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AG/12183
24 septembre 2019
Soixante-quatorzième session, 3e et 4e séances - matin et après-midi

L’ouverture du débat de l’Assemblée générale voit une nouvelle fois s’opposer tenants d’un multilatéralisme rénové et défenseurs du « patriotisme »

L’avenir appartient-il aux « patriotes, aux nations souveraines, indépendantes et qui protègent leurs citoyens et respectent leurs voisins », comme l’affirme le Président des États-Unis Donald Trump?  Est-il au contraire dans les mains des tenants d’un « multilatéralisme fort », marqué par la coopération entre les États et d’autres acteurs internationaux, comme l’a plaidé le Président français Emmanuel Macron en appelant au « retour du courage » pour bâtir la paix et assumer ses responsabilités?  L’ouverture du débat de haut niveau de l’Assemblée générale a, cette année encore, donné lieu à l’affrontement des deux conceptions. 

D’ici au 30 septembre, les dignitaires des 193 États Membres –dont 100 chefs d’État, 3 vice-présidents et 49 chefs de gouvernement- ainsi que du Saint-Siège, de l’État de Palestine et de l’Union européenne, prendront la parole devant le principal organe plénier des Nations Unies.  Les thèmes discutés seront multiples, allant de questions bilatérales aux crises mondiales, à un moment où le Secrétaire général, M. António Guterres, a fait état dans son rapport annuel d’une double crainte.  La première serait que se crée une « grande fracture » et que se mettent en place deux mondes dépendant chacun de l’une des deux grandes économies mondiales, aux dépens d’un monde multipolaire certes mais relevant d’un système universel.  La seconde vient du constat que, si les peuples continuent de croire dans les idéaux des Nations Unies, se pose la question de savoir s’ils croient encore en ceux qui les y représentent. 

Ce mardi, ce sont 34 chefs d’État et trois premiers ministres qui se sont exprimés à la suite du Secrétaire général et du Président de la soixante-quatorzième session de l’Assemblée générale, M. Tijjani Muhammad-Bande, du Nigéria.

Alors que la Charte des Nations Unies appelle à placer au-dessus de tout l’être humain et ses droits inhérents et inaliénables, beaucoup de gens voient aujourd’hui que les machines ont pris leur travail; les trafiquants leur dignité; les démagogues, leur droits; les seigneurs de guerre, leur vie; et les combustibles fossiles, leur avenir, a déploré M. Guterres. 

De fait, beaucoup de choses pourraient inciter au pessimisme, ont fait observer plusieurs des intervenants, comme le Président de la Confédération suisse, M. Ueli Maurer, qui a regretté que des valeurs qui servaient de repères depuis longtemps à l’humanité soient remises en question, à l’image des violations de plus en plus nombreuses du droit international humanitaire.  Les orateurs ont aussi mis en avant les défis auxquels se heurte la réalisation des objectifs de développement durable. 

Mais c’est sur le climat, la biodiversité ou encore les océans que les inquiétudes et le sentiment d’urgence se sont le plus souvent exprimés.  Le Prince Albert II de Monaco a jugé « accablant » le dernier rapport sur les océans.  Face à ces défis, il faut changer, et dès maintenant, ont affirmé les dirigeants.  Ainsi, les Maldives « ne peuvent attendre les échéances fixées par l’Accord de Paris sur le climat », du fait de la menace que les changements climatiques font peser sur leur existence même.

Les appels à la coopération ont donc été nombreux, en premier lieu celui du Président de l’Assemblée générale, au nom de l’intérêt commun, du respect mutuel et de l’empathie.  Les États africains ont également largement salué la coopération au développement ou encore en matière de lutte contre le terrorisme, par exemple au Sahel. 

M. Muhammad-Bande a également mis l’accent sur le courage, une valeur convoquée par le Président français dans tout son discours.  Pour répondre aux différents défis, M. Macron a estimé que le monde dispose de « tout »: la connaissance, la science, le financement, une « capacité d’innovation inégalée », une « conscience inédite des maux contemporains », notre jeunesse, nos opinions publiques et « un cadre, celui des États qui se reconnaissent mutuellement et sont censés travailler ensemble pour le bien mutuel ».  Pour le Président français, ce qui manque, c’est « le courage d’essayer de faire », en opposition aussi bien à « l’habitude du cynisme et au confort de l’inaction » et à la « rhétorique de dénonciation », utile mais dépassée.  Il a aussi vu dans cette attitude une « œuvre de réconciliation ». 

Pour la France, les crises actuelles ne pourront se régler par le « repli nationaliste ».  En réponse au Président américain, pour qui la principale opposition se trouve entre « ceux qui se croient destinés à gouverner les autres, et les personnes et peuples qui n’aspirent qu’à se gouverner eux-mêmes », M. Macron a dit croire à la souveraineté « en tant qu’autonomie pour soi-même et nécessité de coopérer ».  Nous les patriotes, a renchéri le Président du Portugal, M. Marcelo Rebelo de Sousa, nous savons qu’il faut plus de Nations Unies et pas moins de Nations Unies.

Mais la coopération ne saurait prendre n’importe quelle forme.  Le Président Jair Messias Bolsonaro du Brésil a dénoncé l’esprit « colonialiste » de ceux qui voudraient remettre en cause la souveraineté du Brésil sur l’Amazonie, « dont nous ne pouvons pas dire qu’elle appartient au patrimoine de l’humanité ».  Son homologue Abdel Fattah Al Sisi d’Égypte a insisté sur le respect de la maîtrise nationale des problèmes nationaux comme « impératif absolu » pour assurer l’efficacité du système multilatéral et le Président Macky Sall du Sénégal a averti que l’Afrique n’a « pas besoin de tutelle; l’Afrique a besoin de partenariats ».

C’est aussi la confiance dans les relations et les institutions internationales, érodées ces dernières années, qu’il faudrait rétablir, a estimé le Président de la Finlande, M. Sauli Niinistö.  S’il a soutenu la réforme des Nations Unies à cette fin, d’autres dignitaires ont demandé des réformes plus profondes à l’image du Président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui a réclamé une réforme du Conseil de sécurité en lançant: « Le monde est plus grand que cinq pays. » 

Un bon exemple de confiance a en revanche été apporté par le Président de la République de Corée, M. Moon Jae-in, qui a détaillé l’amélioration des relations entre son pays et la République populaire démocratique de Corée.

L’Assemblée générale poursuivra son débat général demain, mercredi 25 septembre, à partir de 9 heures.

RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR L’ACTIVITÉ DE L’ORGANISATION – A/74/1

Ouverture du débat général

La Charte des Nations Unies nous envoie un message clair: placer l’être humain au-dessus de tout, a rappelé le Secrétaire général de l’ONU, M. ANTÓNIO GUTERRES.  Les gens, a-t-il souligné, ont des droits qui ne sont pas des faveurs à leur accorder ou à leur retirer.  Ces droits sont inhérents à chaque humain.  J’ai vu, a dit le Secrétaire général, partout dans le monde, des gens menacés par la montée des eaux, des jeunes réfugiés espérant retourner à l’école et chez eux, des survivants d’Ebola faisant tout pour reconstruire leur vie, des femmes réclamant égalité et opportunités.  Beaucoup de gens, a-t-il rappelé, craignent aujourd’hui d’être bafoués, voués à l’échec, abandonnés, laissés de côté.   Les machines ont pris leur travail, les trafiquants, leur dignité, les démagogues, leur droits, les seigneurs de guerre, leur vie, et les combustibles fossiles, leur avenir. 

Pourtant, a souligné le Secrétaire général, ces gens croient toujours dans l’esprit et les idées qui nous réunissent tous ici.  Ils ont foi dans les Nations Unies mais croient-ils en nous?  Malgré les progrès politiques, s’est expliqué le Secrétaire général, les conflits persistent, le terrorisme se propage et les risques d’une nouvelle course aux armements s’accentuent.  Les ingérences extérieures, souvent en violation des résolutions du Conseil de sécurité, rendent encore plus difficiles les processus de paix.  Le Secrétaire général a pointé le doigt sur le Yémen, la Libye, l’Afghanistan mais aussi Israël et la Palestine, le Venezuela, l’Asie du Sud ou encore la région du Golfe.  Dans un contexte où le moindre mauvais calcul peut conduire à une confrontation majeure, nous devons tout faire pour faire prévaloir la raison et la retenue.

Depuis le premier jour, a dit le Secrétaire général, j’ai mis l’accent sur la prévention des crises, la médiation et la diplomatie pour la paix.  M. Guterres a parlé des quelque 100 000 Casques bleus déployés dans le monde, de l’initiative Action pour le maintien de la paix, du travail louable des agents humanitaires.  Il a souligné que cette année seulement, au moins 80 de ces personnes ont perdu la vie.  Il a aussi parlé des efforts pour renforcer l’architecture de lutte contre le terrorisme et du nouvel agenda pour le désarmement qu’il a promu.

M. Guterres a pourtant dit craindre la « grande fracture »: un monde coupé en deux, avec les deux plus grandes économies créant des mondes séparés et en concurrence, chacun d’eux avec sa propre monnaie, ses propres règles commerciales et financières, son propre Internet, son propre système d’intelligence artificielle et ses propres stratégies géopolitiques et militaires à somme nulle.  Nous devons, a-t-il pressé, tout faire pour empêcher cela et maintenir un système universel, une économie universelle avec un respect universel du droit international, un monde multipolaire avec des institutions multilatérales fortes.

Le Secrétaire général a insisté sur le droit des gens à la sécurité, ajoutant que toute mesure pour promouvoir le respect des droits de l’homme contribue au développement durable et à la paix.  Au XXIe siècle, nous devons voir ces droits comme une vision qui parle à chaque être humain et qui comprend tous les droits: économiques, sociaux, culturels, politiques et civils.  Les droits de l’homme sont universels et indivisibles.  On ne peut choisir et privilégier certains au détriment des autres.  Ces droits sont partout dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et ce sont nos meilleurs outils pour prévenir les conflits.  Pourtant, s’est lamenté le Secrétaire général, les inégalités explosent.  Le Sommet sur le développement durable qui se tient aujourd’hui et le dialogue, prévu pour jeudi, sur le financement du développement doivent être l’occasion de hisser les ambitions, y compris en exploitant la technologie et l’innovation.

Comme on l’a dit hier au Sommet Action Climat, a rappelé le Secrétaire général, l’urgence climatique est une course que nous perdons mais c’est une course que l’on peut gagner si nous changeons dès maintenant notre façon de faire et même de parler.  Ne parlons plus de changements climatiques mais de crise climatique et ne parlons plus de réchauffement de la planète mais d’une planète en surchauffe.  Exploitons l’élan imprimé par le Sommet d’hier, a encouragé le Secrétaire général.

Le Secrétaire général a ensuite plaidé pour que l’on tienne les promesses de partage des responsabilités du Pacte mondial sur les réfugiés et que l’on poursuive sur la lancée du premier Pacte mondial sur les migrations.  Il est aussi revenu sur les deux initiatives qu’il a lancées: une stratégie à l’échelle du système des Nations Unies pour lutter contre les discours de haine et un plan d’action pour soutenir la protection des sites religieux et la défense de la liberté de culte.  Le Secrétaire général a aussi rappelé le lancement de la première Stratégie des Nations Unies pour l’inclusion des personnes handicapées, se réjouissant par ailleurs de son travail sur la parité hommes-femmes.  Aujourd’hui, a-t-il affirmé, nous avons atteint la parité dans mon Conseil de direction et parmi les coordonnateurs résidents, c’est-à-dire celles et ceux qui pilotent le travail des Nations Unies dans chaque pays.

Le Secrétaire général a promis de poursuivre ces efforts, prévenant qu’au rythme actuel, il faudra deux siècles pour combler le fossé de l’émancipation économique.  Nous ne pouvons, s’est-il révolté, accepter un monde qui dit à nos petites-filles que l’égalité attendra les petites-filles de leurs petites-filles.  En poursuivant ce travail vital et autres, j’ai lancé, a encore dit le Secrétaire général, des réformes ambitieuses pour rendre les Nations Unies plus efficaces.  Je compte sur vous pour placer notre Organisation sur une base financière solide. 

Dans un monde plus divisé que jamais, a-t-il conclu, nous avons besoin d’une Organisation forte.  L’année prochaine, nous fêterons le soixante-quinzième anniversaire de l’ONU, un moment critique pour renouveler notre projet commun.  Les problèmes sont réels mais les espoirs aussi, et en s’efforçant de servir les peuples du monde, nous pouvons aussi nous en inspirer.  Nous sommes ici, a martelé le Secrétaire général, pour servir.  Nous sommes ici pour promouvoir l’intérêt commun dans le respect de notre humanité et nos valeurs communes.  C’est la vision des fondateurs de l’ONU et en ces temps de divisions, nous devons nous invoquer cet esprit.  Rétablissons la confiance et l’espoir et avançons ensemble, a encouragé le Secrétaire général.

M. TIJJANI MUHAMMAD-BANDE (Nigéria), Président de la soixante-quatorzième session de l’Assemblée générale, a déclaré que nous sommes restés longtemps au carrefour du développement humain, et si nous voulons que l’humanité exploite pleinement ses capacités, nous devons unir nos efforts pour trouver des solutions aux problèmes des conflits violents, du terrorisme, des catastrophes naturelles et du trafic de drogue, de la traite des êtres humains, et l’analphabétisme et autres dont souffrent des millions de personnes dans le monde. 

Notre plus récente réalisation a été l’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030 en 2015 et la mise en œuvre de ses objectifs doit être notre priorité et leur réalisation exige une coopération dans les financements et le partage d’expériences.  La promotion de la paix et de la sécurité, a poursuivi le Président, est au cœur de l’œuvre de l’ONU.  Nous devons continuer de renforcer l’Organisation, en veillant à ce que l’architecture de paix et de sécurité soit adaptée au XXIe siècle, en particulier en faisant de la prévention une priorité.  Les facteurs de conflits comme la pauvreté, les inégalités, les violations des droits de l’homme, le manque d’éducation et d’opportunités d’emplois doivent être traités et en partageant les idées et en mettant en place des partenariats fonctionnels, nous pourrons y mettre fin. 

L’éradication de la pauvreté reste un défi majeur sur le plan mondial.  Le Président a exhorté les pays à travailler aux systèmes de protection sociale et à consacrer une part plus importante des dépenses publiques aux groupes marginalisés et exclus.  Nous devons coopérer sur le développement des capacités entrepreneuriales et sur la modernisation de l’agriculture.  Nous devons aussi déployer les connaissances et les technologies disponibles pour ne pas condamner nos enfants dans un monde irréparable, à cause des changements climatiques, a souligné M. Muhammad-Bande, en appelant au respect des engagements de l’Accord de Paris en 2015 et à la recherche de nouveaux moyens pour combler les énormes lacunes financières et techniques nécessaires à un impact significatif. 

Le Président a aussi mis l’accent sur l’accès à une éducation primaire et secondaire de qualité et sur l’intégration dont celle des jeunes, des femmes et des personnes handicapées.

Compte tenu de ces défis, gardons-nous, a imploré le Président, de retomber dans les rivalités amères du passé.  Donnons la priorité à la coopération, à l’intérêt commun et au respect mutuel.  Il a insisté sur les coopérations Sud-Sud et triangulaire mais aussi sur le courage, la constance et l’empathie.  Le Président a convoqué le Mahatma Ghandi, la jeune Greta Thunberg, Nelson Mandela, Malala Yousafzai, Martin Luther King Jr. ou l’imam nigérian Abubakar Abdullahi, pour illustrer le courage et la générosité qu’il faut. 

M. JAIR MESSIAS BOLSONARO, Président du Brésil, a d’abord « remercié Dieu d’être en vie », avant d’indiquer qu’il représente un nouveau Brésil qui renaît du socialisme et qui se reconstruit sur la base des aspirations du peuple.  Le socialisme a plongé mon pays dans une corruption généralisée, une récession grave et une criminalisation qui a sapé les fondements même de la famille, a-t-il affirmé.

Le Président a dénoncé un accord passé en 2013 avec Cuba pour faire venir des médecins « sans qualification » dont la plupart ont quitté le pays à son arrivée au pouvoir.  Ces agents du régime cubain continuent de contrôler aujourd’hui la société vénézuélienne: ils sont 60 000 à contrôler la vie et l’économie du Venezuela, un pays autrefois prospère qui vit aujourd’hui les réalités cruelles du socialisme.  Nous travaillons avec d’autres pays comme les États-Unis pour y rétablir la démocratie, a souligné le Président.

Il ne peut y avoir de libertés politiques, a-t-il poursuivi, sans libertés économiques et inversement.  Libre-échange, concessions et privatisations sont aujourd’hui des réalités au Brésil dont l’économie se redresse et se libère des entraves du passé.  L’appareil d’État était gangréné par la corruption mais aujourd’hui nous ouvrons notre économie et nous nous intégrons dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.  En huit mois, s’est enorgueilli le Président, nous avons conclu deux accords commerciaux, l’un avec le Marché commun du Sud (Mercosur) et l’autre avec l’Union européenne.

Nous sommes également prêts, a-t-il annoncé, à lancer le processus d’adhésion à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).  Nous sommes, s’est-il réjoui, en bonne voie et avons adopté les meilleures pratiques dans tous les domaines, dont l’environnement.

S’agissant de l’Amazonie, le Président a affirmé que son gouvernement s’est fermement engagé en faveur de la préservation de la forêt.  Le Brésil est l’un des pays les plus riches au monde en termes de biodiversité et de ressources minérales.  Notre forêt est plus grande que l’Europe occidentale et reste quasi intacte car nous sommes l’un des pays qui protègent le mieux l’environnement.

Cette année, a-t-il déploré, nous avons dû faire face à des vents qui ont provoqué des incendies mais aussi à des incendies criminels.  Les populations locales utilisent aussi les feux pour leur survie et malgré cela, s’est étonné le Président, nous avons essuyé les attaques des médias internationaux, des attaques, a-t-il prévenu, qui ont suscité encore plus de patriotisme chez nous.

Nous ne pouvons pas dire, a-t-il prévenu, que l’Amazonie appartient au patrimoine mondial, accusant certains pays d’avoir tout simplement relayé les mensonges des médias et fait des déclarations irrespectueuses, dans un esprit « colonialiste » qui remettait en cause la souveraineté du Brésil.  Merci aux pays qui ont refusé d’appuyer la proposition « absurde » faite lors du Sommet du G7 en France.  Merci, a poursuivi le Président, à M. Donald Trump, qui a réaffirmé l’importance qu’il y a à respecter la liberté de chacun.  Aujourd’hui, a-t-il dit, 14% du territoire brésilien est dédié à l’agriculture et aux peuples autochtones.  Je le dis clairement, le Brésil ne va pas augmenter cette part.

Le Président a plaidé la divergence des vues entre dirigeants autochtones et a accusé le chef Rahoni et d’autres d’être manipulés par des gouvernements étrangers et des ONG dans une guerre qui vise à servir des intérêts particuliers en Amazonie.  Hélas! « certains » insistent pour que l’on traite les peuples autochtones comme des hommes des cavernes.  Ceux qui nous attaquent aujourd’hui ne sont intéressés que par les richesses minérales et la biodiversité dont regorgent ces territoires.

Une nouvelle politique autochtone doit être mise en œuvre au Brésil, a estimé le Président.  Si les bonnes décisions sont prises, il sera possible d’envisager un nouveau modèle, une nouvelle ère pour ces populations qui vivent dans une pauvreté extrême les privant de dignité et de développement.  L’« écologie radicale » est en contradiction avec les aspirations des peuples autochtones et les marginalise, a tranché le Président.

L’ONU a joué un rôle clef dans la lutte contre la colonisation et on ne peut accepter que cet esprit « colonialiste » revive aujourd’hui dans ses couloirs.  La France et l’Allemagne, a argué le Président, consacrent plus de la moitié de leur territoire à l’agriculture alors que le Brésil n’y consacre que 8%, sans compter que 61% de notre territoire est préservé et que nous pratiquons la tolérance zéro contre toutes les formes de crimes dont les crimes écologiques.

Toute initiative visant à contribuer à la préservation de l’Amazonie ou autre écosystème doit être organisée, dans le plein respect de la souveraineté du Brésil, a prévenu le Président, qui a rejeté l’instrumentalisation de la protection de l’environnement et des peuples autochtones au profit d’intérêts économiques étrangers.

