Les Présidentes de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC expliquent leurs efforts pour assurer la cohérence de leurs deux agendas

AG/12121-ECOSOC/6962
31 janvier 2019
Soixante-treizième session, Réunion conjointe – matin

Les Présidentes de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC expliquent leurs efforts pour assurer la cohérence de leurs deux agendas

Pour la première fois, l’Assemblée générale et le Conseil économique et social (ECOSOC) ont tenu, aujourd’hui, une séance conjointe pour expliquer les efforts faits pour faciliter la cohérence entre leurs deux ordres du jour.

Dans la résolution sur la revitalisation de ses travaux qu’elle a adoptée le 20 septembre 2018, l’Assemblée générale soulignait la nécessité d’accroître les synergies et la cohérence et de réduire les chevauchements entre les questions inscrites à l’ordre du jour de ses Deuxième et Troisième Commissions, de l’ECOSOC, du Forum politique de haut niveau pour le développement durable et de toute autre instance traitant de questions connexes, en tenant compte du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  L’Assemblée priait son Bureau de s’employer tout particulièrement à réduire les chevauchements et sa Présidente, de formuler des propositions visant à combler les lacunes et à éliminer les doubles emplois, en tenant compte du rapport sur « l’alignement stratégique de ses futures sessions avec le Programme 2030 ».

Avant les commentaires d’une trentaine de délégations, les Présidentes de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC ont parlé aujourd’hui de cet alignement, du Forum de haut niveau pour le développement durable, du Forum de la jeunesse, du travail décent et du financement du développement.*

Cette séance est un moment « révolutionnaire » pour renforcer nos efforts visant à assurer plus de cohérence, plus de coordination et plus d’efficacité dans les questions d’intérêt commun pour l’Assemblée générale et l’ECOSOC, a estimé la Présidente de l’Assemblée générale.  Il s’agit de discuter des chevauchements entre les mandats et entre les processus, a précisé Mme Maria Fernanda Espinosa Garcés.  Les deux organes, a-t-elle rappelé, ont pour mandat de se renforcer mutuellement pour rendre les Nations Unies capables de répondre aux trois piliers interconnectés de la Charte: les droits de l’homme; la paix et la sécurité; et le développement.

L’objectif ultime, a dit la Présidente, est de faire en sorte que les ordres du jour de l’Assemblée générale, de l’ECOSOC et de leurs organes subsidiaires reflètent la structure et l’esprit du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  « Nous devons nous montrer ambitieux et créatifs. »  Nous devons, a poursuivi la Présidente, fixer un calendrier et déterminer la nature des résultats que nous souhaitons.

Passant au Forum politique de haut niveau pour le développement durable, qui sera pour la première fois cette année organisé sous les auspices de l’ECOSOC, au mois de juillet, et de l’Assemblée générale, au mois de septembre sous la forme d’un Sommet, la Présidente a insisté sur la nécessité de bien coordonner les deux processus, une coordination qui a aussi une valeur « stratégique ».  Le Forum qui sera organisé sous les auspices de l’Assemblée générale sera le seul, cette année, à donner lieu à une déclaration politique.  Cette déclaration, a voulu la Présidente, doit être concise et orientée vers l’action, envoyer un message politique fort sur la nécessité urgente d’accélérer la mise en œuvre du Programme 2030 et mobiliser les partenariats essentiels à la route vers le développement durable.  Au-delà de la déclaration politique, il faut, a ajouté la Présidente, réfléchir à la manière de faire du Forum « la preuve » de la pertinence des Nations Unies, des objectifs de développement durable et du multilatéralisme. 

S’agissant des fonds nécessaires à la mise en œuvre des objectifs, la Présidente a estimé que l’Assemblée générale et l’ECOSOC offrent la plateforme idoine pour explorer des solutions concrètes et novatrices, grâce au Forum et au Dialogue de haut niveau sur le financement du développement.  Nous devons, a-t-elle prévenu, nous garder de répéter les mêmes discussions et de renégocier des questions et des principes déjà agréés.  « Notre temps et nos ressources sont rares, utilisons-les intelligemment dans l’intérêt des peuples. »  La Présidente a indiqué qu’elle compte collaborer étroitement avec son homologue de l’ECOSOC et tous les cofacilitateurs du Forum politique de haut niveau pour le développement durable et du Forum sur le financement du développement pour assurer la cohérence.  La première réunion de coordination aura lieu le 5 février prochain.   

