. DAVID W. PANUELO, Président de Micronésie, les changements climatiques, leur impact et les menaces sur l’avenir des petits États insulaires en développement sont « tout simplement insupportables ».  Ceux qui vivent dans des atolls et des zones côtières de basse altitude vivent la réalité des changements climatiques et cette réalité est « un véritable cauchemar ».  Le « chœur » des appels et des supplications lancés par les dirigeants des petits États insulaires en développement du haut de cette tribune, a dit le Président, montre à quel point leurs peuples sont en première ligne des changements climatiques et à quel point ils sont alarmés.  La Micronésie sait qu’il est impossible de résoudre la question sans une bonne protection des océans, « le puits de carbone le plus grand au monde ». 

La Micronésie s’est donc jointe à la « Blue Prosperity Coalition (BPC) » pour créer un plan lié à la zone économique exclusive.  Elle s’est aussi engagée à renforcer le contrôle des activités de pêche, a expliqué son Président.  Avec « The Nature Conservancy », le pays a lancé une initiative pour installer un système de contrôle électronique dans toutes les pêcheries de thon, d’ici à 2023.  La Micronésie, qui a promulgué une loi rendant obligatoire l’intégration des changements climatiques dans toutes les branches du Gouvernement, a aussi été celle qui a milité pour l’Amendement de Kigali au Protocole de Montréal afin de réduire la production et la consommation des hydrofluorocarbures.  L’interdiction de toutes les formes de plastique a également été érigée en loi, laquelle sera bientôt complétée par l’interdiction d’importer du plastique. 

M. Panuelo a exhorté le système des Nations Unies à faire des changements climatiques une partie intégrante de son travail.  Le Conseil de sécurité, a-t-il estimé, doit transcender ses mandats traditionnels et s’attaquer à l’impact de ce phénomène sur la sécurité.  Nous devons être « radical » dans cette lutte, a prévenu le Président.  Il a dit compter sur les citoyens américains pour qu’ils poussent leur gouvernement à adopter les énergies renouvelables et à protéger le Pacifique. 

État océanique important, la Micronésie a délimité ses zones marines conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.  Mais ce serait tout simplement « inadmissible », a prévenu le Président, de voir des zones et des droits s’éroder à cause de l’élévation du niveau de la mer à laquelle le pays n’a aucunement contribué.  « Nous sommes un grand État océanique », a insisté le dirigeant, expliquant que la zone économique exclusive de son pays fait près de 3 millions de kilomètres carrés, soit le tiers de l’Australie.  Il s’est donc élevé contre la pêche illégale et s’est félicité de l’idée du Secrétaire général de créer un bureau de pays des Nations Unies qui s’occuperait des États de la région. 

M. ARTHUR PETER MUTHARIKA, Président du Malawi, s’est adressé à l’Assemblée générale en invitant les nations à « écouter la voix du silence, celle de ceux qui ne peuvent s’exprimer mais qui attendent une action de cette Assemblée ».  Mettant l’accent sur la guerre contre la pauvreté, il a affirmé que le monde a les moyens d’arriver à l’éradiquer, d’envoyer chaque enfant à l’école et de ralentir l’impact des changements climatiques.  « Reste à penser comme une seule humanité, avec un seul objectif et des ressources communes. »  Mais, le problème du multilatéralisme réside, selon le Président, dans le fait que 1% de la population du monde contrôle les ressources des 99% restants. 

« L’Afrique n’est pas pauvre par la volonté de ses peuples », a déclaré le Président, mais plutôt parce que ce continent a souffert de la pire exploitation de l’histoire, passant de l’esclavage au colonialisme puis au régime de l’aide des 60 dernières années.  Aujourd’hui, plus nous cherchons à développer nos économies, plus les changements climatiques les impactent et pourtant, les principaux responsables de ce phénomène ne sont pas originaires du monde en développement, s’est indigné M. Mutharika.  L’Afrique subsaharienne est l’une des régions les plus frappées par la pauvreté extrême dont les femmes et les jeunes sont les premières victimes.  La pauvreté déshumanise et alimente la radicalisation en Afrique, a-t-il mis en garde, en expliquant qu’il s’agit là d’un danger existentiel pour le monde entier. 

Passant en revue les mesures prises dans son pays pour lutter contre la pauvreté et en faveur du développement durable, le Président malawien a cité la Stratégie III de croissance et de développement qui définit le cadre de ces efforts notamment pour ce qui est d’un accès gratuit aux services sociaux de base, comme la santé et l’éducation, ou encore le programme de transferts sociaux en liquide qui a touché 1,2 million de personnes dans 280 000 foyers démunis.  Le Gouvernement a également misé sur des programmes pour la jeunesse notamment par l’ouverture de collèges techniques communautaires et d’établissements secondaires sur tout le territoire, et des microcrédits sont proposés aux femmes rurales. 

Si le Chef de l’État s’est dit alarmé par la baisse de l’engagement mondial en faveur de l’éducation, son constat a été tout aussi sévère au sujet de l’engagement pour la survie de la planète.  Les changements climatiques représentent une menace existentielle, a-t-il témoigné en rappelant que le Malawi a été frappé en mars dernier par le cyclone Idai.  Sur les 370 millions de dollars dont le pays a besoin pour se relever, seuls 45 millions ont pu être levés à ce jour.  Par conséquent, le Président a compté sur la communauté internationale pour l’aider à combler ce déficit énorme.

M. Mutharika a ensuite dénoncé la nature non démocratique des Nations Unies qui ne traitent pas toutes les nations sur un pied d’égalité quand il est question de sécurité puisque certaines nations refusent toujours de partager le pouvoir avec les nations africaines.  C’est la raison pour laquelle la réforme du Conseil de sécurité s’impose, car, a-t-il conclu, « on ne peut ignorer et marginaliser un continent de plus de 1,3 milliard d’habitants ».

M. CHARLES ANGELO SAVARIN, Président de la Dominique, a rappelé qu’il y a deux ans, son Premier Ministre s’est adressé à cette tribune, cinq jours seulement après que l’ouragan Maria a « ravagé » son pays et l’a « laissé en ruines ».  Aujourd’hui, s’est enorgueilli le Président, notre plan de reconstruction et de résilience est presque terminé et notre agence d’exécution de la résilience est pleinement opérationnelle.  Tous ceux qui se rendent à la Dominique s’étonnent de sa transformation « miraculeuse », s’est réjoui le Président.  Améliorer la résilience est une tâche capitale mais « coûteuse » et un des défauts du système international, a estimé le Président, c’est la « longue période de gestation » entre les promesses de contributions et leur matérialisation. 

« Les forces de la nature sont en train d’écrire un nouveau chapitre », a prévenu le Président, « et les preuves sont là ».  Pour les États insulaires, en particulier les plus petits d’entre eux, l’élévation du niveau de la mer, les tempêtes tropicales et les ouragans, les sécheresses succédant aux inondations, les feux de forêt, les nouvelles maladies végétales, les maladies vectorielles comme le Chikungunya ou le Zika, sont des menaces existentielles.  « L’heure de l’action a sonné », s’est impatienté le Président.  « Si l’impact dévastateur des ouragans Irma et Maria ne vous a pas convaincus, regardez la catastrophe provoquée par l’ouragan Dorian, il y à peine quelques semaines, aux Bahamas », a ajouté le Président.