Les présidents socialistes qui m’ont précédé, a-t-il dit, ont détourné des centaines de millions de dollars.  Ils ont été jugés et condamnés pour avoir transféré des sommes gigantesques vers d’autres pays pour promouvoir des projets régionaux.  Mais leurs sources se sont asséchées et ces dirigeants ne viendront plus ici chaque année s’exprimer sur des questions qui ne contribuent en rien aux intérêts du Brésil ni à la stabilité mondiale. 

Les choses sont en train de changer: des mesures ont été prises pour réduire la criminalité et déjà le nombre des assassinats a chuté de 20% en six mois.  Aujourd’hui le Brésil est plus sûr, plus accueillant.  Des exemptions de visas ont été accordées à plusieurs pays dont le Canada et les États-Unis et l’on envisage de faire de même pour la Chine et l’Inde, qui pourront ainsi « admirer les beautés du Brésil et de l’Amazonie ».  N’hésitez pas à venir dans mon pays, a lancé le Président, en promettant que le Brésil est très différent de ce qu’en disent les médias.

Cette année, a-t-il ajouté, le Brésil s’est efforcé de renouer ses relations avec des partenaires clefs, dont le Chili, avec la mise en place de l’initiative PROSUR pour le progrès et le développement en Amérique du Sud.  Le Brésil est ouvert et cherche à nouer des partenariats avec tous ceux qui le souhaitent, au Moyen-Orient ou en Afrique.  Le Brésil, s’est vanté le Président, se relève et retrouve sa confiance politique et économique.  Il est prêt à assumer ses responsabilités dans le système international. 

Il a tout de même regretté que ces dernières années, l’idéologie ait imprégné l’éducation, la culture et les médias pour dominer les universités et les écoles, envahissant les foyers et s’efforçant de démanteler la famille.  Cette idéologie cherche même à corrompre l’identité fondamentale des enfants, leur identité biologique.  Elle envahit l’âme humaine et cherche à l’éloigner de Dieu et de la dignité qu’il incarne.  Nous ne sommes pas ici pour effacer le principe de souveraineté au nom d’un intérêt mondial « abstrait ».  Cette Organisation est celle des « nations unies » et elle doit le rester.

M. DONALD TRUMP, Président des États-Unis, a longuement défendu la souveraineté des États face aux « mondialistes » et à toutes les forces qui entendent exercer « un contrôle » sur la souveraineté des peuples.  Pour M. Trump, la division principale dans le monde est celle qui oppose ceux qui aspirent au contrôle, qui se croient destinés à gouverner les autres, et les personnes et peuples qui n’aspirent qu’à se gouverner eux-mêmes.  Il s’est ainsi présenté comme le « dirigeant élu d’une nation qui aspire à la liberté et au gouvernement autonome ». 

Rappelant que grâce aux ressources qu’il lui a consacrées, les Forces armées américaines sont « de loin les plus puissantes au monde », M. Trump a dit espérer que son pays n’aurait jamais à utiliser cette puissance.  Mais les États-Unis défendent farouchement les traditions et coutumes qui ont fait « de nous ce que nous sommes », a affirmé le Président, insistant sur le fait que chaque pays a « une histoire qui lui est chère, une culture, un patrimoine à défendre et à honorer ».  « Soyez fiers de votre pays.  Si vous voulez la paix, aimez votre nation », a-t-il lancé, faisant de ce thème un élément récurrent de son discours.

Pour M. Trump, ces fondements doivent être respectés et on ne doit pas chercher à les remplacer.  À ses yeux, « l’avenir n’appartient pas aux mondialistes, il appartient aux patriotes, aux nations souveraines, indépendantes et qui protègent leurs citoyens et respectent leurs voisins ».

M. Trump a défendu le « programme passionnant du renouveau national » mis en place par son administration.  Il a notamment mentionné une politique économique favorable à la croissance et à la baisse des impôts, qui a permis une création d’emplois « à un rythme historique » et le taux de chômage le plus bas depuis 50 ans.  Il a fait état d’une hausse des salaires et des revenus et affirmé que 2,5 millions d’Américains ont pu sortir de la pauvreté depuis trois ans qu’il dirige le pays.

M. Trump a ensuite expliqué que les États-Unis mènent une « campagne ambitieuse » visant à réformer le commerce international, exploité selon lui pendant des décennies par des nations qui ont fait preuve de mauvaise foi.  Les États-Unis ont pris des mesures décisives pour parvenir à des échanges commerciaux « équilibrés, équitables et réciproques », a affirmé M. Trump.  S’il a mentionné le Mexique, le Canada et le Royaume-Uni, avec lequel les États-Unis sont prêts à passer un accord commercial « exceptionnel, extraordinaire » après sa sortie de l’Union européenne, M. Trump a surtout mis en avant la « grande différence dans nos relations avec la Chine » qu’il a imposée depuis son arrivée à la présidence.  Il a ouvertement accusé la Chine de « dumping » et de « vol de propriété intellectuelle », dénonçant les erreurs de ses prédécesseurs qui avaient ignoré de tels agissements, voire les avaient encouragés dans un mondialisme qui leur a fait oublier les intérêts nationaux des États-Unis.  Cette époque est révolue, a affirmé M. Trump, qui s’est félicité des milliards de dollars de taxes douanières imposées par son administration et des bienfaits de cette politique pour le peuple américain.  Jamais je ne cesserai de défendre les intérêts des États-Unis, a poursuivi M. Trump, qui a affirmé son désir de voir un accord commercial « juste » avec la Chine.

M. Trump a également dit attendre de la Chine qu’elle respecte l’accord conclu avec le Royaume-Uni concernant Hong-Kong.  Les États-Unis comptent à cet égard sur le Président Xi, « un grand dirigeant ».  M. Trump s’en est ensuite pris au « régime oppressif iranien », « premier parrain du terrorisme », dont il a dénoncé notamment l’antisémitisme et la haine d’Israël et qu’il a accusé de semer « mort et destruction ».  Jamais les États-Unis n’accepteront que l’Iran accède à l’arme nucléaire, a poursuivi le Président, qui a de nouveau justifié le retrait de son pays du « très mauvais » Plan d’action global commun.  Après les attaques récentes qu’il a imputées à l’Iran, M. Trump a expliqué qu’il avait pris les sanctions « les plus dures jamais imposées à l’encontre de la Banque centrale iranienne ».  Il a menacé de les durcir encore et a demandé à toutes les nations d’agir dans le même sens.

En même, temps, M. Trump a dit ne pas croire au « mythe de l’ennemi permanent ».  Pour lui, les citoyens iraniens « méritent un gouvernement qui cherche à éradiquer la pauvreté et qui ne leur vole pas leur argent » pour financer des massacres à l’étranger.  Il a donc appelé les dirigeants iraniens à « cesser de menacer d’autres pays et à enfin donner la priorité au peuple iranien. » 

Déclencher une guerre est aisée mais « seuls les plus courageux font le choix de la paix », a poursuivi M. Trump, qui a ainsi justifié sa « diplomatie audacieuse » dans la péninsule coréenne, insistant sur le « potentiel immense » de la Corée du Nord, qui « doit toutefois se dénucléariser ».

De même, l’Amérique ne souhaite pas « des guerres sans fin », a poursuivi M. Trump.  C’est pourquoi les États-Unis « aspirent à un avenir radieux en Afghanistan ».  Tout en dénonçant les « attaques barbares » des Taliban, le Président a affirmé qu’il ne renoncerait pas à ramener la paix et la stabilité dans la région.

M. Trump a ensuite dénoncé l’immigration irrégulière massive qui déchire les sociétés.  Elle n’est pas tenable et ne garantit la sécurité ni des pays d’origine, qui « se vident à un rythme effréné », ni les pays de destination, « débordés » par des migrants qu’ils ne peuvent plus accepter.  Affirmant qu’un tiers des femmes qui traversent la frontière sont victimes d’agressions sexuelles en cours de route, M. Trump s’est adressé aux militants qui défendent l’ouverture des frontières pour leur dire: « vos politiques ne sont pas justes, elles sont cruelles et mauvaises et donnent le pouvoir à des organisations criminelles.  Vous sapez la dignité humaine et les droits de la personne ».  Aux migrants, il a demandé de ne pas donner de l’argent à « ces coyotes » que sont les passeurs qui ne cherchent qu’à les exploiter et de ne pas mettre en danger ni eux-mêmes ni leurs enfants car, a-t-il affirmé, il ne changera pas sa politique migratoire.

Défendant le « droit absolu de chaque État de protéger ses frontières », M. Trump a d’ailleurs remercié le Mexique d’avoir renforcé le contrôle de la sienne, témoignant ainsi aux États-Unis « un grand respect » qu’il mérite lui-même en retour.  M. Trump a au contraire appelé les candidats à la migration à œuvrer pour leur pays, avant de dénoncer les régimes de Cuba, du Nicaragua et surtout du Venezuela.  Concernant ce dernier, il a rappelé l’assistance humanitaire de grande ampleur « prête à être livrée quand la liberté l’aura emporté ».  L’une des plus grandes menaces est le spectre du socialisme, qui détruit nations et sociétés, a affirmé M. Trump.  Pour lui, le socialisme n’a rien à voir avec la justice, l’égalité, l’éradication de la pauvreté et l’intérêt de la nation.  Son seul objectif, selon M. Trump, est de « donner le pouvoir à la classe dirigeante ».  L’Amérique ne sera jamais un pays socialiste, a-t-il lancé, justifiant par ce fait sa volonté de contrôler certaines technologies étrangères. 

Il faut toujours se méfier de ceux qui appellent au contrôle, a encore affirmé le Président, qui a dit vouloir défendre la liberté d’expression face aux « réseaux sociaux, qui ne peuvent être autorisés à bâillonner le peuple libre ».  Il a ensuite dénoncé les campagnes des Nations Unies « d’appui à l’avortement », estimant que tout enfant né ou à naître est un don de Dieu ».  Au nom du droit à la légitime défense, il a affirmé que jamais les États-Unis ne ratifieraient le Traité sur le commerce des armes qui menace, selon lui, les droits constitutionnels des citoyens américains dont les pères fondateurs ont doté le pays.

Répétant une nouvelle fois son soutien aux « patriotes » face à tous ceux qui veulent imposer « un contrôle », M. Trump a défendu l’amour de la nation et conclu en appelant les dirigeants du monde à chérir leur culture, honorer leur histoire et la dignité de leur peuple, préserver leurs ressortissants, ce qui ouvrira la voie à des partenariats plus forts et permettra de repousser les ennemis de la liberté.  « La voie d’un avenir meilleur pour l’humanité commence chez vous », a-t-il conclu.

Pour M. ABDEL FATTAH AL SISI (Égypte), le respect de la maîtrise nationale des problèmes nationaux est un impératif « absolu » pour assurer l’efficacité du système multilatéral.  Assumant actuellement la présidence de l’Union africaine (UA), l’Égypte a eu à cœur, a-t-il dit, de consolider ce principe essentiel: celui « des solutions africaines aux problèmes africains » afin de formuler une approche globale posant les bases d’une vision continentale basée sur notre histoire commune.  À cette fin, un nouveau mécanisme a été lancé au Caire, qui mettra l’accent sur la reconstruction après les conflits, appelé « Le Centre de l’UA pour la reconstruction et le développement ».

Le principe de la maîtrise nationale a été ainsi appliqué avec succès dans plusieurs situations notamment en Afrique centrale ou au Soudan pour gérer la phase de transition qui s’annonce.  Les pays africains sont pleinement conscients de l’importance de nouer des partenariats efficaces avec les organisations nationales et internationales pour relever les défis auxquels ils sont confrontés et pour mobiliser les ressources nécessaires à la réussite des objectifs de l’Agenda de l’UA pour le développement.  C’est pourquoi j’en appelle aux institutions continentales et internationales pour qu’elles assument leur part dans le financement du développement en Afrique: ce continent offre à l’économie mondiale de nombreuses opportunités de croissance.

À cet égard, l’Égypte vient de lancer le « Forum d’Aswan pour une paix et un développement durables » dont la première réunion se tiendra en décembre.  Il permettra d’instaurer le dialogue entre les acteurs régionaux et internationaux – responsables politiques, institutions financières, société civile et secteur privé.

Mais le règlement des conflits prolongés reste la condition sine qua non à tout effort sérieux de renforcement du multilatéralisme.  L’exemple le plus flagrant étant la situation au Moyen-Orient et la cause palestinienne, a tranché le Président.  Sans une solution juste basée sur la création d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale, les souffrances du peuple palestinien continueront ainsi que l’épuisement des ressources des populations du Moyen-Orient.  Or je veux le redire ici, les Arabes sont ouverts à la réalisation d’une paix juste et globale, a-t-il affirmé.  L’Initiative de paix arabe est toujours sur la table, mais elle nécessitera des décisions audacieuses pour rétablir les Palestiniens dans leurs droits et ouvrir la voie à de véritables changements dans la région.  Cela concerne le monde entier.

Il est impératif de s’attaquer aux racines profondes des crises internationales pour réussir.  Ceci concerne également, a précisé le Président, la Libye dont le peuple souffre d’un conflit armé prolongé qui doit cesser.  Il est temps de s’attaquer à cette crise dans son ensemble, ce qui ne peut être fait qu’en appliquant le plan de paix des Nations Unies adopté par le Conseil de sécurité en octobre 2017, en remédiant aux graves inégalités de pouvoir et de richesses ainsi qu’à l’absence flagrante de contrôle démocratique sur les institutions politiques et financières.  Il faut éviter que les milices sèment le chaos et bloquer l’ingérence des acteurs extérieurs.

De la même façon, la crise en Syrie demeure une urgence, a poursuivi le Président.  Nous ne pouvons nous permettre de perdre encore du temps avec ce que subit la Syrie depuis huit ans.  L’Égypte, a-t-il dit, appelle le Comité constitutionnel qui vient d’être créé à se mettre au travail sans tarder, pour avancer vers un règlement politique global, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité.

La même logique doit présider au règlement de la situation au Yémen, grâce à la mise en œuvre d’une solution politique fondée sur des paramètres bien connus.  Il faut faire face à ces menaces sans précédent qui pèsent sur la région du Golfe et sur sa navigation.  Le Président s’est attardé sur les attaques qui ont visé les installations pétrolières en Arabie saoudite.  L’Égypte, a-t-il souligné par ailleurs, a continuellement défendu une approche globale pour combattre le terrorisme.  À la lumière de son expérience, elle se tient prête à intensifier sa coopération avec les pays amis et les Nations Unies et souligne ainsi l’importance de mettre en œuvre la résolution 2354, adoptée sur la base d’une initiative égyptienne pour défendre les valeurs de tolérance et assurer un renouveau du discours religieux.  Nous devons faire face aux déséquilibres dans la composition du Conseil de sécurité et aux déséquilibres de ses décisions, a ajouté le Président, plaidant pour que l’on corrige l’injustice historique que subit l’Afrique depuis si longtemps.

Le Président a conclu sur l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations sur le barrage de la renaissance et ses conséquences possibles sur la région et sur l’Égypte en particulier.  L’Égypte aspire à la conclusion d’un accord respectant les intérêts communs de son peuple mais aussi de ceux du Nil Bleu, de l’Éthiopie et du Soudan.  Si l’Égypte reconnaît l’importance du barrage pour le développement de l’Éthiopie, pour elle-même, les eaux du Nil sont une question de survie, ce qui fait peser une lourde responsabilité sur la communauté internationale qui doit jouer un rôle constructif et conduire toutes les parties à un accord satisfaisant pour tous.

M. RECEP TAYYIP ERDOĞAN, Président de la Turquie, a estimé que ni les droits ni les responsabilités ne sont aujourd’hui répartis de manière adéquate, ce qui provoque crises, luttes de pouvoir et troubles.  Les Nations Unies ont été créées avec l’objectif d’éradiquer les injustices mais la communauté internationale perd peu à peu sa faculté de trouver des solutions pérennes au terrorisme, à la faim, à la pauvreté et aux changements climatiques, a-t-il déploré.  Jugeant inacceptable qu’une petite minorité « chanceuse » puisse débattre de la technologie numérique, des robots, de l’intelligence artificielle ou de l’obésité pendant que le reste du monde souffre de la pauvreté, de la faim et de l’analphabétisme, M. Erdoğan a rappelé qu’il dit, depuis des années, à la tribune de l’Assemblée générale, qu’on ne peut pas laisser le sort de l’humanité entre les mains d’un petit nombre.  « Le monde est plus grand que cinq pays », a-t-il lancé sous les applaudissements, avant de dénoncer l’inégalité entre les États nucléaires et les autres qui, à elle seule, suffit à saper les équilibres mondiaux.

Alors que la pollution atmosphérique et les changements climatiques menacent notre existence, il faut renforcer les capacités et l’efficacité des Nations Unies, a affirmé le Président, qui a demandé à l’Organisation des réformes fondamentales en faveur de la justice et de l’équité, en particulier au sein du Conseil de sécurité.  Affirmant la volonté de son pays d’œuvrer en faveur de Nations Unies plus justes, et notamment d’un Conseil de sécurité réformé, M. Erdoğan a annoncé le souhait de son pays de présider l’Assemblée générale des Nations Unies à sa soixante-quinzième session.

M. Erdoğan s’est ensuite étendu sur la situation en Syrie, devenue à ses yeux un symbole d’injustice qui heurte la conscience de l’humanité.  La crise syrienne doit cesser une fois pour toutes, a-t-il affirmé, estimant que la Turquie est le pays le plus durement touché par les activités de Daech mais aussi celui qui a infligé à l’organisation terroriste les premiers et les plus violents coups en Syrie.

Le Président a également affirmé que la Turquie est le pays le plus généreux en termes d’aide humanitaire par rapport à son PIB, rappelant que le nombre de demandeurs d’asile dans son pays, soit cinq millions, est supérieur à la population de 29 États des États-Unis.  Faisant état des 40 milliards de dollars dépensés par son pays au profit des demandeurs d’asile en huit ans et d’un demi-million d’enfants syriens nés en Turquie pendant la même période, le Président a rappelé que la Turquie offre non seulement des logements, mais aussi des services sociaux, notamment en matière d’éducation et de santé.

Malheureusement, a ajouté M. Erdoğan en présentant à l’Assemblée la photo de petit Aylan, mort sur une plage turque et dont la photo avait ému le monde, le monde a oublié trop vite des millions de victimes, ceux dont la quête de sécurité s’est achevée dans les eaux de la Méditerranée ou contre des barrières de sécurité.  Affirmant que la Turquie a, à elle seule, sauvé de la noyade 32 000 migrants irréguliers depuis le début de cette année, il a affirmé que son pays a été laissé seul dans ses efforts de solidarité. 

Pour le Président turc, il faut pour résoudre la crise humanitaire en Syrie traiter trois problèmes.  Le premier concerne la mise en place d’un Comité constitutionnel efficace, car une solution politique permanente permettra en soi à la Syrie de retrouver son intégrité territoriale.  Le deuxième consiste à éviter un massacre à Edleb.  À cet égard, M. Erdoğan a estimé que, malgré des revers, l’Accord de Sotchi reste valable et a demandé qu’on soutienne les efforts de son pays.  Enfin, pour M. Erdoğan, il faut éliminer les « structures terroristes du PKK-YPG » à l’est de l’Euphrate, qui « occupent un quart de la Syrie et tentent de trouver une légitimité sous le nom de Forces démocratiques syriennes ».  À ses yeux, il n’y aura pas de solution permanente pour la Syrie si on ne traite pas « toutes les organisations terroristes de la même manière ».  Enfin, M. Erdoğan a rappelé les efforts de son pays pour obtenir la mise en place d’un corridor de paix destiné à permettre la création en Syrie d’une zone de sécurité pour quelque deux millions de Syriens et a réclamé la mise en œuvre effective des Pactes mondiaux sur les migrations et sur les réfugiés adoptés sous l’égide des Nations Unies.

M. Erdoğan a ensuite abordé d’autres crises dans le bassin méditerranéen. Accusant les Chypriotes grecs d’empêcher toute solution à la crise chypriote depuis plus de 50 ans, il a estimé que les ressources énergétiques de la région pourraient offrir des chances de coopération mais a réaffirmé la volonté de son pays de « protéger jusqu’au bout les droits et intérêts légitimes de la Turquie et des Chypriotes turcs ».

