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AG/12181
23 septembre 2019
Soixante-quatorzième session, Réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle, matin et après-midi

L’Assemblée générale entérine une Déclaration politique sur la couverture sanitaire universelle « l’accord le plus global jamais passé sur cette question »

Alors que 100 millions de personnes s’enfoncent dans la pauvreté, chaque année, à cause de dépenses de santé exorbitantes, l’Assemblée générale a entériné, aujourd’hui, par acclamation une Déclaration politique sur la couverture sanitaire universelle, par laquelle les États Membres s’engagent à mettre en œuvre des politiques « à haut impact » pour protéger la santé des personnes et à cibler des politiques de financement efficace dans le domaine de la santé.

Cette Déclaration est « non seulement l’accord le plus global jamais passé sur la santé universelle », mais aussi « une vision pour la couverture sanitaire universelle d’ici à 2030 », s’est félicité à cette occasion le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres.

Intitulé « Couverture sanitaire universelle: Agir ensemble pour bâtir un monde en meilleure santé », ce texte, qui a été adopté au cours d’une réunion de haut niveau, engage également les États Membres à fournir des financement adéquats et durables pour appuyer les efforts déployés au niveau national pour atteindre la couverture sanitaire universelle, mais aussi à assurer, d’ici à 2030, l’universalité de l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive.

Pour le Secrétaire général, l’accès aux services de santé de qualité, à un coût abordable, apportant bien-être physique et mental et répondant aux besoins de chacun, est un droit international universel.  « Pourtant tristement, près de la moitié des habitants de la planète ne peuvent toujours par exercer ce droit international », a-t-il déploré, alertant que cela a des conséquences graves pour l’humanité tout entière. 

Il a vu dans l’adoption de cette Déclaration une réalisation très importante qui stimulera le progrès au cours de la prochaine décennie pour traiter des maladies transmissibles, notamment le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, mais aussi les maladies non transmissibles et la résistance aux agents antimicrobiens à travers des systèmes de santé de base robustes et résilients. « Investir dans la santé pour toutes et tous, c’est investir dans l’humanité et œuvrer pour le bien-être et la prospérité de chacun », a-t-il notamment déclaré.

Outre la prévention des maladies, le Président de l’Assemblée générale a appelé à mettre l’accent sur l’accessibilité aux médicaments et aux vaccins, s’inquiétant par ailleurs de l’impact de nouveaux phénomènes comme la résistance aux antibiotiques et l’émergence de superbactéries.  M. Tijjani Muhammad-Bande a également estimé qu’une véritable couverture sanitaire universelle ne pourra être réalisée qu’en améliorant les infrastructures de transport pour permettre aux malades d’accéder facilement aux centres de santé. 

Arguant que la couverture sanitaire universelle n’est pas seulement un impératif moral, mais aussi un impératif économique, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a souligné, pour sa part, que les problèmes d’accès aux soins ne sont pas le monopole des pays en développement et a appelé les États à augmenter de 1% du PIB les moyens consacrés aux soins de santé primaire.  « Si nous consacrons 200 milliards de dollars par an au niveau mondial à la santé primaire, 60 millions de vies seront sauvées chaque année et l’espérance de vie augmentera de 3,5 ans d’ici à 2030 », a affirmé le M. Tedros Adhanom Ghebreyesus.  « Et si nous ne changeons rien, cinq milliards de personnes n’auront toujours pas accès aux services sanitaires d’ici à 2030 », a-t-il prévenu.

Face aux appels du Secrétaire général à modifier d’urgence le modèle de financement dans la santé pour tous, le Président du Groupe de la Banque mondiale, M. David Malpass, a invité à réfléchir à de nouveaux modèles de financement, alertant que l’écart de financements des soins de santé dans les 54 pays les plus pauvres se situe toujours autour de 176 milliards de dollars annuels.  Mettant également en garde contre le coût « énorme » du « non investissement », ce dernier a d’ailleurs jugé essentiel de travailler avec le secteur privé en vue d’identifier de nouveaux modèles de financement du secteur de la santé.

De nombreux intervenants ont cependant récusé toute perspective de « privatisation » de la santé, à l’instar de la Championne de haut niveau pour la couverture sanitaire universelle et ancienne Première Ministre de la Norvège, Mme Gro Brundland, qui a insisté sur l’impératif des financements publics.  « Si nous laissons les soins de santé aux marchés, les pauvres en seront exclus », a-t-elle notamment prévenu.

Pour parvenir à un système de santé équitable et efficace qui réponde aux besoins des plus vulnérables, les gouvernements doivent donc, selon elle, faire en sorte que les ressources soient affectées de manière efficace.  Elle a également appelé à établir un consensus universel sur les financements progressifs de la santé. 

Outre les interventions liminaires, cette réunion de haut niveau était structurée autour de deux tables rondes, l’une consacrée à « La couverture maladie universelle en tant que moteur de l'équité, du développement inclusif et de la prospérité pour tous » au cours de laquelle il a été souligné que la couverture médicale universelle est une question éminemment politique.

La deuxième, qui avait pour thème « Accélérer l’action et les investissements multisectoriels et multipartites pour réaliser la couverture maladie universelle », a été marquée par l’intervention du PDG de Medtronic, une entreprise de technologie médicale, qui a prévenu que le « modèle » préconisé par la Déclaration politique n’est pas viable car il n’engage aucune responsabilité financière.  Il importe par conséquent, selon M. Omar Ishrak, de créer un système où les frais s’appuient sur la valeur de la prestation fournie au patient et qui permette de rembourser les parties prenantes, qu’il s’agisse des fournisseurs, des médecins ou d’organisations de technologie médicale.

RÉUNION DE HAUT NIVEAU - COUVERTURE SANITAIRE UNIVERSELLE

Déclarations liminaires

La séance a débuté avec l’adoption, par acclamation du projet de Déclaration politique sur la couverture sanitaire universelle, une adoption dont s’est félicité M. TIJJANI MUHAMMAD-BANDE, Président de la soixante-quatorzième session de l’Assemblée générale.  D’emblée, il a souligné que l’accès à la santé est un droit et non un privilège et a appelé les États Membres à faire tout leur possible pour que tous les pays du monde puissent réaliser la couverture sanitaire universelle d’ici à 2030 qui, a-t-il rappelé, est indispensable pour pouvoir réaliser les objectifs de développement durable.  « Nous devons mettre l’accent sur la prévention des maladies ainsi que sur l’accessibilité aux médicaments et à des vaccins » a-t-il insisté.  À cet égard, il a estimé que seule une coopération internationale robuste permettra aux pays de répondre aux besoins de la couverture sanitaire universelle.  Il a aussi mis l’accent sur le financement des soins de santé, ainsi que sur l’importance de la coopération entre États. 

