Assemblée générale: le renouveau du multilatéralisme passe par la réforme des organisations internationales

AG/12140
24 avril 2019
Soixante-treizième session, 78e & 79e séances plénières, matin

Assemblée générale: le renouveau du multilatéralisme passe par la réforme des organisations internationales

Une soixante de délégations a commémoré aujourd’hui, pour la première fois, à l’Assemblée générale la « Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix » proclamée dans la résolution* du 12 décembre 2018.  La conclusion des débats a été que le renouveau du multilatéralisme passe par la réforme des organisations internationales et en premier lieu, des Nations Unies.

La Journée internationale, qui sera célébrée tous les ans le 24 avril, doit permettre de promouvoir les valeurs de l’ONU, de réaffirmer la confiance des peuples dans les buts et principes énoncés dans la Charte et l’importance et la pertinence du multilatéralisme et du droit international.  Elle doit aussi permettre de progresser vers la réalisation de l’objectif commun consistant à parvenir à une paix pérenne et durable par la diplomatie.

Dans un message lu par sa Chef de Cabinet, Mme Maria Luiza Ribeiro Viotti, le Secrétaire général estime que le fait même que l’on ait eu besoin de proclamer cette Journée internationale en dit long sur la situation actuelle de « notre projet commun » de coopération internationale.  La Journée internationale tombe à un moment où les efforts multilatéraux sont mis à l’épreuve par les conflits non réglés, les changements climatiques et les inégalités croissantes dans le monde.  Les nouvelles technologies, constate aussi le Secrétaire général, sont devenues une source potentielle de perturbations sur le marché du travail, pour la cohésion sociale et la jouissance de nos droits.

Nous vivons une situation « paradoxale » où les défis mondiaux sont de plus en plus connectés, alors que nos réponses sont de plus en plus fragmentées.  La confiance dans les gouvernements et les organisations internationales s’érode et les populismes et nationalismes se multiplient.  Nos peuples, a déclaré la Présidente de l’Assemblée générale, aspirent à une gouvernance mondiale inclusive.  Pour y parvenir, Mme María Fernanda Espinosa Garcés a jugé qu’il faut apprendre à mieux communiquer avec les personnes qui se trouvent en dehors « de notre enceinte ».  Nos citoyens, ont renchéri les Pays-Bas, attendent des solutions aux problèmes transfrontaliers comme le terrorisme et les migrations non régulières ».  Ils réclament un commerce équitable, le développement durable et le respect des droits de l’homme. 

L’absence de résultats, comme en Syrie, ont argué les Pays-Bas, n’est pas la faute de l’ONU mais celle de ses États Membres qui ne parviennent pas à se mettre d’accord.  Des organisations comme l’OTAN, l’Union européenne, l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) sont autant d’outils pour démultiplier notre capacité collective à régler les problèmes mondiaux.  Si elles n’existaient pas, il faudrait les inventer.

Mais aujourd’hui, a dénoncé la Fédération de Russie, on voit des États se retirer des accords signés, occuper d’autres pays, manipuler grossièrement le Conseil de sécurité et affaiblir, par exemple, l’accord sur le nucléaire iranien.  Ces agissements soutenus par une interprétation libre des règles agréées menacent le système international.  Le délitement du multilatéralisme, a poursuivi le Gabon, se traduit par l’émergence d’un système dominé par l’État-nation et par des actions menées de manière unilatérale.  Ce système qui favorise le repli sur soi est déjà perçu par certains comme une alternative viable.  Pourtant, aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut résoudre seul les problèmes auxquels nous sommes confrontés, ont dit en chœur les délégations.

Le multilatéralisme n’est pas une menace à la souveraineté nationale.  Bien au contraire, c’est l’une des voies pour relever les problèmes communs dans l’interdépendance et garantir l’égalité souveraine des États, a plaidé à son tour le Ministre des relations extérieures du Venezuela, M. Jorge Arreaza Montserrat, dont l’apparition à la tribune a poussé plusieurs délégations à quitter la salle.  On ne peut pour autant ignorer les sceptiques, met en garde le Secrétaire général dans son message.  Il ne suffit pas de proclamer les vertus du multilatéralisme; il faut encore prouver sa valeur ajoutée.

Il va falloir « repenser, réformer et renforcer » le système multilatéral, a acquiescé l’Inde.  La réforme est cruciale pour faire de l’ONU une organisation pertinente, à la hauteur de ses objectifs et ayant un impact réel dans les pays.  La réforme doit aussi toucher le Conseil de sécurité car l’ONU doit être plus proche des gens avec une action orientée vers des résultats visibles, a précisé l’Indonésie.  L’Allemagne n’a pas dit autre chose, exhortant au « changement des règles du jeu ».  « Le vote ou le veto? » a ironisé Djibouti.

Il nous faut, conclut dans son message le Secrétaire général, un multilatéralisme de réseau, avec une coopération étroite entre les organisations internationales et régionales, y compris les banques de développement.  Il nous faut un multilatéralisme inclusif, ancré dans des partenariats avec le monde des affaires, la société civile, les parlements, le milieu universitaire et le monde de la philanthropie, en n’oubliant aucune partie prenante et encore moins les jeunes.

L’Assemblée générale achèvera son débat demain, jeudi 25 avril, à partir de 10 heures.

*A/RES/73/127

RÉUNION PLÉNIÈRE DE HAUT NIVEAU EN VUE DE CÉLÉBRER ET PROMOUVOIR LA JOURNÉE INTERNATIONALE DU MULTILATERALISME ET DE LA DIPLOMATIE AU SERVICE DE LA PAIX

Déclarations

Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA GARCÉS, Présidente de l’Assemblée générale, a souligné son immense « privilège » de présider la première édition de la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix.  Elle a tenu à saluer le Mouvement des pays non alignés et tous les États Membres pour leur concours à l’organisation de cette Journée internationale.

Mme Espinosa a articulé autour de trois axes et d’abord sur les défis mondiaux et les défis du multilatéralisme.  Dans cette même assemblée, a-t-elle rappelé, nous avons entendu dire que le multilatéralisme est remis en question et que nous faisions face à un manque de confiance dans les institutions en général et dans notre Organisation en particulier, dans un monde de plus en plus polarisé, fragmenté et confronté à des conflits et à des problèmes en nombre, qu’il s’agisse de la faim, des crises humanitaires, des changements climatiques ou du terrorisme.

Ce tableau comprend aussi la résurgence des nationalismes extrêmes qui remettent en question la validité et l’existence même d’un ordre international fondé sur des règles.  Les défis supranationaux et multidimensionnels se sont multipliés.  Aucun pays par exemple ne peut échapper aux effets dévastateurs des changements climatiques, une menace existentielle pour l’humanité et la planète.  Le monde compte aussi 650 millions de personnes qui vivent dans une pauvreté extrême et plus de 821 millions qui souffrent de la faim.  Dans tous les pays, les femmes continuent de subir de multiples formes de discrimination et de violence alors que les tensions et les conflits géopolitiques n’ont pas disparu, que les guerres continuent de tuer des innocents et que le terrorisme persiste, sans frontière ni nationalité.

La Présidente n’a pas manqué d’exprimer une nouvelle fois sa tristesse et sa solidarité avec le Gouvernement et le peuple sri-lankais et a voulu leur dédier cette Journée internationale ainsi qu’à toutes les victimes de la violence.  Nos peuples, a-t-elle poursuivi, aspirent à une gouvernance mondiale inclusive et c’est la raison pour laquelle « rapprocher l’ONU des peuples et les peuples de l’ONU » est une priorité constante de « ma présidence ».  Pour y parvenir, nous devons apprendre à mieux communiquer avec les personnes qui se trouvent en dehors de notre enceinte.

Venant à son deuxième axe, à savoir les acquis du multilatéralisme et de la diplomatie de paix « pour nos peuples et nos nations », la Présidente a rappelé que l’ONU a donné naissance à des accords fondamentaux à vocation universelle qui ont fait du monde un lieu plus sûr, plus sain et plus équitable, offrant davantage de chances à tous.  La Déclaration universelle des droits de l’homme, dont nous avons célébré les 70 ans, en décembre dernier, est le fruit du travail de l’Assemblée générale tout comme les conventions, les pactes et les déclarations sur la paix, les droits de l’homme et le développement, y compris le Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Au cours de ces sept dernières décennies, les Nations Unies ont joué un rôle fondamental dans le règlement pacifique des conflits et des différends.  « Les Nations Unies ont sauvé des millions de vies », a souligné la Présidente.  Il n’y a pas de région dans laquelle l’ONU n’a pas contribué à consolider la paix.  Ses missions de maintien de la paix opèrent dans des contextes difficiles, protégeant les populations civiles et les plus vulnérables.  L’ONU a transformé le destin de l’humanité et c’est indéniable, a martelé la Présidente.  En tant que principale instance de dialogue et d’accords entre États souverains, l’ONU a eu un impact réel sur la santé, la sécurité, le bien-être et la dignité de millions de personnes. 

Par sa résolution 73/127, l’Assemblée générale a réaffirmé la confiance de nos peuples envers les objectifs et les principes consacrés dans la Charte et réaffirmé la pertinence du multilatéralisme et du droit international pour promouvoir l’objectif commun d’une paix durable travers diplomatie.

Pour réaliser et pérenniser la paix et le développement durable, le multilatéralisme n’est pas le moyen le plus efficace.  Il est le seul moyen! a rappelé la Présidente, en venant à son dernier axe: renforcer la confiance dans le multilatéralisme.  Nous devons combattre l’idée fallacieuse selon laquelle le multilatéralisme sape la souveraineté des États.  Il la renforce au contraire car, aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut résoudre seul les problèmes auxquels nous sommes confrontés.

La plupart des dirigeants du monde partagent d’ailleurs cette vision qu’ils ont défendue lors du débat général de septembre dernier, en appelant au renforcement d’un système international fondé sur des règles et en consacrant l’ONU comme organe principal du système multilatéral.  Beaucoup a été fait, mais le chemin est encore long.

La Présidente a donc appelé à l’action, à une Organisation plus forte.  Désormais, la date du 24 avril nous donnera l’occasion d’évaluer la contribution de notre Organisation à l’humanité et, pour ce faire, il faut une ONU plus efficace et plus transparente qui réponde véritablement aux aspirations de tous.  Il est donc essentiel de redoubler d’efforts pour concrétiser les engagements pris: éliminer la pauvreté et réduire les inégalités, assurer la santé et l’éducation pour tous, protéger l’environnement et assurer la paix.  Alors, a-t-elle lancé, « soutenons le processus de revitalisation de l’organe le plus démocratique et le plus représentatif des Nations Unies qu’est l’Assemblée générale.  Prenons les mesures les plus appropriées pour moderniser ses structures et le travail quotidien de la diplomatie multilatérale ».