Les scientifiques nous ont dit que les tempêtes tropicales sont plus fréquentes et plus intenses mais, a alerté le Président, ce qu’ils n’ont pas dit c’est qu’une tempête d’une telle férocité peut « littéralement s’asseoir » sur une île pendant 40 heures et causer un nombre « incalculable » de dégâts.  Nous n’avons plus d’autres choix, s’est résigné le Président, que d’accepter que la catégorie 5 est devenue « la nouvelle norme ».  Retournons donc à nos tableaux et réévaluons notre approche de l’atténuation des risques et de la préparation aux catastrophes, a conseillé M. Savarin, qui a aussi prévenu que bientôt ce sera la crise des réfugiés climatiques qui deviendra « la nouvelle norme ». 

« Quand les flammes lèchent votre quartier, vous ne convoquez pas une réunion pour voir si vos voisins sont assurés.  Vous appelez les pompiers. »  C’est ce qu’il nous faut, a-t-il martelé, une « action urgente » parce que « notre planète est en feu ».  Après le passage de l’ouragan, a précisé le Chef de l’État dominiquais, les dégâts et les pertes représentaient 226% du PNB.  Le pays a donc dû adopter une nouvelle approche de gestion et de mise en œuvre des projets.  En plus du plan de résilience et de l’agence d’exécution, le pays a élaboré une stratégie sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.  Le climat est en guerre contre nous, n’aggravons pas la situation avec des hostilités et des conflits, a conclu le Président, en insistant ainsi sur l’attachement de son pays à la paix. 

M. ISMAÏL OMAR GUELLEH, Président de Djibouti, a constaté que, dans le climat de crise que connaît le monde, « les défis globaux requièrent des actions collectives globales ».  De fait, a-t-il souligné, l’action multilatérale est vitale car « ce n’est que collectivement que l’on peut trouver des solutions aux défis globaux que sont la pauvreté, l’inégalité et les changements climatiques ».  Autant de défis qui affectent en premier lieu les pays les plus pauvres en raison de leur fragilité.  Dans ce contexte, a-t-il noté, les bouleversements géopolitiques, la montée des tensions dues à la guerre commerciale et les prévisions de baisse de la croissance économique mondiale soulèvent des questions quant à la capacité que nous avons de mobiliser les ressources nécessaires pour la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Il appartient donc aux gouvernements d’améliorer le climat des affaires afin d’attirer des investissements pour le développement durable, avec le concours du secteur privé.  Dans ce cadre, le Président a réaffirmé l’attachement de Djibouti aux engagements pris dans le cadre de la cible 3.8 du Programme 2030 pour parvenir à la santé pour tous. 

Élargissant son propos au continent africain, M. Guelleh s’est félicité de la poursuite du « mouvement salutaire vers la paix » dans la Corne de l’Afrique.  « Notre conviction est qu’une paix totale et durable dans notre région est possible », a-t-il affirmé, avant de saluer les « bonnes nouvelles » en provenance du Soudan voisin.  « Nous nous félicitons du succès des négociations qui ont conduit à une sortie de crise pacifique et à la signature d’un accord de partage du pouvoir », a commenté le Président djiboutien.  Il a par ailleurs jugé « encourageants » les progrès enregistrés par le processus de paix au Soudan du Sud, saluant notamment le renouvellement de l’engagement pris par le Président Salva Kiir et M. Riek Machar de former un gouvernement de transition d’ici au 12 novembre.  En tant que membre de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), Djibouti continuera à exhorter les parties à concrétiser les engagements pris, a-t-il dit. 

S’agissant de la Somalie, le Chef de l’État s’est dit encouragé par les progrès accomplis sur les plans économique et sécuritaire, et ce, en dépit des tensions électorales et des actes de violence perpétrés par les Chabab.  De même, il s’est dit confiant que les relations entre son pays et l’Éthiopie « s’amélioreront encore davantage ».  Par ailleurs, condamnant sans réserve le terrorisme en Afrique, il a réaffirmé son soutien aux efforts déployés dans le cadre du G5 Sahel.  Après avoir dénoncé les attaques du 14 septembre contre des installations pétrolières saoudiennes, qui vont à « l’inverse de la désescalade prônée par la communauté internationale », il a aussi exprimé son inquiétude quant à la détérioration de la situation humanitaire au Yémen.  Réaffirmant sa solidarité avec les autorités légitimes, il a salué « la volonté politique de poursuivre leurs efforts de mise en œuvre de l’Accord de Stockholm en dépit de développements négatifs », assurant que Djibouti continuera à accueillir « les frères et les sœurs du Yémen ».  Enfin, en vue de l’élection en juin de cinq membres non permanents du Conseil de sécurité pour la période 2021-2022, il a invité les États Membres à soutenir la candidature de son pays pour le siège réservé à l’Afrique. 

M. TABAN DENG GAI, Premier Vice-Président du Soudan du Sud, a rappelé que la période prétransitionnelle du processus de paix touche à sa fin et qu’un nouveau gouvernement d’unité nationale devrait être formé d’ici au 12 novembre.  Il a appelé la communauté internationale et l’ONU à encourager les efforts visant à rallier le soutien des acteurs non signataires de l’accord de paix.  Le haut responsable a fait état d’un certain nombre de programmes lancés au Soudan du Sud pour éliminer la pauvreté, ainsi que d’un cadre de politique environnementale et d’une loi pour gérer l’exploitation des ressources naturelles de manière durable.  De plus, le Gouvernement sud-soudanais a l’intention de participer à l’initiative du « Mur vert » de l’Union africaine et de planter six millions d’arbres sur six ans.  Abordant également le problème de l’assèchement progressif du lac Tchad, le Premier Vice-Président a appelé à trouver une solution le plus rapidement possible pour réalimenter le lac en eau.

L’éducation reste l’arme la plus puissante pour changer le monde, a poursuivi M. Den Gai, en faisant siennes les paroles de Nelson Mandela, avant de faire part des progrès réalisés dans ce domaine au Soudan du Sud grâce à sa politique pour l’éducation.  Le nouveau curriculum prévoit notamment des formations sur des sujets comme la paix et la prévention de l’extrémisme violent, a-t-il annoncé, avant de remercier les partenaires de développement qui soutiennent l’éducation dans son pays, même s’il reste encore beaucoup à faire pour scolariser des millions d’enfants et de jeunes.

Fier de pouvoir déclarer du haut de cette tribune que « le Soudan du Sud est sur la voie de la paix durable et de la stabilité », le Premier Vice-Président a estimé que l’Accord revitalisé et la volonté des parties de travailler ensemble à Djouba pour parvenir à un règlement définitif du conflit en sont la preuve.  Il a également parlé du nouvel élan impulsé à cette dynamique par la retraite spirituelle à laquelle tous les dirigeants du Soudan du Sud ont été invités par le pape au Vatican.  Mais « les prières ne se sont pas arrêtées là » puisque le Conseil des églises et le Conseil islamique du Soudan du Sud dirigent les groupes confessionnels dans le processus de réconciliation.  La Journée nationale de prière a eu lieu le 19 septembre.