Après avoir cité rapidement les crises en Libye, mais aussi au Yémen et au Qatar du fait de leurs conséquences à la fois humanitaires et économiques, M. Erdoğan a rappelé que la seule solution à la crise palestinienne est la création immédiate d’un État palestinien avec un territoire contigu sur la base des frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale.  Présentant des cartes, il s’est demandé où étaient aujourd’hui les frontières d’Israël et si le « Deal du Siècle » -le plan américain pour la région, dont l’aspect politique n’a pas encore été dévoilé– vise à « éliminer complètement la présence de l’État et du peuple de Palestine ».  Il a aussi rappelé combien il est important que l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) puisse continuer de travailler efficacement.

Enfin, M. Erdoğan a plaidé en faveur des territoires azéris du Haut-Karabakh, du peuple kashmiri et des musulmans rohingya.  Dénonçant la xénophobie, le racisme et l’islamophobie, M. Erdoğan a demandé à tous les hommes et femmes d’État de tenir des discours publics de tolérance et de prendre des mesures concrètes.  Il a également demandé que le 15 mars, date de l’attaque contre la mosquée de Christchurch en Nouvelle-Zélande, soit proclamé par les Nations Unies « journée internationale de solidarité contre l’islamophobie ».

M. MUHAMMADU BUHARI (Nigéria) a rappelé que cette année marque le premier anniversaire de la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix et le centième anniversaire de la création de la Société des Nations (SDN) qui a jeté les bases de cette Organisation.  Le multilatéralisme a sauvé des vies, en préservant paix et stabilité et en générant des progrès socioéconomiques dans de nombreux pays.  Mais nous devons admettre qu’à mesure que le monde s’enrichit, l’économie mondiale et l’ordre politique se dégradent.  Des millions d’Africains demeurent ainsi dans une pauvreté abjecte.

Le racisme, la xénophobie, le nationalisme, le populisme ressurgissent, sans oublier les tendances au protectionnisme et à l’unilatéralisme.  Les principes des Nations Unies sont compromis.  L’exemple du Plan Marshall, catalyseur important pour revitaliser l’Europe et le Japon qui avait aussi bénéficié aux USA, peut être reproduit en Afrique aujourd’hui, une Afrique développée, a pronostiqué le Président, ne contredira pas les pays industrialisés.  Une Afrique prospère c’est davantage de prospérité pour le reste du monde, tandis qu’une Afrique plus pauvre est un fardeau.

Le Président a donc plaidé pour un partenariat concerté et multilatéral pour optimiser les ressources du continent.  « Nous avons les compétences mais dans bien des cas, nous n’avons pas les capacités » a-t-il expliqué, en appelant les pays qui le peuvent à développer des partenariats avec le continent.  Mais il faut aussi garantir l’inclusion de tous les membres de la communauté internationale.  Au Nigéria, pays de 200 millions d’habitants, la diversité est une force et l’accent est mis sur le rôle des femmes dans les programmes nationaux.  Les progrès sont mesurés, même si nous savons qu’il n’y a pas de solution rapide aux défis complexes.

Après le massacre de Christchurch en Nouvelle-Zélande, a conclu le Président, les grands médias doivent assumer leurs responsabilités et empêcher la propagation de la haine qui risque de déstabiliser des sociétés entières, d’autant que les réseaux criminels profitent également de ces communications sans frontières.

Après l’élection présidentielle organisée il y a un an, s’est félicité M. IBRAHIM MOHAMED SOLIH, Président des Maldives, mon pays est reparti sur la voie de la démocratie, déterminé à impliquer les citoyens dans le processus de prise de décisions.   « Nous avons l’intention d’être un bon partenaire international », a déclaré le Président.  Préoccupé par le terrorisme et l’extrémisme violent, il a rappelé les attentats de Pâques dernier à Sri Lanka, le plus proche voisin des Maldives, et appelé à une action concertée pour contrer cette menace.

Pour les Maldiviens, l’urgence climatique représente « le combat de toute une vie », parce que c’est notre existence en tant que nation qui est menacée, s’est impatienté M. Solih.  « Cela fait plus de 30 ans que nous le disons. » 

Bien qu’elles ne soient pas responsables de ce problème, les Maldives ne peuvent et n’attendront pas les échéances fixées par l’Accord de Paris sur le climat, a averti le Président.  Il s’est engagé à augmenter les contributions déterminées sur le plan national pour répondre aux changements climatiques et à œuvrer de concert avec les petits États insulaires en développement et avec l’Alliance des petits États insulaires.  Hier, lors du Sommet sur le climat organisé par le Secrétaire général, les Maldives ont présenté un plan intitulé « Climate Smart Resilient Islands » qui préconise des solutions naturelles et promeut l’innovation et les nouvelles technologies.  Le pays éliminera progressivement le plastique à usage unique d’ici à 2023, a en outre annoncé le Président. 

Les Maldives sont constituées à 99% d’océan: l’océan Indien est « notre maison », a insisté M. Solih.   Vous ne pouvez pas protéger les océans sans résoudre les changements climatiques et vice-versa, a-t-il assuré.  C’est pourquoi le pays s’apprête à rejoindre cette semaine la coalition « Blue Prosperity » en vue de protéger les ressources océaniques pour des modes de subsistance viables et pour les générations futures.  Enfin, regrettant que l’océan Indien reste « l’une des régions les moins intégrées du monde », notamment en Asie du Sud, le Président maldivien s’est engagé à promouvoir l’intégration régionale à travers une coopération accrue avec ses voisins, et ce, pour la paix et la prospérité.

Pour Cheikh TAMIM BEN HAMAD AL-THANI, Émir du Qatar, l’importance stratégique de la région du Golfe fait de sa stabilité un impératif régional et international.  Rappelant la position du Qatar qui consiste à protéger la région par des moyens pacifiques comme le dialogue fondé sur les intérêts communs et le respect de la souveraineté des États, l’Émir a estimé que stimuler des tensions et dicter la volonté en ayant recours au blocus et aux sanctions ne sert l’intérêt d’aucun de ces États. Il a donc insisté sur la nécessité d’œuvrer pour la mise en place d’un système de sécurité régionale.  À ce titre, il a rappelé que le blocus « injuste, illégal et injustifié » imposé à son pays se poursuit, le Conseil de coopération du Golfe étant la deuxième victime puisqu’il est paralysé et a perdu son rôle.  Quoique « victime » de cette situation, le Qatar souhaite une sortie de crise par le dialogue et fondée sur le respect mutuel et la levée de ce blocus « injuste ».  L’Émir a réitéré sa profonde gratitude pour les « efforts sincères » de l’Émir du Koweït, Cheikh Sabah Al-Ahmed Al-Jaber Al-Sabah, et pour les initiatives des pays frères et amis.

Abordant le conflit israélo-palestinien, il a estimé que la paix durable est celle qui repose sur la justice.  Cela signifie le respect des droits du peuple palestinien dont la patrie a été usurpée.  Le Qatar demande donc un État palestinien dans les frontières de 1967 et avec Al-Qods-Est comme capitale ainsi que la fin de l’occupation de tous les territoires occupés, y compris le Golan syrien et les territoires libanais.

La tragédie du peuple syrien et la persistance de ses souffrances pour la huitième année sont devenues un « scandale et une honte pour l’humanité », s’est indigné l’Émir, pour lequel le fait qu’une solution politique n’ait toujours pas vu le jour est imputable à l’incapacité du Conseil de sécurité de protéger les civils et d’adopter la résolution nécessaire pour mettre fin à l’effusion de sang et à l’intransigeance du régime syrien qui rejette toutes les initiatives régionales et internationales.  « Tous ceux qui m’écoutent maintenant savent que lorsque nous nous référons au Conseil de sécurité, nous entendons les grandes puissances », a précisé l’Émir.  Le temps est venu pour les Syriens, a-t-il estimé, de retrouver la sécurité, des conditions de vie décentes et la justice.  Cela passe, a dit l’Émir, par une solution politique qui réponde aux aspirations du peuple syrien dans toute sa diversité.  En attendant, le Qatar continuera de s’acquitter de son obligation humanitaire envers le peuple syrien.

En ce qui concerne le Yémen, le Cheikh a rappelé l’attachement du Qatar à son unité, à son intégrité et à sa souveraineté territoriale, ainsi qu’à la nécessité de mener à bien le processus politique conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, et en particulier la résolution 2216.  En Libye, les derniers développements laissent présager, selon lui, des risques pour l’unité et la stabilité du pays.  Les dernières opérations militaires contre Tripoli ont empêché la convocation de la conférence nationale, ce qui est en soi « un nouvel échec du système de sécurité collective au Moyen-Orient ».  S’ajoute à cela la politique de « deux poids, deux mesures » et la sélectivité puisque certains pays soutiennent les milices militaires qui s’opposent au Gouvernement légitime.  Pour le Cheikh, l’échec du processus de paix en Libye s’explique par le fait que « certains pays font ce qu’ils ne disent pas, et disent ce qu’ils ne font pas ».  Ils soutiennent les efforts internationaux en apparence et les sapent par derrière, avec l’appui de seigneurs de la guerre et de milices terroristes, et tout ceci, pour servir des intérêts étroits.

L’Émir a ensuite passé en revue les efforts du Qatar en faveur de consensus autour de « solutions rationnelles et équitables aux crises de la région », et notamment les négociations qu’il a organisées entre les États-Unis et les Taliban.  Il a également fait remarquer que si certains régimes de la région avaient opté pour des réformes, ils auraient pu éviter des pertes énormes et d’innombrables victimes.  Dans ce contexte, il a salué les mesures prises et les accords conclus entre les parties soudanaises, et, dans la foulée, a demandé aux États-Unis de retirer le Soudan de la liste des États qui parrainent le terrorisme.  Le terrorisme et l’extrémisme violent exigent une approche globale qui tienne compte de leurs racines politiques, économiques et sociales.  Il a appelé à ne pas tomber dans le piège d’associer le terrorisme à une religion donnée et a demandé que les crimes d’État contre des civils soient traités comme du terrorisme d’État.  L’Émir a rappelé l’accord de partenariat passé avec le Bureau de lutte contre le terrorisme ainsi que l’allocation de 75 millions destinée pour en renforcer la capacité.

Avant de conclure, l’Émir a renouvelé une proposition qu’il a faite l’an dernier visant à organiser une conférence internationale sur les moyens de règlementer l’utilisation des nouvelles technologies de communication dans le contexte du droit international.  Il a réaffirmé la volonté du Qatar d’organiser cette conférence sous les auspices des Nations Unies et de tout mettre en œuvre avec les partenaires internationaux pour en faire un succès. 

M. UELI MAURER, Président de la Confédération suisse, a déploré que des valeurs qui servaient de repères depuis longtemps à l’humanité soient remises en question: à quoi se raccrocher si rien ne dure? s’est-il demandé.  Peut-on encore faire confiance à la politique, à l’économie et aux organisations internationales?  Il faudra ici, dans le cadre de l’Assemblée générale, commencer à trouver des réponses, a-t-il jugé.

La Charte des Nations Unies constitue une boussole en affirmant l’égalité des nations et les relations entre États devraient être régies par ces valeurs partagées, a voulu le Président.  Or, a-t-il reconnu, nous sommes plusieurs petits pays à constater que le principe d’égalité est trop souvent violé et cette tendance inquiétante fait que souvent la force des grands prime sur le droit des petits.  Je ne suis pas venu ici pour me plaindre, a-t-il assuré, mais pour rappeler que cette réalité nous concerne tous quand il s’agit du bon fonctionnement de la communauté internationale.  Les petits États n’ont pour eux que le droit, que la communauté internationale se doit de protéger pour son bien.

Alors que les Conventions de Genève fêteront cette année leurs 70 ans, l’engagement humanitaire est au cœur de la politique extérieure suisse, a-t-il poursuivi.  Mais la liste des violations du droit humanitaire est chaque année trop longue et il appartient à tous de faire en sorte que ces valeurs deviennent réalité.  Agir contre la faim, assurer les besoins en eau, en énergie, et donner une formation à tous, combattre les changements climatiques et réduire les conflits armés sont quelques-uns des défis qui se posent à nous.  Des phases d’espoir succèdent à celles de désespoir.

Dans le passé, les efforts ont été récompensés quand nous avons su mettre à profit les progrès technologiques pour le bien commun, a poursuivi le Président, estimant qu’investir dans la recherche et dans la formation, c’est créer les conditions d’un monde qui offre davantage de chances à tous.  Si nous voulons avoir dans le futur assez de ressources pour tous, lutter contre les changements climatiques, les professions de foi ne suffiront pas, a averti le Président.  Nous aurons besoin d’innovation technique.

Le partage des connaissances sans frontière, le progrès technique doivent être encouragés, pas combattus.  Le développement des technologies numériques peut rapidement apporter des bénéfices considérables et permettre d’atteindre les objectifs de développement durable.  La Suisse s’est engagée pour que son secteur financier soit exemplaire.  Avec une utilisation avisée des nouvelles technologies, elle peut développer des produits innovants.  Ayons le courage de nous ouvrir à la nouveauté et de dire oui aux promesses de demain, a encouragé le Président.

Mais, a-t-il reconnu, les nouvelles technologies peuvent aussi favoriser la criminalité.  La protection des sphères privées est aussi un droit fondamental et il revient à la sphère politique de garantir la protection des données.  La Suisse a lancé une initiative pour défendre les valeurs et la sécurité du numérique et elle veut que la nouvelle société numérique se donne des règles communes, qu’elle soit encadrée par des règles claires en accord avec les valeurs communes.

Enfin, la Suisse veut une ONU forte car elle est la seule plateforme d’échanges susceptible d’aider à relever les défis.  Mais l’institution doit être réformée « sur les points que nous savons », a insisté le Président.  L’ONU vit de la confiance qui lui est accordée, une confiance qui est notre « capital ».  Vantant les mérites de Genève, plateforme de choix, étant depuis des décennies la capitale de l’humanitaire comme en attestent la présence de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et de plus de 400 ONG, le Président a demandé le respect de l’égalité des droits de tous, individus et États, car le droit doit l’emporter sur la force.

Mme KOLINDA GRABAR–KITAROVIĆ, Présidente de la Croatie, a dénoncé l'usage de la peur comme stratégie politique: « la peur nous inhibe, nous empêche d'aller dans la bonne direction, entrave notre potentiel ».  Louant un leadership par l'exemple, la Présidente a appelé à la créativité pour régler les maux du siècle: changements climatiques, développement durable, migrations, terrorisme, armes de destruction massive et nouvelles technologies.  « Comment éviter les scénarios défavorables et récolter les bénéfices?  Comment mobiliser les États et mettre nos ressources en commun pour répondre adéquatement aux menaces? »  Pour Mme Grabar-Kitarović, la solution réside dans le multilatéralisme, et dans les réformes actuellement menées au sein de l'Organisation, que la Croatie soutient en tous points. 

Réitérant son engagement en faveur du Programme 2030 et de l’Accord de Paris sur le climat, la Présidente a vu dans les objectifs de développement durable, « une matrice pour un avenir commun » et « une obligation pour nos citoyens et la communauté internationale ».  Appelant à revigorer le Programme 2030, la Présidente a affirmé que son pays s'engage à devenir un leader en matière de développement durable.  Son focus est de devenir une république « verte », en renforçant sa cohésion territoriale, dont le développement durable de plus d'un millier de ses îles de l'Adriatique. 

La Présidente a consacré la seconde partie de son discours à la pollution des mers par le plastique, « une des plus graves menaces contre l'humanité », une plaie qui frappe les côtes croates, menaçant sa faune et sa flore et déséquilibrant son écosystème délicat.  Les côtes croates, « parmi les plus propres et les plus belles du monde », sont parfois détériorées à cause d'une mauvaise gestion des déchets par nos voisins du sud, a déploré Mme Grabar-Kitarović.  

Pointant les dégâts de la pollution plastique sur la chaîne alimentaire en général et sur l'homme en particulier -cinq grammes par semaine pourraient être ingérés en moyenne par chaque terrien-, la Présidente a loué les efforts de l'Institut océanographique de Split, qui travaille à la conservation et à la surveillance des côtes du pays.  Un programme de collecte des déchets plastiques dans les fonds marins, mis en place en collaboration avec les pêcheurs, a déjà permis de ramasser 50 tonnes de déchets, s’est réjouie la Présidente.  Elle a également cité l'exemple de l'île de Zlarin qui, avec ses 300 habitants et l'impulsion de jeunes écologistes, est devenue la première île de l’Adriatique sans plastique à usage unique, et sans déchet plastique d’aucune sorte, et ce, en l'espace de moins d'un an.  Depuis, les habitants et les commerçants sensibilisent les touristes.  « Nous n'avons aucune excuse pour ne pas réaliser l'objectif accompli par Zlarin à l'échelle globale », a conclu la Présidente.

Nous observons avec préoccupation l’effondrement du système multilatéral, en raison des mesures unilatérales prises par certains États, qui ont décidé d’ignorer à dessein « le compromis, la bonne foi et les structures internationales » en vigueur, a déploré M. Evo Morales Ayma, Président de la Bolivie.  Pour prendre le contrepied de la tendance actuelle, M. Morales Ayma a invité les États Membres à élaborer des réponses communes aux menaces qui pèsent sur l’humanité tout entière, en tête desquelles les changements climatiques.

Si nous persistons dans la voie actuelle, la température de la planète risque d’augmenter de 3 degrés Celsius d’ici à l’année 2100, a mis en garde M. Morales Ayma.  En l’absence de solutions, les effets des changements climatiques condamneront des millions de personnes à la faim, à la pauvreté, au manque d’accès à l’eau potable et au déplacement.  J’en veux pour preuve, a-t-il poursuivi, les feux de forêt qui ont ravagé ces dernières semaines l’Amazonie, l’Océanie et l’Afrique.  La Bolivie a également été touchée par ces catastrophes, a indiqué M. Morales Ayma, précisant que son gouvernement a d’ores et déjà alloué 15 millions de dollars pour combattre les incendies.  Face à ces coûts élevés, l’aide apportée a par la communauté internationale s’est avérée précieuse, a-t-il souligné.

À l’instar des changements climatiques, le système financier international a suscité l’ire du Président bolivien, qui en a dénoncé la nature « antidémocratique, inique et instable ».  En donnant la part belle aux paradis fiscaux et au secret bancaire, ce système ne fait qu’assujettir les pays les plus faibles, en les contraignant à accepter des conditions financières conçues pour prolonger leur dépendance.  M. Morales Ayma a ainsi jugé inacceptable que 1,3 milliard de personnes dans le monde vivent dans la pauvreté, pendant que, de leur côté, 1% des plus riches se partagent 82% des richesses de la planète. 

Le Président bolivien a plaidé en faveur de solutions communes pour répondre au défi de la pauvreté, notamment par le biais du partage des technologies.  Or, à l’heure actuelle, s’est-il insurgé, « le monde est contrôlé par une oligarchie globale », en vertu de laquelle « seule une poignée de multimillionnaires » décide du destin politique et économique de l’humanité.  Selon lui, la racine du problème réside dans le système capitaliste, les modes de production et de consommation des sociétés contemporaines, ainsi que les droits de propriété exercés sur les ressources naturelles et la distribution inégale des richesses.

À l’opposé de ce système, M. Morales Ayma a appelé à jeter les bases d’un monde « multipolaire », « plus juste et plus humain », basé sur des règles communes.  À ses yeux, la Bolivie a entrepris de nombreux efforts en ce sens, notamment dans le cadre de la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Le Président a justement rappelé l’importance de l’accès à la mer pour la réalisation du développement des peuples.  « C’est pour cette raison que la Bolivie ne renoncera pas à son droit d’accès souverain à l’océan Pacifique », a-t-il martelé, avant de citer plusieurs arrêts rendus par la Cour internationale de Justice (CIJ) entre 2015 et 2018, dans une affaire opposant son pays au Chili sur « l’obligation de négocier un accès à l’océan Pacifique ». 

