Le Secrétaire général à l’Assemblée générale: « Ne venez pas avec un discours, venez plutôt avec un plan » au Sommet Action Climat en septembre

AG/12131
28 mars 2019
Soixante-treizième session, Réunion de haut niveau sur le climat et le développement durable pour tous

Le Secrétaire général à l’Assemblée générale: « Ne venez pas avec un discours, venez plutôt avec un plan » au Sommet Action Climat en septembre

À l’ouverture d’une réunion de haut niveau sur le climat et le développement durable pour tous, organisée les 28 et 29 mars par l’Assemblée générale, le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a exhorté les dirigeants du monde qui participeront au Sommet Action Climat qu’il organisera le 23 septembre prochain à New York, à venir « avec un plan », afin que nous puissions nous engager « une fois pour toute » sur « une voie durable ».  Avec le même sens de l’urgence, la Présidente de l’Assemblée générale, Mme María Fernanda Espinosa, les a priés d’« écouter les jeunes » car, il n’y a pas de « planète B ».

« Les changements climatiques sont en cours et nous affectent tous », a alerté le Secrétaire général.  « Onze ans, c’est tout ce qu’il nous reste pour changer de cap », a renchéri la Présidente de l’Assemblée.  De fait, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a sonné l’alarme sur l’irréversibilité et l’ampleur de ce phénomène. 

Chaque semaine nous apporte un nouvel exemple de dévastation liée au climat, et aucun pays n’est à l’abri, a résumé M. Guterres, tout en notant que ce sont toujours les personnes pauvres et vulnérables qui sont les plus touchées.  Il suffit de voir le cyclone Idai qui vient de dévaster le Mozambique, le Malawi et le Zimbabwe.  Et la situation ne fera qu’empirer si « nous n’agissons pas dès maintenant », a-t-il averti.

Cette réunion en présence notamment de chefs d’État et de gouvernement, de la Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), de l’Envoyé spécial pour le Sommet sur le climat 2019, ainsi que de nombreuses organisations de jeunes, s’inscrit dans le cadre d’une résolution* sur la « Sauvegarde du climat mondial pour les générations présentes et futures », adoptée par l’Assemblée générale le 20 décembre 2017.

Considérant qu’elle appartient à « la dernière génération qui peut éviter de causer des dommages irréparables à la planète », Mme Espinosa a jugé impératif d’écouter les milliers de jeunes étudiants qui se mobilisent dans le monde entier pour « réclamer des réponses au problème des changements climatiques ».  « Ma génération et les générations futures vont faire face à cette bataille pour vivre en bonne santé.  Le moment d’agir c’est maintenant! » a ainsi lancé à la tribune Mlle Shedonna Richardson, représentante de la jeunesse.  Dans les Caraïbes, on ne peut parler de développement durable sans tenir compte de la réalité des changements climatiques, a-t-elle témoigné.

« Nous n’avons pas d’excuse pour ne pas agir », a martelé M. Guterres.  Nous avons des outils pour répondre aux questions soulevées par les changements climatiques, la pression environnementale, la pauvreté et l’inégalité: le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  « Nous avons besoin d’ambition et de volonté politique », a encore reconnu le Secrétaire général, en appelant les États Membres à faire en sorte que le plan de travail adopté en décembre dernier à Katowice, en Pologne, par les Parties à la CCNUCC, puisse « libérer son plein potentiel ». 

La Présidente de l’Assemblée a réitéré son appel pour que 2019 soit l’année de l’action climatique à tous les niveaux et avec tous les acteurs.  Car chacun à son niveau peut améliorer son empreinte carbone à travers le choix des aliments consommés, les vêtements, les moyens de transport et les déchets générés.  « C’en est assez du gaspillage et des déchets générés par nos modes de consommation et de production », s’est élevée Mme Espinosa.  « Nous avons besoin de changements systémiques. » 

M. Guterres a justement décelé « un élan grandissant en faveur d’un changement transformationnel », alors qu’un nombre croissant de gouvernements, de villes et d’entreprises comprennent que des solutions climatiques peuvent renforcer nos économies tout en protégeant notre environnement.  Il a appelé notamment à mettre un terme aux subventions aux énergies fossiles et à l’agriculture non viable, et à s’orienter vers les énergies renouvelables, les véhicules électriques et des pratiques adaptées au climat.

