Audience interactive à l’Assemblée générale dans le cadre des préparatifs de la Réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle

AG/12142
29 avril 2019
Soixante-treizième session, Audience interactive multipartite, Matin

Audience interactive à l’Assemblée générale dans le cadre des préparatifs de la Réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle

La salle de l’Assemblée générale bruissait, ce matin, d’échanges animés entre des centaines de participants à l’« audience interactive multipartite », prémices de la Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur la couverture sanitaire universelle qui aura lieu le 23 septembre prochain, à New York, et débouchera sur une déclaration politique « concise et pragmatique ». 

S’adressant aux 600 représentants d’organisations de la santé publique, de la société civile, de fondations, du milieu universitaire et du secteur privé, la Présidente de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale, Mme María Fernanda Espinosa Garcés, a dit s’attendre à ce que cette audience interactive conduise à une « riche discussion, avec diverses perspectives, expériences, études de cas, bonnes pratiques et leçons apprises ». 

Elle a exprimé sa conviction que cette participation appuiera grandement les États Membres dans les préparatifs de la Réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle, organisée conformément à la résolution 73/131 de l’Assemblée. 

Ce texte, adopté le 13 décembre 2018, rappelle que l’accès à cette couverture est inclus dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030, selon lequel une telle couverture doit comprendre une « protection contre les risques financiers » et donner « accès à des services de santé essentiels de qualité et à des médicaments et vaccins essentiels sûrs, efficaces, de qualité et d’un coût abordable ».

« Lorsque que l’on me demande de citer en exemple l’une des plus grandes réussites de l’ONU, je me retrouve souvent à parler de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) », a déclaré Mme Espinosa à l’ouverture de l’audience interactive, en mettant en avant le succès de l’éradication de la variole.  Elle a aussi évoqué la réduction significative des nouvelles infections par le VIH, et les progrès accomplis dans le combat contre le paludisme et la tuberculose. 

Les pressions exercées et les campagnes en faveur de la couverture sanitaire universelle et du renforcement des services de soins primaires ont ainsi culminé dans l’adoption de l’objectif de développement durable numéro 3, a expliqué Mme Espinosa.  Cet objectif est selon elle crucial pour l’ensemble du Programme 2030 mais c’est aussi celui qui pose le plus de défis. 

La Présidente de l’Assemblée générale n’a pas manqué de rappeler que presque la moitié de la population mondiale n’a pas accès aux services de santé de base et que, chaque année, le manque de ressources dans ce domaine pousse plus de 100 millions de personnes dans la pauvreté extrême.  « Ces personnes sont ainsi forcées à faire des choix que nul ne devrait avoir à faire: dois-je acheter des médicaments ou de la nourriture?  Éducation ou traitement? », a déploré la Présidente.

Elle a aussi jugé « totalement inacceptable et très affligeant » que les femmes et les filles souffrent de manière disproportionnée du manque d’accès à la santé sexuelle et reproductive et à d’autres services de base, tout comme les personnes handicapées, les autochtones, les minorités et les personnes vivant en milieu rural.  L’impact au niveau macroéconomique des mauvais services de santé est énorme, a-t-elle encore asséné, en évoquant les milliers de milliards de dollars annuels perdus en termes de productivité.  Le paludisme à lui seul coûterait aux pays africains environ 12 milliards de dollars par an.  « La santé est la véritable richesse », a résumé la Présidente de l’Assemblée générale. 

Mme Espinosa a fait remarquer que les services de santé contribuent également à la réduction de la mortalité en temps de conflit et au cours des processus de consolidation de la paix, en ce qu’ils peuvent réduire les risques, présents et futurs, de la mobilité humaine, tout en minimisant l’instabilité durant les épidémies.  La flambée d’Ebola en 2014 en Afrique de l’Ouest a aussi bien montré l’importance de systèmes de santé robustes et inclusifs, a-t-elle encore souligné, en rappelant que « la santé est un droit de l’homme », ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.  Il est essentiel à la jouissance de tous les autres droits de l’homme. 

À son tour, Mme Maria Luiza Ribeiro Viotti, Chef de cabinet du Bureau exécutif du Secrétaire général, a souligné combien les discussions d’aujourd’hui seront déterminantes dans la préparation de la Réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle.  Les progrès ne seront multipliés que lorsque tous les enfants disposeront des soins dont ils ont besoin là où ils se trouvent.  « Il faut avoir accès au traitement au bon moment, au bon endroit et au bon prix », a-t-elle insisté, soulignant que la couverture de soins de santé primaires est la clef de voûte de tout système sanitaire, y compris pour les réfugiés et les migrants.  Elle a espéré que l’audience interactive favoriserait l’appui politique au plus haut niveau en faveur d’une couverture sanitaire universelle. 