En premier lieu, a-t-il indiqué, dans son arrêt du 1er octobre 2018, la Cour a reconnu que « la Bolivie possédait un littoral de plus de 400 kilomètres le long de l’océan Pacifique ».  En second lieu, M. Morales Ayma a rappelé que, selon un arrêt rendu par la CIJ le 24 septembre 2015 dans la même affaire, « les questions en litige ne sont ni réglées au moyen d’une entente entre les parties, ou d’une décision arbitrale ou d’une décision d’un tribunal international, ni régies par des accords ou traités en vigueur ».  Enfin, le Président a rappelé le dernier paragraphe de l’arrêt de la CIJ du 1er octobre 2018: « La conclusion de la Cour ne doit cependant pas être comprise comme empêchant les Parties de poursuivre leur dialogue et leurs échanges dans un esprit de bon voisinage, afin de traiter les questions relatives à l’enclavement de la Bolivie, dont la solution est considérée par l’une et l’autre comme relevant de leur intérêt mutuel.  Avec la volonté des parties, des négociations ayant un sens seront possibles. » 

Selon M. Morales Ayma, cet arrêt, dans lequel la CIJ a estimé que le Chili n’était pas obligé de négocier un accès souverain à l’océan Pacifique pour la Bolivie, ne saurait aucunement signifier la fin de la controverse.  Au contraire, cet arrêt laisse la possibilité au Chili et à la Bolivie de négocier une solution, a estimé le Président, appelant les Nations Unies à appuyer les deux pays en ce sens.

M. ABDALLAH II IBN AL HUSSEIN, Roi de Jordanie, a entamé son discours par un plaidoyer en faveur de l’action collective, seul instrument, selon lui, capable de lutter contre l’exclusion des jeunes, les inégalités économiques et technologiques, les changements climatiques, les déplacements de masse et les discriminations religieuses.  « C’est là toute la promesse des Nations Unies », a-t-il déclaré. 

L’action collective, a poursuivi le souverain, est également vitale pour mettre fin aux crises.  « Et aucune crise n’a fait plus de dégâts au niveau mondial que le principal conflit dans ma région, le conflit israélo-palestinien », a-t-il affirmé.  À ses yeux, le fait qu’un conflit perdure depuis si longtemps sur une terre sainte partagée par trois grandes religions, dont chacune prêche l’amour du prochain, procède d’une « ironie terrible ».  Le souverain jordanien a ainsi estimé que la ségrégation, les déplacements forcés, la violence et la méfiance n’ont pas leur place dans ce lieu « foulé par les prophètes », où des générations de musulmans, de chrétiens et de juifs se sont efforcés de « vivre dans l’obéissance à Dieu », en enseignant à leurs enfants la compassion, le pardon et le respect.

Rappelant que feu son père, le Roi Hussein de Jordanie, avait dénoncé l’occupation israélienne de la Palestine dans cette même enceinte, il y a de cela 40 ans, le Roi Abdallah II a qualifié la poursuite de cette occupation de « tragédie morale ».  Rien ne saurait déposséder le peuple palestinien de son droit international à l'égalité, à la justice et à l'autodétermination, a-t-il affirmé.  Selon lui, la défense de ce droit commence en premier lieu par la nécessité de faire respecter le caractère sacré des lieux saints à Jérusalem-Est et par le rejet des tentatives de remettre en cause le « statut juridique et le caractère authentiquement historique » de la Ville sainte.  « Quelle leçon entend-on enseigner aux jeunes, quand du personnel en arme pénètre au sein de la mosquée Al-Aqsa/Haram el-Charif alors même que les fidèles musulmans se rassemblent pour prier », s’est-il insurgé.

En tant que garant des lieux saints, le Roi Abdallah II a rappelé qu’il a le devoir de protéger les sites musulmans et chrétiens de Jérusalem.  Mais, a-t-il ajouté, la responsabilité de la défense des libertés religieuses et des droits de l’homme incombe à tous les États Membres.  « Alors, sauvegardons la Ville sainte pour toute l'humanité, en tant que ville unifiée de la paix », a appelé le souverain.  Il a en outre exhorté la communauté internationale à redoubler d’efforts pour faire avancer la solution des deux États, qu’il a jugé conforme au droit international et aux résolutions de l’ONU.  Cette solution, a-t-il insisté, est la seule capable de mettre fin au conflit, tout en répondant aux aspirations légitimes des Palestiniens à vivre au sein d’un État indépendant délimité par les frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.  « Quelle est l’alternative: un État, ségrégué, pourvu de lois iniques, dépendant de la force et trahissant les valeurs fondamentales des bonnes gens des deux côtés ?», s’est-il interrogé.  « C’est une formule pour faire durer le conflit et non une voie menant à la stabilité, à la sécurité et à la paix », a conclu le souverain.

M. MOON JAE-IN, Président de la République de Corée, a débuté son intervention en rappelant que son pays fait partie de ceux qui ont « immensément » bénéficié des Nations Unies, après avoir été libéré du « joug colonial » l’année même de la naissance de l’Organisation.  Investie d’un sens des responsabilités à la mesure des progrès qu’elle a accomplis, la Corée œuvre maintenant avec la communauté internationale pour rétablir la paix et la prospérité en Asie de l’Est et dans le monde entier.  « La trêve olympique adoptée en novembre 2017 sous la forme d’une résolution de l’ONU a été à nouveau d’une aide précieuse pour notre pays.  Conformément à cette résolution, les exercices militaires conjoints entre la République de Corée et les États-Unis planifiés pour le printemps 2018 ont été suspendus, contribuant à mettre en place un environnement qui a permis à la délégation olympique nord-coréenne de participer aux Jeux, s’est félicité le Chef d’État, en affirmant que ce rendez-vous sportif a été celui de la paix car il a facilité la reprise du dialogue entre les deux Corée, les pourparlers intercoréens ayant ensuite ouvert la voie à un dialogue bilatéral entre les États-Unis et la Corée du Nord. 

Les décisions prises par le Président Donald Trump et le Président Kim Jong Un ont imprimé l’élan nécessaire pour faire advenir les changements à l’œuvre dans la péninsule coréenne.  « Il est toujours possible de prendre place à la table des négociations pour la paix dans la sous-région », a affirmé le dirigeant.  Les deux Corée n’ont pas seulement pour objectif de parvenir à la dénucléarisation, mais aussi à la coopération économique qui, en retour, renforcera la paix, dans le cadre d’un cercle vertueux, a-t-il ajouté.  S’il a reconnu que la paix dans la péninsule demeure un défi, M. Moon a assuré que son pays continuerait le dialogue avec la Corée du Nord et se fraierait un chemin jusqu’à la dénucléarisation et la paix durable, tout en maintenant sa coopération avec les États Membres de l’ONU.  Des résultats déjà significatifs ont été enregistrés: Panmunjom, autrefois symbole de divisions, est désormais une zone totalement démilitarisée, et pas une seule confrontation n’a eu lieu depuis la signature de l’accord global intercoréen le 19 septembre 2018, a salué le Chef d’État. 

« Je voudrais vous informer en particulier qu’un total de 177 restes humains ont été retrouvés jusqu’à présent sur le site d’Arrowhead, théâtre de l’un des affrontements les plus violents entre la Corée du Sud et les troupes onusiennes d’un côté, la Corée du Nord et la Chine de l’autre », a annoncé le Président.  Tous ces efforts ont permis à Donald Trump de devenir le premier Président américain à franchir la ligne de démarcation et à poser le pied sur le sol nord-coréen, a-t-il observé, en se félicitant que l’allégement des tensions militaires et la confiance profonde entre les dirigeants des deux Corée et les États-Unis aient ouvert la voie à la réunion trilatérale de Panmunjom.

Aussi a-t-il tenu à proposer aujourd’hui à l’ONU l’idée de faire de la zone démilitarisée (ZDM) qui coupe la péninsule coréenne en deux, « une zone internationale de paix ».  La ZDM, devenu un « véritable trésor écologique », est le legs de l’humanité tout entière et doit être partagée avec le reste du monde, a poursuivi le Chef d’État: « Une fois que la paix aura été rétablie, j’œuvrerai de concert avec la Corée du Nord pour faire inscrire la ZDM au patrimoine mondial de l’humanité ».  M. Moon a souligné que la coopération de la communauté internationale et de l’ONU pour mener à bien le déminage de la zone, qui devrait prendre 15 ans, sera nécessaire, non seulement pour garantir la transparence des opérations, mais aussi pour faire de la ZDM une zone de « coopération internationale ».

M. ROCH MARC CHRISTIAN KABORÉ, Président du Burkina Faso, a mis l’accent sur le terrorisme et la pauvreté.  Depuis janvier 2016, a-t-il rappelé, le Burkina Faso fait face à des attaques terroristes « persistantes et d’une ampleur sans précédent », dont les impacts sont lourds de conséquences.  L’escalade de la violence et l’insécurité ont provoqué une crise humanitaire, faisant de nombreuses victimes civiles et au sein des Forces de défense et de sécurité, des centaines de milliers de déplacés internes, et fermant des écoles et des infrastructures de santé.

Le Président burkinabé a saisi cette occasion pour saluer l’accompagnement des Nations Unies face à cette situation et l’ouverture d’un centre régional en dehors de la capitale, au plus près des populations.  Son gouvernement, a-t-il précisé, a demandé une mission d’évaluation de la prévention et de la consolidation de la paix à la Banque africaine de développement, l’Union européenne et la Banque mondiale, qui s’est déroulée en juillet dernier, et dont les recommandations sont en cours de mise en œuvre. 

Plus que jamais, a poursuivi M. Kaboré, la communauté internationale doit intensifier la lutte pour l’élimination de la pauvreté.  Elle doit aussi soutenir les pays du G5 Sahel dans leur lutte contre le terrorisme.  À ce sujet, le Président a salué l’Initiative d’Accra et le Sommet de la Communauté économique des États de l'Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la sécurité, qui s’est tenu le 14 septembre. 

S’il s’est félicité du renouvellement récent du mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), il a toutefois constaté le « caractère inopérant » de la Mission face à la menace terroriste au Mali en raison des limites de son mandat.  Or, a-t-il souligné, « il apparaît inconcevable qu’avec 12 000 hommes et des moyens substantiels, cette force ne puisse pas contribuer efficacement à la lutte contre le terrorisme dans ce pays ».  À l’instar de ses pairs de la CEDEAO et en tant que Président en exercice du G5 Sahel, le dirigeant a donc lancé un appel pour un mandat « plus robuste et plus offensif » de la MINUSMA.  De même, il a appelé le Conseil de sécurité à accorder à la Force conjointe du G5 Sahel un mandat en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, afin de lui assurer des ressources pérennes et prévisibles.

Le Président a rappelé que, lors du Sommet de Biarritz des pays du G7, il a proposé, avec la France et l’Allemagne, la mise en place d’un partenariat international en faveur de la stabilité et de la sécurité au Sahel.  « La paix et la stabilité au Sahel sont aussi celles de l’Afrique et du reste du monde », a-t-il prévenu.  « Il n’y aura de stabilité dans notre espace que si nous trouvons une solution à la crise libyenne », a-t-il ajouté.  Sur ce point, le Burkina Faso, a-t-il dit, salue la médiation de l’ONU et recommande « fortement » une implication de l’Union africaine.  

Par ailleurs, a expliqué M. Kabore, le Gouvernement poursuit la mise en œuvre de son programme dans le sens de la satisfaction des besoins fondamentaux des populations, du renforcement de la démocratie et de la consolidation de l’état de droit.  En matière de lutte contre le réchauffement climatique, le Burkina Faso a pris d’importantes initiatives, dont un plan quinquennal de reforestation, une loi pour réduire les effets des catastrophes et des crises humanitaires et un plan régional 2016-2020 pour la réduction des risques et la préparation à la réponse aux urgences.  Enfin, le dirigeant burkinabé a félicité le Secrétaire général pour le lancement, hier, de l’Alliance mondiale des investisseurs pour le développement.  Il y a vu « une lueur d’espoir au moment où les financements se font de plus en plus rares ».

M. SEBASTIÁN PIÑERA ECHEÑIQUE, Président du Chili, a tout d’abord souligné que chaque génération fait face à ses propres défis.  Cependant, aucune n’a fait face à un défi aussi urgent et immense que celui des changements climatiques et du réchauffement de la planète.  De prestigieux magazines ont présenté en couverture des images de la Terre, exhortant les gens à sauver la planète.  Ils ont tort: ce qui est en jeu, c’est la survie de la race humaine, a martelé le Président.

La planète a 4,5 milliards d’années et a souffert, résisté et survécu à toutes sortes d’évènements climatiques.  En revanche, 99% des espèces ont disparu et nous ne voulons pas que les humains soient les prochains sur la liste.  Les preuves scientifiques sont claires et définitives.  Nous sommes affectés par d’intenses vagues de chaleur, de graves inondations, des sécheresses, des ouragans, l’effondrement des glaciers, l’élévation du niveau de la mer et d’autres phénomènes.  Au cours des 30 dernières années, nous avons détruit 50% des récifs coraliens qui abritent 25% de la vie et de la diversité marine.  Nous avons brûlé ou déboisé une grande partie de nos forêts et nous avons pollué plus que jamais auparavant la terre, l’air et la mer.

Mère nature nous demande de la protéger pour qu’elle puisse nous protéger en retour.  Il est temps d’écouter, il est temps d’agir, a conjuré le Président chilien, qui a souligné que l’existence et la nature des changements climatiques ne sont pas une question d’opinion, d’idéologie ou de foi.  Les preuves scientifiques sont là et nous avons un peu plus d’une décennie pour changer le cours des choses et éviter des dommages irréversibles.

Que pouvons-nous faire? a-t-il demandé.  Nous pouvons attendre et voir ce qu’il se passe, ou nous pouvons agir.  Le Chili a choisi la seconde option, ce pourquoi il a accepté d’accueillir en décembre la vingt-cinquième Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 25).

Le Président chilien a présenté les objectifs de cette COP: des objectifs plus ambitieux et applicables pour combattre les changements climatiques et le réchauffement de la planète; la mise en œuvre de meilleures initiatives pour prendre soin de nos océans; l’engagement des exécutifs régionaux et communaux, des ONG, des entreprises privées, de la société civile et des citoyens dans cette noble cause; l’acceptation de la mise en œuvre de la taxe carbone.

Le Président chilien a appelé à l’abandon de la culture du jetable et à embrasser plutôt celle du recyclage.  Il faut passer d’une économie linéaire à une économie circulaire qui recycle les déchets.  Il a également souhaité que des ressources soient mobilisées pour collaborer avec les pays les plus vulnérables qui rejoindraient cette cause.

Chaque pays et l’humanité tout entière doivent se joindre à ce défi, le plus grand de notre génération, la bataille dont nos vies dépendent.  Changer le cours de l’histoire et assurer notre survie: « Si pas maintenant, quand?  Si pas nous, qui? » s’est interrogé le Président.  Il est revenu sur la crise environnementale qui a affecté les communautés de Quintero et de Puchuncavi, au Chili, menaçant d’empoisonnement ces communautés.  Un plan de décontamination a été mis en œuvre, le réseau de suivi en ligne a été amélioré, et un audit environnemental minutieux a été réalisé.

Concernant l’eau et la pénurie d’eau à laquelle fait face son pays depuis 10 ans, le Président chilien a cité les mesures adoptées par son gouvernement, dont des décrets sur la pénurie d’eau et l’urgence agricole, l’intégration de technologies modernes pour un meilleur usage des ressources en eau, la construction de barrages, de zones aquifères, de plants de désalinisation et d’installations de traitement des eaux usées; ainsi que des recherches et des évaluations d’aqueducs et autres « autoroutes de l’eau » vers les régions qui en manquent.

Le Président s’est ensuite penché sur l’affaiblissement et l’état jugé inquiétant de l’économie mondiale, et notamment la guerre des prix que se mènent deux puissances économiques majeures.  Il a appelé à un ordre économique basé sur des règles respectées, promouvant le libre-échange, l’intégration et les flux d’investissement.  Il faut, a-t-il martelé, s’opposer au protectionnisme, supprimer les barrières commerciales, harmoniser les réglementations, établir des règles universelles, interdire et sanctionner les comportements unilatéraux.  Pour ce faire, il a appelé à la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour permettre un meilleur dialogue et une coopération rapprochée au sein de la communauté internationale.  Dès lors, il a jugé urgent et nécessaire de mettre fin à cette guerre des prix nuisible.

Pour finir, le Président Chilien a plaidé, en parlant en particulier de sa région, pour une société du savoir et de l’information, la quatrième Révolution industrielle, le combat contre la corruption et le populisme, l’amélioration de l’éducation, l’investissement dans la science, les technologies et l’entrepreneuriat.  Il a réservé ses derniers mots à la situation au Venezuela où la dictature a provoqué une crise humanitaire. La solution, a-t-il dit, c’est un gouvernement de transition et des élections libres et démocratiques.

M. EMMANUEL MACRON, Président de la France, s’est réjoui de s’adresser à l’Assemblée générale au lendemain de la manifestation convoquée par le Secrétaire général sur la lutte contre les changements climatiques.  Selon lui, la communauté internationale n’est pas au rendez-vous des exigences dans ce domaine, sur fond de regain de tensions au Moyen-Orient ou au Sahel.  Outre la connaissance –« jamais la science n’a été aussi avancée pour nous aider à formuler les réponses »–, nous avons le financement, une capacité d’innovation « inégalée », la « conscience inédite des maux contemporains » et un cadre multilatéral.  Alors, qu’est-ce qu’il nous manque? s’est demandé le dirigeant français.  « À y réfléchir, je me remémorais un texte qui m’a souvent accompagné, celui qu’Alexandre Soljenitsyne a prononcé en 1978 à l’Université de Harvard: il nous manque le courage », a-t-il répondu.  « Le retour du courage, le courage de savoir bâtir la paix et le courage des responsabilités ».

Dans toutes les régions du globe, s’est-il expliqué, bâtir la paix, c’est prendre le risque du dialogue et du compromis.  Il faut des concertations exigeantes avec un « suivi transparent ».  Évoquant à cet égard la crise iranienne, le Chef d’État s’est dit convaincu que le durcissement des sanctions ne peut qu’aggraver les tensions dans le Golfe et au-delà.  Les attaques lancées récemment contre l’Arabie saoudite ont changé la donne, avec des « risques d’embrasement » à tout moment.  Plus que jamais selon le Président français, le temps est à la reprise des négociations entre les États-Unis, l’Iran, les autres pays signataires du Plan d’action global commun (JCPOA) et les pays de la région.  Nous devons nous assurer, a-t-il poursuivi, que jamais l’Iran ne se dote de l’arme nucléaire, que la sécurité régionale soit garantie, y compris pour les flux maritimes et économiques.  « Je crois au courage de bâtir la paix », a insisté M. Macron. 

Abordant la situation humanitaire à Edleb, qu’il a déclaré suivre « avec vigilance et exigence », le dirigeant a dit être engagé dans la recherche collective d’une « solution politique durable et inclusive » en Syrie, qui passe par le retour de tous les réfugiés et un processus électoral libre qui tienne compte de la volonté de tous les Syriens.  M. Macron s’est également dit convaincu que la paix durable en Libye ne pourra être réalisée qu’au travers de la réconciliation de toutes les parties libyennes, plaçant ses espoirs dans la tenue prochaine d’une conférence interlibyenne de réconciliation et dans l’engagement de l’ONU.  S’agissant du Mali, il a recommandé que le mandat de la Mission des Nations Unies (MINUSMA) soit placé sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et que toutes les forces de sécurité concernées dans la lutte antiterroriste soient mobilisées. 

« Autant de situations où le dialogue et la construction de solutions politiques sont nécessaires », a résumé le Président français, qui a également annoncé la tenue, dans les prochaines semaines, du Sommet Normandie au niveau des chefs d’État et de gouvernement pour relancer le règlement de la crise ukrainienne.  « Je ne crois pas que les crises se règlent par un repli nationaliste », a-t-il dit.  « Je crois dans le patriotisme », qui est « l’amour de la patrie et de l’universel ».  Il faut, d’après lui, réinventer un « multilatéralisme fort », en actant le fait qu’« aucune solution n’existe dans le repli ».  Si nous nous sommes affaiblis, a argué M. Macron, c’est parce que nous avons « remis la vérité en cause », et qu’une « perte de sens » s’est installée.  Les inégalités ont augmenté dans notre monde sous l’effet des « dysfonctionnements » du capitalisme contemporain, a-t-il ajouté, en citant précisément les inégalités dans l’accès aux opportunités économiques, de genre, dans l’accès aux soins et à l’éducation.  Pour y mettre fin, il a cité en exemple l’Initiative pour favoriser l’accès des femmes au financement en Afrique (AFAWA), avec le soutien de la Banque africaine de développement.