« Notre avenir est entre vos mains, ne nous laissez pas tomber! », a plaidé la jeune représentante.  « Nous avons besoin d’une action multilatérale avec tous les gouvernements du monde », a conclu M. Guterres.  Ceux-ci doivent œuvrer main dans la main avec le secteur privé et la société civile.  « Ce sont les jeunes qui portent le flambeau, et l’avenir c’est maintenant. »

Après la séance d’ouverture, l’Assemblée a entamé un débat plénier de haut niveau sur le thème de la réunion, qui se poursuivra demain.

Dans l’après-midi, les participants se sont réunis autour de deux tables rondes pour examiner, d’une part, les synergies entre le climat et le programme de développement durable et, d’autre part, les moyens de mise en œuvre.

Cette réunion de haut niveau sur le climat et le développement durable pour tous a également donné lieu à un déjeuner de travail décliné en « 12 tables de leaders », chacune présidée par un État et comprenant des participants représentant les jeunes, la société civile, le secteur privé, les organisations internationales et les milieux académiques.

* A/RES/72/219

RÉUNION DE HAUT NIVEAU SUR LE CLIMAT ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE POUR TOUS

Déclarations liminaires

Mme MARÍA FERNANDA ESPINOSA, Présidente de l’Assemblée générale, a salué la présence des chefs d’État et de gouvernement à cette réunion de haut niveau sur le climat et le développement durable pour tous qui témoigne, selon elle, de leur engagement.  Elle a également tenu à saluer le leadership du Secrétaire général, « véritable défenseur du climat ».

Appartenant à « la dernière génération qui peut éviter de causer des dommages irréparables à la planète », la Présidente a jugé impératif d’écouter les milliers de jeunes étudiants qui se mobilisent dans le monde entier pour « réclamer des réponses au problème du changement climatique ».  Leurs messages sont clairs et directs: « Il n’y a pas de planète B », « Le moment de sauver la planète est arrivé »; « Pas un degré de plus ou une espèce en moins ».  Dès lors, a-t-elle averti: « ne pas les écouter est une erreur, tout comme croire que nous disposons de beaucoup de temps! »

Mme Espinosa a articulé son intervention autour de trois problématiques: les changements climatiques en tant que défi qui doit être abordé dans le cadre d’une approche intergénérationnelle; l’interdépendance profonde qui existe entre l’Accord de Paris et le Programme de développement durable à l’horizon 2030; mais d’abord et avant tout l’urgence d’agir, car nous « sommes dans une phase critique ». 

En effet, a-t-elle insisté, « 11 ans, c’est tout ce qu’il nous reste pour changer de cap ».  De fait, le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a sonné l’alarme sur l’irréversibilité et l’ampleur de ce phénomène.  Elle en a voulu pour preuve le récent cyclone Idai qui a dévasté le Mozambique, le Malawi et le Zimbabwe, causant des centaines de morts et affectant des millions de personnes.  « L’une des pires catastrophes météorologiques de l’histoire de l’Afrique », a-t-elle déploré, reprenant à son compte les propos du Secrétaire général.  Ce ne sont là que des signes avant-coureurs de ce que nous devrions éviter, a-t-elle mis en garde.  Elle a tenu à saluer, à cet égard, la réaction rapide des équipes de gestion de secours d’urgence des Nations Unies depuis le début de la crise, tout en se joignant à l’appel humanitaire lancé par le Secrétaire général pour soutenir les victimes de cette catastrophe. 

La Présidente de l’Assemblée a donc réitéré son appel pour que 2019 soit l’année de l’action climatique à tous les niveaux et avec tous les acteurs.  Car, chacun à son niveau peut améliorer son empreinte carbone à travers le « choix des aliments consommés, les vêtements, les moyens de transport et les déchets générés ».  « Nous avons besoin de changements systémiques. » 

Pour Mme Espinosa, une croissance économique en harmonie avec la nature est possible à condition de modifier les modes de production et de consommation et d’éviter les gaspillages et les excès.  Elle a pointé du doigt ce paradoxe de voir 1,3 milliard de tonnes de nourriture gaspillées chaque année, alors que près de 2 milliards de personnes souffrent de la faim ou de malnutrition.