Le soixante-quinzième anniversaire des Nations Unies en 2020 sera une occasion unique de renforcer les fondations de l’ONU.  « Nous avons l’occasion unique de faire pencher la balance du bon côté de l’histoire. »  Face aux doutes, il faut plaider le multilatéralisme et la coopération; face à la méfiance, l’efficacité et la transparence; face à la violence, la diplomatie et le dialogue; et face à l’unilatéralisme, « notre réponse est plus de solidarité et plus d’actions collectives ».

La Chef de Cabinet du Secrétaire général de l’ONU, Mme MARIA LUIZA RIBEIRO VIOTTI, a transmis le message du Secrétaire général qui estime que le fait même que l’on ait eu besoin de proclamer une Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix en dit long sur la situation actuelle de « notre projet commun » de coopération internationale ».  Nous avons l’occasion, ajoute-t-il, de réfléchir au multilatéralisme au moment où nous poursuivons nos efforts de mise en œuvre du Programme 2030 et où nous nous apprêtons à tenir une série de manifestations de haut niveau en septembre et à célébrer le soixante-quinzième anniversaire de l’ONU.

À son tour, le Secrétaire général souligne que depuis près de 75 ans, les accords multilatéraux passés après la Seconde Guerre mondiale ont contribué à sauver des vies, à élargir l’économie, à réaliser des progrès sociaux, à défendre le respect des droits de l’homme mais surtout à éviter un « troisième embrasement mondial ».  De la formulation du droit international à l’avancement de l’égalité entre les sexes, en passant par la protection de l’environnement et la lutte contre la prolifération d’armes meurtrières et les maladies mortelles, le multilatéralisme et la diplomatie ont fait leur preuve, au service des peuples.

Mais, avertit le Secrétaire général, une telle coopération ne saurait être considérée comme un acquis.  La Journée internationale tombe à un moment où les efforts multilatéraux sont mis à l’épreuve par les conflits non réglés, les changements climatiques et les inégalités croissantes dans le monde.  Les nouvelles technologies, qui offrent des opportunités diverses, sont aussi une source potentielle de perturbations sur le marché du travail, pour la cohésion sociale et la jouissance de nos droits.  Nous vivons une situation « paradoxale » où les défis mondiaux sont de plus en plus connectés, alors que nos réponses sont de plus en plus fragmentées.  La confiance dans les gouvernements et les organisations internationales s’érode et les populismes et nationalismes se multiplient, une situation « extrêmement dangereuse » dans le contexte des défis actuels qui exigent une action collective.

Par conséquent, le Secrétaire général veut qu’on se souvienne du sentiment d’urgence qui animait les pères fondateurs de l’ONU et appelle à revigorer les outils à notre disposition.  Même si le principe du « travailler ensemble » reste valable, il va falloir que les spécificités de notre coopération tiennent compte d’un monde en rapide mutation. 

Aujourd’hui, il faut un engagement plus fort en faveur d’un ordre mondial fondé sur des règles, avec en son centre une ONU efficace.  Il nous faut un multilatéralisme de réseau, avec une coopération étroite entre les organisations internationales et régionales, y compris les banques de développement.  Puisque les gouvernements et les organismes internationaux ne peuvent y arriver seuls, il nous faut un multilatéralisme inclusif, ancré dans des partenariats avec le monde des affaires, la société civile, les parlements, le milieu universitaire et le monde de la philanthropie, en n’oubliant aucune partie prenante et encore moins les jeunes.

Il ne suffit cependant pas de proclamer les vertus du multilatéralisme: il faut encore prouver sa valeur ajoutée.  On ne peut non plus ignorer les sceptiques mais leur démontrer que le multilatéralisme peut atténuer les angoisses du monde et mener à une mondialisation juste pour tous.  Dans son message, le Secrétaire général conclut en disant que renforcer le multilatéralisme c’est renforcer notre engagement commun en faveur des objectifs de développement durable et d’un monde plus juste et meilleur pour les générations à venir.  « Nous avons besoin de cet engagement aujourd’hui plus que jamais de la part des Nations Unies mais aussi des leaders et des citoyens partout dans le monde. »

Au nom du Mouvement des pays non alignés, M. JORGE ARREAZA MONTSERRAT, Ministre des relations extérieures du Venezuela, a estimé que les menaces et défis multiples, complexes et émergents à la paix et la sécurité internationales doivent être relevés conjointement à travers le multilatéralisme et dans le cadre du droit international et des résolutions pertinentes de l’ONU.  Le multilatéralisme, le droit international et la diplomatie sont « les seuls boucliers » des petits pays et des pays en développement contre les actes d’agression.  Il faut le dire clairement, a martelé le Ministre.  Le multilatéralisme n’est absolument pas une menace à la souveraineté ou aux intérêts nationaux des États.  Bien au contraire, c’est l’une des voies pour relever les défis complexes de manière interdépendante et pour garantir l’égalité souveraine des États. 

Or aujourd’hui, a-t-il déploré à son tour, le multilatéralisme est « attaqué en permanence » au moment même où nous en avons le plus besoin.  Le Ministre a exprimé la « ferme opposition » de son Mouvement à la tendance croissante à l’unilatéralisme et à l’arbitraire qui sape les fondements de la Charte et du droit international.  Il a d’ailleurs rappelé que l’on célèbre aussi aujourd’hui le soixante-quatrième anniversaire de la Conférence Asie-Afrique qui a jeté les bases du Mouvement des pays non alignés.  À titre national, il a fustigé la position de l’Administration américaine, soutenu la levée du blocus contre Cuba et défendu l’esprit de la Charte et la diplomatie de la paix.   

M. MOHAMMAD JAVAD ZARIF, Ministre des affaires étrangères de la République islamique d’Iran, a déclaré que son pays était depuis longtemps un défenseur du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix.  « Je suis venu aujourd’hui dire que les efforts collectifs de diplomatie ne sont plus l’option ‘‘prudente’’, mais en fait la ‘’seule’’ solution. »  Il a énuméré les engagements diplomatiques de l’Iran rien que ces dernières semaines pour démontrer l’attachement de son pays au multilatéralisme.  « Du côté Ouest », il a mentionné la réunion à Bagdad le week-end dernier des présidents de parlement des pays voisins, pour envisager une nouvelle approche inclusive à l’engagement régional, ainsi que la délégation qu’il a menée la semaine dernière à Damas et Ankara pour renforcer la coopération iranienne avec la Syrie, la Turquie et la Fédération de Russie.  « Du côté Est », il a signalé que le nouvel Envoyé iranien pour l’Afghanistan était engagé dans une approche réaliste de la paix et de la stabilité régionales, ajoutant que l’Iran avait accueilli le Premier Ministre pakistanais il y a deux jours pour discuter d’une approche multilatérale de la stabilité régionale et de la lutte antiterroriste.

« Du côté Nord », a-t-il poursuivi, une réunion de représentants des États du littoral de la mer Caspienne a eu lieu pour rendre opérationnelle la Convention historique conclue en 2018, tandis que l’Iran progresse su la voie de l’intégration dans l’Union économique eurasiatique.  Enfin, « du côté Sud », l’Iran a facilité le Processus de Stockholm sur le Yémen et a proposé un forum de dialogue régional dans le golfe Persique comme approche multilatérale inclusive à la coopération et à la résolution des différends.  À tout cela, le Ministre a ajouté les 14 rapports de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui démontrent l’engagement de l’Iran dans le Plan d'action global commun.  « Nous avons tenu parole malgré l’échec des participants occidentaux au Plan d’action de fournir à nos peuples les dividendes économiques promis après le retrait illégal des États-Unis », a-t-il dit.

Enfin, le Ministre a cité quelques-unes des « politiques unilatérales illicites du Gouvernement des États-Unis » envers son pays et sa région, comme l’imposition extraterritoriale de lois nationales.  Il a aussi regretté que les États-Unis punissent ceux qui veulent respecter leurs obligations découlant de la résolution 2231 du Conseil de sécurité, un texte qui appelle à la normalisation des relations économiques avec l’Iran.  Pour défendre le multilatéralisme, a conclu, le Chef de la diplomatie iranienne, il faut absolument nier aux États-Unis l’impression qu’ils bénéficient de leurs actions illégales, et rejeter avec force toute pression que ce pays exerce sur les autres pour les inciter à violer le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité.

Mme MARÍA LUISA NAVARRO, Vice-Ministre des affaires multilatérales et de la coopération de Panama, a considéré que le plus grand défi auquel le multilatéralisme se trouve aujourd’hui confronté est « la garantie du respect et la reconnaissance de l’égalité des États ».  Selon elle, « aucune perspective unilatérale n’est au-dessus du bien commun ».  Ainsi la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 requiert-elle de nouveaux schémas de coopération et un meilleur espace de coopération pour les pays en développement.  « L’ONU est appelée à être une architecte de la paix et, avec cette vision, il est temps de passer des paroles à l’acte », a conclu la Vice-Ministre. 

« Jamais auparavant le multilatéralisme n’a été soumis à de telles pressions », s’est lamenté M. AHMED KHALEEL, Ministre d’État aux affaires étrangères des Maldives.  La montée des ultranationalismes et des préjugés raciaux et religieux sert ceux qui professent l’autoritarisme populiste.  Ce sont là, a souligné le Ministre, des idéologies dont l’objectif est d’effacer les principes sur lesquels les Nations Unies ont été édifiées et pour lesquels l’Organisation mondiale a lutté pendant toutes ces sept dernières décennies.  Il a tenu à rappeler que la première décision de politique étrangère que les Maldives ont prise au lendemain de leur indépendance a été d’entrer aux Nations Unies.

Nous étions alors convaincus tout comme aujourd’hui, que les défis communs exigent des solutions communes.  Quelle que soit sa puissance, aucun pays ne peut à lui seul stopper les changements climatiques ou stopper l’extrémisme violent et le terrorisme comme on l’a vu dans les attaques dimanche dernier à Sri Lanka.  En tant que proche voisin, « nous nous tiendrons toujours aux côtés » du Gouvernement et du peuple sri-lankais.  Quant à ceux qui prônent l’isolationnisme, le Ministre a rappelé les 20 ans de crises que le monde a vécus de 1919 à 1939.  Il faut promouvoir les valeurs et principes des Nations Unies, en a-t-il conclu.