S’adressant à l’audience par vidéoconférence depuis Goma (République démocratique du Congo), le Directeur général de l’OMS, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est réjoui du grand nombre de participants à l’audience interactive.  Il a tout d’abord rendu hommage au docteur Richard Mouzokou, épidémiologiste et spécialiste de l’Ebola, assassiné le 19 avril à Butembo lors d’une attaque contre une équipe qui gère la riposte contre Ebola.  Avec d’autres collègues, feu Mouzokou devait à nouveau travailler sur l’épidémie d’Ebola. 

Le Directeur de l’OMS a exhorté les responsables politiques à faire davantage pour en finir avec ce virus, avant d’appeler la communauté internationale à combler les lacunes financières pour accélérer le rythme et parvenir aussi vite que possible à la couverture sanitaire universelle.  Lorsque les soins de santé primaires existent, les familles et les communautés sont autonomisées d’une manière qui va au-delà de la santé pour favoriser le développement, a-t-il observé.  En revanche, sans une telle couverture, les dépenses extraordinaires de santé ruinent trop de familles. 

Faisant référence à la réunion anniversaire de la Conférence d’Astana (Kazakhstan) sur la santé, le docteur Tedros a rappelé qu’une couverture sanitaire universelle permettrait d’affirmer concrètement que la santé est un droit universel: chacun doit avoir accès à tous les soins de santé, y compris palliatifs, durant tous ses cycles de vie. 

L’accès universel à la couverture sanitaire est « un droit fondamental », a renchéri le Coprésident du Partenariat mondial pour la couverture sanitaire universelle (CSU2030), le docteur Githinji Gitahi.  Il ne s’agit pas uniquement de « santé » mais aussi de « sécurité, stabilité et prospérité », a-t-il martelé, avant de renvoyer à une liste énumérant le « strict minimum » à adresser aux dirigeants politiques en vue d’une couverture universelle à tous les stades.  Le but est que chacun ait accès à des services de santé de qualité sans avoir à trop dépenser. 

Le docteur Gitahi a en outre appelé à créer un cadre juridique réglementaire fort pour accélérer l’accès aux soins de santé.  « Peu de choses dans la vie méritent d’avoir plus en termes de législation », a-t-il tranché, demandant en outre des mécanismes multipartites pour créer des plateformes permettant à la société civile, au secteur privé et aux organisations de tous bords de participer effectivement au dialogue en vue de protéger les membres les plus vulnérables de la société humaine.  « Nous sommes les voix des personnes qui ne se trouvent pas dans cette salle », a encore encouragé M. Gitahi. 

Après avoir mentionné qu’elle avait été diagnostiquée d’une maladie oculaire il y a une semaine, la docteur Alaa Murabit, Mandataire mondiale pour les objectifs de développement durable, s’est enorgueillie du système de couverture sanitaire canadien qui lui a permis d’être traitée rapidement et sans être ruinée, contrairement à ce qui aurait pu se passer « dans le pays voisin » dans un cas semblable. 

« L’absence de soins de santé de base équivaut à une violation des droits de l’homme », a-t-elle déclaré sans ambages.  Elle a ensuite plaidé en faveur de quelque 2,8 millions d’enfants réfugiés n’ayant aucune protection sanitaire.  « En tant que communauté mondiale, nous ne faisons pas ce qu’il faut pour les apatrides, les torturés et les personnes disparues », a poursuivi la docteur Murabit, appelant ensuite à « quitter le champ de bataille et à dépolitiser les droits de l’homme ». 

Il relève de la responsabilité des gouvernements, de la société civile et des entreprises de garantir à chacun des soins de santé, et « pas seulement ceux qui ont les mêmes passeports ou frontières que nous », a-t-elle déclaré.  « La couverture sanitaire universelle signifie que la valeur humaine ne saurait être mesurée. »  

Une survivante de l’Ebola au Nigéria, la docteur Adaora Okoli, qui se consacre désormais à faire part de son expérience, a abondé dans le même sens.  Elle a témoigné qu’en tant que médecin à Lagos (Nigéria), elle avait contracté le virus avec sept autres collègues en soignant les malades.  Elle a constaté que le mauvais état ou l’absence de structures de santé primaires avait favorisé la propagation rapide de l’épidémie, de même que la pauvreté.  « Une nation en bonne santé est une nation riche », a-t-elle estimé, insistant pour que la couverture universelle soit prioritaire.

Les participants à l’audience interactive ont ensuite pris part à trois tables rondes, la première étant chargée d’examiner la couverture sanitaire en tant que moteur pour le développement et la prospérité.  Les deux autres portaient sur les thèmes suivants: « Ne laisser personne de côté - la couverture sanitaire universelle en tant qu’engagement envers l’équité » et « Les mesures et investissements multisectoriels et multipartites pour la couverture sanitaire universelle ».  Les facilitateurs de cette audience étaient les Représentants permanents de la Géorgie et de la Thaïlande

La Réunion de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle, le 23 septembre, aura lieu la veille de l’ouverture du débat général de la soixante-quatorzième session de l’Assemblée générale et aura pour thème « Couverture sanitaire universelle: Progresser ensemble sur la voie d’un monde plus sain ». 

 

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.