M. Muhammad-Bande a indiqué que l’éradication de la variole reste un des plus grands triomphes de l’humanité, pour ensuite parler des solutions communautaires qui permettent plus de souplesse.  Il a aussi alerté que de nouveaux défis compliquent la situation, dont les changements démographiques, le vieillissement de la population, ainsi que l’impact des facteurs sociaux environnementaux sur la fourniture de soins de santé.  Le Président de l’Assemblée générale s’est particulièrement inquiété de nouveaux phénomènes comme la résistance aux antibiotiques et l’émergence de super bactéries, autant de phénomènes face auxquels, a-t-il souligné, il est urgent d’agir. 

Par ailleurs, M. Muhammad-Bande a estimé qu’une véritable couverture sanitaire universelle ne pourra être réalisée qu’en améliorant les infrastructures de transport pour permettre aux malades d’accéder facilement aux centres de santé.  Notant que l’adage « Mieux vaut prévenir que guérir est plus vrai que jamais », le président de l’Assemblée générale a conclu en insistant sur la nécessité de continuer à investir dans la recherche. 

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a déclaré d’emblée que l’accès aux services de santé de qualité, à un coût abordable, apportant bien-être physique et mental et répondant aux besoins des femmes et des hommes, des filles et des garçons, est un droit international universel. 

« Pourtant tristement, près de la moitié des habitants de la planète ne peuvent toujours par exercer ce droit international », a-t-il déploré, alertant que cela a des conséquences graves pour l’humanité tout entière.  Chaque année, ce sont quelque 100 millions de personnes qui s’enfoncent dans la pauvreté à cause de dépenses de santé exorbitantes.  Même lorsque des services de santé existent, a-t-il poursuivi, ils sont souvent inadaptés pour répondre à l’étendue des souffrances humaines.  Les conditions de santé mentale, négligées et stigmatisées depuis bien trop longtemps, sont un facteur d’angoisse indescriptible pour celles et ceux qui en souffrent et leurs proches.  « Cette injustice doit cesser », s’est impatienté le Secrétaire général. 

Il a également prévenu que des systèmes de santé dysfonctionnels posent des risques qui ne s’arrêtent pas aux frontières nationales.  « Investir dans la santé pour toutes et tous, c’est investir dans l’humanité et œuvrer pour le bien-être et la prospérité de chacun. » 

Selon le Secrétaire général, la couverture sanitaire universelle est un moteur de croissance économique pour les particuliers, les familles, les entreprises et les sociétés dans leur ensemble.  La santé est à la fois facteur et conséquence du progrès économique et social, a souligné le Secrétaire général, expliquant que c’est pour cela qu’elle est au cœur du Programme 2030 « une opportunité sans précédent d’agir sur les facteurs sociaux indispensables à la santé et au bien-être ».  Il a notamment expliqué que grâce à des systèmes alimentaires durables, une nourriture équilibrée et l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le Programme 2030 contribuera à prévenir des maladies. 

M. Guterres a estimé que la Déclaration politique est « non seulement l’accord le plus global jamais passé sur la santé universelle », mais aussi « une vision pour la couverture sanitaire universelle d’ici à 2030 ».  Il s’agit, a-t-il dit, d’une réalisation très importante qui stimulera le progrès au cours de la prochaine décennie pour traiter des maladies transmissibles, notamment le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, mais aussi les maladies non transmissibles et la résistance aux agents antimicrobiens à travers des systèmes de santé de base robustes et résilients.  Le Secrétaire général a expliqué avoir constaté le besoin pour de tels système de première main lorsqu’il s’était rendu en République démocratique du Congo où il a rencontré du personnel de santé et des patients touchés par Ébola.

Sous les applaudissements de la salle, M. Guterres a aussi attiré l’attention sur le fait que la Déclaration politique affirme la nécessité d’assurer l’accès universel à la santé sexuelle et reproductive.  Cela est essentiel pour protéger le bien-être et la dignité des femmes et des filles, a-t-il affirmé.

Constant ensuite que de nombreux pays doivent accélérer leurs efforts pour ne laisser personne de côté, le Secrétaire général a appelé à modifier d’urgence le modèle de financement et d’accélérer les investissements dans la santé pour tous.

Il a attiré l’attention sur l’appui que peut fournir l’ONU à travers le Plan d’action mondial pour des vies saines et le bien-être de tous, et l’initiative Toutes les femmes, tous les enfants.  Des partenariats multipartites seront nécessaires, mais c’est avant tout du leadership national que dépendra la réalisation de la couverture sanitaire universelle d’ici à 2030, a souligné M. Guterres.  « Votre présence ici confirme votre attachement à la cause, alors soyons les champions de la santé pour tous », a-t-il conclu. 

M. TEDROS ADHANOM GHEBREYESUS, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a expliqué qu’il s’était récemment rendu à plusieurs reprises en République démocratique du Congo (RDC) pour suivre l’évolution de la lutte contre Ebola.  Il a expliqué qu’il lui avait été reproché d’avoir mis l’accent sur Ebola, alors que le paludisme et la rougeole tuent plus de monde que cette maladie, pour ensuite arguer qu’Ebola mérite toute l’attention qu’on lui accorde car cette question est liée avant tout au problème de l’accès limité aux soins. 

Il a rappelé que les problèmes d’accès aux soins ne se limitent pas aux pays en développement, notant que de nombreuses personnes n’ont pas accès aux soins offerts dans des pays développés.  Illustrant son propos, il a raconté l’histoire d’un ami, diagnostiqué avec un cancer dans un pays développé, qui avait choisi de se laisser mourir en renonçant aux soins, plutôt que de risquer de dilapider les économies qu’il avait faites pour assurer l’avenir de sa famille.  « Cette triste réalité est la réalité pour des millions de personnes chaque jour », a-t-il déploré.  Et si nous ne changeons rien, cinq milliards de personnes n’auront toujours pas accès aux services sanitaires d’ici à 2030 » a-t-il prévenu. 