Sur le processus de paix, M. Deng Gai a indiqué que la réunion « face à face » qui a eu lieu dernièrement à Djouba entre le Président Salva Kiir et M. Riek Machar leur a permis d’aborder les questions en instance pour ouvrir la voie à la formation du prochain gouvernement d’unité nationale.  Il faut maintenant pouvoir compter sur le soutien de toutes les parties, a dit le Premier Vice-Président, d’autant plus que depuis la signature de l’Accord revitalisé, la situation sécuritaire au Soudan du Sud est restée stable.  Parallèlement, le dialogue national se poursuit aux niveaux local, national et régional et les initiatives de paix de « personne à personne » ont eu beaucoup de succès en termes de réconciliation entre les différentes communautés.  De plus, les résultats du dialogue consultatif, qui a eu lieu dans les trois régions du Soudan du Sud, vont être discutés prochainement à la Conférence nationale.

M. Den Gai a également annoncé le retour dans leurs États et leurs maisons d’un nombre important de personnes réfugiées et déplacées.  Il faut de toute urgence prévoir des mécanismes de soutien à ces personnes pour faciliter leur transition et leur réintégration, a-t-il estimé en citant notamment des moyens de transport et de la nourriture, ainsi que l’accès aux soins de santé, à l’eau potable et à l’éducation.  En termes d’aide humanitaire, les indicateurs se sont significativement améliorés grâce à une collaboration accrue entre le Gouvernement, les agences onusiennes et les partenaires de développement.  Il n’y a plus de longs délais dans la fourniture humanitaire parce que les convois sont instantanément débloqués aux points d’entrée.

Avant de conclure, le Premier Vice-Président a salué les Soudanais, « nos frères et sœurs » pour le patriotisme et le leadership « exemplaire » dont ils ont fait preuve pour sortir à l’amiable de l’impasse politique alors que beaucoup pensaient que la situation allait dégénérer.  Pour permettre au nouveau Gouvernement par intérim de réussir au Soudan, le Premier Vice-Président a appelé à la levée des sanctions qui le visent, à retirer le Soudan de la liste des pays qui soutiennent le terrorisme, à annuler sa dette et à normaliser les relations économiques.  Il a tenu à réitérer que « nous sommes un seul peuple vivant dans deux pays indépendants unis par leur histoire et leur culture », et qu’en tant que tel, le Soudan du Sud cherchera toujours à avoir une très bonne relation avec le Soudan.  Les prochaines négociations de paix entre les parties devraient avoir lieu à Djouba le 14 octobre pour l’accord de paix final.

Les Gambiens ont bien saisi l’importance des efforts multilatéraux et leur impact crucial dans la transformation de la société, a affirmé Mme ISATOU TOURAY, Vice-Présidente de la Gambie.  L’histoire de la « nouvelle » Gambie a commencé en décembre 2016, quand le peuple est entré de plain-pied dans une nouvelle ère de démocratie, de liberté et d’état de droit.  Des réformes ont été lancées touchant aussi bien la gouvernance, la justice transitionnelle qu’une gestion prudente de l’économie et de la fiscalité. 

Aujourd’hui, s’est félicitée Mme Touray, la Gambie est en train d’engranger les fruits de ces transformations.  La Gambie dispose désormais d’une commission nationale chargée des droits de l’homme, et cela est une première dans l’histoire de son pays.  Et le résultat des différentes décisions et actions politiques entreprises depuis l’avènement du nouveau gouvernement, en 2017, ne s’est pas fait attendre, puisque la Gambie est « la capitale des droits de l’homme en Afrique ».  Un petit État, certes, mais disposant d’une grande voix en matière de droits humains dans le continent et au-delà. 

En matière de justice transitionnelle, a poursuivi la Vice-Présidente gambienne, la Commission vérité, réconciliation et réparation est opérationnelle et traite les violations passées des droits de l’homme perpétrées par l’ancien gouvernement avec la participation active aussi bien des victimes que de leurs auteurs.  La diaspora gambienne a aussi été associée à cet exercice, dans le cadre d’une approche inclusive ayant pour objectif la réconciliation nationale. 

Poursuivant le chemin des réformes, la Gambie a mis en place un ministère de la femme, des enfants et du bien-être, a expliqué Mme Touray.  Avec le lancement du plan de développement national 2018-2021, le Gouvernement cherche à consolider « notre jeune démocratie », la paix et promouvoir une croissance solide qui a enregistré un taux de 6,6%.  De plus, le secteur du tourisme, principale source de devises, a connu un accroissement de 21% ces deux dernières années.  Ces réalisations ont eu un impact positif sur la réduction du phénomène de l’immigration illégale des jeunes qui bénéficient de soutien en matière de création d’entreprises.  Elle a, par ailleurs, annoncé que son pays compte se soumettre à l’examen national volontaire dans le cadre du Forum politique de haut niveau. 

Mais un des défis majeurs à relever pour son pays reste le lourd fardeau de la dette, c’est pourquoi la Vice-Présidente a jugé crucial l’appui « de nos partenaires de développement, l’action du secteur privé et la coopération technique ».  Elle a saisi cette occasion pour saluer le soutien continu des Nations Unies et leur disposition à jouer un rôle catalyseur en tant que facilitateur dans le processus de développement.  Elle a critiqué, à cet égard, « les activités illégales et le financement illicite de l’ancien Président et ses collaborateurs » qui ont fait perdre à la Gambie plus de 350 millions de dollars de fonds qui auraient pu conduire le pays sur la trajectoire définitive du développement. 

La Gambie compte sur la solidarité et l’aide de la communauté internationale pour recouvrer ces fonds, a plaidé Mme Touray.  Pour finir, elle a salué le soutien de tous les partenaires bilatéraux, tels que l’Union européenne, les organisations multilatérales et en particulier, la Banque mondiale, le Fonds monétaire internationale (FMI) ainsi que l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (ECOWAS) qui ont permis ce processus de transition réussie. 

M. ZORAN ZAEV, Président du Gouvernement de Macédoine du Nord, a mis l’accent sur l’accord de Prespa qui est entré en vigueur cette année, mettant fin à un différend vieux de 27 ans avec la Grèce.  Ce différend a eu des incidences négatives, et « une réputation de problème insoluble ».  « Nous avons maintenant une identité complète aux Nations Unies, nous avons de bonnes relations avec la Grèce, et notre coopération bilatérale a avancé », s’est félicité M. Zaev.  Le règlement du différend a aussi permis d’accélérer l’intégration du pays dans l’OTAN et a ouvert la voie vers l’accession à l’Union européenne.  « L’accord de Prespa est un signe du pouvoir de la diplomatie et du dialogue. »

Le monde est à un moment charnière, a poursuivi le Président du Gouvernement.  Voilà pourquoi il faut des Nations Unies plus fortes et un ordre international fondé sur des règles, avec un multilatéralisme efficace, et une gouvernance responsable.  Le monde continue d’être confronté à des phénomènes qui dépassent les frontières, comme notamment les changements climatiques.  « La fonte de glaciers en Islande, voilà qui devrait être un avertissement planétaire pour tous. »  Nous devons mettre en œuvre nos engagements envers les changements climatiques, a-t-il appelé, soulignant que « c’est une course que nous pouvons remporter, que nous devons remporter ».