Il n’y a pas d’alternative au cadre normatif que représente l’ONU, a déclaré M. TIMO SOINI, Ministre des affaires étrangères de la Finlande.  Par ce cadre, a-t-il dit, nous renforçons notre sécurité globale, le respect des droits de l’homme, le bien-être de nos citoyens et le développement économique.  Les défis mondiaux, tels que les changements climatiques, la cybercriminalité, le terrorisme, les conflits, les crises humanitaires et la migration nous affectent tous, et aucun pays, grand ou petit, n’est en mesure d’y répondre seul.  « Le rôle de l’ONU et d’autres organisations internationales est mis en doute.  Les traités internationaux sont contestés et interprétés d’une manière qui met en péril les acquis et leur potentiel », s’est cependant inquiété le Ministre.  À cet égard, il a jugé indispensable d’inverser la tendance à la prolifération des armes de destruction massive.

Au nom du Groupe des États d’Afrique, Mme VALENTINE RUGWABIZA (Rwanda), a fait un panorama historique du caractère central du multilatéralisme et de la diplomatie pour l’Afrique.  Des siècles avant la colonisation, des délégations diplomatiques et commerciales des royaumes africains arrivaient dans les capitales européennes pour créer relations commerciales et alliances.  Le premier effort de créer des liens avec l’Europe est d’ailleurs de l’ancien Empire éthiopien.  L’Union africaine, a aussi rappelé la représentante, est ancrée dans la conviction que les organisations régionales peuvent démontrer la pertinence du multilatéralisme dans l’intérêt de tous les peuples.  Un système multilatéral reposant sur des règles est indispensable pour garantir la paix et la prospérité des peuples et de notre planète.  La représentante a cité des exemples d’efforts africains, comme la Zone de libre-échange continentale, un plan ambitieux sur un marché unique des biens et services.  En français, la représentante a souligné que le multilinguisme est le fondement d’un multilatéralisme efficace.  Le Groupe africain est très attaché à la diversité des langues et des cultures, a-t-elle insisté.

M. JOÃO PEDRO VALE DE ALMEIDA, Chef de la délégation de l’Union européenne, a reconnu que le monde vit une époque difficile, en particulier pour ceux qui défendent un système international fondé sur des règles.  Mais le multilatéralisme n’a jamais autant retenu l’attention, ce qui est « un signe positif ».  Il en a voulu pour preuve, le débat général de l’année dernière où la majorité des États a apporté son soutien non seulement au maintien du système actuel mais également à son renforcement.  Il n’y a pas, a martelé le représentant, d’alternative à un ordre international fondé sur des règles robustes, avec en son cœur des Nations Unies revitalisées.  L’ONU est toujours la « championne » du dialogue, de la coopération multilatérale et de la diplomatie.  Les accords internationaux tels que le Programme 2030, l’Accord de Paris ou encore celui sur le nucléaire iranien, illustrent la force du « leadership collectif » qui mérite tout notre soutien.  L’engagement de l’Europe en faveur du multilatéralisme découle de « ses valeurs et de sa ferme conviction que les défis d’aujourd’hui ne peuvent être relevés que de façon collective », a souligné le représentant.

M. BURHAN GAFOOR (Singapour) a déclaré que pour la survie et la prospérité des petits pays comme le sien, le multilatéralisme est tout simplement « vital ».  Il s’est donc inquiété, à son tour, de la montée en force des nationalismes et d’autres formes de repli sur soi et d’unilatéralisme, autant de systèmes qui ne peuvent en aucun cas relever les grands défis internationaux, encore moins celui des changements climatiques.  Au lieu de tourner le dos au multilatéralisme, il faudrait plutôt le renforcer et créer ensemble de nouvelles règles internationales contre des nouveaux défis comme la cybercriminalité et l’impact des technologies de l’information et des communications.  Nous savons que les Nations Unies ne sont pas parfaites et qu’il faut trouver les moyens de hisser l’Organisation à la hauteur de sa mission.  Il est donc important que l’on entende la voix des petits pays qui méritent d’apporter leur pierre à l’édifice de notre avenir commun, a conclu le représentant.  

Mme KATALIN ANNAMÁRIA BOGYAY (Hongrie) a cité Kofi Annan, pour qui on ne peut plus dire que nos institutions multilatérales sont suffisamment fortes pour faire face aux défis du monde.  « Nous, qui croyons aux institutions et à l’état d’esprit du multilatéralisme, ainsi qu’à la puissance du dialogue, nous devons être solidaires », a-t-elle lancé.  Si elle a dit croire en la pérennité du multilatéralisme et de la philosophie qui le sous-tend, la représentante a cependant émis des doutes sur le maintien des institutions internationales dans leur forme actuelle.  Elle a donc appelé à se battre pour préserver le acquis des 74 dernières années, tout en suggérant d’accepter que toutes les institutions doivent s’adapter et évoluer: des réformes sont cruciales, a-t-elle estimé.  Elle a vu les institutions multilatérales comme des « coquilles vides » s’il n’y a pas de volonté politique convergente de la part des dirigeants et le soutien des citoyens. 

« Nous devons être proactifs, démontrer notre valeur mutuelle et notre confiance les uns dans les autres », a-t-elle recommandé en ajoutant qu’il fallait aussi manifester la volonté de partager le poids du fardeau.  La bonne gouvernance se mesure à la transparence des institutions, a-t-elle rappelé.  Pour traiter les causes profondes des conflits, le meilleur moyen est la diplomatie, selon la représentante, qui a qualifié son pays de militant fervent pour la diplomatie préventive, y compris la diplomatie culturelle, de l’eau, du sport, du dialogue interculturel et interreligieux, de l’éducation et de la sensibilisation.  « Dans ce travail immense, n’oublions pas les femmes », a-t-elle ajouté en soulignant leur rôle important dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que dans le maintien et la consolidation de la paix, sans compter le développement durable.

À défi international, solution internationale, a lancé M. BADER ABDULLAH N. M. ALMUNAYEKH (Koweït), qui a voulu que les règles du multilatéralisme restent fidèles aux buts et principes de la Charte.  Il a insisté sur l’égalité des droits, dont le droit à l’autodétermination.  Il a pris l’exemple de la libération de son pays en 1991, un modèle « historique » de sécurité collective contre une agression étrangère.  Cela a été un succès de la coopération entre un petit État et le système international.  Il a plaidé pour que les organisations régionales et sous-régionales agissent main dans la main avec les organisations internationales, soulignant que des questions telles que la prolifération des armes de destruction massive ne peuvent être réglées que par une action collective. 

M. WU HAITAO (Chine) est revenu sur la Conférence de Bandung qui a aidé à faire avancer les mouvements de libération nationale en Asie, Afrique et Amérique latine et qui avait proposé 10 principes pour régir les relations entre États reposant sur les « Cinq principes de la coexistence pacifique ».  Il est donc très important, a-t-il poursuivi, que l’Assemblée générale ait justement choisi la date de clôture de la Conférence de Bandung pour proclamer la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix.  Le monde a plus que jamais besoin du multilatéralisme, a martelé, à son tour, le représentant.  Il appelé les États à préserver l’esprit de consultation, à suivre les règles et procédures et résoudre les problèmes par des efforts collectifs.  C’est la seule manière de procéder contre la montée du protectionnisme et de l’unilatéralisme qui attaquent les systèmes de gouvernance mondiale et les mécanismes multilatéraux.

Dans ce contexte, le représentant n’a pas manqué de rappeler l’attachement de son pays à l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale des États.  Dans le concert des nations, a-t-il ajouté, il faut entendre la voix des petits pays et des pays en développement.  Le représentant a insisté sur la détermination de son pays à défendre les Nations Unies, « bannière du multilatéralisme ».  Il a d’ailleurs présenté la Nouvelle Route de la soie comme une contribution importante au multilatéralisme et à la coopération internationale, annonçant que le deuxième Forum « Nouvelle Route de la soie » pour la coopération internationale aura lieu du 25 au 27 avril.  

Le multilatéralisme traverse l’une de ses crises les plus graves depuis la Seconde Guerre mondiale, a constaté M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie), expliquant que pour certains un ordre mondial fondé sur des règles n’est plus le meilleur garant de la sécurité internationale et de la prospérité.  La recherche du consensus et du compromis n’est plus perçue comme une vertu mais plutôt comme un signe de faiblesse.  Les normes juridiques s’érodent et la menace de recourir à la force est agitée de plus en plus souvent.  C’est cela, a estimé le représentant, qui explique la perte de confiance des citoyens du monde dans les institutions internationales, y compris l’ONU perçue comme faible et inefficace.

Nous devons protéger le multilatéralisme et défendre nos normes, nos accords et nos institutions, s’est impatienté le représentant, pour lequel l’alternative est un retour à la loi du plus fort.  Il faut établir que le multilatéralisme n’est en rien une menace à la souveraineté et qu’au contraire, il est la seule façon de protéger les intérêts nationaux dans un monde interdépendant.  Aujourd’hui aucun pays n’a les moyens de lutter seul contre des menaces transnationales comme le terrorisme, le trafic de drogues ou encore les migrations irrégulières.  Les organismes internationaux sont là pour trouver des réponses pacifiques aux conflits et des solutions collectives aux défis posés par les changements climatiques ou les armes de destruction massive.

Il n’en demeure pas moins, a reconnu le représentant, que les institutions multilatérales doivent être réformées, renforcées et réénergisées. Les Nations Unies continueront d’être la plateforme principale de ces discussions et de la définition des contours d’une collaboration efficace avec les organisations régionales, la société civile et le secteur privé.  Il s’agit aujourd’hui de renforcer le multilatéralisme en renforçant l’ONU et son Conseil de sécurité pour en faire un organe plus transparent, plus démocratique, plus représentatif et plus responsable.  Le véritable multilatéralisme signifie que chaque État, indépendamment de sa taille et de son pouvoir, a la même chance de faire entendre sa voix et ses attentes.  C’est la raison pour laquelle l’Assemblée générale est l’instance la plus importante, la plus démocratique et la plus représentative pour faire avancer la cause de la paix et la prospérité mondiales.  Pour renforcer le multilatéralisme, il faut une Assemblée générale plus forte et, dans cet esprit, la Turquie soutient la revitalisation de ses travaux.