On a donné un « cadre » à l’« impatience » de notre jeunesse, a analysé Emmanuel Macron.  En matière de lutte contre les changements climatiques et de préservation de la biodiversité, il faut revoir à la hausse nos ambitions, si nous voulons limiter à moins de deux degrés la hausse des températures.  Il s’est félicité que l’Inde ait indiqué sa volonté de rejoindre la Coalition des États déterminés à parvenir à la « neutralité carbone ».  À cet égard, la COP 25 et 26 seront des étapes essentielles, a-t-il estimé.  « On ne peut pas continuer à prétendre que l’on fait des efforts tout en continuant à dépendre du charbon. »  « On ne peut pas continuer à développer des installations polluantes dans les pays en développement. »  « On ne peut continuer de faire des déclarations à cette tribune tout en important des produits nocifs. »  Il a précisé qu’il n’était pas en train de dire que « tout va bien en France », et « qu’on en fait assez », « loin de là ».  Mais il faut s’engager ensemble et maintenant, a-t-il lancé.

Face aux inégalités, il a considéré que la bonne réponse n’est pas un « agenda fiscal » pour chaque pays, mais un programme international assumé.  C’est la raison pour laquelle il a encouragé chacun, dès à présent, à changer ses habitudes de consommateur et de gouvernance, en faisant preuve du courage de la responsabilité.  « Nous n’avons pas d’autre choix », a-t-il tranché.

M. ŽELJKO KOMŠIĆ, Président de la Présidence de la Bosnie-Herzégovine, a espéré pouvoir soumettre son pays, cette année, à l’examen volontaire du Forum de haut niveau pour le développement durable. I l a aussi souligné que le processus d’intégration euro-atlantique est au centre des développements politiques de son pays.  La Bosnie-Herzégovine, a-t-il avoué, devra passer par un processus de maturation pour pouvoir mener les réformes nécessaires sans provoquer de tensions sociopolitiques.  Mon pays, a insisté le Président, est un pays fiable, sérieux et un partenaire déterminé des Nations Unies, de l’Union européenne et de l’OTAN.  Il a aussi inscrit au rang de ses priorités de bonnes relations bilatérales avec ses voisins.  Malheureusement, a regretté le Président, compte tenu des politiques spécifiques, nous voyons parfois nos voisins poursuivre leurs intérêts politiques au sein même de notre territoire, causant des troubles et un certain degré de déstabilisation.

Mon pays, a aussi assuré le Président, coopère pleinement avec le Mécanisme international résiduel appelé à exercer les fonctions des Tribunaux pénaux.  Nous sommes déterminés à faire en sorte que toutes les personnes soupçonnées de crimes de guerre sur le territoire de l’ex-Yougoslavie soient traduites en justice.  Concluant sur la réforme du Conseil de sécurité, le Président s’est dit déterminé à rechercher une solution de compromis.  Mais comme le nombre des pays d’Europe de l’Est a doublé, il a dit compter sur un Conseil élargi qui donnera plus de sièges non permanents au Groupe des États d’Europe orientale.

M. JOÃO MANUEL GONÇALVES LOURENÇO, Président de l’Angola, a rappelé la nécessité d’un effort commun pour régler les menaces à la paix, telles que la pauvreté, les maladies endémiques, l’exploitation des êtres humains, le trafic de drogue et le terrorisme.  Clef de la paix et de la sécurité internationales, le multilatéralisme, a-t-il souligné, implique une réforme profonde de l’Organisation, laquelle doit augmenter le nombre de membres permanents au Conseil de sécurité, pour y inclure des pays d’Afrique et d’Amérique du Sud et atteindre un meilleur équilibre géostratégique que celui hérité de la Deuxième Guerre mondiale. 

Le Président a rappelé que son continent est ravagé par le terrorisme, qui affecte, entre autres pays, le Mali, le Niger, le Nigéria et le Cameroun, le Burkina Faso, le Tchad, la République centrafricaine et la Somalie.  Il a mentionné la contribution de l’Angola à la prévention et au règlement des conflits, comme en témoigne le protocole d’accord entre le Rwanda et l’Ouganda signé à Luanda.  Venant aux changements climatiques, il s’est associé à ceux qui dénoncent « l’irresponsabilité » des acteurs internationaux qui persistent à ignorer les signes patents et qui « continuent de soutenir les industries polluantes ».

Saluant les récentes initiatives et les manifestations organisées dans le monde entier, comme une « véritable ligne de défense pour l’environnement et notre planète, notre maison commune », il a appelé à travailler à la protection des forêts encore relativement préservées comme celles du bassin amazonien et du fleuve « Congo ou Zaïre », essentielles pour le renouvellement de l’oxygène de la planète.

Le Président s’est dit conscient de ce que les objectifs de développement durable, certes nobles et justes, ne peuvent être atteints sans un « débat d’idées sur des projets alternatifs prenant en compte la situation politique et la réalité concrète des pays qui en ont le plus besoin ».  Il a prôné, pour combattre la faim, la misère et les maladies, plus que des solutions politiques ou bureaucratiques, une meilleure gouvernance, une lutte contre la corruption et autres maladies sociales, la protection de l’environnement et le renforcement des valeurs comme la dignité humaine, la citoyenneté responsable et inclusive, la justice sociale et l’égalité des chances.  Ces objectifs exigent l’appui de la jeunesse, seule force capable de surmonter ces défis, et dont il est impératif d’approfondir l’éducation tant du point de vue technique que culturel.

« Quelle heureuse coïncidence de succéder, à ce podium, au Président João Lourenço, du pays frère de l’Angola », s’est exclamé M. MARCELO REBELO DE SOUSA, Président du Portugal, soulignant la force du lien qui unit les membres de la Communauté des pays de langue portugaise.  Il est revenu sur la création, il y a presque 100 ans, de la Société des Nations (SDN), rappelant que le Congrès américain de l’époque, à tendance isolationniste, avait alors refusé de ratifier le traité.  Quant à l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), elle n’avait pas non plus souhaité intégrer l’ancêtre de l’ONU pour des raisons idéologiques, avant de se raviser en 1934. 

La SDN, a encore rappelé le Président, ne s’est jamais remise du manque d’engagement des deux puissances.  Fragilisée par la montée de l’unilatéralisme, de l’isolationnisme et du nationalisme, elle a été incapable d’empêcher la Deuxième Guerre mondiale.  « Ce qui semblait en 1919 une promesse, quoique fragile, était devenu en 1939 une hécatombe », a déclaré le Président, appelant à tirer les leçons de l’histoire pour éviter qu’elle ne se répète.  Cela suppose, a-t-il estimé, redoubler d’efforts pour tenter de résoudre en commun les problèmes de l’humanité tout entière, grâce à une « vision multilatérale partagée par tous, y compris les plus puissants ».  Personne, a-t-il prévenu, ne peut faire cavalier seul face aux défis mondiaux de plus en plus complexes.  Ne confondons pas « puissance transitoire » avec « leadership éternel ».

En effet, s’est alarmé le Président, le monde a profondément changé au cours de ces 40 dernières années, passant de deux superpuissances à « une superpuissance absolue ».  Dans ce monde changeant, il faut « résister à la tentation du nombrilisme ».  Nous devons cesser de nous focaliser sur notre pouvoir ou sur nos prochaines élections, prétendant que le reste du monde n’existe pas ou qu’il n’existe que s’il nous ressemble. 

Le Président a au contraire lancé un appel en faveur du multilatéralisme, sous la houlette du Secrétaire général, à savoir l’investissement dans les organisations internationales, la mise en œuvre des objectifs de développement durable, le paiement en temps et en heure par les États Membres de leur contribution obligatoire au budget de l’Organisation, la mise en œuvre de l’Accord de Paris, la conclusion d’un traité sur la biodiversité marine, la participation aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et la réforme des Nations Unies.  Sur ce dernier point, il a appelé à la restructuration du Conseil de sécurité pour y garantir la présence, au minimum, de l’Afrique, du Brésil et de l’Inde. 

Le Président s’est enorgueilli de la participation du Portugal à huit missions de maintien de la paix de l’ONU, dont six sont déployées sur le continent africain.  Il s’est également dit fier d’organiser, aux côtés du Kenya, la prochaine Conférence sur les océans en juin 2020, à Lisbonne, et d’avoir lancé une feuille de route nationale pour la neutralité carbone d’ici à 2050. 

Le Président a également dit soutenir les Pactes mondiaux pour les migrations et les réfugiés.  Nous sommes, a-t-il rappelé, un pays de migrants depuis notre naissance, il y a 900 ans.  Appelant à lutter contre la xénophobie et l’intolérance, il a ajouté que c’est en investissant dans l’éducation que nous pourrons vaincre le terrorisme, la radicalisation et la traite des êtres humains.

Appelant également à persévérer en faveur du multilatéralisme et du patriotisme, le Président a précisé qu’être patriote, c’est être fier de ses origines et de son histoire, comme les autres sont fiers des leurs.  « Dans cette salle, fort heureusement, nous sommes tous des patriotes », a-t-il déclaré.  « Nous les patriotes, nous le savons: il faut plus de Nations Unies et pas moins de Nations Unies », a insisté M. Rebelo de Sousa, exhortant les États Membres à ne pas commettre les mêmes erreurs qu’au temps de la SDN.

M. PAUL KAGAME, Président du Rwanda, a estimé que 2020 sera un tournant pour le multilatéralisme.  Le potentiel de transformation de la couverture sanitaire universelle, a-t-il poursuivi, est désormais une priorité mondiale, grâce au rôle de chef de file joué par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).  Il a fait valoir qu’au Rwanda, 80% de la population en bénéficie.  Il s’est aussi enorgueilli des possibilités de l’Afrique et a cité l’entrée en vigueur, cet été, de l’Accord de libre-échange continental.  M. Kagame a tout de même reconnu les obstacles qui continuent de se dresser devant le développement de son continent qui compte pourtant sept des économies à la croissance la plus rapide dans le monde.  Le Président a donc engagé la communauté internationale à honorer les engagements qu’elle a pris. 

Une des leçons que l’on peut tirer du Sommet Action Climat organisé hier à l’initiative du Secrétaire général de l’ONU, c’est que l’innovation technologique peut permettre de réaliser le développement durable sans porter atteinte à la compétitivité économique des États.  Dans les semaines à venir, a-t-il poursuivi, le Rwanda accueillera de nouveaux réfugiés africains en provenance de centres de détention en Libye.  D’autres pays devraient faire de même, a estimé le Président, avant de conclure sur les droits des femmes et des filles, et d’annoncer la tenue, en novembre prochain à Kigali, du quatorzième Sommet mondial contre les inégalités entre les sexes.

M. SAULI NIINISTÖ, Président de la Finlande, s’est félicité d’avoir entendu le Président de l’Assemblée générale mentionner le manque de confiance comme un problème crucial, car la confiance est une condition préalable au bon fonctionnement de la communauté internationale.  Sans la confiance, a dit le Président, la meilleure des institutions serait incapable de fonctionner.

Cette question essentielle de la confiance était au cœur des sommets tenus cette semaine, à New York, sur le développement durable, en général, et le climat, en particulier.  Dans les deux cas, le cadre formel nécessaire était déjà là et pourtant, malgré les engagements pris en faveur du Programme 2030 et de l’Accord de Paris, les résultats restent maigres. 

Cette incapacité à tenir les promesses sur des sujets aussi graves ne manque pas d’éroder la confiance des citoyens dans leurs leaders.  Hier, le Secrétaire général a réclamé des actes, pas des paroles, a rappelé le Président, ajoutant qu’il nous faut des résultats pour réellement bâtir la confiance en l’avenir.

L’objectif 13 du Programme 2030 relatif à l’action en faveur du climat, est l’un des plus urgents, a souligné le Président, car l’impact des changements climatiques se fait déjà ressentir et rend tous les objectifs de développement durable plus difficiles à atteindre.  Même si nous cessions totalement d’émettre du CO2 demain, nous subirions encore les effets des changements climatiques pendant des décennies, a-t-il rappelé.  Des résultats sont aussi indispensables dans le domaine de l’adaptation, mais cela ne doit pas nous détourner des efforts visant à prévenir de nouveaux dégâts et de réduire les émissions.  « Nous ne pouvons attendre que d’autres bougent les premiers », a-t-il insisté.

L’autre sujet de préoccupation concerne la confiance dans les institutions, qui s’est diluée ces dernières années.  Se lamenter passivement de la crise du multilatéralisme ne va pas nous aider, a jugé le Président.  C’est à nous de restaurer la confiance dans les institutions; à nous de donner forme à l’ordre international et l’ONU doit d’ailleurs montrer qu’elle mérite la confiance de ses États Membres.  La Finlande, a dit le Président, soutient donc sans réserve les réformes du Secrétaire général mais là encore, seuls les résultats comptent. 

La perte de confiance dans les institutions et les cadres internationaux est particulièrement inquiétante quand il s’agit du contrôle des armes, notamment des armes nucléaires, avec l’effondrement du Traité sur les missiles de portée intermédiaire et les incertitudes sur l’avenir du nouvel Accord START.  « Nous perdons nos instruments de contrôle », s’est alarmé le Président. 

La confiance entre les États et entre les individus reste la base élémentaire de la paix et de la sécurité, sinon les risques de conflit augmentent et une fois qu’un conflit a éclaté, il faut de nouveau rétablir la confiance avant de pouvoir le résoudre.  Le Président a donc exhorté à des efforts pour trouver une sortie de crises au Moyen-Orient, en Afrique et en Ukraine.  La Finlande est toujours prête à prêter ses « bons offices », a-t-il affirmé.

À l’approche du vingt-cinquième anniversaire de la Déclaration de Beijing, « le document le plus progressif » en matière de promotion des droits des femmes, il n’y a guère matière à se réjouir, s’est lamenté le Président, constant « avec inquiétude » la remise en cause des droits à la santé reproductive et sexuelle.

Le Prince ALBERT II de Monaco s’est d’abord attaché à la question des changements climatiques en insistant sur l’appel que vient de nouveau de lancer la jeunesse du monde et sur « l’angoisse sans précédent, mais surtout l’immense espoir » face à l’avenir dont elle est porteuse et qui doit « nous pousser à un véritable changement ».  Il nous faut transcrire ces messages dans nos politiques pour y répondre de façon courageuse et déterminée, a-t-il ajouté. 

Monaco s’est engagé sur la voie de la neutralité carbone et se donne les moyens d’y parvenir car seule une politique volontariste permettra de surmonter les contraintes d’un territoire qui accueille chaque jour plus du double de sa propre population, a ajouté le Prince Albert II, qui a notamment précisé que son pays vient de rejoindre la Coalition des ministres des finances pour l’action climatique et entend assumer sa part en participant à la première reconstitution du Fonds vert pour le climat.  Monaco entend en outre accorder « le même degré d’urgence » à la préservation de la biodiversité et à la lutte contre les changements climatiques.  Le Prince a également mis l’accent sur le rôle des forêts et plus encore sur celui de l’océan, jugeant « accablant » le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’océan et la cryosphère dans le contexte des changements climatiques.  Monaco a « historiquement fait le choix de soutenir la science », a-t-il ajouté, jugeant essentiel que les politiques à mettre en œuvre puissent se fonder sur les connaissances scientifiques les plus fines possibles. 

Albert II a ensuite défendu le multilatéralisme, affirmant que « nous relèverons ensemble les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés, ou nous les perdrons individuellement ».  Il a rappelé que l’avenir commun passe par le développement durable.  Estimant que le premier cycle de mise en œuvre des objectifs fixés avait montré des progrès dans des domaines clefs et des évolutions favorables, notamment dans la lutte contre la pauvreté, il a toutefois rappelé que l’environnement se dégrade « à un rythme alarmant », que le nombre de personnes souffrant de la faim augmente et que plus de la moitié de la population mondiale reste privée de soins de santé essentiels.  Monaco, a-t-il expliqué, agit dans le cadre des exigences du développement durable, ce qui suppose une société plus inclusive. 

Le Prince a rappelé la nécessité d’appréhender de manière globale les espoirs mais aussi les risques que portent la quatrième révolution industrielle et l’intelligence artificielle, notamment en matière de sécurité et de développement des inégalités.  Il a cité en exemple le lancement, en avril dernier, du programme « Extended Monaco » qui engage la Principauté sur la voie d’une « transition numérique d’une ampleur inégalée tout en accordant une attention particulière à la notion de responsabilité et de durabilité ».

Albert II a conclu en réaffirmant la foi de son pays dans les institutions multilatérales, auxquelles les États doivent leur « capacité à transcender les antagonismes et établir des normes pour gérer les interdépendances ».  Qu’il s’agisse de la préservation de l’environnement, de la lutte contre le terrorisme ou du développement social, les nouveaux défis nécessitent des changements de paradigme et des financements qui sont hors de portée de chaque État Membre mais ne sont pas irréalisables si nous nous y attelons dans la solidarité au service de l’humanité, a-t-il conclu.

M. MAHAMADOU ISSOUFOU, Président du Niger, a estimé que le multilatéralisme ne progresse qu’à l’issue de conflits sanglants comme le montrent les traités de Westphalie (1648), de Vienne (1815) et la création de la Société des Nations et de l’ONU après les deux guerres mondiales.  Il s’est livré à un plaidoyer en faveur du multilatéralisme qu’il a conclu en affirmant que « les intérêts nationaux sont mieux défendus dans la coopération que dans l’affrontement ».

Il a brossé le portrait inquiétant d’une situation internationale dominée par « la course aux armements, les tensions commerciales, la montée des populismes et de la xénophobie, l’accroissement des inégalités, l’augmentation spectaculaire des flux migratoires », menaces auxquelles viennent s’ajouter celles des organisations terroristes et criminelles ainsi que le réchauffement climatique.

Pour y faire face, le Président a insisté sur la nécessité de réformer l’ONU et en particulier le Conseil de sécurité, mais aussi l’Assemblée générale et l’ECOSOC.  Il a aussi prôné une réforme de la gouvernance économique mondiale et de ses principales institutions –Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI) et Banque mondiale– sans laquelle la réalisation des objectifs de développement durable ne sera pas atteinte à l’horizon 2030.  Il a rappelé que l’Afrique a besoin de 600 millions de dollars par an pour réaliser ces objectifs et estimé que pour l’instant, les efforts sont insuffisants.

Le Président a également insisté sur la nécessité pour l’Afrique de réaliser son Agenda 2063 et s’est réjoui du lancement à Niamey, le 7 juillet dernier, de la phase opérationnelle de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).  Il a souligné la nécessité d’une réponse multilatérale aux défis lancés par les organisations terroristes et criminelles au Sahel et dans le bassin du lac Tchad.  « La sécurité est un bien public mondial », a-t-il estimé.  « En mettant en place des coalitions fortes de lutte contre le terrorisme en Afghanistan, en Iraq et en Syrie, la communauté internationale l’a bien compris », a-t-il constaté, regrettant dans le même souffle un manque de mobilisation face à la crise au Sahel et dans le bassin du lac Tchad, des crises « amplifiées » par la crise libyenne, dans laquelle la communauté internationale porte selon lui « de graves responsabilités ».

Il exhorte la communauté internationale à trouver une solution urgente à la crise libyenne en désignant un envoyé spécial conjoint ONU-Union africaine (UA), en renforçant les armées, les services de renseignement des États Membres, la Force mixte multinationale contre Boko Haram et la Force conjointe du G5 Sahel qu’il a souhaité voir placée sous le Chapitre VII de la Charte.

Le Président a salué l’initiative franco-allemande pour la mise en place du Partenariat pour la stabilité et la sécurité au Sahel et a remercié les partenaires internationaux qui soutiennent le Niger, notamment au sein de l’Alliance Sahel dédiée au développement.  Il a cependant appelé à une harmonisation des efforts afin d’obtenir de meilleurs résultats.

M. Issoufou a enfin exhorté tous les États Membres à appliquer les conclusions du Sommet Action Climat tenu hier.  « Nous n’avons pas de planète bis », a-t-il martelé.  « Nos engagements immédiats conditionnent la survie de l’humanité. »  Il a évoqué les actions mises en place par le Niger et appelé au soutien de la communauté internationale. 