De plus, a-t-elle poursuivi, l’augmentation de la production agricole doit aller de pair avec des mesures de conservation des forêts, « poumons du monde », qui absorbent chaque année l’équivalent de 2 milliards de tonnes de dioxyde de carbone.

La bataille pour la durabilité se joue également dans les villes, où sont produits 70% des émissions mondiales de dioxyde de carbone, a poursuivi la Présidente, exhortant l’ensemble des délégations à s’engager pour que 2020 soit la dernière année d’augmentation de ces émissions causées par l’activité humaine.  À cette fin, elle a plaidé en faveur de davantage de coopération et de transfert de technologie.

Mme Espinosa a ensuite mis en relief la profonde interdépendance entre l’Accord de Paris et le Programme 2030.  Mieux, ils se renforcent mutuellement, car « sans action climatique, aucun programme de développement durable n’est possible ».  Une action climatique audacieuse présente également des avantages économiques d’envergure.  À lui seul, le secteur de l’énergie durable pourrait créer environ 18 millions d’emplois.  Dans le même temps, elle a évalué le coût de l’inaction à 2 milliards de dollars par an et mentionné l’impact sur la santé et le bien-être des populations.  Le nombre de personnes vivant dans la pauvreté en raison des effets climatiques, estimé à 26 millions par an, pourrait être réduit.  Il s’agit aussi de réduire le nombre des déplacés climatiques qui a atteint quelque 2 millions en 2018.  Dès lors, une approche intégrée est essentielle pour faire avancer le Programme 2030 et l’Accord de Paris, a-t-elle insisté, avant d’annoncer une série de manifestations prévue dans les mois à venir afin de « synchroniser encore plus ces engagements ».  Elle a cité les prochains forums politiques de haut niveau, sous les auspices de l’ECOSOC en juillet et de l’Assemblée générale en septembre ainsi que le Sommet sur le climat organisé par le Secrétaire général, une plateforme idéale pour renforcer l’engagement, mobiliser les ressources nécessaires pour répondre à l’urgence générée par les changements climatiques.

Enfin, la Présidente a préconisé d’aborder les changements climatiques dans le cadre d’une approche intergénérationnelle.  « Le rôle des jeunes en tant qu’agent de changement est central. »  C’est une question de survie pour tous, sans exception.  L’humanité est à la croisée des chemins et le moment est venu de décider quel chemin nous voulons emprunter, a-t-elle conclu, voyant dans le multilatéralisme et la coopération « nos meilleurs instruments ».

« Les changements climatiques sont en cours et nous affectent tous », a alerté M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU.  Chaque semaine nous apporte un nouvel exemple de dévastation liée au climat, et aucun pays n’est à l’abri, a-t-il déclaré, tout en notant que ce sont toujours les personnes pauvres et vulnérables qui sont les plus touchées. 

« Mes pensées vont aux centaines de milliers de personnes affectées par le récent cyclone Idai au Mozambique, au Malawi et au Zimbabwe. »  De tels phénomènes sont de plus en plus fréquents, leur impact est de plus en plus sévère et la situation ne fera qu’empirer si nous n’agissons pas dès maintenant, s’est alarmé le Secrétaire général, pour qui les changements climatiques mettent en péril des décennies de progrès en matière de développement inclusif et durable.

Toutefois, il est également vrai que la lutte contre les changements climatiques représente une occasion de consolider et d’accélérer les acquis du développement grâce à un air plus propre, une meilleure santé publique et davantage de sécurité pour les nations et les économies. 

« Nous n’avons pas d’excuse pour ne pas agir », a martelé M. Guterres.  Nous avons des outils pour répondre aux questions soulevées par les changements climatiques, la pression environnementale, la pauvreté et l’inégalité: le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Accord de Paris sur les changements climatiques. 

« Nous avons besoin d’action, d’ambition et de volonté politique », a encore dit le Secrétaire général, en appelant les États Membres à faire en sorte que le plan de travail adopté en décembre dernier à Katowice, en Pologne, par les Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, puisse « libérer son plein potentiel ». 