Mme ANA SILVIA RODRÍGUEZ ABASCAL (Cuba) a voulu que l’on saisisse l’occasion de la Journée internationale pour réaffirmer l’obligation et la responsabilité collective de préserver la paix.  Dans un vibrant plaidoyer en faveur du multilatéralisme, la représentante a dénoncé la tentative de « réimposer » un ordre unipolaire, les violations du droit international, la rupture « menaçante et arbitraire » des traités internationaux, la multiplication de sanctions unilatérales et les guerres commerciales.  La seule réponse possible c’est préserver et confirmer la valeur du multilatéralisme, sur la base des principes du droit international et de la Charte des Nations Unies, a-t-elle estimé.  Elle s’est opposée au blocus économique imposé à son pays depuis 60 ans en dépit des 27 résolutions de l’Assemblée générale qui exigent sa levée immédiate.  Elle a également dénoncé la mesure que vient de prendre le Gouvernement des États-Unis autorisant les tribunaux américains à traiter des plaintes contre des entités cubaines et étrangères qui ne relèvent pas de la juridiction américaine.

M. YASER ABDULRAZAAQ WAHIB WAHIB (Iraq) a souligné le ferme attachement de son pays en faveur du multilatéralisme et de la diplomatie, base des trois piliers des Nations Unies, à savoir la paix et la sécurité, le développement et les droits de l’homme.  Le lien étroit entre ces piliers est « clair » car aucun développement durable ne peut persister sans paix et seule une paix durable permet l’exercice des droits de l’homme.  Le représentant a aussi souligné l’importance des organisations régionales et sous-régionales dans le renforcement du multilatéralisme.  Il a cité le Mouvement des pays non alignés dont les principes fondamentaux promeuvent la diplomatie au service de la paix.  Notre réunion aujourd’hui en plein milieu des défis auxquels est confronté le monde est l’occasion d’envoyer un message clair à tous les extrémistes du monde: aucune vie digne n’est possible sans une paix pérenne.

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a plaidé pour un plus grand nombre de femmes à la tête des institutions multilatérales et pour un renforcement de l’action de l’ONU là où elle est plus nécessaire.  Proclamant le droit international et le droit international humanitaire, « cadres d’interaction entre les États », la représentante a réclamé l’intensification des efforts dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris, du Programme 2030 et du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.  Une mise en œuvre, a-t-elle prévenu, qui exige des financements suffisants.  Elle a aussi appelé à une meilleure coopération avec la société civile et le secteur privé et à la sensibilisation des jeunes aux vertus du multilatéralisme.  C’est la meilleure manière de les impliquer dans le travail de l’ONU, a-t-elle dit.

Pour M. JÜRG LAUBER (Suisse), la Charte de l’ONU constitue « notre dénominateur commun » et le point de départ de notre dialogue.  Elle prévoit des relations amicales entre les Nations et insiste sur la coopération internationale pour résoudre les problèmes internationaux.  Elle engage tous les États Membres à régler leurs différends de manière pacifique.  Le système multilatéral nous a permis « We, the People », d’atteindre d’importants succès au cours du siècle écoulé, a-t-il dit.

Il a cité, à cet égard, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la mise sur pied d’une architecture étendue en matière de désarmement, l’accompagnement de la décolonisation, la création des missions de maintien de la paix, les objectifs du développement durable et l’Accord de Paris.  Cependant, a-t-il poursuivi, comme toute relation, le multilatéralisme nécessite l’engagement continu et constructif de ses membres: en tant qu’État fédéral, la Suisse est habituée à construire des ponts entre des vues politiques, des cultures et des langues différentes.

L’engagement pour un système multilatéral fort et fondé sur des règles fait donc partie de « notre ADN », a affirmé le représentant, qui a rappelé que Genève est le deuxième siège des Nations Unies et le « cœur opérationnel » du système multilatéral.  La Suisse, a-t-il dit, a pour tradition d’offrir ses bons offices entre parties au conflit et des plateformes pour les pourparlers de paix internationaux.  Il s’est par ailleurs dit convaincu que les réformes que les États Membres ont décidées l’année dernière permettront à l’ONU de travailler de façon mieux intégrée entre les trois piliers du système: paix et sécurité, développement et droits de l’homme.  Pour relever ces défis, l’engagement constructif de tous est plus que jamais nécessaire, car, a-t-il conclu, l’alternative au multilatéralisme est un « abîme » que les générations futures ne nous pardonneraient pas.

Le multilatéralisme est profondément démocratique, a estimé M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique), c’est le mécanisme idéal pour tous les États qui se retrouvent sur la scène internationale sur un pied d’égalité.  Il est illusoire de croire que les États peuvent résoudre des problèmes de portée mondiale sans l’appui de la communauté internationale.  Selon le représentant, l’affrontement présumé entre souveraineté et nationalisme est un « faux dilemme », car il est dans l’intérêt de toutes les nations d’exercer leur souveraineté à travers le multilatéralisme.  C’est pourquoi il a jugé regrettable « le fait que nous devions tenir aujourd’hui une réunion de haut niveau à l’appui du multilatéralisme ».  Néanmoins, a-t-il reconnu, il nous faut réfléchir sérieusement aux causes profondes qui motivent trois grandes catégories de critiques à l’encontre des forums multilatéraux: celles qui dénoncent l’inefficacité des organisations pour faire face aux défis les plus pressants, celles qui ne voient que des paroles creuses dans notre travail collectif, et celles qui recourent à la désinformation.  Particulièrement préoccupé par la crise de confiance dans le système international, M. de la Fuente Ramírez a plaidé pour le renforcement du système des Nations Unies.  Pour sa part, le Gouvernement du Mexique a lancé une série d’initiatives pour améliorer les politiques publiques sur la base des engagements internationaux.  « La nouvelle Administration souhaite une plus grande présence du Mexique à l’ONU et de l’ONU au Mexique. »    

M. WAEL AL KHALIL (République arabe syrienne) a souligné que son pays a toujours été convaincu qu’on ne peut asseoir une culture de paix que par le respect de la légalité internationale et des principes de la Charte des Nations Unies.  Malheureusement, a-t-il déploré, les défis posés aujourd’hui sont une entrave aux aspirations de l’humanité.  L’un des premiers défis, selon lui, c’est l’ambition de certaines puissances de manipuler les Nations Unies pour servir leurs petits intérêts et couvrir des pratiques contraires à la légalité internationale, à savoir la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures.  Le représentant a jugé urgent de renforcer le système multilatéral par le strict respect des principes énoncés dans la Charte.  Il s’est élevé contre la politique des deux poids, deux mesures dans les relations internationales, s’agissant en particulier de la lutte contre le terrorisme.  Il a condamné les discours de haine, avant de s’attarder sur l’occupation du Golan syrien et d’autres territoires depuis 1967.  Ce sont là des faits qui élargissent le fossé entre les pays et dont les peuples paient le prix fort, a-t-il prévenu.

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a rappelé que cette date du 24 avril a été choisie en souvenir de la Conférence Asie-Afrique qui s’est tenue il y a 70 ans à Bandung, et au cours de laquelle des appels à un ordre mondial basé sur l’égalité souveraine, l’équité, la justice, les libertés et une paix durable ont été lancés.  L’ONU a été et doit demeurer l’organisation mondiale qui exploite la diversité et la sagesse de tous ses États Membres et qui veille à ce que chacun joue son rôle, de manière responsable, pour que le développement, la paix et sécurité, et les droits de l’homme -les trois piliers- s’enracinent profondément partout.  Avec l’augmentation du nombre des conflits ces dernières années, la résurgence des rivalités géopolitiques entre grandes puissances, l’intolérance, la xénophobie et l’isolationnisme, certains ont opté pour l’unilatéralisme en démantelant les accords et normes multilatéraux. 

Or, a souligné le représentant, aucun pays ou groupe de pays, aussi puissant soit-il, ne peut seul résoudre des défis interconnectés et complexes.  Les partenariats et la coopération sont plus que jamais essentiels et il n’y a pas meilleure plateforme que l’ONU.  Il faut donc renforcer la réforme de l’Organisation car un multilatéralisme plus fort exige une ONU plus forte.  La réforme est cruciale pour faire de l’ONU une organisation pertinente, à la hauteur de ses objectifs et ayant un impact réel dans les pays.  La réforme doit aussi toucher le Conseil de sécurité car l’ONU doit être plus proche des gens avec une action orientée vers des résultats visibles.

M. CHRISTIAN GUILLERMET-FERNANDEZ (Costa Rica) a vu dans le droit international et le multilatéralisme « les instruments essentiels pour le renforcement et la défense de notre démocratie désarmée ».  Depuis la Conférence de San Francisco, a-t-il souligné, le système multilatéral a permis aux États de maintenir le dialogue « même dans les moments très difficiles de l’histoire », et de développer un état de droit au niveau international.  Le représentant a refusé de permettre que « les intérêts mesquins » de quelques forces déstabilisatrices portent atteinte à ce système.  En cette Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix, il faut rappeler « haut et fort » que le multilatéralisme est « un bien public mondial ».  C’est pour cette raison, a conclu M. Guillermet-Fernandez, que le Costa Rica plaide en faveur d’une ONU plus dynamique, avec des organes plus démocratiques.

M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a estimé qu’une solution multilatérale basée sur des règles est plus juste et plus durable.  Le multilatéralisme, a-t-il plaidé à son tour, ne porte aucunement atteinte à la souveraineté des États.  L’Union européenne a d’ailleurs choisi de tirer les leçons de la Seconde Guerre mondiale, en regroupant les ressources de ses États membres.  Le représentant a attiré l’attention sur quelques entorses alarmantes au multilatéralisme: le rejet par l’Administration américaine de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, la position russe contre le travail de l’Organisation sur l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ou encore les violations chinoises de la Déclaration universelle des droits de l’homme, s’agissant en particulier des minorités.  Devant ces tendances, l’Allemagne a choisi de faire partie de l’alliance pour le multilatéralisme et en particulier pour les droits de l’homme.  Le représentant a d’ailleurs rappelé que la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme condamnait encore hier l’exécution de 37 hommes en Arabie saoudite et les exactions dont sont victimes les Rohingya au Myanmar.  Il a aussi trouvé dans le multilatéralisme un moyen de s’attaquer ensemble aux dérives du cyberespace et des nouvelles technologies.  Le représentant a conclu en plaidant pour une réforme effective du Conseil de sécurité, une meilleure participation de la société civile au travail de l’ONU et de manière globale, au « changement des règles du jeu ». 

Pour M. ARIEL RODELAS PEÑARANDA (Philippines), l’ONU reste la seule instance au monde qui puisse combattre l’ignorance, la maladie, la pauvreté, l’injustice et l’extrémisme.  Pour leur part, les Philippines s’attachent à promouvoir, entre autres, le Programme de développement durable à l’horizon 2030, le Pacte mondial sur les migrations et l’Agenda pour une culture de la paix.  Le pays combat le trafic de drogues et la traite des personnes et participe à la lutte contre le terrorisme.  Enfin, a précisé le représentant, les Philippines œuvrent à l’adoption d’un code de conduite commun en mer de Chine méridionale.  

