Le Secrétaire général souligne l’importance de la coopération avec l’Union africaine face aux « énormes problèmes » liés à la paix en Afrique

SG/SM/19355-SC/13594-PKO/760
20 novembre 2018

Le Secrétaire général souligne l’importance de la coopération avec l’Union africaine face aux « énormes problèmes » liés à la paix en Afrique

On trouvera ci-après le discours du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à la réunion du Conseil de sécurité sur la « Paix et sécurité en Afrique: Renforcement des opérations de maintien de la paix en Afrique », aujourd’hui:

Le maintien de la paix est une manifestation remarquable de la solidarité mondiale.  Les soldats de la paix des Nations Unies sont prêts à faire le sacrifice ultime pour la paix, et nous leur en sommes tous redevables.  La semaine dernière, huit de nos soldats de la paix –tous originaires des pays africains, le Malawi et la Tanzanie– ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions.  La plupart d’entre eux essayaient de prévenir une attaque contre la ville de Beni, en République démocratique du Congo, et de créer un environnement sûr pour ceux qui luttent contre l’épidémie d’Ebola dans ce pays.  J’adresse mes condoléances les plus sincères à leurs familles et à celles de tous les soldats de la paix tués dans l’exercice de leurs fonctions.  Levons-nous et observons une minute de silence en hommage à ceux qui sont tombés au champ d’honneur.

Les membres du Conseil observent une minute de silence.

Je remercie la présidence chinoise du Conseil d’avoir convoqué ce débat public sur le renforcement des opérations de maintien de la paix en Afrique et de la contribution de la Chine aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies en Afrique et dans le monde.  Quelque 2 500 membres du personnel en uniforme chinois, y compris des policiers hors unités constituées et des unités de police constituées bien formés et équipés, apportent une contribution importante aux efforts multilatéraux en faveur de la paix.

Je me félicite de l’engagement pris par le Président Xi de mettre en place une force en attente de maintien de la paix et j’espère que nous pourrons nous baser sur les 13 unités qui ont déjà été enregistrées.  Sept des 14 missions de maintien de la paix des Nations Unies et plus de 80 % des soldats de la paix des Nations Unies sont déployés sur le continent africain.  Les pays africains fournissent près de la moitié des Casques bleus déployés dans le monde, dont près des deux tiers de toutes les femmes soldats de la paix et la majorité du personnel de police des Nations Unies.

Nos missions de maintien de la paix sur le continent africain ont accompli des progrès encourageants, ces dernières années.  Les mandats ont été menés à bien en Côte d’Ivoire et au Libéria et nos missions ont pu se retirer.  En République démocratique du Congo, au Mali, en République centrafricaine et au Darfour, l’Union africaine et l’Organisation des Nations Unies ont collaboré étroitement pour appuyer les processus politiques, les dialogues nationaux et les efforts de médiation dans la région, ce qui a désamorcé les tensions et ouvert la voie à des accords de paix et à des élections.

Au Soudan du Sud, nous avons travaillé avec l’Union africaine en appui à l’Autorité intergouvernementale pour le développement afin de parvenir à la signature de l’Accord revitalisé sur le règlement du conflit en République du Soudan du Sud.  Ces 10 dernières années, l’Architecture africaine de paix et de sécurité de l’Union africaine a été considérablement renforcée et l’un de ses piliers essentiels –le Fonds pour la paix– est en cours de mise en œuvre.  À ce jour, les contributions des États membres de l’Union africaine s’élèvent à 60 millions de dollars sur les 400 millions requis d’ici à l’année 2021.  Ceci est très encourageant, et je félicite le Président de l’Union africaine, le Président Kagame, ainsi que le Président de la Commission de l’Union africaine, M. Moussa Faki Mahamat, de tous leurs efforts.

Le maintien de la paix en Afrique continue de nous poser d’énormes problèmes.  Les missions des Nations Unies mènent des opérations complexes dotées de mandats multidimensionnels dans des environnements extrêmement dangereux.  La criminalité transnationale, les groupes armés non étatiques et les groupes terroristes posent de sérieux défis, et ils ciblent parfois directement nos soldats de la paix.  Dans ce contexte, notre partenariat avec l’Union africaine et ses États membres est essentiel dans le cadre de notre action collective en faveur de la paix, et nous devons continuer de le renforcer.

La coopération est excellente aux plus hauts niveaux.  Le Président de la Commission de l’Union africaine, M. Moussa Faki Mahamat, et moi-même avons signé deux cadres communs de l’ONU et de l’Union africaine: le Cadre commun ONU-Union africaine pour un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité et le Cadre commun pour la mise en œuvre de l’Agenda 2063 et du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Ces cadres promeuvent déjà la cohérence et l’efficacité de notre action commune.

La Vice-Secrétaire générale et des hauts représentants de l’Union africaine ont entrepris plusieurs visites conjointes sur le continent.  Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix et le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, qui est parmi nous aujourd’hui, se sont rendus ensemble en République centrafricaine, au Soudan et au Soudan du Sud.  Le rôle des femmes dans la paix et la sécurité était au cœur de leur récente visite au Soudan du Sud.

Je suis également encouragé par l’appui africain en faveur de mon initiative Action pour le maintien de la paix, qui vise à mobiliser l’ensemble des partenaires et des parties prenantes pour, premièrement, recentrer le maintien de la paix autour de mandats plus réalistes; deuxièmement, renforcer nos missions et leur sécurité; et troisièmement, mobiliser un appui collectif plus conséquent en faveur de solutions politiques et pour que les contingents soient mieux équipés et mieux formés.  Plus de 150 gouvernements ont signé la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de maintien de la paix, dont 42 sur le continent africain.