Il a aussi formulé le vœu qu’en 2022, au moment du Forum d’examen de la mise en œuvre du Pacte sur les migrations, « des décisions hardies » seront prises pour s’attaquer « aux causes profondes » des migrations: « pauvreté, changements climatiques et insécurité ».

Rappelant la célébration à venir du soixante-quinzième anniversaire de la libération de son pays du joug de l’oppression et de la tyrannie, le Roi WILLEM-ALEXANDER des Pays-Bas a expliqué que sa liberté est à jamais liée à la coopération avec d’autres pays.  Il s’est d’ailleurs dit convaincu qu’une collaboration rapprochée avec un partenariat d’États offre les meilleures garanties de liberté, de sécurité et de prospérité pour tous.  La lutte contre la pauvreté est servie au mieux en joignant les forces au niveau international.  Et nous sommes convaincus qu’il est essentiel de le dire clairement, ici, à l’Assemblée générale, au vu de la pression exercée sur cette coopération, a affirmé le Roi, qui a appelé à « chérir » le système multilatéral ainsi que ses accords et règlements internationaux.

Le Chef d’État a ensuite appelé à écouter la voix des jeunes, qui appellent de leurs vœux un monde équitable, propre et durable, libre de violence et d’oppression et à l’abris du besoin, jugeant essentiel de consacrer « toutes nos énergies » pour le réaliser.  Le Roi Willem-Alexander s’est cependant inquiété du fait que dans certains pays et régions, les jeunes risquent de perdre espoir dans l’avenir, citant notamment la situation au Venezuela, « pays voisin de la partie caribéenne de notre Royaume ».  Il a appelé à sortir de l’impasse par l’intermédiaire d’élections libres et équitables.

Le Roi Willem-Alexander s’est aussi inquiété du manque de respect pour la diversité, les droits des minorités et l’égalité entre les sexes.  Il a fait part de son attachement à la liberté de religion et de pensée, pour ensuite se féliciter du fait que les droits des LGBTI et autres communautés minoritaires sont prescrits par la loi dans de plus en plus de pays.  Mais au final, a-t-il tempéré, les mots doivent se traduire en actes.

Il a aussi souligné que la réalisation des objectifs de développement durable dépend de la protection des droits de l’homme et a rappelé la candidature des Pays-Bas au Conseil des droits de l’homme pour la période 2020-2022.  Appelant au respect du droit à la vie de chacun, il a de plus plaidé pour l’abolition de la peine de mort dans le monde.

Tournant ensuite son attention sur les souffrances des victimes de la guerre et de la violence, le Roi Willem-Alexander a fait part de son appui à l’initiative Action pour le maintien de la paix et a appelé à une action effective pour combattre le terrorisme et ses causes.  Les Pays-Bas sont également déterminés à combattre l’impunité et organiseront cette semaine un événement visant à encourager la poursuite pénale des combattants de l’EIIL, « de préférence dans les régions où ils ont commis leurs atrocités ».  Le Chef d’État a en outre souligné qu’en vertu de la résolution 2166 (2014) du Conseil de sécurité, tous les pays, « y compris la Russie », doivent coopérer avec les efforts visant à établir la vérité sur le crash du vol MH17, le 17 juillet 2014.

Poursuivant, le Roi Willem-Alexander a prévenu qu’au rythme actuel, les Objectifs de développements durables ne seront pas atteints d’ici la date butoir de 2030.  Il ne s’en est pas moins enorgueillie de l’énorme bond en avant réalisé en l’espace d’une génération pour combattre la pauvreté extrême.  Il a aussi parlé des changements climatiques, « une des plus grandes menaces à la réalisation des objectifs de développement durable ».  La coopération internationale n’a jamais été aussi urgente pour préserver l’avenir de la planète, a souligné le Roi pour qui les changements climatiques ne pourront être combattus qu’en « travaillant ensemble ».

Il a reconnu que la transition à une économie durable et circulaire ne sera pas aisée et a appelé les États à unir leurs forces et partager leurs savoirs et expériences.  Il a expliqué que l’ensemble de la société des Pays-Bas s’était unie pour atteindre l’objectif de diviser par deux les émissions d’ici à 2030, et qu’un partenariat avait été lancé avec le Costa Rica pour aider les pays en développement qui souhaitent revoir à la hausse leurs ambitions climatiques.  Il a ensuite fermement exhorté le secteur privé à faire de l’écologisation une priorité.  Il a aussi mis en avant l’expérience de son pays en matière de gestion de l’eau qui en fait un « partenaire expert » pour quiconque cherche à améliorer la protection contre les inondations.

Évoquant la célébration, l’an prochain, du soixante-quinzième anniversaire de l’ONU, le Roi Willem-Alexander s’est interrogé sur la manière d’assurer sa pertinence.  « Après les horreurs de deux guerres mondiales, nous avons créé un système multilatéral sur la base du dialogue et de la coopération.  Un système qui place les accords et règlements internationaux au-dessus de l’ultranationalisme et des sphères d’influence basées sur le pouvoir ».  Et ainsi, s’est-il félicité, nous avons amélioré la vie de milliards de personnes et fait de notre monde un monde plus sûr.  À ses yeux, un système multilatéral effectif est la meilleure garantie pour la paix, la stabilité et le développement durable.

Le Roi Willem-Alexander n’en a pas moins reconnu que des réformes sont nécessaires pour empêcher que le système ne s’enlise et ne perde sa crédibilité et a appelé à mettre en œuvre d’urgence les réformes lancées par le Secrétaire général.  Mais pour ce faire, a-t-il ajouté, il est essentiel que les États Membres honorent leurs engagements financiers, que les organisations de l’ONU améliorent leur coopération et que les ressources financières soient dépensées « intelligemment et efficacement ».

« L’ONU aura un avenir inclusif ou pas d’avenir du tout », a-t-il lancé, appelant à faire entendre la voix des petits États insulaires « dont les préoccupations sont trop souvent tombées sur de sourdes oreilles ».  Ravivons l’ONU pour qu’elle soit adaptée au monde actuel, a-t-il conclu.

M. MAURICIO MACRI, Président de l’Argentine, a tenu à décrire dès le début de son allocution la nouvelle direction prise par son pays dans les relations internationales.  Une direction, a-t-il précisé, marquée par un rôle constructif face aux défis mondiaux, une recherche du consensus animée par la conviction que le monde représente bien plus une opportunité qu’une menace pour l’Argentine, un pays, a dit le Président, qui revendique sa place dans l’ordre international du XXIe siècle. 

Pour illustrer ses propos, le Président a invoqué la contribution de son pays au multilatéralisme, dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), du Groupe des Vingt (G20) et de la coopération Sud-Sud, dont les sommets ou conférences se sont tenus en Argentine ces trois dernières années.  Ce rôle positif est visible dans notre ferme engagement en faveur de la non-prolifération, « pilier du consensus démocratique en Argentine ».  Le Président, qui a rappelé que son pays présidera la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires en 2020, présentera son candidat au poste de directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). 

Rappelant l’organisation, cette année, par son pays, de la seconde Conférence ministérielle de l’hémisphère Sud sur la lutte contre le terrorisme, le Président Macri a mis en avant les mesures nationales contre le financement du terrorisme, comme le gel des avoirs suspects qui a permis de bloquer des fonds à des personnes liées au Hezbollah.  Motivée par les plaies encore ouvertes du terrible attentat de 1994, l’Argentine demande, une nouvelle fois, à l’Iran de coopérer avec ses autorités judiciaires et prie les pays amis de priver les suspects de l’immunité diplomatique. 

De même, a ajouté le Président Macri, l’Argentine poursuit sans hésitation sa lutte contre le trafic de drogues et le blanchiment d’argent: des réseaux de narcotrafiquants ont été démantelés et une somme de 8,5 milliards de dollars a été gelée.  Le pays travaille aussi à la création d’un organisme juridique régional capable d’affronter la criminalité transnationale organisée en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. 

Outre la lutte contre les changements climatiques et les campagnes spécifiques sur des questions de société comme l’égalité entre les sexes et la prévention de la violence envers les femmes, l’Argentine entend faire valoir ses valeurs dans ses relations internationales.  C’est dans ce cadre qu’elle dénonce la très grave situation des droits de l’homme au Venezuela.  Le Président n’a pas manqué de réaffirmer les droits imprescriptibles de l’Argentine sur les îles Malvinas, les Îles Géorgie du Sud et Sandwich du Sud et les espaces maritimes avoisinants.  Il s’est dit prêt à des négociations bilatérales avec le Royaume-Uni et a décrit les divers domaines de coopération comme la pêche et l’exploration scientifique. 

M. EGILS LEVITS, Président de la Lettonie, a fait un bref rappel historique de la lutte de son pays aux côtés des deux autres États baltes, la Lituanie et l’Estonie, pour recouvrer leur indépendance en 1991, saluant les États qui n’ont jamais reconnu la légitimité de l’occupant.  Nos indépendances ont été le fruit des mouvements de masse dont la lutte était enracinée dans le droit international.  C’était le résultat d’une lutte non violente pour la liberté, un fait rare dans l’histoire, s’est-il félicité.  C’était, ni plus ni moins, le triomphe du droit international. 

Pour cet ancien juge qui a exercé pendant 25 ans à la Cour européenne des droits de l’homme et à la Cour de justice européenne, tôt ou tard, la justice prévaut toujours.  C’est pourquoi, a-t-il expliqué, la justice et les règles de droit aussi bien au niveau national qu’international sont si importantes pour la Lettonie.  Le Président a d’ailleurs annoncé le dépôt aujourd’hui de la déclaration d’adhésion de son pays au Statut de Rome, un autre signe, s’il en est, du ferme engagement de la Lettonie aux règles de l’ordre international.  Le Président letton a insisté sur la nécessité d’un ordre multilatéral fort, inclusif et basé sur les règles pour le maintien de la paix et la sécurité internationales. 

Cela doit être notre responsabilité partagée et les Nations Unies doivent demeurer au centre de cet ordre, car, a-t-il expliqué, l’expérience a montré que nos objectifs ne peuvent vraiment être atteints qu’avec une coopération dans les enceintes multilatérales.  L’ordre multilatéral exige également le respect par tous les États de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale tels que le dit la Charte des Nations Unies.  Le Président a donc pointé du doigt le non-respect par la Fédération de Russie des principes du droit international, alors que la violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et de la Géorgie se poursuit.  Un tel mépris du droit international ne doit pas être accepté comme la « nouvelle norme ». 

Le Président Levits a aussi évoqué les menaces hybrides qui pèsent sur les démocraties, comme en attestent les ingérences dans les processus électoraux, le chantage énergétique ou encore les cyberattaques.  Il a fait part, à cet égard, de la disposition de son pays à partager son expérience dans la promotion d’un cyberespace responsable.  Il a souligné la nécessité de développer des technologies dans un cadre responsable avec l’obligation d’être comptable de ses actes.  Il a dès lors, encouragé l’ONU à promouvoir des discussions sur la protection des données personnelles dans le cyberespace, du point de vue éthique et normatif.  Il a souligné l’importance du rapport du Groupe de haut niveau sur la coopération numérique et programme du Secrétaire général sur le désarmement qui traitent des préoccupations principales en matière de sécurité technologique.  Il y a vu un moyen pertinent pour faire avancer les idées. 

Le Président letton a également abordé la problématique des changements climatiques et a appelé une coopération par-delà les frontières.  Les technologies et l’innovation peuvent jouer un rôle majeur pour protéger la planète et la connectivité peut permettre de consommer moins de ressources tout en étant plus efficace.  La Lettonie a déjà réduit ses émissions de gaz à effet de serre de près de 60% par rapport aux niveaux de 1990.  Mais ce n’est pas assez et elle soutient l’objectif d’une neutralité carbone totale.  La Lettonie, a conclu le Président, demeure un fervent défenseur du Programme 2030 et a modifié sa Stratégie nationale de développement à long terme.  Dans cette perspective, l’égalité des genres et la promotion des droits des femmes ne sont pas seulement des choses à faire mais un objectif pertinent pour le développement économique.  La Lettonie est d’ailleurs un des rares pays à avoir comblé le fossé entre les hommes et les femmes dans les domaines de la santé et de l’éducation. 

Mme ZUZANA ČAPUTOVÁ, Présidente de la Slovaquie, qui s’exprimait pour la première fois devant l’Assemblée générale, a tenu à saluer les grandes réalisations des Nations Unies lesquelles reposent toutes sur le respect des règles et des principes, qui doivent être accompagnés de la confiance et de la responsabilité.  Pour elle, la confiance mutuelle permet de maintenir nos sociétés ensemble. 

Elle a identifié, à cet égard, deux défis à relever: d’abord le fait que les règles et principes soient soumis à une pression considérable.  En tant qu’avocate et activiste de la défense de la justice, la Présidente s’est s’inscrite en faux contre ceux qui, sous couvert de la liberté d’expression, sèment la haine et la désinformation.  Mais lutter contre les extrémismes ne signifie pas supprimer le droit des minorités. 

La Présidente a donc défendu une ONU forte, gardienne des règles et de « notre confiance ».  Elle a reconnu les difficultés à s’accorder sur de nouvelles règles, comme sur les changements climatiques, les nouvelles technologies ou encore l’intelligence artificielle.  En ces temps difficiles, les gouvernements responsables doivent tirer leur légitimité de la confiance de leur peuple.  Il nous faut des responsables qui agissent loin de tout populisme et qui maintiennent leur « égo » sous contrôle.  En somme, des gouvernants qui donnent l’espoir que la justice existe toujours, a-t-elle dit.  Aux leaders qui parlent de mettre l’intérêt national avant l’intérêt général, elle a dit: être patriote repose moins sur un nationalisme égoïste que sur la coopération. 

La Présidente s’est montrée, dans ce contexte, particulièrement préoccupée par le déni des changements climatiques.  Les faits scientifiques sont clairs, a-t-elle rétorqué.  Les changements climatiques sont là et nous manquons de temps.  Mais si nous agissons maintenant, nous pouvons réduire les émissions de gaz à effet de serre.  Si nous pouvons réussir dans nos pays, grâce notamment aux activistes et ONG, il n’y a pas de raison d’échouer à l’échelle mondiale. 

Il faut se départir de cette peur et renoncer à « nos vieilles mentalités » selon lesquelles l’approche écologique est coûteuse et non rentable, a-t-elle dit, partageant l’expérience concluante de son pays qui a décidé de fermer toutes ses mines de charbon dans ce qui est une mesure impensable pendant des années par peur du coût politique.  Mais, s’est réjouie la Présidente, nous avons finalement eu le courage de prendre cette difficile décision.  La Slovaquie, a-t-elle annoncé, réaffirme son ferme engagement d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. 

M. KASSYM-JOMART TOKAYEV, Président du Kazakhstan, a tout d’abord salué le rôle important que joue l’ONU pour garantir le développement des relations entre les civilisations.  De son point de vue, cependant, une nouvelle réalité mondiale se fait jour, influencée par quatre facteurs principaux, à commencer par le nombre croissant des conflits non résolus.  Ces conflits font revivre d’anciennes divisions et en créent de nouvelles, entraînant les puissances mondiales dans une escalade militaire.  En deuxième lieu, a-t-il observé, nous souffrons tous du manque de confiance entre les acteurs mondiaux et régionaux, ce qui conduit à une érosion de l’architecture actuelle de sécurité et, par voie de conséquence, à une nouvelle course aux armements.  La situation est encore aggravée par les sanctions, les guerres commerciales et l’intense rivalité qui règne dans les domaines de l’espace, de la cybertechnologie et de l’intelligence artificielle, a déploré le Chef de l’État. 

Troisième facteur majeur, selon lui, la combinaison des inégalités sociales, économiques et technologiques croissantes, des disparités entre le Nord et le Sud ainsi que la crise émergente de la dette mondiale provoquent une grave altération du paysage économique mondial.  De fait, a-t-il souligné, nous assistons à la montée du protectionnisme et des mesures nationalistes qui sapent les partenariats et la coopération entre nations.  Quatrièmement, a poursuivi M. Tokayev, la dégradation de l’environnement est devenue l’un des principaux facteurs de déstabilisation mondiale.  L’impact des changements climatiques en Asie centrale est tel que la région fait face à des défis dramatiques comme la désertification, la fonte des glaciers et la raréfaction de l’eau potable et d’irrigation, a-t-il averti, assurant que, dans cet environnement complexe, son pays mène une politique fondée sur le développement inclusif et durable, le dialogue et l’action pacifique.

Soulignant ensuite que parvenir à un monde exempt d’armes nucléaires demeure la priorité du Kazakhstan, M. Tokayev s’est déclaré convaincu que ces armes ne constituent plus un atout mais un danger pour la paix et la sécurité mondiales.  Malheureusement, a-t-il déploré, « certains pays s’en remettent encore à des calculs stratégiques de défense en matière d’armement nucléaire, ce qui force leurs rivaux à développer des ripostes asymétriques ».  Sous le leadership de son premier Président, M. Nursultan Nazabayev, le Kazakhstan a fermé le site d’essais nucléaires de Semipalatinsk et a volontairement renoncé au quatrième arsenal nucléaire de la planète, devenant depuis un champion du désarmement et de la non-prolifération nucléaire, s’est enorgueilli M. Tokayev. 

Parmi les contributions de son pays à cette « noble cause », il a cité la création de la seule zone exempte d’armes nucléaires d’Asie centrale, l’accueil sur son sol de la Banque d’uranium faiblement enrichi de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’adoption d’une résolution de l’Assemblée générale établissant une Journée internationale contre les essais nucléaires et la récente ratification du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.  À cet égard, il a estimé que les questions liées au Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien et à la dénucléarisation de la péninsule coréenne ne devraient être réglées que par des moyens politiques. 

S’agissant des « développements alarmants » de la situation au Moyen-Orient, le Président kazakh a, là aussi, plaidé pour des actions bilatérales et multilatérales pour renforcer la confiance et le respect entre les parties.  En guise d’exemple de cet engagement en faveur du dialogue inclusif, il a rappelé que le Kazakhstan fournit une plateforme aux négociations intersyriennes.  Grâce au processus d’Astana, qui vient compléter les négociations de Genève, une cessation des hostilités a pu être effective dans ce pays, a-t-il souligné, saluant également la création de zones de désescalade.  Relevant que les conflits génèrent le terrorisme et l’extrémisme, il a estimé que ces défis ne peuvent être surmontés que par une action commune via le Réseau mondial de lutte contre le terrorisme, sous les auspices de Nations Unies. 

Pour M. Tokayev, la capacité de l’ONU à accomplir sa mission se heurte aujourd’hui à de graves difficultés.  Il importe, selon lui, de soutenir la « vision claire et audacieuse » du Secrétaire général en faveur d’une réforme de l’ONU.  Il a aussi dit prêter une attention particulière à la mise en œuvre du Programme 2030, tout en souhaitant « éviter le piège des pays à revenu intermédiaire ».  Les objectifs de développement durable sont intégrés à 80% dans les programmes stratégiques du Gouvernement kazakh, a-t-il assuré, avant de conclure sur sa volonté de poursuivre la transformation de son pays sous le triple prisme de « la continuité, la justice et le progrès ».  Il s’est dit convaincu qu’un président « ferme et visionnaire », un parlement influent et un gouvernement responsable constituent pour le Kazakhstan la garantie d’un avenir « pacifique et durable ». 

M. ANDRZEJ DUDA, Président de la Pologne, a souhaité centrer son message sur trois concepts, qui devraient aussi servir de ciment à toute la communauté internationale: la paix grâce au respect de la loi, la protection de l’environnement grâce à la coopération et à la coresponsabilité, et l’aide sociale grâce à l’engagement en faveur du développement durable.

Le Président a rappelé que le 1er septembre, Varsovie a commémoré le quatre-vingtième anniversaire du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, avec l’attaque de son pays par deux États totalitaires et deux idéologies criminelles.  En dépit de cette terrible leçon et des progrès de la civilisation, nous voyons encore, aujourd’hui, au XXIe siècle, des actes d’une barbarie incompréhensible: nettoyages ethniques, meurtres de masse et même génocides.  De plus, a-t-il souligné, des atteintes à la souveraineté et à l’intégrité territoriale des États ont toujours lieu et des frontières sont toujours déplacées par la force. 