M. MHER MARGARYAN (Arménie) a souligné que la date du 24 avril a une signification particulière pour son pays.  Elle marque en effet une page sombre de l’histoire arménienne quand, il y a 104 ans, le peuple a subi le crime ultime, le crime de génocide.  L’Arménie a donc une obligation spéciale en matière de droits de l’homme, s’agissant en particulier de la prévention des crimes contre l’humanité et des atrocités de masse.  Elle espère donc que la Journée internationale sera une autre plateforme pour faire avancer la coopération internationale au service de la paix, du développement et des droits de l’homme.  Ensemble, a encouragé le représentant, nous devons faire plus pour inverser la tendance alarmante du déclin des engagements en faveur du multilatéralisme et relever les défis complexes auxquels est confronté le monde dans la coopération, le pacifisme et la négociation.  En relevant les défis du multilatéralisme, il est important de souligner la centralité d’une collaboration forte avec les arrangements, plateformes et formats régionaux pour éviter les chevauchements.

Pour M. ANDREJS PILDEGOVIČS (Lettonie) il ne fait pas de doute que dans le monde interdépendant et mondialisé d’aujourd’hui, les problèmes mondiaux ne trouvent de réponse qu’à travers le multilatéralisme, y compris le dialogue et la coopération internationale.  C’est notre responsabilité commune de le défendre et de le renforcer, a-t-il tranché.  À ses yeux, les Nations Unies sont et resteront le forum central du multilatéralisme et d’un ordre mondial fondé sur des règles puisque c’est là que toutes les nations du monde se retrouvent pour s’acquitter de leur responsabilité partagée d’assurer la paix et la sécurité mondiales, mais aussi le respect des droits de l'homme et le développement durable.

Depuis son indépendance et son accession aux Nations Unies en 1991, la Lettonie a toujours fermement défendu le droit international et les principes de la démocratie, des droits de l'homme et de l’état de droit, a précisé le représentant, pour lequel ces principes sont essentiels au maintien d’un ordre mondial prévisible, stable et sûr.  Il a exhorté la communauté internationale et chaque nation à tout faire pour réaliser les engagements pris en matière de lutte contre les changements climatiques et de développement durable, partie intégrante du multilatéralisme.  Pour que l’ONU devienne plus efficace, plus transparente et plus flexible, il a pleinement soutenu le processus de réforme lancé par le Secrétaire général.

La Charte, a dit Mme MALEEHA LODHI, (Pakistan), n’est pas seulement un instrument contre les horreurs de la guerre mais aussi un instrument d’espoir face aux privations de l’injustice et de l’oppression.  Il est donc paradoxal que le droit à l’autodétermination continue d’être nié à des millions de gens au Cachemire, en Palestine et ailleurs.  Il est tout aussi important, a poursuivi la représentante, que les principes de la Charte ne deviennent des outils aux mains des puissants pour servir leurs intérêts.  Il est également temps de faire du droit au développement un droit fondamental, a ajouté la représentante, qui a aussi prévenu que la diplomatie au service de la paix ne sera possible que si tout l’éventail des mesures prévues au Chapitre VI de la Charte est placé au centre de l’architecture internationale de paix et de sécurité.  Si l’ONU veut rester fidèle à la Charte, elle doit s’imprégner de l’esprit démocratique et être représentative des aspirations de tous les États Membres, petits, moyens ou grands.

Pour M. SOVANN KE (Cambodge), les Nations Unies sont l’organe le plus représentatif à même de défendre les vertus du multilatéralisme, l’un des moyens les plus adéquats de relever les défis du XXIe siècle.  C’est en travaillant ensemble que la communauté internationale pourra atteindre des résultats cruciaux.  Le représentant en a voulu pour preuve l’Accord de Paris ou encore le Programme 2030 qui mettent en valeur le pouvoir « transcendantal » de la diplomatie.  Il s’est, dans le même temps, élevé contre l’unilatéralisme qui nuit à la prospérité de l’ensemble de la communauté.  Le Cambodge jouit, depuis ces 20 dernières années, de la paix et de la stabilité et d’un développement rapide avec une croissance économique élevée de 7% par an.  Cette situation a été rendue possible grâce au commerce, à la diplomatie et à la coopération.  En effet, sans multilatéralisme ni coopération, les économies ne pourront que décliner, les peuples, s’appauvrir et le Programme 2030, patiner.  Un tel scenario alimentera assurément les idéologies dangereuses et les conflits, a-t-il mis en garde.

M. GENNADY V. KUZMIN (Fédération de Russie) a vu le symbole dans le fait que la situation du Venezuela soit aujourd’hui un défi à la diplomatie multilatérale alors que c’est ce pays qui est à l’origine de la proclamation de la Journée internationale sur le multilatéralisme et la diplomatie au service de la paix.  Le représentant a insisté sur les principes de la Charte dont le respect de la souveraineté nationale.  La mise en place d’un système multipolaire suppose, a-t-il souligné, plus de coopération entre les États, l’équilibre des forces et la guérison des phobies et l’abandon des préjugés.  Or aujourd’hui, on voit des États se retirer des accords signés, occuper d’autres pays, manipuler grossièrement le Conseil de sécurité et affaiblir l’accord sur le nucléaire iranien.  Ces agissements soutenus par une interprétation libre des règles agréées menacent le système international.  Ceux qui ne se rallient pas aux thèses fallacieuses sont systématiquement considérés comme les ennemis.

Le but des pays, a constaté le représentant, est en réalité d’empêcher la mise en place d’un système international juste et équilibré.  Mais, s’est-il réjoui, il est encore trop tôt pour parler d’un affaiblissement de l’ONU et des partenariats.  Par exemple le groupe BRICS, s’est encore réjoui le représentant, se sont transformés en un véritable partenariat économique et financier.  Il a donc plaidé pour le respect du droit international, en particulier la Charte, et pour la promotion de la coopération au lieu de la confrontation.  Ce n’est que par des efforts concertés que l’on peut arriver à un monde juste et harmonieux, a-t-il conclu.

M. RICHARD ARBEITER (Canada) a évoqué les « bribes » de son histoire, celle de son père, âgé aujourd’hui de 76 ans, qui est né en Europe de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale de parents apatrides et avec une jeune sœur qui a vu le jour dans un camp.  Le reste de la famille ayant péri, mes parents, a dit le représentant, sont partis, comme tant d’autres à l’époque et encore aujourd’hui.  Ils ont eu la chance de vivre au Canada au moment même où le multilatéralisme évoluait.  Au fil des générations, ils ont vu les institutions prendre forme, les traités entrer en vigueur et les normes internationales s’écrire.  Des normes qui ne concernaient pas uniquement la paix et la sécurité internationales mais qui portaient aussi sur l’amélioration des conditions de vie sur la planète.

Les gains que l’on peut directement attribuer au multilatéralisme depuis plus de 70 ans sont impressionnants, a estimé le représentant, qui a tout de même reconnu que le système n’est pas parfait; les avantages du multilatéralisme étant répartis de manière inégale et les normes n’étant pas appliquées partout.  Trop de personnes sont exclues des décisions qui affectent pourtant leur vie, en particulier les femmes et les filles, et l’impunité est toujours généralisée.  Il est clair que ce système doit évoluer au moment où de nouveaux défis apparaissent et que les anciens persistent.  Mais, si lent soit-il, le multilatéralisme n’a jamais été statique.  Ses succès sont collectifs tout comme ses échecs: « nous sommes tous dans le même bateau ».

Nous voulons un monde débarrassé des guerres, de la famine ou de la dégradation environnementale, a lancé M. SATYENDRA PRASAD (Fidji).  Nous avons tous été touchés par les graves tragédies de Christchurh en Nouvelle-Zélande et de Sri Lanka.  Ces deux tragédies soulignent la nécessité de combattre l’exclusion.  La mondialisation a certes d’énormes avantages, mais elle est également à l’origine d’une colère ressentie parfois intensément dans les pays.  Le multilatéralisme doit mieux fonctionner et porter la réalisation des objectifs de développement durable.  Promouvoir le multilatéralisme c’est travailler pour réduire les inégalités économiques et l’exclusion sociale qui alimentent la haine à l’origine de tant de tragédies dans le monde.  Les Fidji, a souligné le représentant, ont toujours accompli leur devoir de « citoyen du monde », comme en atteste la présence de soldats dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU.  Nous sommes en effet convaincus que les Nations Unies demeurent l’institution la plus légitime pour préserver les régions et les pays des conflits.

Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a constaté une progression des défis dans le monde, lesquels sont un motif d’inquiétude dans un contexte où les crises complexes et les violations de la légalité internationale s’intensifient.  Le multilatéralisme est donc la seule option susceptible de relever les défis actuels.  Fragiliser l’ordre multilatéral ou l’anéantir c’est faire de notre monde un espace « de harcèlements et d’intimidations où règne la loi de la jungle ».  La représentante s’est élevée contre les crises créées de toutes pièces dont le blocus « injuste » contre son pays fondé sur des prétextes fallacieux.  Elle a dénoncé une « violation flagrante » du droit international alors que le Qatar partage la vision d’une ONU proche de tous, au cœur même du multilatéralisme.  Il faut renforcer le rôle de l’Organisation, a-t-elle plaidé et la hisser à la hauteur des attentes.  Le Qatar a toujours soutenu l’ONU et ses trois piliers et il est fier d’avoir fait de Doha, la capitale de la diplomatie multilatérale et une tribune du dialogue et de la tolérance.

M. ABDALLAH Y. AL-MOUALLIMI (Arabie saoudite) a fermement condamné les attentats perpétrés dimanche à Sri Lanka, avant de citer des versets du Coran relatifs à la diversité des groupes, tribus, sociétés et nations humaines et à la nécessité de les traiter sans distinction aucune.  C’est d’ailleurs là le slogan de la diplomatie saoudienne.

La paix est la raison d’être et le pilier de l’ONU, a-t-il indiqué par ailleurs, tout en déplorant la persistance de l’occupation étrangère qui prive les peuples de leurs droits, les manifestations de haine qui ont donné lieu à la prolifération d’idéologies extrémistes, de discours de haine, de menaces terroristes sous toutes les formes, ce qui exige une action conjointe et concertée de la communauté internationale.  À cet égard, l’Arabie saoudite ne ménage aucun effort pour favoriser la diversité, la diplomatie, le respect mutuel dans les relations internationales, de même que la non-ingérence.  L’Arabie saoudite s’efforce en outre d’œuvrer à la résolution des conflits par la médiation, notamment dans sa région géographique.  Il a toutefois mis en garde quant à confondre multilatéralisme et ingérence dans les affaires internes des États et renvoyé à la déclaration du représentant de l’Allemagne relative à l’Arabie saoudite.