Les partenariats avec les pays qui fournissent des contingents, les organisations régionales, en particulier l’Union africaine, et les gouvernements hôtes sont essentiels à la réussite de cette initiative, qui donne déjà des résultats.

L’initiative Action pour le maintien de la paix s’appuie également sur les recommandations du rapport Dos Santos Cruz en vue d’améliorer la sûreté et la sécurité des soldats de la paix.  Cela a mené à l’élaboration d’un plan d’action concernant la performance et la sécurité des soldats de la paix des Nations Unies.

Nos opérations adoptent dorénavant une posture plus active afin de procéder à ces améliorations.  Nous adoptons des mesures novatrices pour former et équiper nos contingents, et nous avons entrepris des examens indépendants de nos missions pour déterminer de quelle manière nous pouvons nous acquitter plus efficacement de nos mandats.  Nous resterons vigilants et nous examinerons les résultats de ces mesures.

Dans le même temps, la réforme de l’architecture de paix et de sécurité de l’ONU permettra d’améliorer la performance en procédant à des analyses plus intégrées et en renforçant les stratégies régionales et de pays.  Une intégration plus avancée de la prévention des conflits, du maintien et de la consolidation de la paix nous permettra de placer le développement durable au cœur de nos travaux.

L’augmentation du nombre de femmes à tous les niveaux du maintien de la paix est un autre moyen d’améliorer l’efficacité de nos opérations.  Je prends des mesures pour veiller à ce que ma stratégie de parité des sexes soit mise en œuvre au sein de toutes les missions de maintien de la paix, ainsi que pour augmenter le nombre de femmes soldats de la paix et de policières.

Nous sommes également en train de nous mobiliser pour combattre l’exploitation et les atteintes sexuelles dans nos rangs, notamment au sein de nos missions de maintien de la paix, en plaçant les droits et la dignité des victimes au premier plan.  Nous sommes en train de renforcer l’appui aux victimes, et nous œuvrons plus activement et plus efficacement à la recherche de la justice.  Nous avons renforcé la formation et amélioré la qualité des enquêtes.

Des dizaines de dirigeants mondiaux ont rejoint le cercle de dirigeantes et de dirigeants pour appuyer des mesures visant à appliquer une politique de tolérance zéro, et 100 pays ont signé des pactes volontaires avec l’ONU afin de lutter contre ce problème.  L’ère du silence et des tabous autour de cette question est révolue, et l’ère de la responsabilisation a commencé.

L’ONU et l’Union africaine coopèrent plus étroitement que jamais.  Les opérations de paix africaines, notamment celles qui sont créées par l’Union africaine, jouent un rôle clef dans le maintien de la paix et de la sécurité sur le continent et méritent des systèmes d’appui prévisibles.

Le Président Faki et moi-même signerons prochainement un communiqué conjoint pour guider les travaux du Secrétariat et de la Commission de l’Union africaine afin de renforcer les opérations de maintien de la paix des Nations Unies en Afrique et d’ouvrir la voie à un appui plus adéquat aux opérations de paix africaines. Nous collaborons étroitement avec l’Union africaine à la planification conjointe des mandats de ses opérations d’appui à la paix et à l’élaboration de cadres réglementaires juridiques et relatifs au respect des droits de l’homme.

Comme je l’ai déjà dit au Conseil, nous devons comprendre que le maintien de la paix des Nations Unies a ses limites.  Nous sommes confrontés à un nombre croissant de situations qui nécessitent des opérations d’imposition de la paix et de lutte contre le terrorisme dont l’exécution revient à nos seuls partenaires – à savoir l’Union africaine et les diverses organisations sous-régionales.

Il est essentiel que les opérations de paix africaines placées sous l’autorité du Conseil de sécurité soient dotées de mandats solides et prévisibles, ainsi que d’un financement durable et souple, notamment, le cas échéant, au moyen de contributions versées à l’ONU.

J’ai appelé la communauté internationale à appuyer la lutte que mène la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel contre le terrorisme et la criminalité organisée. Je remercie l’Union européenne et les autres donateurs qui se sont engagés à verser des contributions à la Force, mais à ce jour, près de la moitié des contributions n’ont pas été affectées, et encore moins versées.

Des progrès ont été accomplis au cours de l’année écoulée. La Force conjointe a atteint sa capacité opérationnelle initiale.  Néanmoins, nous sommes loin d’avoir les moyens nécessaires pour lutter contre les problèmes de sécurité au Sahel.  Un financement adéquat permettrait à la Force de combler les déficits de matériel et de capacités et de lutter plus efficacement contre les graves menaces qui touchent la région.

À notre époque de l’interconnexion, les problèmes de sécurité sur un continuent posent un risque dans le monde entier.  Les facteurs qui alimentent les conflits en Afrique –notamment la pauvreté, le chômage des jeunes, les changements climatiques, la concurrence pour les ressources et la criminalité transnationale– menacent la sécurité mondiale.  L’amélioration de l’impact et de l’efficacité du maintien de la paix en Afrique relève de notre responsabilité collective, et nous continuerons d’y travailler avec nos partenaires africains, sur l’ensemble du continent et partout dans le monde.

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