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AG/12163
16 Juillet 2019
Soixante-treizième session, 99e séance plénière – après-midi

Assemblée générale: Appels à davantage de financements pour concrétiser la promesse du Programme d’action du Caire sur la population et le développement

L’Assemblée générale a célébré, aujourd’hui, le vingt-cinquième anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), qui a eu lieu au Caire du 5 au 13 septembre 1994, avec la participation de 179 États.  Pour l’occasion, les intervenants ont mis en avant le fait que cette Conférence a marqué un « véritable tournant » dans l’approche des questions du développement et réclamé systématiquement plus de financements pour la mise en œuvre complète de son Programme d’action.

À l’époque, l’idée de la Conférence avait suscité une polémique car, pour la première fois, l’on parlait de garantir aux femmes et aux filles un accès sûr à des soins de santé reproductive, y compris la planification familiale, dont l’avortement thérapeutique.  Le Programme d’action du Caire avait également établi une corrélation entre l’émancipation des femmes, dont leur intégrité physique et le droit de choisir le moment et l’espacement des grossesses, et le développement.

En 25 ans, on a avancé dans la parité, a reconnu aujourd’hui le Secrétaire général de l’ONU.  L’autonomisation des femmes a contribué à améliorer leur accès à la santé et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a fait beaucoup contre le mariage précoce et les mutilations génitales féminines.  En 25 ans, a embrayé la Présidente de l’Assemblée générale, nous avons réussi à réduire de 44% le taux de mortalité maternelle depuis 1990.  Mais, a nuancé Mme María Fernanda Espinosa Garcés, « si on est une femme, une personne âgée, handicapée, rurale, autochtone et appartenant à une minorité, il est fort probable que l’on n’ait pas bénéficier des acquis des 25 dernières années ».

La violence, a ajouté M. António Guterres, affecte encore 3 femmes sur 5 dans le monde, voire plus dans certaines régions.  Chaque jour, plus de 500 femmes ou filles meurent en couche et l’on assiste à un recul dans l’exercice des droits sexuels et reproductifs.  Dans les pays comme dans les fora internationaux, les politiques en la matière sont « sous pression » alors même que des millions de filles sont forcées au mariage ou subissent des violences.  « C’est intolérable », s’est impatientée la Ministre de l’enfance et de la jeunesse de l’Irlande, Mme Katherine Zappone.  Née il y a 25 ans dans le village de Nakuru, au Kenya, Mme Banice Mbuki Mburu, de la Coalition des organisations de la société civile africaine sur la population et le développement, a décrit le sort de sa meilleure amie, Nyaguthii, mariée de force alors qu’elle était encore une enfant.

Devant cette victime de la violence et des grossesses multiples, Mme Mbuki Mburu a plaidé pour une éducation sexuelle complète.  « Nous n’atteindrons pas les objectifs de développement durable si les filles sont précocement mères, victimes de violence et sans éducation ni emploi », a-t-elle averti.  « Nous attendons encore le jour où l’on sera en mesure de célébrer une reconnaissance universelle du droit au choix, à la santé et à la sécurité pour les femmes et les filles », a constaté la Norvège.  Les générations futures devraient nous considérer comme la génération qui a mis un terme aux discriminations à l’égard des vulnérables, a renchéri Israël.

Nous devons, a pressé le Secrétaire général de l’ONU, traiter, de manière systématique, de la corrélation entre développement, population et droits de l’homme.  Il faut par-dessus tout réexaminer nos modes de consommation pour les ajuster, compte tenu de la lutte contre les changements climatiques et de la promotion d’une meilleure gestion urbaine.  Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières est important, à cet égard.  Le Programme d’action du Caire a d’ailleurs été un des premiers accords internationaux à mettre en avant les défis et les opportunités de la migration pour le développement, a confirmé la Sous-Secrétaire générale au Département des affaires économiques et sociales, Mme Maria-Francesca Spatolisano.

Mais aujourd’hui encore, une personne sur 10 vit encore dans une pauvreté extrême, les inégalités ne cessant de s’approfondir, a prévenu la Présidente de l’Assemblée générale.  Elle a aussi mis l’accent sur l’ampleur et le rythme bien supérieurs à ce que l’on imaginait en 1994, des changements démographiques, technologiques, industriels et de mobilité humaine.  Les laissés-pour-compte et tous ceux qui se heurtent encore aux obstacles des injustices et des inégalités ont été mis sur le devant de la scène par la Directrice exécutive du FNUAP.  Mme Natalia Kanem a établi le lien entre une bonne mise en œuvre du Programme d’action du Caire et le succès des 17 objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Avec le Programme 2030, la Déclaration de Beijing sur les femmes et le Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement, le Programme d’action du Caire est l’instrument de l’élimination de la pauvreté et de la protection, du respect et du plein exercice des droits de l’homme, ont estimé le Groupe des 77 et la Chine.

