Le Secrétaire général explique en cinq points l’action de l’ONU pour faire des ressources naturelles un outil de prévention des conflits

SG/SM/19303-SC/13541-ENV/DEV/1896
16 octobre 2018

Le Secrétaire général explique en cinq points l’action de l’ONU pour faire des ressources naturelles un outil de prévention des conflits

On trouvera ci-après le discours du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à la réunion du Conseil de sécurité sur le « Maintien de la paix et de la sécurité internationales: Causes profondes des conflits - le rôle des ressources naturelles », aujourd’hui:

Je remercie la présidence bolivienne d’avoir organisé ce débat.

L’exploitation des ressources naturelles, ou la concurrence pour ces ressources, peut provoquer et provoque effectivement des conflits violents.  Prévenir, gérer et régler ces conflits est l’un des défis importants, et qui s’amplifient, de notre époque.  D’après des études effectuées par les Nations Unies, plus de 40% des conflits armés internes survenus au cours des 60 dernières années sont liés aux ressources naturelles.  Compte tenu des effets de plus en plus importants des changements climatiques, qui sont évidents dans toutes les régions, les risques ne feront qu’augmenter.

D’autres tendances mondiales, telles que la croissance démographique, l’augmentation de la consommation et la dégradation de l’environnement, exercent également des pressions importantes et potentiellement insoutenables sur la disponibilité de nombreuses ressources naturelles.  Je pense notamment au pétrole, au gaz, aux minéraux, à l’eau et aux terres.

La distribution inéquitable des ressources naturelles, la corruption et la mauvaise gestion peuvent entraîner et entraînent effectivement des conflits, en particulier dans les pays dont les institutions ne sont pas assez fortes.  Ces pressions peuvent également exacerber les divisions ethniques ou religieuses existantes au sein des sociétés et au-delà des frontières.

Depuis 1990, 75% des guerres civiles en Afrique ont été partiellement financées par les recettes issues des ressources naturelles.  L’exploitation illégale de minéraux, de bois, de charbon de bois et de la faune et de la flore sauvages a exacerbé la violence dans plusieurs régions.  En République démocratique du Congo, elle a généré près d’un milliard de dollars de revenus au profit des rebelles et des groupes criminels.  De même, en République centrafricaine, l’exploitation illicite des minerais par de nombreux groupes armés et milices a contribué à la persistance et à la prolongation du conflit.

Il faut faire davantage pour réglementer l’origine, la vente et le commerce des minéraux au moyen d’accords de coopération associant la société civile, les gouvernements et les organisations régionales et internationales.  Le Processus de Kimberley, qui a permis de réduire le commerce des diamants issus de zones de conflit, est un bon exemple à cet égard.  On peut lutter contre l’anarchie et apporter des avantages tangibles peuvent aux populations touchées par des conflits grâce à des pratiques certifiées en matière d’extraction, de production et de commerce équitable, et en mettant l’accent sur l’assistance aux communautés locales.

Il convient également de souligner que les ressources naturelles, quand elles sont partagées, ont toujours joué un rôle de catalyseur pour la coopération entre les États, les communautés et les peuples. En général, les avantages mutuels servent de motivation pour engager un dialogue pacifique soutenu qui, à son tour, peut favoriser la coopération et l’entente dans d’autres domaines. Par exemple, les États riverains du bassin du fleuve Sénégal sont liés par une longue histoire basée sur le partage des avantages découlant des ressources en eau. En Amérique du Sud, le lac Titicaca, le plus grand lac d’eau douce du continent, est depuis longtemps une source de coopération entre la Bolivie et le Pérou.  Et de par ma propre expérience, la Convention d’Albufeira, adoptée à l’époque où j’étais Premier Ministre du Portugal, continue de favoriser de bonnes relations et la coopération en matière de gestion de l’eau entre le Portugal et l’Espagne.