« Assurer une couverture sanitaire universelle n’est pas seulement un impératif moral, c’est aussi un impératif économique », a-t-il martelé avant de préciser que le monde dépense 7 500 milliards de dollars en matière de santé, soit 7% du PIB mondial.  Il a appelé à examiner si ces moyens sont bien utilisés, notant que trop de pays consacrent trop de moyens à la gestion des hôpitaux plutôt qu’à la prévention des maladies.  « Nous devons mettre l’accent sur la protection de la santé et pas uniquement sur l’acte de soigner la maladie », a-t-il dit avant d’appeler les États à augmenter de 1% du PIB les moyens consacrés aux soins de santé primaire. 

« Si nous consacrons 200 milliards de dollars par an au niveau mondial à la santé primaire, 60 millions de vies seront sauvées chaque année et l’espérance de vie augmentera de 3,5 ans d’ici à 2030, notamment parce que nous aurons sauvé les vies de nombreux enfants et de nombreuses femmes », a-t-il indiqué.  Notant que les pays les plus pauvres continueront d’avoir besoin du soutien des bailleurs de fonds internationaux pour pourvoir développer leurs programmes de soins de santé primaire, il a souligné l’importance que revêt la coopération internationale à cet égard. 

« Réaliser la couverture sanitaire universelle est un choix politique que vous pouvez faire » a-t-il lancé aux États Membres avant de les exhorter à développer un système sanitaire basé sur des soins de santé primaire robustes.  « Nous ne voulons pas la santé pour un petit nombre mais la santé pour tous, riches comme pauvres, urbains comme ruraux » a conclu le Directeur général de l’OMS pour qui « la santé est aussi un moyen de parvenir à la prospérité ». 

M. DAVID MALPASS, Président du Groupe de la Banque mondiale, a expliqué que le Groupe agit essentiellement dans le domaine de la couverture sanitaire universelle par le truchement de son Fonds pour les pays les plus pauvres qui, a-t-il précisé, est l’un des outils les plus importants pour financer les soins de santé dans ces pays, y compris des vaccinations.  Ce financement est essentiel mais est cependant loin d’être suffisant, a-t-il regretté, pour ensuite indiquer que l’écart de financement des soins de santé dans les 54 pays les plus pauvres est estimé à 176 milliards de dollars chaque année. 

Dès lors la Banque mondiale a identifié quatre domaines prioritaires d’intervention à commencer par l’augmentation des informations relatives aux soins de santé primaires abordables.  À ce sujet, M. Malpass a mis en garde contre le coût du « non-investissement » qui est « énorme » comme l’illustre le cas de la République démocratique du Congo (RDC) où la Banque mondiale s’est engagée à hauteur de 365 millions de dollars pour lutter contre Ébola. 

Il faut également miser sur l’octroi de soins de santé de qualité et abordables, a-t-il poursuivi, et il est essentiel de redoubler d’effort pour travailler avec le secteur privé en vue d’identifier de nouveaux modèles de financement du secteur de la santé.  À titre d’exemple, il a parlé de la collaboration de la Banque mondiale avec des institutions de santé privées pour la détection et l’élimination de la tuberculose.  Il a également évoqué le succès des plateformes de santé mobiles financées par le Groupe de la Banque mondiale qui devraient couvrir 10 millions de personnes sur les trois prochaines années.

Autre domaine prioritaire pour la Banque mondiale: l’amélioration de l’accès à la santé pour tous.  À ce sujet, M. Malpass a insisté sur la nécessité d’aider les communautés en améliorant aussi l’éducation, en créant des emplois et en améliorant les réseaux de santé au niveau national.

Pour le Président du Groupe de la Banque mondiale, il importe à présent de changer la façon dont on finance la santé, ce qui nécessite, à ses yeux, de mettre en conformité l’appui et les investissements.  Le leadership des pays est indispensable dans ce domaine puisqu’il s’agit d’assurer un avenir plus prospère et plus sain aux populations, a-t-il indiqué, précisant que la Banque mondiale est prête à travailler à leurs côtés.

Mme GRO HARLEM BRUNDLAND, Championne de haut niveau pour la couverture sanitaire universelle, ancienne Première Ministre de la Norvège, a déclaré que la mise en place d’une couverture sanitaire universelle est le meilleur moyen de réaliser les objectifs de développement durable liés à la santé.  Citant Nelson Mandela, elle a souligné que l’accès aux soins est un droit universel et ne peut dépendre des revenus.  « Si nous laissons les soins de santé aux marchés, les pauvres en seront exclus » a-t-elle prévenu avant de s’inquiéter des écarts observés au niveau mondial en matière de couverture sanitaire. 

« Si une leçon doit être retenue » a dit Mme Brundland, « c’est qu’on ne peut arriver à la couverture sanitaire universelle sans financements publics ».  Elle a appelé à établir un consensus universel sur les financements progressifs de la santé. 

Mme Brundland a ensuite regretté qu’il y a encore 35 ans, certains États développés faisaient pression sur les pays en développement pour qu’ils réduisent leur budget de santé.  « Cela a été une immense erreur, qui a contribué à priver des millions de personnes de soins » a-t-elle déploré.  « Priver une personne de soins est une violation des droits de l’homme », a-t-elle souligné, pour ensuite regretter que ces violations demeurent d’actualité dans trop de pays. 

Elle a exhorté les Chefs d’État à interdire la pratique consistant à demander aux malades de payer leurs soins.  Elle a cité en exemple l’initiative du Président du Kenya qui, grâce à une augmentation des financements publics, a mis en place la couverture sanitaire universelle dans quatre comtés du pays.  Elle a aussi parlé de l’expérience de l’Afrique du Sud « qui a appris que l’on ne peut pas parvenir à la couverture sanitaire universelle avec des assurances privées sur la base du volontariat ».  « Pour parvenir à un système de santé équitable et efficace qui réponde aux besoins des plus vulnérables, les gouvernements doivent faire en sorte que les ressources soient affectées de manière efficace », a-t-elle insisté.  Elle a appelé les États Membres à investir dans la santé afin de faire la couverture sanitaire universelle une réalité mondiale  

Table Ronde 1 – « La couverture maladie universelle en tant que moteur de l’équité, du développement inclusif et de la prospérité pour tous »

Cette première table ronde a permis aux intervenants de réaffirmer d’une part que la santé est un droit humain fondamental, et, d’autre part, que la couverture sanitaire universelle est le meilleur moyen de le garantir.  Pour y parvenir, l’impératif d’un leadership national a été souligné à maintes reprises, dans la mesure où la couverture médicale universelle est une question avant tout politique.  S’agissant du financement de ce système « couteux », il a été suggéré, entre autres, d’augmenter le budget de la santé publique par des recettes fiscales supplémentaires, de mettre sur pied un partenariat mondial à l’intention des pays en développement, mais aussi de solliciter les plus grandes fortunes.  L’idée d’un contrat social liant les pays à leur population a également été défendu à plusieurs reprises. 