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il nous reste moins de 12 ans pour éviter des perturbations climatiques irréversibles et limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius de plus que les niveaux préindustriels.  Afin de « générer l’ambition nécessaire », le Secrétaire général a rappelé qu’il a convoqué un Sommet Action Climat, qui se tiendra le 23 septembre prochain, à New York. 

« Ne venez pas avec un discours, venez plutôt avec un plan », a enjoint le Secrétaire général en s’adressant aux dirigeants du monde, afin que nous puissions nous engager « une fois pour toutes » sur « une voie durable » et améliorer les contributions prévues déterminées au niveau national d’ici à 2020. 

M. Guterres a également demandé aux dirigeants de montrer comment parvenir à une réduction des gaz à effet de serre de 45% au cours de la prochaine décennie et à zéro émission globale en 2050, « comme le demande la science ». 

Si « l’économie verte représente l’avenir », nous devons nous assurer de ne laisser personne de côté, a-t-il averti, en particulier les femmes.  À cet égard, le Sommet Action Climat, qui réunira des représentants des gouvernements, du secteur privé et de la société civile, mettra l’accent sur la transition énergétique et l’investissement dans l’économie verte. 

Le Secrétaire général a décelé « un élan grandissant en faveur d’un changement transformationnel », alors qu’un nombre croissant de gouvernements, de villes et d’entreprises comprennent que des solutions climatiques peuvent renforcer nos économies tout en protégeant notre environnement. 

Il a appelé à mettre un terme aux subventions aux énergies fossiles et à l’agriculture non viable, et à s’orienter vers les énergies renouvelables, les véhicules électriques et des pratiques adaptées au climat.  Pour cela, a-t-il fait valoir, il faut accélérer la fermeture des usines de charbon et remplacer les emplois par des alternatives plus saines. 

« Nous avons besoin d’une action multilatérale avec tous les gouvernements du monde », a préconisé M. Guterres.  Ceux-ci doivent œuvrer main dans la main avec le secteur privé et la société civile.  « Ce sont les jeunes qui portent le flambeau, et l’avenir c’est maintenant », a conclu M. Guterres.

Pour Mlle SHEDDONA RICHARDSON, représentante de la jeunesse, originaire de la Grenade, les changements climatiques, le réchauffement de la planète et les gaz à effet de serre étaient des termes abstraits, jusqu’à ce que sa vie soit touchée par l’ouragan Ivan en 2004.  « Ce fut le jour où la Terre mère s’est rebellée après avoir été longuement maltraitée. »  Elle s’est souvenue de ces journées sans fin à attendre le retour de l’électricité pour reprendre le chemin de l’école et faire ses devoirs avant la tombée de la nuit.

La communauté des Caraïbes doit aujourd’hui affronter des inondations, la sécheresse, une saison d’ouragans de plus en plus longue et un manque de ressources, a déploré Mlle Richardson.  Pour les jeunes, l’impact des changements climatiques devient malheureusement « la nouvelle norme ».  Les jeunes sont davantage préoccupés « car le monde parle beaucoup et n’agit pas suffisamment ».

Pour les populations des petits États insulaires en développement des Caraïbes, ce sujet ne fait pas débat: « nous le vivons au jour le jour », a témoigné l’intervenante.  Dans sa Grenade natale, la qualité de vie est en péril du fait des changements climatiques.  « C’est là, une réalité qui menace nos économies, nos ressources et notre survie. »  Pour elle, on ne peut parler de développement durable sans tenir compte de la réalité des changements climatiques.  Autrement, « ma génération et les générations futures vont faire face à cette bataille pour vivre en bonne santé.  Le moment d’agir c’est maintenant! » a-t-elle lancé.

S’adressant à l’assistance, la jeune femme l’a enjointe à agir: « vous, les responsables, êtes tenus de relever le défi auquel nous faisons face et trouver une voie pour un développement durable pour tous.  « Notre avenir est entre vos mains, ne nous laissez pas tomber! »

Table ronde sur les « Synergies entre le climat et le Programme de développement durable »

« Nous parlons beaucoup et agissons peu » pour l’avenir de la planète a été le leitmotiv des jeunes largement repris à leur compte par les différents intervenants à la première table ronde consacrée au lien entre les changements climatiques et la réalisation des objectifs de développement durable à l’horizon 2030.  Lors de ce panel modéré par Mme Rhonda Inga King, Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), l’accent a été mis sur la nécessité d’adopter un discours cohérent et d’impliquer tous les acteurs et secteurs de la société.  Il s’est agi de partager les expériences et les meilleures pratiques en matière d’intégration des objectifs climatiques dans divers objectifs de développement durable par le biais de politiques, de stratégies et de programmes nationaux.