En Asie centrale, des progrès ont été réalisés dans le domaine de la gestion des eaux transfrontières grâce aux consultations en cours entre les États de l’Asie centrale, avec l’appui du Centre régional des Nations Unies pour la diplomatie préventive.  En Iraq, la Mission d’assistance des Nations Unies s’emploie à renforcer la paix et la stabilité en mettant en place un projet de règlement des différends fonciers visant à faciliter l’instauration d’un climat de confiance entre les communautés et à favoriser l’intégration.  Dans le bassin du lac Tchad, la coopération dans le domaine de l’eau a également joué un rôle crucial en rassemblant les pays pour relever l’ensemble des défis auxquels la région est confrontée.

En résumé, l’ONU est consciente que la gestion conjointe des ressources naturelles peut être un moyen de prévenir les conflits et de renforcer la coopération régionale au service de la paix et du développement durable.  À cette fin, nous avons pris acte de l’appel lancé par les États Membres pour qu’une plus grande attention soit accordée à ces questions, notamment par l’adoption, tout récemment, de résolutions du Conseil de sécurité relatives au lac Tchad, à la Somalie et au Darfour, ainsi que d’une déclaration de la Présidente du Conseil de sécurité portant sur l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (S/PRST/2018/16). En réponse, nous sommes en train de prendre un certain nombre de mesures.

Premièrement, l’Organisation s’efforce de renforcer notre capacité à faire face à la menace croissante que représentent les risques liés au climat pour la sécurité.  Je pense notamment à une nouvelle initiative conjointe associant le Département des affaires politiques, le Programme des Nations Unies pour le développement et le Programme des Nations Unies pour l’environnement.

Deuxièmement, nous voulons tirer pleinement parti de la médiation en ce qui concerne les ressources naturelles en tant qu’outil de prévention des conflits, en coopération avec les États Membres, les partenaires régionaux et les institutions financières internationales.  Par exemple, le Groupe de haut niveau sur l’eau, que j’ai mis en place avec le Président du Groupe de la Banque mondiale, a contribué à donner un nouvel élan à l’hydrodiplomatie.

Troisièmement, nous allons renforcer davantage notre partenariat avec les organisations régionales et sous-régionales afin d’étudier les moyens de renforcer les capacités des acteurs nationaux et locaux à prévenir les conflits liés aux ressources naturelles et à y faire face.  Dans le cadre du Cadre commun ONU-Union africaine pour un partenariat renforcé en matière de paix et de sécurité, je me félicite de la coopération en cours entre nos organisations respectives pour aider le Groupe des Sages dans ses efforts visant à améliorer la prévention, la médiation et le règlement des conflits liés aux ressources naturelles en Afrique.

Quatrièmement, nous nous employons à renforcer la capacité des réseaux et des organisations de femmes à participer efficacement aux processus de dialogue et de médiation ayant trait aux ressources naturelles et à l’environnement, notamment dans le contexte des changements climatiques.  Cette initiative -codirigée par ONU-Femmes, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, le Programme des Nations Unies pour le développement et le Bureau d’appui à la consolidation de la paix- a déjà apporté son concours à des femmes autochtones et afro-colombiennes en Colombie dans le cadre des processus liés à l’utilisation des ressources naturelles, à la propriété, à la gouvernance et au partage des avantages.

Cinquièmement, nous sommes également conscients que les questions foncières demeurent un facteur important.  À la suite d’une première étude exploratoire réalisée en 2016 par ONU-Habitat, j’ai récemment mis la dernière main à une note d’orientation visant à renforcer la convergence stratégique au sein du système des Nations Unies pour faciliter le règlement des questions liées aux problèmes fonciers et aux conflits.

Une fois de plus, je voudrais remercier la présidence bolivienne du débat fort opportun d’aujourd’hui.  Il y a beaucoup de travail à faire sur cette question critique, et, si nous nous y attaquons efficacement, nous contribuerons grandement à l’édification d’un monde sûr et viable pour tout le monde, aujourd’hui et demain.

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