Déclarations des coprésidents

Cette table ronde était coprésidée par Mme SHEIKH HASINA, Première Ministre du Bangladesh, qui a rappelé, dans un premier temps, que malgré les promesses faites dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030, la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux services de santé de base.  De même, environ 100 millions de personnes sont poussées dans l’extrême pauvreté chaque année à cause des dépenses de santé, et 800 millions d’autres consacrent au moins 10% ou plus de leurs revenus familiaux à des dépenses de santé.  Selon elle, l’égalité dans les services de santé peut être assurée à travers la couverture sanitaire universelle et en offrant des services de santé abordables et efficaces aux couches les plus pauvres de la société.  Mais pour ce faire, il faut mettre en œuvre des modèles de financement de la santé équitables, avec des mesures de protection sociale solides pour tous les membres de la société. 

Relevant que 90% des besoins sanitaires pourraient être réglés par des soins de santé primaires, Mme Hasina a estimé que l’établissement de systèmes de santé primaire solides doit donc être une priorité afin d’en faire la première ligne de défense contre les maladies transmissibles et non transmissibles.  Elle a également vu dans les soins de santé communautaires un moyen inclusif et efficace d’atteindre les gens vivant en marge.  Au Bangladesh, les autorités ont d’ailleurs établi 14 000 cliniques communautaires à travers le pays, chacune d’entre elles étant fréquentée en moyenne par 40 patients par jour, dont 90% sont des femmes et des enfants. 

Mme Hasina a cependant constaté que la mobilisation des ressources pour financer la couverture sanitaire universelle demeure un obstacle fondamental dans de nombreux pays.  De ce fait, elle a appelé à l’établissement d’un partenariat mondial efficace afin d’établir, pour chaque pays, une stratégie de financement pour les soins de santé.  Elle y a vu un outil important pour atteindre la couverture sanitaire universelle et, en définitive, les objectifs de développement durable d’ici à 2030.  Au Bangladesh, le Gouvernement a d’ailleurs établi un fonds d’affectation spéciale afin d’assurer un financement continu des soins de santé primaire aux populations. 

Lui emboitant le pas, l’autre coprésident de cette table ronde, M. PEDRO SÁNCHEZ, Président du Gouvernement espagnol, a lui aussi souligné que la santé est un droit humain fondamental, et que la couverture sanitaire universelle est le meilleur moyen de le garantir.  C’est également un outil fondamental pour avancer dans la réalisation d’autres objectifs du Programme 2030 comme l’élimination de la pauvreté, la réduction des inégalités et le développement inclusif, a-t-il dit.  Il a également vu un égalisateur social et un moteur de la redistribution des richesses, de la croissance économique, de la cohésion sociale, de la création d’emploi et de l’innovation. 

Toutefois, le chemin sera difficile pour atteindre cet objectif, a -t-il reconnu, tout en soulignant, à la lumière de l’expérience espagnole, que les bénéfices à tirer de la mise en place d’un système de couverture médicale universel, sont incalculables, que ce soit du point de vue social, économique ou politique.  Il a indiqué que l’Espagne s’est engagée sur cette voie depuis 1986, pour ensuite parler de l’impact négatif qu’a eu la crise économique de 2012 sur le système de couverture médicale en Espagne.  Mais « il n’a pas été question de revenir sur un droit qui est désormais considéré comme inaliénable par les Espagnols », et c’est pourquoi l’une des premières priorités de son Gouvernement a été, en 2018, le recouvrement de cette couverture.  « Les résultats de cette expérience sont évidents », s’est-il félicité, puisqu’aujourd’hui l’Espagne a la deuxième espérance de vie la plus longue au monde et l’un des systèmes de santé publique les plus accessibles, efficaces et de qualité.  Or, le financement de ce système ne représente pourtant que 6% de son PIB.

Déclarations des panélistes

Rappelant sa profession de médecin, Mme MICHELLE BACHELET, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a souligné que les sociétés saines sont indispensables au développement durable, un lien clairement réaffirmé dans le Programme 2030.  Cependant, s’est-elle inquiétée, près de la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux soins de santé de base: « elle lutte pour survivre ».  Reconnaissant que le coût reste un obstacle majeur à l’accès à la santé, Mme Bachelet a plaidé pour l’extension de la couverture sanitaire universelle, soulignant que la santé, ce n’est pas seulement l’absence de maladie mais aussi la possibilité de se réaliser et de travailler. 

« Le cadre du droit à la santé est une base fondamentale de la promotion de la couverture sanitaire universelle », a-t-elle poursuivi.  Elle a exigé que les lois et politiques garantissent l’égalité de tous les membres de la société, soulignant que l’accès à la santé sexuelle et reproductive en fait intégralement partie.  De nombreux pays œuvrent déjà à la mise en œuvre de la couverture sanitaire universelle, a remarqué Mme Bachelet, encourageant les autres États à intégrer des engagements contraignants dans leurs législations et politiques en vue de garantir ce droit à la santé à tous.

Mme MAHA TAYSIR BARAKAT, Présidente du Conseil d’administration du Partenariat « Faire reculer le paludisme », a souligné que les soins contre le paludisme devraient occuper une place majeure dans la couverture sanitaire universelle, car toutes les deux minutes, un enfant meurt des suites de paludisme.  Elle a indiqué qu’en 2016, 556 millions de dollars avaient été dépensés par des populations démunies pour se soigner, ce qui avait contribué à les appauvrir davantage.  Pour améliorer cette situation, elle a appelé à assurer l’accès aux soins de santé « de la naissance à la mort ».  Il faut aussi des soins de santé de qualité, a-t-elle souligné, indiquant que de nombreux pays manquent jusqu’aux médicaments les plus basiques.  Autre priorité: la disponibilité des personnels de santé bien formés et bien rémunérés.  Elle a aussi appelé à établir des mécanismes de préparation pour faire face aux catastrophes qui s’accompagnent souvent de flambée d’épidémies.  Elle a de plus estimé que la bonne gouvernance doit être de mise afin d’éviter la corruption au sein des systèmes de santé. 