Revenant sur l’accord de Prespa, mentionné dans le rapport du Secrétaire général sur l’activité de l’Organisation, M. Zaev a insisté: « Il nous a fallu de la bonne foi, de l’ambition, de la diplomatie, de la résilience et une confiance mutuelle. »  Cet accord a, selon lui, jeté les bases d’une nouvelle ère, fondée sur l’amitié et le partenariat.  Il s’agit, pour le Président du Gouvernement de Macédoine du Nord, d’un jalon qui devrait catalyser la transformation dans les Balkans et servir d’exemple ailleurs dans le monde qui semblerait être dans une impasse.

L’autre grand défi actuel, la crise migratoire, est un signe préoccupant qui indique que nous ne pouvons opérer seuls, ni regarder ailleurs.  M. Zaev a appelé les pays à unir leurs forces pour lutter contre les causes profondes de ces flux migratoires et transformer cette crise en une opportunité.  Terrorisme, violations des droits de la personne, armes de destruction massive, il nous reste beaucoup à faire, a conclu le dirigeant. 

M. ISRAËL KATZ, Ministre des affaires étrangères d’Israël, s’est présenté à l’Assemblée en tant que fils de rescapés de l’Holocauste, évoquant la mémoire de ses parents Meir et Malka Katz.  En 1947, a-t-il rappelé, l’ONU a reconnu le droit du peuple juif à son propre État sur la terre d’Israël et un État-nation du peuple juif a été établi, fondé sur des milliers d’années d’histoire juive et sur le droit du peuple juif à sa propre patrie.

Le Ministre a remercié le Président des États-Unis, M. Donald Trump, pour sa décision « courageuse et historique » de reconnaître Jérusalem comme « capitale éternelle du peuple juif depuis 3 000 ans, et capitale d’Israël », et pour avoir transféré l’ambassade américaine à Jérusalem.  Il appelé tous les pays à suivre cet exemple et à reconnaître cette capitale. 

Israël veut la paix avec tous ses voisins, a assuré M. Katz, mentionnant les traités de pays avec l’Égypte et la Jordanie et les progrès des relations « avec de nombreux États arabes de la région ».  Mais il a appelé l’Autorité palestinienne à arrêter d’encourager et de financer le terrorisme et à reconnaître le droit du peuple juif à son propre État.  Le Ministre a demandé aux Palestiniens de revenir à des négociations directes « sans aucune précondition ».  Il a également prié l’ONU d’interdire à tous les pays d’apporter une aide à Gaza tant que le Hamas n’aura pas rendu deux israéliens captifs ainsi que les dépouilles de deux soldats israéliens.

M. Katz a tenu à répondre aux attaques du Président turc, M. Erdoğan, contre Israël, l’accusant « d’opprimer le peuple turc, de massacrer la minorité kurde et de soutenir le Hamas ».  « Vous n’êtes pas le Sultan et la Turquie n’est pas l’Empire ottoman, s’est-il exclamé.  Honte à vous! »

Le chef de la diplomatie israélienne a ensuite accusé l’Iran d’être « la principale menace à la sécurité du Moyen-Orient » en raison, a-t-il dit, de son recours à des « organisations terroristes » dont Hezbollah, le Hamas et les houthistes du Yémen.  Après s’être insurgé contre l’envoi par l’Iran de missiles sur des installations pétrolières saoudiennes « afin de déstabiliser l’approvisionnement pétrolier mondial », il a exhorté la communauté internationale à s’unir pour interdire à l’Iran de développer des armes nucléaires et des missiles balistiques et de soutenir des organisations terroristes.  Dans cet esprit, il a encouragé « tous les pays » à suivre la politique de pression maximale imposée par M. Trump à l’Iran.  « Nous devons arrêter l’Iran aujourd’hui pour éviter la guerre demain », a insisté M. Katz, avant de prononcer, en farsi, un dicton iranien dont la signification est proche de « il ne faut pas vendre la peau de l’ours… ». 

En conclusion, le Ministre, vantant le savoir-faire technologique israélien, a évoqué les projets de coopération économique régionaux du Premier Ministre, M. Benjamin Netanyahu, en particulier le projet de liaison ferroviaire qui relierait les pays arabes du Golfe à la Méditerranée et au port de Haïfa via la Jordanie, précisant qu’il souhaitait associer l’Autorité palestinienne à ce projet afin de stimuler son économie.

M. PÉTER SZIJJÁRTÓ, Ministre des affaires étrangères et du commerce de la Hongrie, a axé son intervention sur la question des migrations.  Il a rappelé que l’an dernier, il avait appelé à ce que le Pacte sur les migrations ne soit pas approuvé.  Or, il a été approuvé, et depuis, de plus en plus de personnes prennent la route, créant de nouveaux défis sécuritaires, et des tendances « très effrayantes » selon le Ministre hongrois.

L’on pourrait s’attendre à ce que l’ONU protège le droit international, notamment en ce qui concerne les droits fondamentaux.  Or, a demandé M. Szijjártó, « les migrations sont-elles un droit fondamental »?  Non, a-t-il répondu.  Il a regretté que l’Organisation promeuve les migrations.  Autre question, a-t-il poursuivi, qu’est ce qui fait partie des droits fondamentaux?  Le fait que tout le monde ait le droit de vivre dans des conditions pacifiques et sûres dans son pays, a-t-il argué.  Est-ce que le Pacte mondial sur les migrations protège les droits de ces personnes? a-t-il enfin questionné.  Non, car d’après lui, ce document aggrave les risques sécuritaires dans le monde, ce qui est « inacceptable ».

Le chef de la diplomatie hongroise a rappelé que les États-Unis, Israël, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie avaient voté contre le Pacte, ce qui a empêché son adoption à l’unanimité.  « C’est le document le plus dangereux qui ait été créé par les Nations Unies », a-t-il considéré, et la Hongrie ne veut pas qu’il fasse partie du droit international.  La Hongrie demande donc de cesser de citer ce pacte aux Nations Unies et de cesser de le promouvoir.  La Hongrie a annoncé qu’elle rejettera tout document des Nations Unies qui y ferait référence.

À cause de la politique migratoire de Bruxelles, a encore accusé M. Szijjártó, plus d’un million de migrants ont pénétré en Europe, et d’autres ont péri en Méditerranée.  La menace terroriste s’est accrue, avec plus de 30 attentats ces dernières années en Europe, des attentats commis par des migrants, selon lui.  Il a souhaité que l’Union européenne (UE) redevienne forte, or cela ne sera possible que lorsque les pays de l’UE seront forts, « comme la Hongrie ».  Les Hongrois sont fiers de leur héritage et fiers d’être « de véritables patriotes » pour lesquels la Hongrie passe en premier, s’est enorgueilli le Ministre.