Donnant l’exemple d’une bonne coopération, Mme Espinosa Garcés a annoncé que la réunion qu’elle a prévue sur « les jeunes, la paix et la sécurité » se tiendra avec la Présidente de l’ECOSOC dans le cadre du Forum de la jeunesse du Conseil économique et social.  De même, la Réunion de haut niveau sur « l’Avenir du travail », prévue pour le 10 avril, se tiendra dans une franche collaboration avec l’Organisation internationale du Travail (OIT) et l’ECOSOC et ses résultats viendront enrichir les débats sur le huitième objectif de développement durable relatif à la croissance économique, au plein emploi et au travail décent, que le Forum de haut niveau a prévus pour le mois de juillet.

La Présidente a aussi annoncé la nomination de cofacilitateurs pour les modalités de la commémoration du soixante-quinzième anniversaire de l’ONU.  « 2019 est une année décisive pour le développement durable et le multilatéralisme », a-t-elle conclu.

Nous espérons en effet qu’en obtenant de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC qu’ils travaillent de manière « harmonieuse et efficace », nous pourrons élaborer des politiques meilleures et capables de changer et d’améliorer la vie des populations pour lesquelles nous travaillons, a déclaré la Présidente du Conseil économique et social, Mme Inga Rhonda King.  Le Forum politique de haut niveau, a-t-elle confirmé, est un pilier de notre voyage vers le développement durable et ouvrira la route au Sommet prévu par l’Assemblée générale, au mois de septembre.  L’ECOSOC a en effet des trésors de connaissances et d’informations à partager et il faut espérer que le Sommet saura tirer parti des idées, riches de sens, de l’ECOSOC, a insisté la Présidente.  Elle a dit travailler étroitement avec les cofacilitateurs de la Présidente de l’Assemblée générale sur le projet de déclaration politique du Sommet.

Le Forum politique et le Sommet, a-t-elle poursuivi, sont un bon exemple de la manière dont l’Assemblée générale et l’ECOSOC peuvent engranger les succès, en synchronisant leurs efforts.  Cela peut peut-être donner des idées sur le processus en cours d’alignement des ordres du jour.  Si les Présidents de l’Assemblée et de l’ECOSOC pouvaient travailler ensemble à la mise en œuvre de leurs priorités et mandats, ils placeraient tout sur la bonne voie.  Après tout, a souligné la Présidente, l’ONU ne peut fonctionner si la main droite ne sait pas ce que fait la main gauche et vice versa.  L’objectif de l’alignement, a-t-elle précisé, est d’assurer une direction et des directives stratégiques pour le développement durable dans le monde; de faire en sorte que le travail des organes internationaux soit pleinement aligné avec les 17 objectifs de développement durable; et de renforcer les synergies et d’éviter les redondances dans les ordres du jour de l’Assemblée générale, de l’ECOSOC et des autres organes.

Nous à l’ECOSOC, s’est réjouie la Présidente, nous pensons que le Forum de la jeunesse est l’innovation la plus réussie pour faire entendre la voix des jeunes.  Le thème de cette année est « Autonomisés, inclus et égaux », a-t-elle précisé, en se félicitant de ce que la Présidente de l’Assemblée générale entend profiter du Forum pour intensifier son dialogue avec les jeunes, conformément à sa promesse d’utiliser les plateformes existantes plutôt que de faire double emploi.  Quant au financement du développement, la Présidente a dit travailler étroitement avec son homologue de l’Assemblée générale pour veiller au bon séquençage et à une bonne cohérence dans les discussions du Forum et du Dialogue de haut niveau, en avril et en septembre.

Cohérence et alignement des ordres du jour, c’est ce qu’une trentaine de délégations a commenté.  Au nom de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), la Thaïlande a vu dans le processus d’alignement, l’occasion de « renforcer leur travail respectif au service du Programme 2030 ».  Mais le Japon s’est impatienté: il est temps de parvenir à un consensus sur la manière de réaménager les agendas.  Pour y parvenir, il faut, a estimé son homologue du Brésil, faire l’inventaire des lacunes.  Parmi celles-ci, l’Union européenne a relevé les chevauchements entre les sujets débattus à l’Assemblée et à l’ECOSOC.  Elle a proposé que certaines questions ne fassent plus l’objet d’un examen annuel mais plutôt biennal voire triennal.  Elle a aussi relevé les redondances entre la Deuxième Commission chargée des questions économiques et financières, la Troisième Commission chargée des questions sociales, culturelles et humanitaires, l’ECOSOC et l’Assemblée générale. 