Mettre en œuvre cette synergie suppose l’implication de tous les secteurs de la société dans le cadre d’une approche gagnant-gagnant, a suggéré Mme Martha Delgado, Sous-Secrétaire d’État aux affaires multilatérales et aux droits de l’homme du Mexique.  Il s’agit, pour elle, de « changer le discours dominant ».  Il faut impliquer les secteurs privés et faire preuve d’innovation, a abondé un responsable du Belize.  En effet, a reconnu, M. Thani bin Ahmed Al Zeyoudi, Ministre des changements climatiques et de l’environnement de l’État des Émirats arabes unis, si les institutions sont importantes, les gouvernements ne peuvent travailler seuls.  Il faut une réponse cohérente au niveau mondial et davantage de partenariats aux plans local, national, régional et international, a résumé la Présidente de l’ECOSOC.

En un mot, « briser les approches compartimentées » a plaidé une représentante d’ONU-Femmes.  Une démarche défendue par Mme Krishnee Appadoo, de l’Université de Maurice, pour qui il est essentiel de créer ce lien intergénérationnel dans le traitement de la question climatique et du développement durable et de ne pas être « effrayé par des mesures innovantes et ambitieuses ».  Il est évident que « nous devons apprendre de l’innovation des jeunes et de la sagesse des anciens », a-t-elle dit.  Les jeunes, aujourd’hui, sont « plus attentifs aux problèmes environnementaux » et doivent être intégrés dans le cadre d’une approche collective.  « Nous ne façonnons pas un avenir sûr pour eux.  Nous sommes en train de les condamner à un avenir intolérable et aujourd’hui, ils nous le rappellent », a constaté, amèrement, Mme Mary Robinson, Présidente du groupe des Sages, ancienne Présidente de l’Irlande

Mais tous ont reconnu que la mise en œuvre des objectifs de développement durable ne pourra être probante si les changements climatiques continuent de menacer notre planète.  Dans un environnement désertique où la vie peut être gravement affectée par les changements climatiques, le Ministre des Émirats arabes unis voit dans la transformation des habitudes et l’adoption de mesures proactives une opportunité de croissance et de développement pour tous.  Il a plaidé, à cet égard, en faveur de la résilience et de la promotion de l’économie verte.  Tous avaient à l’esprit le cyclone Idai, qui a dévasté le Mozambique, le Malawi et le Zimbabwe, l’une des pires catastrophes météorologiques de l’histoire du continent africain.

C’est dans le cadre d’une feuille de route et d’une vision globale que nous pourrons garantir les plus grandes synergies, a répondu en écho Mme Delgado. Cependant, a averti M. Manish Bapna, Vice-Président exécutif de l’Institut des ressources mondiales (WRI), en matière de réduction de gaz à effet de serre, « nous allons dans la mauvaise direction », puisque l’on enregistre une augmentation de 1,7% en 2018 par rapport à 2017.  De fait, a suggéré M. Pieter Taalas, Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), en plus de l’atténuation, il faut penser à l’adaptation, car pour faire baisser les émissions, il faut se débarrasser des énergies fossiles.  Une responsable de la Banque mondiale a, dans ce contexte, mis en garde sur le fait que les changements climatiques peuvent entraver les acquis du développement.  Il faut aborder le développement dans le cadre d’un modèle fondé sur la durabilité, a-t-elle insisté.  Pourquoi ne pas échapper au modèle de croissance traditionnelle et envisager une approche économique complètement différente, a suggéré un représentant de l’Union interparlementaire (IPU)?

Table ronde sur les « Moyens d’exécution »

La Modératrice de cette deuxième table ronde, Mme JAYATHAM WICKRAMANAYAKE, Envoyée spéciale du Secrétaire général pour la jeunesse, a déclaré d’emblée que les changements climatiques sont devenus, au cours des années, « la priorité des priorités ».  Alors que l’environnement continue de se détériorer, nous devons garder à l’esprit que « l’avenir est façonné par les décisions que nous prenons aujourd'hui », d’où l’importance de trouver des moyens d’exécution des synergies entre le climat et les objectifs de développement.