Le Président a relevé certaines analogies historiques: il y a toujours la tentation « de gagner du temps » dans la passivité et la soumission, parfois même des pourparlers avec l’agresseur.  Le Président a dit se méfier de ces pourparlers qui ne sont que la défense d’intérêts particuliers, souvent économiques, et de ces marques de solidarité avec les victimes d’une agression à l’aide de mots grandiloquents.

Personne n’a retenu la cruelle leçon de la Deuxième Guerre mondiale et le principe qui a guidé la création des Nations Unies: « Plus jamais ça. »  Malheureusement, a déploré le Président, ces dernières années ont montré que la même tentation de négocier avec l’agresseur est toujours là.  Il est temps, s’est-il impatienté, de sortir de la léthargie, d’apprendre du passé et d’arrêter de répéter les mêmes erreurs.

Soulignant que chaque pays a un droit égal à l’autodétermination, le Président veut voir en son pays un champion de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, que ce soit en Ukraine ou en Géorgie.  La Pologne ayant été si gravement affectée au siècle dernier, elle s’oblige au devoir moral de s’exprimer clairement sur cette question, ce qu’elle fait aujourd’hui, au nom de la paix et de la liberté, a dit le Président.

Alors que cette année met fin aux deux ans de la Pologne au Conseil de sécurité, le Président a déploré que pendant cette période, le droit international ait été autant défié et désavoué, alors même que c’est ce droit international qui est la base des principes tels que l’égalité souveraine des États, la justice, la responsabilité et la sécurité.  Les responsables de violations de ces principes doivent être tenus pour responsables.  Le droit international est l’outil le plus fort dont disposent les nations civilisées pour assurer une paix durable.  Il ne peut y avoir de paix sans droit, a martelé le Président.

La Pologne, a-t-il insisté, se veut immuablement du côté du droit et des victimes de la violence.  Le Président a souligné tout particulièrement quatre points et tout d’abord, le rôle indiscutable du droit international dans le maintien de l’architecture de sécurité globale et la protection des civils dans les conflits armés.  Il s’est ensuite attardé sur les droits de l’enfant, groupe le plus vulnérable face aux conséquences des conflits.  Il a aussi cité l’amélioration de la protection des personnes handicapées dans les conflits.  Le Président a d’ailleurs rappelé que c’est à l’initiative de son pays que le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité sa toute première résolution sur cette question.  Enfin, il s’est attardé sur la protection des droits des minorités religieuses et la liberté de religion, face à la poussée de la violence et de la haine religieuse, dénonçant la propagation de la violence contre les chrétiens.

Le Président polonais a attiré l’attention sur la contribution significative de son pays au deuxième défi clef du monde contemporain, la protection de l’environnement, citant la COP24 qui s’est tenue à Katowice.  Les ambitions doivent être exprimées ensemble, c’est la seule façon de leur donner vie.  Après le Sommet Action Climat d’hier, le Président polonais a dit avoir déposé cinq initiatives visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre des ménages et des transports publics, à accélérer le reboisement, à adapter les villes aux changements climatiques et changer le profil économique d’une des régions les plus fortes économiquement de la Pologne, la Silésie.  Pour la Pologne, la politique environnementale doit être comprise comme une politique sociale.

Le Président a d’ailleurs prôné une discussion internationale sur le modèle moderne de la politique sociale, qui devrait, selon lui, se fonder sur le Programme 2030, à savoir responsabilité, solidarité et justice.  Il a ajouté que le concept de richesses communes doit être introduit dans le débat économique.  La responsabilité partagée doit être le point de départ des efforts pour assurer un meilleur avenir aux générations futures, a conclu le Président. 

Le Prince héritier ALOIS du Liechtenstein, a indiqué qu’en près de 300 ans d’existence, son pays n’a connu que la paix, des relations de bon voisinage et la stabilité politique.  Selon lui, la diplomatie « active » du Liechtenstein, l’un des États les plus petits d’Europe, a fortement contribué à sa survie.  « Sans nos connexions internationales, nous n’aurions jamais pu être reconnus en tant qu’État souverain », a insisté le Prince héritier, en référence à l’adhésion de son pays aux Nations Unies, en 1990, en tant qu’État Membre à part entière. 

Il y a 60 ans, a-t-il rappelé, le Liechtenstein était un pays pauvre d’émigration agraire, pourvu d’une économie faible et offrant des opportunités d’emploi limitées.  L’accès progressif du pays au rang de nation industrialisée, dotée d’une économie « diversifiée et innovante », a été rendu possible par l’ouverture des marchés mondiaux. 

Cependant, face à l’avènement d’un ordre mondial « plus instable et multipolaire », l’essor du protectionnisme, l’affaiblissement de la coopération internationale et l’érosion de l’état de droit, nous devons, a dit le Chef d’État, prôné le respect du droit international, pierre angulaire des Nations Unies.  En tant que petit État, a-t-il promis, nous serons toujours du côté de l’état de droit et contre la loi du plus fort.  Le Prince héritier a voulu que l’on tire les leçons de son pays, à savoir que les investissements dans la diplomatie, notamment au sein du forum onusien, bénéficient aussi aux États Membres sur le plan national.

Le souverain a souligné l’engagement du Liechtenstein en faveur des objectifs de développement durable, comme en témoignent les multiples initiatives innovantes impliquant le secteur privé.  Il a notamment cité la création, le 27 septembre prochain, d’un plan pour permettre au monde de la finance de lutter contre l’esclavage moderne et la traite des êtres humains. 

À l’heure où des normes communément admises, telles que les Conventions de Genève, sont régulièrement bafouées, le Prince héritier a estimé que la Cour pénale internationale (CPI) demeure la pierre angulaire de la lutte contre l’impunité.  « La performance de la Cour n’a pas toujours été à la hauteur de nos attentes », a-t-il toutefois reconnu, ajoutant que cette dernière pâtit de la montée de l’isolationnisme et du nationalisme.  Dans ce contexte, le souverain liechtensteinois a appelé les États Membres à aider la CPI à améliorer ses performances, pour qu’elle soit « moins vulnérable aux attaques politiques ».  Il a également souligné les efforts de son pays dans la lutte contre l’impunité pour les crimes commis durant le conflit syrien.  Il a notamment salué la création du Mécanisme international, impartial et indépendant chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international commises en République arabe syrienne depuis mars 2011 et d’aider à juger les personnes qui en sont responsables.

M. MARTÍN VIZCARRA CORNEJO, Président du Pérou, a rappelé que, l’an dernier, dans cette même enceinte, il était venu s’exprimer sur la crise politique et institutionnelle que traversait alors son pays.  « À cette occasion, j’avais mis l’accent sur le fait que la corruption s’était érigée en cancer », s’est remémoré le Président.  Depuis lors, a-t-il indiqué, son gouvernement a lancé une réforme judiciaire et politique pour rétablir l’efficacité, le prestige et la légitimité des institutions nationales.  Il y quelques semaines à peine, a poursuivi le Chef de l’État, le Pérou a promulgué quatre « réformes clefs » sur le financement des partis politiques, la vie démocratique au sein des partis, la parité des élus et l’alternance des candidats à des mandats législatifs.  Au cours des 18 derniers mois, le Gouvernement a réussi à opérer une sortie de crise ordonnée et à lancer une « attaque frontale » contre la corruption enkystée à tous les niveaux de l’État, s’est-il enorgueilli, affirmant que son gouvernement respecte scrupuleusement le principe de la séparation des pouvoirs, l’état de droit, la liberté de la presse et l’indépendance de la justice. 

Le Président a en outre dit avoir soumis au Parlement un projet de loi pour avancer d’un an les élections générales.  « Je suis confiant que nous y parviendrons, pour le bien du pays », a-t-il déclaré.  Il a par ailleurs dénoncé la « rupture de l’ordre constitutionnel » et « l’enracinement d’un régime illégitime » au Venezuela.  Cette crise politique, institutionnelle et humanitaire a engendré un exode de plus de quatre millions de personnes, dont 900 000 ont trouvé refuge au Pérou.  Le Président a dit son intention de contribuer aux efforts internationaux pour rétablir la démocratie au Venezuela.  Il a toutefois estimé que la communauté internationale n’a toujours pas pris la pleine mesure de l’exode vénézuélien et a appelé les États Membres à remédier à cette situation.

Il s’est, à son tour, dit très attaché à la réalisation des objectifs de développement durable, en particulier l’objectif 16, qui vise à créer des sociétés plus pacifiques et ouvertes, dotées d’institutions transparentes et responsables.  L’essor économique du Pérou au cours de ces 20 dernières années nous a permis de réduire la pauvreté, a-t-il déclaré.  En tant que l’un des pays touchés par les feux de forêt des dernières semaines, le Pérou est également investi dans la lutte contre les changements climatiques, a poursuivi le Président, affirmant son intention de réduire la déforestation de 20% d’ici à 2021 et de 30% d’ici à 2030.  Il a aussi réaffirmé l’attachement du Pérou à la paix et à la sécurité internationales, en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité et Président du Comité contre le terrorisme.  Il a notamment salué l’adoption par le Conseil, durant la présidence péruvienne de juillet dernier, de la résolution 2482 (2019), qui précise la nature des liens entre terrorisme international et criminalité organisée. 

M. MACKY SALL, Président du Sénégal, a dit que cette session de l’Assemblée générale devait nous inviter à dynamiser les efforts multilatéraux pour l’éradication de la pauvreté, l’éducation de qualité, l’action contre les changements climatiques et l’inclusion.  Mais pour des millions de victimes de la guerre et du terrorisme, se pose d’abord la question existentielle de vivre en paix et en sécurité, a estimé le Président.  Au Sahel, s’est-il expliqué, des groupes terroristes continuent de semer la mort au quotidien, de provoquer des réfugiés et personnes déplacées par milliers et de détruire des services sociaux de base.  Parce que les périls transcendent les frontières, leur prise en charge ne saurait donc être fragmentée.  Le Président a appelé le Conseil de sécurité à doter la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) d’un mandat robuste et d’équipements adéquats pour la lutte contre le terrorisme au Sahel. 

Le Président a annoncé que le Sénégal s’est joint à l’initiative de la France et de la Nouvelle-Zélande pour l’appel à l’action de Christchurch pour éradiquer le contenu terroriste et extrémiste en ligne.  Il a invoqué le proverbe africain « l’arc-en-ciel doit sa beauté aux tons variés de ses couleurs » pour dire que la paix est aussi diversité et qu’il ne saurait pas y avoir de centre civilisationnel supérieur dictant aux autres la façon d’être et d’agir.  Toutes les cultures, toutes les civilisations sont d’égale dignité, a martelé M. Sall, expliquant que c’est la raison pour laquelle son pays a décidé de réaliser le Mémorial de Gorée en souvenir de la période sombre de l’esclavage mais aussi pour la coexistence pacifique des peuples, dans le respect de leur diversité. 

La paix n’est pas que l’absence de guerre, c’est aussi l’état d’esprit qui apaise et accommode, a poursuivi le Président.  Il a appelé, dans ce contexte, à la réconciliation entre les peuples palestinien et israélien.  Le dialogue est l’essence des Nations Unies et face aux menaces, face aux enjeux qui dépassent l’État-nation, c’est ici que s’expriment nos préoccupations, que se croisent nos idées et nos propositions pour résoudre nos problèmes communs, que convergent nos espoirs de compromis pour parvenir à nos fins communes. 

La foi dans le multilatéralisme, a dit le Président, ne prospère que dans le respect des règles et des engagements convenus.  Il a donc renouvelé son attachement au multilatéralisme et à une gouvernance mondiale réformée et inclusive, par une représentation plus équitable de l’Afrique au Conseil de sécurité.  Président en exercice du Comité d’orientation du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), M. Sall a voulu une autre vision du paradigme relationnel avec le continent, débarrassée des préjugés et fondée sur des partenariats rénovés et mutuellement bénéfiques.  « L’Afrique n’a pas besoin de tutelle.  L’Afrique a besoin de partenariats », a martelé le Président.  Il a dit vouloir des échanges plus équitables qui n’« exagèrent » pas la perception du risque de l’investissement, qui rémunèrent à leur juste prix les matières premières, qui protègent les droits des pays d’accueil comme les intérêts des investisseurs et qui favorisent la création de chaînes de valeurs locales. 

Le Président a demandé la réforme du système fiscal international pour que l’impôt soit acquitté là où l’activité crée de la richesse et du profit.  Il a aussi demandé une action plus ferme contre la fraude et l’évasion fiscales et contre le blanchiment d’argent et autres flux financiers illicites qui font perdre à l’Afrique plus de 100 milliards de dollars par an.  Il a invité à la mise en œuvre de l’Accord de Paris, dont l’objectif de 100 milliards de dollars par an, et au respect des engagements convenus à la troisième Conférence de reconstitution du Fonds du Partenariat mondial pour l’éducation de 2018 pour mobiliser 3,1 milliards de dollars. 

« Cette semaine de haut niveau nous met face à des défis importants », a observé M. GIUSEPPE CONTE, Président du Conseil des ministres de l’Italie, à l’entame de son intervention.  Ces défis, a-t-il dit, confirment qu’il nous faut « investir dans le multilatéralisme ».  À cet égard, le rôle des Nations Unies est « irremplaçable », tant en matière de lutte contre les changements climatiques, que de défense des droits de la personne ou de règlement des conflits et des différends commerciaux.  Ces questions, qui ont en commun le thème de l’inclusion, nous rappellent que l’être humain est au cœur de l’action de l’ONU, a poursuivi le dirigeant, plaidant en faveur d’efforts coordonnés pour faire face aux défis multiples auxquels nous sommes confrontés et corriger les dysfonctionnements de la mondialisation.  « Ce qui doit nous guider, c’est le respect de chaque individu.  Sans ce socle, le multilatéralisme devient une simple technique qui ne peut guider les valeurs fondamentales », a-t-il analysé, assurant que cet humanisme distingue l’action de son gouvernement.  « Notre objectif est d’avoir une démocratie véritablement humaine », a insisté M. Conte.

Sur le plan international, a-t-il dit, l’Italie préconise de régler les conflits en traitant les causes profondes de la déstabilisation.  Elle s’emploie également à promouvoir le développement durable, qui est au cœur de son programme productif.  « Quatre ans après l’adoption du Programme 2030, nous devons être ambitieux », a souligné M. Conte, avant de réaffirmer son engagement avec l’aide du secteur privé et de la société civile.  De l’ambition, il en faut aussi pour répondre aux changements climatiques, a-t-il poursuivi, appelant de ses vœux « une action collective urgente ».  Évoquant le risque d’effondrement d’un glacier du Mont-Blanc, du côté italien, il y a vu « une catastrophe à laquelle nul ne peut rester indifférent ».  C’est pourquoi, a-t-il souligné, « j’encourage la mobilisation des citoyens, et singulièrement des jeunes ».  À ses yeux, l’Accord de Paris est « un point de départ essentiel » mais nous devons surtout être « conscients du devoir moral que nous avons à l’égard de nos enfants, pour leur transmettre une planète en bon état ».  L’Italie, a-t-il fait remarquer, a déjà atteint les objectifs de l’Union européenne en matière d’émissions de gaz à effet de serre et entend parvenir à l’objectif « zéro émission » d’ici à 2050. 

Malgré ces efforts, « nous sommes bien conscients que tout cela ne peut suffire », a concédé M. Conte.  Il faut, selon lui, un changement radical dans nos modèles culturels.  C’est la raison pour laquelle la défense de la biodiversité et le développement durable sont désormais inscrits dans les principes fondamentaux de la Constitution italienne, a-t-il indiqué.  Ceci implique de renoncer au « concept de propriété » qui nous donne l’illusion que nous pouvons agir de manière exclusive alors que « nous ne sommes que les gardiens d’une planète que nous devons céder aux générations à venir ».  Cette vision des choses implique un partage des responsabilités au niveau international et il en va de même avec les migrations, entre les pays d’origine, de transit et de destination.  Cet objectif ne peut devenir concret que s’il est guidé par un « principe de répartition entre les pays ».  Dans la phase d’urgence que connaît l’Union européenne, l’Italie appelle à un « partenariat entre tous les États Membres » car, si elle a toujours joué son rôle en matière d’accueil et de réinstallation, elle « ne peut plus être seule ». 

En tant que membre du Conseil des droits de l’homme, l’Italie est particulièrement inspirée par le modèle des droits de l’homme pour la paix, a assuré le Président du Conseil des ministres.  Dans cet esprit, l’Italie participe aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies en apportant sa technologie et ses personnels.  Elle estime cependant que la communauté internationale devrait avoir recours, de façon plus systématique, à des moyens pacifiques pour régler les conflits, notamment via la médiation et la participation de toutes les composantes de la société, notamment les femmes et les jeunes.  Dans la Méditerranée, a relevé le Président du Conseil, l’Italie soutient des solutions pacifiques propices au développement de la région.  C’est ce qui anime son action à l’égard de la Libye, a-t-il dit, renouvelant son engagement en faveur d’une « Libye démocratique », ce qui ne deviendra possible que si le cessez-le-feu et l’embargo sur les armes sont respectés. 

De même, l’emplacement de l’Italie dans la Méditerranée implique un engagement fort de sa part, a poursuivi M. Conte, soulignant la contribution de son pays et de l’Union européenne au développement socioéconomique du continent africain, du Sahel à la Corne de l’Afrique.  Cela passe également par une action collective et déterminée pour combattre le terrorisme et l’extrémisme violent, a-t-il affirmé, appelant tous les États à prendre en priorité les mesures nécessaires pour empêcher la propagation de la haine.  Soucieux de la stabilité mondiale, le Président du Conseil a considéré le Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien comme « un instrument clef de la non-prolifération ».  Pour le dirigeant, il est dans l’intérêt de l’ensemble de la communauté internationale de « laisser ouvertes les voies du dialogue avec Téhéran ».  Un autre objectif commun devrait être de diminuer les tensions dans le Golfe, a-t-il renchéri. 

Dans ce contexte mondial, les Nations Unies sont « le seul point de référence » qui peut aider l’humanité à faire face aux défis complexes auxquels se heurte la communauté internationale aujourd’hui, a constaté le Chef du Gouvernement italien.  Se disant favorable aux plans de réforme de l’Organisation défendus par le Secrétaire général, M. Conte a jugé que la communauté internationale ne réussira que si elle ne commet pas « l’erreur d’agir en recherchant des consensus à court terme ».  À ses yeux, il faut construire un avenir et s’appuyer pour cela sur la voix des jeunes.  « Notre devoir est de l’entendre et de la transformer en mesures concrètes. » 

Au moment même où je m’adresse à vous, une femme enceinte originaire du Sahel est à bord d’une embarcation de fortune risquant sa vie pour traverser la mer, à la recherche d’un avenir meilleur, a d’emblée déclaré M. PEDRO SÁNCHEZ PÉREZ-CASTEJÓN, Président du Gouvernement d’Espagne.  Cette femme, qui fuit la faim et la sécheresse, sait pertinemment bien que la fin de son expédition est loin d’être assurée, car la Méditerranée est devenue le plus grand cimetière marin au monde.  Mais elle n’a pas d’autre choix!

De l’autre côté de l’Atlantique, une famille du Guatemala traverse à pied la frontière nord du Mexique, car elle est si désespérée qu’un mur, aussi haut soit-il, ne peut se mettre en travers de sa quête de paix, de nourriture et d’un abri pour ses enfants.  Alors que je vous parle, a dit le Président, un robot est en train d’opérer avec une très grande précision un patient dans un hôpital à Tokyo, le sauvant aujourd’hui d’une mort qui était certaine, il y a quelques années.  À quelques pas de là, dans la salle d’attente, ses proches regardent à la télévision une famille waiapi inconsolable, pleurer sa maison et son village détruits par les flammes qui ravagent la forêt amazonienne.  Dans l’agitation des villes, de Manhattan à Londres, en passant par Madrid, un livreur parmi des milliers vient de recevoir une commande lancée à partir d’un téléphone portable.  Il recevra en échange de sa livraison quelques pièces mais il n’a pas d’autre choix. 