M. SANJAY RANA (Inde) s’est rallié au constat du Secrétaire général selon lequel le multilatéralisme est de nos jours en crise, alors même que le monde en a plus que jamais besoin.  Débattre du multilatéralisme à l’ONU est donc la discussion la plus pertinente de la décennie.  Très satisfait de la manifestation parallèle organisée par la Présidente de l’Assemblée générale hier sur ce thème, le représentant a dit apprécier le fait qu’elle ait permis d’entendre la voix de la jeunesse et de la société civile, notamment leurs attentes par rapport à un ordre multilatéral.

Le temps presse pour réaliser les objectifs de développement durable et mener à bien l’action climatique.  Il nous faut, a souligné le représentant, un engagement collectif car « nous avons pris du retard ».  Pour relever ces défis mondiaux, il faut de l’ambition et un sentiment d’urgence, car il est évident qu’aucun pays ou région ne pourra le faire seul.  Franchement, a insisté le représentant, il n’y a pas d’autre option que le multilatéralisme.

Toutefois, a-t-il reconnu, cette conversation sur le multilatéralisme n’est pas simple et il va falloir repenser, réformer et renforcer le système multilatéral.  Il a d’ailleurs regretté la « stagnation » de la réforme du Conseil de sécurité et a demandé que l’on agisse sans plus tarder pour que l’Afrique ait un rôle prépondérant dans un Conseil réformé et élargi afin de refléter la réalité actuelle.  Sur une note plus positive, le représentant a estimé que comme chaque crise, celle du multilatéralisme offre aussi l’occasion de redynamiser les efforts pour non seulement préserver les acquis mais aussi pour réinventer l’avenir.  Il s’agit d’un processus essentiel pour traiter efficacement de la myriade de problèmes actuels mais aussi et surtout pour rendre justice aux générations futures qui vont hériter des fruits de notre action ou inaction.

M. AMRITH ROHAN PERERA (Sri Lanka) a estimé que nous pouvons être fiers de travailler dans un organe intergouvernemental qui, malgré de nombreux défis, a démontré, au cours de ces dernières 74 années, que le multilatéralisme est la seule voie pour un monde pacifique et que le protectionnisme et l’isolationnisme sont des concepts « anachroniques » qui n’ont pas leur place dans un ordre international mature et tourné vers l’avenir.  Il est donc crucial que les États Membres forgent de nouveaux partenariats pour promouvoir les idéaux collectifs, sous la bannière du multilatéralisme et d’un ordre international fondé sur des règles. 

Les traités multilatéraux négociés juste après la création de l’Organisation, notamment la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques ou celle de 1964 sur le droit des traités ont jeté des bases solides pour un multilatéralisme efficace.  L’engagement des États en faveur des traités et conventions multilatérales ne peut qu’aider à solidifier les normes internationales et faire avancer les réponses collectives aux problèmes mondiaux.  Les menaces au multilatéralisme viennent souvent d’une peur portée par des motifs politiques comme la peur de la mondialisation, un phénomène pourtant inévitable qui a commencé il y a des milliers d’années et qui a permis d’enrichir les sociétés et les nations.  La peur des migrations a quant à elle ravivé les suspicions vis-à-vis du multilatéralisme, tout en alimentant le protectionnisme, le populisme et l’unilatéralisme.  Pour y faire face, il faut travailler ensemble et faire en sorte que les dividendes du multilatéralisme bénéficient à tous les peuples et à tous les niveaux.  C’est pourquoi il faut soutenir l’ONU et ses agences dans la mise en œuvre du Programme 2030.

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) a remarqué que le scepticisme et la frustration à l’égard du système multilatéral gagnent progressivement du terrain dans les sociétés, et que plusieurs gouvernements semblent n’avoir recours qu’à l’isolationnisme, au protectionnisme et à la xénophobie pour aborder les questions du système multilatéral.  Il a invité à ne pas oublier cependant ce que le multilatéralisme a apporté à la consolidation de la paix et à la sécurité internationales, en renforçant l’état de droit sur le plan international, en stimulant le développement économique durable, en promouvant le désarmement et en faisant respecter les droits de l’homme. 

« Les limites auxquelles se heurte la communauté internationale ne doivent pas nous inciter à abandonner une voix de construction collective, basée sur l’égalité souveraine des États, la solution pacifique des différends et la coopération internationale », a dit le représentant.  Il a appelé à travailler de concert pour arriver au consensus sur les objectifs multilatéraux.  L’Argentine, a poursuivi M. García Moritán, redit son intérêt à contribuer de manière constructive au renforcement de l’ordre multilatéral fondé sur des règles et à son adaptation aux nouveaux défis mondiaux.  Le représentant a réaffirmé le respect de son pays au droit international et souligné l’importance de l’Assemblée générale qui doit exercer son mandat pour assumer les grandes responsabilités que lui confère la Charte des Nations Unies. 

M. JAIME HERMIDA CASTILLO (Nicaragua) a dit défendre la souveraineté et l’autodétermination des peuples, conformément à la Charte des Nations Unies et au droit international, ce qui se reflète dans les relations internationales de son pays et son engagement envers le multilatéralisme.  Il faut effacer de nos esprits et de nos cœurs les sentiments et la culture qui incitent à la guerre et à la violence, a-t-il notamment demandé en souhaitant y substituer une mentalité et une culture de paix et de bien-être pour tous, et un véritable engagement en faveur de la paix et de la sécurité internationales.  La paix durable est essentielle au développement durable, a-t-il ajouté en soulignant l’importance de faire respecter le droit international.  C’est pour cela que le Nicaragua rejette l’utilisation des mesures économiques coercitives unilatérales, qui constituent à ses yeux un véritable obstacle à l’éradication de la pauvreté et au développement durable.

Alors que le système multilatéral est constamment attaqué et remis en question, cette Journée internationale nous offre une excellente occasion de réaffirmer notre ferme engagement en faveur des idéaux de l’ONU, a affirmé, M. J NAYECK (Maurice).  Il s’agit de souligner le rôle premier de l’Organisation mondiale dans le maintien de la légalité internationale et la promotion d’une paix durable.  Le représentant a réaffirmé le rôle essentiel de la Cour internationale de Justice (CIJ), avant de prévenir à son tour qu’aucun pays ne peut seul faire face aux défis auxquels est confronté l’ordre international dont les changements climatiques, la pauvreté, les inégalités, la migration, la prolifération des armes, les menaces du cyberespace et le terrorisme.  Les dernières attaques terroristes « insensées » contre des lieux de culte devraient nous unir dans notre combat pour éradiquer ce fléau, a-t-il dit.  À la veille du soixante-quinzième anniversaire des Nations Unies, il a appelé à un engagement « solennel » pour mettre en œuvre ce qui a été convenu, à savoir une ONU réformée, efficace et transparente.  Il est de notre responsabilité de continuer à promouvoir, préserver et renforcer le multilatéralisme.  

M. MOHAMED SIAD DOUALEH (Djibouti) a déclaré que le système de gouvernance internationale basé sur des normes claires et définies a constitué un rempart contre le désordre et l’incertitude.  Il a toutefois constaté que le multilatéralisme subit des assauts qui rendent pressante la nécessité d’un débat de fond sur les causes de cette remise en question.  Il a attribué aux tensions qui en résultent la paralysie des négociations à la Conférence du désarmement par exemple ou dans certains cas aux décisions de se retirer des accords.  S’il s’est félicité de l’élaboration des normes grâce à la coopération internationale, il a néanmoins regretté le manque de suivi et les insuffisances de la mise en œuvre, « thème récurrent de la littérature critique à l’égard des Nations Unies ». 

Le débat d’aujourd’hui permet de poursuivre l’exercice de réflexion entamé lors du dialogue de haut niveau, du 31 octobre dernier, sur le renouvellement du multilatéralisme.  Le représentant s’est cependant demandé ce qu’ont fait les Nations Unies pour prévenir les attaques terroristes survenues dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande.  Qu’ont fait les Nations Unies pour prévenir les attaques terroristes coordonnées qui ont frappé, il y a trois jours, des églises et des hôtels à Sri Lanka?

Il est dès lors jugé légitime de s’interroger sur l’efficacité du cadre de coopération internationale dans la lutte contre la radicalisation des groupes terroristes qui recrutent, en utilisant les plateformes technologiques modernes et amplificatrices qu’offrent aujourd’hui les réseaux sociaux.  Quelle est la stratégie d’action des Nations Unies face à la nature changeante des conflits en Afrique où des acteurs imprégnés de l’idéologie jihadiste s’allient avec des groupes de la criminalité transnationale organisée, entraînant un phénomène de mutation aux conséquences dévastatrices pour la paix et la sécurité internationales?  Le représentant a donc voulu que l’on affine et adapte les outils diplomatiques au service de la paix.  Il faut tout mettre en œuvre pour que les discussions sur le multilatéralisme ne soient prises dans un schéma de rivalités et de controverses.  Dans le même élan, il a voulu que l’on s’interroge sur « le vote et le veto ».   

Pour Mme ADELA RAZ (Afghanistan), renforcer la coopération internationale et le multilatéralisme représente un investissement stratégique dans un environnement mondial harmonieux.  Aujourd’hui, « notre village mondial » est confronté à de nombreux défis qui n’épargnent personne.  Le terrorisme international, l’extrémisme et la discrimination se sont amplifiés partout dans le monde.  Les changements climatiques, les conflits prolongés, la migration, les tensions régionales et internationales figurent parmi les menaces à la paix et à la sécurité internationales.  Pour faire prévaloir cette paix et cette sécurité, il faut inverser la tendance et le mécanisme le plus adapté, c’est le multilatéralisme.  L’expérience nous a montré qu’aucun défi n’est difficile à relever s’il est traité dans le cadre de la coopération internationale » et la transition de l’Afghanistan vers une société démocratique et plurielle en est une « preuve éclatante », a affirmé la représentante. 

M. KHALIFA ALI ISSA AL HARTHY (Oman) a affirmé, à son tour, que les problèmes mondiaux ne peuvent en aucun cas être résolus individuellement.  La coopération et la concertation sont les seules voies pour parvenir à des solutions durables.  L’approche multilatérale et la diplomatie impriment en effet un élan aux trois piliers de l’ONU, organisation la plus représentative des aspirations de l’humanité. 