À cet égard, Mme EVA SVEDLING, Secrétaire d’État à l’environnement et à l’énergie de la Suède, a rappelé l’adoption par son pays, en 2017, d’une nouvelle politique climatique qui prévoit, à terme, zéro émission.  Pour atteindre cet objectif, nous devons faire en sorte que le monde financier prenne la place qui lui revient dans la lutte contre les changements climatiques, a-t-elle argué, citant en exemple les politiques de l’Union européenne visant à trouver un lien entre la finance et les objectifs fixés tels que l’atténuation et l’adaptation.

À cet effet, Mme MARILYN CECI, Directrice exécutive, Présidente de Green Bonds, J.P. Morgan, a parlé de l’expansion du marché des obligations vertes et des transferts verts, notamment depuis la tenue de la 24ème Conférence des parties à la Convention-cadre sur les changements climatiques (COP24) à Katowice, en Pologne.

Pour profiter de cet élan, il faut assurer le transfert des technologies vers les pays en développement, a fait valoir Mme YASSMIN SALAH ELDIN FOUAD ABDELAZIZ, Ministre de l’environnement de l’Égypte.  Les technologies de gestion du carbone fonctionnent, malgré leur coût, pour autant qu’elles favorisent un environnement social favorable.  Toutefois, l’aspect financier demeure une condition essentielle aux transferts technologiques, a-t-elle reconnu. 

Une position partagée par M. HUSSAIN RASHEED HASSAN, Ministre de l’environnement des Maldives, qui a rappelé que, bien que son pays fasse part de ses préoccupations, la mise en place de projets de résilience majeurs demeure limitée pour des raisons économiques.  Mais les Maldives ont été en mesure de mettre en place des projets à petite échelle, notamment pour assurer la sécurité hydrique, en partenariat avec le Fonds vert pour le climat.  « Pour nous, les changements climatiques ne sont pas théoriques », a-t-il conclu.  « Il est temps d’agir. »  

Face à ces défis, M. JAVIER MANZANARES, Directeur exécutif du Fonds vert pour le climat, a déclaré que l’adaptation aux changements climatiques est la priorité de beaucoup de pays en développement, et la raison d’être du Fonds qui a un portefeuille de 5 milliards de dollars pour 102 projets dans 97 pays en développement.  Le Fonds mise avant tout sur le renforcement des capacités des États vulnérables et la mise en place d’instruments financiers adaptés.  Les ressources du Fonds vont à hauteur de 50% à l’atténuation des effets des changements climatiques et à 50% à l’adaptation, essentiellement dans les petits États insulaires et les États des pays d’Afrique, afin de favoriser la mise en place d’une véritable économie verte.  Pour renforcer les capacités, Mme NEZHA EL OUAFI, Représentante du Maroc, a indiqué que son pays a mis sur pied un Centre de compétences en changements climatiques.

Alors que les jeunes représentent la moitié de la population mondiale, Mme PRAMISHA THAPALIYA, Représentante jeunesse du Népal, a appelé le Fonds vert pour le climat à développer des mécanismes spécifiques, en se fondant sur les objectifs de développement durable.  Nous devons trouver les moyens d’interpeller la nouvelle génération, a reconnu la Ministre de l’environnement de l’Égypte, en insistant sur l’importance qu’il y a à développer des projets spécifiques.  « Il s’agit d’un principe d’équité intergénérationnel », a approuvé le Ministre de l’environnement des Maldives, pour qui, il y a urgence.

La Secrétaire d’État à l’environnement et à l’énergie de la Suède a d’ailleurs vanté la tradition de dialogue de son pays entre les entreprises, les syndicats, le monde politique, le milieu universitaire et la jeunesse.  Le dialogue climatique est un concept récent dans le monde des affaires, a concédé la Présidente de Green Bonds, J.P. Morgan, en invitant les jeunes à faire entendre leur voix. 

Nous avons besoin de partenaires, a renchéri le Directeur exécutif du Fonds vert pour climat, et il revient aux jeunes de veiller à ce que les institutions pertinentes prennent en compte leurs revendications.

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