La Hongrie, a poursuivi le Ministre des affaires étrangères, s’attend à ce que ses partenaires respectent sa spécificité et son droit à décider de son avenir.  Elle ne veut pas recevoir de migrants en situation irrégulière et se réserve le droit de décider quelles personnes pourront entrer et vivre en Hongrie.  « C’est la volonté du peuple hongrois », a martelé M. Szijjártó. 

Hélas, a-t-il déploré, la Hongrie a dû redoubler d’efforts pour protéger son peuple.  Des personnes paient des milliers de dollars à des passeurs et sont poussées à s’attendre à ce que des organisations non gouvernementales (ONG) les récupèrent et les amènent en Europe.  « À qui cela profite-t-il? a-t-il interrogé.  Aux passeurs et aux groupes criminels organisés, ainsi qu’aux organisations terroristes. »

Qui perd? a-t-il insisté.  Les pays d’origine, qui perdent leurs citoyens, et les pays de destination. 

Le Ministre hongrois a ensuite déclaré que les Nations Unies devraient aider ces citoyens à regagner leurs foyers, et aider les pays à assurer la sécurité de leurs citoyens.  « C’est pour protéger ses citoyens que la Hongrie a fermé ses frontières. »  Hélas, a-t-il accusé, les Nations Unies promeuvent la violation de frontières entre pays pacifiques, alors qu’elles devraient considérer cela comme un grave crime.  Il faut arrêter de présenter les ONG comme les représentants des nations, a-t-il mis en garde. 

M. ALEXANDER SCHALLENBERG, Ministre chargé des affaires européennes, de l’intégration et des affaires étrangères de l’Autriche, s’est alarmé d’une diplomatie multilatérale « en crise », rappelant que l’Accord de Paris sur le climat n’est plus un compromis mondial, que les grandes puissances se sont retirées de traités pourtant anciens sur le désarmement, que le Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien ne tient plus qu’à un fil, que les Nations Unies et les autres organisations multilatérales sont poussées sur le côté quand il s’agit de régler un conflit et que le Conseil de sécurité ne cesse d’échouer à parvenir au consensus.  « État de droit ou loi de la jungle », pour l’Autriche, la réponse est claire, a tranché le Ministre. 

M. Schallenberg a réclamé un ordre international fondé sur des règles, où la bonne gouvernance, le libre-échange et la notion de « pacta sunt servanda » prévalent.  Le multilatéralisme est un travail ardu, souvent frustrant, sans victoire facile ni solutions immédiates.  Mais il n’y a tout simplement pas d’alternative à la coopération, a prévenu le Ministre.  L’unilatéralisme ou le multilatéralisme « à la carte » ne résoudra aucun des problèmes complexes que nous connaissons aujourd’hui, a-t-il aussi prévenu. 

S’agissant des changements climatiques, le Ministre a annoncé que l’Europe, qui a été construite grâce à la coopération et au compromis, deviendra le premier continent à neutralité carbone, à savoir, zéro émission d’ici à 2050.  Le « New Deal vert » de l’Europe est ambitieux et envoie au monde un signal fort, mais cette ambition ne saurait se limiter au continent européen. 

Venant à la situation en Syrie où l’État islamique a été battu, le Ministre a estimé que l’on doit aux victimes un processus judiciaire pour les crimes subis.  Il a donc réitéré son appel à la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) et estimé qu’un tribunal pénal spécial devrait être créé dans la région.  Fervent défenseur de la protection des civils dans les situations de conflit, le Ministre a rappelé la convocation à Vienne, les 1er et 2 octobre 2019, de la première conférence mondiale sur la question. 

Sur la question du désarmement, il a exhorté les États-Unis et la Fédération de Russie, après la fin du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, à éviter tout déploiement de ces forces en Europe et a prôné la prorogation du Traité sur la réduction des armes stratégiques « New START ».  Le Ministre s’est d’ailleurs réjoui de ce que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires pour lequel son pays a milité soit sur la voie de son entrée en vigueur. 

S’il a commencé par exprimer son inquiétude quant à l’état du multilatéralisme, le Ministre s’est tout de même dit confiant.  Pourquoi?  Parce que, a-t-il expliqué, la semaine de haut niveau des Nations Unies a, une nouvelle fois, réuni ceux qui insistent sur leur souveraineté et ceux qui appellent au multilatéralisme, ceux qui insistent sur leurs priorités nationales et ceux qui appellent aux solutions internationales, sans oublier les patriotes et les mondialistes.  Tous ces gens, s’est félicité le Ministre, ont parlé, discuté et écouté.  C’est ça le multilatéralisme, s’est-il exclamé, en promettant que l’Autriche est prête à assumer ses responsabilités en tant que membre du Conseil des droits de l’homme, hôte de l’Office des Nations Unies à Vienne, contributrice de troupes aux opérations de paix et candidate à un siège permanent du Conseil de sécurité pour la période 2027-2028. 

M. IBRAHIM BIN ABDULAZIZ AL-ASSAF, Ministre des affaires étrangères de l’Arabie saoudite, est revenu sur les graves attaques qui ont ciblé son pays le 14 septembre dernier en violation des principes de la Charte des Nations Unies et « qui exigent de nous l’adoption d’une position historique ».  M. Al-Assaf aurait souhaité partager avec l’assistance les progrès réalisés par son pays en matière de développement, « malheureusement ces actes qui menacent la sécurité et la stabilité de la région et du monde en ont décidé autrement ».

Les attentats perpétrés contre les installations pétrolières du Royaume ont eu pour conséquence, en plus des dégâts occasionnés aux installations, de réduire de près de 50% de la production pétrolière, soit l’équivalent de 5,7 millions de barils, a rappelé le Ministre.  Ce sont 25 missiles de croisière et drones qui ont frappé les sites, et menacé l’approvisionnement mondial en pétrole. 

« Nous savons pertinemment qui se tient derrière ces attaques et avons invité les Nations Unies et les experts internationaux à identifier leurs auteurs », a déclaré le chef de la diplomatie saoudienne.  « Quiconque se tient derrière ces actes est également responsable des autres agressions contre les tankers commerciaux dans le golfe d’Oman perpétrées en juin et juillet derniers, ainsi que de l’attaque contre l’aéroport de Abha en juillet et les champs pétrolifères de Shaybah en août dernier. »  Un régime « vil et lâche » se cache derrière ses milices affiliées, les poussant à revendiquer la responsabilité de ces attentats contre les installations pétrolières de Abqaiq et Khurais et avant cela, contre une station de pompage.  « Le même régime ne voit dans nos États et peuples qu’un champ de bataille pour la réalisation de son agenda subversif », a accusé M. Al-Assaf. 