« Zéro grossesse non désirée, zéro mutilation génitale et zéro violence à l’égard des femmes », a scandé la Directrice exécutive du FNUAP pour rappeler que dans la capitale égyptienne, les États s’étaient mis d’accord pour dire que les femmes et les filles doivent disposer librement de leur corps.  « Il faut faire ce qu’il faut », a-t-elle plaidé, en disant attendre des engagements financiers fermes au Sommet du vingt-cinquième anniversaire du Programme d’action du Caire qui aura lieu à Nairobi, le novembre 2019.  Il nous faut 40 milliards de dollars et c’est un choix sensé, car ce n’est que trois porte-avions.  Le Sommet de Nairobi, a insisté la Ministre irlandaise de l’enfance et de la jeunesse, est une occasion unique d’obtenir les engagements financiers et politiques cruciaux pour la population et le développement, et de mettre l’égalité au centre de toute action pour élargir les choix et éliminer la violence. 

Le financement du Programme d’action du Caire n’a cessé d’être en-deçà des besoins, a confirmé le Groupe des 77, appelant à renforcer le soutien financier et technique aux pays en développement.  Au cours du semestre écoulé, a rappelé l’Union européenne, nous avons débloqué une somme de 1,5 milliard d’euros pour des programmes de santé dans 17 pays, dont la santé reproductive, sexuelle, maternelle, néonatale et celle des enfants et des adolescents.  Le nouveau programme « EU-ONU Spotlight » est une autre initiative qui engage 500 millions d’euros à l’élimination de la violence à l’encontre des femmes et des filles.  Le Consensus européen pour le développement crée, pour sa part, un nouveau cadre de travail pour l’assistance au développement, aligné de façon cohérente avec le Programme 2030 et celui d’Addis-Abeba, a encore indiqué l’Union européenne.

Les partenaires au développement doivent dépasser le statu quo, a encouragé la Ministre de la santé et de la population de l’Égypte, Mme Hala Zayed, qui a plaidé pour un financement accru de la planification familiale.  « N’abandonnons pas le navire », a-t-elle lancé aux donateurs et autres parties prenantes.  Partons pour un développement qui a « le visage et l’âme des femmes », a clamé la Vice-Présidente du Costa Rica, Mme Epsy Campbell Barr. 

La Présidente de l’Assemblée générale n’a pas manqué de saluer la présence de Mme Thoraya Ahmed Obaid, ancienne Directrice du FNUAP, « chantre inlassable » de la mise en œuvre du Programme d’action du Caire et « modèle » pour l’autonomisation des femmes.

La réunion n’a pas échappé aux polémiques.  L’Arménie a répondu à l’Azerbaïdjan qu’elle souhaite en effet participer à des négociations ouvertes sans politisation.  Or, l’Azerbaïdjan a fait fi de cette règle. Les Arméniens, a-t-elle rappelé, ont recueilli plus de réfugiés que l’Azerbaïdjan.  Depuis 1988, lorsque les premières vagues de réfugiés sont arrivés, plus de 400 000 réfugiés ont eu accès aux logements et à la garantie de leurs droits et libertés fondamentales.  Or, les quelque 37 000 personnes qui se sont réfugiées dans le Nagorno-Karabakh voient leurs droits bafoués au quotidien.  L’Azerbaïdjan a dit avoir participé au débat pour informer de ses succès et de ses revers.  Il a parlé des réfugiés et du déni de leurs droits fondamentaux à cause de la guerre et les violations graves commises par l’Arménie qui n’a certainement pas de leçons à donner aux autres.  Pourquoi politiser le vingt-cinquième anniversaire du Programme d’action du Caire, s’est demandé l’Arménie, en rejetant les déclarations infondées de l’Azerbaïdjan.  Des organisations internationales et régionales ont fait état de violations des droits, a rétorqué l’Azerbaïdjan, qui a accusé l’Arménie de vouloir imposer le statu quo.

La Fédération de Russie a, pour sa part, regretté que l’Ukraine n’ait pu, encore une fois, résister à la tentation de politiser le débat, en présentant un tableau qui ne correspond nullement à la réalité.  Elle a dénoncé les exactions de Kiev contre sa propre population après le coup d’État de 2014.  Concernant la Crimée, elle a déclaré que cette question a été réglée par les habitants eux-mêmes, conformément aux règles internationales.  Elle a enfin dénoncé le blocus terrestre et fluvial et les mesures criminelles prises par les autorités ukrainiennes contre leur population.

L’Assemblée générale poursuivra la réunion de haut niveau le mercredi 17 juillet, à partir de 10 heures.

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