« Dans un monde où il y a autant de richesses, méritons-nous d’avoir un milliard de personnes sans les moyens d’accéder aux soins de santé de base? », a demandé Mme WINNIE BYANYIMA, Directrice exécutive d’Oxfam International.  Comment peut-on accepter de vivre dans un monde où une personne riche à 25 années de plus d’espérance de vie qu’une personne pauvre?  Excédée par de tels constats, elle a appelé à rejeter les modèles de santé qui donnent la priorité au profit.  Elle s’est également opposée à toute mise en avant du secteur privé dans la médecine, alors que ce sont les soins de santé publics qui sont à même de garantir le succès d’une couverture sanitaire universelle.  Elle a appelé à assurer la gratuité des soins de santé pour tous, comme l’a fait la Thaïlande dès 2002.  Et le fait que ce pays n’est doté que de faibles richesses, comparées à un pays comme les Etats-Unis, prouve que cela est possible, a-t-elle affirmé.

Mme Byanyima s’est ensuite interrogée sur le fait qu’à l’heure actuelle, un enfant est vacciné à un coût 60 fois supérieur qu’en 2001.  Elle a fait observer que le mouvement de lutte contre le VIH/sida avait su démontrer ce qui est possible d’accomplir « quand on est uni contre l’industrie pharmaceutique ».  Dès lors, la Directrice d’Oxfam s’est félicitée des dispositions en faveur de la transparence des prix des médicaments prévues par la Déclaration politique adoptée aujourd’hui.  Elle a exhorté les gouvernements « à faire preuve de leadership en investissant dans les soins de santé publics pour tous », une demande qui a été accueillie par les applaudissements de la salle.

M. JEFFREY SACHS, Directeur du Centre pour le développement durable de l’Université de Colombia (États-Unis), a indiqué que sauver la vie des pauvres est devenu une question d’argent.  Il a expliqué que les pays pauvres ne peuvent financer seuls leur système de santé, et que cela se fait depuis fort longtemps.  Alors que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a besoin de 10 milliards de dollars pour financer son action, M. Sachs a rappelé que les 13 premières fortunes du monde sont évaluées à 1 000 milliards de dollars, avec des revenus annuels de plus de 50 milliards de dollars.  Avec le cinquième de leurs revenus annuels, ces super riches pourraient financer le fonds mondial, a-t-il commenté.  Il a également pointé les deux milliards de dollars dépensés chaque jour par le Pentagone, relevant que cinq jours de dépenses militaires des États-Unis pourraient de ce fait également constituer le budget annuel du Fonds mondial.  Il s’est insurgé de constater à quel point l’argent fait défaut, alors qu’il est pourtant bien disponible.  « Assez avec les fraudes fiscales et les paradis fiscaux.  Il faut sauver cinq millions d’enfants de la mort », a-t-il conclu sur un ton de colère. 

Débat interactif

C’est surtout l’immense défi éminemment politique que représente la couverture sanitaire universelle, que les intervenants du débat interactif ont mis en exergue.  Il n’y a pas de question plus politique que la couverture médicale universelle, a estimé la France, pour qui celle-ci revient en premier lieu aux gouvernements.  Il s’agit concrètement de transformer l’engagement pour la couverture sanitaire universelle en engagement politique sur le plan national, a indiqué le Ministre de la santé de la Slovaquie.  De son côté, l’Union interparlementaire a fait savoir qu’elle devrait adopter sous peu une résolution sur l’accès universel à la santé, « une première mondiale au niveau parlementaire ».

Appelant à considérer la santé comme un bien public universel, la Vice-Ministre de la coopération internationale de l’Italie a estimé, pour sa part, que cette question doit devenir l’une des priorités de la coopération multilatérale.  Appuyant ces propos, la Ministre de la santé de la Russie a insisté sur l’importance de la volonté politique nationale et de la coopération internationale, notamment pour ce qui est de l’accès aux médicaments à un coût abordable.  Des épidémies comme Ébola hantent la mémoire collective de la communauté internationale, mais ne doivent pas faire perdre de vue le fait que la lutte contre des maladies comme le VIH/sida, le paludisme ou la tuberculose exige aussi la solidarité mondiale, a-t-elle notamment estimé.

Déjà engagés sur la voie de la couverture sanitaire universelle, les Ministres de la santé de l’Uruguay et du Brésil ont insisté sur l’impératif de gérer efficacement les dépenses de santé publique, mais ont surtout défendu l’idée du contrat social qui les lie à leur population.  Il s’agit, à leurs yeux, d’un investissement avant tout économique et social mais aussi financier avec des retombées positives à court et long termes pour la société.  En misant sur une population en bonne santé, des pays comme la France, l’Italie, le Canada, la Russie ou la Slovaquie ont eux aussi souligné que ce n’est pas une logique de rentabilité privée qui permettra de réaliser le droit à la santé de tous, puisqu’il existe toujours d’énormes écarts entre riches et pauvres dans ce domaine. 

En Russie, l’adoption de la couverture sanitaire universelle il y a 90 ans s’est traduit par une augmentation de l’espérance de vie de plus de huit ans ces 20 dernières années, s’est enorgueillie la Ministre qui a également évoqué l’importance des projets nationaux de développement consacrés à la pharmacie et la médecine de pointe.  Alors que la réforme de la santé en Uruguay ne remonte qu’à 11 ans, elle s’est également traduite par une forte réduction des inégalités en termes d’accès et en une forte diminution de la mortalité infantile et maternelle, ainsi que des maladies transmissibles et non transmissibles. 

Le Ministre de la santé du Brésil a également défendu l’intérêt de la couverture médicale universelle par le coût énorme du « non-investissement » dans la santé, notamment pour ce qui est des maladies cardio-vasculaires ou liées au tabagisme, ou encore de la prévention et détection des cancers.  Il s’est d’ailleurs indigné du fait que des maladies comme la rougeole refassent surface au XXIème siècle dans des villes comme New York, et a fait un vibrant plaidoyer en faveur de la vaccination.  À l’instar de son homologue de Singapour, il a suggéré que le succès des politiques de santé publique axées sur l’universalité, l’intégralité et l’équité dépend en large mesure des investissements dans les structures de santé ainsi que dans la formation du personnel médical pour pouvoir assurer une présence partout sur le terrain.  Comme l’a résumé le Ministre du Canada, un système de santé universel doit être équitable, à l’abri de la discrimination et fournir des services de santé de qualité à tous.  Il s’agit d’un but progressif et chaque pays devra tracer sa propre voie, a-t-il dit. 