Ce que je viens de décrire, s’est expliqué le Président, peut ressembler à des extraits de séries télévisées.  Mais malheureusement, c’est la réalité quotidienne des gens et cette réalité nous presse d’agir.  C’est l’ampleur des défis mondiaux auxquels nous faisons face aujourd’hui: l’urgence climatique, la faim, la pression migratoire, la révolution technologique et numérique, les inégalités et les discours de haine.  Le Président a lancé un message simple: il faut agir car notre terre est en train de saigner.  Reprenant à son compte les propos du Secrétaire général, il a appelé à remplacer les mots par des engagements.  Nous savons d’ores et déjà quel monde nous voulons laisser à nos enfants: un monde viable, juste et équitable et une communauté internationale engagée dans un nouveau contrat social, des gouvernements responsables engagés en faveur de la préservation de la planète et champions de la démocratie.  L’Espagne a bien identifié son rôle pour être à l’avant-garde de ces grands changements.  Bien que n’ayant pas participé à la création de l’ONU, car sous le joug de la dictature franquiste, l’Espagne a su émerger en l’espace de 40 ans, en tant que pays prospère, décentralisé, figurant parmi les pays les plus sûrs dotés d’un système de santé exemplaire. 

Aujourd’hui, s’est réjoui le Président, l’Espagne est une démocratie solide qui vient de clore l’un des chapitres les plus noirs de son histoire, avec la décision de la Cour suprême d’autoriser l’exhumation du corps du général Franco exposé jusqu’alors dans un mausolée car « aucun ennemi de la démocratie ne mérite les honneurs ».  Le Président a évoqué, par ailleurs, les avancées en matière d’égalité des sexes.  La voix des femmes espagnoles est entendue partout dans le pays et au-delà et la communauté LGBT a donné une vraie leçon en matière de droits de l’homme.  Il a ensuite évoqué l’Accord de Paris sur le climat et le Programme 2030, deux instruments importants qui ont posé le diagnostic, défini les objectifs et établi une feuille de route. 

S’attardant sur la nécessité d’une mobilisation générale face à l’urgence climatique, le Président a rappelé l’annonce faite par son pays lors du Sommet Action Climat de contribuer à hauteur de 150 millions d’euros au Fonds vert pour le climat.  L’Espagne compte également donner une enveloppe de 100 millions d’euros sur cinq ans au Fonds d’affectation pour le Programme 2030.  La même somme sera allouée au Fonds d’affectation pour le VIH/sida sur une période de trois ans. 

Quant aux migrations, le Président a appelé à une réponse commune et coordonnée à ce défi humanitaire et à l’abandon des solutions à court terme.  Préoccupé par les conflits et les tensions à travers le monde, il a tout de même estimé que l’Afrique demeure un motif d’espoir car six pays africains figurent parmi les 10 au monde qui ont réalisé les taux de croissance les plus élevés.  C’est pourquoi, l’Espagne contribuera au renforcement des capacités de l’Afrique pour en faire une région d’opportunités et un continent de paix. 

S’agissant en particulier du Sahara occidental, le Président a défendu le rôle central des Nations Unies et affirmé la volonté de son pays de contribuer aux efforts du Secrétaire général, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.  Il a conclu sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne qu’il a espéré ordonnée, tout en en craignant les conséquences pour Gibraltar. 

Au fil du temps, nous sommes devenus de plus en plus interdépendants et nous voyons que les décisions nationales ont presque toutes des ramifications internationales, a constaté Mme JACINDA ARDERN, Première Ministre de la Nouvelle-Zélande.  Elle a cité les fuites de pétrole qui ne connaissent pas de frontières, et les accidents et les tests nucléaires dont l’impact n’est jamais confiné à un seul endroit.  Mais notre interconnexion va bien plus loin et l’expérience de ces dernières années nous a conduit à nous demander si nous avons un jour vraiment travaillé dans l’isolement.  C’est une question que se pose depuis longtemps la Nouvelle-Zélande, cette nation éloignée et pourtant connectée. 

Nous les Néozélandais, a plaisanté la Première Ministre, sommes connus pour nos vallées verdoyantes où peuvent se cacher les hobbits et s’alimenter les moutons.  Nous sommes aussi connus pour notre « manaakitanga » ou la fierté que nous tirons de notre sens de l’hospitalité que nous n’hésitons pas à appliquer à nos rivaux sportifs les plus féroces.  Mais depuis le 15 mars, a-t-elle rappelé plus sérieusement, nous sommes connus pour autre chose: l’attaque terroriste la plus horrible contre un lieu de culte qui a tué 51 innocents, dévasté la communauté musulmane et mis au défi notre identité.  Les gens qui ont apporté des fleurs dans les mosquées, montré leur solidarité et observé une minute de silence ont tous décidé, avec la communauté musulmane qui n’a répondu que par son amour, que la Nouvelle-Zélande ne sera jamais réduite à un acte de brutalité et de violence mais elle sera portée par la compassion et l’empathie. 

Mais attention, a reconnu la Première Ministre, nous ne sommes pas une nation parfaite.  Nous avons plus de 200 ethnies différentes mais nous connaissons le racisme et la discrimination et nous soignons toujours les plaies des premières rencontres entre Maoris et Européens, il y a 250 ans.  Mais depuis l’attaque terroriste, nous avons dû nous poser des questions difficiles.  En 10 jours, a rappelé la Première Ministre, nous avons pris la décision de changer nos lois sur le port d’armes, interdit les armes semi-automatiques et les fusils d’assaut.  Nous avons entamé une deuxième série de réformes au registre des armes et changé le régime de port d’armes. 

Se souvenant qu’après l’attaque, un enfant lui avait demandé s’il serait dorénavant en sécurité, la Première Ministre a admis que la peur d’un enfant ne disparaît pas avec des lois et des décrets.  Pour un enfant, se sentir en sécurité, c’est de ne pas avoir peur.  Or, dans un monde technologiquement connecté, les commentaires sur la race, la discrimination basée sur la religion, le genre, la sexualité et l’ethnie ne restent pas derrière des frontières.  Ils sont là. 

Nous devons parler non seulement comme si le monde nous écoutait mais comme si un enfant écoutait aussi.  Le terroriste du 15 mars, a souligné la Première Ministre, n’a pas seulement pris la vie de 51 personnes, il l’a fait en direct sur Facebook.  Il s’est servi des médias sociaux comme d’une arme et a montré comment Internet peut être perverti et devenir l’outil des terroristes.  Ce qui s’est passé à Christchurch est une profonde tragédie mais aussi un problème complexe du monde d’aujourd’hui.  La Première Ministre s’est félicitée du travail effectué avec les sociétés de technologie, les pays et la société civile. 

Mais il n’est de meilleur exemple de notre interdépendance absolue que les changements climatiques, a-t-elle poursuivi.  « Sauver le Pacifique, c’est sauver notre planère », a-t-elle dit en paraphrasant le Secrétaire général lors de sa visite dans la région cette année.  Ces deux dernières années, a indiqué la Première Ministre, la Nouvelle-Zélande a élaboré sa propre législation sur la neutralité carbone.  Quelqu’un milliard d’arbres ont été plantés et un fonds vert de 100 millions de dollars a été créé.  Les permis d’exploitation offshore et d’exploitation du gaz ont été gelés et un plan de 100% d’énergie renouvelable a été lancé tout comme des subsides pour un système de transport à faible émission de carbone.  La Nouvelle-Zélande aide aussi ses pays voisins mais certaines réponses sont plus faciles que d’autres. 

En effet, le gros des émissions de gaz à effet de serre ne vient pas du transport, de l’énergie ou des déchets mais d’une production agricole dont la Nouvelle-Zélande est très fière.  En conséquence, dans les cinq prochaines années, le pays compte collaborer avec ses fermiers pour mettre en place des systèmes où chaque exploitant agricole pourra mesurer, gérer et réduire ses propres émissions.  La Nouvelle-Zélande ne produira jamais toute la nourriture du monde quel que soit le nombre de moutons que vous lui prêtez, a encore plaisanté la Première Ministre.  Mais, a-t-elle affirmé, nous pouvons produire les idées et la technologie dont le monde a besoin pour que chacun puisse exploiter et cultiver de la manière la plus durable possible.  C’est la raison pour laquelle nous continuons à dénoncer les milliards de dollars que les pays dépensent tous les ans pour subventionner les combustibles fossiles.  La Nouvelle-Zélande, a-t-elle annoncé, va aussi lancer avec d’autres une nouvelle initiative pour faire du commerce une force du bien au service de l’action climatique.  Vous joindrez-vous à nous? a demandé la Première Ministre. 

M. SHINZO ABE, Premier Ministre du Japon, a ouvert son intervention en rappelant au Président de la soixante-quatorzième Assemblée générale que, sous sa mandature, les Nations Unies marqueront l’an prochain leur soixante-quinzième anniversaire.  Il a souligné que son pays s’est toujours efforcé de défendre les principes de l’ONU et s’emploie à en réaliser les objectifs.  Se prononçant pour une réforme structurelle de l’Organisation, à commencer par son Conseil de sécurité, il a confirmé que le Japon, fort du soutien de nombreux pays, entend redevenir membre non permanent de cet organe en 2022. 

Recentrant son propos sur son pays, M. Abe a noté qu’un nouvel Empereur a accédé au trône et qu’une cérémonie aura lieu le 22 octobre en présence de dignitaires du monde entier.  Si la planète a les yeux tournés vers le Japon au début de cette « nouvelle ère », a-t-il dit, c’est aussi parce que le pays est sorti de la récession et qu’il est plus que jamais ouvert sur le monde, comme en témoignent les compétitions sportives qui s’y déroulent: la Coupe du monde de rugby aujourd’hui, les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo en 2020. 

Le Chef du Gouvernement japonais a par ailleurs évoqué la tenue à Kyoto, en avril prochain, du quatorzième Congrès des Nations Unies sur la prévention du crime et la justice pénale.  La première édition de cette rencontre organisée tous les cinq ans par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) avait eu lieu en 1970 au Japon, s’est-il enorgueilli, y voyant un symbole de l’engagement constant de son pays à l’égard du monde. 

M. Abe a ensuite rappelé qu’il a accueilli Malala Yousafzai en mars à Tokyo.  À cette occasion, la jeune prix Nobel de la paix lui a fait observer que « quelque 100 millions de filles manquent de qualification pour maîtriser la technologie moderne parce qu’elles ne bénéficient pas d’une éducation minimum de 12 ans », a-t-il relaté.  Selon la militante des droits des femmes, a poursuivi le Premier Ministre, les filles pourraient pourtant contribuer à l’économie mondiale à hauteur de 30 000 milliards de dollars si elles allaient au bout de l’éducation secondaire.  « J’ai invité Malala au Japon, avant le G20 que j’ai présidé en juin, dans l’espoir de mettre en exergue les politiques d’autonomisation des femmes et des filles », a-t-il dit, qualifiant de « vérité évidente » l’éclat que représenterait pour le monde la pleine réalisation du potentiel des femmes. 

Dans le même ordre d’idées, M. Abe a souligné le fait que le Japon s’est engagé à promouvoir une éducation de qualité et inclusive pour toutes les filles et les femmes.  Un engagement dont il a souhaité donner des illustrations concrètes.  Il a ainsi cité en exemple le lancement en 2017 de la première compétition d’athlétisme féminin en République-Unie de Tanzanie, fruit de la collaboration entre une Japonaise et une ancienne marathonienne tanzanienne, qui permet de fournir aux jeunes filles qui y assistent du matériel pour prévenir les grossesses précoces.  Dans ce même pays, une école pour filles a ouvert en 2016 grâce aux efforts d’ONG japonaises et locales.  Ces initiatives éducatives ne s’arrêtent pas à l’Afrique puisque des projets du même genre sont menés au Cambodge, a-t-il précisé, assurant que, ces trois prochaines années, le Gouvernement du Japon fournira une éducation enrichie à au moins neuf millions d’enfants et de jeunes en Afrique subsaharienne et en Asie.  Il a ainsi parlé de « e-learning » dans des écoles primaires de Sri Lanka et des cours de sciences par Internet au Rwanda. 

Avant de conclure sa septième intervention consécutive devant l’Assemblée générale, le Premier Ministre a réitéré son soutien à l’approche des États-Unis concernant la République populaire démocratique de Corée (RPDC).  Le dialogue entre les dirigeants de ces deux pays, avec pour objectif un avenir meilleur, a « changé la dynamique qui entourait la Corée du Nord », a-t-il relevé.  Dans ce contexte, il s’est dit déterminé à rencontrer sans condition le Président Kim Jong Un en vue d’une normalisation des relations entre la RPDC et le Japon.  Il a ensuite fait part de son inquiétude quant à la situation au Moyen-Orient, jugeant que les attaques « méprisables » perpétrées contre des installations pétrolières saoudiennes « retiennent l’ordre économique mondial en otage ».  Rappelant l’engagement pris devant lui par le Guide de la Révolution islamique d’Iran, M. Ali Khamenei, contre la possession, la production et l’utilisation d’armes nucléaires, il a indiqué avoir rencontré dans la matinée le Président iranien Hassan Rouhani, lors de ce qui était leur neuvième rencontre.  Il a dit compter de la part de l’Iran sur des « actions ancrées dans la sagesse qui découle de sa riche histoire ». 

Enfin, M. Abe a affirmé que le Japon s’appuierait sur des cadres multilatéraux pour réduire les disparités internationales.  Dans la foulée de l’Accord de partenariat économique transpacifique (TPP) et de l’Accord de partenariat économique Japon-Union européenne, le Partenariat économique régional global (RCEP) va devenir une réalité, s’est-il enthousiasmé, prédisant « un monde plus connecté, qui permettra à davantage de personnes d’échapper à la pauvreté ».  De même, à la suite de la dernière Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD), il s’est dit confiant dans le potentiel de croissance de l’Afrique et encouragé par les changements de ce continent. 

M. BORIS JOHNSON, Premier Ministre du Royaume-Uni, a voulu rompre avec le discours traditionnel qui défend et promeut les règles d’un monde pacifique, évoque les conflits en cours ou encore la solution des deux États.  Non, le Premier Ministre a préféré parler des nouvelles percées technologiques.  Pourquoi?  Tout simplement, a-t-il expliqué, parce que le Royaume-Uni est à l’avant-garde de l’intelligence numérique.  Il a donc lancé une invitation au sommet que Londres accueille, l’année prochaine.  Nous avons le secteur le plus avancé, que ce soit en matière de nanotechnologies ou de technologies vertes ou de pointe, s’est-il enorgueilli.  Aucun pays ne doit être exclu de ces technologies, a professé le Premier Ministre, en appelant à un équilibre entre liberté de création et libération, entre contrôle gouvernemental et vie privée. 

Expliquant les enjeux de son sommet, il a prévenu que l’on ne peut ignorer une force qui change.  Aujourd’hui vous pouvez cacher des choses à vos amis, vos parents, vos enfants et même votre médecin, mais pas à Google.  Les technologies peuvent être utilisées pour surveiller chaque citoyen 24 heures sur 24 et demain, votre réfrigérateur pourra décider pour vous du choix de votre menu.  Un orage va éclater, a prédit le Premier Ministre, et nous ne savons pas comment le maîtriser.  Nous ne savons pas qui va utiliser les ressources et les algorithmes.  Nous ne savons pas si ces machines ont été programmées pour nous mentir, d’autant que, dans certains cas, l’autoritarisme numérique est déjà une réalité? Il s’agit donc de savoir si demain, nous vivrons dans un monde orwellien ou dans un monde émancipé de débat et d’accès au savoir.

M. SAAD-EDDINE EL OTHMANI, Chef du Gouvernement du Royaume du Maroc, a commencé par présenter son pays comme « un espace de rencontre et de coopération » entre l’Afrique, le monde islamique et le reste du monde, en raison notamment de sa stabilité dans un monde en ébullition mais aussi de sa politique d’ouverture démocratique et de son engagement international.  Observant que cette session de l’Assemblée générale s’inscrit dans une conjoncture internationale marquée par les conflits, il s’est dit convaincu de l’efficacité de l’action multilatérale.  En effet, a-t-il dit, les défis contemporains empêchent les pays d’y faire face, seuls.  Le Chef a cité parmi ces défis les changements climatiques, le développement durable, les migrations ou encore le terrorisme.  « Tout ceci nécessite une approche multilatérale », a insisté le dirigeant, avant d’appeler de ses vœux un système novateur s’appuyant sur les Nations Unies et les organisations régionales pour garantir un avenir meilleur à l’humanité. 

Un tel système doit garantir à l’Afrique la place qu’elle mérite en tant qu’acteur de la scène internationale, a poursuivi M. El Othmani, ardent partisan d’un cadre africain de coopération dans les domaines de l’économie, du développement et de la lutte contre les problèmes sécuritaires.  À cet égard, a-t-il relevé, le Royaume du Maroc consacre les deux tiers de ses investissements étrangers à l’Afrique.  Le Chef du Gouvernement s’est d’ailleurs dit favorable à la zone africaine de libre-échange, y voyant l’espoir d’un nouvel horizon pour le continent. 

Pour lui, le multilatéralisme nécessite de s’adapter aux différents défis, le premier d’entre eux étant la menace sécuritaire, y compris le terrorisme.  Il a ainsi évoqué l’action menée par le Forum mondial de lutte contre le terrorisme, dont le Maroc assure la présidence avec les Pays-Bas depuis 2016.  Cette responsabilité, a-t-il souligné, est une reconnaissance des efforts déployés par le Royaume dans ce domaine, notamment à travers le développement d’une stratégie globale et multidimensionnelle, qui englobe les aspects culturels, sociaux, sécuritaires et religieux.  Sur ce dernier point, le Maroc a mis son expérience à la disposition des États amis qui ont demandé à bénéficier de son expertise en matière de formation des imams. 

Le deuxième défi consiste à s’attaquer à la question des migrations par des interactions entre pays, sachant qu’aucun pays ne peut apporter, à lui seul, une réponse globale à cette problématique.  Assurant que le Maroc propose en la matière une politique « humaine et responsable », M. El Othmani a rappelé que c’est sur son territoire, à Marrakech, qu’a été ratifié le Pacte mondial sur les migrations en décembre 2018.  Le troisième défi, a-t-il poursuivi, est lié aux changements climatiques.  C’est pourquoi le Maroc s’est engagé à faire face aux menaces contre l’environnement, à commencer par le réchauffement du climat, comme en témoigne son action dans le cadre de la COP22 qu’il a abritée.  Le quatrième défi concerne le développement humain et durable, en harmonie avec le Programme 2030, a-t-il indiqué, insistant sur la nécessaire efficacité de la coopération Sud-Sud. 

Le système multilatéral auquel nous aspirons œuvre pour la sécurité internationale que symbolise l’ONU, a souligné M. El Othmani.  Saluant les opérations de maintien de la paix que mène l’Organisation sur quatre continents, il a noté que la participation marocaine s’est manifestée par l’envoi de troupes en République démocratique du Congo et en République centrafricaine.  Il a ajouté qu’en tant que Président du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine pour le mois de septembre, son pays n’épargnera aucun effort pour répondre aux attentes africaines.  Il s’est par ailleurs déclaré préoccupé par l’absence d’horizon dans le processus de paix palestino-israélien.  Solidaire du peuple palestinien, le Maroc refuse tout changement dans le statut de la ville sainte de Jérusalem, a-t-il martelé.  Le Maroc refuse en outre la politique de colonisation que subit le peuple palestinien, convaincu qu’aucune paix juste ne peut se réaliser si celui-ci ne jouit pas de ses droits. 

Dans le même ordre d’idées, le Chef du Gouvernement a assuré que son pays s’efforce de trouver une « solution sérieuse » au conflit sur le « Sahara marocain ».  Cette question s’inscrit dans le cadre de la souveraineté et l’intégrité territoriale du Maroc, a-t-il dit, rappelant que chaque pays a le droit de protéger son territoire et ses citoyens.  Il a réitéré l’attachement du Royaume à l’initiative d’autonomie, qu’il a qualifiée de « sérieuse et crédible » et qui est, à ses yeux, la seule solution pour « mettre fin à ce conflit artificiel ».  Saluant les efforts du Secrétaire général de l’ONU pour faire avancer la solution politique, conformément à résolution 2468, il s’est dit inquiet de la situation dans le camp de Tidouf et a souhaité que la communauté internationale appelle « l’État hôte » à prendre ses responsabilités humanitaires afin d’en recenser les habitants. 

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