M. NIRMAL RAJ KAFLE (Népal)a énuméré les différentes menaces qui pèsent sur le monde et la nécessité d’y faire face dans le cadre d’une action collective.  C’est à travers le multilatéralisme que la criminalité transnationale organisée sera vaincue, les pandémies maîtrisées, et les effets néfastes des changements climatiques atténués.  Les nouvelles menaces, comme le cyberespace nécessitent de nouvelles règles.  Le représentant a préconisé des solutions globales qui ne peuvent être obtenues que dans le cadre d’un système multilatéral.  C’est la condition sine qua non pour réaliser les objectifs de développement durable.  Les Nations Unies sont justement le symbole de l’ordre mondial que nous voulons et chaque année, cette Journée internationale sera l’occasion de rappeler l’interdépendance des États.

Mme MARI SKÅRE (Norvège) a remarqué que les défis de la coopération multilatérale sont nombreux aujourd’hui, à commencer par la lutte contre les changements climatiques, le développement durable, la dépollution des mers, le libre-échange et la sécurité dans le monde.  Pourtant certains pays semblent préférer des solutions bilatérales à la coopération multilatérale.  La représentante s’est également dite consciente de la répartition inéquitable des avantages de la mondialisation, laquelle a provoqué des inégalités croissantes et alimenté les frustrations.  Elle a aussi perçu un besoin pressant de rendre les organisations internationales plus efficaces et plus représentatives pour regagner la confiance de l’opinion publique.  Comment répondre à tous ces défis?  En travaillant à tous les niveaux, du national au mondial, a estimé la représentante.

Sur le plan national, le Gouvernement norvégien est en train d’évaluer comment il peut contribuer au mieux au renforcement du multilatéralisme, alors que sur le plan international, sa devise est d’intervenir là où il peut apporter une valeur ajoutée.  Ainsi la Norvège a alloué 1% de son RNB à l’aide publique au développement (APD) chaque année.  Elle met l’accent sur la préservation des océans, la santé, l’éducation et l’aide humanitaire.  Elle participe depuis longtemps au règlement des conflits avec pour but ultime de contribuer à un ordre multilatéral prévisible et fondé sur des règles.  Il faut, a conclu la représentante, réformer l’ONU et forger de nouveaux partenariats au service de la coopération multilatérale.  Pour n’en citer qu’un seul, la Norvège va lancer une initiative interrégionale pour défendre la coopération multilatérale dans laquelle seront impliqués des partenaires nordiques et africains.

M. VALENTIN RYBAKOV (Bélarus) a estimé que la proclamation de la Journée internationale montre à quel point les problèmes actuels, les ingérences, les tentatives sans précédent d’entraîner les Nations Unies dans une dérive, la remise en cause des pouvoirs légitimes des États exigent un renforcement inédit de la coopération.  Il a encouragé un dialogue mondial sur la paix qui s’inspirait du Processus d’Helsinki et de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui travaille aussi sur le conflit qui secoue le sud-est de l’Ukraine.  Il a appelé tous les États « responsables » à ne pas rester en marge de ces initiatives.  

M. FRANCISCO DUARTE LOPES (Portugal) a plaidé en faveur de l’élargissement du dialogue et préconisé de jeter des passerelles pour parvenir à des solutions déterminantes.  Il est crucial de renforcer le système multilatéral et de reconnaître le rôle « irremplaçable » des Nations Unies et leur capacité à promouvoir un concept intégré et global de la paix.  Ne pas investir dans l’ordre multilatéral c’est courir le risque de répéter les erreurs du siècle passé.  Le Portugal, a dit le représentant, a toujours été un fervent défenseur du système multilatéral comme en attestent son engagement dans les opérations de l’ONU au Mali, au Darfour, en Colombie, au Soudan du Sud, en Haïti et en République de Centrafrique ou encore sa mise en œuvre transversale des objectifs de développement social et du Programme 2030.  Le représentant a insisté sur l’importance du rôle de la société civile, car la diplomatie au service de la paix concerne tous les acteurs.   

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a fait remarquer que la célébration de la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix vient compléter la Déclaration politique adoptée lors du Sommet Nelson Mandela pour la paix, le 24 septembre dernier, à l’Assemblée générale.  La politique étrangère de l’Afrique du Sud est guidée par les principes des Nations Unies et la promotion des droits de l’homme, de la démocratie, de la justice et de l’état de droit, a assuré le représentant.  D’après lui, le système multilatéral peut aider tous les pays à gérer les nouveaux défis complexes tels que le terrorisme, les changements climatiques, les pandémies, l’insécurité alimentaire, les inégalités et la pauvreté, entre autres.  Ce système, a-t-il insisté, devrait être au service de l’humanité et non pas au service des intérêts étroits de quelques-uns.  C’est pourquoi M. Matjila a appuyé l’initiative du Mouvement des pays non alignés en vue de célébrer cette journée tous les ans, dans l’esprit du Chapitre VI de la Charte consacré au règlement pacifique des différends.  L’Afrique du Sud pense que les conflits qui ne sont pas réglés à travers la diplomatie multilatérale risquent de conduire à la guerre et à la marginalisation de millions de personnes.

M. MOHAMED FATHI AHMED EDREES (Égypte) a déclaré qu’il est de notoriété publique que la diplomatie multilatérale est vivement critiquée car l’ONU n’a pas réussi à résoudre des crises qui remontent à des décennies.  Il faut, pour rectifier le tir, augmenter le nombre des membres permanents au Conseil de sécurité, résoudre la question du veto et promouvoir le rôle du Secrétariat dans la lutte contre le terrorisme pour qu’il soit en mesure d’obtenir des résultats tangibles sur le terrain, notamment contre les régimes qui fournissent un havre aux terroristes.  Il faut aussi promouvoir le rôle de la Cour internationale de Justice, ainsi que l’Article 34 de la Charte, selon lequel le Conseil de sécurité peut enquêter sur tout différend ou toute situation qui pourrait entraîner un désaccord entre nations ou engendrer un différend risquant de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

M. MICHEL XAVIER BIANG (Gabon) a déclaré que les discussions d’aujourd’hui présentent un double enjeu: elles s’inscrivent dans un contexte élevé international d’incertitudes et la montée de l’extrémisme de tout genre qui conteste inéluctablement les idéaux qui nous unissent et contribuent fortement à affaiblir le multilatéralisme et la diplomatie de la paix. Le délitement du multilatéralisme se traduit aussi par l’émergence d’un système dominé par l’État-Nation et par des actions menées de manière unilatérale. Ce système qui favorise le repli sur soi et contribue à développer le nationalisme est déjà perçu par certains comme une alternative viable, a-t-il mis en garde. Dans ce contexte, il a appelé à réformer l’ONU, à promouvoir une diplomatie multilatérale nouvelle, tournée essentiellement vers le bien-être absolu des populations et plus proche des peuples. De telles réformes devraient également mener vers une mobilisation accrue du financement en faveur des objectifs de développement durable. Il a en outre encouragé la consolidation de la coopération entre les organisations régionales et la promotion de partenariats triangulaires.

M. YASHAR T. ALIYEV (Azerbaïdjan) s’est réjoui du caractère symbolique de la célébration de cette Journée internationale qui coïncide avec la fin de la Conférence de Bandung de 1955.  C’est l’occasion de rappeler, a-t-il dit, la prochaine édition du Sommet des non-alignés à la fin de l’année à Bakou placé sur le thème « Défendre les principes de Bandung pour assurer une réponse concertée et adéquate aux défis du monde contemporain. »  En tant que prochain Président du Mouvement, l’Azerbaïdjan ne ménagera aucun effort pour promouvoir le multilatéralisme, l’ordre international fondé sur des règles, la culture de paix et le dialogue entre les civilisations, les religions et les cultures.  L’ONU, a souligné le représentant, demeure le pilier essentiel du multilatéralisme.  Il n’y a pas d’alternative aux règles convenues en commun et mises en œuvre dans un cadre universel.  Il est de notre devoir de promouvoir et soutenir un système multilatéral réformé, revigoré et renforcé.  Le représentant a, à cet égard, félicité l’action du Secrétaire général et son ferme engagement de faire des Nations Unies, une Organisation intégrée, efficace et efficiente.  Il a appelé tous les États à honorer leurs obligations, notamment celle de respecter la souveraineté des États, leur intégrité territoriale ainsi que l’inviolabilité des frontières reconnues internationalement.

Pour Mme AMAL MUDALLALI (Liban), il est évident que tant de pays participent à la commémoration de la Journée internationale parce que nous ne savons que trop bien combien il est essentiel de préserver un ordre multilatéral fondé sur des règles pour promouvoir la paix.  Le Liban le sait puisque la contribution des pays arabes et des partenaires internationaux a été vitale pour mettre fin à la guerre civile qui le ravageait.  Il en a été de même lors de l’invasion dévastatrice, a poursuivi la représentante, qui a salué le rôle stabilisateur joué par la Force intérimaire des Nations Unies (FINUL) dans le sud de son pays depuis plus de 40 ans.  Petit pays, le Liban n’est que trop conscient du fait que le droit international n’est pas un « concept théorique obscure » mais bien un moyen de se protéger.  Une nouvelle approche du multilatéralisme et de la diplomatie préventive s’impose, a estimé la représentante en appelant à une démarche qui passe par l’implication d’un plus grand nombre de parties prenantes comme les jeunes, les femmes, le secteur privé et la société civile.  La nouvelle approche, a-t-elle insisté, passe surtout par la concrétisation des promesses de l’ONU.  « Le monde doit apprendre à mieux nous connaître, à nous faire confiance », a-t-elle conclu, en ajoutant que la diplomatie devrait être la première réponse aux problèmes actuels et non pas un dernier recours.

Les Nations Unies sont une incarnation du multilatéralisme, a affirmé Mme MAHA YAQOOT JUMA YAQOOT HARQOOS (Émirats arabes unis), qui a mis en exergue le rôle fondamental de l’ONU dans la compréhension entre les États et les peuples.  Elle a indiqué que son pays a proclamé 2019 « Année de la tolérance ».  Il vient d’ailleurs d’accueillir le pape François et s’efforce de contribuer aux efforts pour renforcer l’ONU, notamment par la facilitation des négociations sur la réforme du Conseil de sécurité.  Au-delà de cela, la représentante a surtout insisté sur l’importance pour les États de concrétiser leurs promesses, en particulier la réalisation des objectifs de développement dans les délais fixés.  