La Première Ministre du Bangladesh a parlé du succès des dispensaires communautaires établis dans son pays, et a expliqué que ceux-ci sont au premier plan des soins de santé de base et financés à la fois par le Gouvernement et un Fonds d’affectation spéciale.  Le Nigéria a lui aussi misé sur le développement du système de santé primaire, et, parallèlement, sur un élargissement de son assiette fiscale pour pouvoir financer les investissements dans la santé publique pour tous.

Réagissant aux commentaires de la salle, l’expert de Columbia University est revenu à la charge pour appeler au financement du Fonds mondial de lutte contre le paludisme, la tuberculose et le VIH/sida.  Il nous manque 17 milliards de dollars pour les trois années à venir, « alors par souci de pragmatisme, contactez les plus riches de ce monde, et mettez à profit ces mégamilliardaires », a proposé le panelliste, en estimant qu’il n’appartient pas qu’aux gouvernements de financer ces efforts de santé.

Tout en appuyant ce point de vue, la Haute-Commissaire aux droits de l’homme a insisté sur le rôle du leadership public national dans les politiques de santé.  Il revient aussi aux gouvernements d’assumer leurs responsabilités auprès de leurs propres populations, a-t-elle tranché. 

Allant dans le même sens, la Directrice exécutive d’Oxfam international a récusé toute privatisation de la santé et a appelé à taxer davantage les plus riches, individus et sociétés, afin de financer un système de couverture médicale universelle pour tous.  Reconnaissant cependant que même avec une imposition graduelle et en luttant contre la fraude fiscale, il y aura toujours des pays qui n’auront pas les moyens de financer leurs politiques de santé publique, elle a appelé à continuer à miser sur la solidarité internationale et à financer des initiatives multilatérales comme le Fonds mondial.

Table ronde 2 – « Accélérer l’action et les investissements multisectoriels et multipartites pour réaliser la couverture maladie universelle »

Cette deuxième table ronde de la journée a été l’occasion de mettre l’accent sur la dimension « multisectorielle et multipartite » des investissements pour garantir l’efficacité du système de santé indispensable pour parvenir à une couverture sanitaire universelle. 

Déclaration des coprésidents

M. ADOLFO RUBINSTEIN, Ministre de la santé de l’Argentine, a exhorté les pays à mobiliser davantage de ressources intérieures et institutionnaliser l’adoption de mesures multisectorielles pour parvenir à la couverture sanitaire universelle d’ici à 2030.  « Si la pauvreté produit des maladies, la mauvaise santé est aussi un moteur de la pauvreté » a-t-il ajouté, avant de rappeler que la dernière réunion du G20, tenue à Osaka, avait permis de rassembler des ministres de la santé et ministres de la finance pour discuter de la couverture sanitaire universelle.  « Pour convaincre nos homologues financiers d’investir, nous devons modifier nos façons de les aborder » a-t-il dit.  « Outre notre jargon médical, nous devons inclure les chiffres que les donateurs potentiels s’attendent à entendre pour pouvoir comprendre les rendements attendus. »  Mettant l’accent sur l’importance des partenariats, le Ministre de la santé a cité la mise en place, en Argentine, d’un programme de 650 millions de dollars, financé à part égale entre la Banque mondiale et le Gouvernement argentin, pour financer 13 lignes de soins prioritaires et 70 prestations prises en charge pour la première fois. 

À son tour, M. DON PRAMUDWINAI, Ministre des affaires étrangères de la Thaïlande, a déclaré que la couverture sanitaire universelle n’est pas seulement un rêve mais peut devenir une réalité si elle s’appuie sur trois piliers que sont l’équité, l’efficacité et la participation.  Il a expliqué que la couverture sanitaire universelle ne concerne pas seulement le secteur de la santé mais toutes les parties prenantes intéressées.  « Une population saine est un élément fondamental pour mener un pays vers la prospérité et la stabilité », a-t-il affirmé, avant de suggérer de permettre aux communautés locales de gérer leurs propres fonds en faveur de la santé.  Il a jugé que la participation multisectorielle est déterminante pour trouver des partenariats. 

Déclarations des panélistes

Mme HELEN CLARK, Présidente de « Partnership for Maternal, Newborn & Child Health », (Partenariat pour la santé maternelle, néonatale et infantile) a rappelé la référence que constitue l’adoption, en 1978, de la Déclaration d’Alma-Ata sur les soins de santé primaire.  Elle a souligné qu’investir dans la santé primaire permettrait de sauver 60 millions de vies et de réduire les inégalités entre les populations.  Par ailleurs, elle a jugé indispensable d’établir des partenariats pour parvenir à la couverture sanitaire universelle.  « Les partenariats sont au cœur de cet objectif », a-t-elle souligné.  Elle a aussi insisté sur la nécessité de nouer des dialogues entre différents secteurs, en prévenant de l’impact qu’auront les changements climatiques sur la santé des personnes.  Elle a aussi estimé que les partenariats peuvent améliorer la représentation et donner une voix aux personnes qui ont besoin d’être entendues.  « Les partenariats peuvent aussi nous aider à mettre en œuvre le principe de responsabilisation par rapport aux engagements pris » a-t-elle ajouté. 

M. OMAR ISHRAK, Président Directeur général de Medtronic, une entreprise de technologie médicale opérant dans 150 pays, a estimé que l’ONU a une idée remarquable, en vertu de laquelle chacun devrait avoir accès aux services sanitaires sans risquer d’encourir la faillite financière ou la pauvreté.  Cette déclaration onusienne demande avec raison que soit mis au point un modèle de paiement durable et cela passe par une infrastructure globale, du personnel qualifié et des hôpitaux bien équipés, a-t-il relevé.  Mais dans la plupart des cas, il n’y pas de responsabilité financière.  Ce modèle n’est donc pas viable, a-t-il tranché. 

De fait, a poursuivi M. Ishrak, si nous ne créons pas un système durable, la couverture sanitaire universelle ne verra pas le jour dans un grand nombre de pays.  Il importe par conséquent, a-t-il estimé, de créer un système où les frais s’appuient sur la valeur de la prestation fournie au patient et qui permette de rembourser les parties prenantes, qu’il s’agisse des fournisseurs, des médecins ou d’organisations comme Medtronic.  Il faut aussi qu’un partenariat efficace s’instaure entre les parties prenantes, a-t-il souligné, appelant également de ses vœux des résultats quantifiables permettant de comprendre les coûts auxquels sont confrontées ces dernières.  Pour ce faire, il est essentiel de pouvoir disposer des données appropriées, a relevé le PDG de Medtronic, appelant les pays en développement à bâtir leur système de santé de cette manière. 