Cela fait 40 ans que nous côtoyons ce régime, a continué le Ministre.  Régime « bon uniquement à organiser explosions, destruction et assassinats, non seulement dans notre région mais également à travers le monde ».  C’est ce même régime qui, depuis sa création, a mené des attaques terroristes contre le Royaume d’Arabie saoudite, à Bahreïn, au Koweït, au Liban, ainsi que dans des pays européens et ailleurs.  C’est le même régime qui a procédé à l’assassinat de nombreux diplomates saoudiens en Thaïlande en 1989 et en 1990 ainsi qu’à Karachi en 2011.  La même année, ce régime a mené une tentative d’assassinat contre l’Ambassadeur d’Arabie saoudite auprès des États-Unis.  C’est ce même régime qui a tué en 2005, au cœur de Beyrouth, le Premier Ministre libanais, Rafik Al-Hariri, a affirmé M. Al-Assaf.  Ces agissements se poursuivent malheureusement jusqu’à nos jours, comme nous en avons été témoins ces dernières années quand ce régime a essayé de perpétrer des attentats terroristes en France et au Danemark, et « pas un jour ne passe sans que nous soyons témoins de ses méthodes terroristes au Yémen, en Syrie, en Iraq, au Liban et ailleurs dans d’autres pays de la région ».

« Les dernières attaques et agressions ont exposé le régime iranien aux yeux du monde », a clarifié le Ministre.  « Nous sommes aux prises avec un régime voyou et terroriste qui continue d’être une menace à la paix et à la sécurité internationales » et qui tient en otage les installations énergétiques et l’économie mondiale.

M. Al-Assaf a vu dans ces récentes attaques un véritable test de la volonté de la communauté internationale.  Selon lui, l’ONU et le monde entier ont la responsabilité éthique et historique d’adopter une « position ferme et unifiée ».  Il a appelé à exercer « la plus ferme pression » avec tous les moyens à notre disposition pour mettre fin aux agressions terroristes du régime iranien, a-t-il martelé. 

Le chef de la diplomatie saoudienne a critiqué la politique d’apaisement envers le régime iranien dans le cadre d’accords partiels, qui a, au contraire, encouragé la recrudescence des activités terroristes au cours des quatre dernières années.  Il a invité quiconque ayant un doute sur l’échec de l’accord sur le nucléaire iranien à se pencher sur les crimes perpétrés par ce régime en Syrie qui ont causé la mort de plus d’un demi-million de personnes.  Pour finir, il a jugé nécessaire de priver ce régime des revenus tirés de cet accord, pour l’obliger à renoncer à ses milices, l’empêcher de développer des missiles balistiques et mettre fin à ses activités de déstabilisation dans la région et le monde.  « Notre pays, terre de la Qaaba, n’a jamais été un promoteur de la guerre, mais n’hésitera pas à défendre ses sites sacrés et sa souveraineté », a conclu M. Al-Assaf. 

M. VLADIMIR MAKEI, Ministre des affaires étrangères du Bélarus, a rappelé que l’horreur du nazisme a permis au monde de se mettre d’accord sur un ordre mondial.  Or, a-t-il souligné, nous sommes proches d’un tournant, avec des défis pour la paix, la sécurité, le développement durable, ou encore les changements climatiques.  Face aux questions de terrorisme et de migrations illégales, face aux défis mondiaux, il faut des réponses efficaces et des solutions communes, et les Nations Unies pourraient en être chef de file. 

Or, a regretté M. Makei, « les mécanismes des Nations Unies deviennent otages de démarches partiales, et toutes ces actions mettent à mal ces démarches multilatérales ».  Et, selon lui, cela pourrait aller jusqu’à déclencher une nouvelle guerre mondiale.

Le Ministre des affaires étrangères s’est ensuite penché sur le traité sur l’élimination des missiles à portée intermédiaire et a assuré que le Bélarus ne se dotera pas de tels missiles tant que sa sécurité n’est pas mise à mal.  Il a également souligné que le cyberespace devient une zone de confrontation.  Le Chef de l’État du Bélarus, a-t-il indiqué, a proposé « une coalition de bon voisinage numérique », avec la souveraineté numérique, la neutralité numérique et la non-ingérence comme principes.

Le chef de la diplomatie bélarussienne a prédit que l’ordre mondial futur sera un monde construit autour de régions et non plus de grandes puissances.  Le Bélarus est ainsi convaincu que les instances régionales doivent coopérer les unes avec les autres, ce qui permettra aux pays de soulever les problèmes communs auxquels ils sont confrontés.  Abordant ensuite la question des changements climatiques, le Ministre a considéré que les efforts sont insuffisants et que nous devons prendre des mesures rigoureuses.  Le Bélarus, a-t-il conclu, espère une concertation des efforts de la communauté internationale, et s’engage, de son côté, à réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

M. JEPPE KOFOD, Ministre des affaires étrangères du Danemark, a constaté qu’alors que nous vivons dans un monde plus « petit » que jamais où les avenirs des nations sont liés comme jamais auparavant, les titres à la une ne parlent que de division, de sortie, d’unilatéralisme et d’intérêt personnel.  C’est à nous, les preneurs de décisions du monde, de comprendre les réalités et perceptions qui ont provoqué la montée de ces idées, a estimé le Ministre.  La mondialisation a créé des fortunes énormes qui ne sont pas partagées de manière équitable.  « Quand les compagnies et les individus les plus riches du monde ne respectent plus le contrat social, lorsqu’ils ne payent pas leur juste part d’impôts, comment peut-on demander à ceux qui ont bien moins de moyens de le faire? » s’est-il interrogé.  Il faut que chacun assume sa part du fardeau, a-t-il tranché en appelant à se mobiliser pour une mondialisation plus juste et durable, ce qui exige une approche globale. 

Les objectifs de développement durable (ODD) et l’Accord de Paris servent en cela comme des points de départ, a souligné M. Kofod, « mais il faut agir maintenant ».  Si les ODD sont une vision pour le monde que l’on souhaite, ils sont aussi une feuille de route pour y arriver, et la responsabilité première incombe aux pays eux-mêmes.  Mais le Ministre a aussi reconnu que nous vivons dans un monde qui a besoin de pouvoir compter sur la solidarité, et non pas simplement la solidarité des mots.  Pour sa part, le Danemark a fourni au moins 0,7% de sa richesse à l’aide publique au développement depuis 40 ans et continuera de le faire.

S’agissant de la lutte contre les changements climatiques, le chef de la diplomatie danoise a affirmé que cela ne peut plus être le problème de la « prochaine génération », ni même du « prochain gouvernement », et, là encore, « il faut agir maintenant ».  Pour cela, le Danemark s’est fixé des objectifs climatiques très ambitieux, comme la réduction de 70% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et la neutralité climat avec zéro émission d’ici à 2050.  Il s’est dit fier d’avoir coprésidé le volet « transition énergétique » du Sommet Action Climat 2019.  Il faut augmenter rapidement la part des énergies renouvelables, a martelé le Ministre, électrifier les industries qui dépendent des carburants fossiles et augmenter notre efficience énergétique.  Mais, a-t-il averti, aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes vivent sans électricité et la transition vers l’énergie renouvelable ne sera viable socialement que si « l’on ne les laisse pas dans l’obscurité ».  Il a également mis l’accent sur la protection de l’environnement qui va main dans la main avec l’action climatique.  Dans ce domaine, le Danemark est déterminé à réduire la déforestation et se dit prêt à assister d’autres pays dans cet effort. 