Pour M. RENÉ ALFONSO RUIDÍAZ PÉREZ (Chili), l’action des Nations Unies et les outils du multilatéralisme sont les moyens les plus efficaces pour promouvoir la paix et de la sécurité internationales.  En effet, a-t-il poursuivi, investir dans le multilatéralisme c’est prévenir les conflits.  Il a salué l’approche transversales dans tous les aspects du travail des Nations Unies.  La diplomatie au service de la paix est une de « nos priorités », a-t-il insisté.  Il a évoqué l’exemple des changements climatiques et a donné rendez-vous aux États Membres à la vingt-cinquième Conférence des États parties à la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 25) prévue en décembre prochain au Chili.  Nous ferons de cette manifestation une plateforme pour la convergence des idées et des initiatives, a-t-il dit, soulignant que la diplomatie au service de la paix est profondément enracinée dans la politique étrangère chilienne.  Il a plaidé pour une véritable implication de la société civile et des femmes.

Selon M. OMAR CASTAÑEDA SOLARES (Guatemala), le multilatéralisme reste un outil clef pour le développement et le règlement des conflits.  Célébrant la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix, le Guatemala réaffirme son engagement à promouvoir les valeurs consacrées par la Charte des Nations Unies.  Le représentant a reconnu l’importance des forums multilatéraux comme mécanismes de consolidation des processus de dialogue et de concertation politique.  « Le futur du multilatéralisme dépendra des actions que nos pays entreprendront au cours des prochaines années », a-t-il averti.  Après près de quatre décennies de conflit armé civil, les Guatémaltèques ont pour leur part signé une paix ferme et durable qu’ils se sont donné pour tâche de consolider.  De même, le représentant a fait valoir que le développement conduit à la paix et à la prospérité.    

Pour M. TIEMOKO MORIKO (Côte d’Ivoire), il faut plus que jamais, dans une approche qui épouse l’esprit de la Charte des Nations Unies, trouver ensemble des réponses pérennes aux défis contemporains, dont les plus prégnants sont la pauvreté, le chômage des jeunes, l’extrémisme violent et le terrorisme.  Dans cette perspective, le choix assumé du multilatéralisme par la communauté internationale ainsi que sa promotion commune paraissent essentiels notamment à travers l’affirmation du rôle central dévolu à l’ONU.  La Journée internationale invite à recentrer les Nations Unies autour des valeurs et des objectifs nobles qui ont été à la base de leur création et qui visent le maintien de la paix et de la sécurité internationales, ainsi que le renforcement de la coopération internationale.  Or la Charte des Nations Unies consacre le multilatéralisme comme l’approche par excellence de cette quête commune de solutions aux défis de notre temps, a rappelé le délégué avant de s’inquiéter de l’érosion progressive de ce multilatéralisme marquée par la remise en cause des cadres de coopération internationale.

La célébration d’une Journée internationale sur le multilatéralisme est un signe préoccupant de l’état de la communauté internationale et du fait que nous nous sommes trompés, s’est alarmé M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie).  Nous, a dit le représentant, nous sommes dans une zone de paix où le multilatéralisme est assumé comme un élément fondamental des relations entre ses États.  Il a dénoncé les propagandes politiques menées sous le prétexte fallacieux de la justice, de la démocratie, des droits de l’homme ou de la situation humanitaire.  Il a fustigé les offensives médiatiques et militaires pour changer les régimes et accéder, contrôler et exploiter les ressources naturelles.  Il a parlé de l’invasion « illégale » de l’Iraq, du renversement du Gouvernement libyen et de la guerre civile en Syrie qui ressemblent à s’y méprendre à l’époque des contras au Nicaragua.  Il faut, a-t-il pressé, défendre le multilatéralisme et réaliser ce faisant la solution des deux États avec un État de Palestine libre, refuser la souveraineté d’Israël sur le Golan et obtenir la levée toutes les mesures coercitives unilatérales contre le Venezuela et Cuba.  

M. GEORG HELMUT ERNST SPARBER (Liechtenstein) a remarqué que la vision à long terme de la Charte des Nations Unies semble se heurter de nos jours aux politiques à court terme rythmées par les cycles électoraux.  En tant qu’États Membres des Nations Unies, nous avons tous notre lot de reproches à faire à l’Organisation.  Si pour les uns elle avance trop vite, pour les autres, elle procrastine, elle dépense trop et elle investit trop peu.  Si certains pensent qu’elle intervient quand c’est nécessaire, d’autres lui reprochent de rester trop souvent silencieuse.  Mais, a rappelé le représentant, nous avons tous cherché à en être membre pour participer aux nobles ambitions inscrites dans la Charte, convaincus que la souveraineté nationale se vit dans la coopération et non dans l’isolement.  Il faut donc être prêt à défendre cette conviction pour préserver le potentiel de l’ONU de tenir ses promesses.

Le représentant a encouragé l’Organisation à être plus à l’écoute des peuples qu’elle représente, à commencer par les jeunes et leur mobilisation contre les changements climatiques et par les femmes dans leur combat contre les violences et la discrimination.  Le représentant a également parlé de l’action de la société civile en faveur du désarmement et des victimes des conflits sans fin qui attendent que justice soit faite.

Remettant en question le droit de veto « qui est difficile à comprendre », il a souligné le tort qu’il cause à l’Organisation « vue de l’extérieur ».  Même si l’Assemblée générale n’est pas le lieu pour se plaindre des échecs des autres, elle reste l’organe principal de l’élaboration de politiques de l’ONU, a-t-il poursuivi en rappelant que la Charte l’a chargée d’intervenir à chaque fois que sa vision n’est pas concrétisée.  En conséquence, a estimé le représentant, quand l’Assemblée générale agit avec détermination et pragmatisme elle peut aller très loin.  Citant l’exemple des objectifs de développement durable, le représentant a conclu en soulignant que l’Assemblée a la légitimité exigée par la mise en œuvre, et « c’est là la vraie force du multilatéralisme ».

M. MOHD SUHAIMI AHMAD TAJUDDIN (Malaisie) s’est alarmé de la montée de l’unilatéralisme, de l’isolationnisme et du protectionnisme, ajoutant que le multilatéralisme se trouve à la croisée des chemins.  Il a exhorté tous les États à l’unité et à débattre dans le cadre multilatéral pour préserver la paix et la stabilité mondiales.  Il a réitéré l’engagement continu de la Malaisie à faire respecter les buts et principes de la Charte et les droits de l’homme et encouragé à un dialogue sur la base des valeurs partagées.  

Mme LISE GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas) a appelé à renouveler l’engagement en faveur du multilatéralisme et à envisager ensemble les moyens de le renforcer.  Nos citoyens attendent des solutions aux problèmes transfrontaliers comme les changements climatiques, le terrorisme et les migrations non régulières, a-t-elle noté, mais ils demandent aussi un commerce équitable, un développement durable et le respect des droits de l’homme.  L’ONU joue un rôle central dans tous ces domaines, a-t-elle remarqué, même si dans d’autres situations, elle peine à obtenir des résultats, comme en Syrie.  Ce n’est pas la faute de l’ONU en tant qu’organisation mais plutôt celle de ses États Membres qui ne parviennent pas à se mettre d’accord.

Elle a également pointé du doigt les pays qui se désengagent des organismes et des accords internationaux au nom de leur souveraineté.  Pour les Pays-Bas, la souveraineté est plutôt liée à la capacité d’un pays de relever des défis pour améliorer la vie de ses citoyens.  C’est une illusion de croire qu’en se repliant sur soi, les problèmes vont disparaître.  Nous avons besoin les uns des autres et nous devons être honnêtes là-dessus avec nos citoyens.  Pour les Pays-Bas, les organisations comme l’OTAN, l’ONU, l’Union européenne, l’OMC, la Banque mondiale et le FMI sont autant d’outils pour démultiplier notre capacité collective à régler les problèmes mondiaux.  Si ces organisations n’existaient pas, il faudrait les inventer, a-t-elle dit, tout en reconnaissant que cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont parfaites.  Mais il est trop facile de les rejeter au motif qu’elles n’obtiennent pas de résultats immédiats.  Il faut plutôt s’impliquer pour les améliorer et trouver des solutions, voire exiger des réformes, a estimé Mme van Haaren citant par exemple l’implication des Pays-Bas dans la modernisation des opérations de paix de l’ONU.  Pour avoir des organisations multilatérales opérationnelles, il faut également respecter l’ordre international fondé sur des règles, la justice internationale et le principe de responsabilité, a-t-elle ajouté, avant d’exiger le respect du droit et des accords internationaux.

Mme MIRYAM DJAMILA SENA VIEIRA (Cabo Verde) a prôné un multilatéralisme qui favorise une participation inclusive de tous les États Membres et qui promeut un dialogue démocratique dans les relations internationales pour faire avancer les causes communes de l’humanité.  En tant que petit État insulaire, le Cabo Verde a, depuis son indépendance, opté librement pour la diplomatie, le multilatéralisme, la coopération internationale et l’édification de partenariats solides.  Les défis mondiaux exigent des solutions globales et l’ordre multilatéral est la voie appropriée pour aboutir à une appréhension commune des questions qui dépassent les capacités nationales.

M. SEYDOU SINKA (Burkina Faso) s’est dit convaincu que le multilatéralisme est le socle nécessaire non seulement pour parvenir à un développement durable pour tous mais aussi pour pérenniser la paix dans le monde.  Les questions telles que l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale, l’égalité entre les peuples, le règlement pacifique de différends et la solidarité entre les peuples constituent les référentiels fondateurs du multilatéralisme et de la diplomatie au service de la paix, a-t-il poursuivi.  À ces valeurs, il faut ajouter le multilinguisme qui est un fondement du multilatéralisme effectif, a poursuivi le représentant en estimant que chaque pays devait disposer des mêmes opportunités de prendre part aux débats et d’avoir ainsi accès à l’information dans les langues officielles de l’ONU.

Il a plaidé pour un multilatéralisme renforcé pour pouvoir répondre aux défis importants comme l’exacerbation des actes terroristes, la montée de l’extrémisme violent, la pérennisation de certains conflits, les changements climatiques, l’accentuation des inégalités, la pauvreté et la cybercriminalité.  Convaincu que ce n’est que dans un cadre multilatéral et régional que l’on peut gagner la lutte contre le terrorisme, le Burkina Faso et quatre autres pays ont créé le G5 Sahel et sollicitent le soutien des Nations Unies pour l’opérationnalisation de sa Force conjointe.  En matière de développement, le représentant s’est également dit convaincu que seul un cadre multilatéral permettra d’atteindre les objectifs de développement durable.  Dans cette perspective, l’implication des institutions financières internationales s’avère, selon lui, nécessaire et la Coopération Sud-Sud devrait être renforcée pour un développement solidaire de « nos » États.

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