Concrètement, a-t-il ajouté, Medtronic et le secteur privé peuvent aider à l’amélioration des approches thérapeutiques avec de nouvelles méthodes et permettre d’élargir l’accès aux soins en veillant à élaborer des produits novateurs.  Nous pouvons aussi mettre notre puissance technologique au service d’une plus grande efficacité des hôpitaux, a-t-il souligné.  Les défis devant nous sont immenses mais les opportunités sont plus grandes encore pour faire de la santé un moteur économique et non pas une charge financière. 

Mme NGOZI OKONJO-IWEALA, Présidente de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI), a présenté les buts de son organisation consistant à sauver la vie des enfants, protéger la santé des populations en élargissant l’accès à la vaccination dans les pays pauvres.  « Aucun investissement n’est plus rentable que l’investissement dans la vaccination » a martelé Mme Okonjo-Iweala avant de préciser que chaque dollar investi dans la vaccination rapporte 40 dollars à l’économie.  « Mais augmenter les dépenses nationales pour la santé ne suffit pas si nous ne garantissons pas l’efficacité de l’utilisation de ces moyens », a-t-elle tempéré.  Illustrant son propos, elle a cité un rapport de 2010 montrant que 6% des dépenses de santé sont perdues en raison de la corruption. 

M. KEIZO TAKEMI, Ambassadeur de bonne volonté de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur la couverture sanitaire universelle, s’est dit encouragé par le large soutien politique dont bénéficie la couverture sanitaire universelle au-delà du secteur de santé conventionnel.  Il s’est aussi déclaré ravi d’observer que la coopération étroite entre les autorités de la finance et de la santé, pour parvenir à la couverture sanitaire universelle, ait été mentionnée dans la déclaration politique de la réunion ministérielle du G20 à Osaka.  Il importe, par conséquent, que chaque pays développe sa propre feuille de route en la matière, en prenant en compte ce mouvement mondial, a-t-il souligné, espérant que ces discussions continueront de progresser lors du prochain G20 en Arabie saoudite. 

Évoquant ensuite sa propre expérience, le docteur Takemi a rappelé qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la tuberculose représentait le principal problème sanitaire au Japon.  Le pays a alors décidé de réaliser des investissements préventifs contre cette maladie à haut coût, en s’appuyant sur la ressource publique.  Cela a permis d’atténuer le poids financier des soins de santé et d’élargir graduellement la couverture sanitaire dans l’ensemble de la nation japonaise, a-t-il précisé, ajoutant qu’au bout du compte, la couverture sanitaire universelle a été atteinte au Japon en 1961.  Le cercle vicieux de la maladie et de la pauvreté a ainsi pu être contrecarré, le niveau de vie des Japonais s’est amélioré et la croissance économique a été au rendez-vous, s’est-il félicité, évoquant un « cercle vertueux » liant santé et croissance économique.  Selon lui, il convient pour les pays de prendre ce type de mesures à un stade précoce du développement économique afin de créer les infrastructures pour une croissance économique et un développement social durable. 

Pour le docteur Takemi, il est essentiel, pour parvenir à la couverture sanitaire universelle, d’établir un système de financement durable basé sur des fonds nationaux, avec le soutien stratégique de fonds externes.  Un autre défi est celui de l’accès insuffisant aux technologies de pointe dans le domaine sanitaire en raison de la disparité réglementaire entre les différents pays.  Pour y remédier, il a plaidé pour une harmonisation des règles en vigueur au niveau international.  Il a également appelé à un meilleur accès aux services de santé pour les personnes vulnérables afin de garantir une équité en matière sanitaire.  Mais pour que cette couverture sanitaire universelle devienne réalité d’ici à 2030, il est indispensable de mettre davantage l’accent sur le renforcement des systèmes de santé que sur les approches actuelles basées sur les pathologies, a-t-il insisté.  Il faut aussi des efforts multisectoriels, a-t-il plaidé. 

Dialogue interactif

Pour parvenir à un système sanitaire solide, les intervenants ont été nombreux à insister sur la nécessité d’un système de soins abordables, efficace et bien géré, mais aussi d’un accès aux médicaments et technologies médicales qui tienne compte des besoins des plus vulnérables.  L’importance d’un personnel de santé en nombre suffisant, bien formé et motivé a aussi été cité.

Faisant le lien entre santé et développement, plusieurs intervenants ont aussi souligné la pertinence d’investissements complémentaires.  « Les investissements dans la santé sont plus efficaces s’ils sont doublés d’investissements dans l’eau et l’assainissement » a expliqué la Présidente de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI).  Elle a aussi appelé à faire preuve de créativité fiscale en taxant l’alcool, le tabac et autres articles qui nuisent à la santé pour financer la couverture sanitaire universelle. 

« La conception des services est un processus inclusif qui inclut toute une collection de partenariats » a noté la Présidente de « Partnership for Maternal, Newborn & Child Health » avant d’appeler à des démarches prenant en compte les attentes des plus marginalisés, de la société civile et du monde professionnel.  Elle a également souligné que le monde aura besoin de 40 millions de personnels de santé supplémentaires d’ici à 2030, et a appelé à faire de la santé des femmes et des enfants une priorité. 

En la matière, la Ministre de la santé de la Sierra Leone a fait le lien entre « santé et éducation » pour éviter les mariages et grossesses précoces synonymes de mortalité maternelle.  En écho à cette intervention, le Royaume-Uni a mis l’accent sur les liens entre droits génésiques et santé, dénonçant le fait que 800 femmes meurent chaque jour en raison de complications liées à des grossesses non désirées.  Le Royaume-Uni a d’ailleurs mis en œuvre un programme visant à faire respecter les droits reproductifs dans les pays en développement et éviter cinq millions de grossesses non désirées chaque année jusqu’en 2025. 