À cette fin, a poursuivi M. Kofod, il faut développer des partenariats avec toutes les parties prenantes, notamment les investisseurs internationaux pour lever des fonds privés en vue de financer l’énergie verte d’ici à 2020.  Au Danemark, même les fonds de pension ont annoncé vouloir agir en ce sens et la contribution danoise au Fonds vert pour le climat va doubler.  Ces partenariats doivent aussi être intergénérations, a poursuivi le Ministre en appelant à associer les jeunes, à écouter leur voix et à leur donner les moyens d’agir.  « Prouvons aux millions de jeunes qui ont manifesté dans le monde récemment pour une action climatique que nous les entendons, et allons plus loin.  Agissons! », a lancé le Ministre. 

M. JOSEPH MUSCAT, Premier Ministre de Malte, a présenté le monde d’aujourd’hui comme étant interdépendant, divers, conscient mais en même temps pollué, isolationniste et inégalitaire.  « Nous n’avons jamais été aussi proches et en même temps aussi éloignés » les uns des autres, a-t-il fait observer.  Les situations contradictoires sont devenues le nouvel ordre du jour, qu’il ne faut en aucun cas accepter comme inévitable, car notre responsabilité est justement d’œuvrer pour que les transformations en cours ne laissent personne de côté.  « La prospérité économique n’est pas synonyme d’inégalité sociale et le patriotisme ne signifie en aucun cas isolationnisme. »

Selon M. Muscat, il s’agit de mettre en avant la valeur de chacun quels que soient son âge, sa race, ses orientations sexuelles, son genre, sa croyance, car la diversité est un facteur d’enrichissement de la société.  C’est convaincu de cela que Malte s’est embarquée dans la lutte contre la marginalisation sociale pour répondre aux besoins et droits de tout un chacun.  Il s’est félicité des avancées de son pays en particulier vis-à-vis de la communauté LGBT, faisant de son pays un pionnier en la matière en Europe.  À cet égard, le Ministre a loué le lien solide entre le Gouvernement et la société civile.  L’expérience en la matière a démontré qu’autonomiser les citoyens est la clef du succès.  Cependant, a-t-il nuancé, beaucoup reste à faire dans ce domaine, notamment une approche holistique incluant l’acceptation par les familles. 

Un autre point sur lequel son pays œuvre inlassablement est l’égalité des sexes, car le futur est féminin et longtemps le rôle de la femme a été ignoré, a fait valoir M. Muscat, invitant à saisir la dynamique en cours pour parachever cet objectif.  Il a également évoqué la couverture sanitaire universelle, soulignant que Malte a introduit un programme de garde gratuite pour les enfants dont les parents travaillent.  Le résultat ne s’est pas fait attendre: l’emploi des femmes est passé de 52% en 2013 à 63,4% en 2018.  Aujourd’hui, une réforme a été lancée pour une meilleure représentativité de la femme au sein du Parlement. 

Face aux problématiques et aux maux liés aux conflits, au terrorisme, à la pauvreté et au dérèglement climatique, la meilleure solution réside « dans une solidarité accrue et agissante, vigoureuse et mieux structurée, aux niveaux local, national, régional et international », a clamé M. LEJEUNE MBELLA MBELLA, Ministre des relations extérieures du Cameroun, à l’entame de son intervention.  Dans cet esprit, a-t-il ajouté, le multilatéralisme se présente comme une « solution salutaire ».  Il suppose en effet l’instauration d’un ordre international nouveau et équitable reposant notamment sur notre détermination à réaliser les objectifs de développement durable mais aussi sur le renoncement aux prises de décisions unilatérales.  À cet égard, a souligné le Ministre, il importe de réformer le Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que les institutions économiques mondiales afin de « permettre aux pays du continent africain de retrouver la place qu’ils méritent dans le concert des nations ». 

Confrontés aux défis de l’insécurité et de la précarité socioéconomique, le Cameroun s’est engagé, en cohérence avec le Programme 2030 des Nations Unies et l’Agenda 2063 de l’Union africaine, à bâtir une stratégie volontariste de développement à long terme, a poursuivi le Ministre, faisant état de progrès dans les secteurs de l’éducation et de la réduction des inégalités.  Le pays s’est aussi engagé dans le domaine de l’adaptation aux changements climatiques.  Il figurait parmi les premiers signataires de l’Accord de Paris et vient d’adopter un plan national à cet effet.  Il soutient aussi depuis 2008 le projet Sahel Vert, qui s’emploie à restaurer des terres dégradées en y plantant des milliers d’arbres pour arrêter l’avancée du désert, a précisé M. Mbella Mbella.  Il a souhaité, à ce sujet, que les moyens de mise en œuvre des programmes envisagés par la communauté internationale dans le cadre du Fonds vert soient mis à disposition pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable.  De même, il a appelé les « pays nantis » à concrétiser les engagements souscrits dans l’Accord de Paris. 

Évoquant l’insécurité causée par le groupe Boko Haram au Cameroun et dans les pays du bassin du lac Tchad, le chef de la diplomatie camerounaise a salué les succès remportés par le Force multinationale mixte contre cette « secte terroriste ».  Remerciant les partenaires bilatéraux et multilatéraux dans cette lutte contre le terrorisme, il a aussi sollicité leur appui pour mettre en œuvre les projets de développement conçus dans la région, et ce, afin d’attaquer « les racines profondes de cette menace ».  Il a par ailleurs assuré que la « gestion sécuritaire » opérée par le Gouvernement camerounais dans les régions nord-ouest et sud-ouest du pays, confrontées à des poussées séparatistes, a connu de « nombreuses avancées », la plus décisive étant l’annonce faite le 10 septembre par le Président Paul Biya de la convocation d’un « grand dialogue national ».  Les autorités camerounaises ne ménagent aucun effort pour parvenir au rétablissement d’une « paix définitive » dans le pays, a-t-il conclu. 

M. MIGUEL VARGAS MALDONADO, Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine, a fait remarquer que son pays, pourtant l’un des membres fondateurs de l’ONU, a enfin obtenu pour la première fois, cette année, un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité.  Cette responsabilité, a-t-il ajouté, lui a permis d’organiser un débat sur l’impact des catastrophes climatiques sur la paix et la sécurité internationales, thème dont la pertinence est à nouveau démontrée par les incendies en Amazonie et le passage de l’ouragan Dorian.  Ces désastres, a rapporté le Ministre, confirment que dans la région des Caraïbes, les effets des changements climatiques sont « réels, visibles, dévastateurs », et constituent « une menace pour l’existence même de nos pays ».