À la Deuxième Commission, se sont plaints les États-Unis, « on continue de parler de sujets obsolètes ».  C’est « une perte de temps qui n’améliore en rien la situation des pauvres ».  Pour éviter de « gaspiller notre temps », les États-Unis, appuyés par la Suisse et le Japon, ont demandé que le Secrétariat de l’ONU mette à disposition des données sur les résolutions adoptées depuis le Sommet du Millénaire de 2000.  On revient sur les mêmes sujets parce que les résolutions ne sont pas appliquées, a rétorqué le Nicaragua.  La redondance et la répétition n’illustrent que la nécessité de mettre l’accent sur des questions économiques et de développement importantes, a renchéri l’Iran qui a dénoncé les « approches sélectives » sur des questions essentielles pour les pays en développement.  C’est la nature « transversale » des objectifs de développement durable qui donne lieu à des chevauchements mais nous pouvons les supprimer ensemble, a reconnu l’Iran.  Que l’Assemblée générale et l’ECOSOC commencent par se focaliser sur leur mandat respectif, a conseillé la Fédération de Russie et s’ils réussissent, a dit la Sierra Leone, l’alignement profitera d’abord aux petites missions qui n’ont pas beaucoup de personnels à leur disposition.  Il faut en effet, a souligné Trinité-et-Tobago, tenir compte, dans un esprit de compromis, de la position des petits États en développement qui ne peuvent pas toujours participer à des réunions qui se tiennent parfois en même temps.  Au nom de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), Belize a insisté pour que les accords internationaux concernant les petits États insulaires en développement (PEID) soient pris en compte dans le cadre de l’alignement.

Comment se fait-il que l’on ne trouve pas dans l’ordre du jour de la plénière de l’Assemblée générale un point relatif au Programme 2030? s’est insurgé le Mexique qui a défendu l’idée d’une résolution annuelle avec des parties correspondant aux 17 objectifs de développement durable.  Le Kazakhstan a plutôt mis l’accent sur l’approche régionale dont pourraient s’occuper les commissions économiques de l’ONU.  International ou régional, la question du financement reste cruciale, ont souligné la Chine et le Canada qui coordonne, avec le Ghana, le processus consultatif en prévision du Dialogue de haut niveau de septembre prochain.

S’agissant du Forum politique de haut niveau pour le développement durable, organisé sous les auspices de l’ECOSOC, l’ASEAN a commenté le processus de l’« Examen national volontaire ».  Elle a jugé plus judicieux que l’ECOSOC fournisse, à la demande des pays qui se soumettent à l’examen, des orientations politiques et des recommandations stratégiques.  Le Forum est surchargé, ont commenté les États-Unis et pour ce qui est du Sommet du mois de septembre, le Liechtenstein a estimé que l’Assemblée générale devrait, en prévision, examiner la contribution des six grandes commissions à la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  « La nature indivisible » du Programme 2030 exige impérativement que la même attention soit accordée à tous les objectifs et cibles, a insisté la Palestine, au nom du Groupe des 77 et de la Chine.  Pour le Bangladesh, il faut à tout prix tenir compte des problèmes des pays en développement, notamment les pays en situation particulière.  Les pays les moins avancés (PMA) et les pays les plus vulnérables doivent être au cœur du travail de l’ONU cette année, a renchéri le Maroc

Le Groupe des 77 et la Chine ont salué la réunion d’aujourd’hui qui intervient à un moment critique pour le multilatéralisme.  Or, comme nous travaillons collectivement à la réalisation des objectifs de développement durable, nous devons renforcer la coopération multilatérale à tous les niveaux.  Dans la perspective du soixante-quinzième anniversaire de l’ONU, a suggéré El Salvador, il faudrait peut-être créer de nouvelles instances ou supprimer celles qui sembleraient obsolètes.  Nous voulons, ont précisé les États-Unis, une Assemblée générale et un ECOSOC « plus ouverts » à la faculté des individus extérieurs à l’ONU d’apporter l’innovation.  Ne perdons pas de vue, a mis en garde la République de Corée, que tout le processus d’alignement a pour but de garantir une bonne mise en œuvre du Programme 2030. 

*Lettre des Présidentes de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC datée du 8 janvier 2019

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