De son côté, l’Ambassadeur de bonne volonté de l’OMS a estimé que réaliser la couverture sanitaire universelle n’est pas un objectif en soi, mais une étape pour garantir une société plus saine, en tenant compte des groupes socialement les plus défavorisés dont les handicapés, les migrants et les réfugiés.  Le PDG de Medtronic a appelé pour sa part à des résultats quantifiables sur les coûts de chaque intervention, prévenant dans la foulée que la couverture sanitaire universelle ne pourra se faire sans un modèle de paiement « reposant sur la responsabilité en fonction des résultats » 

En matière de financement, la Suède a qualifié les investissements publics d’indispensables pour réaliser l’objectif de la couverture sanitaire universelle, tout en appelant à des incitations aux investissements privés et à lutter contre la corruption.  Il ne faut pas pour autant négliger l’investissement dans la science et la technologie comme moyen d’améliorer l’accès aux services de santé, a opiné le Ministre des affaires étrangères de l’Estonie

« Avec un milliard de dollars d’investissements annuels dans les systèmes de santé, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme est le grand bailleur de fonds des systèmes de santé, s’est félicité son représentant, tandis que le Forum économique mondial a mis l’accent sur la contribution du service privé pour atteindre l’objectif de la couverture sanitaire universelle. 

Le représentant du Burkina Faso a, quant à lui, présenté l’expérience engagée par son pays depuis trois ans pour couvrir les soins de santé des femmes et des enfants de moins de 5 ans, estimés à 54 millions de dollars « Grâce à cet investissements public, les fonds des ménages ne sont plus la première source de financement des soins et se retrouvent dans le pouvoir d’achat », a-t-il expliqué. 

Dans la même veine, le Vice-Ministre de la santé de la Thaïlande a expliqué que les investissements dans la couverture sanitaire universelle avaient permis une augmentation considérable des revenus les plus faibles.  Même son de cloche du côté de l’Indonésie qui vise l’objectif de la couverture sanitaire universelle par une mobilisation des ressources nationales doublée de partenariats publics-privés pertinents afin de répondre aux besoins sanitaires des populations les plus marginalisées.  Le Nicaragua a expliqué que sa population bénéficie d’un système de santé gratuit grâce à une volonté politique au plus haut niveau, tandis que les Philippines se sont félicitées de l’adoption, il y a sept mois, d’une loi instaurant la couverture sanitaire universelle à l’échelon national. 

Déclarations de clôture

Les conversations d’aujourd’hui ont montré que nous voulons faire de ce qui aurait pu être « juste un slogan » une véritable stratégie, s’est félicité Mme Melinda Gates, coprésidente et mandataire de la Fondation Bill et Melinda Gates.  Forte de l’expérience de sa fondation, elle a cité les déboires d’une jeune femme enceinte en Afrique frappée du paludisme qui n’a pas pu être soignée, en dépit du fait qu’elle avait dépensé tout son argent à la recherche d’un diagnostic et de soins.  « Cette histoire est celle de millions de personnes confrontées à des systèmes de santé publics inefficaces », a dénoncé Mme Gates avant de plaider pour un monde dans lequel chacun pourrait être reçu par un professionnel de la santé et bénéficier d’un diagnostic fiable et de soins sans pour autant être ruiné.  C’est un monde qui se verrait doté de systèmes sanitaires primaires de qualité, a-t-elle affirmé, ajoutant qu’il s’agit là de la première étape sur la voie de la couverture sanitaire universelle.  Cette entreprise exige de la part des gouvernements de dépenser davantage pour la santé publique a-t-elle reconnu, « mais les soins primaires sont des investissements efficaces pour les gouvernements ».

Mme Gates a ensuite jugé irréaliste d’affirmer que tous les services de santé sont essentiels, et a conseillé aux responsables publics de fixer des priorités sur la base de données fiables.  Elle a noté que même si tout le monde a des perspectives un peu différentes, l’objectif final reste le même pour tous: une population en bonne santé. 

« Nous avons écrit l’histoire », s’est félicité M. TEDROS ADHANOM GEBREYESUS, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).  « Ensemble, nous nous sommes engagés à réaliser un monde où personne n’est exempté de service de santé de qualité parce qu’il ne peut se le permettre », a-t-il souligné.  Le Directeur général de l’OMS a notamment déclaré voir dans le Japon un « exemple frappant du potentiel de transformation que peut avoir cette couverture ».  Adoptée par ce pays alors qu’il était encore en reconstruction, la couverture sanitaire universelle est devenue le socle de la puissance économique du Japon, a-t-il souligné. 

Pour parvenir à terme à la couverture sanitaire universelle, il n’existe pas de solution unique, a poursuivi M. Gebreyesus.  Mais pour tous les pays, les soins de santé primaire doivent constituer le point de départ.  Il a également relevé que si la Déclaration politique appelle à une hausse des dépenses publiques en matière de santé, cela ne peut suffire.  Selon lui, promouvoir la santé et prévenir les maladies méritent le soutien de tous les secteurs: énergie, transports, commerce, agriculture et environnement, notamment.  De plus, il existe de nombreuses mesures juridiques, fiscales et réglementaires qui peuvent être prises pour aider à promouvoir la couverture sanitaire universelle. 

Toutefois, a-t-il tempéré, tout commence par un choix politique.  Car la santé est un droit humain fondamental, une fin en soi et un outil du développement.  En ce sens, a-t-il ajouté, la Déclaration politique adoptée aujourd’hui est « puissante », même si « aucune maladie ne peut être prévenue par une simple déclaration ».  Soulignant que l’engagement des États ne veut rien dire tant qu’il n’est pas traduit dans la réalité quotidienne des personnes, il a appelé à agir avec un sentiment d’urgence, rappelant que l’objectif principal de l’OMS est d’aider les pays à transformer leur système de santé pour parvenir à un monde « plus sain et plus juste ».      

Lui emboitant le pas, le Premier Ministre du Japon, M. SHINZO ABE, s’est félicité de l’élan impulsé par le Groupe des amis de la couverture sanitaire universelle (CSU)à la réunion d’aujourd’hui.  Rappelant que le Japon avait opté pour la CSU au lendemain de la guerre, le Ministre a indiqué que cette initiative se traduit aujourd’hui par une société vieillissante en bonne santé.  Pourtant, près de la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux soins de santé de base, a regretté M. Abe avant de mettre l’accent sur l’importance de la prise en main nationale de la couverture sanitaire universelle.  Il a indiqué que le Japon apporte une assistance aux pays à cette fin et cherche par ailleurs à promouvoir une démarche intersectorielle ainsi que la coopération avec le secteur privé dans ces efforts. 

M. Abe a aussi insisté sur l’importance d’assurer un financement adéquat de la couverture sanitaire universelle dans les pays en développement, mais aussi d’établir un cadre de suivi et de reddition de comptes.  Le Sommet sur la nutrition, qui se tiendra à Tokyo en 2020, est un premier rendez-vous pour cela.  Concluant, le Premier Ministre du Japon a déclaré que la Déclaration politique entérinée aujourd’hui représente un grand pas en avant.

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