M. Vargas Maldonado, louant les objectifs de développement durable, a assuré que ces derniers ont été intégrés immédiatement dans la politique de développement de la République dominicaine, avec des résultats probants, particulièrement dans les zones rurales, où le taux de pauvreté a chuté de 49,3% à 25,6% depuis 2012.  Quant à l’éducation, s’est félicité le Ministre, elle fait l’objet d’un investissement égal à 4% du PIB du pays et de la plus grande transformation de son histoire.

Abordant la question des inégalités sociales, le chef de la diplomatie dominicaine a fait valoir que l’objectif d’inclusion des plus défavorisés ne peut se limiter à assurer leurs premières nécessités, et s’est inquiété du manque d’accès et de préparation de la population à la révolution d’Internet.  Rappelant que selon certaines études, la révolution technologique pourrait faire disparaître 50% des emplois en 20 ans, M. Vargas Maldonado a craint de voir ainsi « disparaître les acquis économiques obtenus par le Gouvernement dominicain » et douté que les progrès du numérique, inaccessibles à des populations rurales toujours au stade de l’agriculture vivrière, puissent contribuer à réduire les inégalités. 

Déplorant que « pas un seul pays latinoaméricain ne figure sur la liste des 10 pays les plus innovants du monde », en tête de laquelle figurent la Corée du Sud, l’Allemagne et la Finlande, M. Vargas Maldonado a conclu qu’il y a urgence à accélérer la coopération technologique et les échanges en matière de recherche et de développement, demandant aux pays en pointe dans ces industries de la connaissance de prêter main forte à des pays comme le sien. 

La présente session se tient à un moment où le monde subit les terribles effets des changements climatiques, a affirmé M. ALAIN-CLAUDE BILIE-BY-NZE, Ministre des affaires étrangères du Gabon.  Les ravages des cyclones Idai et Kenneth en Afrique australe et, plus récemment, ceux de l’ouragan Dorian aux Bahamas et sur la côte est des États-Unis, pour ne citer que ces cas récents, révèlent l’extrême vulnérabilité de notre planète face à l’ampleur sans précédent des évidences du dérèglement climatique.

Au moment où les populations du Mozambique, du Malawi et du Zimbabwe peinent à se relever des terribles dégâts et du traumatisme causés par ces catastrophes, notre conscience doit nous interpeller sur l’exigence et l’urgence d’agir ensemble contre cette menace dont personne n’est à l’abri, a poursuivi M. Bilie-By-Nze.  L’occasion pour lui de rendre hommage à l’ancien Président français Jacques Chirac qui se plaisait si opportunément à dire « notre planète brûle et nous regardons ailleurs ». 

Le chef de la diplomatie gabonaise s’est interrogé sur le point de savoir comment parvenir à « dynamiser les efforts multilatéraux pour l’éradication de la pauvreté, l’éducation de qualité, l’action contre les changements climatiques et l’inclusion » dans un contexte international où le multilatéralisme est plus que jamais mis à rude épreuve.  Un contexte marqué notamment par une crise migratoire sans précédent qui exige de la communauté internationale d’être encore plus unie afin d’apporter une réponse inclusive et solidaire à « un phénomène qui met en péril le bien-être des forces vives de nos nations ». 

Quatre années se sont écoulées depuis l’adoption du Programme 2030 et la signature de l’Accord de Paris.  Pourtant, a constaté avec regret le Ministre, les résultats sur le front de la lutte contre les changements climatiques demeurent très en retrait des attentes.  Pire, certains acteurs continuent à douter de manière ostensible de la pertinence du dérèglement climatique et naviguent dans « une dynamique divergente ».  Les objectifs de développement durable exigent une importante mobilisation et la mutualisation de nos efforts, et cela est d’autant plus crucial que les fluctuations et dépréciations récurrentes du prix du pétrole ainsi que de plusieurs autres matières premières ont largement fragilisé les économies des pays producteurs comme le Gabon.  En effet, a-t-il poursuivi, la forte dépendance budgétaire envers les revenus pétroliers a entraîné une aggravation du déficit public et un net ralentissement des investissements publics, notamment dans le domaine social.

Rappelant l’appel lancé depuis cette tribune par le Président gabonais Ali Bongo Ondimba en faveur de la solidarité internationale, M. Bilie-By-Nze a jugé urgent de concrétiser les engagements pris en faveur des pays en développement, notamment en matière de transfert de technologies « propres ».  Il a, en outre, évoqué le prix de l’instabilité sous l’effet du terrorisme, particulièrement lourd pour de nombreux pays africains, et appelé à une approche globale et solidaire pour assécher les causes profondes de ces phénomènes.  Il a défendu une approche concertée de la paix et fait part de la détermination de son pays résolument engagé aux côtés des Nations Unies, notamment dans la promotion de la stabilité et de la paix en République centrafricaine.  Il a saisi cette occasion pour plaider en faveur de la levée totale de l’embargo sur les armes qui frappe ce pays.  Pour finir, il a appelé à une réforme de la gouvernance mondiale qui soit marquée du sceau d’une plus grande justice et d’un partage équitable de responsabilités entre le Nord et le Sud.  Pour lui, la réforme du Conseil de sécurité en sera la meilleure expression avec une représentation du continent africain, suivant la position commune contenue dans le consensus d’Ezulwini.

Droits de réponse

Le représentant de l’Azerbaïdjan a pris la parole pour présenter certains faits et réfuter les assertions faites par le Premier Ministre de l’Arménie la veille.  « Le refus d’assumer sa responsabilité est un obstacle à une paix durable », a-t-il considéré.  Le Premier Ministre arménien a parlé du règlement pacifique du conflit dans son discours, malheureusement de simples paroles ne suffisent pas pour le règlement du conflit, a déclaré le représentant azerbaïdjanais.  Pour lui, aucun règlement ne peut être obtenu en violation de la constitution de son pays.  Il a ainsi appelé au retrait de l’occupant des territoires et frontières internationalement reconnus.  Il accusé l’Arménie de « nettoyage ethnique » et lui a reproché de « manipuler les faits historiques ».  La région du Haut-Karabakh fait partie intégrante de l’Azerbaïdjan, a-t-il insisté, dénonçant une interprétation erronée du principe d’autodétermination tel qu’énoncé par la Charte des Nations Unies.  Il est regrettable, a-t-il poursuivi, que l’Arménie continue de réclamer des privilèges tout en violant de façon flagrante le droit international. 

Ce discours a été jugé trompeur par le représentant de l’Arménie qui a déploré que l’Azerbaïdjan ait refusé tout dialogue, rappelant la déportation et le massacre des populations arméniennes.  Il faut créer un environnement propice à la paix, a-t-il contré.  Notant que les messages et la main tendue dans cette même salle par le Premier Ministre arménien n’ont pas été pris en compte, le représentant a rejeté les propos traitant de raciste le régime de son pays.  De plus, a-t-il ajouté, « un régime héréditaire est mal placé pour traiter de marionnette un régime élu démocratiquement ».  Et de conclure: « L’Azerbaïdjan essaie de changer la réalité et de violer ses obligations juridiques non contraignantes concernant le régime de contrôle des armes. » 

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